Vollard, collectionneur, marchand d’art mais aussi éditeur, s’installa à Paris en 1890. Il achetait à un prix modique des ensembles d’œuvres de jeunes artistes d’avant-garde et les vendait dans l’Europe entière et en Amérique.
Portrait de Vollard par Cézanne
Vollard sut s’entourer et collaborer avec les plus grands : Renoir,Gauguin,Toulouse-Lautrec mais aussi les Nabis, Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Emile Bernard, Picasso, Marc Chagall….et j’en oublie…
Toulouse-Lautrec : l’Estampe originale
Cette exposition est l’occasion de découvrir des estampes . un mur est occupé par 22 estampes des « peintres graveurs » aussi divers que Fantin-Latour, Munch, ou moins connus comme Ker-Xavier Roussel (que j’ai bien aimé)
Baigneurs de Cezanne
Picasso fit 100 estampe de la « suite Vollard »
Picasso Minotaure
Il illustra aussi L’Histoire Naturelle de Buffon
Picasso : Histoire Naturelle de Buffon
Vollard était aussi éditeur de « Beaux Livres » c’est la partie de l’exposition qui m’a le plus intéressée. Le premier livre d’artiste, en 1900, fut Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard. On peut le « feuilleter » virtuellement sur un écran
Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard
la collaboration avec Bonnard s’est prolongée avec l’illustration des Pastorales de Longus Daphnis et Chloé ainsi que Dingo d’Octave Mirbeau.
Odilon Redon , la Tentation de Saint Antoine
Maurice Denis, L’Imitation de Jésus Christ
Ballade des pendus Villon
j’ai beaucoup aimé les illustrations d’Emile Bernardpour les Oeuvres de François Villon, L’Odysséeet Les Fleurs du Mal. Et bien sûr, Chagall pour els Ames mortes et les Fables de La Fontaine
Chagall Le meunier son fils et l’âne
Cette exposition n’est peut être pas spectaculaire, mais il y a tant à voir! Et surprise, en sortant j’ai découvert un orchestre baroque : clavecin, violon, flûte et deux chanteuses qui ont interprété Lully, Rameau J.J. Rousseau (et oui, il a composé un petit opéra) entrecoupés de chants populaires: Le Pont d’Avignon, Frère Jacques...et rond et rond petit patapon....
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 26 Juillet 2021
Paul Signac – Opus 176 (1886)
Admirateur des impressionnistes et de Claude Monet, Paul Signac, autodidacte devient peintre et va avec Seuratutiliser une nouvelle technique pointillisteou de « division des tons » pour fonder un mouvement que le critique Fénéon qualifiera de Néo-impressionnisme.
signac paul
L’exposition LES HARMONIES COLOREES au Musée Jacquemart-André présente les œuvres de Signac mais aussi des artistes néo-impressionnistes comme Cross, Pissaro, Achille Laugé et Maximilien Luce, Van Rysselberghe
Achille Laugé : L’arbre en fleur
Tout d’abord, nous étudions les recherches de couleurs, la palette éclatante de Signac, les complémentarités des couleurs, l’utilisation de couleurs pures qui ne doivent pas se mélanger mais se rehausser, s’exalter. On parle parfois de pointillisme ; à y voir de plus près, ce ne sont pas des points (il y en a comme les points orange de l’Opus 176 qui rehaussent les barques bleues ou les arbres verts) mais il y a aussi ces virgules roses et bleues, éclairant la mer de Saint Briac
paul signac balises, Opus 210
parfois le peintre choisit de croiser les touches, parfois de jouer le mosaïste avec des touches carrées ou rectangulaires qui ressemblent à des tesselles. Cette exigence de couleurs pures suppose un travail préparatoire. Si la peinture sur le motif, comme les impressionnistes, est le début du tableau celui-ci sera accompli en studio. l’exposition présente donc de nombreuses études préparatoire, huiles en large touches très colorées et petits format, ou grands lavis à l’encre de Chine de la taille du tableau définitif en couleur.
Signac : Mont Saint Michel 1897
La visiteuse peut prendre son temps pour observer les détails de la technique qui varie selon le temps.
