Villaputzu, Porto Corallo, Quirra, Murtas au nord de Muravera

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la tour aragonaise de PortoCorallo

De l’autre côté du Flumendosa, Villaputzu est une petite ville sarde sans grand intérêt. La circulation automobile est déviée dans les faubourgs modernes.  Les berges du Flumendosa sont aménagées la route vers Porto Corallo passe entre des vergers d’agrume en contre-bas puis le long du Sagno da Prasa, grande étendue d’eau. A l’arrivée à Porto Corallo, une belle tour aragonaise (1500) surveille l’embouchure du Flumendosa et le port, unique havre sûr en cas de tempête qui fut utilisé pour transporter le minerai argentifère du Monte Narba des incursions subites des pirates barbaresques. Cette tour fut construite sur une petite éminence où agaves et lauriers m’incitent à prendre du recul pour la photographie. Seule, cette tour ronde de 14 m de haut, est assez austère, revêtue de ciment, taguée, elle n’est pas tellement photogénique. Le panorama est très étendu : je reconnais la Tour carrée de Torre Salinas et l’hôtel, au loin le Capo Ferrato.

Le port de Porto Corallo est une marina occupée par des bateau de plaisance. Toutefois, nous avons le plaisir d’observer le départ d’un bateau de pêche.

Dépassant le port, continuant sur la SP99, on longe le rivage rocheux à l’arrière d’une pinède. Plus loin, une anse sableuse et couverte en partie de posidonies. Quelques parasols et lits de plage sont alignés mais il reste beaucoup d’espace disponible. Au-dessus de la plage, en amphithéâtre sur la colline, des maisons de vacances sont alignées.

Le Castello de Quirra

Cabane de berger dans la montagne

Suivant un itinéraire du Guide Vert, nous cherchons Quirra ignoré de la signalisation routière et nous retrouvons sur la grande route SS125 Var. Après 4 tunnels et un pont, nous retrouvons l’ancienne route Cagliari Olbia SS125. Avant d’arriver au village une alternative :  Castello ou Murtas. Vers Castello une piste monte dans la colline, on passe un groupe de maisons. Au petit col, il faut continuer à pied sur un très bon chemin, très escarpé. Mon bâton télescopique trouve ici son utilité. Je monte jusqu’à un épaulement, le château est toujours invisible dans la végétation dense. Il ne reste plus grand-chose du château que le Seigneur de Cagliari fit construire au XIIème siècle, un mur de la même couleur que le rocher sur lequel il est bâti et une fenêtre. De loin c’est la fenêtre qui permet de le repérer.

Murtas

Murtas

Plus bas, nous trouvons la route de Murtas. La Cala Murtas eset une plage vierge appartenant au Polygone militaire mais ouverte en été. Il faut parcourir environ 5 km à travers des terrains militaires. La route et libre d’accès mais il ne faut pas en sortir. Des montagnes rouges barrent la route vers le nord rappellent par la couleur des roches, et la végétation, les montagnes de l’Estérel. La végétation luxuriante et fleurie, lauriers roses, cistes jaunes, lavande des maures, blanches ombellifères forment un tableau multicolore.

A l’arrière des lentisques, des cistes et des tamaris on devine une zone humide. L’avantage des terrains militaires est de limiter la fringale bétonnière des promoteurs. L’inconvénient est que les militaires installent des casemates disgracieuses, des grillages des hangars. Les sommets sont coiffés de cubes portant un dôme ressemblant à des observatoires astronomiques. Je pense aussi à l’Albanie avec ses abris-champignons. Fin de la route, on ne passe plus. Un parking est autorisé (en 4 langues dont le français) mais la plage semble très loin. J’y renonce à regret. Un autre parking se trouve au bout d’une autre route en bordure des marais. L’eau affleure ; Plusieurs voitures sont garées, mais où est donc la mer ?

Retour à Porto Corallo, sans avoir vu, ni le château,  ni l’église St Nicola en briques d’argile, ni la plage de Murtas.

Nous nous attablons à un snack (frites/hamburgers/piadine) pour boire un verre le temps d’une baignade. L’eau est tranquille dans l’anse mais il faut d’abord franchir les posidonies(sèches en bords de plage et en suspension dans l’eau. Toujours se rappeler que les herbiers à posidonies sont indispensables à la vie marine : même si je rentre avec des languettes noirâtres collées sur mes pieds et mes mollets.

