De Cagliari à Muravera en suivant le littoral

CARNET SARDE

Nous quittons le gîte situé dans un quartier excentré de Cagliari, part une rue déserte et un autopont. Nous sommes sorties de la ville sans la voir. Le GPS nous guide sur des voies rapides jusqu’aux Salines sans pouvoir s’arrêter. Les flamants roses sont bien là.

Les flamants roses dans les salines de Cagliari

A notre droite : la mer et la Plage du Poetto (rien à voir avec la poésie, mais avec un puits Pozzo). Une contre-allée double la voie rapide et permet de rejoindre les parkings. Une grosse piste cycliste et piétonne court le long de la plage et des établissements balnéaires. Une foule marche, court, pédale, tous âges confondus, lycéens en groupe, jeunes adultes en leggings et hauts moulants, retraitées en pantacourts des messieurs aussi. Chacun fait son sport matinal tandis que les restaurants de plage ouvrent et que sur le sable de nombreux parasols sont ouverts. Les établissements balnéaires n’ont pas encore déployé les ombrelloni ou étendu les lettini mais des cordelettes et piquets interdisent le passage sur le sable. Je marche dans l’eau, tiède. Certains se baignent. Personne ne nage. Des femmes marchent ou sautillent. La voiture est garée devant un bâtiment en ciment à étage avec de nombreuses portes : cabines de plage en quantité industrielle rappelant des cellules de prison.

Plage du Poetto

Direction Villasimius sur la route principale à travers Quartu Santa Elena. Les plages se succèdent. Pinèdes et condominiums qui barrent l’accès à la mer. Comme ils sont agaçants ces grillages et ces portails électroniques ! Lot de consolation : les murs de bougainvillées rose fuchsia ou violets, lauriers roses géants.

Is Morturius (quel nom !), un panneau signale un nuraghe. Demi-tour, retour en arrière, nouveau demi-tour. On ne le trouvera jamais.

On tournicote dans les petites rues pour trouver une plage pour me baigner. Je suis saisie par la diversité des sites : criques de sables, entassement des mates de posidonies (non ! ce ne sont pas des saletés mais les feuilles des prairies marines essentielles pour la biodiversité marine), calanques rocheuses minuscules.

Figuiers de barbarie

Avant Villasimius, nous avons quitté la route principale pour une route en corniche qui domine de très haut la mer turquoise. Les figuiers de barbarie sont fleuris, les grosses fleurs jaunes sur le bord des raquettes épineuses. De grosses graminées sèches se balancent. Un maquis touffu garnit la pente et de grosses boules de granite se détachent.  La mince pointe du Capo Carbonara barre le golfe. Les nombreux voiliers ont des voiles sombres. Nous arrivons vers midi à Villasimius nous ne trouvons pas l’Office de Tourisme qui a déménagé, la station balnéaire n’offre que peu de charme, des boutiques pour touristes bordent la rue principale.

La route littorale de Villasimius à Muravera

Pour trouver la route littorale SP 18, nous indiquons Sant Elmo au GPS (si on lui donne Muravera comme destination finale il nous renvoie sur la 4 voies SS125 var qui coupe par l’intérieur avec tunnels et ponts. La SP 18 est à moitié barrée, nous passons quand même. C’est une route spectaculaire jusqu’à Cala Sinzias. Le long de la route de Sant’Elmo à Costa Rei de nombreux lotissements, villages de vacances aux maisons jolies mais toutes pareilles et bien serrées, des campings et résidences se cachent dans la verdure. De curieux rochers granitiques forment des sommets pointus. Des fermes proposent à la vente du fromage et des œufs. A la sortie de Costa Rei, il faut encore ruser pour rester au bord de l’eau et se diriger vers le Capo Ferrato. Nous sommes en avance, nous prenons le temps d’emprunter tous les chemins qui mènent à une plage. Je trouve une merveilleuse plage de sable bien cachée avec une eau délicieusement transparente. Bêtement j’oublie de marquer le nom, nous la rechercherons plus tard et ne la retrouverons plus.

La route littorale se transforme en piste vers Capo Ferrato au pied du cap des marais, étangs et zones humides que nous passons sur de petits ponts étroits. Des vergers d’agrumes sont abrités par le cap. De hautes cannes des roseaux nous font une haute voûte. Nous avons l’impression de nous perdre dans cette luxuriance. Nous retrouvons la route goudronnée SP 125 avant San Priamo dont le clocher dépasse des maisons.

