Le Château d’Oléron

MARS ATLANTIQUE (OLERON)

Cabanes ostréicoles du château d’Oléron

Le Château d’Oléron n’a pas de château. Ou plutôt, n’en a plus. Le château féodal des Ducs d’Aquitaine a été rasé au XVIIème siècle. Après la chute de La Rochelle, Richelieu a ordonné la construction de la citadelle. Cette petite ville (4000 ha) est la capitale de l’ile d’Oléron. C’est une jolie ville blanche, au plan régulier, enclose dans ses remparts. L’Office de Tourisme propose une « visite patrimoniale »en 15 étapes, 5km, 1h30 en suivant un dépliant explicatif.

Le Château d’Oléron – Place de la République – halle et fontaine

Le circuit commence place de la République, l’ancienne Place d’Armes. Au fond le marché couvert (1891) est précédé d’une curieuse fontaine en pierre blonde avec des colonne torses et des bas-reliefs marins. Elle fut réalisée en 1851par un compagnon du devoirf, tailleur de pierre. Cette fontaine est alimentée par une citerne récupérant les eaux de pluie, seule source d’eau douce sur l’île avant le raccordement au continent.

Suivant le plan du dépliant, je parcours les rues à la recherche des maisons de citoyens illustres : un peintre Omer Charlet, un médecin et archéologue le Docteur Pineau, un capitaine dont le navire, chargé d’huitres portugaise a fait naufrage et a essaimé le bassin d’une espèce résistante à l’épizootie qui avait décimé les huitres locales. Rien de bien remarquable du point de vue architectural, c’est l’occasion de découvrir l’histoire locale. Pierre Loti est aussi célébré, une rue lui est attribuée et la petite ruelle Aziyadé. Cette promenade est très tranquille sous un chaud soleil par des rues désertes.

Elle me conduit aux remparts verdoyants d’où on a de belles vues sur le Pertuis d’Antioche.

Château d’Oléron remparts

La Citadelle fut bombardée le 17 avril 1945 par les Alliés. Conçue par l’ingénieur Pierre d’Argencourt en 1630, la citadelle fut jugée insuffisante par Colbert. En 1685, Vauban l’agrandit puis réalise le glacis en 1695, et enfin dessine le plan de la ville en damier. Parmi les ruines, je découvre un pont à plusieurs piliers qui va à la Porte Royale et j’arrive finalement sur une belle esplanade herbue où se trouvent l’Arsenal et la Poudrière.

Stèle aux communards

Dans les renfoncements les galeries d’artistes sont actuellement fermées. Des sculptures dispersées ornent l’esplanade. La stèle à la mémoire des Déportés de la Commune de Paris me touche particulièrement. De 1871 à 1872 9000 Communards furent internés dans les forts charentais, les îles d’Aix, Madame , Oléron et Ré.

le Joueur de la Planète – Philippe Ardy

Un peu plus loin, une grande main de pierre tient dans sa paume le globe terrrestre, insinuant que le sort de la planète est entre nos mains. C’est l’œuvre de Philippe Ardy , le titre : Le joueur de la Planète. L’atelier du sculpteur est ouvert. J’ai le plaisir de le rencontrer. J’aime beaucoup ses sculptures en bois, sa curieuse Lucy en noyer, des boules étonnantes. Leur bois m’est inconnu : c’est l’Olivier de Bohème( Eleagnus angustifolia) qui n’est pas un olivier, ni bohémien non plus. Cet arbuste pousse à Oléron. Son bois développe des sortes de chancres, des grosseurs qui donnent une loupe intéressante. Philippe Ardy utilise aussi le bois flotté. Il a réalisé une grande sphère endommagée pendant la dernière tempête.

l’Atelier de Philippe Ardy

Avant de quitter la Citadelle, une guérite dominant le Pertuis d’Antioche est accompagnée d’un arbre dont un panneau raconte l’histoire. C’est celle de l’Orme de Richelieu, un très vieil orme qui servait d’amer aux marins. Les nouveaux mariés venaient y ficher une épingle pour assurer la fertilité. Scié par les Allemands, il fut remplacé par un jeune arbre en 1989 à l’occasion du Bicentenaire.