Retour au gîte pour manger une salade de pommes de terre anchois, crevettes et œufs durs. Nous sacrifions encore au rite de la sieste avant d’aller à la plage. Juste avant l’Hôtel Torre Salinas, une petite route sur la droite et une piste nous conduit à la plage à l’arrière de l’étang de Collostrai. Cest une plage vierge avec seulement deux petits bars sous des auvents blancs, quelques tables de plastique blanc sans parasols ni lits. Il y a peu de monde. Un groupe d’anciens jouent aux cartes, les cannes à pêche plantées dans le sable verticalement comme des haubans. J’ai renoncé à nager à cause des vagues et marche en longe-côte avec du mal pour contrer flux et reflux. Malgré les vagues, l’eau est d’une transparence extraordinaire. Les vagues sont bleu glacier.

cistes jaunes

Dîner d’aubergine : parmiggiana. Dommage que les moustiques nous chassent à la tombée de la niut. Ils sont vraiment très nombreux avec tous ces étangs autour !

 

les village du Gerrei – site archéologique de Pranu Muttedu – Villasalto

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menhirs à Pranu Muttedu

Nous redescendons la route en lacets pour retrouver la grande route jusqu’à Ballao puis par une petite route jusqu’à Goni – village tout à fait intéressant que nous négligeons pour ne pas arriver trop tard au  site archéologique de Pranu Muteddu qui est ouvert toute la journée mais dont les visites guidées s’interrompent. J’ai raté celle de 12 h, la suivante est à 15 h – trop tard -. Les menhirs et tombes se trouvent sous de magnifiques chêne-liège.

Tombe n°II circulaire

La promenade ombragée permet de découvrir les mégalithes, et les « domus de Janas » tombes creusées dans la roche, les tombes circulaires, restes de tumulus et les alignements de menhirs. Je regrette la visite guidée mais j’ai dans la tête les pages de l’Ile des âmes de  Piergorgio Pulixi qui évoque des crimes rituels en relation avec les sites préhistoriques et L’Or Sarde de Giulio Angoni où il est aussi question de site archéologique. La tombe II est la plus monumentale avec ses blocs creusés et ses alignements qu’on découvre avec la photo aérienne sur le panneau. Les restes d’un village montre les fondations des  « capanne» circulaires sur le même plan que notre maison de Dolce Luna. Au musée d’Amurgia des photos de huttes de bergers rondes en pierres sèches sont aussi sur le même modèle.

Pique-nique sous les chênes : salade de pommes de terre, œufs durs et anchois.

Nous rentrons par San Niccolo Gerrei et Villasalto. San Niccolo Gerrei est bien décevant, endormi à 14 heures, tout est fermé (j’avais envie d’un café ou d’une glace).

Site minier de Su Suergiu : installations industrielles

De Villasalto, j’attendais beaucoup avec le village minier de Su Suergiu qui fait partie du Parc Géominier. Le site se trouve au fond d’un vallon très profond. Un sentier y descend sous les arbres ? je n’ai pas osé me lancer seule dans la promenade et l’ai regretté parce qu’il débouche juste au-dessus du parking. Le musée est fermé (malgré l’annonce Google ouvert) Il y a pourtant du monde. Un homme en habits de travail – gardien ou jardinier ? – dit que la ragazza va revenir et qu’il faut l’appeler au numéro punaisé sur la porte. Je me contente de faire un tour autour de la belle villa Liberty du directeur en pierre blanche délicatement ciselée de frises, j’erre dans les bâtiments des ouvriers en moins bonne conservation. Les installations industrielles se trouvent beaucoup plus bas dans le vallon, elles ont perdu leurs toitures et menacent de s’effondrer. On extrayait et traitait l’antimoine. Au cours de notre précédent voyage en Sardaigne nous avions visité d’autres villages miniers abandonnés dans les années 80 :l’Argentiera et Montevecchio où la visite guidée était passionnante.

Le guide Vert signale aussi une promenade vers une grotte, je trouve le point de départ mais le panneau indique 50 minutes pour l’aller seul. Aller et retour il faut compter deux heures et il est déjà 14h30, oublions. *

Il ne fait jamais visiter un village sarde à l’heure de la sieste. Tout est fermé, il n’y a pas une âme dehors>. C’est sinistre et très chaud. Villasalto ne déroge pas à la règle. En dehors de l’église blanche Santa Barbara, bien fraîche, on ne verra rien de notable. Même le panorama est embrumé par la chaleur.

Retour par des routes sinueuses. Je suis frappée par la diversité des paysages ? Un maquis clairsemé est suivi d’une forêt touffue de chênes verts, arbousiers et lentisques. Au tournant suivant, une étendue presque désertique avec de très gros rochers éboulés d’on ne sait où . On traverse un ruisseau et on trouve vignes, champs cultivés. A chaque virage, une surprise !