Après son séjour à Saint Tropez en 1892, Signac pratique l’aquarelle. Il peint un très bel éventail de Venise. Il utilise l’aquarelle pour peindre sur le motif, et réalise un reportage complet des ports de France, du port de guerre de Toulon, aux petits ports de pêches bretons, des ports de Saint Nazaire. le dessin est très soigné, la couleur n’est plus le sujet principal et parît accessoire.
paul Signac : Villefranche
et pour le plaisir : Cross
Cross
et bien sûr, comme toujours à Jacquemart-André une vidéo permet de d’approfondir la visite avec un commentaire éclairé.
Chagall, Modigliani, je les aime tant que je ne raterais pour aucun prix une exposition qui leur est consacrée. D’ailleurs, dans l’exposition du MAJH, je vais naturellement les admirer.
Zak : marionettistes
Cependant, ce sont les moins connus, ceux que je découvre dont j’ai envie de parler. Zak, que je ne connaissais pas du tout, Jules Pascin portraitiste et dessinateur
Jules Pascin : Alfred Flechtheim en toréador 1925
Kremègne, découvert au musée de Céret, dont l’œuvre est variée
Kremègne
Et les sculptures de Lipchitz et de Chana Orloff qui me touchent énormément.
Lipchitz : marin à la guitare
et cette maternité si tendre
Chana Orloff : maternité
Nombreuses découvertes et plaisir de retrouver des œuvres connues.
Toutefois, le propos est L’école de Paris qui aurait réuni pendant plusieurs décennies une foule d’artistes juifs, russes ou polonais, hongrois, tchèques, allemands, venant de toute l’Europe, fuyant le numérus clausus des universités russes, les pogromes, la pauvreté ou tout simplement attirés par la vie artistique de Montparnasse ou des ateliers parisiens.
Indenbaum : La Ruche
Ecole? c’est paradoxal parce qu’il n’y a pas eu une seule école, ni un style particulier, parce que chacun a trouvé son atelier :le Bateau lavoir, la Ruche, qui fut peinte à plusieurs reprises par Kremègne et Indenbaum, qui accueillit Soutine, Modigliani, Brancusi (la liste est si longue…).
Artistes Juifs ou Cosmopolites? Sûrement les deux, quand Paris était une fête!
Chagall : Apollinaire et Cendrars
Cependant ces artistes juifs, artistes reconnus et célèbres durent aussi subir l’antisémitisme de certaines élites. L’exposition met en évidence la renaissance d’une conscience juive avec la parution de revues juives de langue française.
Les mots de la fin sont ceux de Chagall : un long poème en Yiddisch et en Français « Pour les Artistes martyrs « (1950)
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 25 juillet 2021
Nina Villers : Portrait de Madame Soustas laçant son chausson
Si on a oublié certaines d’entre elles, ce ne sont pas des artistes mineures. De leur temps elles étaient célèbres, parfois riches, des peintres reconnues. Elles ont investi les peintures de portrait, de genre, parfois d’histoire, de paysage. L’exposition leur rend honneur dans leur diversité et les fait sortir de l’oubli.
Elizabeth Vigée Lebrun : autoportrait 1800
Elizabeth Vigée Lebrunest sûrement la plus connue de nos jours. en 1783 époque elle est admise à l’Académie ainsi que Adélaïde Labille-Guiard.
Pour ma part je me suis surtout intéressée aux autoportraits afin de mieux les connaître. Elles se représentent au travail.
marie-Guillemine Benoist : autoportrait
l’enseignement de la peinture et des Beaux arts se faisait dans des ateliers réputés
l’atelier de Leon Coigniet : Catherine Caroline Cogniet-TheveninAutoportrait : Louise Duvidal
j’ai bien aimé cette petite fille.
L’enfant à la poupée : Anne Geneviève Greuze
je ne livre ici que mes tableaux préférés, il y en a beaucoup d’autres!
