Noto : Gloire du Baroque

CARNET SICILIEN 1998

Balcon baroque
Balcon baroque

Il est à peine midi, trop tôt pour déjeuner et pour rentrer. Nous décidons de pousser jusqu’à Noto  par la route de Syracuse puis Florida et Canilattini, retraversons la vallée du fleuve Anapo ( qui a creusé les gorges de Pantalica). Vers Florida, la vallée est ample cultivée d’orangers et de riches vergers irrigués (on voit deux bassins de retenue des eaux pour l’irrigation). Les crêtes calcaires sont plus arides. En cette saison il y a tant de fleurs que le paysage est très riant. Les coins à pique nique sont très occupés ! Il doit y avoir une tradition de pique nique le lundi de Pâques .

Noto

Escalier théâtral
Escalier théâtral

Noto 14H – La ville est vide de touristes. Le ciel bleu intense, la lumière idéale pour les photos. Comme on nous avait prévenues, nous sommes moins déçues de découvrir les échafaudages. Les restaurations après le tremblement de terre vont bon train. Commencées en 1996, elles semblent en bonne voie.

Noto escalier
Noto escalier

Nous sommes éblouies par le décor très théâtral, plus classique que baroque, cependant. La pierre est très lumineuse avec une teinte chaude dans les jaunes. Des balcons en fer forgé dépassent, soutenus par des corniches très ornées. Difficile de décrire toutes les façades – ou il faudrait recopier le guide, qui lui-même, cite Dominique Fernandez. J’essaie de photographier des détails : têtes monstrueuses et griffons. Photo aussi des perspectives : une église à façade convexe en haut d’une rue très en pente. Tout est théâtral, démesuré. Nous montons dans la ville haute.

Noto: détail
Noto: détail

Au hasard de la promenade, nous rencontrons un vannier (que je n’ose pas photographier). Un grand bâtiment mériterait la photo, mais c’est la prison.
Glace aux fraises délicieuses !

les ferronneries des balcons étaient conçues pour les robes à panier des dames
les grilles galbées des balcons étaient conçues pour les robes à panier des dames

Vers 17H, retour par Avola, Syracuse, Catane. C’est aussi des Siciliens partis pique-niquer. Nous nous trouvons bloquées dans des embouteillages effarants. Arrivée au gîte à 20H15.

 

Noto : villa nicolaci
Noto : villa nicolaci

Lundi de Pâque à Pantalica

CARNET SICILIEN 1998

 

Sortino : Chiesa Madre
Sortino : Chiesa Madre

La petite épicerie de Santa Tecla en face de l’église, est ouverte. Elle est bien achalandée, les marchands sont aimables. C’est l’occasion de voir les informations à la télévision. La terre a tremblé en Slovénie.
Jusqu’à Catane la route longe la mer. Le temps est magnifique, la route vide, les Siciliens ne sont pas encore levés. La traversée des faubourgs de Catane est sans intérêt à part l’épaisse coulée de lave qui forme un mur de plusieurs mètres de haut en pleine ville.
Cette fois, l’Etna se profile dans toute sa splendeur. Le petit nuage blanc qui le coiffe donne l’illusion de la neige. Nous quittons la route principale pour aller vers Lentini, ville juchée sur une colline, que nous évitons, puis  Calentini que nous évitons aussi. La campagne de collines très vertes et fleurie est parsemée de gros blocs de lave. Est-ce une coulée ? Ou une projection de l’Etna ? La terre est très foncée. Des vaches paissent dans les prés. Arès Calentini, nous voyons des vergers d’agrumes. Les roches volcaniques font place à un paysage plus aride et calcaire. Notre carte est sommaire.

Sortino

Sortino baroque
Sortino baroque

 Sortino, petite ville perchée très tranquille, se réveille à peine en ce lundi de Pâques. Nous nous promenons à la recherche d’un Musée des Puppi, fermé.La Chiesa Madre San Giovanni a une très belle façade baroque sur une vaste place pavée de galets noirs et blancs verdie par l’herbe. C’est très théâtral – inattendu dans une si petite ville –
Contre toute attente, les magasins sont ouverts. On achète une grosse bouteille d’1.50 L de vin rosé et des côtes de porc, des oranges et des tomates. Nous nous sommes inquiétées pour rien !