De l’autre côté du chenal, les cabanes ostréicoles multicolores sont tassées en un joyeux désordre. Elles ont été démontées, repeintes et sont occupées par des artistes, des artisans, des cafés et de petits restaurants. Hors saison, la plupart sont fermées sauf une maroquinerie et une boutique de savons. C’est une promenade très gaie sous le soleil ; Je fais photo sur photo. Devant une cabane un peu foutraque avec balais, cônes oranges et empilement de ces sortes d’assiettes trouées des bouchots, tout un bric à brac ; l’occupante me montre la photo de la « mémé-pisse-debout » une vieille paysanne en tenue grise. Rencontre sympathique.

Pique-nique devant deux bassins rectangulaires d’affinage des huitres. Une voiture s’arrête. Deux ornithos vont photographier les bernaches qui se nourrissent dans la vase près du bord. De l’autre côté de la route, le port ostréicole est aménagé dans d’anciens marais salants. Cabanes colorées et bateaux à fonds plats.

Le sentier du littoral rejoint le viaduc, 205 km plus loin entre littoral et claires ostréicoles. Sous le soleil, les épines blanches font un feu d’artifice éblouissant sur le ciel bleu. Dominique m’attend à côté de la Cabane du bout du monde.

Deux Filles Nues – LUZ – Albin Michel

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par Laboucheaoreille

ART DEGENERE

C’est à l’occasion de la visite de l’exposition Art Dégénéré au Musée Picasso ICI que j’ai découvert de roman graphique : un véritable chef d’œuvre!

Un podcast à signaler : les Midis de Culture « Deux filles Nues » de Luz ICI 

Deux Filles Nues est le nom d’un tableau peint en 1919 par Otto Mueller (1874-1930) qui a subi les tribulations des tableaux de l’Art dégénéré selon les critères nazis. Il est actuellement accroché à Cologne. 

C’est donc une histoire vraie.

La BD  commence avec le making-of du tableau qui s’élabore sous nos yeux : plus de blanc que de couleur sur les premières pages. Il faut l’intervention d’un ramasseur de champignons. Au premier tiers du livre, Otto Mueller meurt…mais le livre est loin d’être fini. Le sujet, c’est le tableau et non le peintre. Acquis par un collectionneur juif, il se retrouve avec d’autres sur les murs.

La vente aux enchères de l’Art Dégénéré

Là, il faut être très attentif , la BD est beaucoup plus sophistiquée qu’il n’y paraît au début. Tous les éléments du décor ont leur importance : les autres œuvres accrochées correspondent à de réels tableaux. Il y a même les titres à la fin, sauf que Luz nous a fait une sorte de blague : il a supprimé les numéros des pages. On sait qu’il y a un Emil Nolde p. 101, mais on ne sait pas où est la page 101 et ainsi de suite. Avec un peu d’efforts, on a une véritable exposition de la peinture allemande,  expressionnisme, die Brücke etc

Autre lecture : l’histoire de la montée du nazisme ne se trouve que très partiellement dans les bulles de texte. C’est dans la rue, par la fenêtre qu’on voit se dérouler manifestations, violences et déprédations.

Fond noir : la nuit, la rue est éclairée et les incendies de la Nuit de Cristal l’illuminent. Ces pages noires sont d’une grande force et d’une grande beauté.

Le même procédé se retrouve quand le tableau est exposé dans les expositions d’art dégénéré. Regardez bien par la fenêtre.

Les voyages en train sont aussi  très impressionnants. Comme l’invasion des cafards…

Ce n’est pas un livre d’une seule lecture. Il faut le feuilleter, y revenir, l’étudier.

Je vais avoir beaucoup de mal à m’en séparer et à le rendre à la médiathèque.

 

Joie collective – Apprendre à Flamboyer au palais de Tokyo

Exposition temporaire 21/02 – 11/05/25

André Tot

Joie collective sur les Champs Elysées, années 70, manifestations heureuses.

 

Bandes portées au Carnaval de Sao Salvador de Bahia

Joie collective du Carnaval!

Le Palais de Tokyo est un lieu très cool. L’art contemporain n’est pas du tout rébarbatif ou difficile d’abord. On y est très bien accueilli. Des médiateurs.trices prennent en charge les visiteurs pour une visite de 30 minute personnalisée.