L’île des Âmes- Piergiorgio Pulixi

CARNET SARDE

Au départ pour Cagliari j’ai commencé ce roman policier qui est une excellente introduction à notre voyage. Deux policières sont chargées des « affaires classées », placardisées pour des motifs disciplinaires : Mara Raïs,mauvais caractère dérange par son franc parler, Eva Croce, milanaise, a dérapé lors d’une bavure. Mara fait découvrir à Eva Cagliari et accessoirement la langue sarde, bien différente de l’Italien. 

Je suis la Milanaise dans sa découverte : première surprise : les flamands roses qui sont bien au rendez-vous dans la lagune, puis nous faisons halte à la Plage du Poetto où Mara a donné rendez-vous à Eva. Elles vont rendre visite à Barrali dans sa maison de Quartu Sant’Elena où nous devons passer sur le chemin de Villasimius. C’est très amusant comme un jeu de piste. Au dîner nous cuisinerons les culurgionis raviolis sardes à la pomme de terre  à la menthe fraîche et pecorino sarde.

 Elles vont s’intéresser à une affaire vieille de plusieurs décennies : la première victime est retrouvée en 1975, une seconde dans des conditions similaires en 1986. L’inspecteur Barrali n’a jamais classé son enquête, persuadé que de nouveaux meurtres vont se dérouler. Très malade, il confie le dossier aux deux enquêtrices. En effet, une jeune fille disparaît dans des circonstances analogues. L’enquête prend une autre tournure….De cold case, le meurtre devient d’actualité brûlante mobilisant policiers, juges, journalistes et autorités. 

Comme l’intrigue est compliquée et haletante avec de nombreuses fausses pistes, je ne vais pas spoiler en vous la divulguant!

Vous allez découvrir des traditions anciennes, remontant à la Préhistoire au temps nuragiques (Âge de Bronze), des croyances anciennes qui ont perduré dans les campagnes reculées. La lectrice touriste  jubile de voir s’animer ces sites : nuraghes, montagnes mystérieuses sources magiques, menhirs…Toutes ces traditions ont été étudiées par Baralli qui a fait appel à un anthropologue spécialiste  et j’apprends avec avidité les rites préhistoriques. 

Un livre parfait pour commencer ces vacances en Sardaigne que vous lirez avec plaisir même si vous restez chez vous!

lire aussi la critique d’un blog ami : CLIC

Arrivée à Cagliari dans la nuit- voyage virtuel?

CARNET SARDE 

Le vol Transavia a 30 minutes de retard.  Quand nous découvrons notre belle Lancia Ypsilon grise il fait complètement nuit;

Horreur ! Mon téléphone ne se connecte pas à Internet. Comme rejoindre l’hôtel Home Relax? Toutes les indications ont été envoyées sur WhatsApp. Je n’ai pas l’adresse, ni le code d’accès ni même  le téléphone de notre logeuse. Pas de GPS.  Nuit noire. A la sortie de l’aéroport, direction Cagliari nous fiant aux panneaux. La 4G ne revient toujours pas. On se dirige au hasard vers le Centre-ville : Piazza del Carmine, déserte à 21 heures. J’arrête deux voitures. Dans la première, 4 jeunes à casquette me rient au nez. Dans la seconde, une dame très gentille cherche « Piazza Eraclito » sur GoogleMaps et suggère de photographier l’écran de son téléphone.

Quand je manipule le smartphone un miracle se produit: les données mobiles reviennent.  Le GPS fonctionne. Je téléphone à la propriétaire très étonnée qu’on soit perdues. Enfin, tout s’enchaîne, la cassette des clés, le code de la cassette sur le message WhatsApp, j’ouvre le portail du condominium. Home Relax n’est pas du tout un hôtel mais un studio dans une résidence fermée par un grillage, immeuble de verre et d’acier où d’innombrables serrures protègent le propriétaire frileux. J’ouvre le parking de l’intérieur, puis la porte…Tout va bien sauf qu’on ne trouve pas les interrupteurs et qu’une alarme se déclenche. J’appelle encore la logeuse qui me dit que l’interrupteur de l’alarme se trouve dans la cuisine. La cuisine ? C’est un placard très bien camouflé.

23 heures, extinction des feux. Nous n’avons pas dîné. Cet épisode nous a achevées.

5heures 30, le soleil nous réveille. L’immeuble est au milieu de nulle part. D’autres tours comme la nôtre sont en cours de construction, certaines inachevées rouillent déjà.