Pantalica

Gorge de Pantalica
Gorge de Pantalica


Pantalica est une nécropole préhistorique est proche de Sortino.

Surprise ! Nous n’y sommes pas seules ! Il y a  embouteillage. Les gens sortent des voitures. Nous aussi. La route s’arrête net. Il faut abandonner l’auto et continuer à pied. Nous suivons des groupes de jeunes dans la montagne sur un bon sentier très fleuri qui mène dans les gorges. Le site est impressionnant ! Surtout quand on songe aux tombes creusées dans la falaise. En plus du site archéologique, le spectacle des piques niques italiens est folklorique. Ils ont apporté avec eux des ballons de foot (dans des gorges !!), des instruments de musique, des glacières, des radiocassettes, des paniers…ils poussent des hurlements du genre de ceux des supporters de foot. On se suit à la file.

pantalica : nécropole sicule
Pantalica : nécropole sicule

Heureusement il n’y a pas encore trop de monde. Les gens s’installent confortablement pour passer une journée près de la rivière. Nous remontons. La voiture est coincée. Impossible de faire demi tour. Dominique fait une marche arrière acrobatique d’au moins un  kilomètre et demi entre les familles qui continuent à arriver avec glacières, thermos et guitares.

pantalica site rupestre fleurs
pantalica site rupestre fleurs

Pâques à Taormine

CARNET SICILIEN 1998

Taormine
Taormine

 

 

La route dans les orangeraies

Enfin le soleil !

plage sur la route de Taormine
plage sur la route de Taormine

La route longe la mer. Nous nous arrêtons dans les petits ports. Les barques peintes de couleurs vives ont été hissées sur la plage. Le village paraît désert, les bars sont ouverts. On entend la messe à l’église, mais dans la rue, personne. J’entre dans un  bar en quête d’une carte de téléphone. Tout le monde est bien aimable Le barman propose de faire de la monnaie pour le téléphone à pièces.
La route serpente ensuite dans les vergers d’orangers et de citronniers enclos par de hauts grillages installés sur des murs de lave et surmontés de barbelés. Les entrées sont monumentales : imposants portails de fer. On doit craindre ici les voleurs d’oranges ! Les agrumes sont en boutons à peine éclos. Dommage ! J’aime tant le parfum des orangers ! Peut être à la fin du jour, à la chaleur, s’il fait beau…
Au dessus des orangers, l’Etna est coiffé d’un nuage épais qui cache le sommet. De temps en temps, apparaissent des plaques de neige. La présence du volcan est impressionnante et un peu magique. Les villages sont plutôt sales. Le tourisme n’a pas encore fait de ravage. Des campings discrets sont cachés dans les orangeraies. Les volets des maisons sont résolument fermés mais de nombreux balcons sont fleuris.
Après le rivage rocheux et  noir des laves de l’Etna, battu par de belles vagues, où l’eau semble bleu très foncé, une plage de sable fin longe la route bordée d’eucalyptus, de mimosas et de roseaux. Taormine apparaît enfin, perchée sur de curieux pitons rocheux et la côte découpée se profile dans la brume.

Giardini Naxos

Taormine plage2
Giardini Naxos les barques sur la plage

Un beau bateau de croisière mouille devant le port. Sur la plage il y a de nombreuses barques. Autour du port, de nombreux hôtels et restaurants. Giardini Naxos fait très « station balnéaire » d’un tourisme international, friqué et triomphant.

Montée sur Taormine


La montée sur Taormine est impressionnante. Nous avons négligé les conseils des guides qui proposaient de laisser la voiture et de prendre le téléphérique. Arrêts photos pour le panorama sur la côte découpée de criques avec une île rattachée par un cordon de sable. A l’entrée de Taormine, il faut laisser le véhicule au parking. Nous avons de la chance, il reste une place. Pour 2000 LI, on peut rester une heure. C’est bien court pour s’organiser !

Corso Umberto 1er

palazzo Corvaja
palazzo Corvaja


On entre dans la ville par une belle porte carrée : la Porte de Messine. Le Corso Umberto Ier  est bondé. Une foule compacte de touristes bruyants et vulgaires piétine devant le palais Corvaja, crénelé et massif. Il faut bien viser pour photographier les fenêtres élégantes et le portail. En nous frayant un chemin nous jetons un œil sur les belles boutiques du Corso. L’église Santa Catarina est ouverte. Pour Pâque une curieuse décoration représente la Cène. Les personnages sont en carton. Sur la table : de faux fruits, des pains. Au sol une décoration florale très laide. Le tout fait un peu désordre parmi les colonnes baroques blanches.