Merci à Babélio et à la revue DADA pour le cadeau! Je n’avais pas coché la case au hasard dans la liste., le numéro consacré à Botticelli m’avait beaucoup plu. Revue d’art destinée aux grands et aux petits, elle porte un éclairage particulier sur l’œuvre d’un artiste. Les ateliers pratiques peut être plus pour les petits mettent l’accent sur une technique particulière, les parents apprécieront.
Arcimboldo (1526 – 1593) est un peintre milanais, dessinateur, portraitiste, mais aussi ordonnateur de fêtes, dessinateur de cartons de tapisserie et de vitraux. Il fut invité à la cour de Vienne par Maximilien de Habsbourg pour réaliser les décors des fêtes de la cour autrichienne, des portraits classiques de la famille Habsbourg. Ce sont les têtes composées qui confèrent à l’artiste sa célébrité.
Le cuisinier
Têtes amusantes, tirant sur la caricature, comme celle du Bibliothécaire composée de livres. Têtes comme des énigmes quand il faut retourner le tableau pour découvrir Le Jardinier qui se cache sous des légumes, ou le Cuisinier dont le visage de viandes assemblées ne se devine qu’après un examen attentif. Si l’empereur est magnifié en Vertumne la dénonciation des travers des courtisans parfois monstrueux comme le Juriste, est d’une méchanceté acérée.
Assemblage est le maître-mot. L’atelier propose une « Tête al dente » : collage de pâtes, farfalle, penne, serpentini. A la manière de….
Oublié, Arcimboldo est redécouvert par les surréalistes la revue Dada présente un certain nombre d’œuvres inspirées par Arcimboldo Dans le chapitre A la Cour d’Arcimboldo, Dali, Tinguely, Klaus Enrique, Marcel Duchamp, Di Chirico et d’autres sont mis en regard des tableaux d’Arcimboldo utilisant les procédés d’assemblage. Une belle collection!
Coïncidence (ou pas) au Musée Pompidou-Metz s’ouvre une exposition Arcimboldo. Cette revue est une excellente introduction à la visite.
Notez que la Revue Dada, comporte toute une partie Actualités consacrées aux expositions dans le monde de l’art, entre autres les expositions commémorant Napoléon, Peintres Femmes au Luxembourg, et d’autres…
Après la lecture de l’Invention de la Natured‘Andréa Wulf, des Arpenteurs du monde deDaniel Kehlmann, Terre Prodigieuses Créatures de Tracy Chevalier visitercette exposition était une évidence. Pendant le confinement, je suis passée sur les quais de Seine devant le Musée d’Orsay fermé, avec une rage terrible à l’idée que la date de clôture approchait et que ces accrochages sans visiteurs étaient un véritable gâchis.
Les Origines du monde à Orsay, sûrement pas une coïncidence, on pense immédiatement au célèbre tableau (qui d’ailleurs figure en fin de l’exposition). L’Invention de la Nature est datée – selon le prologue – d’un « long XIXème siècle » allant de la Révolution à La Première Guerre mondiale, parfaitement à sa place à Orsay.
Le Paradis terrestre et la Création d’Eve
Prologue: les récits bibliques fondateurs de la Genèse et du Déluge sont illustrés par des tableaux plus anciens d‘Isaak van Osten : Le Paradis terrestre et la Création d’Eve et Breughel . Plus récent : Après le Délugede Philippo Pazzi(1864) où l’on voit les animaux quitter l’arche de Noé/ Egalement une très belle gravure repliée en accordéon représentant les différentes espèces.
Philippo Polizzi (1864) Après le Déluge. les animaux quittent l’Arche (détail)
2. Nommer les espèces : les Cabinets de Curiosités furent en vogue dès le 16ème siècle – « modèles en miniature de la Nature Universelle »ilsfurent la possession des aristocrates et préfigurèrent les collections naturalistes.
Anne Vallayer-Caster 1769 Panache de mer Lithophytes et mollusques
Collectionner, classer Linné (1707-1778); Buffon (1707 -1788)aspire à un inventaire mais délaisse les classements en recherchant « les causes naturelles ».