Drôle de voyage :   nous n’avons pas rencontré notre hôtesse, tout s’est passé par téléphone : la location par Booking, les contacts sur WhatsApp, une boîte de clés ! Pour finir, je laisse les 2€ de la taxe de séjour, je photographie la table et ma pièce  sur WhatsApp…Sardaigne ou Metavers ?

L’Or Sarde – Giulio Angioni – Métailié

LIRE POUR LA SARDAGNE

Polar sans policier, tout juste un adjudant et un juge d’instruction peu efficaces. Un adolescent disparaît, enlèvement crapuleux? meurtre et viol d’un détraqué sexuel? Le suspect désigné, un musicien homosexuel se suicide en prison. Le Maire de Fraus mène son enquête avec ses adjoints, le secrétaire de mairie et le concierge du collège. Fraus est un village perdu dans l’intérieur, sa mine de talc a fermé, les goélands survolent une décharge, le patron du magasin d’électro-ménager se donne des airs de grandeurs, le neveu de ce dernier  a disparu. Fraus a aussi une inquiétante Maison de l’Ogre et une zone archéologique avec un nuraghe. 

La maison de l’Ogre, figurez-vous donc! Depuis des millénaires, on nous refile du toc, à nous à Fraus : des ogres, des diables, des trésors enterrés, des richesses minérales et maintenant des champignons en galerie. L’endroit a même le physique du rôle, pour ce nom de conte de fées. mais le plus remarquable ce n’est pas ce qu’on voit. Le ventre de l’Ogre a de longues viscères : des boyaux compliqués, dit-on qui arrivent à l’une et à l’autre mer, pour que les possesseurs des lieux puissent s’échapper ou se mettre en sûreté. Et les mystères des entrailles sont toujours gardés par de farouches cerbères. Avec l’or des âges fabuleux, la Mouche bouchère est enterrée dans des tonneaux de fer. La terrible Mouche Bouchère….[…]On prétend aussi à Fraus que sont ensevelis là-dedans  des jardins de corail, fleurs de sang, du sang des innocents offerts au Moloch, impavide et éternel….

Le Maire, le narrateur, est professeur de philosophie, spécialiste de Moore et de l’Utopie. Giulio Angioni, l’auteur, anthropologue, décrit tout un monde dans ce « trou-du-cul-du monde » avec son histoire , ses coutumes, ses croyances, ses animaux – ânes, chiens, abeilles  et même Mouche Bouchère. Il campe des personnages attachants. C’est un roman très riche malgré les 230  pages. Parfois un peu confus, cependant.

Sorcellerie ou mafia?

Jusqu’au bout, le lecteur hésite.

Dans quelques heures Transavia me portera en Sardaigne pour rêver de plus près.

Brigantessa – Giuseppe Catozzella

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

C’est un roman historique. Maria a vraiment existé et son histoire a même été racontée (en italien) par Alexandre Dumas. le roman a été documenté avec les pièces de son procès entre autres

Tribunal militaire de Catanzaro 16 février 1864 :

« Nous faisons savoir qu’elle s’est présentée ici, vêtue comme un homme d’un gilet en drap de couleur, d’une veste et d’un pantalon en drap noir, la tête enveloppée dans un foulard. » « Je m’appelle Maria Oliverio, née Biaggio, âgée de vingt-deux ans. Née et domiciliée à Casole, Cosenza, sans enfant, épouse de Pietro Monaco. Tisserande, catholique, illettrée. »

L’auteur raconte l’histoire de Maria,  née dans une famille de 6 enfants en Calabre, fille d’un ouvrier agricole et d’une tisserande. Elève brillante (et non pas illettrée) elle a été distinguée par son institutrice qui veut l’envoyer au lycée. Sa grande sœur Teresa a été donnée à l’adoption  dans une famille noble de Naples et Maria est promise au même sort. A la suite d’émeutes à Naples, alors que Ferdinand II avait refusé de signer la Constitution, les parents adoptifs tombent sous les balles. Teresa revient au village et Maria doit laisser sa place pour vivre chez sa tante dans la campagne. Cette dernière est la femme du brigand « Tremble-Terre » qui a pris le maquis, 

charbonniers des montagnes qui s’étaient battus aux côtés des Bourbons contre l’occupation des Français de
Murat, ce qui leur avait valu un respect unanime. Mais après leur victoire, le roi Bourbon n’avait pas tenu la
promesse par laquelle il s’était acquis leur alliance, à savoir l’abolition de la servitude des grands domaines.

la tradition du brigandisme est déjà bien établie autour d’elle!

