Himera

CARNET SICILIEN 2016

Himera temple de la Victoire
Himera temple de la Victoire

Pour le petit déjeuner, je suis allée au verger chercher des mandarines.Trois grosses oranges attendent sur l’arbre d’être pressées demain !

Les scavi di Himera dépendent de Termini Imerese, à 12km de notre gîte sur la SS113.  se dresse d’un côté de la route, le musée est perché de l’autre. Le musée est riche de nombreuses collections provenant du site d’Himera et d’autres fouilles dans le voisinage jusqu’a Petralia Sottana et Cefalù.

o
Phiale aurea

Les plus belles pièces sont une coupe aplatie en or finement ornée la Phiale Aurea de forme omphalos (nombril) et un lion qui ornait une fontaine du temple de la Victoire.

Peu d’objets spectaculaires sont présentés mais il y a beaucoup de lecture (en italien exclusivement). les auteurs anciens sont abondamment cités, surtout Diodore de Sicile et Cicéron (Verrines).

Gorgone d'or vue sous la loupe
Gorgone d’or vue sous la loupe

Les habitants légendaires de la Sicile furent les Cyclopes et les Lestrigons (ces derniers m’évoquent Ithaque de Cavafy). Il est dit qu’Himera fut fondée dix générations après la chute de Troie. Diodore de Sicile date sa fondation par des colons d’Eubée en 618 av. JC. Son destin fatal fut scellé en 409 sous la fureur d’Hannibal. Les premières vitrines rendent compte des fouilles des trois temples d’Himera : seul le Temple de la Victoire subsiste (construit après la victoire en 480 sur les Carthaginois). D’après Cicéron ce fut un Athénaion. On a exposé des vestiges du fronton et de métopes en terre cuite : plusieurs têtes de cheval des griffes de félins, têtes viriles. Une gorgone ornait le fronton. Le thème de la Gorgone est récurrent : une très jolie Gorgone en or s’observe derrière une loupe. En plus des temples on a mis à jour des quartiers d’habitation.

Scilla
Scilla apokopeusa

Les poteries domestiques sont très simples mais parfois délicatement ornées comme les autels domestiques en terracotta : la Scilla apokopeusa ressemble à une sirène dont la queue formerait des vagues ; un atre montre Dédale et Ikare (avec des ailes) chevauchant un bovidé (le minotaure ?) . Les nécroppoles ont livré des squelettes, mari et femmes ont été inhumés ensembles comme dans le lit conjugal, d’autre sont recroquevillés dans une sorte de grosse jarre. Les rites funéraires ont donc varié au cours de l’Antiquité. Des trouvailles tardives, médiévales complètent les vitrines. En sous sol ont peut voir une étonnante quantité de caisses en plastiques contenant des tessons ou d’autres débris – incroyable puzzle pour occuper les spécialistes. Nous sommes les seules visiteuses, toutes les gardiennes sont  fort empressées. Peut être ont-elles d’autres tâches que d’accueillir les visiteurs.

Temple de la Victoire
Temple de la Victoire

Le Temple de la Victoire, construit en calcaire coquiller poreux est bâti sur un socle haut de quatre marches. La base des grosses colonnes sont bien visibles comme les structures internes. Un mince et long serpent me barre le chemin – immobile – mort ? plutôt que de l’enjamber je m’arrête à 50cm. La vipère sort de sa torpeur et file se cacher dans les buissons. Le gardien ne s’étonne pas, « il faut faire attention, elles sont nombreuses ».

Grenadier en fleur
Grenadier en fleur

Une voiture entre sur le site : toutes les gardiennes et le gardien accourent et nous font signe : c’est le boulanger. Chacun achète une part de pizza. J’avise une fougasse qui serait très bien pour demain. « elle est vide » remarque le boulanger qui nous recommande deux rouleaux plein de sucre ; peut être contiennent ils de la crème comme les croissants ?

Dernière promenade sur la plage de Salinelle avant le déjeuner au restaurant La Voce Del Mar que Marina nous a recommandé. Nous nous installons dehors malgré la fraîcheur et le vent. Dominique commande un risotto aux asperges, crevettes, crème et parmesan présenté avec du paprika sur le tour de l’assiette. J’ai pris les spaghetti de la mer avec moules, palourdes, poulpes, tomates -cerises, huile, persil et ail. C’est excellent. Nous avons attendu longtemps mais j’en ai profité pour consulter mes mails.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cefalù : la cathédrale et le Musée Mandralisca

CARNET SICILIEN 2016

Cefalù côté port
Cefalù côté port

Matinée nuageuse; arrêt au café Eolo sur le port où j’ai maintenant mes habitudes pour Internet. La météo de Google me rassure : pas de pluie.

Duomo
Duomo

Du port, un quart d’heure à pied pour arriver au duomo  en passant par la Porta Giudecca. La grande cathédrale normande avec ses deux clochers carrés surmontés de pyramides pointues, trônant sur un parvis auquel on accède par un escalier imposant.

DSCN6895 - Copie
cloître de Ceffalù

Je visite d’abord le cloitre situé plus bas : les colonnettes géminées sont toutes différentes, certaines sont torses, d’autres droites agrémentées de chevrons. La feuille décrivant chaque chapiteau est intitulée CALUSTRUM SIGNIFICAT PARADISUM, on reconnait Adam et Eve très usés, Noé et son arche sont lisibles, viennent ensuite des Harpies et Ibis très décoratifs avec des acrobates aux bras repliés dans la même pose que les télamons. Le plus souvent il y a des feuilles d’acanthes.

