C’est une installation d’art contemporainque nous offre l’artiste franco-gabonaise s’inspirant des rituels de deuil des pleureuses punu. Elle met en scène un
« récit de larmes expérimenté lors du décès de mon père à travers les rites d’accompagnement au mort par les pleureuses »
Art total puisque Myriam Minhidou associe la musique à ses sculpture. Comme un long serpent ondulant, une sculpture végétale émet une mélodie vibratoire quand on la caresse. Le visiteur se déplace donc dans une ambiance sonore qu’il crée en intervenant sur la sculpture.
harpes gabonaises
Autre référence musicale : les harpes sacrées conservées dans la tour des instruments du Musée du quai Branly. Elle a transposé la peau de ces harpes en céramique.
argile et sel
Larmes de sel cristallisé et gravées, mémoire des larmes, invitation à la méditation
J’ai découvert Nathanaelle Herbelin en l’écoutant sur un podcast de Grand Canal . Etrange manière de faire connaissance avec une plasticienne que de l’écouter à la radio. Comme j’avais déjà prévu d’aller voir la grande exposition sur l’Impressionnisme j’étais impatiente de voir les tableaux qu’elle avait si bien décrits.
Cette artiste franco-israélienne, née en Israël mais basée souvent à Paris, a beaucoup fréquenté le Musée d’Orsay . Elle se sent un peu l’héritière des Nabis avec qui elle est exposée. Elle partage de nombreux sujets comme des peintures d’intérieur, de la vie quotidienne simple, avec des chats.
Layla
j’ai aimé ses tableaux tendres et intimes (parfois très intimes comme l’épilation) très tendres avec des gestes d’amour.
la chambre des Erythréens à Levanda
j’ai aimé qu’elle s’attache aux Erythréens, migrants africains arrivés en Israël et malheureusement souvent discriminés.
l’attention non divisée
Je ne suis pas sûre que de partager les cimaises avec Bonnard ou Vuillard mette en valeur les œuvres de la plasticienne contemporaine. Quand ses tableaux sont mêlés on a tendance à aller d’abord aux tableaux connus, comparer. Et la comparaison peut être cruelle.
Attention! grande rétrospective, prévoir un bon moment et ne pas trop traîner dans les premières salles!
Cette exposition présente un artiste, Jean Hélion (1904-1987) et présente diverses tendances ayant guidé la peinture au cours du XXème siècle.
1929-1939 : De la forme à la figure, art Abstrait
Composition orthogonale
Hélion rencontre Théo van Doesburg fondateur de De Stijl et Mondrian il fait partie du groupe Art Concret selon lequel « rien n’est plus concret qu’une ligne, une couleur, une surface » utilisant les couleurs primaires et les les lignes verticales et horizontales
Tension rouge
1932 -33 , il devient proche de Calderet de Arp.Cette proximité est sensible dans le tableau Equilibre avec le balancement en écho aux mobiles de Calder. On constate un infléchissement des lignes qui deviennent courbes les volumes suggérés dans les Compositions qui se complexifient et les teintes qui se diversifient.
Composition
Progressivement on perçoit dans les Figures un retour du figuratif.
Figure tombée 1939
La Figure tombée est la dernière œuvre abstraite d’Hélion correspondant, selon le cartel, aux désillusions de l’artiste : la Chute de l’Abstraction
1939 -1951 ; Entre réel et imaginaire.
Cycliste
Hélion imagine une série de personnages souvent portant chapeau et parapluie qui semblent sortis d’une bande dessinée.
Homme au parapluie femme à la fenêtre
les couleurs vives font leur retour, surtout les rouges. Articles obsessionnels de l’artiste, les chapeaux, parapluies, mannequins pour des personnages encore très cubistes et rigides.
Les Salueurs 1945
Avec les Salueursle mouvement devient plus fluide. En 1946 les roses et les bleus font irruption avec de nouveaux thèmes : des nus féminins avec des ombres et des reflets sur les chairs suggérant les volumes
A rebours
1950-1967 Le parti-pris des choses
la voiture de fleurs et le boucher
les sujets et les styles se diversifient faisant prendre une tournure radicale . Natures mortes, citrouilles, chrysanthèmes, anémones, choux sont de nouveaux thèmes avec des vanités, des paysages. J’ai du mal à reconnaître la parenté avec les peintures antérieures dans son souci du détail, du réalisme dans les couleurs.
le Studio : atelier du peintre
L’immense Triptyque du Dragon résume l’ensemble de son œuvre : au centre dans l’atelier du peintre, se trouve en bonne place L’équilibre(1933), un homme au chapeau à la joue rouge(1943) , dans la vitrine, un mannequin masculin rappelle toute les mannequinades récurrentes dans l’après-guerre, on reconnait aussi son cycliste. A gauche, c’est une scène de café.