Moki Chery : textile

Des espaces invitent le public à participer dans une expérience collaborative. La couleur violette indique qu’on attend une participation active du public. Sur une petite scène une adolescente joue à la vedette. On peut colorier une œuvre qu’un plasticien, Dimitri Milbren a dessinée

Babyfoot panafricain de Bocar Niang (Sénégal)

Le babyfoot panafricain de Bocar Niang invite au jeu collectif . pas de boules pour jouer mais on peut voir de près les personnages, reconnaître Rosa Park ou Nelson Mandela.

Cosmorama Montreuil

Oeuvre collective que le Projet participatif à Montreuil dans le quartier Morillon où les habitants ont suspendu un maillot de foot de l’équipe malienne . Et où les enfants ont décoré la porte bleue

les enfants devant la porte bleue

Musique en vidéo sur un très grand écran des tubas cuivres et contrebasses se répondent à la Nouvelle Orléans. On regarde, on écoute, on commente on bavarde avec des inconnus;

Cindy Bannani – manifestation marche de 1983

Notre visite se termine en broderie. la brodeuse Cindy Bannani a imaginé une installation avec ses tableautins brodés des marcheuse en manif. sur une table une banderole doit être brodée : il y a du matériel, coton à broder, cercles de bois ajustables, aiguille, j’ai réclamé un dé. Chacun, chacune plutôt peut mettre son point à la création collective. En brodant on échange, on bavarde, on se lie. La plasticienne n’a pas pu afficher de keffieh, cela fait débat! 

on nous a tant promis. on nous a menti

je ne vous ai pas parlé des expos photos, des vidéos, de la musique….

Apocalypse à la BnF

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 8  juin 2025 à la Grande Bibliothèque

Anne Imhof – 2022 – huile sur toile dimension XXL

La toile d‘Anne Imhof – l’affiche de l’exposition – m’a induite en erreur. Je m’attendais à des documents sur la fin du monde, guerres, inondations, cyclones, ce que l’actualité télévisée nous sert quotidiennement et qui devient apocalyptique.

Kiki Smith – tapisserie – guide l’aigle du malheur

Les conservateurs de l’Exposition mettent dès l’entrée les pendules à l’heure. Dans le monde contemporain, l’Apocalypse évoque des catastrophes, mais  il n’en a pas toujours été ainsi. Au sens étymologique, elle correspond plus à une révélation ou un dévoilement et annonce le Royaume de Dieu.

jean le visionnaire – tapisserie – Angers

Les premières salles vont donc raconter l’Apocalypse telle que l’a écrite Jean de Patmos, comme la Tapisserie de l’Apocalypse du Château d’Angers.  Des œuvres modernes illustrent cet effroi comme l’aquarelle de Gustave Moreau ou la petite peinture d’Henri Michaux, la lettre du voyant de Rimbaud ou les textes d’Antonin Artaud. 

Unica Zürn

N’oublions pas que l’exposition se tient à la Grande Bibliothèque, qui présente naturellement de merveilleux manuscrits enluminés 

BEAtus de Saint Sever

Collection merveilleuses de gravures de Dürer  qui a dessiné toute une série 

Dürer les quatre cavaliers de l’Apocalypse

Sans parler de celles de Goya, j’ai eu bien du mal à choisir mes préférées , bien grinçantes fantastiques 

Goya

Etonnantes aussi celles d’Odilon Redon. L’ordre chronologique adopté par l’Exposition 

Odilon Redon

Au XXème siècle, l’Apocalypse n’est plus le texte de Jean mais la Grande Guerre. Otto Dix s’en est inspiré

Otto Dix  – Errinnerungen an die Spielsale von Brüssel

On voit également des photos de Brassai, une grande tapisserie de Lurçat

La fin de l’exposition présente des œuvres contemporaines intéressante comme les aquarium d’Hicham Berrada que je retrouve avec beaucoup de bonheur

Hicham Berrada

Je découvre  l’énorme tapisserie d’Otobung Nkanga sur des thématique marines : surexploitation des fonds océaniques

Otobong Nkango : Unearched midnight

 

je me suis laissée surprendre!