Cathédrale

Christ Pantocrator
Christ Pantocrator

Le porche en pierre très blanche est finement sculpté mais un filet anti-pigeons m’empêche de faire une photo nette. Dès l’entrée, le regard est attiré parla mosaïque du chœur :  le Christ Pantocrator très byzantin sur fond doré.  En  dessous,  la Vierge entourés par des anges et des saints, beaucoup trop loin pour les identifier. Plus près de nous un décor baroque pâtit de la proximité avec l’éclat de la mosaïque dorée. Je ne le remarque que longtemps après. Les statues baroques semblent surgir des parois. Par comparaison avec la rigidité byzantine paraissent bien agitées, chacune en déséquilibre ce qui suggère le mouvement. Deux chapelles encadrent le chœur avec des autels surchargés, l’un d’eux est tout argenté.  La nef est très simple et dépouillée. De très hautes colonnes lisses avec des  chapiteaux à feuilles d’acanthes, certains historiés avec des personnages,  supportent un magnifique plafond de bois. Des Une magnifique croix de bois peinte est suspendue. Il faudrait des jumelles pour bien voir.  La lumière est tamisée par des vitraux modernes au dessin abstrait et au verre translucide.

Antonio da Messina : prtrait d'un marin iconnu
Antonio da Messina : prtrait d’un marin iconnu

Il suffit de descendre la rue qui descend juste en face pour arriver au Musée Mandralisca. Le Musée est le palais du Baron Mandralisca, né en 1809 à Cefalù. La visite commence au 1er étage par un vestibule orné des portraits de famille ; A droite, s’ouvre la très belle bibliothèque du baron, collectionneur d’œuvres d’art mais aussi érudit, s’intéressant à l’histoire naturelle et à l’archéologie. Une salle rassemble des icônes du 17ème siècle de l’Ecole Crétoise que j’aime beaucoup(j’en ai vues à Ravenne, Corfou et bien sûr en Crète). En face, des tableau religieux d’époques et origines diverses de 15ème à 18ème siècle. Dans l’obscurité les deux chefs d’œuvre d Musée sont mis en valeur : le Portrait d’un marin inconnu d’Antonello da Messina et Saint Jean Baptiste de Sogliani. Le portrait d’un inconnu fut acheté à Lipari à un pharmacien et servait de porte de placard. Lui seul vaut le déplacement. Une section archéologique occupe une autre aile du palais. On y trouve des sarcophages, cassés, des inscriptions grecques, peu « touristiques », j’ai retenu deux cylindres funéraires musulmans à écriture coufique (12ème 13ème ). La salle suivante est remplie de poteries  grecques provenant pour la plupart de Lipari avec des ushabtis égyptiens et quelques flèches en bronze. Mes préférées sont toujours les statuettes en terracotta – tanagras – en particulier une petite danseuse qui ondule.

Le deuxième étage est moins intéressant. Un service de vaisselle occupe une vitrine : porcelaine blanche avec une frise sur fond noir et un liseré rouge. Des peintures, surtout napolitaines sont souvent sombres, noircies. Dans la lumière crue il y a des reflets, ils ne sont pas mis en valeur. La visite se termine par une salle contenant des animaux empaillés. La collection de passereaux est intéressante.

Midi, temps de faire les courses, les rues de la ville historiques sont occupées par le commerce touristique, ce n’est pas ici que je trouverai des sardines ! Pour trouver pescherie et Orto et Fruta,  mieux vaut chercher dans la ville moderne. Les sardines sont terminées, il ne reste que de minuscules anchois. On achète donc du poisson-sabre et des pommes de terre que nous mangerons sur la terrasse profitant aussi des chaises longues et du jardin.

acanthes sous les oliviers du jardin
acanthes sous les oliviers du jardin

J’ai eu envie de prolonger la corniche vers Messine. La route est coincée entre la voie ferrée et la mer. Avec le relief escarpé il y a peu de constructions mais l’accès à la mer est très compliqué. Passant St Ambrogio accroché à la falaise, nous traversons Finale et Tusa. Le premier est précédé d’une grande usine à moitié démolie, carcasse d’un aspect désolant puis traversons des rues d’habitations rébarbatives (peut être les quartiers des ouvriers allant à l’usine) Le second est plus touristique  comme l’attestent les nombreuses flèches marron, l’une indique un château, une autre un point panoramique, le monument du 38ème parallèle, des ateliers d’art, un restaurant….Le château est perché. Aujourd’hui il est gardé par des militaires lourdement armés ce qui nous rebute, la voiture fait demi-tour au point de vue, la pyramide du 38ème  parallèle est en ferraille perchée sur la colline de l’autre côté de la SS113. Un panneau proclame que la bellezza sauvera le monde (ateliers d’arts, fermés hors saison !).

DSCN6910 - CopieNous descendons sur le lungomare bordant une plage de galets où je me tords les pieds. (pour la baignade j’affectionne les galets, l’eau est plus limpide, mais pour marcher c’est différent). Dans les rues, il n’y a que des vieillards et des éclopés. Par ce jour gris c’est déprimant. Lot de consolation :  la très belle terrasse du restaurant Le  Lanterne en face de pittoresques rochers aux formes contournées non loin d’un petit port aux barques multicolores hissées sur les galets. La terrasse est déserte même si le couvert est mis ; la fraîcheur et les nuages n’engagent pas à y paresser. La rampe pour remonter sur la route est très pentue. Elle est bloquée par un petit camion chargé de meubles. Les déménageurs le rangent après qu’on aie parlementé (la rampe est à sens unique et reculer sur cette pente est hasardeux. La Fiat cale et on découvre qu’il faut négocier un virage à angle droit dans une ruelle si étroite qu’il faut replier els rétroviseurs.

Retour morose  après ces villages tristes et vides.  On voit au retour d ‘autres plages(accessible à pied). Suprise ! les îles éoliennes sont bien visibles dans la brume. Par les jours de tempête dans les embruns je ne les avais pas vues ;

Pour terminer cette après midi un peu ratée nous retournons sur la plage de Lascari pour une longue promenade (5km aller-retour pratiquement seule) je n’ai vu qu’une jeune fille qui promenait ses deux chiens et une grand-mère qui joue au frisbee avec des petits enfants. Nous nous promettons de revenir demain déjeuner à la pizzeria.

le soir tombe
le soir tombe

Le rocher de Cefalù et la plage de Lascari

CARNET SICILIEN 2016

Cefal vue du rocher
Cefalù vue du rocher

 

9h30,  je monte à l’assaut  du Rocher de Cefalù d’abord par des ruelles en pente puis un escalier arrive au poste de péage (4€) le chemin est pavé et glissant (il ne faudrait pas qu’il pleuve). La base du rocher est très raide. La végétation fait penser à celle des Canaries : grosse raquettes d’Opuntia, Euphorbes en buissons ronds aux tiges charnues et au feuillage en étoile, Aloès aux hampes florales jaunies. Plus haut le substrat est plus terreux et on retrouve les plantes méditerranéennes communes. Les marches arrivent à une poterne, on passe sous une arche en ogive. Un peu plus haut des rectangles sont les vestiges des casemates.  Le Rocher était une forteresse.

poterne
poterne

A l’altitude 130, une muraille crénelée fait un chemin de ronde. Une grande citerne profonde de 11m (6ème -9ème ) a servi à l’époque byzantine pour protéger la forteresse des attaques arabes. Les marches ralentissent le cheminement de l’eau qui restait pure (je recopie).