Triptyque du dragon
1968 – 1980 – Quartier libre
mai 68 marque un nouveau tournant dans la peinture d’Hélion qui apprécie le tohu-bohu euphorique, ravive ses convictions politiques et apporte couleur et fantaisie à sa peinture
Choses vues en mai
De nouvelles teintes font irruption, des scènes pleines d’humour se déclinent en couleurs vives. Des chevalets sont déménagés à dos de personnages dansants….
Au beau milieu de l’exposition, un espace de projection permet de visionner des séquences où le peintre s’exprime, parfois seul parfois en compagnie d’autres artistes. Prévoyez du temps pour l’écouter!
Avec ma Carte Blanche– coupe-file à Orsay et à l’Orangerie, je m’apprêtait avec optimisme à découvrir la rétrospective Robert Ryman. Depuis quelques temps je découvre les monochromes avec plaisir. A Rodez, le musée Soulages a été une véritable révélation et j’ai aussi vibré devant les tableaux de Rothko. Mes a-priori étaient donc tout à fait positifs. Dommage, je me suis ennuyée. Malgré l’accompagnement écrit fourni. Le minimalisme a des limites : se fixer sur une forme unique : le carré, renoncer au cadre, puis même au cadre, fixer avec des attaches, des rubans de masquage un tableau blanc sur un mur blanc lasse rapidement la spectatrice. J’ai essayé d’employer les méthodes d’observation expérimentées à Rodez : changer de position essayer de capter la lumière, les reflets. Rien! je m’ennuie.
André Derain : Madame Paul Guillaume au grand chapeau
Heureusement, l’Orangerie est riche en belle peinture! J’ai flâné dans la collection Paul Guillaumeprésentée dans l’Exposition Les Arts à Paris . la première salle en sortant de Ryman est consacrée au Douanier Rousseau, la suivante à Utrillo
Utrillo : la Maison Bernot
De très nombreux Derain , des nus, des portraits, Guillaume a beaucoup collectionné Derain et cet accrochage témoigne de la variété de sa production. Je connaissais surtout les paysages fauvistes et méditerranéens.
Marie Laurencin : Les Biches
Une salle entière est consacrée à Marie Laurencin j’ai bien aimé son portrait de Mademoiselle Chanel.
Deux salles pour Soutine et bien sûr, des Matisse, Picasso, Modigliani.De la belle peinture pour ne pas avoir fait deux heures de métro pour les carrés blancs de Ryman!
Le Mucem occupe tout un quartier, le fort Saint Jean, la tour du roi René, une église, ces sites historiques en belle pierre de taille sont reliés par des escaliers métalliques, des passerelles, des jardins et des couloirs, longue promenade surprenante.
Je suis entrée par le Fort Saint Jean. Un vigile a fouillé mon sac, puis je me retrouve étonnée, un peu désorientée. Il y a bien peu de signalisation. J’entre par la Cour de la Commande, nom qui rappelle La Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean du XIIème siècle sur la route des Croisades. De cette époque il reste aussi une chapelle.
Il faut alors grimper un escalier très raide et très haut correspondant à la Montée des Canons pour arriver à la Place d’Armes. On découvre les Fortifications de Louis XIV et la Galerie des Officiers. La grosse tour carrée est la Tour du Roi René(1447 -1453) surveillant l’entrée du Port. La Tour du Fanal (1644) est ronde et joue le rôle d’un phare.
Je trouve enfin la billetterie : 11€ utilisable toute la journée, une pastille colorée collée sur ma manche en atteste.
Les jardins
Ghadda Amer la voix des femmes est révolution jardin des migrations
Ce début de visite est une promenade qui travers le Jardin des migrations planté d’espèces méditerranéennes : thym, myrte, absinthe, romarin. Un massif végétal est une « sculpture » de la plasticienne égyptienne Ghada Amer : c’est une calligraphie en arabe qui détourne un proverbe traditionnel « La voix des femmes est une honte » en « la voix des femmes est révolution », il suffit de ne changer qu’une seule lettre. Les lettres sont en tôle remplie de charbon noir encadrées par des petites touffes de thym.