La journée se termine par une baignade à la plage de San Giovanni près de Muravera. Il n’y a pas de vent ni de vagues. Je peux nager un bon moment même si de temps en temps mes genoux touchent le sable. Pour bine nager il faut s’éloigner du rivage et cela n’est pas prudent puisque je suis seule dans l’eau.

les villages du Gerrei : Armungia

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Montagnes du Gerrei

D’après le Circuit du guide Vert Le Gerrei p140-142

Nous contournons Muravera par la rue Sarrabus qui longe le canal. Sarrabus est le nom de la région sud-orientale de la Sardaigne. Le Gerrei est le massif montagneux situé à l’ouest de Muravera. Nous traversons sans nous arrêter San Vito, gros bourg étiré le long de la route SS 387. Selon le Guide vert il y a 7 églises.

Au creux de la vallée coule le Flumendosa

La route SS 387 suit le cours du fleuve Flumendosa deuxième fleuve de Sardaigne (127 km) qui se jette dans la mer entre Muravera et Villaputzu. Il est encaissé dans une vallée profonde dans les montagnes peu élevées (environ 600 m) mais très pointues et très rocailleuses donnant une impression sauvage. Bravo aux Ponts et Chaussées italiens qui ont construit galeries, tunnels et viaducs impressionnants. Ce matin tôt, il n’y a pas de circulation et nous profitons de la floraison des lauriers roses et des genêts.

Armungia

le nuraghe de

La petite route qui rejoint Armungia (6 km) est vraiment tortueuse. Armungia est un village charmant et tranquille avec ses maisons rurales en pierre, ses portails de bois ciselé, ses ruelles propres avec une rigole au milieu. Les curiosités sont bien indiquées. La billetterie se trouve au Musée Ethnographique dans l’ancienne mairie. La dame me prête des explications en français, allume les lumières et me laisse visiter tranquillement. La première salle est consacrée aux costumes traditionnels. Celui d’Armungia est plutôt sobre. Les salles suivantes montrent le travail des femmes : tissage et fabrication du pain.

Tisssage sarde

Tissage : Deux métiers à tisser d’assez petite envergure sont entourés des accessoires pour filer la laine, battre le lin. Une série de photographies anciennes montre comment les femmes utilisaient toute la rue et les murs du village comme un rouet géant, chacune tournant autour d’une maison avec sa voisine.

Fabrication du pain : il était fabriqué dans de très belles corbeilles. Le pain traditionnel Pistoccu était fin comme une crêpe, dur et pouvait ainsi se conserver ? on faisait recuire des moitiés de pain rectangulaires, sortes de biscottes. Les femmes confectionnaient également des pains décoratifs, nœuds, fleurs, animaux…

Outils pour les travaux agricoles

A l’étage, une étude des travaux des champs est présentée ; cartes, plans et cadastre montrant la répartition des champs et des pâturages selon le relief. La dernière salle met en scène les instruments de travails répartis sur su cercle de bois clair vernis découpé en 12 mois de l’année. A chaque mois, ses tâches agricoles spécifiques et les outils nécessaires. L’ensemble est une véritable installation artistique. Chaque outil d’une grande beauté est mis en valeur par cette scénographie.

On accède par l’extérieur au nuraghe (15ème -14èùe siècle avant JC). Du dehors, la tour parit cylindrique mais lorsqu’os n entre la tholos est en forme de fuseau creux>. Des cavités ont été pratiquées latéralement dans les murs. L’une d’elle a été aménagée en citerne postérieurement par els Byzantins. Construit au sommet du village, on attribue au nuraghe un rôle stratégique.

la Brigade Sassari : fresque murale

La dame me conduit à grandes enjambées à l’autre pôle du village, près de l’église à la maison d’Emilio Lussu. Nous passons devant la fresque représentant des soldats : c’est la Brigade Sassari,. La maison de Lussu est une belle maison de pierre, je suis surprise en entrant dans une vaste cour que rien ne laisse deviner de la rue. De nombreuses photographies illustrent la vie de l’écrivain. Certaines anciennes sont celles de la Grande Guerre et du bataillon Sassari racontée par son œuvre la plus connue : Un anno sull’Altipiano que me recommande le monsieur du Musée Ethnographique.

Je découvre cet écrivain dont je ne connaissais que le nom ; Emilio Lussu (1890-1975) fur un avocat, un écrivain et un politicien. Fondateur du Partito Sardo d’Azione, il fut élu député de 1920 à 1924. Opposant à la dictature fasciste il fut confiné à Lipari en 1927 d’où il s’évada.

« Pourquoi voulez-vous lire Emilio Lussu ? » me demande la dame qui me sert de guide. « Sa femme Joyce Lussu fut aussi écrivaine, poétesse, militante antifasciste et partisane. C’est une personnalité tout à fait intéressante.»

De retour à Créteil, j’ai téléchargé Portrait de Joyce Lussu, en italien, j’espère que j’arriverai à le lire, il ne fait que 145 pages mais il faudra m’accrocher.