Santa Catharina : la Cène
Santa Catherina : la Cène

Castel Mola

Castelmola village haut perché
Castelmola village haut perché

Au dessus de Taormine : Castel Mola. Dépassant le Château Sarrazin qui coiffe un piton rocheux, on arrive au village très haut perché. La place est dallée d’un damier noir (lave) et blanc (calcaire) et très animée. Les hommes endimanchés occupent toute la rambarde et les tables d’un café très pittoresque carrelé de faïence bleue. Il y a moins de touristes, surtout, pas de groupes. Beaucoup sont montés à pied par une chaussée très raide, les couples ou les familles  sont beaucoup plus calmes et plus sympathiques que l’espèce grégaire d’en bas. Dans la rue principale, des boutiques de souvenirs moins luxueuses qu’à Taormine présentant surtout de la céramique aux teintes jaune citron et bleu, toute sorte de terre cuite, et de la dentelle. Au sommet de la montagne, les ruines d’un château peu identifiable mais une vue magnifique sur Taormine et la mer.

Pique nique dans les fenouils
La  route étroite descend en vertigineuses épingles à cheveux. Après 150m, on se demande bien comment  faire demi-tour.Après une manœuvre au frein à main, la voiture est garée face à la mer. La végétation me passionne : les fenouils géants sont en pleine floraison; de belles ombelles jaunes arrondies. Je casse une tige, déception : cela ne sent rien. Au creux de l’épingle à cheveu, le coin est aménagé en une petite terrasse ombragée par un mûrier, une tonnelle de vigne. Les fleurs me sont inconnues : de grosses marguerites jaunes et des orange vif. Il y a surtout une sauge à feuilles veloutées et inflorescences jaunes. Les coquelicots sont en fleurs. Au menu, une assiette nordique, avocat et tomate. Il fait si chaud que je me cache à l’ombre.

Taormine
Pour descendre je prends le petit sentier,très raide, mais la promenade est merveilleuse dans les fleurs, les jolies maisons plus ou moins bien  entretenues. Un court de tennis gardé par un énorme chien de berger paraît bien incongru dans un endroit aussi abrupt où même les voitures se garent sur le toit des maisons. En un quart d’heure, j’atteins l’église Santa Catarina. Il est 14H30, la place est déserte, les groupes de touristes au restaurant. La ville est donc très agréable à visiter. Les boutiques sont fermées mais pas toutes.

Duomo XIIIème remanié au XV XVI ET XVII
Duomo XIIIème remanié au XV XVI ET XVII

Je marche, les yeux fixés à la hauteur des balcons pour ne rien perdre des sculptures autour des portes et des fenêtres. Une place est occupée par la Télévision puis une autre place, en face, a une curieuse fontaine : un cheval qui crache de l’eau. La cathédrale est massive et crénelée et ressemble au Palais Corvaja. Dans les jardins d’un bâtiment gothique – la Fondation Mazullo – les sculptures modernes dans la lave sont très réussies. Le jardin est frais, fleuri avec des palmiers et des orangers. Un agave en fleurs, magnifique, se détache. Nous rentrons sans nous presser par les jolies ruelles pour éviter le Corso Umberto 1er qui a commencé à se peupler vers 16H.

Théâtre antique de Taormine
Théâtre antique de Taormine

Visite au Théâtre grec, en très bon état de conservation (ou de restauration, puisque l’été de nombreuses manifestations s’y déroulent). Bâti de brique, ce matériau évoque plutôt les monuments romains que grecs. Le site est extraordinaire. Du haut des gradins, entre les colonnes on voit la mer et l’Etna.

Taormines ruines antiques

 

Syracuse sous la pluie

CARNET SICILIEN 1998

Catacombes San Giovanni
Catacombes San Giovanni

 

L’orage nous a réveillées vers 6h30.
Petit-déjeuner-buffet en compagnie d’un troupeau arrivé en car, Suisses et Allemands, en survêtements hideux, vert et violets. Je renvoie le café américain.
–  « Nous sommes en Italie!« , j’explique au garçon, « il n’est pas question de boire cette lavasse! »

Ce dernier m’apporte un espresso en souriant.