Place d’armes tour du fanal
Je découvre d’autres jardins au cours de ma déambulation : un jardin de salades sauvages et les « figuiers suspendus » sur une autre terrasse. Le Jardin du vent s’est semé tout seul de graines apportées par le vent. Les mauves ont de véritables troncs comme des arbres.
Le J4
Mucem résille en béton
Une passerelle conduit au J4, le bâtiment carré entouré par sa résille spectaculaire que tout le monde connait avant même d’avoir visité Marseille. J’imaginais la résille métallique, elle est en béton fibré, béton très résistant renforcé par des fibres métalliques et en polypropylène de texture très lisse qui se moule et se monte très facilement. Rudy Riciotti, l’architecte, a utilisé un autre béton pour les colonnes qui soutiennent le J4. Je m’amuse avec les ombres projetées et avec ces fenêtres aux contours de pièces de puzzle qui font un cadre intéressant aux photos. Le restaurant sous plafond ajouré me semble particulièrement agréable. Pour descendre à la base du J4 le parcours est compliqué : escaliers, passerelles, long couloirs aveugles toujours dans un contexte métallique avec des échappées sur le quartier du Panier et la grosse pâtisserie bicolore de la Major qui domine le Mucem. Echappée aussi sur le Port de Commerce avec ses bateaux colorés.
Après cette longue promenade, il me reste à visiter les expositions.
Le Grand Mezzé
le Grand Mezzé
C’est une exposition sur le thème de la « diète méditerranéenne » qui met en scène non seulement ce régime alimentaire particulièrement recommandé pour la santé, mais aussi les cultures méditerranéennes, olive, blé, châtaignes, sucreries. Traditions culinaires mais aussi prescriptions religieuses chrétienne, juives et musulmanes. Des vidéos présentent la cueillette des olives, la pêche, les pains…Toutes sortes d’outils sont exposés. J’ai remarqué un curieux écorçoir pour le décorticage des châtaignes avec des chaussures à pointes. J’ai aimé aussi la vitrine dédiée au mastic de Chios avec la vidéo de la collecte des larmes de mastiha. Très réussie !
Des objets du quotidien sont mis en scène afin de « voir l’humain derrière l’objet ». Chaque objet présenté-là a une histoire, il dialogue aussi avec d’autres objets voisins. Il faudrait disposer de beaucoup de temps pour s’arrêter lire les cartels et avoir la patience de déchiffrer . On voit aussi bien les objets d’usage courant que des icones, des exvotos, dans le chapitre « soutenir les croyances ».
L’exposition est très bien agencée mais les objets sont terriblement hétéroclites. On pourrait aussi jouer aux différences/ressemblances…mais il y a trop à voir et je suis pressée. Trop de choses si différentes comme cette roulotte à trois roues qu’un paysan avait oublié dans son champ, roulotte de planches devenue sédentaire qui avait même perdu sa troisième roue…Section des images populaires : enseignes, affiches de cinéma, réclames, street art. Je m’arrête devant le tableau de Jacques Villeglé qui me parle Rue de la Fontaine-au-roi, 1er mai, fête du travail réalisé à partir d ‘affiches lacérées où apparaissent les manifestants du 1er mai. Je retrouve avec plaisir Misstic. >Je m’arrête devant des masques grimaçants siciliens.
Je ne suis pas convaincue par cette exposition et sors en me disant que le contenant (le bâtiment J4) est plus intéressant que le contenu. J’avais eu la même impression à Bilbao.
MON PAUVRE CŒUR EST UN HIBOU exposition de René Perrot est un véritable coup de cœur ! Le Mucem propose également une visite virtuelle Clic
René Perrot : mon pauvre coeur est un hibou
Les tapisseries colorées me plaisent beaucoup. Dans une vidéo René Perrot raconte qu’il a apprivoisé un hibou et son amour des bêtes. C’est un film très tendre. Mais il n’a pas seulement dessiné des animaux. Il s’est intéressé aux hommes, et particulièrement aux hommes au travail et a mené une enquête pour le Musée des Traditions populaires de 1942 dans le Jura jusqu’en 1945 dans d’autres régions. Gravures et dessins en noir et blanc impressionnantes avec la force du trait comme les détails et l’originalité des sujets choisis. J’ai adoré ces paysans raclant les taupinières.