Maria n’a même pas le droit de se présenter à l’examen, elle n’ira pas au lycée et tissera la soie, comme sa mère. Son amoureux, Pietro est un charbonnier qui sera appelé sous les drapeaux  en 1855 dans les troupes bourboniennes alors que le Royaume des Deux-Siciles est près de s’effondrer. A Naples,  il fréquente des révolutionnaires puis rejoint Garibaldi.  et rêve :

« Chaque journalier possédera les terres qu’il a cultivées toute sa vie, promettait-il. les impôts sur la farine t le sel seront abolis. « Nous pourrons utiliser les terres collectivement. Nous serons libres, Mari »

Les aventures de Garibaldi, l’expédition des Mille suscitent des espoirs fous chez les paysans pauvres de Calabre.

Giuseppe Garibaldi : ce chef de guerre, qui s’était battu contre le monde entier, disait à ceux qui avaient le courage de le suivre : « Je vous offre la faim, la soif, des marches forcées, des batailles et la mort. »
Pour Pietro et ses amis, la révolution – « révolution »

Quand Garibaldi triomphe à Naples Pietro fait venir Maria qui assiste à des journées historiques.

Pour unifier l’Italie Garibaldi s’était appuyé sur les journaliers à qui il avait fait des promesses qui ne seront pas tenues. Les forces libérales opposées aux nobles bourbonniens soutiennent le nouveau pouvoir italien de Victor-Emmanuel et abandonnent les révolutionnaires :

Comme tout le monde, j’assistais à la naissance d’un peuple de chouettes, et ce peuple serait le peuple italien.
À l’image de ces oiseaux de nuit, nous apprenions l’art du camouflage, nous apprenions pour survivre l’art de frapper dans le dos, de surprendre nos proies dans l’ombre, de voler aux autres un infime avantage. Nous étions des profiteurs et des parjures, nous niions l’évidence. Pour les rapaces que nous étions, rien, pas même Dieu, n’était digne d’un serment ; du reste, le pape laissait les Italiens s’entretuer en utilisant la croix et les autels à ses propres fins. Que vaut le Seigneur sans la terre où exercer sa seigneurie ?

La mue de la chouette, passée des Bourbons aux Savoie, s’accomplissait ainsi. Il ne restait plus maintenant qu’à
monter une dernière mise en scène..

Chacun sait que la chouette est capable de rotation de la tête, et que c’est un rapace! Il ne reste plus qu’aux paysans, journaliers, charbonniers de prendre le maquis, de devenir brigands et de faire la guerre aux riches, brûler les domaines, faire des enlèvements et rançonner les possédants.

Voilà donc l’alternative qui s’imposait aux Italiens, pensais-je : se conduire soit en flagorneurs, prédateurs,
buses et chouettes ; soit en voleurs, criminels, brigands, bouquetins. « Vive l’Italie ! ai-je dit. Le pays où tout le
monde est en guerre contre tout le monde. Si c’est ça, la justice, je préfère mon père à la justice. »

Pietro est à nouveau appelé dans l’armée de Victor-Emmanuel mais préfère rejoindre les bandits dans la forêt. Il est rejoint par Maria (c’est une histoire compliquée mais je préfère ne pas raconter toute l’histoire, à vous de la lire.

La vie dans la forêt des brigands est très bien racontée, Maria (qu’on a surnommée Ciccilla ) dès l’enfance avec sa tante connait les secrets de la montagne, elle sait survivre en mangeant des feuilles, se faire un lit d’aiguilles de pin, chasser avec une fronde et même apprivoise une louve. Elle éprouve une vive affection pour un mélèze, sait surprendre un cerf…ce sont de très belles pages.

l’armée régulière de Victor-Emmanuel et ses bersagliers donne la chasse aux bandits, Maria est capturée, jugée et même condamnée.

Pendant que Sirtori s’exprimait, un journaliste s’est insurgé contre la peine de mort, la qualifiant dans un cri de barbarie, mentionnant un écrivain français, Victor Hugo, qui se bat pour son abolition, et Alexandre Dumas qui soutient la même cause ici, en Italie. Ce Dumas même qui nous a transformés en bêtes assoiffées de sang. Mais il a raison sur ce point. Quand un État commence à couper des têtes, il ne vaut pas mieux qu’un bersaglier. Ou qu’un brigand.