Cefalù temple de Diane
Cefalù temple de Diane

A la cote 150m : s’élève l’édifice mégalithique appelé Temple de Diane (5ème – 4ème av. JC) bâti des grosses pierres extraites du rocher. Plus tard, une chapelle byzantine dédiée à sainte Venera confirme le caractère sacré du lieu. Juste en dessous se trouve une « citerne dolménitique » (avec un pilier en son centre) 9ème ou 8ème siècle av. JC liée également au culte de l’eau.

Vue du chemin de ronde : église et cloître
Vue du chemin de ronde : église et cloître

Le Château coiffait le sommet à 270m ; iil n’en reste plus grand-chose. En revanche, le chemin de ronde est en excellent état. On explique que le site était d’une grande importance stratégique : de là on pouvait vir aussi bien l’Etna, les îles éoliennes et le Golfe de Palerme (le Golfe de Palerme, oui, l’Etna, peut-être, mais pas les îles Eoliennes). Selon la même source, le château fut érigé du temps du Roi Roger ( 1095 –  1154) et rénové du temps de Frédéric II ((12951337) . En 1256, il passe sous le contrôle de  l’évêque de Cefalù. De 1284 à 1288 Charles d’Anjou y fut emprisonné. Il est 11h quand j’amorce la descente. Les visiteurs sont arrivés et forment une colonne montante presque continue. Cependant comme les pierres sont très glissantes il faut descendre prudemment ;

le château au sommet du rocher avait une vue étendue jusqu'aux îles éolienne et l'etna
le château au sommet du rocher avait une vue étendue jusqu’aux îles éolienne et l’Etna

11h30, j’arrive au Centre Historique bien plus calme que le week end et coupe par les vicoli et cortile. J’ai acheté des petites bouteilles de cette boisson rouge et amère pour un apéro au bout du lungomare battu par des vagues déchaînées. De noirs nages courent menaçants. Nous renonçons au programme pizzeria en bord de la  plage de Lascari pour hamburgers et courgettes sur notre terrasse ; A peine ai-je fini mon café avec la mini-cafetière qu’une grosse pluie s’abat. Repli stratégique. J’ai mis les grosses chaussettes de laine et le pull irlandais.

Plage

Deux heures plus tard, le soleil est revenu. Le grand vent a balayé les nuages et nous vo3ilà partie à la plage.  La marée est basse. Il y a quand même des marées en Méditerranée (elles étaient même très notables à Gabès de Tunisie). Je marche dans les embruns des déferlantes, les pieds dans l’écume mousseuse que le vent fait rouler sur le sable sec. En plus de l’écume blanche la mer a déposé de petite cornes mousseuses roses (œufs de mollusques ou de poissons ? ) et des plaques transparentes ovales ornées d’ellipses concentriques probablement des méduses. Je marche une heure avec grand plaisir sous le soleil sur cette plage presque déserte.

Nous allons plus loin à Lascari explorer d’autres plages. La route est coincée entre un chantier et la vie ferrée. Ce n’est pas agréable ; Il semble qu’il y ait un sérieux problème de ramassage des poubelles. Les nombreuses petites villas sont construites entre les vergers de façon anarchique.

au jardin oliviers et agrumes
au jardin oliviers et agrumes

La tempête a lavé l’atmosphère. La lumière est très crue ; les montagnes se détachent très nettement. Je profite de cet éclairage pour descendre au jardin faire des photos. Je n’avais pas remarqué qu’en plus des oliviers taillés très soigneusement, des agrumes en fleur et en fruits ainsi que des troncs greffés. Sous les arbres il y a également des cultures : un véritable champ de fèves, une rangée d’aubergines, de poivrons, de melons (ou courges). En observant bien, je trouve un pêcher, un grenadier, un goyavier et même un manguier. Plus prosaïquement un prunier ? Notre propriétaire doit être un spécialiste des arbres.

DSCN6846 - Copie

A la télévision : commémoration du 25 Avril : jour de la Libération de l’Italie du fascisme ; je commence mieux à comprendre l’affluence ce week end : il y avait trois jours !

Geraci – Petralia Soprana – Petralia Sottana

CARNET SICILIEN 2016

Le chêne de Geraci
Le chêne de Geraci

La statale SS113 court en corniche au bord de la mer à l’est de Cefalù jusqu’à S Ambrogio, village construit au dessus sur une pente très raide. La route de Castelbuono passe sous le viaduc de l’autoroute de Messine. Je remarque les frênes dont on tire un  sucre de la sève la manna qui entre dans la composition des fameuses brioches de Fiasconaro.

A la sortie de Castelbuono,  direction  Geraci, la route s’élève  en nombreux virages avec des points de vue magnifiques sur la mer. Les oliveraies sont souvent laissées à l’abandon. Plus on monte, moins il y a de vergers. Les chênes-lièges remplacent les oliviers. On les a écorcés pour le liège. L’un d’entre eux est désigné comme « chef d’œuvre naturel » ou « monument »: Le chêne de Geraci vieux d’ au moins 400ans. Les sommets culminent vers 1500m. Ils semblent tout proches. Sur les crêtes,  est-ce Pétralia, Geraci  ou tout simplement des rochers ? Les bois ont cédé la place aux prés vert vif égayés par les massifs jaunes de genêts en pleine floraison. Au loin on entend le coucou. Sur les bords de la route, des fleurs multicolores : cistes roses et coquelicots. Dans les prés des asphodèles.

