Exposition temporaire du 18 février au 25 mai 2025
Georg Grosz : Metropolis (1919-1917)
Le concept de dégénérescence : Entartrung correspond à une publication de Nordau en 1892, avec la publication de Kunst und Rasse en 1928, la dégénérescence fut intégrée à l’idéologie raciste.
Ernst Ludwig Kirchner : rue de Berlin avec auto
En 1937 fut inaugurée à Munich une exposition d’Art dégénéré, en parallèle à la Grosse Deutsche KunstAusstellung, art officiel du Reich. L’exposition du Musée Picasso présente les tableaux sur les murs qui rappellent cette exposition et où sont visionnées des scènes de rue de la visite de Hitler, des processions avec drapeaux nazis, un drakkar accompagné de jeunes filles, des cavaliers…
Fragments de sculptures trouvées dans une fouille pour le chantier du métro de Berlin
Le visiteur est accueilli par 4 très belles sculptures, 16 fragments de sculptures retrouvées dans une fouille archéologique avant la construction du métro de Berlin. Sculpture martyres détruites dans la purge nazie attribuées à Karel Niestrath, Emy Roeder, Marg Moll et Richard Harzman.
Paul Klee : légende des Marais
Kandinsky, Paul Klee, enseignants reconnus du Bauhaus, subirent cet ostracisme.
Deux amies – Karl Hofer
Je découvre ici Karl Hofer, renvoyé de l’Académie des Beaux Arts en 1934 à cause des origines juives de sa femme Mathilde, assassinée à Auschwitz en 1942.
Chagall le Rabbin La Prise
Sans surprise Chagallest « dégénéré » mais pas seulement , il est pris comme exemple dans la propagande antisémite, il illustre une nouvelle de Peretz ; le rabbin vend son âme à Satan pour une pincée de tabac.
Otto Freundlich : Hommage aux peuples de couleur
A partir de 1924, Otto Freundlich vit en France mais il fait partie des 1935 du collectif des artistes allemandes antifascistes. Dans une vitrine on peut lire quelques lettres de sa correspondance avec Picasso. D’une famille juive convertie au protestantisme, il se réfugie dans les Pyrénées Orientales mais il est arrêté, conduit au camp de Gurs puis à Drancy et meurt à Sobibor .
Max Beckmann ; Cabine de bain
20 000 oeuvres furent retirées des musées allemands : Berckmann, Picasso, Kandinsky, Nolde, Hofer .Goebbels développe une exploitation lucrative de cette purge en mettant aux enchères les œuvres les plus connues : Van Gogh, Matisse, Gauguin, Picasso etc…furent vendus comme La Famille Soler qui fut acquis par le Musée de Liège.
Picasso : La famille Soler
j’attendais Otto Dix, sans surprise à côté d’un masque à gaz, cette sortie d’usine:
Otto Dix : Fin de la journée des ouvriers de la Métallurgie
Exposition temporaire du 6 novembre 2024 au 24 mars 2025
Tigre sur les cimes
Cinq trésors, cinq chefs d’œuvres, cinq périodes et cinq civilisations dans ce vaste territoire de steppes et montagnes, parcouru par des nomades venus de l’Est, Scythes, Huns, Turcs, et la Horde d’Or mongole.
le Penseur de Tobyl
Le Penseur de Tobyl (3ème-2ème millénaire av. J.C.)en grès, a son regard tourné vers le ciel. Très expressif.
ornements en or de la coiffe de l’Homme d’Or chevaux ailés à corne de mouflons et oreilles d’âne
Découverts en 1969, les ornements en or, les coupes en argent et en or des chefs des tribus nomades que les Grecs et les Perses nommaient les Scythes. Orfèvrerie d’un raffinement extraordinaire. Cela me rappelle une exposition : l’Or des Scythes au Grand Palais en 2014, les objets provenant pour la plupart de Crimée.
J’ai beaucoup aimé le tigre installée sur les sommets pointus.