Art « Dégénéré » : le procès de l’Art moderne sous le nazisme – Musée Picasso

Exposition temporaire du 18 février au 25 mai 2025

Georg Grosz : Metropolis (1919-1917)

Le concept de dégénérescence : Entartrung correspond à une publication de Nordau en 1892, avec la publication de Kunst und Rasse en 1928, la dégénérescence fut intégrée à l’idéologie raciste.

Ernst Ludwig Kirchner : rue de Berlin avec auto

 

 

En 1937 fut inaugurée à Munich une exposition d’Art dégénéré, en parallèle à la Grosse Deutsche KunstAusstellung, art officiel du Reich. L’exposition du Musée Picasso présente les tableaux sur les murs qui rappellent cette exposition et où sont visionnées des scènes de rue de la visite de Hitler, des processions avec drapeaux nazis, un drakkar accompagné de jeunes filles, des cavaliers…

Fragments de sculptures trouvées dans une fouille pour le chantier du métro de Berlin

Le visiteur est accueilli par 4 très belles sculptures, 16 fragments de sculptures retrouvées dans une fouille archéologique avant la construction du métro de Berlin. Sculpture martyres détruites dans la purge nazie attribuées à Karel Niestrath, Emy Roeder, Marg Moll et Richard Harzman.

Paul Klee : légende des Marais

Kandinsky, Paul Klee, enseignants reconnus du Bauhaus, subirent cet ostracisme. 

Deux amies – Karl Hofer

Je découvre ici Karl Hofer, renvoyé de l’Académie des Beaux Arts en 1934 à cause des origines juives de sa femme Mathilde, assassinée à Auschwitz en 1942. 

Chagall le Rabbin La Prise

Sans surprise Chagall est « dégénéré » mais pas seulement , il est pris comme exemple dans la propagande antisémite, il illustre une nouvelle de Peretz ; le rabbin vend son âme à Satan pour une pincée de tabac. 

 

Otto Freundlich : Hommage aux peuples de couleur

A partir de 1924, Otto Freundlich vit en France mais il fait partie des 1935 du collectif des artistes allemandes antifascistes. Dans une vitrine on peut lire quelques lettres de sa correspondance avec Picasso. D’une famille juive convertie au protestantisme, il se réfugie dans les Pyrénées Orientales mais il est arrêté, conduit au camp de Gurs puis à Drancy et meurt à Sobibor .

Max Beckmann ; Cabine de bain

20 000 oeuvres furent retirées des musées allemands : Berckmann, Picasso, Kandinsky,  Nolde, Hofer .Goebbels développe une exploitation lucrative de cette purge en mettant aux enchères les œuvres les plus connues : Van Gogh, Matisse, Gauguin, Picasso etc…furent vendus comme La Famille Soler qui fut acquis par le Musée de Liège.

Picasso : La famille Soler

j’attendais Otto Dix, sans surprise à côté d’un masque à gaz, cette sortie d’usine: 

Otto Dix : Fin de la journée des ouvriers de la Métallurgie

 

 

Kazakhstan – Trésors de la Grande Steppe au Musée Guimet

Exposition temporaire du 6 novembre 2024 au 24 mars 2025

Tigre sur les cimes

Cinq trésors, cinq chefs d’œuvres, cinq périodes et cinq civilisations dans ce vaste territoire de steppes et montagnes, parcouru par des nomades venus de l’Est, Scythes, Huns, Turcs, et la Horde d’Or mongole.

le Penseur de Tobyl

Le Penseur de Tobyl (3ème-2ème millénaire av. J.C.) en grès, a son regard tourné vers le ciel. Très expressif. 

ornements en or de la coiffe de l’Homme d’Or
chevaux ailés à corne de mouflons et oreilles d’âne

Découverts en 1969, les ornements en or, les coupes en argent et en or des chefs des tribus nomades que les Grecs et les Perses nommaient les Scythes. Orfèvrerie d’un raffinement extraordinaire. Cela me rappelle une exposition : l’Or des Scythes au Grand Palais en 2014, les objets provenant pour la plupart de Crimée.

J’ai beaucoup aimé le tigre installée sur les sommets pointus.