Je ne vous raconterai pas la fin. J’ai beaucoup aimé ce roman très riche qui m’a beaucoup appris sur l’histoire de l’Italie.

Maria est aussi une personnalité très intéressante qui se s’est pas laissé dominer par son mari et qui décrit avec finesse la condition des femmes livrées à des hommes violents. L’amour n’est pas un fleuve tranquille même dans la forêt, c’est plutôt une autre lutte/

Whistler (collection Frick) au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 8 mai 2022

Venise : Le Cimetière

A al suite de la fermeture pour travaux du musée newyorkais, une partie de la collection Frick est exposée au Musée d’Orsay : 22 oeuvres, 4 peintures, 3 pastels, des eaux-fortes avec des œuvres des collections du Musée d’Orsay.

Canal vénitien

Né en 1834 dans le Massachussetts, Whistler étudia dès 1855 à Paris dans l’atelier de Gleyre ; il se lie à courbet, Fantin-Latour. En 1870, il s’installe à Londres qu’il quittera après le procès qui l’opposa à Ruskin. Ruiné il retourne à Paris, il voyage à Venise d’où il rapporte eaux fortes et pastels.

L’exposition montre également de grands portraits.

*Variations en violet et vert

Deux tableaux mettent l’accent sur les variations colorées, on devine une influence japonisante.

Symphonie en gris et vert

J’avais déjà vu les variations en violet et vert à Giverny à l’occasion de l’exposition des peintres américains.

Découverte de ce peintre au Petit Palais dans l’exposition des impressionnistes  à Londres.

Les dessins de Venise ont été une excellente surprise. C’est une exposition n’occupant qu’une seule salle, occasion d’admirer les autres richesses du Musée d’Orsay.

La légende des montagnes qui naviguent (2) Les Apennins- Paolo Rumiz

LIRE POUR L’ITALIE

la deuxième partie de La Légende des montagnes qui naviguent se déroule dans les Apennins de Savone au Capo Sud, à l’extrême sud de la Calabre.

En prologue : 

Entre Florence et le bassin du Mugello, j’ai traversé dix-huit kilomètres au milieu d’une angoissante succession de plaques verticales de roche fracturée, de lames dégoulinantes d’eau qui m’enserraient[…] je voyageais dans une éponge. Les Apennins étaient un fond marin criblé de fissures.

….saignée qui, en quelques années à peine, avait volé aux Apennins cent vingt millions de mètres cubes d’eau, soit
cinquante litres à la seconde. On m’a parlé de caporalato1, de pots-de-vin, de main-d’œuvre tuée au travail. 

Le tunnel de la ligne Bologne-Florence m’apparaissait de plus en plus comme une allégorie dantesque.

En contrepoint, il va chercher à suivre la  colonne vertébrale de l’Italie en suivant sa crête, il part

avec des règles de fer. Pas de grande ville. Pas de plaine. Pas de guides rouges, verts ou bleus en direction des monuments.

Et pour moyen de transport une Topolino 1953 bleue, une voiture de collection, qui suscite curiosité et sympathie partout où il va passer. Ce roadtrip est presque une histoire d’amour entre lui et sa voiture qui va imprimer son rythme particulier, et ses limites (elle prend l’eau). Il sera beaucoup question de pannes, de réparations qui imposeront des étapes imprévues et des rencontres. 

Les rencontres sont inattendues comme celle de la baleine des Apennins, fossile bien sûr mais inspirante. Autres mastodontes  : les éléphants d’Hannibal . Hannibal sera un personnage récurrent au cours de  cette expédition ainsi que Frédéric II. Cette montagne que les humains désertent est une sorte de bout du monde 

« C’est un endroit où ne viennent que les bêtes sauvages. Les montagnes sont pleines de hérissons, de vipères, de renards et de buses »

C’est aussi le domaine du loup, et celui des bergers et des agneaux.

Si les montagnes sont désertées, les auberges sont chaleureuses

« Mon cher ami, ton voyage t’ouvrira la porte d’un monde oublié et méconnu. Tu trouveras l’âme d’un pays malheureux, aimé de tous, sauf des Italiens. »

On y joue de la musique : on y apprend que la cornemuse en serait originaire. Les souvenirs historiques racontent la dernière guerre, les partisans, les Américains mais aussi un passé plus ancien des guerres napoléoniennes

 On l’appelle Camp dei Rus, le champ des Russes. C’est à cause des cosaques. Ils ont commis de telles atrocités parmi les villageois, après avoir défait les armées de Napoléon en 1799, que les gens se sont mis à les zigouiller dès qu’ils étaient
ivres.

les années 1950, on a vu arriver les charrues motorisées, la terre a été retournée jusqu’à ses profondeurs,
régurgitant des sabres, des baïonnettes et des boutons frappés d’étranges lettres en écriture cyrillique, et ce n’est
qu’alors que la mémoire a repris corps.