Catacombes

catacombes
catacombes

La route panoramique longe la zone archéologique sous la pluie battante. Nous avons bon espoir que le temps va s’arranger et préférons nous abriter aux catacombes de San Giovanni.

La guide est munie d’un parapluie et d’une grosse torche. La visite est en Italien que je suis ravie de comprendre.

Ces catacombes occupent l’ancien réseau d’adduction d’eau construit par les Grecs: des citernes creusées dans la pierre. Les couloirs correspondent aux canaux souterrains.

Ce sont les cimetières des premiers chrétiens. Les tombes sont réparties dans des sortes de caves au plafond voûté en arc de cercle. Au sol, jusqu’à vingt tombes sont creusées dans la roche côte à côte, le père et la mère occupant les premières places, ensuite on inhumé les enfants. En plus des grandes tombes dans la paroi, de petites niches rectangulaires étaient destinées aux enfants ou aux ossements. Bien sûr, actuellement, c’est vide. Il faut donc imaginer les dalles de marbre pour les gens riches, de terre cuite pour les plus modestes. Du marbre, il ne reste plus rien. Quelques traces de fresques et quelques gravures subsistent. Notre guide évoque par leur nom les défunts qu’on a identifiés : beaucoup de femmes. Une certaine Adelpha dont le mari, connu, avait fait confectionner un sarcophage orné de nombreuses sculptures. Une autre jeune femme morte à 27 ans s’était convertie au christianisme à 13. Dans une chapelle, le tombeau monumental d’un pape. Des paons, symboles d’immortalité, des croix grecques, une barque gravée figurait le christianisme luttant sur la mer, le poisson, signe de Jésus, au dessus une bulle : l’eucharistie.

gravures symboles chrétiens
gravures symboles chrétiens

Notre guide raconte la vie des premiers chrétiens avec force détails. Quand elle a l’impression que je comprends mal, elle recommence.

San Giovanni

San Giovanni : portail catalan
San Giovanni : portail catalan

L’Eglise San Giovanni était, à l’origine, une basilique byzantine : plan initial avec la croix grecque. Les Normands l’ont agrandie ensuite, laissant les arcs gothiques. Les tremblements de terre successifs ont détruit l’église normande. A l’extérieur, le portique est catalan. Des restaurations plus récentes ont encore modifié l’ensemble. La crypte byzantine est la plus ancienne église de l’Occident. La guide nous montre les fresques puis l’emplacement de Saint Marziano envoyé à Syracuse par saint Pierre.

Toutes  ces histoires des anciens chrétiens paraissent terriblement vivantes. Elles ne sont pas empoussiérées par de la bigoterie et sortent, toutes fraîches de l’Antiquité.

Latomies

latomies : ccarrières antiques
latomies : carrières antiques

Le temps ne s’est pas amélioré. Il pleut toujours autant quand nous visitons donc la zone archéologique, suivant les troupeaux de français, belges… jusqu’aux latomies, les carrières de pierres antiques, souterraines mais pas mal effondrées. Elles sont envahies par une végétation luxuriante, citronniers, magnolias, glycines…

Oreille de Denys
Oreille de Denys

Une des attractions de la visite est l’Oreille de Denys, une fente dans la falaise qui donne une acoustique extraordinaire à la salle. A notre arrivée un Italien chante à voix basse, on l’entend de très loin. Malheureusement un groupe de français entonne « Les Montagnards sont là !». Nous fuyons ces hordes hurlantes.
Le théâtre grec est creusé dans la roche. Au dessus, une grotte avec une petite cascade. Sous la pluie,  c’est beaucoup moins charmant.

Musée archéologique

Le Musée Archéologique est très bien conçu. Une surprise : la faune naine des îles de Méditerranée. L’éléphant nain de Malte et de Sicile ainsi que des hippopotames nains et des cerfs.

Les vitrines de la Préhistoire et de l’âge de Bronze sont un peu répétitives. Les objets grecs sont très nombreux. Les vases, un peu ennuyeux. J’ai préféré les figurines en terre cuite représentant des déesses et des animaux.

