Le Paris de la Modernité 1905 – 1925 au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 24 avril 2024

Severini Bal Pam-Pam

Le Paris de la Belle Epoque et le Paris des Années Folles, entre les deux : La Grande Guerre. 

Modigliani : tête de femme

Paris, pendant ces deux décennies, était le rendez-vous des artistes du monde entier :  L’Ecole de Paris rassemble aussi Picasso, Chagall, Soutine, Pascin, Kikoin,  Modigliani, Van Dongen, Nathalia Gontcharova, Michel Larionov, Foujita,sans oublier les sculpteurs Lipchitz, Czaky, Zadkine, Chana Orloff. Zadkine. 

Tête de pierre de Czaky et marin de Lipchitz

Tous ces étrangers venus manger le pain des bons français?

les révolutions artistiques se succèdent : la naissance du cubisme avec Picasso et Braque. Picasso expose les Demoiselles d’Avignon en 1907, 1908, premier message radiophonique, 1909 Blériot traverse la Manche/

Picasso Femme au Pot de moutarde

Une salle présente de grands tableaux cubistes colorés comme L’Oiseau Bleu de Metzinger, chauvine, je note que le nantais Metzinger était adepte de l’Abbaye de Créteil. 

OIseau bleu Metzinger

1909 aussi les Futuristes italiens sont à Paris avec ce magnifique et impressionnant Bal Pam-Pam de Severini, remarqué par Apollinaire.

Un aéroplane figure en face de la roue de Cycle de Duchamp qui expose déjà ses ready-made.

L’Oiseau de Feu

Autre révolution artistique : Le Sacre du Printemps et les Ballets Russes  qui se produisent dans le Théâtre des Champs Elysées ouvert en 1913. On peut voir à ‘exposition des costumes de scène des ballets russes, un portrait de Stravinsky et de Noureev. Autres ballets : les ballets suédois et le curieux ballet Parade mis en scène par Cocteau, costumes de Picasso, musique de Satie (1917). le cheval fabriqué par Picasso pour deux danseurs est exposé

La Grande Guerre est présente dans l’exposition aussi bien des tableaux représentant les horreurs des destructions que d’autres présentant les tirailleurs sénégalais ( Vallotton) ou soudanais (Mela Muter)

Marie Vorobieff (Marevna) : La mort et la femme

Nombreux artistes s’engagèrent y compris ceux qui n’étaient pas de nationalité française.

Dans le Paris des Années Folles (1920) la vie artistique continue le mouvement Dada et les Surréalistes se développe avec Picabia, Tzara Man Ray et Max Ernst

Foujita deux amies
Tamara de Lempicka deux amies

Comme l’avait montré l’exposition Pionnières au Luxembourg, les thèmes lesbiens ou transgenres sont abordés et les femmes artistes très actives.

Van Dongen : Josephine Baker

Les ballets Suédois et la Revue Nègre ont laissé des images comme le ballet Les Mariés de la Tour Eiffel sur des musiques des compositeurs du groupe des six (Auric, Honegger, Darius Milhaud, Poulenc et Germaine Taillefer). Charlot inspire Fernand Léger pour un Charlot cubiste. mais j’ai surtout été bluffée par les décors de Fernand Léger pour la Création du Monde

Fernand Léger : la Création du monde

l’Exposition s’achève sur l‘Exposition Arts Décoratifs 1925

Rothko à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Une  exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.

J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits. 

Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.

Rothko : contemplation

Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes  occupent deux grandes salles  : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.

Rothko entrance to the subway

Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain«  en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe

Rothko : Antigone

Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.

A partir de 1948, les Multiformes deviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation.  A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés

Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .

Vers 1956, les couleurs s’assombrissent

Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil

Rothko room tate Gallery
Rothko room Tate Gallery

la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.

 

L’Œuvre – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART – t. 14

« Tu sais, mon tableau des Halles, mes deux gamins sur des tas de légumes, eh bien, je l’ai gratté, décidément: ça ne venait pas, je m’étais fichu là dans une sacrée machine, trop lourde encore pour mes épaules. Oh! je reprendrai ça un jour, quand je saurai, et j’en ferai d’autres, oh! »

J’ai retrouvé avec grand plaisir Claude Lantier, un des fils de Gervaise, rencontré une première fois dans Le Ventre de Paris, figure très sympathique qui avait accueilli avec générosité Florent, en fuite, et lui avait fait visiter les Halles colorées, pittoresques.