L’Antiquité a laissé des noms puniques :

« écriteau qui indique le village de Zerba, puis devant une plaque portant le nom Tàrtago. Les noms comportent toujours un secret et mon incomparable navigateur en détient, de toute évidence, la clef : « Il paraît que ces deux noms veulent dire respectivement Djerba et Carthage. À cause des Carthaginois qui se seraient cachés ici, après la deuxième guerre punique. »

il importe que, après vingt-deux siècles, la vallée revendique encore maintenant de fabuleux antécédents puniques. »

Il traverse aussi des villages remaniés par Mussolini où le souvenir du Duce est encore honoré avec boutiques de gadgets fascistes. L’auteur note avec humour 

« Il nous suffit de savoir que, par un perfide retour des choses Mussolini repose dans la via Giacomo Matteotti; locataire de sa propre victime »

Dans les Marches, il passe par les monts Sybillins, quel beau nom, qui évoque la Sibylle, les mystères, les forces cosmiques des orages, les ermitages et les couvents, Camaldules et Padre Pio… on approche du Gargano. 

Le Monte Sibilla n’était que le commencement. Je m’aventurais ensuite dans un territoire, au sud-est, où l’invisible prenait l’ascendant. Après les baleines volantes et les éléphants d’Hannibal rencontrés en Padanie, c’étaient maintenant des cavernes et des eaux souterraines qui se manifestaient.

Nous voici revenus aux eaux souterraines, comme au début de l’aventure, à ces eaux que le tunnel du TGV a volée, à l’eau qui manque…à l’exode rural. parce que la désertification des Apennins est aussi le thème principal.

L’Italie est tellement obnubilée par les clandestins, tellement braquée sur les extra-communautaires, qu’elle ne s’aperçoit pas que l’émigration interne s’est remise en marche. Dans les grandes largeurs

J’ai pris 13 pages de notes tant j’ai été enchantée de cette lecture. Incapable maintenant de tout restituer.

Vers la fin, quand il traverse la Basilicate et la Calabre j’espère croiser des routes que nous avons parcourues en juin 2019. En vain. En revanche il détecte ce que nous n’avions pas pu voir ni entendre : l’ombre de la n’drangheta et les rapports sociaux 

« En Italie, une voiture sert à faire savoir combien d’argent on a. Dans le Sud, elle sert en plus à autre chose : à indiquer son contrôle du territoire. Celui qui se gare de travers en occupant la moitié de la chaussée laisse entendre que quelque chose (ou quelqu’un) lui permet de le faire. »

Un beau livre à ranger à côté de ceux de Fermor, de Chatwyn, Durrelln  de Lacarrière, et de son compatriote triestin Magris.

La légende des montagnes qui naviguent (1) Alpes- Paolo Rumiz (2007)- Arthaud

LITTERATURE ITALIENNE

« Depuis la terrasse, nous voyons un fleuve de nuages bas qui se répand depuis le lac de Côme, une masse liquide et lente, qui se heurte contre les parois rocheuses, engendre un ressac, des brisants, des marées, des vagues anormales, comme des doigts crochus qui se forment et se dissipent sans interruption dans les dernières lueurs du jour. Un bref instant, les montagnes ont recommencé à naviguer ».

Paolo Rumiz est un écrivain-voyageur, un journaliste de La Repubblica natif de Trieste (1947) . Il a également écrit L’Ombre d’Hannibal et Aux frontières de l’Europe que j’ai beaucoup aimés et qui sont des récits de voyage. 

La Légende des montagnes qui naviguent raconte l’exploration des Alpes le plus souvent à vélo sur huit itinéraires de la Dalmatie à Nice en passant par l’Autriche et la Suisse. L’auteur en huit étapes descendra la botte italienne sur les Appenins à bord d’une Topolino bleue. 

L’écrivain triestin commence son périple aux portes de Trieste dans les montagnes de Dalmatie.

Incipit :

Si par une soirée d’été en Dalmatie, on entend un chant de montagnard sortir d’un voilier à l’ancre, il n’y a pas de
doute : c’est un bateau triestin.