Cabinet de Curiosités : oiseaux exotiques
3. Immensité et diversité du monde
La nature comme spectacle : un diorama montre la tournée de Zarafa, la girafe de Nubie (1827)
Diorama : Zerafa la girafe nubienne
1741 Clara, rhinocéros, fit « Le Grand Tour « de l’Europe en 12 ans et fut célébrée en peinture ou sur différentes représentation comme cette horloge monumentale
Clara le rhinocéros
les animaux exotiques inspirèrent les artistes comme les lions de Delacroix
Détail de la Chasse aux lions de Delacroix
ou le tigre dévorant un gavial de Barye
Barye : Tigre dévorant un gavial
Dans les collections j’ai admiré ces cires botaniques de Louis-Marc-Antoine Robillard des fruits exotiques restés frais à travers les siècles!
Dattes, anones et calamondins de cire
Trois expéditions emblématiques : le Voyage en Australie (1800 -1804) de Nicolas Baudin; L’expédition de Humboldt et Bonpland(1799-1804) et Darwin sur le Beagle (1832 -1835)
Humboldt et Bonpland
Et c’est là que l’émotion arrive : dans une vitrine se trouve deux spécimens de feuilles(Cordia sebestene Cuba Oreopanax de l’herbier de Bonpland,
!coupe géologique par Humboldt et carnet de terrain de Bonpland
son carnet de terrain d’une très fine écriture au papier que je n’arrive pas à déchiffrer sous la vitre, une coupe géologique des Andes de Humboldt et une esquisse des principales hauteurs des deux continents dressée par Goethe! Les biographies de ces deux savants restent vivantes dans mon esprit, je n’aurais jamais rêvé m’approcher de si près des originaux. Je retrouve Humboldt plus loin dans la peinture de la serre tropicale de palmiers de Frédéric- Guillaume III construite sous les directives de l’explorateur.
Palmeraie de Guillaume III à l’Ile aux Paons
4. Antiquité de la Terre : fascination pour la géologie. Emotion encore devant l’édition ancienne des Principes de Géologie de Lyell et devant une coupe stratigraphique de Cuvier et Brongniart. la salle est ornée de tableaux à l’huile représentant des sujets géologiques dont l’éruption du Vésuve et un très étrange paysage de glaciers sur un lever de soleil avec un ours blanc qui se détache sur la crête
Au delà de l’Homme (1894) Briton Rivière
Essor aussi de la paléontologie et mode des dinosaures. Je trouve en cherchant bien le nom de Mary Anning, j’aurais aimé que l’exposition l’honore plus. Bien sûr en majesté un os de dinosaure, et un sujet sur la reconstitution de l‘iguanodon à Cristal Palace (1853) avec l’invitation à un dîner de gala dans le ventre de l’animal préhistorique. Projections de film sur le thème des dinosaures dont la jolie et ancienne animation (1914) de Gertie le Dinosaure
Reconstitution d’un paysage du Dorset
Quelques aquarelles illustrent le voyage du Beagle mais curieusement Darwin apparait dans un champ inattendu : la psychologie avec l’étude des émotions faciales des chiens et des enfants.
L‘Evolution et les arbres de la phylogénèse occupent un mur entier mais c’est le tableau de Kupka qui m’a le plus étonnée
Kupka : Anthropoïdes
J’ai oublié Les Trésors de la Mer
Argonaute, pieuvre
Et toute une série de dessins les plus fins et les plus décoratifs qui soient
pour arriver à la série des radiolaires et des méduses de Haeckel
Haeckel : radiolairesHaeckel : méduses
Non seulement Haeckelest un scientifique de premier plan mais il a inspiré les artistes de l’Art Nouveau : architecture, décoration….Une collection de vases de Gallé rend compte de cette influence
Gallé : vase avec coquillage et algues
La fin de l’exposition est moins axée sur les sciences et plus sur la création artistique avec les chimères et même avec Odilon Redon et Böcklin un glissement vers le fantastique.