Babal féminin

L es Babal ( 9ème – 11ème siècle) en grès gris provienne du Turkestan . Dès le 6ème siècle le khaganat turc fut poursuivi par des Etats Turcs. Symbiose entre le monde nomade et le monde sédentaire urbanisé. Ces sculptures anthropomorphes furent érigés dans la steppe

Babal masculin

les chandeliers du mausolée de Khoja Ahmet Yasawi (1397)

Chandelier 1397

Fabriqué sur l’ordre de l’émir Timour (Tamerlan), il pèse 41 kg et fut fabriqué par un maître artisan iranien.

L’exposition se termine par le magnifique Chapan, lourd manteau de cérémonie avec des fils d’or. 

J’aime bien ces expositions réduites à quelques chefs d’œuvres où toute mon attention est requise. une seule pièce mais un dépaysement total.

Gardiens du Temps – un projet de Jiang Qiong Er

Exposition temporaire du 27 Avril 2024 au 16 février 2025

A l’occasion du 60ème anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France, le Musée Guimet se pare de rouge

Origine : façade du Musée Guimet

Jiang Qiong Er a habillé de rouge la façade du Musée Guimet en pratiquant des petites grottes en référence aux sites rupestres de Mogao Clic

Authenticité

 

 

Douze créatures, (Authenticité, Fraternité, Inclusion, Paix, Egalité, Bienveillance, Temps, Exploration, Bravoure, Nature, Sagesse, Liberté) occupent chacune une petite grotte. la façade est livrée à l’épreuve du Temps, temps de l’horloge puisqu’à chaque heure six des douze créatures s’animent et  sortent  de leur antre. Temps, météo, puisque la pluie, la nuit, le soleil, modifient couleurs et reflets.

 

Nature

Dans la bibliothèque en rotonde au deuxième étage les créatures en bronze sont exposés à hauteur d’homme si bien qu’on peut les observer en détail.

Une autre installation se déploie sur la terrasse.

Cette installation est l’œuvre d’une plasticienne également styliste  Jiang Qiong Er née en 1976 en Chine mais ayant également étudié en France, parfaitement francophone qui explique dans des pastilles sonore son travail. Métissage entre la culture chinoise et française, utilisant l’intelligence artificielle. Métissage entre art et design. 

 

 CLIC

Lê-Pho, Mai-Thu, Vu Cao Dam – Pionniers de l’art moderne vietnamien en France au Musée Cernuschi

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 4 mai)

Lê-Pho : La coiffure

Trois peintres élèves de l’Ecole des Beaux-Arts d’Hanoï et du peintre Victor Tardieu. Excellent enseignement aussi bien dans  les techniques académiques européennes que dans les traditions et techniques asiatiques. Soucieux de la réussite de ses élèves Tardieu leur obtint des postes d’enseignants du dessin ainsi que des commandes à l’Exposition coloniale de 1931. 

Lê-Pho – Laque

Si chacun des peintres a excellé dans l’exécution de portraits à l’huile, aquarelles ou dessin, l’originalité de ces peintres est l’exécution de tableaux originaux en laque ou la peinture sur soie qui assurent un succès en France.

Lê-Pho

Dans les années 30, les trois peintres ont rejoint la France

Lê-Pho : la lettre

Mai-Thu a suivi un parcours analogue et peint aussi sur soie.

Mai-Thu : baigneuses

j’ai aussi aimé ses petits tableaux représentant les enfants au jeu d’échec comme les enfants dans la guerre.

Mai-Thu : jeu d’échecs

Vu Cao Dam était également sculpteur. L’exposition montre un buste de HoChiMinh très connu. Installé dans le midi, il donne du relief à ses peintures à l’huile très colorées sous l’influence de Chagall.

Vu Cao Dam jeune fille assise

C’est une très jolie exposition.

Radis rongeur

Les collections permanentes du musées sont merveilleuses et je n’ai pas manqué pas d’y faire un tour d’autant plus qu’une salle est en ce moment dédiée à la nouvelle laque vietnamienne :

Chiharu Shiota – The Soul Trembles au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 19 mars 2025

Barques et fil rouge –  Voyage incertain

Chiharu Shiota est une plasticienne japonaise née en 1972 à Osaka. Elle  travaille également à Berlin. Son matériau de prédilection est le fil qu’elle tisse de ses mains fil de laine ou de coton, rouge le plus souvent mais également noir ou blanc. 

