La petite iXe : une collection féministe PINAR SELEK – ROSA BONHEUR

CADEAU FÉMINISTE

Si telle la Mère Noëlle vous voulez glisser un cadeau dans la ballerine de quelqu’une sous le sapin ou lui faire la surprise en le glissant subrepticement dans son sac, voici une jolie idée! Encore mieux pour le 8 mars, mais c’est dans longtemps!

Format presque carré 12,9cm x 10 cm , une couverture souple blanche aux motifs abstraits, moins d’une centaines de pages. Collection militante pour des textes originaux que j’ai envie de faire connaître autour de moi.

PINAR SELEK – Loin de chez moi..mais jusqu’où?

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Préfacé par son collectif de solidarité.

Je connaissais Pinar Selek romancière de La Maison sur le Bosphore que j’avais beaucoup aimé. Au détour du blog Entre les lignes, j’avais lu une analyse de son texte Service Militaire en Turquie construction de la classe de sexe dominante et entendu parler de ses poursuites par la justice turque qui l’ont contrainte à l’exil. J’ai apprécié la romancière, la sociologue et la militante féministe et pacifiste. J’avais envie de mieux la connaître. Quand les éditions iXe m’ont proposé de lire un livre de leur collection, c’est mon premier choix. Je les remercie de me l’avoir envoyé!

Le collectif de soutien à Pinar Selek présente son histoire, ses engagements féministes, pacifiste et antimilitaristes dans une première partie. Loin de chez moi…mais jusqu’où? est un texte assez court(20pages) mais très dense. Annoncé par deux vers de Novalis:

« La philosophie est le mal du pays

C’est le souhait de se sentir chez soi partout »

C’est donc un texte philosophique sur le sentiment d’appartenance à une maison et sur l’exil. Virginia Woolf écrivait :

« En tant que femme je n’ai pas de pays. En tant que femme je ne désire aucun pays. Mon pays à moi, femme, c’est le monde entier. »

Philosophe féministe elle « expérimente l’état de déterritorialisation » repoussant toute frontière.

L’exil comme nostalgie de la maison, ou l’exil comme chance?

ROSA BONHEUR : « Ceci est mon testament… »

ceci est mon testamentSuzette Robichon dans l’avant-propos Le domaine de la parfaite amitié présente Rosa Bonheur, célèbre peintre animalier(e?) , sa vie libre dans la nature, son amour des animaux, ses succès internationaux et ses compagnes, Nathalie Micas, son amie de toujours depuis ses 14 ans et Anna Klumpke « sœur de palette » qu’elle désigne comme légataire universelle lui laissant le « Domaine de Parfaite Amitié« . 

Le testament et la lettre-testament n’ont aucune prétention littéraire. C’est cependant un texte scandaleux pour l’époque (1898). Il était alors, (et maintenant?) inconcevable de déshériter les proches de sang (frère ou sieur)  au profit d’une étrangère même si cette dernière avait partagé le domaine du vivant de Rosa Bonheur. Dans la lettre-testament, elle croit nécessaire de justifier sa conduite envers sa famille « m’ayant mal jugée en mon droit de libre librement » . C’est donc le testament d’une femme libre.

Enfin un article de la Fronde raconte l’enterrement de l’artiste à Thomery puis au Père Lachaise. 

En annexe, une chronologie complète l’ouvrage.

 

D’Alep à Paris -les pérégrinations d’un jeune syrien au temps de Louis XIV – Hanna Dyâb

VOYAGE EN ORIENT

d'Alep à Paris

Plutôt qu’un voyage en Orient, c’est le voyage d’un oriental vers Paris de1707 à 1710. Après une expérience ratée dans un monastère libanais,Hanna Dyâb  rencontre Paul Lucas, explorateur au service de Louis XIV, entre à son service et le suit dans un périple qui le mènera à Chypre, en Egypte, à Tripoli, Tunis puis Livourne, Marseille et enfin Paris

Contrairement  à Evleya Celebi qui était un érudit-musulman, Hanna  est chrétien maronite. Il parle et écrit en Arabe, il s’exprime  aussi en Turc,  Français,Italien,  Provençal et sert d’interprète à Paul Lucas qui lui promet un poste à la bibliothèque arabe à Paris. Hanna connait les marchands marseillais pour qui il a travaillé avec son frère à Alep. La civilisation occidentale lui est moins exotique. Il semble partout chez lui.