Babal féminin
L es Babal ( 9ème – 11ème siècle) en grès gris provienne du Turkestan .Dès le 6ème siècle le khaganat turc fut poursuivi par des Etats Turcs. Symbiose entre le monde nomade et le monde sédentaire urbanisé. Ces sculptures anthropomorphes furent érigés dans la steppe
Babal masculin
les chandeliers du mausolée de Khoja Ahmet Yasawi (1397)
Chandelier 1397
Fabriqué sur l’ordre de l’émir Timour(Tamerlan), il pèse 41 kg et fut fabriqué par un maître artisan iranien.
L’exposition se termine par le magnifique Chapan, lourd manteau de cérémonie avec des fils d’or.
J’aime bien ces expositions réduites à quelques chefs d’œuvres où toute mon attention est requise. une seule pièce mais un dépaysement total.
Exposition temporaire du 27 Avril 2024 au 16 février 2025
A l’occasion du 60ème anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France, le Musée Guimet se pare de rouge
Origine : façade du Musée Guimet
Jiang Qiong Er a habillé de rouge la façade du Musée Guimet en pratiquant des petites grottes en référence aux sites rupestres de Mogao Clic
Authenticité
Douze créatures, (Authenticité, Fraternité, Inclusion, Paix, Egalité, Bienveillance, Temps, Exploration, Bravoure, Nature, Sagesse, Liberté) occupent chacune une petite grotte. la façade est livrée à l’épreuve du Temps, temps de l’horloge puisqu’à chaque heure six des douze créatures s’animent et sortent de leur antre. Temps, météo, puisque la pluie, la nuit, le soleil, modifient couleurs et reflets.
Nature
Dans la bibliothèque en rotonde au deuxième étage les créatures en bronze sont exposés à hauteur d’homme si bien qu’on peut les observer en détail.
Une autre installation se déploie sur la terrasse.
Cette installation est l’œuvre d’une plasticienne également styliste Jiang Qiong Er née en 1976 en Chine mais ayant également étudié en France, parfaitement francophone qui explique dans des pastilles sonore son travail. Métissage entre la culture chinoise et française, utilisant l’intelligence artificielle. Métissage entre art et design.
Trois peintres élèves de l’Ecole des Beaux-Arts d’Hanoï et du peintre Victor Tardieu. Excellent enseignement aussi bien dans les techniques académiques européennes que dans les traditions et techniques asiatiques. Soucieux de la réussite de ses élèves Tardieu leur obtint des postes d’enseignants du dessin ainsi que des commandes à l’Exposition coloniale de 1931.
Lê-Pho – Laque
Si chacun des peintres a excellé dans l’exécution de portraits à l’huile, aquarelles ou dessin, l’originalité de ces peintres est l’exécution de tableaux originaux en laque ou la peinture sur soie qui assurent un succès en France.
Lê-Pho
Dans les années 30, les trois peintres ont rejoint la France
Lê-Pho : la lettre
Mai-Thu a suivi un parcours analogue et peint aussi sur soie.
Mai-Thu : baigneuses
j’ai aussi aimé ses petits tableaux représentant les enfants au jeu d’échec comme les enfants dans la guerre.
Mai-Thu : jeu d’échecs
Vu Cao Dam était également sculpteur. L’exposition montre un buste de HoChiMinh très connu. Installé dans le midi, il donne du relief à ses peintures à l’huile très colorées sous l’influence de Chagall.
Vu Cao Dam jeune fille assise
C’est une très jolie exposition.
Radis rongeur
Les collections permanentes du musées sont merveilleuses et je n’ai pas manqué pas d’y faire un tour d’autant plus qu’une salle est en ce moment dédiée à la nouvelle laque vietnamienne :
Chiharu Shiota est une plasticienne japonaise née en 1972 à Osaka. Elle travaille également à Berlin. Son matériau de prédilection est le fil qu’elle tisse de ses mains fil de laine ou de coton, rouge le plus souvent mais également noir ou blanc.