Bartolomé Bermejo :Retable de la Vierge de Montserrat
Petit déj au café
L’hôtel Ariagaqui occupe le premier étage d’un immeuble ne sert pas le petit déjeuner. La réceptionniste me conseille le Café Boulevard à quelques pas. Je commande un délicieux petit déjeuner jus d’orange frais, beignet à la crème anglaise, café au lait. Le cadre est fastueux : marbre, dorures, colonnes et miroirs. Des habitués lisent le journal, un jeune travaille sur un ordinateur portable. Cette formule me plaît bien.
Musée des Beaux Arts : Exposition Bermejo
bartolome_bermejo_virgen_de_la_leche
Tramway jusqu’au Musée Guggenheim, puis, nous traversons un chantier trouver le Musée des Beaux arts , construit au début du XXème siècle, rénové et précédé d’une façade de verre.
L’exposition, autour du peintre Bartholemeo Bermejo, fait le lien entre la peinture flamande et la peinture espagnole au début du XVIème siècle. Cela me rappelle que les Flandres étaient espagnoles au temps de Charles Quint. Bermejo vivait un peu avant cette époque, toutefois. La technique la peinture à l’huile vient donc de Flandres, de Van Eyck. Les retables sont apparentés à ceux de Gand ou de Bruges. Mêmes trognes pittoresques à la limite de la caricature. Même souci du détail. Monstres qui pourraient être ceux de Bosch.
Cette peinture est bien gothique. La Renaissance italienne est toute proche : perspective qui use et abuse des sols carrelés et paysages en lointain.
Le plan de l’exposition épouse les étapes du périple de Bermejo qui a beaucoup voyagé : Valence, Aragon, Castille, Baléares, Catalogne … chaque fois, il est confronté aux œuvres des peintres locaux. Quelques fois le tableau est le fruit d’une collaboration. Des rencontres historiques sont peintes : celle avec saint Dominique et Ferdinand d’Aragon, seul vers 1470, puis avec Ferdinand et Isabelle de Castille réunis sur un seul tableau sous l’égide de la Vierge . Introduction idéale à l’histoire de l’Espagne !
Je compare ces tableaux avec les souvenirs récents de Chypre. Après tout, ces tableaux sont contemporains des fresques même si la technique est très différente et si l’inspiration byzantine est très éloignée.
Devant la peinture de Bermejo et de ses contemporains, la pertinence des questions sur l’art qui m’ont interpellée hier, n’a pas de sens. Le sujet déborde du tableau. Il faut un regard multiple pour maîtriser le trop plein. Qu’est ce qui me fascine le plus ? L’Histoire Sainte, l’anecdote narrée par le peintre, la technique, le savoir faire de l’artiste ? Les influences picturales ? Ou les couleurs chatoyantes, les décors, les costumes ? Tellement de lectures sont possibles ! On ne se pose pas la question si c’est de l’art ou pas. Cette question n’était d’ailleurs pas d’actualité, on ne peignait pas alors pour faire de l’art ! Après la visite de cette exposition bien commentée, bien éclairée, didactique, nous avons moins de concentration pour admirer les collections permanentes.
Heureusement une prospective sur l’urbanisation de Bilbao fait diversion avec plans, maquettes, photos de chantier.
Collections permanentes
Les collections permanentes se vantent de posséder des Zurbaran, Goya, un Gauguin etc.…Goya me déçoit un peu : deux portraits et pas les meilleurs. Zurbaran m’avait frappée à Budapest. Les autres peintres sont moins connus, sûrement intéressants si je n’avais pas épuisé mes capacités de m’émerveiller plus tôt. Exposition Amable Arias
Nous passons, indifférentes, à l’étage des contemporains (encore !) et très critiques à l’exposition d’Amable Arias. : Dessins de l’invisible. La moitié de la salle est occupée par des « gribouillis-cra-cras » sur fond de café ou vagues lavis . Certains dessins retiennent mon regard pour leur humour : toute une série sur Sartre me fait sourire.
L’art donne de l’appétit !
Bilbao
Midi et demie : il est temps de s’aérer ! Nous aurions bien pique-niqué dans le parc du Musée mais nous n’avons rien emporté. Il faut explorer les ressources locales. Ce n’est pas évident dans ce quartier chic où les magasins de meubles, les agences de voyages et les restaurants hors de prix sont les seuls commerces.