Costa Rei – A larecherche des menhirs et des nuraghes perdus –

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DolceLuna au petit matin

Le matin, les sonnailles des troupeaux sont très proches. Le berger parle  à ses bêtes. Surgissant des buissons, un troupeau de chèvres  traverse la route. Le berger court derrières elles à grandes enjambées sans cesser de leur parler. A-t-il un chien ? Il fait lui-même le travail d’habitude dévolu aux chiens : courir d’une chèvre à l’autre pour les rassembler et leur interdire certains pâturages. Hier soir, au pied de la colline la plus proche, un berger (le même ? un autre ?) rassemble les brebis. Son chien, petit et noir, reste à ses pieds. Les bergers sardes sont réputés. Dans les environs, plusieurs exploitations proposent des fromages bios.

J’ai préparé  les visites archéologiques de la matinée dans les environs de Costa Rei : 53 menhirs à Ciule Piras, le Nuraghe Scalas et l’étang de Piscina Rei. Trouvés sur TripAdvisor et sur les sites touristiques de Muravera. Tout a l’air bien carré, regroupé à une vingtaine de kilomètres du gîte. Itinéraires sur GoogleMaps.

Premier arrêt à San Priamo

A l’entrée de San Priamo une marchande a installé sa boutique : une cabane sur le bord de la route avec des cageots d’oranges (1.3€/kg), des tomates, poivrons, pommes, pamplemousses, les cerises délicates sont à l’abri à l’intérieur sous un linge, miel,  amandes… Tout vient de leur production familiale : ils sont 7 et elle tient la boutique tous les jours. Je lui achète de l’huile, bio, précise-telle 5€, 0.5 litre, ce n’est pas donné.

 

 

A la recherche des sites archéologiques :

Nous empruntons la SS 125 Var, route rapide 2×2 voies jusqu’à Olia Speciosa où nous trouvons la SP 97 parcourue lundi. Devant un chemin de terre madame GPS claironne « Tournez à gauche, vous êtes arrivé ! » Rien ne colle. Il y a une ferme et une résidence touristique luxueuse. Pas de trace de menhir. 53 menhirs, cela devrait se voir ! Qui dit ferme, dit bergerie, et donc, chiens. Prudente je ne descends pas de voiture malgré les injonctions du GPS. Des menhirs, plutôt de gros blocs de granite, nous allons en voir dans le joli complexe résidentiel (agrotourisme, privé, entrée interdite mais désert en cette saison. Je cale le GPS en option piéton et me laisse guider. Avec insistance Madame GPS me conduit au point précédent devant la ferme. Deux énormes chiens blancs  aboient bruyamment.

Fin de partie !

Le Nuraghe Scalas est tout proche, 5 ou 6 km d’ici, mais sur une piste agricole (panneaux proposant du fromage). Enfin, le goudron ! petite route descendant à Costa Rei. « Vous êtes arrivés ! » nous sommes face à un maquis inextricable derrière un grillage. Pas une pierre visible. Je ne vois rien. Pas question d’entrer dans ces fourrés épineux. Pourtant au croisement de la petite route avec une autre il y a bien un panneau signalant le nuraghe.

Encore raté !

Troisième but de la matinée : Piscina Rei le GPS nous conduit dans un condominium d’où on se fait chasser. On voit l’étang derrière les grillages tout près. Impossible d’accéder.

Encore une fois : raté !

 

Puisque les tuyaux électroniques de Trip Advisor et de Google maps sont vraiment crevés, revenons aux canaux traditionnels : l’Office de Tourisme qui se trouve sur une placette en compagnie d’une chapelle moderne, d’un dispensaire et d’une agence bancaire. Tout est fermé. Officiellement pour cause de Covid 19. Seul le bankomat paraît fonctionner. On ne teste pas.

Puisque nous n’avons pas fait les visites, tentons la plage ! Le premier Beach Bar trouvé est charmant mais en travaux, des terrassiers creusent une tranchée. Les autres restaurants ne sont pas encore ouverts.

Dernière tentative, nous trouvons Piscina Rei par hasard, un petit étang avec des flamants roses, pas de quoi faire 20 km nous avons mieux à Salinas. Après une bonne baignade, nous rentrons à Dolce Luna et déjeunons sur la terrasse.  Un peu déçues d’avoir perdu la matinée.

Courses à Muravera où nous découvrons un nuraghe Nuraghe Murtas dans sa « zone archéologique »  à moins de 100 m de la route principale. Facile à trouver mais peu spectaculaire pour le profane. Nous découvrons une nouvelle plage à San Giovanni qui est le prolongement de la plage de Salinas. Sable fin, peu de monde, possibilité de se garer à l’ombre des arbres. On reviendra !

 

De Cagliari à Muravera en suivant le littoral

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Nous quittons le gîte situé dans un quartier excentré de Cagliari, part une rue déserte et un autopont. Nous sommes sorties de la ville sans la voir. Le GPS nous guide sur des voies rapides jusqu’aux Salines sans pouvoir s’arrêter. Les flamants roses sont bien là.