Where are we going? barques et fil blanc
Le visiteur est accueilli en haut de l’escalier d’honneur par cette gigantesque suspension blanche qui prennent des allures d’ailes blanches.
Il traverse les arches rouges qui jaillissent des barques, déstabilisé.
j’ai déjà rencontré son fil rouge au Musée Guimetjuste après le confinement, les objets enfermés dans la toile d’araignée correspondaient bien à l’humeur du moment, quand nous étions enfermés, liés. *Elle avait empaqueté de très petits objets, des meubles et et jouets de maisons de poupée. Au Grand Palais, changement d’échelle. Elle joue avec des chaises, lie un piano après sa combustion de fil noir
Piano carbonisé et fil noir
Avec ces fils, ces nœuds, j’avais rapidement classé Chiharu Shiota comme « artiste textile » c’est réducteur! En plus de ces installations, elle a aussi expérimenté avec son corps, l’enfouissant dans la terre, ou se baignant dans la boue. Les vidéos où on la voit couverte de boue me mettent mal à l’aise.
Untitled Islande
Elle met en scène son corps. Dans une vidéo on la voit nue sous un enchevêtrement de fins tuyaux où circule le sang. Elle est parcourue de spasmes . je pense un peu à Sophie Calle. Elle trempe aussi de boue des très longues robes suspendues qui gouttent
Memory of skin
ou elle joue avec la peinture, devenant elle-même peinture
Becoming painting
Toujours ce rouge sang!
l’exposition du Grand Palais montre des dessins préparatoire, des esquisses, des photos, des vidéos. L’une d’elle de 23′ est particulièrement éclairante. Si on prend le temps d’écouter on comprend ce qui échappe à la seule vision.
peintre, artiste textile, vidéaste, photographe.
Crépuscule des Dieux
Elle est aussi scénographe de nombreux opéras : Siegfried, le Crépuscule des Dieux, Oedipe de Sophocle par Stravinsky et bien d’autres oeuvres sont jouées dans les décors de Chiharu Shiota.le problème est que l’exposition a voulu trop en montrer. On voit les captation des différents opéras, les danseurs, les chanteurs mais la musique d’un seul domine. C’est perturbant
Fenêtres de Berlin
.
Chiharu Shiota a aussi été témoin de la Chute du Mur de Berlin qu’on voit en vidéo; la ruée vers l’Ouest a entrainé l’abandon de quartiers de Berlin Est. La plasticienne a récupéré les châssis des fenêtres et portes des maisons désertées et les a assemblées. L’huisserie garde quelque chose de ces maisons abandonnées, leur âme?
Et que dire des valises en lévitation?
Rien n’est gratuit dans ces installations; A Venise, elle a suspendu des clés aux fils rouges. On peut aussi imaginer que les souvenirs sont prisonniers de la toile d’araignée, ou que les barques et les valises sont celles des migrants.
J’ai découvert fortuitement Guillon Lethièreau musée de Saint François, en Guadeloupe et j’ai attendu avec impatience cette exposition.
Guillaume Guillon Lethière est né en 1760 à Sainte Anne, Guadeloupe fils d’un colon blanc exploitant une plantation et d’une mère esclave métisse. En 1774, son père l’emmène en métropole et lui fera bénéficier de ses relations pour réussir sa carrière de peintre. Artiste reconnu, il sera directeur de l’Académie de Rome, puis professeur à l’Ecole des Beaux Arts.
Boilly : Guillon Lethière et Carle Vernet
La première section de l’exposition le montre à différentes étapes de sa vie. Boillyle représente parmi ses pairs, peintre respecté entouré d’autres artistes fameux comme Ingres, Redouté…Pour se maintenir et maintenir son rang, il faut participer à des salons. Il faut aussi s’adapter aux changements politiques
Don patriotique des femmes à l’Assemblée Nationale septembre 1789
La peinture de Guillon Lethière est un témoignage de l’évolution politique . Un autre dessin Thermidorien est un véritable manifeste comme le tableau de La Patrie en danger (1799)
La Patrie en danger (1799)
Guillon Lethière trouve un mécène en Lucien Bonaparte qui lui commande des portraits de la famille Bonaparte et des tableaux historiques.