Il me semble que vers la Gare nous pourrions trouver de la restauration rapide .En chemin, j’achète deux tomates et des bananes au cas où nous ne trouverions rien. Je survivrai toujours !
Nous arrivons sur la Gran Via Lopez de haro, belle artère piétonnière bordée d’immeubles cossus avec caryatides et atlantes, coupoles genre pâtisserie ressemblant à ceux de Vienne ou de Pecs. Encore des magasins de vêtements, le Corto Inglese, de belles librairies, une merveilleuse pâtisserie. Mais nous n’en sommes pas au dessert.
Près de la Gare, enfin ! Nous trouvons des sandwiches et même des salades que nous mangeons sur la promenade le long de la ria près du pont qui fait face au Théâtre et à notre hôtel.
De la salle du petit déjeuner, nous observons les allers et venues des tracteurs qui nettoient le sable de la plage de Saint-Jean-de-Luz. Est ce routine ou suite de la marée noire ? On monte les toiles des cabines de plage, à rayures rouges, bleues, vertes.
Nous quittons la France par la nationale 10 jusqu’à Irun sous un fin crachin. Tout est vert ici, pas de mystère : il pleut souvent.
Entrée en Espagne
Dès l’entrée en Espagne les changements dans les constructions sont notables. Plus de villages fleuris et de grandes maisons basques, des immeubles de briques très hauts serrés les uns contre les autres. Le fond de la vallée est occupé par la voie ferrée et les usines. Les montagnes escarpées sont recouvertes de forêts. Nous ne trouvons pas la route touristique qui suit la côte et suivons une nationale encombrée de camions traversant des villes hideuses.
San Sébastian
San Sébastian qui ressemble à Nice ou à Cannes : beaux immeubles 1900, grandes avenues, des banques et des hôtels. Sans nous attarder, nous cherchons la route en corniche et trouvons une piste cimentée très étroite surplombant l’océan de très haut sur des montagnes sauvages. Des chevaux paissent sur une pente couverte de fougères. Les prés sont tellement escarpés qu’ils sont fauchés à la main. Les meules coniques construites sur une perche centrale ressemblent à celles que nous avons vues en Croatie ou en Slovénie.
Sur notre carte au 1/1 000 000° cette petite route ne figure pas. Nous rejoignons l’autoroute au premier village. Elle traverse des montagnes par de longs tunnels courbes et tourne tout le temps. Dominique doit s’accrocher au volant.
Bilbao : Hôtel Ariaga
Midi : Bilbao. Après avoir traversé des quartiers modernes nous descendons vers la rivière Navion dans les quartiers historiques. La circulation automobile est infernale. Les nombreux autobus très longs ne facilitent pas le trafic. Pour trouver un hôtel nous suivons les quais bordés d’une jolie promenade . Les immeubles sont agrémentés de bow-windows en bois et de décors de colonnettes et de boiseries. L’Hôtel Ariaga possède un garage souterrain. Il est situé en plein centre, près du théâtre et de la Gare (très belle façade Art Nouveau en céramique). Le prix est raisonnable (65 € + 10€ pour le parking). Il est tenu par une famille qui règne sur les portes et le parking où l’on se rend accompagnées. Pas questions d’allers et venues en voiture ! Elle restera sagement enfermée jusqu’à notre départ ! Notre chambre est propre avec un parquet vernis des meubles en bois foncé, pas de décoration mais une belle salle de bains.
Musée Guggenheim
Bilbao : la Ria et le musée Guggenheim
Le tramway – une jolie rame double verte futuriste – nous y conduit directement. Le Musée Guggenheim est un temple de l’Art Contemporain. Le bâtiment est tout à fait impressionnant. Recouvert de titane, il brille sur une esplanade claire près de la ria. Son architecture compliquée toute en courbes évoque tantôt une fleur aux pétales entrouverts, tantôt un navire aux multiples coques emboîtées, parfois un oiseau, selon la perspective. Des colonnes rondes, des statues bizarres – une araignée métallique, un chien d’une dizaine de mètre de haut couvert d’un pelage de fleurs formant des taches colorées.