Geraci : clocheton couvert de majolique
Geraci : clocheton couvert de majolique

A l’entrée de Geraci, comme partout, des immeubles hideux. On les oublie vite en atteignant le centre historique par une rampe le long des maisons qui semblent faire corps avec la falaise : 3 ou 4 étages de maison de pierre brune – du grès, semble-t-il –les même que pour les pavés des ruelles. A la base de la rampe, une fontaine sous une arche de pierre est adossée à la paroi. En face une petite église est chapeautée d’un cône de majolique multicolore.

les hommes de Geraci sur la piazza
les hommes de Geraci sur la piazza

Quelques centaines de mètres plus haut, la Piazza del Poppolo est comprise entre deux grandes églises : la chiesa Sta Maria Major, la plus grande, très sobre et l’Eglise de la Sainte Trinité qui possède de curieuses ouvertures grillagées comme des moucharabiehs renflées vers le bas comme les balcons prévus pour les robes à panier des dames. Des vieux messieurs se tiennent à la fontaine curieusement installée en angle. Pour monter au château on emprunte une rue étroite, pavée,  très pentue. Je suis étonnée d’y rencontrer des voitures(vieilles Pandas)Cette « rue principale » se nomme, comme de juste, la Via Roma. Les ruelles qui la coupent sont la Via dei Greci, dei Arabi, des Saraceni…Après 15mn de montée je découvre l’ancien donjon des Vintimiglie(avant qu’il ne préfèrent s’établir à Castelbuono)vraiment très ruiné, un souterrain, rien à voir en dehors du magnifique panorama.

Geraci : l'ancien chaâteau des Ventimiglie
Geraci : l’ancien chaâteau des Ventimiglie

Deux villages sont nommés « Petralia » : Petralia Soprana, le plus haut village des Madonie (1160m) Petralia Sottana, un peu plus bas.

Petralia soprana
Petralia soprana

Des belvédères de Petralia Soprana , on peut découvrir le sommet enneigé de l’Etna. Le village n’a pas été touché par l’urbanisation. Un mardi matin, hors saison, c’est le désert. Ce qui permet de s’aventurer en voiture sans crainte. En face de l’Office de Tourisme un bar est ouvert, en revanche la place de l’Hôtel de Ville est en chantier avec des palissades. Nous débouchons sur une charmante placette nommée Quattro canoli ornée en son centre d’une jolie fontaine à quatre vasques arquées (canoli ?). Un peu plus bas la placette est minuscule avec une église aussi minuscule.

petralai quattro Canoli
petralai quattro Canoli

Descendant à l’étage inférieur, on se gare sur la « grande » place devant la Chiesa Madrice SS Pietro e Paolo, église blanche précédée d’une loggia à arcades. Autant Géraci est brune, autant Petralia est blanche d’un calcaire qui se cisèle bien. Dans deux niches jumelles se trouvent les deux statues de Pierre et de Paul. L’intérieur de l’église est blanc et or, sobre, point de folie baroque ici. Un majestueux escalier occupe un côté de la place et conduit à la curieuse église ronde S Salvatore qui fut avant une mosquée, hélas fermée. Le porche 17ème siècle très élégant est un peu incongru.  Ici aussi s’élevait un château, je remonte la via Castello sans trouver les ruines.

Petralia sottana
Petralia sottana

C’est l’heure de déjeuner, nous n’avons pas emporté de pique nique,  nous pensions déjeuner de spécialités locales.  Sur les menus de Castelbuono, j’avais remarqué risotto aux champignons, spaghetti aux cèpes….Hélas c’est mardi et non dimanche ; Pétralia n’est pas touristique comme Castelbuono. Tout ce que nous trouvons ce sont de misérables parts de pizzas desséchées, l’une rouge (jambon blanc, tomates, mozzarella) l’autre jaune recouverte d’une garniture indéfinissable où je crois reconnaître des rondelles de pommes de terre.

Sur la route, joli aperçu des toits et de la  coupole d’une église baroque de Petralia Sottana. Dans le village d’en bas, il y a plus d’animation qu’en haut : c’est la sortie de l’école. Les parents venus en voiture bloquent la rue principale. Nous en avons un peu assez du gymkana dans les ruelles et cherchons le chemin du retour. Si on trouvait un  sentier de randonnée ce serait parfait !

Mais il faut sortir de Petralia ! Oubliant que nous avons un GPS nous demandons à une dame très gentille qui nous renvoie « en haut ». Passent les carabinieri  « Où voulez-vous aller ? » – « Castellana Sicula ». Le carabinier est perplexe. « suivez-nous ». Ils sont bien aimables, nous les suivons par un itinéraire compliqué dans la campagne passant par de nombreux hameaux non rrépertoriés sur ma carte, un pont romain…pourquoi se déroutent-ils si loin ? Peut être ne sont-ils pas très occupés ? Après une grande descente à vive allure (les carabinieri roulent nettement au dessus des limites permises) un gros bruit se fait entendre. On a crevé ! Les aimables policiers reviennent donnent des coups de bottes dans les pneus « les pneus sont très bien ! ». Mais le bruit continue : les freins. La jante est toute noire.

A Castellana Sicula, arrêt devant une gelateria  Où se trouve le garage le plus proche ? (j’apprends le mot correct « Autofficina ». la serveuse lève les yeux au ciel. Avant 16h, il n’y a rien. Après, peut être !On cherche le mecano qui se trouve en face de la Station d’essence. En attendant pique-nique sur le muret en face de l’autofficina. La pizza ne passe pas ; La panne nous a coupé l’appétit. Téléphone à Firefly qui nous dit de changer les pastille et d’apporter la ricivuta. (un loueur sérieux serait arrivé avec une voiture de rechange. Le mécano est très gentil, pour 45€ et en une demi-heure il fait le changement après avoir envoyé son fils chercher les pastille dans une autre garage.

Fin du tourisme ; on suit les directives de Madame GPS.

Consolation : un magnifique coucher de soleil.