Claude Lantier est un jeune peintre prometteur, monté à Paris avec une bande d’amis d’enfance, artistes, écrivain, sculpteur, architecte. L’Œuvre traitera donc de peinture, 

Après ça, entends-tu! ils ne sont que deux, Delacroix et Courbet. Le reste, c’est de la fripouille… Hein? le vieux
lion romantique, quelle fière allure! En voilà un décorateur qui faisait flamber les tons! Et quelle poigne! Il aurait couvert les murs de Paris, si on les lui avait donnés: sa palette bouillait et débordait. Je sais bien, ce n’était que de la fantasmagorie; mais, tant pis! ça me gratte, il fallait ça, pour incendier l’École… Puis, l’autre est venu, un rude ouvrier, le plus vraiment peintre du siècle, et d’un métier absolument classique, ce que pas un de ces crétins n’a senti. Ils ont hurlé, parbleu! ils ont crié à la profanation, au réalisme, lorsque ce fameux réalisme n’était guère que dans les sujets; tandis que la vision restait celle des vieux maîtres et que la facture reprenait et continuait les beaux morceaux de nos musées… Tous les deux, Delacroix et Courbet, se sont produits à l’heure voulue. Ils ont fait chacun son pas en avant.

Après ces grands maîtres les jeunes artistes veulent imposer une nouvelle peinture sans céder à l’académisme des Salons.

C’est au Salon des Refusés qu’ils comptent imposer une nouvelle peinture : la Peinture de Plein Air avec un tableau qui fait furieusement penser au Déjeuner sur l’Herbe. 

Seulement, c’est ce monsieur, tout habillé, là, au milieu de ces femmes nues… On n’a jamais vu ça.»

«Le public ne comprendra pas… Le public trouvera ça cochon… Oui, c’est cochon:

Le tableau fait scandale.  Sans les nommer on pense aux Impressionnistes. 

« Dès qu’ils étaient ensemble, le peintre et l’écrivain en arrivaient d’ordinaire à cette exaltation. Ils se fouettaient mutuellement, ils s’affolaient de gloire; et il y avait là une telle envolée de jeunesse, une telle passion du travail, qu’eux-mêmes souriaient ensuite de ces grands rêves d’orgueil, ragaillardis, comme entretenus en souplesse et en force. »

C’est un roman sur la peinture mais aussi sur l’amitié. Amitié entre l’écrivain et le peintre qui se stimulent, se soutiennent indéfectiblement.

Histoire d’amour qui commence comme une amitié. Christine, débarquée de Clermont par une nuit d’orage sur le seuil de l’atelier du peintre, sera d’abord une bonne camarade. Il faudra nombreuses promenades dans Paris pour que les deux camarades deviennent amoureux. Paris est aussi un personnage à part entière du roman.

Christine, pour encourager Claude, va poser pour lui, malgré sa timidité ils deviendront amants et vivront cet amour-fou près de Bonnières, non loin des paysages de Giverny ou de Pontoise. Cet amour restera stérile du point de vue de la peinture. Claude a besoin de la stimulation de Paris tandis que Christine savoure cette vie sans rivale

Et elle, ayant tué la peinture, heureuse d’être sans rivale, prolongeait les noces. Au lit, le matin…

Dès leur retour à Paris, Claude va reprendre son travail sans trouver le succès. un tableau l’obsède : une vue de la Seine au Port Saint Nicolas

Regarde! je me plante sous le pont, j’ai pour premier plan le port Saint-Nicolas, avec sa grue, ses péniches qu’on décharge, son peuple de débardeurs. Hein? tu comprends, c’est Paris qui travaille, ça! des gaillards solides, étalant le nu de leur poitrine et de leurs bras…

et comme dans son tableau du Salon des Refusés, une femme au premier plan va occuper l’image. Il reprend, jours après jours, semaines après semaines, mois après mois, ce même sujet. Christine devient son modèle plutôt que sa femme, elle néglige leur enfant, se néglige elle-même. Et Claude dans sa folie s’acharne

« Est-ce qu’on savait jamais, en art, où était le fou? Tous les ratés le touchaient aux larmes, et plus le tableau ou le livre tombait à l’aberration, à l’effort grotesque et lamentable, plus il frémissait de charité, avec le besoin
d’endormir pieusement dans l’extravagance de leurs rêves ces foudroyés de l’œuvre. Le jour où Sandoz était
monté sans trouver le peintre, il ne s’en alla pas, il insista, en voyant les yeux de Christine rougis de larmes. »

Les sacrifices de Christine, l’amitié indéfectible de Sandoz, le soutien de ses camarades, rien ne sauvera l’Œuvre toujours inachevée. 