[…]
Qu’était la Dalmatie, sinon un système de vallées remplies d’eau salée, de prairies d’algues, de bancs de
poissons gras et d’épaves ? »

Entre Slovénie et Croatie, il connaît les toponymes en italien, les frontières fluctuantes, auberges habsbourgeoises, kiosques post-communistes. Son voyage est imprégné d’un passé que j’ignore, je me suis perdue dans les cols et les lacs et les souvenirs de guerre. Quelle est cette armée perdue en 1915? L’effondrement plus récent de la Yougoslavie ne facilite en rien le repérage. 

En revanche toutes les histoires d’ours me plaisent, surtout quand les ours nagent jusqu’aux îles ou quand ils volent le miel.

C’est un voyage à vélo ou à pied, loin des destinations touristiques à la rencontre des autochtones. Interrogation sur les identités après le démantèlement de la Yougoslavie et l’adhésion de la Slovénie à l’Europe :

« C’est, en outre, le syndrome de Lilliput, l’envie de se refermer sur soi-même, de chercher parmi les os des ancêtres, afin de diviser le monde entre les autochtones et les autres. Beaucoup se demandent si l’Europe unie vaut vraiment la peine »

Il passe alors en Autriche par  « la tanière de Jörg Haider, gouverneur de Carinthie et croquemitaine du populisme alpin » qu’il va rencontrer. En ce début du XXIème siècle, il s’attarde sur cette montée de la démagogie et de la xénophobie, non seulement en Autriche mais aussi en Italie. Ce thème sera récurrent dans l’ouvrage.

Il décrit la vie des alpages, équilibre séculaire mis en danger par les aménagements hydrauliques et raconte la catastrophe du barrage Vajont (1963), dans les montagnes qui naviguent il sera beaucoup question d’eau! je découvre une montagne insolite , milieu fragile et menacé qui se referme sur lui-même.

C’est aussi l’occasion de très belles rencontres : avec l’écrivain Mario Rigoni Stern, des alpinistes ou Mauro Corona, alpiniste et sculpteur qui lui offre un couteau. Histoire d’alpinistes. Histoire de bois, de luthiers..

Hommes des bois, charpentiers de marine, manieurs d’archet, luthiers, c’est du pareil au même. Le bois chante toujours.

puis il y a le secret de cet art entièrement originaire de la plaine du Pô – l’art des luthiers – concentré entre
Venise, Brescia et Crémone, dans une caisse de résonance embrumée où confluèrent les techniques de trois
grandes écoles : Espagne, Angleterre et monde arabe.

Brunello ouvre l’étui, enfonce la virole de l’instrument dans la zone la plus oble de l’arbre abattu[…] il joue une gavotte[…]Voilà, ici, ici c’est parfait ! » Le luthier écoute les vibrations du bois vivant, avec la main entre son oreille et l’écorce.

Je pense au film sorti récemment  La Symphonie des arbres de Hans Lukas Hansen où un luthier de Crémone était à la recherche de l’arbre idéal pour construire un Stradivarius parfait dans les forêts bosniennes. 

Histoires de trains, de trains italiens parfois négligés, de trains autrichiens, et surtout d’un train modèle suisse. Histoires de tunnels ferroviaires suisses et aussi de tunnels qu’on aménage sans concertation avec les riverains. Incendie du tunnel du Mont Blanc (1999)

Quelle transformation pour cette Haute-Savoie qui rivalisait avec la Vénétie en matière de richesse récente, mais aussi de mal-être, de tyrannie du travail et de populisme de la petite bourgeoisie, allant, comme tant d’autres, jusqu’aux fantasmes autonomistes et aux vociférations…

Histoires de glaciers malades, de changement climatique….

La comptabilité fait peur : le glacier du côté nord de l’Adamello a disparu, celui de la Lobbia s’est détaché du refuge, le Pian di Neve s’est abaissé d’une centaine de mètres. La face nord du Montefalcone est devenue impraticable, le couloir du Monte Nero sur la Presanella n’existe pratiquement plus. Et sur le Mont-Blanc aussi tout a changé.

J’ai lu avec un plaisir immense ce récit qui soulève des questions très actuelles et qui nous promène dans ces montagnes magnifiques.