René Perrot : la disparition de l’homme
Un tableau marque une césure : la disparition des Hommes à al suite de la Seconde Guerre mondiale. En-dessous, dans les rouges des bêtes sauvages, monstres, loups, au-dessus dans un rectangle bleu des silhouettes noires à la limites les croix des tombes…
René perrot : taupinières
Belle découverte que ce plasticien sensible et sympathique.
Vu de loin, sur l’affiche, le teaser-vidéo, l’œuvre de Dana Schutz paraît colorée, gaie, fantaisiste avec des personnages de films d’animation.
C’est vu de très loin!
Dès qu’on entre dans la première salle le premier tableau Sneeze éternuement cataclysmique avec la morve qui coule, donne un ton calamiteux, repoussant. Daughter, une jeune fille ahurie, à la coiffure ridicule arbore un T-shirt au tableau de l’Origine du Monde de Courbet, gênant! La série Self-Eater représente la consommation de sa propre chair. On est à la limite du dégoût dans ces désastres physiques.
Shaving
Shaving continue à déstabiliser le spectateur : de loin, une vacancière contemple un coucher de soleil, on s’approche, elle se rase le pubis. Et ce qui égare le plus c’est que le personnage est en même temps de dos et de face, dans un miroir? la bombe de mousse Gilette prend une importance démesurée.
Présentation
Ces tableaux intimistes m’ont mise mal à l’aise, le monde de Dana Schutz me déconcerte, les grandes compositions comme Presentation mettent en scène la société américaine : un homme qui vient d’être déterré est disséqué devant un parterre de témoins (étudiants en médecine?) . Sur Internet j’ai lu que cette mise en scène morbide renverrait aux soldats tombés en Irak ou en Afghanistan dont les cadavres ont été soigneusement cachés au public.
Civil Reformers
les scènes violentes se multiplient, recyclage, tronçonnage de membres humains, le monde de Dana Schutz est décidément violent, absurde et cruel.
Fanatics (2005)
Fanatics semble prémonitoire de l’assaut du Capitole. Le personnage à genoux en train de prier devant le grillage bisé, les déguisements, semblent décrire cet évènement qui aura lieu des années plus tard.
Et que dire de ces hommes armés qui vont lyncher le soleil?
Boat group
La catastrophe semble arrivée avec ces têtes dérivant sur un bateau sur un océan sinistre, vont-ils s’entredévorer.
Victor
Victor, grotesque est bequeté par un oiseau. Sa posture est bien grotesque pour un vainqueur!
j’ai beaucoup apprécié les sculptures de Dana Schutz, glaise ou bronze.
les Arts
les Arts, en cortège sinistre, n’apportent que peu de consolation dans ce monde guetté par la Catastrophe.
Mountain group
Peu aimable, peu séduisant, le monde de Dana Schutz est malheureusement à peine une dystopie. Elle décrit sans complaisance la violence, les luttes de pouvoir, la menace du changement climatique où chacun, Dieu, bouddha, l’artiste, les écologistes, tous brandissent un doigt vengeur faisant tomber les échelles qui ont permis aux personnage de grimper la montagne.
Un de ses tableaux les plus connus, le plus polémique, ne figure pas dans la rétrospective. C’est celui du cercueil ouvert de Emmet Till, un jeune noir martyrisé par des blancs dont la mère avait voulu que chacun puisse voir les blessures. La plasticienne blanche a été accusée par des activistes d‘appropriation culturelle comme si une artiste blanche n’avait pas le droit de traiter ce sujet. Dana Schutz s’était justifiée, en expliquant que si elle n’était pas noire, elle était une mère et pouvait comprendre la douleur et la colère de la mère d’Emmet Till.
Une exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.
J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits.
Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.
Rothko : contemplation
Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes occupent deux grandes salles : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.
Rothko entrance to the subway
Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain« en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe
Rothko : Antigone
Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.
A partir de 1948, les Multiformesdeviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation. A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés
Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .
Vers 1956, les couleurs s’assombrissent
Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil
Rothko room tate GalleryRothko room Tate Gallery
la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.
Nous connaissons tousLe Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar.
Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…
Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,
Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer …
Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.
Une visite guidée partira à 10h30. Je dispose donc d’une demi-heure pour découvrir le musée, flâner à ma guise. Les salles sont encore vides de visiteurs ce qui confère une intimité avec les œuvres. Des questions : qu’est-ce donc ? Comment regarder un tableau noir ?