Les flamants roses dans les salines de Cagliari

A notre droite : la mer et la Plage du Poetto (rien à voir avec la poésie, mais avec un puits Pozzo). Une contre-allée double la voie rapide et permet de rejoindre les parkings. Une grosse piste cycliste et piétonne court le long de la plage et des établissements balnéaires. Une foule marche, court, pédale, tous âges confondus, lycéens en groupe, jeunes adultes en leggings et hauts moulants, retraitées en pantacourts des messieurs aussi. Chacun fait son sport matinal tandis que les restaurants de plage ouvrent et que sur le sable de nombreux parasols sont ouverts. Les établissements balnéaires n’ont pas encore déployé les ombrelloni ou étendu les lettini mais des cordelettes et piquets interdisent le passage sur le sable. Je marche dans l’eau, tiède. Certains se baignent. Personne ne nage. Des femmes marchent ou sautillent. La voiture est garée devant un bâtiment en ciment à étage avec de nombreuses portes : cabines de plage en quantité industrielle rappelant des cellules de prison.

Plage du Poetto

Direction Villasimius sur la route principale à travers Quartu Santa Elena. Les plages se succèdent. Pinèdes et condominiums qui barrent l’accès à la mer. Comme ils sont agaçants ces grillages et ces portails électroniques ! Lot de consolation : les murs de bougainvillées rose fuchsia ou violets, lauriers roses géants.

Is Morturius (quel nom !), un panneau signale un nuraghe. Demi-tour, retour en arrière, nouveau demi-tour. On ne le trouvera jamais.

On tournicote dans les petites rues pour trouver une plage pour me baigner. Je suis saisie par la diversité des sites : criques de sables, entassement des mates de posidonies (non ! ce ne sont pas des saletés mais les feuilles des prairies marines essentielles pour la biodiversité marine), calanques rocheuses minuscules.

Figuiers de barbarie

Avant Villasimius, nous avons quitté la route principale pour une route en corniche qui domine de très haut la mer turquoise. Les figuiers de barbarie sont fleuris, les grosses fleurs jaunes sur le bord des raquettes épineuses. De grosses graminées sèches se balancent. Un maquis touffu garnit la pente et de grosses boules de granite se détachent.  La mince pointe du Capo Carbonara barre le golfe. Les nombreux voiliers ont des voiles sombres. Nous arrivons vers midi à Villasimius nous ne trouvons pas l’Office de Tourisme qui a déménagé, la station balnéaire n’offre que peu de charme, des boutiques pour touristes bordent la rue principale.

La route littorale de Villasimius à Muravera

Pour trouver la route littorale SP 18, nous indiquons Sant Elmo au GPS (si on lui donne Muravera comme destination finale il nous renvoie sur la 4 voies SS125 var qui coupe par l’intérieur avec tunnels et ponts. La SP 18 est à moitié barrée, nous passons quand même. C’est une route spectaculaire jusqu’à Cala Sinzias. Le long de la route de Sant’Elmo à Costa Rei de nombreux lotissements, villages de vacances aux maisons jolies mais toutes pareilles et bien serrées, des campings et résidences se cachent dans la verdure. De curieux rochers granitiques forment des sommets pointus. Des fermes proposent à la vente du fromage et des œufs. A la sortie de Costa Rei, il faut encore ruser pour rester au bord de l’eau et se diriger vers le Capo Ferrato. Nous sommes en avance, nous prenons le temps d’emprunter tous les chemins qui mènent à une plage. Je trouve une merveilleuse plage de sable bien cachée avec une eau délicieusement transparente. Bêtement j’oublie de marquer le nom, nous la rechercherons plus tard et ne la retrouverons plus.

La route littorale se transforme en piste vers Capo Ferrato au pied du cap des marais, étangs et zones humides que nous passons sur de petits ponts étroits. Des vergers d’agrumes sont abrités par le cap. De hautes cannes des roseaux nous font une haute voûte. Nous avons l’impression de nous perdre dans cette luxuriance. Nous retrouvons la route goudronnée SP 125 avant San Priamo dont le clocher dépasse des maisons.

L’île des Âmes- Piergiorgio Pulixi

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Au départ pour Cagliari j’ai commencé ce roman policier qui est une excellente introduction à notre voyage. Deux policières sont chargées des « affaires classées », placardisées pour des motifs disciplinaires : Mara Raïs,mauvais caractère dérange par son franc parler, Eva Croce, milanaise, a dérapé lors d’une bavure. Mara fait découvrir à Eva Cagliari et accessoirement la langue sarde, bien différente de l’Italien. 