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Antoine Galland

C’est un conteur merveilleux. A Paris, il a rencontré Galland qui traduisait les contes des Mille et unes Nuits, on pense même que certains contes comme Aladin ont été inventés par Hanna Dyâb. La relation de son périple n’est pas un journal de bord, il le raconte 50 ans plus tard, dans ses vieux jours, à la manière des contes orientaux mêlant des descriptions précises,  les récits des aventures et des histoires, des rumeurs qu’il a entendues ou tirées de la vie des saints.

C’est aussi un excellent observateur. Il rapporte  la vie courante dans les pays traversés.C’est surtout à Paris où il est resté de longs mois qu’il raconte le grande hiver 1709 et la famine qui l’a suivi. Il décrit l’étiquette à la cour où il a été accueilli en apportant des gerboises..  Vie quotidienne comme l’installation des boutiques de café par des Syriens.

Les voyages sont périlleux, par terre comme par mer. Sur la mer,  les Corsaires rôdent. Paul Lucas et Hanna Dyâb ne les évitent pas. Le récit d’une attaque par les corsaires fait du récit un roman d’aventure. Son retour avec une caravane à travers l’Anatolie d’Istanbul à Alep en est encore une autre.

Les éditeurs et la traductrice ont ajouté une introduction et  tout un corpus de notes de bas de page enrichissant beaucoup ce livre. Certaines  concernent le choix du vocabulaire d’Hanna Dyâb, arabe syrien, turc, d’autres critiquent la chronologie en comparant les dates fournies par Hanna Dyâb à celles de Paul Lucas, d’autres, enfin, situent les épisodes racontés dans l’histoire, ce sont ces dernières qui m’ont passionnée.

C’est donc une lecture très agréable et un livre très sérieux.

 

 

Tsili – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE 

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Dans le Garçon qui voulait dormir, les Partisans,et... Appelfeld puise dans son expérience personnelle, sa vie errante dans les forêts de Bucovine ou d’Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pas plus que dans les romans précédents, il n’écrit d’autobiographie. Il s’agit de fiction. Le témoignage est celui d’un romancier qui met en scène des personnages romanesques complexes avec leur histoire propre. Depuis que je suis cet auteur je n’ai aucune impression de répétition ou de redite. Bien sûr, le décor change peu : forêt, marais et montagne mais l’histoire est différente. Richesse de l’âme humaine et de cette humanité juive, finesse de l’observateur qui ne se limite pas aux archétypes et fait surgir des personnalités.

Tsili, fillette de 12 ans, peu éveillée, est peu douée alors que ses aînés cherchent à réussir socialement par une bonne éducation et des concours. La famille n’est pas pratiquante, un vieil homme l’ initie aux rudiments de la religion puisque l’école est pour elle un échec. Alors que la menace se précise pour les Juifs en 1942, on la laisse garder la maison tandis que le reste de la famille prend la fuite . 

Tsili

Livrée à elle- même Tsili découvrira seule les moyens de survie. Tantôt, elle sera sauvageonne dans la forêt, tantôt, elle sera servante de paysans à qui elle cachera ses origines juives.

Dans la forêt, elle rencontre Marek homme marié qui a fuit les camps. Une vie commune s’organise dans un abri qu’il a creusé. Un jour Marek descend de leur montagne :

« L’homme n’est pas une taupe, cette position couchée est déshonorante »

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Il ne remontera plus. Tsili porte un  enfant de lui. La guerre prend fin et Tsili rejoint les colonnes de réfugiés qui traversent l’Europe avant d’arriver à la mer où ils embarquent vers la Palestine. La fin du roman conte leur errance. Tsili est devenue une femme. 