Le conférencier présente d’abord le musée conçu à l’origine pour abriter les patrons des vitraux de Conques. Le cabinet d’architecture catalan RCR a gagné le concours sous le contrôle pointilleux de Soulages qui a failli les recaler parce qu’il manquait 1m2 pour ‘l’ espace d’expositions temporaires. Le matériau rouillé de l’extérieur est de l’acier Corten , acier noir rappelant les tableaux de Soulages, et qui devient rouge en s’oxydant se mariant bien avec le grès rose de Rodez. A l’ouverture en 2013, le bâtiment était noir. A l’intérieur, il est resté noir. L’astuce est que les tableaux même lourds tiennent aux cimaises par des aimants.
La visite débute donc dans la salle des maquettes des vitraux de Conques . Cette commande par Jack Lang a été très bien accueillie par Soulages parce que c’est précisément à conques que le jeune soulages en visite scolaire a ressenti sa vocation de devenir artiste. Les travaux se sont poursuivis de 1987 à 1994. Etrangement, il y a un point commun entre ces vitraux blancs et les tableaux noirs : le rôle de la lumière. Selon l’éclairage, la météo, l’heure du jour, le passage d’un nuage…la couleur des vitraux varie. Les barres de plombs semblent capturer la lumière.
« La Lumière » sera le mot-clé de cette visite.
Dans al salle suivante nous nous arrêtons devant une vitrine contenant divers objets de Soulages dont un paysage qu’il a peint très jeune.
Brou de noix
Pierre Soulages est né à Rodez, rue Combarel le 24 décembre 1919. Il a fait toute sa scolarité à rodez mais il est parti à Paris. Son maître l’a convaincu de se présenter au concours des Beaux-Arts de Paris. Reçu, il renonce à y étudier. En revanche il étudie aux Beaux-Arts de Montpellier où il rencontre Colette qui va devenir sa femme. Ils se marient en 1942, en noir tous les deux et à minuit. Il rencontre la poète Joseph Delteil et par son intermédiaire Sonia Delaunay. Ses premiers tableaux abstraits sont marqués par cette rencontre.
En 1946 ils installent l’atelier à Courbevoie où il produit des grands formats (1956). Il utilise de grosses quantités de brou de noix. Ses outils ne sont pas les pinceaux et les brosses des artistes mais plutôt ceux des artisans, il fabrique ses propres outils. Il travaille au sol, horizontalement et place l’outil au bout d’un manche à balais.
Les titres des tableaux n’ont aucune signification : il note la technique, les dimensions du tableau, la date. Le spectateur est libre d’interpréter.
Au début, il recouvre le tableau d’un fond blanc, passe du noir puis racle, gratte pour retrouver le fond.
outgrenoir
L’outrenoir – au-delà du noir – date de 1979. Selon la position de l’observateur, l’éclairage, le tableau est différent. Notre guide nous fait faire l’expérience, scindant le groupe en deux l’un côté fenêtre, l’autre du côté du mur et pose des questions. Les réponses sont tout à fait différentes dans les deux groupes. On permute ensuite pour vérifier les observations. Question d’éclairage, question de brillance : l’huile et l’acrylique n’offrent pas le même résultat. L’acrylique sèche plus vite que l’huile et permet des empâtements. Il y a beaucoup plus de matière à l’acrylique.
Après avoir visité les collections permanentes nous découvrons l’exposition temporaire qui est celle des dernières toiles de Soulages. « Les derniers Soulages ». Cet espace d’expositions temporaires a accueilli Picasso, Calder et d’autres artistes. Parmi les tableaux noirs, un complètement blanc (2012) . Un tableau 3.8m fait de trois panneaux qui a été exposé au Louvre…et sa dernière toile datée 2022.
Cette visite a été un réel plaisir, notre guide nous a appris une manière ludique à fréquenter les œuvres de Soulages. D’ailleurs sur l’autocollant donné pour preuve que nous avons payé la visite guidée ce slogan :
La peinture ça ne se regarde pas ça se fréquente !
Je serais volontiers restée plus longtemps à regarder chaque œuvre, maintenant plus accessible, en s’amusant à bouger, à faire varier la lumière, à imaginer la technique du peintre.
Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.
On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires.
Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs.
Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthers, les Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…
Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme.
J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir
Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patatesque Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais.
Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.
Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.
Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.
Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.
Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.
mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin.
Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)
les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…
Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985) Visages-villages(2018)..