Après un pique-nique dans la voiture nous faisons route vers Acireale, toujours sous la pluie passant devant des raffineries et des complexes chimique puis traversant des vallées arides.

Roissy/Catane et arrivée à Syracuse

CARNET SICILIEN 1998

syracuse façade baroque
Façade baroque des palais d’Ortygie

Vol Alitalia: CdG/ Rome/Catane
CdG vol 7H50 –  Rome à 10 H. L’avion pour Catane a plus d’une heure de retard. A 14H14, nous attendons les bagages sans avoir encore déjeuné. Le ciel est couvert, l’atmosphère, saturée d’humidité.
Notre carrosse est une Polo verte.

En route vers Syracuse

Nous rejoignons Syracuse par une sorte d’autoroute. La végétation est exotique : eucalyptus, mimosas croulant sous les grosses boules jaunes, inodores malheureusement. Orangers, glycines et bougainvillées sont en fleurs. Sous le ciel  tellement gris,  les couleurs sont éteintes. Le relief me surprend : une vallée est creusée dans la pierre blanche et sèche: peut être une carrière?
A l’entrée de Syracuse, les tuyères des raffineries,  ne rendent pas les abords de la ville engageants. De plus, la pluie se met à tomber.

Ortigia

syracuse lungomare

Sous la pluie,  Ortigia – est l’île sur laquelle est bâtie la vieille ville. Le long de la mer, une promenade est bordée  de ficus énormes.

syracuse fontaine aréthuseLa fontaine Aréthuse est peuplée de canards. Nous y découvrons nos premiers papyrus. Elle n’est pas extraordinaire,  son nom  me plait et me semble très poétique.

La Porte Marine est finement ciselée.

 

Les façades des palais sont surchargées de balcons, de moulures. Mais derrière la façade, l’immeuble tombe en ruine et la nature reconquiert ses droits : les plantes colonisent les corniches et s’insinuent dans les fissures. Je garde les yeux levés pour ne rien perdre des décorations, des moulures, des sculptures, des têtes grimaçantes. Si la lumière n’avait pas été si triste, j’aurais fait plein de photos.

Duomo, sous la pluie
Duomo, sous la pluie

Nous entrons dans la Cathédrale pendant la Messe. De nombreuses personnes vont communier. La façade baroque, très surchargée, contraste avec l’intérieur  sobre. A l’arrière, les colonnes antiques sont imbriquées dans la maçonnerie du mur massif.

J’achète une glace aux amandes sur la place.

Vers 18H, les rues s’animent, la pluie a cessé, et tout les Siciliens sortent. Nous rentrons fourbues

Mal de pierres – Quand le Requin dort – Milena Agus

LIRE POUR LA SARDAIGNE

Mal de pierres

Mal de pierres

« mon attente se réveille, angoissée sous les coups bleus du printemps, après être restée, honteuse, à la pâle lumière de l’hiver, mon attente ne te comprends pas et ne peut pas se faire comprendre, dans le jaune doux, anxieux, des mimosas effrontés. »

Quatre générations s’emmêlent, deux maisons à Cagliari, deux villages sardes, pas de nom ni de prénoms (sauf madame Lia). La narratrice est-elle une jeune fille ou encore une enfant ? Elle désigne les personnages  par leurs liens familiaux, ne s’embarrasse pas de descriptions.

J’ai eu du mal à entrer dans le récit. Ecriture aride. Obsession de l’amour.

Puis, vers le milieu de la lecture, je suis happée par cette étrangeté, par ce désordre, cette folie.

« Dans chaque famille, il y a toujours quelqu’un qui paie son tribut pour que l’équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s’arrête pas »

 

L’ordre de la maison, l’ordre de la société traditionnelle, combattant le désordre de l’amour, passion rêvée ou vécue. La sexualité du bordel s’opposant au mariage respectueux. Tout déborde. Tout est contenu. La chevelure tressée ou dénouée de la petite fille, de la femme, de la grand-mère, séduction ou folie,?