Castelbuono

CARNET SICILIEN 2016

la place de Castelbuono
la place de Castelbuono

L’autoroute  de Messine est impressionnante avec la succession des tunnels. On passe sous Cefalù dans la montagne pour trouver à la sortie de la galerie un viaduc sur une étroite vallée. Combien de temps sommes nous restées dans les tunnels mal éclairés ? Sans doute très peu mais le parcours a paru interminable. La route de Castelbuono s’élève dans une colline boisée de magnifiques chênes. Frênes aux folioles lancéolés. Vigne aussi, on voit des coopératives viticoles à l’entrée du village. Les oliviers en revanche sont grands mais à moitié desséchés.

Castelbuono : piazza et fontaine
Castelbuono : piazza et fontaine

Castelbuono est un village médiéval entouré d’une périphérie de quartiers modernes d’immeubles quelconques et une couronne de belles maisons dispersées dans la verdure. Le tut fait une petite ville plutôt qu’un village. Qu’est-ce qui distingue un village d’une petite ville ? Négligeant la ville moderne nous allons directement au Centre Historique – piétonnier, bien sûr -. Le problème est de trouver une place de parking pas trop bas. La police municipale veille et déloge la Fiat 500 d’une place « handicapé » disponible malgré la carte avec des explications vaseuses. « c’est une place pour le lundi, le mardi …mais pas le dimanche » s’il avait dit que c’était pour un handicapé-résident on aurait mieux compris.

Castelbujono chiesa madrice
Castelbujono chiesa madrice : polyptique

Pendant que nous descendons la Via Sa Anna les cloches tintent d’un son aigrelet, presque une clochette pour appeler à la messe. Nous nous précipitons avant que l’office ne commence dans la Chiesa Madrice vecchia – belle église 15ème précédée d’une loggia Renaissance à belles arches en ogives. Deux jeunes filles avec des guitares et un groupe d’enfant forment une chorale ; Le temps qu’elles s’accordent que les voix s’échauffent et répètent, nous pouvons aller et venir. Je remarque d’abord un magnifique polyptique au dessus de l’autel, aux nombreux panneaux verticaux enchâssés dans des dorures. Sur les piliers ronds et lisses se trouvent des fresques ainsi que sur un mur. Dans une chapelle le retable sculpté est baroque mais en mauvais état. Un enfant de chœur tire sur une chaînette la clochette. La messe commence. Nous nous retirons discrètement non sans nous étonner de la proportion masculine de l’assistance.

castelbuno chiesa madrice vecchia : fresques
castelbuno chiesa madrice vecchia : fresques

La place de l’église est ornée d’une belle fontaine. En bas les touristes font la queue aux stands de dégustation des deux magasins Fiasconaro, pâtissier fameux qui a su adapter la recette milanaise du panettone au goût sicilien qui est tartiné d’une pâte à la noisette. C’est excellent mais je préfère acheter des minicanoli et minicassate.

La via Umberto 1 est bordée de boutiques pour touristes tandis que sur la Via Roma sont installés les notables (plaques de cuivre signalant des dentistes, médecins, avocats). Les restaurants ont installé des tables dans des ruelles. Par le climat frais d’avril, en altitude, la salle serait  plus appropriée. Je regarde les menus : la plupart des plats sont garnis de champignons, dont l’air est parfumé. Plus haut, un magasin bio vend des paniers entiers de champignons géants blanc-beiges à lamelles(genre de grands pleurotes). Le musée d’histoire naturelle est fermé pour cause de conférence ;

Le château

Castelbuono : château
Castelbuono : château

Le château est une grosse bâtisse carrée où s’encastrent des tours latérales cassant l’aspect cubique par des ajouts irréguliers.

marionnettes
marionnettes

Au rez de chaussée une exposition temporaire « tra i sentieri dei Ventimiglia di Mimmo Cutichio » présente des marionnettes comme celles que nous avons vues à Palerme, chevaliers en armures et casque empanaché, belles dames, dragons, un paysan et son âne rappellent un environnement campagnard. Les Ventimiglie régnèrent  sur les Madonie pendant des siècles. Les toiles naïves présentées dans les autres salles figurant une fête médiévale, un château fort ou la campagne sont probablement les décors de scène des marionnettes. Une salle « archéologique » raconte l’histoire du château ; il fut bâti au 13ème siècle sans fonction militaire. C’était plutôt une tour de guet et de contrôle, la colline entière était propriété d’Eglise. Fin 13ème/début 14ème on édifia des fortifications. Les murailles englobaient la piazza Castello jusqu’à l’arche qu’on peut encore voir. En 1439 ; le marquis de Geraci déménagea pour s’établir à Castelbuono emportant avec lui les relique sde Sta Anna. En prenant des notes j’avais omis ce détail – ce qui était une erreur. Si le château n’a pas d’histoire en tant que forteresse, les reliques, elles, ont suscité la construction de 17èm siècle a très belle chapelle décorée par Serpotta au 17ème siècle. Le déclin du château commença dès le 18ème siècle et deux séisme en 1818 et 1820 lui causèrent des dommages. Les vitrines n’offrent guère à voir si ce n’est une cruche vernissée.

Le 2ème étage est occupé par la Pinacothèque rassemblant des collections d’art moderne et contemporain mais rien n’a vraiment retenu mon attention en dehors de deux tableaux de paysans en armes avec drapeau italien et drapeau rouge, dominante jaune peut être des moissons. Au dessus se trouve le Trésor de la Chapelle Palatine. Ces trésors ne m’attirent pas vraiment, je traverse d’abord la salle distraite à pas pressés. Et j’ai bien tort ! Les vêtements sacerdotaux ou destinés à l’autel sont d’une grande beauté et d’une grande finesse surtout une très grande cape aux tons délicats d’orange et de jaune au décor floral et un « tapis » d’autel brodé de petites perles de corail rose(fin 17ème )formant un bouquet de pivoines. Je reviens donc sur mes pas pour regarder l’argenterie et découvre la curieuse masse d’argent, symbole du pouvoir dans les processions.