Where are we going? barques et fil blanc

Le visiteur est accueilli en haut de l’escalier d’honneur par cette gigantesque suspension blanche  qui prennent des allures d’ailes blanches. 

Il traverse les arches rouges qui jaillissent des barques, déstabilisé.

j’ai déjà rencontré son fil rouge au Musée Guimet juste après le confinement, les objets enfermés dans la toile d’araignée correspondaient bien à l’humeur du moment, quand nous étions enfermés, liés. *Elle avait empaqueté de très petits objets, des meubles et et jouets de maisons de poupée. Au Grand Palais, changement d’échelle. Elle joue avec des chaises, lie un piano après sa combustion de fil noir

Piano carbonisé et fil noir

Avec ces fils, ces nœuds, j’avais rapidement classé Chiharu Shiota comme « artiste textile » c’est réducteur! En plus de ces installations, elle a aussi expérimenté avec son corps, l’enfouissant dans la terre, ou se baignant dans la boue. Les vidéos où on la voit couverte de boue me mettent mal à l’aise.

Untitled Islande

Elle met en scène son corps. Dans une vidéo on la voit nue sous un enchevêtrement de fins tuyaux où circule le sang. Elle est parcourue de spasmes . je pense un peu à Sophie Calle. Elle trempe aussi de boue des très longues robes suspendues qui gouttent

Memory of skin

ou elle joue avec la peinture, devenant elle-même peinture

Becoming painting

Toujours ce rouge sang!

l’exposition du Grand Palais montre des dessins préparatoire, des esquisses, des photos, des vidéos. L’une d’elle de 23′ est particulièrement éclairante. Si on prend le temps d’écouter on comprend ce qui échappe à la seule vision. 

peintre, artiste textile, vidéaste, photographe. 

Crépuscule des Dieux

Elle est aussi scénographe de nombreux opéras : Siegfried, le Crépuscule des Dieux, Oedipe de Sophocle par Stravinsky et bien d’autres oeuvres sont jouées dans les décors de Chiharu Shiota. le problème est que l’exposition a voulu trop en montrer. On voit les captation des différents opéras, les danseurs, les chanteurs mais la musique d’un seul domine. C’est perturbant

Fenêtres de Berlin

Chiharu Shiota a aussi été témoin de la Chute du Mur de Berlin qu’on voit en vidéo; la ruée vers l’Ouest a entrainé l’abandon de quartiers de Berlin Est. La plasticienne a récupéré les châssis des fenêtres et portes des maisons désertées et les a assemblées. L’huisserie garde quelque chose de ces maisons abandonnées, leur âme? 

Et que dire des valises en lévitation? 

Rien n’est gratuit dans ces installations; A Venise, elle a suspendu des clés aux fils rouges. On peut aussi imaginer que les souvenirs sont prisonniers de la toile d’araignée, ou que les barques et les valises sont celles des migrants. 

 

 

 

Guillon Lethière, né en Guadeloupe au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 17 février 2025 

J’ai découvert fortuitement Guillon Lethière au musée de Saint François, en Guadeloupe et j’ai attendu avec impatience cette exposition.

Guillaume Guillon Lethière est né en 1760 à Sainte Anne, Guadeloupe fils d’un colon blanc exploitant une plantation et d’une mère esclave métisse. En 1774, son père l’emmène en métropole et lui fera bénéficier de ses relations pour réussir sa carrière de peintre. Artiste reconnu, il sera directeur de l’Académie de Rome, puis professeur à l’Ecole des Beaux Arts.

Boilly : Guillon Lethière et Carle Vernet

La première section de l’exposition le montre à différentes étapes de sa vie. Boilly le représente parmi ses pairs, peintre respecté entouré d’autres artistes fameux comme Ingres, Redouté…Pour se maintenir et maintenir son rang, il faut participer à des salons. Il faut aussi s’adapter aux changements politiques

Don patriotique des femmes à l’Assemblée Nationale septembre 1789

La peinture de Guillon Lethière est un témoignage de l’évolution politique . Un autre dessin Thermidorien est un véritable manifeste comme le tableau de La Patrie en danger (1799)

La Patrie en danger (1799)

Guillon Lethière trouve un mécène en Lucien Bonaparte qui lui commande des portraits de la famille Bonaparte et des tableaux historiques. 