Lucien Bonaparte contemplant sa maîtresse Alexandrine Jouberton
Un très grand tableau représentant les Préliminaires de la Paix de Leoben restera à l’état d’esquisse. Il sera terminé trop tard après la Restauration. mais la tapisserie qui en a été tissée a traversé l’Histoire.
tapisserie prise des Préliminaires de la Paix signée à Leoben
Guillon Lethière traverse les différents régimes de la Restauration et peint même La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris après les 3 Glorieuses
La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris
Guillon Lethière meurt en 1832 du choléra, la chronique historique s’arrête là!
Homère chantant l’Iliade aux portes d’ Athènes
Classicisme :
La grande peinture reconnue au Salon, c’est la peinture historique avec des références à l’Antiquité. Guillon Lethière suit les sujets romains de David.
Brutus condamnant ses fils à mmort
Répondant à l’Enlèvement des Sabines, les Horace est les Curiace … Guillon Lethière illustre des tragédies patriotiques, héroïques et édifiantes :La Mort de César, La mort de Camille, ce(sœur d’un Horace, fiancée à un Curiace exécutée par son frère)Brutus condamnant ses fils à mort, (ce n’est pas le Brutus connu, celui qui a tué César mais un bien plus ancien du temps des rois Tarquin)
la mort de Camille
La mort de Virginie, héroïne antique d’un récit de Tite-Live qui préfère la mort à devenir esclave sexuelle de Marcus ClaudiusCes deux dernières tableaux sont de « Grandes machines » exposées dans le salon Denon (salle 701) au premier étage de l’aile Denon. Ils n’ont pas été descendus dans l’exposition. Tableaux énormes 4mx8m. Guillon Lethière a repris pendant de longues années ses études, esquisses au crayon ou huiles petit format sur ces thèmes avant d’aboutir au tableaux exposés au Louvre; l’exposition montre les différentes étapes et métamorphoses. Un dessin garde encore les tracés à la règle de la perspective, les personnages sont nus, le peintre les habillera ensuite…la mort de Virginie avait tout d’abord pour sujet principal Virginius, le père.
le Serment des Ancêtres (1822)
Le Serment des Ancêtres est une sorte de fantôme qui plane sur l’exposition. Il est en majesté et sert d’affiche (voir ci-dessus). Il se trouve en Haïti mais n’a pas pu faire le voyage. On peut uniquement voir une photographie noir et blanc mais expliqué par des cartels et un audioguide très complet. Alors que Napoléon a rétabli l’esclavage aux Antilles, aboli par la Révolution, que ce dernier a envoyé la troupe combattre Toussaint Louverture et que Guillon Lethière avait pour mécène Lucien Bonaparte. Le peintre peint en secret ce grand tableau à la gloire des héros de l’indépendance d’Haïti : Dessaline et Pethion. Au centre du tableau, comme les tables de la loi, une stèle gravée des articles de la Constitution haïtienne, en arrière plan, le peuple de Haïti….
Une signature originale est apposée au Serment des Ancêtres : Le Thiere né en Guadeloupe.
Ce tableau montre une certaine ambiguïté de l’artiste : obligé de plaire aux gouvernants pour maintenir ses commandes et sa gloire, il n’oublie pas son origine. Il fréquente les abolitionnistes mais continue à percevoir les revenus de la plantation de son père esclavagiste. Je n’arrive pas à avoir d’opinion tranchée.
Autre étonnement : comment un peintre arrivé au faite de la gloire, académicien, professeur aux Beaux Arts, est-il tombé dans l’oubli?
Je continue à m’interroger.