J’ai fait une pause dans la lecture quand Rumiz a changé de direction pour découvrir les Appenins. Encore huit chapitres qui méritent bien un autre billet.(à suivre…)

 

Giuseppe Penone à la BNF – Sève et pensée

Exposition temporaire jusqu’au 23 janvier 2022

Pensieri e linfa

Sève et pensée – pensieri e linfa – est une sculpture : un tissu de lin posé sur l’écorce d’un arbre frotté avec des feuilles de sureau.

« j’ai pensé que je pourrais associer à ce geste manuel celui de l’écriture. l’écriture est comme la sève qui irrigue la vie de l’arbre, elle porte un flux continu d’idée »

dit Penone, dans un entretien avec Jean-Christophe Bailly qui a traduit le texte qui accompagne le frottage. 

Il sera beaucoup question d’empreinte, empreintes d’écorce, de feuilles, empreintes digitales.

pensieridi foglie

Avec ses empreintes digitales et de la couleur verte, il compose plusieurs tableaux

Leaves of grass

Leaves of grass fait référence à l’œuvre de Walt Whitman. En plus des traces de ses doigts il a planté au centre du tableau une sculpture d’argile que j’ai prise de loin pour un coquillage et qui n’est que l’empreinte de son poing serrant la terre. 

Plus sophistiqué le petit bois

Verde del bosco (le spectateur donne l’échelle)

Si les empreintes d’écorce, de peau, de feuilles… restituent la surface des choses, le plasticien fait aussi surgir les structures internes de l’arbre. Il cherche à redonner vie à ces poutres de charpente qu’il dessine avec précision  pour retrouver l’arbre à l’intérieur du bois

gli alberi dei travi

il pousse le travail plus loin en décapant autour des noeuds du bois

alberi libro

Penone sait aussi dessiner et graver très finement

151 nomi di alberi

parfois, avec beaucoup d’humour, on trouve l’arbre dans la gorge du personnage

paesaggio

Une œuvre spectaculaire illustre le thème du regard. Je n’ai pas beaucoup aimé l’expérience du regard inversé où de minuscules lentilles-miroirs obturant la pupilles reflètent la rue que devrait capter l’œil sur une série de photos. En revanche j’ai beaucoup aimé ces yeux fermés composés d’épines d’acacias et de marbre évidé à la même manière que l’arbre ci-dessus pour mettre en évidence les veines.

Occhi chiusi

Une vidéo montre Penone au travail. il commente d’autres réalisations .J’ai beaucoup aimé le jardin construit sur le plan d’une branche qui se ramifie en rameaux, les sentiers figurant la même structure et le promeneur par son mouvement personnifiant la sève circulant dans l’arbre.

Penone aboli la séparation entre végétal et homme, dans le sens des flux de la pensée humaine….

« il y a un esprit de la matière »

Botticelli – Artiste et Designer – Jacquemart André

Exposition temporaire jusqu’au 24 janvier 2022

Simonetta Vespucci -( 1485 Francfort sur le Main)

Le Musée Jacquemart André est un écrin parfait pour l’exposition Botticelli qui voisine avec la collection permanente de peinture italienne de la Renaissance. 

Vierge à l’Enfant

Cette exposition va rendre compte de l’œuvre du peintre, de son apprentissage dans l’atelier de Lippi jusqu’à sa peinture tardive quand Savonarole a donné une ambiance tragique à Florence. Elle montre la proximité de la peinture de Botticelli avec celle de son maître Lippi que le jeune Sandro copie .

Vierge à l’enfant s’appuyant sur un ange sous une guirlande

La production de Botticelli est variée, c’est ce qui justifie le sous-titre de designer, il a peint de magnifiques cassoni 

la bataille de Pydna

Il a aussi dessiné des cartons pour des broderies somptueuses ou des marqueteries ou des tapisseries.

marqueterie

La Naissance de Vénus n’a pas fait le voyage mais a inspiré ces Vénus plus ou moins pudiques dont Botticelli a peint plusieurs exemplaires, celle de Turin est même habillée mais d’un voile si transparent qu’il souligne plus qu’il ne cache ses appâts. 

Venus pudique

Un format qu’affection le maestro est le Tondo dont les constructions savantes sont particulièrement séduisantes. Celui nommé le maitre du gothique montre la construction de Venise en arrière-plan

Tondo : le maître du gothique

Deux petites compositions m’ont bien amusée

Les Vandales dévorés par les ours

Saint Juste expulsant les démons de la région de Volterra

Comme d’habitude, le Musée Jacquemart André a réalisé des vidéos très intéressantes.

Seul bémol, rançon du succès : la foule!