J’aurais dû lire le livre avant d’aller voir le film d’Amos Gitaï qui n’est pas une adaptation du roman. Plutôt une illustration, une inspiration, comme la chorégraphie qui lui sert de prologue. Oeuvre minimaliste. Tsili est figurée d’abord comme sauvageonne puis comme errante. Amos Gitaï n’a rien retenu de la servante battue par les paysannes, ni de la mendiante, de celle qui troque des vêtements contre la nourriture. La bande sonore raconte plus que les images. Bruits de fusillades. Bruits de la forêt. Il faut également être attentif à la langue, alternance de yiddish et d’Allemand, russe aussi.

Tsili film d’Amos Gitaï

TOILES NOMADES

Tsili

Je suis une fan inconditionnelle d’Amos Gitaï et de Aharon Appenfeld qui a écrit le roman  Tsili. Il fallait donc que je voie le film. Mais peut être aurais-je dû lire le livre avant. J’aurais sans doute mieux suivi cette oeuvre a-typique. Amos Gitaï sait raconter une histoire en utilisant les canons du cinéma habituel. Il peut aussi produire une installation avec des vidéos comme celle dédiée à son père avec le documentaire Lullaby to my father qui m’avait beaucoup émue.

Le générique de Tsili est une chorégraphie, une jeune fille (Tsili?) danse sur fond noir en chemise de nuit blanche. Long plan-séquence. Je sais que ce ne sera pas un film d’action, plutôt un film contemplatif. Tsili vit dans les bois, dans ces forêts où étaient les Partisans  d’Appenfeld. Elle mange des baies, se fabrique un nid. Visuellement il ne se passe rien, en revanche la guerre est présente dans la bande sonore. C’est autant un film à écouter qu’à regarder.  Arrive un jeune homme, Marek, qui essaie de nouer un dialogue, offre du pain, leurs rapports sont très étranges. Scène de viol. Tsili ne veut pas. Très pénible pour moi. Succède une scène très tendre où les amants dorment dans un nid de branchages. Compliqué : Tsili est joué par deux actrices aux longs cheveux mais qui ne se ressemblent pas; Pourquoi? 

 

Une colonne de réfugiés marche vers la mer. La mer Noire ou la Méditerranée. Ils s’abritent sous un hangar.

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Puis suivent des images d’archives. Des enfants de diverses communautés d’Europe Centrale, prises avant la guerre. Très émouvantes.

Il faut que je lise le livre!

Lire la critique ICI

 

les partisans – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

les partisansJ’ai beaucoup aimé L’enfant qui voulait dormir, un peu moins Les eaux tumultueuses , je lis Aharon Appelfeld à chaque occasion qui se présente. Merci à Claudialucia de m’avoir fait découvrir Les partisans. Toutefois je ne m’étais pas attardée sur son billet pour garder l’effet de surprise. 

J’ai cherché la mention roman sur la couverture. Témoignage ou roman? C’est bien une fiction. L’auteur s’est inspiré de son expérience personnelle pour raconter cet épisode de la guerre, mais le narrateur- Edmund, un jeune homme terminant le lycée – est plus âgé que l’auteur-enfant. Appenfeld, même s’il a recours à l’imagination n’en demeure pas moins un grand témoin de la Shoah.

Quel est donc ce Pays de l’Eau qui a caché les partisans? Ukraine, Bucovine ou Moldavie? entre Prut et Dniestr, au bord des Carpates. Cette région était investie par les armées allemandes, partie du Shtetl les juifs vivaient aussi dans des villages, peuplés d’Ukrainiens empressés d’aider les nazis à éliminer les Juifs et de s’emparer de leurs maisons et leurs biens.

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Le groupe des partisans regroupe des personnalités variées, jeunes hommes mais aussi trois femmes et deux enfants, et même le chien Eduard qui retrouve son maître. la vieille Tsirel est la  gardienne des traditions, d’autres, comme Karl sont communistes et les rejettent, Isidore connait les prières sans avoir la foi, Kamil, le commandant se réfère au Baal Shem Tov et à Martin Buber, il se définit comme un anarchiste du judaïsme. Toutes les nuances de croyances sont représentées et si les prières deviennent omniprésentes vers la fin du livre, c’est qu’il faut enterrer convenablement les combattants morts dans la forêt.