Lucien Bonaparte contemplant sa maîtresse Alexandrine Jouberton

Un très grand tableau représentant les Préliminaires de la Paix de Leoben restera à l’état d’esquisse. Il sera terminé trop tard après la Restauration. mais la tapisserie qui en a été tissée a traversé l’Histoire.

tapisserie prise des Préliminaires de la Paix signée à Leoben

Guillon Lethière traverse les différents régimes de la Restauration et peint même La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris après les 3 Glorieuses

La Fayette présente Louis Philippe au Peuple de Paris

Guillon Lethière meurt en 1832 du choléra, la chronique historique s’arrête là!

Homère chantant l’Iliade aux portes d’ Athènes

Classicisme :

La grande peinture reconnue au Salon, c’est la peinture historique avec des références à l’Antiquité. Guillon Lethière suit les sujets romains de David.

Brutus condamnant ses fils à mmort

 

Répondant à l’Enlèvement des Sabines, les Horace est les Curiace … Guillon Lethière illustre des tragédies patriotiques, héroïques   et édifiantes :La Mort de César, La mort de Camille, ce(sœur d’un Horace, fiancée à un Curiace exécutée par son frère)Brutus condamnant ses fils à mort, (ce n’est pas le Brutus connu, celui qui a tué César mais un bien plus ancien du temps des rois Tarquin)  

la mort de Camille

La mort de Virginie, héroïne antique d’un récit de Tite-Live qui préfère la mort à devenir esclave sexuelle de Marcus Claudius Ces deux dernières tableaux sont de « Grandes machines » exposées dans le salon Denon (salle 701) au premier étage de l’aile Denon. Ils n’ont pas été descendus dans l’exposition. Tableaux énormes 4mx8m. Guillon Lethière a repris pendant de longues années ses études, esquisses au crayon ou huiles petit format sur ces thèmes avant d’aboutir au tableaux exposés au Louvre; l’exposition montre les différentes étapes et métamorphoses. Un dessin garde encore les tracés à la règle de la perspective, les personnages sont nus, le peintre les habillera ensuite…la mort de Virginie avait tout d’abord pour sujet principal Virginius, le père.

le Serment des Ancêtres (1822)

Le Serment des Ancêtres est une sorte de fantôme qui plane sur l’exposition. Il est en majesté et sert d’affiche (voir ci-dessus). Il se trouve en Haïti mais n’a pas pu faire le voyage. On peut uniquement voir une photographie noir et blanc mais expliqué par des cartels et un audioguide très complet. Alors que Napoléon a rétabli l’esclavage aux Antilles, aboli par la Révolution, que ce dernier a envoyé la troupe combattre Toussaint Louverture et que Guillon Lethière avait pour mécène Lucien Bonaparte.  Le peintre peint en secret ce grand tableau à la gloire des héros de l’indépendance d’Haïti : Dessaline et Pethion. Au centre du tableau, comme les tables de la loi, une stèle gravée des articles de la Constitution haïtienne, en arrière plan, le peuple de Haïti….

Une signature originale est apposée au Serment des Ancêtres : Le Thiere né en Guadeloupe. 

Ce tableau montre une certaine ambiguïté de l’artiste : obligé de plaire aux gouvernants pour maintenir ses commandes et sa gloire, il n’oublie pas son origine. Il fréquente les abolitionnistes mais continue à percevoir les revenus de la plantation de son père esclavagiste. Je n’arrive pas à avoir d’opinion tranchée.

Autre étonnement : comment un peintre arrivé au faite de la gloire, académicien, professeur aux Beaux Arts, est-il tombé dans l’oubli?

Je continue à m’interroger.

Cette peinture classique n’est pas vraiment de mon goût, en revanche l’exposition est passionnante du point de vue historique: une vraie leçon d’histoire!