Cette peinture classique n’est pas vraiment de mon goût, en revanche l’exposition est passionnante du point de vue historique: une vraie leçon d’histoire!
Jose Ribera (1591 -1652) est né en Espagne, il arrive à Rome en 1605 juste avant la fuite du Caravage en 1606, en 1616 Ribera part à Naples.
Plus sombre et plus féroce que le Caravage, sa peinture est présentée comme « ténébrisme et extrême férocité du réalisme ».
Allégorie des cinq sens : l’odorat
La présentation du Petit Palais adopte l’ordre chronologique, avec les premières salles de sa production romaine puis napolitaine. On entre dans la première salle tendue de rouge où sont accrochés de grands portraits de philosophes, mendiant et deux tableaux des Allégories des cinq sens.
Un philosophe
Le philosophe ci-dessus est un modèle que le peintre fera souvent figurer dans ses compositions : avec son crâne chauve, rond, ses oreilles décollées. Je m’amuse à le chercher et à le retrouver au cours de l’exposition.
Une autre série est celle des Apostolados, les Apôtres, même format, même posture sur un fond le plus souvent très sombre avec un éclairage oblique.
Saint Barthélémy (je retrouve le chauve)
De grands tableaux sur des thèmes religieux sont très construits, éclairage clair-obscur caravagesque
Le Reniement de Pierre
le Reniement de Pierreme fait penser à un tableau de Caravage à Saint Louis des Français.
Jésus et les docteurs
A côté des grands tableaux religieux, une série de portraits des Apôtres, un cycle des saints martyrs et des Philosophes. Les grands penseurs sont représentés en haillons témoignant peut-être de la richesse intérieure contrastant avec l’aspect extérieur.
Esope
Ribera s’intéresse aux marges de la société, prend pour modèle la plèbe napolitaine, une gitane, les scugnizzi de Naples.
Le pied-bot
Grand tableau en pied d’un couple de barbus, l’un d’eux est une femme allaitant un enfant. Cette femme a vraiment existé. Un autre tableau très marquant est l’enfant au pied-bot. Goût pour les infirmités, les monstruosités.
martyre de Saint Bartélémy
Ribera fut aussi un virtuose de la gravure. Certaines caricatures témoignent aussi du goût du burlesque, qui annonce Goya. Certaines études de martyres ont été croquées sur place s’inspirant des tortures de l‘Inquisition active à Naples, alors espagnole. Un monsieur dans l’exposition a montré bruyamment sa réprobation, Non! d’après lui « l’Inquisition ne torturait pas, ne mettait pas à mort ». Saint Barthélemyaprès être crucifié est même dépecé, un tableau représente l’arrachement de la peau.
Apollo, et Marsyas
La plupart des tableaux illustrent des sujets religieux mais le peintre ne s’est pas interdit les grandes compositions mythologiques. Le supplice de Marsyas grimaçant s’apparente aux souffrances des martyrs. le Silène ivre est aussi monstrueux.
Certains tableaux sont plus clairs, plus souriants, colorés. Deux grands paysages dans les bleus sont agrestes, paisibles, de minuscules pêcheurs tirent des filets, un homme allume un feu… Décidemment, le peindre a plusieurs cordes à son arc!
C’est donc une bien belle et riche exposition. En introduction, un podcast de RadioFrance : des Midis de Culture
J’aime les surprises . Rien ne me ravit autant que la découverte d’un peintre inconnu dans un musée de province!
Alexandre Antigna (1817 – 1878) est un peintre orléanais, comme Corsaire qui édite sa biographie par Christian Jamet, historien de l’art. Biographie illustrée, 190 pages .