Un pont routier, haut de 60 m, enjambe la rivière. Un escalier monumental en calcaire blond nous mène à l’entrée du Musée. Tout cela forme un ensemble complexe.
Bilbao Musée Guggenheim vue d’ensemble
A l’intérieur, le verre donne une impression de légèreté et de lumière. Cathédrale de l’esthétique, on admire la prouesse du design plus que ce qui est exposé. Une salle toute en longueur à éclairage tamisé, sorte de crypte, contient trois sculptures monumentales : l’une d’elles est un cercle pavé de dalles d’ardoises irrégulières, une autre est un serpent formé de quatre tôles ondulant, la dernière, trois igloos de verre, fagots et toile plastique.
Très belle salle mais où sont les œuvres?
Où je me questionne sur l’Art Contemporain
Chien de Koons
Impression de vacuité, vide de sens, recherche de l’esthétique pure ou bluff ?
Cette énorme installation résume la création contemporaine : une bulle vide, abstraite, pourtant impressionnante. La beauté devient acte de foi. Il faut croire que c’est beau, plutôt que de chercher à comprendre. Et si notre crédulité était seulement exploitée par les marchands de l’Art qui vendent hors de prix le kitsch ou pire, le rien ? Le contenant, l’emballage, plus important que le contenu ?
Deux expositions temporaires : Calder parfaitement adapté à ce lieu, et laCollection Broad présentant des plasticiens très connus : Liechtenstein,Andy Warhol, Basquiat, Baldessari Schnabel. Beaucoup de « déchets » : « grabouillages » me laissent complètement indifférente. Les Marylin répétitives de Warholm’ennuient. Certains Liechtenstein –pop art- me séduisent.
Toute une section du Musée est consacrée à l’interrogation « qu’est ce que le bon goût ? ». Provocation gratuite : un chaton en plastique sort d’une chaussette en plastique encadré par deux marguerites en plastique, tout cela dans des couleurs primaires des jouets de bébés. Ce deuxième degré du kitsch me paraît facile, complaisant. La matière, volontairement vulgaire, est laide. En revanche, les séries de Baldessari, sortes de collages, montages de photos découpées et repeintes, sont plus intéressantes. La salle des années 80 montre des œuvres plus abouties : immenses toiles agglomérant des assiettes de Schnabel. Il me semble que le stade de la provocation toute pure est dépassé et que les plasticiens recherchent à nouveau à donner du sens et des images dans leurs œuvres (?). Plus d’intérêt de ma part, mais pas vraiment de jubilation. Où est le plaisir ? J’en éprouve, sans me poser de question, devant un Matisse ou un Picasso. Cette visite nous rappelle Vienne et le musée où nous avions découvert Hundertwasser. le bâtiment était moins impressionnant mais nous avions fait une rencontre . L’importance de l’artiste apparaissait comme une évidence. On pense au Futuroscope : belle technologie au service de quoi ? De Maunoury ? Enveloppe creuse ? Toutes proportions gardées cependant. Le Futuroscope n’a pas l’ampleur du Guggenheim.
Retour à pied le long de la rivière : agréable promenade ensoleillée. Nous terminons dans les petites rues de la Vieille ville : magasins de fringues (ce sont les soldes), foule et musique de rue.
Mille mercis aux éditions Faton et à Babélio pour ce joli cadeau à l’occasion de la Masse Critique Graphique. Cette collection des Carnets de Chantilly est vraiment délicieuse, à ranger en bonne place à côté du Miroir des Dames de Clouet. Tous les deux sont les catalogues d’expositions au Château de Chantilly et mon grand regret est de les avoir loupées. Jolis carnets, format carré, cartonné, beau papier, présentation très soignée.
C’est d’abord une rencontre avec Carmontelle (1717 -1806)que je ne connaissais pas. Aquarelliste, portraitiste, mais aussi auteur de pièces : les Proverbes, organisateur de fêtes, paysagiste créateur du Parc Monceau. Honnête homme, convive aimable, roturier apprécié des salons et des grandes familles du temps de Louis XV et Louis XVI qui a traversé sans trop d’encombres la Révolution et l’Empire.