Et, bien sûr cela se terminera très mal!

 

Joann Sfar – La vie dessinée – Salonique « Jérusalem des Balkans » 1870-1920 au MAHJ

Exposition temporaire jusqu’au 12 mai 2024

Nous connaissons tous Le Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar. 

Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…

Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,

Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer 

Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.

Et en bonus une très belle exposition Salonique

 

Rodez – Musée Fenaille

CARNET OCCITAN

Le Musée Fenaille est le musée archéologique de Rodez

la Dame de Saint Sernin

Il se trouve sur la place Eugène Raynaldy, la place de l’Hôtel de Ville, sur l’emplacement de l’ancien Forum Romain. L’entrée est moderne : les portes de verre cachent un hôtel particulier Renaissance que je ne découvrirai que bien plus tard.

Une visite guidée commence au 3ème étage juste à mon arrivée. Au début, je suis seule : le guide me fait les honneurs d’une visite privée, mais cela ne durera pas.  Les visiteurs nous rejoignent et le conférencier reprend son commentaire en l’enrichissant de digressions et citations. Très brillant, il cite Valery (Mythes et Légendes), Chateaubriand. S’arrête, feint d’oublier, se reprend, digresse, nous fait sourire. Erudit ou cabotin ? On en redemande.

La Dame de Saint Sernin-sur-Rance est la première vedette. Découverte en 1888 par un jeune prêtre, l’abbé Hermet. Les enfants du village auraient tout de suite reconnu « une religieuse » avec les plis de son voile qui cache la bouche, son chapelet autour du cou et ses « poumons ». Achetée par le Louvre, la statue menhir n’a pas quitté l’Aveyron par la volonté de son découvreur.

La musée Fenaille possède  une collection de ces statues-menhirs.

A Rodez Pierre Soulages n’est jamais loin, le guide évoque sa présence à l’ouverture du musée en 1937 et nous montre les statues préférées du peintre : la Statue-menhir de La Verrière, plus simple, moins anthropomorphique, dont on ne distingue que des sillons et le poignard, et une autre plus abstraite, plus stylisée…Soulages a aussi participé à des fouilles archéologiques

Les statues-menhirs sont répandue dans toute l’Europe, du Portugal jusqu’en Ukraine en passant par l’Espagne, la Bretagne, la Corse et la Sardaigne. Ces pierres dressées n’étaient pas des pierres tombales, ni des bornes plutôt des pierres magiques à qui les hommes savaient s’adresser.

Une installation contemporaine d’un couple franco-ukrainien : Nikita Kravtsov et la brodeuse, Camille Sagnes intègre 3 statues-menhirs. A l’arrière, une grande tapisserie composite réinterprète La Chasse de nuit de Paolo Uccello, incluant des canevas anciens, des larmes en plastique fluo. Ils mettent en scène des animaux et des chasseurs, scène plutôt angoissante. Au pied, les plasticiens ont planté des fleurs artificielles comme celles des cimetières, renvoient à l’actualité à  la guerre qui se déroule en Ukraine.

Après les statues-menhirs, le guide propose de continuer la visite du musée.

Rugtène avec torque et poignard

Au second étage : l’Antiquité. Les Rutènes, installés sur l’oppidum,  ont donné leur nom à la ville de Rodez. Le chef Rutène ( 1er siècle reconnaissable à la Torque et le poignard sur la statue de calcaire blanc. Une maquette de la ville romaine a été réalisée.

Descendant on arrive au Moyen Âge : très belle clé de voûte de l’église de Salles-la-Source. Disposée à hauteur des yeux, on peut admirer le soin pour cette pièce caché si haut normalement. Très belle Vierge de l’Annonciation 16ème siècle.