La première partie Les années de formation (1817-1845) présentent le jeune peintre dans sa ville : Orléans . J’ai apprécié apprendre comment un peintre apprenait le métier, d’abord à l’école de dessin dépendant de la municipalité selon « l’ancienne méthode » qui formait à la gravure, formation rigoureuse. Puis, à vingt ans le jeune peintre rejoint la capitale auprès d’un maître – Norblin – célèbre à Orléans pour son grand tableau La mort d’Ugolin. Le jeune Alexandre surnommé « en tignasse » se forme dans l’atelier du Père Suisse, « académie ouverte » fréquentée plus tard par Corot, Manet Cézanne et Renoir. Il suit l’enseignement de Delaroche qui lui transmet un grand sens de la mise en scène théâtrale et qui stimule ses élèves par des concours. En 1869, Antigna est admis ) l’Ecole des Beaux-Arts où le dessin est la discipline-reine et l’enseignement complété par des cours d’Art antique et de mythologie selon le modèle académique. En 1841, il présente un e Naissance du Christ au Salon. C’est donc un parcours académique classique.
Dans la seconde partie Sous la bannière du réalisme, l’auteur contextualise l’œuvre dans la perspective historique. Antigna est le peintre des pauvres gens. Il vit dans un quartier surpeuplé où la précarité, conséquence de la Révolution Industrielle, est criante. Une nouvelle classe émerge « l’espèce ouvrière » . Comme Courbet, Antigna va peindre des miséreux, des mendiants, des familles indigentes. La très belle peinture de Courbet : Les Casseurs de pierreillustre ce propos. Ce tableau détruit dans les bombardements de Dresde est extraordinaire. Antigna va subir des critiques féroces pour ce parti-pris « peintre rabat-joie qui cultive la misère« , « peintre des engelures », « gros mélodrames bien pantelants hier l’incendie, aujourd’hui l’inondation «
La Halter forcée
Ces tableaux L’éclair, L’incendie, la Halte forcée sont impressionnants. Le peintre met en scène des femmes et des enfants dans une mise en scène dramatique.
Mais Antigna ne s’engagera pas politiquement comme Courbet. par la suite il va même accepter des commandes officielles avec la visite de Napoléon III à Angers auprès des ouvriers de Trélazé dont la grève a été réprimée sauvagement, puis ayant souffert d’une inondation de la Loire.
Le scandale , à Orléans, sera déclenché par tout autre chose : un grand tableau de Baigneuses nues qui va choquer les bien-pensants et l’évêque d’Orléans Dupanloup.
Antignava aussi trouver son inspiration lors de ses voyages, à Gargilesse, il rencontre George Sand. La Bretagne sert aussi de cadre à ses compositions, il y peint des scènes pittoresques mais il a tendance à embellir la réalité
La troisième partie : l‘Apaisement (1860-1878)
Après les années 60, il obtient des reconnaissances du pouvoir impérial, des commandes, des décorations. Les tableaux sont parfois symbolistes. La couleur égaie des scènes d’enfants. Aimable peinture qui ‘intéresse moins.
J’ai apprécié ce voyage au cours du XIXème siècle, en très bonne compagnie. C’est donc une très agréable et très instructive lecture. Néanmoins, j’aurais apprécié peut être moins d’illustrations mais de plus grands formats. Seule la Visite de S.M. à Angers occupe une double page.
De Kiki de Montparnasse, je ne connaissais qu’une image, la photo de son dos prise par Man Ray.
Catel et Bocquetont mis en lumière cette « clandestine de l’Histoire« . C’est le 4ème roman graphique que je lis dans cette collection après Olympe de Gouge, Anita Conti et Joséphine Baker. Les auteurs ont appliqué la même recette : une grosse BD (336 pages) en noir et blanc avec des chapitres séparés par des pages illustrées d’une maison sous une adresse et une date. Une chronologie pour remettre de l’ordre dans les idées. Une série de fiches biographiques pour les personnages secondaires illustres, et enfin une bibliographie. Travail historique sérieux!
Kiki de Montparnasseest née Alice en 1901 à Châtillon-sur-Seine, petite campagnarde délurée plus encline à l’école buissonnière qu’aux grandes études. A 12 ans, elle monte à Paris gagner sa vie comme bonne chez une boulangère qui l’exploite. Un sculpteur l’engage comme modèle .