Je suis la Milanaise dans sa découverte : première surprise : les flamands roses qui sont bien au rendez-vous dans la lagune, puis nous faisons halte à la Plage du Poetto où Mara a donné rendez-vous à Eva. Elles vont rendre visite à Barrali dans sa maison de Quartu Sant’Elena où nous devons passer sur le chemin de Villasimius. C’est très amusant comme un jeu de piste. Au dîner nous cuisinerons les culurgionis raviolis sardes à la pomme de terre  à la menthe fraîche et pecorino sarde.

 Elles vont s’intéresser à une affaire vieille de plusieurs décennies : la première victime est retrouvée en 1975, une seconde dans des conditions similaires en 1986. L’inspecteur Barrali n’a jamais classé son enquête, persuadé que de nouveaux meurtres vont se dérouler. Très malade, il confie le dossier aux deux enquêtrices. En effet, une jeune fille disparaît dans des circonstances analogues. L’enquête prend une autre tournure….De cold case, le meurtre devient d’actualité brûlante mobilisant policiers, juges, journalistes et autorités. 

Comme l’intrigue est compliquée et haletante avec de nombreuses fausses pistes, je ne vais pas spoiler en vous la divulguant!

Vous allez découvrir des traditions anciennes, remontant à la Préhistoire au temps nuragiques (Âge de Bronze), des croyances anciennes qui ont perduré dans les campagnes reculées. La lectrice touriste  jubile de voir s’animer ces sites : nuraghes, montagnes mystérieuses sources magiques, menhirs…Toutes ces traditions ont été étudiées par Baralli qui a fait appel à un anthropologue spécialiste  et j’apprends avec avidité les rites préhistoriques. 

Un livre parfait pour commencer ces vacances en Sardaigne que vous lirez avec plaisir même si vous restez chez vous!

lire aussi la critique d’un blog ami : CLIC

Arrivée à Cagliari dans la nuit- voyage virtuel?

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Le vol Transavia a 30 minutes de retard.  Quand nous découvrons notre belle Lancia Ypsilon grise il fait complètement nuit;

Horreur ! Mon téléphone ne se connecte pas à Internet. Comme rejoindre l’hôtel Home Relax? Toutes les indications ont été envoyées sur WhatsApp. Je n’ai pas l’adresse, ni le code d’accès ni même  le téléphone de notre logeuse. Pas de GPS.  Nuit noire. A la sortie de l’aéroport, direction Cagliari nous fiant aux panneaux. La 4G ne revient toujours pas. On se dirige au hasard vers le Centre-ville : Piazza del Carmine, déserte à 21 heures. J’arrête deux voitures. Dans la première, 4 jeunes à casquette me rient au nez. Dans la seconde, une dame très gentille cherche « Piazza Eraclito » sur GoogleMaps et suggère de photographier l’écran de son téléphone.

Quand je manipule le smartphone un miracle se produit: les données mobiles reviennent.  Le GPS fonctionne. Je téléphone à la propriétaire très étonnée qu’on soit perdues. Enfin, tout s’enchaîne, la cassette des clés, le code de la cassette sur le message WhatsApp, j’ouvre le portail du condominium. Home Relax n’est pas du tout un hôtel mais un studio dans une résidence fermée par un grillage, immeuble de verre et d’acier où d’innombrables serrures protègent le propriétaire frileux. J’ouvre le parking de l’intérieur, puis la porte…Tout va bien sauf qu’on ne trouve pas les interrupteurs et qu’une alarme se déclenche. J’appelle encore la logeuse qui me dit que l’interrupteur de l’alarme se trouve dans la cuisine. La cuisine ? C’est un placard très bien camouflé.

23 heures, extinction des feux. Nous n’avons pas dîné. Cet épisode nous a achevées.

5heures 30, le soleil nous réveille. L’immeuble est au milieu de nulle part. D’autres tours comme la nôtre sont en cours de construction, certaines inachevées rouillent déjà.

Drôle de voyage :   nous n’avons pas rencontré notre hôtesse, tout s’est passé par téléphone : la location par Booking, les contacts sur WhatsApp, une boîte de clés ! Pour finir, je laisse les 2€ de la taxe de séjour, je photographie la table et ma pièce  sur WhatsApp…Sardaigne ou Metavers ?

L’Or Sarde – Giulio Angioni – Métailié

LIRE POUR LA SARDAGNE

Polar sans policier, tout juste un adjudant et un juge d’instruction peu efficaces. Un adolescent disparaît, enlèvement crapuleux? meurtre et viol d’un détraqué sexuel? Le suspect désigné, un musicien homosexuel se suicide en prison. Le Maire de Fraus mène son enquête avec ses adjoints, le secrétaire de mairie et le concierge du collège. Fraus est un village perdu dans l’intérieur, sa mine de talc a fermé, les goélands survolent une décharge, le patron du magasin d’électro-ménager se donne des airs de grandeurs, le neveu de ce dernier  a disparu. Fraus a aussi une inquiétante Maison de l’Ogre et une zone archéologique avec un nuraghe. 