Quand le Requin dort

quand le requin dort

Petite musique de Milena Agus, un court texte charmant, débordant d’amour.
Pourquoi les femmes cherchent-elles tant l’amour des hommes qui, eux, jouent de la musique, naviguent en mer, font la guerre ou partent explorer le vaste monde.
L’amour sous toutes ses formes : conjugal pour la grand mère, volage pour la tante, maternel ou même sado-masochiste (très dérangeant puisque qu’il s’agit d’une très jeune fille).
Amour border-line. Qu’est-ce qui a tant désespéré la mère? Les infidélités de son mari? la découverte des amours de sa fille, l’impossibilité de vivre un nouvel amour?
Je n’aurais pas dû lire ce livre à la suite du Mal de pierres que j’avais beaucoup aimé mais qui lui ressemble trop.

Novecento : pianiste – Alessandro Baricco

LECTURE COMMUNE INITIÉE PAR EIMELLE

Comment nommer cet ouvrage?

Monologue de 84pages écrites pour le théâtre. Texte poétique. Nouvelle ou court roman. Jazzy?

Tout est surprenant, invraisemblable, chimérique. Amour de la musique, improvisations ou duel musical, amour de la mer. Refus de la terre, invention de la géographie.

Novecento avec son nom improbable a-t-il été rêvé par le narrateur?

Pietra Viva – Léonor de Récondo

LIRE POUR L’ITALIE

le Bacchus du Bargello
le Bacchus du Bargello

Le héros de l’histoire Michel-Ange est un personnage qui m’intéresse. Dans les carrières de marbre de Carrare encore plus encore. L’imaginer tirer ses personnages du marbre! Partager le travail des carriers et tailleurs de pierre, le sujet avait tout pour me plaire. La critique était bonne. Les copines le recommandaient.
Je partais pour un beau voyage à la Renaissance dans cette Toscane que j’aime.
Pourtant cela n’a pas fonctionné.
Lecture agréable. mais lisse, trop lisse pour m’accrocher ou m’émouvoir.Superficiel? J’ai glissé dans ces 225pages sans entrer dans le roman, sans y croire, ni à l’amour chaste pour Andréa le moine si beau, ni pour l’amitié de Michele, l’enfant. Quelques préciosités m’ont agacée. qu’est-ce donc qu’une Bible inviolée? et  ces hommes aux noms d’animaux?
Je ne regrette pas cette lecture. Comme Parle-leur de Bataille.…mettant en scène Michel-Ange également, la rencontre ne s’est pas faite.
Peut être suis-je grognon? J’ai parfois du mal avec les romans historiques. je leur préfère l’Histoire avec ses textes, ses sculptures, ses chefs d’œuvres. Pour qu’un roman historique m’emporte, il me faut plus de détails, plus de recherche. Et puis, la pureté du marbre, la chasteté, les mères idéalisées mortes, cela m’embête!

pietra-viva-

La Grande Bellezza – film de Paolo Sorrentino

TOILES NOMADES

Voyage à Rome!

Si cinéma veut dire pour vous, action ou histoire romanesque, si vous vous endormez facilement dans le rythme lent des films contemplatifs, passez votre chemin…

La Beauté alterne avec la plus grande vulgarité. C’est comme cela que j’imagine l’Italie berlusconienne. Dans un cadre de rêve (une terrasse avec vue sur le Colisée) des fêtes mondaines se déroulent, mariachi, variations sur le thème du petit train, danses hypnotiques réunissent les people, faune de parvenus, starlettes, artistes reconnus ou en panne d’inspiration. Danse hypnotique sur une musique abrutissante.

Le héros, Gep,  écrivain qui n’écrit plus, plus mondain qu’écrivain déambule….philosophe, esthète désabusé…j’ai eu du mal à le trouver séduisant ou sympathique. Et pourtant, la fulgurance des images de Rome, une fontaine, une statue, une expédition dans un palais encore habité par des princesses vieillissantes qui jouent au cartes, m’a réjouie.

Le film est long (2h20) et j’en redemande; encore une statue, encore une fontaine. Je crois rêver, à La Dolce Vita, désabusée, mais pas encore vulgaire.

Critique de l’Italie berlusconienne? Caricature de cet ecclésiastique qui répond à une question angoissée sur la foi par d’interminables recettes de cuisine, et au final apparition de cette sainte improbable, et encore! Un enterrement, comme une mise en scène théâtrale. Que dire de cette cérémonie de l’injection de botox. Les trouvailles ne manquent pas dans cette histoire sans histoire. Et Rome est magnifiée. Gep, finalement humain.