En 1918, elle s’installe à Montparnasse et continuera à poser pour les artistes. Elle fait la connaissance de Modigliani, Soutine, Kisling, Foujita...et devient Kiki. Elle partage la vie d’un peintre polonais Maurice Mendjisky mais continue à poser pour tous les artistes de Montparnasse s’essaie elle-même à la peinture et mène une vie très libre sans dédaigner alcool ni drogues..
Au début des années vingt, Man Ray l’introduit dans les cercles dadaïstes avec Tzara, chez Picasso et les surréalistes. Nous allons croiser et les Surréalistes, BretonCocteau. Kiki s’essaie aussi au cinéma. Elle est la muse des films expérimentaux surréalistes mais le cinéma américain la dédaigne, trop fantaisiste pas assez pro!
Nous la suivons dans ses aventures qui se terminent parfois très mal….A vous de lire!
J’ai beaucoup apprécié les scènes de café très vivantes et amusantes. En revanche, je suis restée sur ma faim en ce qui concerne les œuvres des artistes. Les amours et les brouilles m’ont un peu lassée. Kiki n’a pas l’envergure d’Anita Conti ni de Joséphine Baker!
De la Chine des Tang j’ai des souvenirs de lectures anciennes de la série des enquêtes du juge Ti de Robert Van Gulik,.
Palefrenier et cheval
La dynastie Tang (618 -907) marque une époque de prospérité, de calme. marchands et commerçants circulaient librement. Les prisons étaient vides. Une population de 50 millions d’habitants se répartissait sur un territoire allant de la Chine orientale à l’Asie Centrale.
Deux cavaliers poterie vernisssée
Les chevaux sont très présents dans l’exposition, chevaux indispensables dans les conquêtes militaires. En 665, 700.000 chevaux étaient élevés dans les fermes d’Etat. Rapides et puissants, ils étaient originaires d’Asie Centrale, de la vallée de Ferghana (actuel Ouzbékistan).
Joueuses de polo
Même les dames montaient à cheval, certaines étaient même joueuses de polo. L’exposition montrant la mode féminine avec de jolies statuettes en céramique montre qu’elles ne dédaignaient pas le costume masculin avec un caftan et des bottes.
Cavalière
Ces céramiques donnent une représentation très vivante de la vie à l’époque des Tang. Fan des tanagras grecs, je suis conquise par ces statuettes chinoises.
Cheval hennissant
La capitale Chang’an comptait 1 million d’habitants et sa densité dépassait celle de Byzance . Construite selon un plan régulier, les 110 quartiers se répartissaient de chaque côté d’une large artère. Deux marchés irriguaient la ville en marchandises provenant de tout l’Empire mais aussi de Corée, Japon, Perse et Indes. La Route de la Soie entretenait les échanges avec Byzance.
Chamelier et chameau
Cette ville cosmopolite se trouvait à La Croisée des pensées et des religions : Confucianisme et Taoisme y étaient les plus répandues avec le Bouddhisme
Gardien du temple : chimère
D’autres cultes étaient pratiqués comme le Zoroastrisme, le Manichéisme. Il y avait une église chrétienne de nestoriens.
Musiciennes et danseuses
La vie culturelle était raffinée, avec musiciens, comédiens, magiciens. l’exposition présente des services pour l’alcool, ou la vaisselle pour le Service du Thé
Service à thé miniature
C’était aussi un monde très lettré, on a dénombré 50.000 poèmes qui ont été calligraphiés. Les artisans travaillaient des matériaux précieux rares comme l’argent, le lapis-lazuli, le jade, le verre venait de Byzance.
On a représenté les étrangers dans cette ville cosmopolite, les marchands sogdiens de la route de la Soie, les étrangers au nez pas du tout asiatique comme le personnages ci-dessus, même un personnage à la peau noire…