La maison de l’Ogre, figurez-vous donc! Depuis des millénaires, on nous refile du toc, à nous à Fraus : des ogres, des diables, des trésors enterrés, des richesses minérales et maintenant des champignons en galerie. L’endroit a même le physique du rôle, pour ce nom de conte de fées. mais le plus remarquable ce n’est pas ce qu’on voit. Le ventre de l’Ogre a de longues viscères : des boyaux compliqués, dit-on qui arrivent à l’une et à l’autre mer, pour que les possesseurs des lieux puissent s’échapper ou se mettre en sûreté. Et les mystères des entrailles sont toujours gardés par de farouches cerbères. Avec l’or des âges fabuleux, la Mouche bouchère est enterrée dans des tonneaux de fer. La terrible Mouche Bouchère….[…]On prétend aussi à Fraus que sont ensevelis là-dedans  des jardins de corail, fleurs de sang, du sang des innocents offerts au Moloch, impavide et éternel….

Le Maire, le narrateur, est professeur de philosophie, spécialiste de Moore et de l’Utopie. Giulio Angioni, l’auteur, anthropologue, décrit tout un monde dans ce « trou-du-cul-du monde » avec son histoire , ses coutumes, ses croyances, ses animaux – ânes, chiens, abeilles  et même Mouche Bouchère. Il campe des personnages attachants. C’est un roman très riche malgré les 230  pages. Parfois un peu confus, cependant.

Sorcellerie ou mafia?

Jusqu’au bout, le lecteur hésite.

Dans quelques heures Transavia me portera en Sardaigne pour rêver de plus près.

Brigantessa – Giuseppe Catozzella

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

C’est un roman historique. Maria a vraiment existé et son histoire a même été racontée (en italien) par Alexandre Dumas. le roman a été documenté avec les pièces de son procès entre autres

Tribunal militaire de Catanzaro 16 février 1864 :

« Nous faisons savoir qu’elle s’est présentée ici, vêtue comme un homme d’un gilet en drap de couleur, d’une veste et d’un pantalon en drap noir, la tête enveloppée dans un foulard. » « Je m’appelle Maria Oliverio, née Biaggio, âgée de vingt-deux ans. Née et domiciliée à Casole, Cosenza, sans enfant, épouse de Pietro Monaco. Tisserande, catholique, illettrée. »

L’auteur raconte l’histoire de Maria,  née dans une famille de 6 enfants en Calabre, fille d’un ouvrier agricole et d’une tisserande. Elève brillante (et non pas illettrée) elle a été distinguée par son institutrice qui veut l’envoyer au lycée. Sa grande sœur Teresa a été donnée à l’adoption  dans une famille noble de Naples et Maria est promise au même sort. A la suite d’émeutes à Naples, alors que Ferdinand II avait refusé de signer la Constitution, les parents adoptifs tombent sous les balles. Teresa revient au village et Maria doit laisser sa place pour vivre chez sa tante dans la campagne. Cette dernière est la femme du brigand « Tremble-Terre » qui a pris le maquis, 

charbonniers des montagnes qui s’étaient battus aux côtés des Bourbons contre l’occupation des Français de
Murat, ce qui leur avait valu un respect unanime. Mais après leur victoire, le roi Bourbon n’avait pas tenu la
promesse par laquelle il s’était acquis leur alliance, à savoir l’abolition de la servitude des grands domaines.

la tradition du brigandisme est déjà bien établie autour d’elle!

Maria n’a même pas le droit de se présenter à l’examen, elle n’ira pas au lycée et tissera la soie, comme sa mère. Son amoureux, Pietro est un charbonnier qui sera appelé sous les drapeaux  en 1855 dans les troupes bourboniennes alors que le Royaume des Deux-Siciles est près de s’effondrer. A Naples,  il fréquente des révolutionnaires puis rejoint Garibaldi.  et rêve :

« Chaque journalier possédera les terres qu’il a cultivées toute sa vie, promettait-il. les impôts sur la farine t le sel seront abolis. « Nous pourrons utiliser les terres collectivement. Nous serons libres, Mari »

Les aventures de Garibaldi, l’expédition des Mille suscitent des espoirs fous chez les paysans pauvres de Calabre.

Giuseppe Garibaldi : ce chef de guerre, qui s’était battu contre le monde entier, disait à ceux qui avaient le courage de le suivre : « Je vous offre la faim, la soif, des marches forcées, des batailles et la mort. »
Pour Pietro et ses amis, la révolution – « révolution »

Quand Garibaldi triomphe à Naples Pietro fait venir Maria qui assiste à des journées historiques.