On s’attendrait à des faits d’armes, et c’est de livres qu’il s’agit. Les partisans n’ont rien emporté avec eux, il leur faut réquisitionner armes, vêtements chauds et nourriture. Ces expéditions de ravitaillement auprès des paysans ukrainiens occupent la majeure partie du temps des partisans. La plus grande richesse rapportée d’une maison juive occupée par des paysans est justement le contenu18 d’une bibliothèque. Livres de philosophie et de religion mais aussi Crimes et Châtiments, ou poèmes de Heine. Importance des mots, choisir la bonne formule, le mot juste est la préoccupation majeure de Kamil qui lie étude et morale à l’action armée.

L’amour tient aussi une grande partie dans le récit, amour qui lie tous les partisans entre eux dans l’admiration pour Kamil, dans l’affection que tous portent aux enfants et à la vieille Tsirel. Amour dans les choses simples, comme la soupe et les plats délicieux que Tsila prépare pour tous.

Les partisans essaient d’arracher le plus de juifs aux trains de la mort qu’ils font dérailler. Ils doivent prendre en charge les rescapés. Après Stalingrad, les canons de l’Armée Rouge se rapprochent. Pourtant la libération n’est pas la fête attendue. Même aux abois les nazis s’acharnent contre les Juifs et la base des partisans est attaquée. La fin du livre qui devrait être joyeuse avec la fuite des Allemands est au contraire nostalgique : Kamil, Karl, Myriam et d’autres ont été abattus, les rescapés les quittent. La grande fraternité s’émiette.

Appelfeld montre la dimension collective sans oublier la complexité de chacun des personnages, personnalités diverses et histoires familiales différentes. Cela donne une grande densité à l’ouvrage.

 

 

 

L’architecte du sultan – Elif Shafak

MILLE ET UNES NUITS

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Merci à Babelio et à Flammarion d’ avoir enchanté un week end gris et pluvieux!

Une très belle couverture noire, ornée d’une mosquée et de palais aux sept fins minarets turcs effilés comme des crayons aux nombreuses coupoles,   un éléphant blanc et son cornac coloré, sont la promesse d’un conte des mille et une nuits.

Elif Shafak a distillé tous les ingrédients des contes : le sultan et ses palais merveilleux, la jolie princesse, la ménagerie et ses fauves, la naissance miraculeuse de l’éléphant blanc, le méchant pirate, les gitans magiciens, même la sorcière et ses sortilèges, ses herbes qu’on croit maléfiques, son chat empaillé…..

le bébé-éléphant
le bébé-éléphant

L’enfant cornac Jahan, venu d’Hindoustan, enchante la petite princesse curieuse de l’éléphant blanc, du récit de la naissance de l’éléphant, son frère de lait – Vérité ou invention? Dans le cours de l’histoire nombreuses sont les interrogations, vérité ou invention? Jahan est il Indien? est-il seulement un petit voleur?

On peut aussi lire dans l’architecte et le sultan comme un roman historique : l’architecte est Sinan, le sultan Soliman, puis Sélim et enfin Mourad  . L’auteur raconte le demi siècle le plus glorieux de l’empire ottoman, les conquêtes de Soliman, en Hongrie, les batailles glorieuses. Elle raconte aussi les travaux de construction des mosquées d’Istanbul et d’Edirne, mais aussi, la réfection de l’adduction d’eau. Nous imaginons les plans merveilleux, les prouesses architecturales.

Jahan, apprenti de  Sinan, part à Rome rencontrer Michel-Ange. Cette rencontre fait penser beaucoup à Parle-leur  de Batailles de rois  et d’Eléphants dont le thème est proche mais le traitement littéraire très différent. 

On peut aussi lire un thriller, les échafaudages tombent, tuent des ouvriers, des cordes sont sectionnées. Qui en veut à Sinan? L’énigme court le long du récit….