 

Les Fiancés – Manzoni

CHALLENGE ROMANTISME

Merci avant toute chose à Claudialucia d’avoir proposé les Fiancés comme lecture commune! C’est une vraie découverte que je n’aurais pas faite seule.

 

 

 

 

 

La première surprise fut d’ouvrir le paquet : un gros pavé de plus de 850 pages. Un gros livre peut être promesse d’un plaisir prolongé de lecture mais aussi un long pensum. j’ai vite sauté la préface très savante, et très ennuyeuse pour qui ne connait ni l’auteur ni l’ouvrage. On aurait mieux fait de la mettre en postface. j’y suis retournée.

Cela commence comme du Stendhal dans les Nouvelles Italiennes, un manuscrit ancien… puis une belle description des sommets au dessus du Lac de Côme…puis arrivent les Braves, séides des seigneurs, cap et épée, sicaires… nous quittons Stendhal pour Dumas. Don Rodrigue, tyranneau local, neveu d’un Grand de Milan, a parié avec un de ses cousins qu’il séduirait Lucia, la petite fiancée. Manzoni bataille contre les abus de pouvoir de la noblesse. Un peu plus loin, c’est Diderot et la Religieuse qui a inspiré l’auteur.Chaque épisode introduit un nouveau personnage. Et ces personnages ne sont jamais secondaires, ce sont les véritables héros d’une grosse histoire qui fait oublier les Fiancés Renzo et Lucia, que l’on perd de vue pour les retrouver dans de nouvelles aventures. Si le pouvoir civil est espagnol, le clergé, moines capucins, curés, évêques, cardinaux (et même un quasi-saint Frédéric Borromée) jouent un rôle prépondérant dans la vie du Milanais. On assiste à un presque miracle : la conversion d’un bandit l’Innommé

L’action se déroule dans le Milanais en 1628. L’Espagne règne sur  Milan. Les mauvaises récoltes ont causé la disette puis des émeutes du pain. Casale est assiégée, en France Richelieu fait le siège de la Rochelle, la guerre de succession de Mantoue va voir les troupes étrangères se déverser sur la Lombardie et apporter désolation, pillages et dans leur sillage, la peste. Je lis Les Fiancés comme un roman historique. Manzoni s’est documenté pour raconter les évènements. Il cite ses sources. Les notes (malencontreusement situées à la fin du livre, j’aurais préféré en bas de page) confirment l’authenticité des faits et des personnes. Et surtout Manzoni se livre à une véritable analyse économique quand il explique les effets négatifs de la fixation d’un prix trop bas au pain. C’est un véritable cours d’économie.

Quand il raconte l’épidémie de peste, l’auteur ne nous épargne aucun détail. Il faut se souvenir que la contagion de la peste n’a été découverte que beaucoup plus tard, en 1894, et pourtant il a des intuitions géniales. Il montre l’incurie des services de santé qui nient la réalité de l’épidémie, la laissant s’étendre au lieu de la contenir, les atermoiements, les mesures prises alors, la lâcheté de certains, le courage d’autres, aussi les raisonnements oiseux de Ferrante, l’érudit dans sa tour d’ivoire, qui préfère interpréter la catastrophe par les conjonctions de Jupiter et des planètes,  ou par des sophismes, et négligeant de se protéger, contracte la fatale maladie.

D’autres lectures du gros livre sont possibles, une lecture catholique, dont je suis éloignée…. en V.O. il serait intéressant de suivre l’Italien au moment où le Toscan devient l’Italien alors que l’Italie s’unifie. Lecture sociale : lutte des petits contre la tyrannie des nobles, Manzoni écrit peu de temps après le passage de Napoléon en Italie, popularisant les thèses de la Révolution….Il est remarquable que les héros ne soient pas des princes et princesses mais un ouvrier,  fileur de soie, et une petite paysanne. Là, cependant, j’ai été un peu frustrée : autant l’auteur s’est appliqué pour raconter le quotidien des moniales, des capucins, du curé de campagne, ou celui des seigneurs-bandits, autant il aurait pu nous montrer les ouvriers du textile au travail. Le livre aurait été encore gros!

Véritable découverte!

Avant, l’association Romantisme et Italie était univoque  : Verdi maintenant je penserai à Manzoni!

Et pour le plaisir le Requiem de Verdi!