 

La chapelle Palatine Sa Anna est la plus belle surprise. Elle est entièrement recouverte de stucs, putti, feuilles d’acanthe, volutes, jeunes hommes dévêtus, femmes (vêtues). Au sommet de l’autel, un aigle bat des ailes curieusement. Les angelots font des acrobaties, l’in d’eux se cache les yeux dans un linge. cliquer ICI pour plus de détails

sant-anna-castelbuono-2

Dominique Fernandez consacre un chapitre à Serpotta et aux putti :

« Ce goût du mouvement, cette virtuosité pur rendre l’instable, le fugace, le précaire le désignent comme un surdoué de la famille baroque. Et expliquent sa prédilection pour les putti tout petits qui ne tiennent pas en place et ne savent que jouer »

Toujours ce monde blanc, blafard, sans couleurs dont la matité spectrale tranche avec l’animation et l’enjouement des petits galopins »

Hasard ? je tombe sur le chapitre « Les mystères du Rosaire » le lendemain de ma visite à la chapelle Palatine. Si j’avais lu Fernandez avant j’aurais été encore plus attentive. A chaque voyage en Sicile, à Rome, Fernandez est le meilleur des guides. J’aurais mieux été inspirée de relire le Radeau de la Gorgone avant le départ.

Réserve Naturelle des Madonie

CARNET SICILIEN 2016

Castelbuono au ceur du massif des Madonie
Castelbuono au cœur du massif des Madonie

Autre but de notre visite à Castelbuono : la nature sauvage de la Réserve Naturelle du Parc des Madonie. Au début je suis déçue de l’étendue des constructions autour de Castelbuono. Nous cherchons un coin tranquille pour le déjeuner et il nous faut plusieurs tentatives au dessus de S. Guglielmo et Liccia pour trouver un endroit tranquille avec une belle vue.

Cascade
Cascade

Le sentier D part de Pizo Foca en direction de la Casa Gonato jusqu’à Vallone Canna (3.5km/1h20 – 145m de dénivelée) Ce sentier n’est est pas vraiment un : c’est une petite route carrossable entre les grillages et les barbelés tout neufs. Cette manie sicilienne de tout grillager m’agace même si on a pratiqué des passages pour piétons au dessus des grillages à la manière britannique. Pourquoi enfermer de la lande de genêts et des broussailles ? Peut être à cause des vaches et des chèvres qui paissent ? Cela ne me rassure pas parce qu’il y a aussi des chiens. Il semble qu’il n’y ait pas 1m2 , Sicile qui soit accessible au passant. On grillage, on installe un magnifique cancello pour garder des chardons ?Je marche dans la lande odorante qui embaume le genêt. Dans le creux du vallon bruisse une petite cascade. Plus haut les sommets s’élèvent à 1420m au P. Canna et même 1900m au Mte Ferro juste derrière. On se sent en montagne. Juste avant d’arrive au Vallone Canna, un curieux tunnel protège la route, plafond de béton soutenu par des piliers, ouvert sur un côté. On y a répandu de la paille et cela sent très fort la bouse. Sans doute les vaches viennent s’y abriter, de la brûlure du soleil ou de la pluie et du vent ?

DSCN6811 - Copie

Bien qu’on soit dans un parc naturel, le sentier est peu balisé. Qu’en est-il des autres sentiers plus longs dans la montagne ? En revanche il y a des panneaux explicatifs. L’un d’eux raconte l’introduction du châtaignier en Sicile par les Romains, le nom de « châtaignier » viendrait de la ville grecque de Kastanis en Asie dans le Pont Euxin.

A Cefalù nous faisons un petit détour par le port où je trouve un petit café bien sympathique avec la Wifi pour avoir quelques nouvelles.

Cefalù : le gîte des oliviers et première découverte de la ville

CARNET SICILIEN 2016

Cefalù
Cefalù

GITE DES OLIVIERS

Notre gîte est situé dans une grande maison qui s’ouvre sur une très vaste terrasse orientée à l’ouest, d’où on devine la mer. La terrasse est partagée par des treillis de bois légers sur lesquels courent des lianes (bignonia) . Nous avons une grande table et une cuisine extérieure avec même un four à pizzas. Fauteuils en osier, chaises longues jardinières fleuries de pétunias jaunes et rouges.

L’appartement est petit mais bien aménagé. Dans la cuisine, il y a tout le nécessaire et même des provisions :sucre, sel, café, biscuits et lait pour le petit déjeuner. Dans la salle, une table ronde, un canapé et la télé. La chambre est grande et claire. Le lit King Size prend presque toute la place. Simplicité, bon goût, confort.

DSCN6929 - Copie
le gîte des oliviers

Marina a cueilli pour nous des mandarines, et nous propose d’aller nous servir dans le verger en nèfles et citrons…De la terrasse on voit la mer, au loin des montagnes bleutées, derrière les oliviers la silhouette de pins parasols magnifiques. Seul bémol : le bruit continu de l’autoroute et de la statale et le train de temps en temps.

Nous ne prenons même pas le temps de vider les valises, déjeunons sur la terrasse et partons explorer Cefalù. La ville est très animée. Ce week end, ce sont les jours de la Terre Earth’s days. Un concert est programmé à 16h sur le rocher mais nous ne serons pas dans les temps. Avec la carte « handicapé » nous forçons le passage dans les rues piétonnières. Pas question de s’arrêter! Nous trouvons une place payante  au parking le long de la plage .

Cefalù : plage
Cefalù : plage

Le lungomare est occupé par des stands écolos : voiturettes électriques, panneaux photovoltaïques, chauffe-eau solaire. Sur une petite scène un  groupe de rock joue de la musique très fort. Pour les îles éoliennes, au mis d’avril,  les bateaux ne partent pas de Cefalù mais de Milazzo (100 km en autobus) Pour compenser cet inconvénient, l’agence fait une ristourne.( 50€ pour Vulcano et Lipari 65€ jusqu’à Stromboli avec retour de nuit.) C’est cher pour être trimballée en car.  cette formule ne nous plait pas.

A l’Office de Tourisme, je me procure un plan de Cefalù. Pas de renseignements. Ils sont trop occupés à inscrire les participants à la course à pied de demain (10km dans les rues de la ville).