La société du Palais Royal, le Duc et la Duchesse d’Orléans
Au service des Orleans – « Des portraits mauvais mais ressemblants » Grimm
C’est aussi la présentation de la bonne société du XVIIIème siècle. Lecteur (précepteur) du jeune Duc de Chartres, futur Philippe Egalité, fils du Gros Duc d’Orléans, Carmontelle est donc au service de la Maison d’Orléans qu’il portraiture abondamment. Ces portraits sont donc tout à fait à leur place à Chantilly ou le Duc d’Aumale les a réunis en 1886.
Bathilde la soeur du Duc de Chartres
Carmontelle peint la douceur de vivre dans les salons, musique et comédie, jeu, chasse aussi. La famille de Mozart faisant de la musique est le plus célèbre. Il fréquente aussi les Encyclopédistes grâce à son ami le baron Grimm : portrait de Rameau, Madame d’Epinay, et de Buffon. Astronomie, expériences scientifique, cabinets scientifiques….La famille Calas fait penser à Voltaire.
A côté des portraits à l’aquarelle Carmontelle a aussi fabriqué des transparentsrouleaux de papiers peints de paysages (jusqu’à 42 m) qui se déroulaient dans une sorte de lanterne magique, cinéma avant l’heure.
Rentrée littéraire 2020. J’ai trouvé la référence sur le blog de Matatoune.
Un voyage livresque à Budapest m’a tenté et la réflexion sur l‘Architecturem’intéresse! Il y a tout juste un an, à la Cité de l’Architecture, j’ai visité l’ExpositionOtto Wagner
J’aime beaucoup le style Art Nouveau que j’ai appris à connaître à Paris avec Guimard puis à Vienne, le mouvementSécession, à Riga, et dans nombreuses villes hongroises.
Le héros du roman, Lajos Ligeti, jeune architecte viennois, arrive à Budapest lors de l’inauguration du métro par François Joseph. Il entre comme apprenti au cabinet d’architecte d’ Ödön Lechner, le célèbre bâtisseur de l’Institut de Géologie, de la Caisse d’Epargne de la Poste de Budapest, du Musée d’Art décoratif et de nombreux édifices Art Nouveau en Hongrie. Il rencontre tous ceux qui comptent dans le mouvement de la Sécession hongroise. Je me suis promenée avec grand plaisir dans le Budapest du Millenium. Le fonctionnement d’un cabinet d’architecte est raconté: dessin des plans, choix du matériel, début de l’architecture en béton, mais aussi intrigues pour obtenir les commandes…L’auteur décrit en détail les bâtiments construits ainsi que les maquettes de ceux qui ne seront pas retenus.
La seconde partie du roman intitulée Le Chevalier raconte les succès du cabinet de Ligeti et de son associé Barnabas Kocsis, conducteur de travaux. Quand les commandes de prestige viennent à manquer Ligeti dessine des pierres tombales ou des immeubles de rapport. Ce dernier est même décoré et fonde une famille.
La chute viendra d’un projet pharaonique, un complexe industriel près de Prague. Jalousies et intrigues, nationalisme des tchèques dans l’Empire Austro-Hongrois qui va se déchirer – la Cacanie – Ligeti est juif, cela n’arrange rien. J’ai moins aimé cette partie qui fait la part belle aux tractations avec moins d’éléments concrets décrits. On visite à Vienne les réalisations d’Otto Wagner. On croise Egon Schiele, furtivement Belà Bartok.
Il ne s’agit toutefois pas d’un traité d’architecture, mais bien d’une fiction. Ligeti emprunte beaucoup à son maître Ödön Lechner (qui lui, est bien réel). Il y a aussi une histoire d’amour, un destin tragique. Le style un peu trop recherché de Greveillac m’a parfois agacée : on ne pend pas ses vêtements à une patère, on les append.
Une lecture qui m’a donné envie de revenir à mes photos de Hongrie, et à mes carnets Mitteleuropa.