Nous découvrons la cour de la belle demeure Jouery achetée par Maurice Fenaille, riche mécène, ami de Rodin, et de Viala dont les eaux fortes sont exposées dans le musée Denys Puech.

Après cette longue et intéressante visite j’ai juste le temps de prêter un coup d’œil pressé à l’intérieur de la Cathédrale.

 

 

Rodez : Musée Soulages

CARNET OCCITAN

Une visite guidée partira à 10h30. Je dispose donc d’une demi-heure pour découvrir le musée, flâner à ma guise. Les salles sont encore vides de visiteurs ce qui confère une intimité avec les œuvres. Des questions : qu’est-ce donc ? Comment regarder un tableau noir ?

Le conférencier présente d’abord le musée conçu à l’origine pour abriter les patrons des vitraux de Conques. Le cabinet d’architecture catalan RCR a gagné le concours sous le contrôle pointilleux de Soulages qui a failli les recaler parce qu’il manquait 1m2 pour ‘l’  espace d’expositions temporaires. Le matériau rouillé de l’extérieur est de l’acier Corten , acier noir rappelant les tableaux de Soulages, et qui devient rouge en s’oxydant se mariant bien avec le grès rose de Rodez. A l’ouverture en 2013, le bâtiment était noir. A l’intérieur, il est resté noir. L’astuce est que les tableaux même lourds tiennent aux cimaises par des aimants.

La visite débute donc dans la salle des maquettes des vitraux de Conques . Cette commande par Jack Lang a été très bien accueillie par Soulages parce que c’est précisément à conques que le jeune soulages en visite scolaire a ressenti sa vocation de devenir artiste. Les travaux se sont poursuivis de 1987 à 1994. Etrangement, il y a un point commun entre ces vitraux blancs et les tableaux noirs : le rôle de la lumière. Selon l’éclairage, la météo, l’heure du jour, le passage d’un nuage…la couleur des vitraux varie. Les barres de plombs semblent capturer la lumière.

« La Lumière » sera le mot-clé de cette visite.

Dans al salle suivante nous nous arrêtons devant une vitrine contenant divers objets de Soulages dont un paysage qu’il a peint très jeune.

Brou de noix

Pierre Soulages est né à Rodez, rue Combarel le 24 décembre 1919. Il a fait toute sa scolarité à rodez mais il est parti à Paris. Son maître l’a convaincu de se présenter au concours des Beaux-Arts de Paris. Reçu, il renonce à y étudier. En revanche il étudie aux Beaux-Arts de Montpellier où il rencontre Colette qui va devenir sa femme. Ils se marient en 1942, en noir tous les deux et à minuit. Il rencontre la poète Joseph  Delteil et par son intermédiaire Sonia Delaunay. Ses premiers tableaux abstraits sont marqués par cette rencontre.

En 1946 ils installent l’atelier à Courbevoie où il produit des grands formats (1956). Il utilise de grosses quantités de brou de noix. Ses outils ne sont pas les pinceaux et les brosses des artistes mais plutôt ceux des artisans, il fabrique ses propres outils. Il travaille au sol, horizontalement et place l’outil au bout d’un manche à balais.

Les titres des tableaux n’ont aucune signification : il note la technique, les dimensions du tableau, la date. Le spectateur est libre d’interpréter.

Au début, il recouvre le tableau d’un fond blanc, passe du noir puis racle, gratte pour retrouver le fond.

outgrenoir

L’outrenoir – au-delà du noir – date de 1979. Selon la position de l’observateur, l’éclairage, le tableau est différent. Notre guide nous fait faire l’expérience, scindant le groupe en deux l’un côté fenêtre, l’autre du côté du mur et pose des questions. Les réponses sont tout à fait différentes dans les deux groupes. On permute ensuite pour vérifier les observations. Question d’éclairage, question de brillance : l’huile et l’acrylique n’offrent pas le même résultat. L’acrylique sèche plus vite que l’huile et permet des empâtements. Il y a beaucoup plus de matière à l’acrylique.

Après avoir visité les collections permanentes nous découvrons l’exposition temporaire qui est celle des dernières toiles de Soulages. « Les derniers Soulages ». Cet espace d’expositions temporaires a accueilli Picasso, Calder et d’autres artistes. Parmi les tableaux noirs, un complètement blanc (2012) . Un tableau 3.8m fait de trois panneaux qui a été exposé au Louvre…et sa dernière toile datée 2022.