A la Maison du Parc de Madonie, j’achète une carte (3€) avec une foule de renseignements sur les ressources touristiques de chaque village, les itinéraires pédestres, dénivelée, temps de parcours…On peut obtenir ces informations sur Internet.  En l’absence de Wifi, je ne peux rien télécharger.

Cefalù
Cefalù

Ces formalités accomplies, je flâne sans but précis dans les ruelles occupées par les boutiques : souvenirs (variables) alimentation de luxe (comme toujours en Italie), belles boutiques de mode et bijouterie, pendillocheries indiennes aussi (c’est selon le budget !). Ces commerces touristiques finissent  par m’agacer. La même marchandise se vend à Santorin, Concarneau, Lindos ou Capri. La mode, les contrefactions aussi. En dehors de deux ou trois rues commerçantes il y  a des coins charmants : une petite plage dans un coin entre les maisons avec une dizaine de barques colorées dessinant un port miniature. Les vagues battent les rochers noirs et se brisent en embruns mousseux par l’encadrement d’une porte disparue sur la digue. Une arche où s’est installé un violoniste. Un circuit architectural avec QR-codes ne me tente pas. Je laisse mes pas me porter au hasard. Je découvre les « mégalithes », grosses pierres de fortifications grecques, Cefalù/kephalas, la tête/le rocher. Une petite église de marins a son parvis directement sur la mer.

La cathédrale Normande  et ses deux clochers carrés surmontés de pointes, ressemble plus à une forteresse qu’à une église. Elle est ouverte pour un mariage. Le bedeau trie les visiteurs, shorts et épaules nues sont rejetés. Je ne vais pas bien loin. Une cordelette barre le passage aux étrangers à la noce. Arums décorant les bancs, invités très habillés (robes longues mais pas de chapeaux). J’entrevois de loin les mosaïques dorées du chœur, le Christ Pantocrator sans pouvoir m’approcher.

les murs de Cefalù
les murs de Cefalù

18h, promenade sur le sable de la plage qui est bondée.

Pour les courses,  Marina   a recommandé ARD à Lascari. (Ard pour Hard Discount, l’Italien supprime les H). Grande surface de bonne tenue avec une belle poissonnerie, une boucherie et un bon choix de légumes.

De Bagheria à Cefalù : Tour Normande

CARNET SICILIEN 2016

la Tour Normande
la Tour Normande

 

Comme rien ne nous presse,  nous continuons sur la Statale 113 en bordure de mer – inaccessible, cadenassée derrière des maisons et des jardins ou si elle est dégagée, le parking est impossible. Une tour carrée s’élève sur un petit promontoire. Une flèche  « Torre Normanne », une petite route s’élève dans la colline pour aboutir à un grand hôtel. Le cancello est ouvert, nous en profitons, au pire on dira qu’on voudrait réserver pour plus tard. La vue est stupéfiante sur toute la Baie. La vue s’étend au-delà de Palerme. Nous reconnaissons les gros rochers aperçus de l’avion. Plusieurs crêtes se découpent .Les maisons s’entassent  – minuscule cristaux de sucre blanc – Plus proches de nous, de beaux pins parasols et des eucalyptus ; encre plus près, un arbre de Judée. Je m’installe sur la murette pour croquer un dessin panoramique qui déborde rapidement sur la feuille de gauche à l’arrière du dessin précédent.

DSCN6750 - Copie

Termini Imerese s’annonce avec une sorte de pipeline qui s’avance dans la mer sur une passerelle. Cheminées, raffinerie, la plage de sable n’a rien d’accueillant : plastique, bouteilles…pourtant un couple s’y promène en maillot, serviette sur les épaules. Termini Imerese n’est pas qu’une vaste zone industrielle. C’est aussi une ville ancienne bâtie autour d’une terrasse très agréable avec une vue dégagée, des palazzi, une église monumentale, un corso où les vieux (et les moins vieux) bavardent en groupe, debout sur le bord du trottoir. Nous demandons la route de Messine, la « statale ». on nous renvoie pour un tour de ville ; comme toute ville italienne, les rues étroites sont à sens unique et nous aboutissons de l’autre côté du Corso en face du groupe que nous avons interrogé. Ici aussi, un grand panneau de marbre signale qu’ici, Garibaldi a fait un discours (c’est mieux qu’à Palerme ou on raconte qu’il a fait la sieste).

DSCN6742 - Copie

Le téléphone sonne. Le père d’Andréa nous donne rendez vous d’ici 30 minutes à la station ENI à l’entrée de Cefalù. C’est Marina, la maman qui nous attends, nous suivons sa voiture sur la SS113 jusqu’à ce qu’elle quitte brusquement la route pur un chemin invisible dans les oliviers.

Bagheria : villa Palagonia

CARNET SICILIEN 2016

la villa des monstres
la villa des monstres

Nous pensions passer la matinée à Palerme. L’énervement dans les embouteillages nous a épuisées. Nous redoutons une réédition pour sortir de la ville. Dès 8h30, nous voilà parties en passant par la Gare, puis en direction du port et de la mer où nous trouvons la SS113 qui traverse des quartiers modernes puis suit la côte. Un véritable marché est installé en bord de route. J’achète des oranges (4kg pour 2€, 1kg de nèfles1€) .

Grands immeubles, usines : le littoral n’est pas très avenant.

Sciascia dans Todo Modo m’a donné envie de visiter le Musée Guttuso, Villa Catholica à Bagheria. J’avais préparé ma visite sur Internet, horaires,  adresse,  programmé le GPS. Déception : la Villa Catholica est fermé pour restauration.

Villa Palagonia

villa Palagonia
villa Palagonia

Dominique Fernandez consacre un chapitre entier dans Le Radeau de la Gorgone à la villa et au Prince qui l’a fait décorer, ainsi qu’aux illustres visiteurs, entre autres Goethe (LA VILLA DES MONSTRES p. 126 – 153). Nous l’avions visitée autrefois, la revoir a été un plaisir. Malgré les nuages la lumière est favorable et je m’amuse à photographier les personnages grotesque, les musiciens, les danseurs, les monstres qui ornent le mur d’enceinte de la villa. Je m’attarde sur un gambiste emperruqué, sur deux dragons…Dans les jardins fleurissent jasmin, agrumes dont les senteurs se mêlent ou alternent – un enchantement. Citronniers et orangers portent des fruits mûrs. Buisson de strelitzia, les corolles blanches des arums sous les grands arbres.