Pour unifier l’Italie Garibaldi s’était appuyé sur les journaliers à qui il avait fait des promesses qui ne seront pas tenues. Les forces libérales opposées aux nobles bourbonniens soutiennent le nouveau pouvoir italien de Victor-Emmanuel et abandonnent les révolutionnaires :

Comme tout le monde, j’assistais à la naissance d’un peuple de chouettes, et ce peuple serait le peuple italien.
À l’image de ces oiseaux de nuit, nous apprenions l’art du camouflage, nous apprenions pour survivre l’art de frapper dans le dos, de surprendre nos proies dans l’ombre, de voler aux autres un infime avantage. Nous étions des profiteurs et des parjures, nous niions l’évidence. Pour les rapaces que nous étions, rien, pas même Dieu, n’était digne d’un serment ; du reste, le pape laissait les Italiens s’entretuer en utilisant la croix et les autels à ses propres fins. Que vaut le Seigneur sans la terre où exercer sa seigneurie ?

La mue de la chouette, passée des Bourbons aux Savoie, s’accomplissait ainsi. Il ne restait plus maintenant qu’à
monter une dernière mise en scène..

Chacun sait que la chouette est capable de rotation de la tête, et que c’est un rapace! Il ne reste plus qu’aux paysans, journaliers, charbonniers de prendre le maquis, de devenir brigands et de faire la guerre aux riches, brûler les domaines, faire des enlèvements et rançonner les possédants.

Voilà donc l’alternative qui s’imposait aux Italiens, pensais-je : se conduire soit en flagorneurs, prédateurs,
buses et chouettes ; soit en voleurs, criminels, brigands, bouquetins. « Vive l’Italie ! ai-je dit. Le pays où tout le
monde est en guerre contre tout le monde. Si c’est ça, la justice, je préfère mon père à la justice. »

Pietro est à nouveau appelé dans l’armée de Victor-Emmanuel mais préfère rejoindre les bandits dans la forêt. Il est rejoint par Maria (c’est une histoire compliquée mais je préfère ne pas raconter toute l’histoire, à vous de la lire.

La vie dans la forêt des brigands est très bien racontée, Maria (qu’on a surnommée Ciccilla ) dès l’enfance avec sa tante connait les secrets de la montagne, elle sait survivre en mangeant des feuilles, se faire un lit d’aiguilles de pin, chasser avec une fronde et même apprivoise une louve. Elle éprouve une vive affection pour un mélèze, sait surprendre un cerf…ce sont de très belles pages.

l’armée régulière de Victor-Emmanuel et ses bersagliers donne la chasse aux bandits, Maria est capturée, jugée et même condamnée.

Pendant que Sirtori s’exprimait, un journaliste s’est insurgé contre la peine de mort, la qualifiant dans un cri de barbarie, mentionnant un écrivain français, Victor Hugo, qui se bat pour son abolition, et Alexandre Dumas qui soutient la même cause ici, en Italie. Ce Dumas même qui nous a transformés en bêtes assoiffées de sang. Mais il a raison sur ce point. Quand un État commence à couper des têtes, il ne vaut pas mieux qu’un bersaglier. Ou qu’un brigand.

Je ne vous raconterai pas la fin. J’ai beaucoup aimé ce roman très riche qui m’a beaucoup appris sur l’histoire de l’Italie.

Maria est aussi une personnalité très intéressante qui se s’est pas laissé dominer par son mari et qui décrit avec finesse la condition des femmes livrées à des hommes violents. L’amour n’est pas un fleuve tranquille même dans la forêt, c’est plutôt une autre lutte/

Whistler (collection Frick) au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 8 mai 2022

Venise : Le Cimetière

A al suite de la fermeture pour travaux du musée newyorkais, une partie de la collection Frick est exposée au Musée d’Orsay : 22 oeuvres, 4 peintures, 3 pastels, des eaux-fortes avec des œuvres des collections du Musée d’Orsay.

Canal vénitien

Né en 1834 dans le Massachussetts, Whistler étudia dès 1855 à Paris dans l’atelier de Gleyre ; il se lie à courbet, Fantin-Latour. En 1870, il s’installe à Londres qu’il quittera après le procès qui l’opposa à Ruskin. Ruiné il retourne à Paris, il voyage à Venise d’où il rapporte eaux fortes et pastels.

L’exposition montre également de grands portraits.

*Variations en violet et vert

Deux tableaux mettent l’accent sur les variations colorées, on devine une influence japonisante.

Symphonie en gris et vert

J’avais déjà vu les variations en violet et vert à Giverny à l’occasion de l’exposition des peintres américains.

Découverte de ce peintre au Petit Palais dans l’exposition des impressionnistes  à Londres.

Les dessins de Venise ont été une excellente surprise. C’est une exposition n’occupant qu’une seule salle, occasion d’admirer les autres richesses du Musée d’Orsay.