Cette visite a été un réel plaisir, notre guide nous a appris une manière ludique à fréquenter les œuvres de Soulages. D’ailleurs sur l’autocollant donné pour preuve que nous avons payé la visite guidée ce slogan :

La peinture ça ne se regarde pas ça se fréquente !

Je serais volontiers restée plus longtemps à regarder chaque œuvre, maintenant plus accessible, en s’amusant à bouger, à faire varier la lumière, à imaginer la technique du peintre.

Viva Varda ! Cinémathèque

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier2024

Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.

On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires. 

Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs. 

Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthersles Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…

Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants  : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme. 

J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir

Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patates que Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais. 

Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.

Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.

Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.

Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.

Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.

mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin. 

Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)

les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…

Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985)  Visages-villages (2018)..

Une après-midi bien remplie!

Un peintre et son marchand Amedeo Modigliani à l’Orangerie

EXPOSITION TEMPORAIRE Jusqu’au 15 janvier 2024

Paul Guillaume

Arrivé à Paris en 1906, Amedeo Modigliani rencontre Paul Guillaume en 1914 par l’intermédiaire de Max Jacob. la première salle est consacrée au marchand avec Trois grands portraits de Paul Guillaume ornent els cimaises. Il faut dire que Paul Guillaume est chez lui à l’Orangerie. Sa collection est voisine des salles d’expositions temporaires. 

Tête en marbre de Carrare

Modigliani peintre renommé était aussi sculpteur.(1911 à 1913) Comme Picasso, Apollinaire Picasso…, la découverte de la sculpture africaine et des masques exerce une fascination sur les plasticiens. La stylisation des visages rappelle les masques . Face aux têtes sculptées et aux masques africains on a accroché une série de portraits peints en 1915 : l’Enfant Gras, Lela de Valence (presque cubique) La Femme au ruban de velours

la Femme au ruban de velours

La troisième salle : Milieu Parisien et affinités artistiques et littéraires

la Belle irlandaise

on trouve les portraits de Max Jacob, de Kisling, des portraits de femmes comme la Belle irlandaise mais aussi ceux d’inconnus plus modestes comme l’épicière, le jeune apprenti, une petite fille. 

le jeune apprenti

Sur les murs de la dernière salle, on projette le décor des appartements de Paul Guillaume.

Le parcours se termine ainsi, un peu en queue de poisson. J’en aimerais encore! C’est facile parce que la Collection Paul Guillaume est à l’Orangerie. Je peux donc contempler les Derain, Douanier Rousseau, Picasso, Utrillo…. qui comblent mon envie de peinture. 

 

Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 3 octobre2023 au 4 février 2024

On croit tout connaître de Vincent Van Gogh, et cette exposition donne à voir des tableaux inconnus! Elle raconte une histoire, un épisode de 70 jours, pendant lesquels il a peint 74 tableaux, s’est lié avec le Docteur Gachet, a rédigé une abondante correspondance avec son frère Théo. 

Nous allons découvrir avec son pinceau le charme de ce village à la fin du printemps (il s’installe le 20 mai 1890) et meurt le 29 juillet. Nous allons suivre ses recherches, ses carnets, ses études, ses expérimentations : techniques , couleurs, cadrage, même recherches de format (double-carré) ou de cadres.

champ de blé avec bleuets

Comme j’ai aimé ce champ de blé avec bleuets où les hachures contrastent avec les à-plats de l’horizon!

bouquet de renoncules

Comme il est charmant ce bouquet de renoncule dans une porcelaine japonaise

pluie

japonisant aussi ce paysage de pluie sur ce format double-carré (1 m x 0.5 m) aux étonnantes teintes délavées.

j’attendais des jaunes et des ors, des bleus éclatants et je découvre aussi des verts printaniers. Même deux tableaux sont des monochromes verts.

Bien sûr j’ai tout photographié mais je vous laisse découvrir, vous serez surpris!

Perspective(s) – Laurent Binet

RENTREE LLITTERAIRE 2023

Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557  en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicis le Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero  Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari, moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…

Enigme policière : Jacopo da  Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!

A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis : Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.

Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.

Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.

Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….

La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.

Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.

Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective (?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!

« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.

Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..

Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!

les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,

Nathalie, 

eimelle

et j’en oublie sûrement que j’invite à se faire connaître….