DSCN6719 - Copie

La façade est précédée d’un imposant escalier et de bancs de pierre surmontés de curieux médaillons, bustes de  personnages qui semblent sortir de la muraille. Une photo de l’un de ces bancs orne la couverture du livre de Lampedusa, le Professeur et la Sirène.

L’entrée ovale est peinte en trompe-l’œil grisaille et paysages en teintes pastels qui semblent être vus par une fenêtre, de fausses colonnes semblent soutenir des moulures dessinées. Au dessus de la porte menant à la galerie des glaces une maxime prévient que la vie est courte et que chacun doit s’en souvenir en contemplant sa propre image dans les miroirs.

DSCN6733 - Copie

Cette salle est spectaculaire avec ses murs plaqués de marbres précieux de différentes couleurs ; Des bustes et des têtes surgissent du mur dans des médaillons. Visages blancs et draperies pourpres, habits gris et manches jaunes. Des volutes baroques de marbre blanc s’enroulent sur le mur rouge. Une frise court à la limite des marbres et des glaces. Des oiseaux semblent s’être perchés entre des vases contenant des bouquets de fleurs. Les « miroirs » semblent être minéraux de grands rectangle de micas ou d’ambre. Peut être sont ils simplement patinés. Ils recouvrent le plafond en voûte reflétant une lumière très particulière.

127 - Copie

 

Je m’attarde d’autant plus que le gardien a prévenu que toutes les villas de Bagheria sont fermées ainsi que le site de Solunto où nous devions passer.

 

Palerme (3) Quattro Canti, Cathédrale, et les alentours…

CARNET SICILIEN 2016

Quattro Canti
Quattro Canti

Nous rentrons par le Corso V Emanuele jusqu’au Quattro Canti  – clin d’œil aux Quattro Fontane  de Rome. Les Quattro Canti  de Palerme sont plus spectaculaires et plus théâtraux, plus grands et surtout plus dégagés. Allégorie des saisons, Rois d’Espagne, saintes et fontaines. Dominique Fernandez en donne une plaisante description.

fontaine de la Vegogne
fontaine de la Vegogne

Quand j’arrive à la Cathédrale,  le ciel s’est chargé, il fait tout gris et les merveilles de marqueterie dans la pierre, de ciselure des motifs qui m’avaient tant plu sous le soleil ne sont pas à leur avantage. Je m’étais occupée à dessiner les motifs variés pour mieux les étudier. J’avais tout mon temps. J’ai retrouvé la colonne lisse de marbre gris qui porte un médaillon en forme de tapis de prière avec une calligraphie arabe. Signature de l’artisan arabe ou souvenir de la domination sarrasine ?

la Cathédrale de Palerme vue des toits
la Cathédrale de Palerme vue des toits

Résolument, je paie une visite sur les toits qui ne commence que 20 minutes plus tard. En attendant je lis les biographies des rois de Sicile enterrés dans des sarcophages de porphyre – tradition byzantine. Longue montée des hautes marches en colimaçon. Belle récompense : la vue sur les toits et les coupoles de Palerme.

cathédrale de Palerme
cathédrale de Palerme

Où ai-je pêché l’information erronée que le Palais Royal aurait été ouvert jusqu’à 19h ? Quand j’arrive peu après 17h la billetterie est fermée. Je cherche sans trouver San Giovanni degli Eremiti où j’avais passé une délicieuse après midi dans les jardins à dessiner les coupoles rouges.

Je rentre en flânant dans les ruelles. Au hasard je découvre une impasse où vivent des Africains, un palais occupé par des demeures très misérables qui me rappellent La Havane. Ailleras j’arrive dans une réunion familiale, un deuil. On a sorti les chaises des maisons, dans une impasse ; sur l’une il y a un cadre avec le portrait de la défunte bien en évidence, les couronnes de fleurs de l’enterrement sont debout contre un mur. Tout le monde est en noir. J’arrive au marché de l’Albergheria : avalanche d’artichauts, pyramides d’oranges, tas de fèves dans leurs grosses cosses, fraises…Une voiture se fraie un chemin entre les étals (comme nous ce matin). Je me gare et fais tomber par mégarde des boîtes de chaussures qui empiètent sur la rue et m’excuse auprès du marchand imperturbable.

Retour à Alessandra. La wifi est faiblarde. J’espérais capter le Monde.fr auquel je suis abonnée. J’arrive tout juste à lire les gros titres et les alertes dans ma boîte mail.

19h30 je descends acheter quelque chose à manger. Dominique ne peut pas grimper les étages à nouveau. Dans le quartier, j’ai le choix entre Indien ou Pakistanais, ou peut être un poulet halal à la broche. La Via Maqueda est déserte alors qu’il fait encore jour. Dans la rue quelques femmes indiennes en sari sur le pas de la porte des boutiques, des hommes très bruns à la chevelure épaisse et aux grosses moustaches qui bavardent sur le trottoir, et des touristes en short égarés, perdus dans leur Guide du Routard ou dans l’étude du plan de Palerme. Où sont les Siciliens ? Peut-être habitent-ils d’autres quartiers ?

Palerme  byzantine, arabe, normande, espagnole et italienne absorbera-t-elle ces migrants d’Afrique ou d’Asie comme les envahisseurs précédents. Elle professe la multiculturalité jusque dans les plaques des rues sera-t-elle plus accueillante que le reste de l’Europe. Les Siciliens se rappellent qu’ils étaient les immigrants à la génération précédente en Amérique, en Belgique ou simplement dans le Piemont.

Je termine la soirée lisant dans le Radeau de la Gorgone, la vie de Frédéric II Hohenstaufen qui repose dans un sarcophage de porphyre que j’ai vu tout à l’heure.