L'histoire se termine au Taj Mahal
L’histoire se termine au Taj Mahal

 

Sous une lecture facile d’un livre dont on tourne vite les pages (je l’ai dévoré) se cache de nombreuses richesses. Cependant, ce n’est pas le livre d’Elif Shafak que j’ai préféré. j’ai été plus touchée par le crime d’Honneur.  

la route de Beit Zera – Hubert Mingarelli

beit Zera

 

Aifelle m’a donné envie de le lire.

beit zera livre

J’ai eu envie de me perdre sur cette route de Beit Zera dont le nom me parlait,: un kibboutz près du Lac de Tibériade. Je n’ai retrouvé ni le Kibboutz ni le Lac. Aucun de mes souvenirs n’a pu  se rapprocher de l’atmosphère du livre. La forêt épaisse et mystérieuse avec ses cachettes et les pins elle-t-elle dans les parages?

Cependant, je n’ai pas regretté cette lecture. C’est une merveille de finesse et de délicatesse. Comment en rendre compte sans dévoiler son secret, sans en raconter l’intrigue et spoiler?

Un homme solitaire et plutôt silencieux, une chienne, un fils aux antipodes, un garçon arabe taiseux, un ami de longue date avec qui il partage des cuites et des souvenirs de jeunesse….

Une maison en bord de forêt, loin de toute agitation. un secret.

C’est une écriture sensible, délicate.

 

Rendez-vous à Atlit – film de Shirel Amitai

TOILES NOMADES 

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Trois sœurs se retrouvent pour vendre la maison familiale. Complicités et rivalités. Trois sœurs aussi dissemblables que possibles. Darel, l’aînée est attachée à la maison, à Israël, Cali – celle du milieu –  a besoin d’argent pour acheter un appartement à Paris, Asia la benjamine part en Inde.  A la télévision, capricieuse, tous surveillent la manifestation pour la paix où Rabin est abattu.

A voir, comme un document historique, pour entendre la voix de Rabin et aussi l’hystérie de la droite israélienne, appels au meurtre.

Les actrices sont sympathiques surtout Geraldine Nakache qui déborde d’énergie et de révolte, la seule qui refuse le mythe familial qu’ « il n’y avait rien » quand la grand mère est arrivée à pied de Russie, la seule qui rencontre le petit arabe clandestin « des territoires » qui gaule l’olivier et voudrait squatter la maison. En revanche les apparitions des parents décédés burlesques qui interviennent à tout propos sont peu crédibles et parasitent le film plutôt qu’ils ne l’habitent.

Un film sympathique, pas un  chef d’oeuvre, mais doit-on uniquement visionner les chefs d’œuvres?

lire aussi ICI

Istanbul était un conte

LEVANTINS

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« crédit photo Nathalie Ritzmann »

Certains livres me touchent et entraînent dans leur sillage d’autres lectures. Il en est ainsi du livre de Benny Ziffer : Entre nous levantins. Les références littéraires ne manquent pas et j’ai lu Le Bruit de nos pas de Ronit Matalon. Comme Benny Ziffer, Mario Levi est turc. Il écrit en turc même si de nombreuses langues se mêlent dans cet ouvrage.

Istanbul était un conte est un très gros volume de 700 pages, en petits caractères, sans paragraphes, des chapitres qui ne prennent même pas le temps de s’arrêter sur une page blanche. Il enchaîne histoires sur histoires à perdre haleine.

Un conte?
On songe tout de suite aux  Mille et une nuits? Peut- être? Mais il n’y aura pas de Shéhérazade ni de Palais. Il se déroule dans les quartiers commerçants  d’Istanbul,  sans Topkapi, ni Mosquée bleue ni Bazar pour touristes.
Les contes s’emboîtent les uns dans les autres, se mêlent, se tressent. Les personnages se croisent, sous différents éclairages, vieilles photographies, souvenirs de uns et des autres, repas de famille, de fête ou de deuil…
Personnages d’une famille juive stambouliote de  leurs voisins, leurs associés en affaires…les conjoints, les parents des conjoints.
Ville cosmopolite et polyglotte. On parle turc (le livre est traduit du turc) et grec mais aussi espagnol aussi yiddish et français, et anglais….
On voyage aussi, de Riga à Alexandrie, de Londres à Mexico.

On se perd, on se retrouve. On se ruine, on joue, on cuisine.
Qui est qui?

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…