LIRE POUR ISTANBUL
J’ai beaucoup aimé suivre les personnages de La maison du Bosphore pendant vingt ans de 1980 à 2001. Les deux couples d’amoureux, Elif, l’étudiante, la révolutionnaire et Hasan le musicien, Sema qui cherche sa voie et et Salih, l’apprenti menuisier. Mais le » personnage » principal est le quartier de Yedikule, quartier d’Istanbul chargé d’histoire qui se transforme au cours de l’histoire et sait garder une véritable solidarité de quartier. Tous les personnages secondaires qui gravitent autour des 4 héros principaux sont aussi intéressants, sympathiques, et je ne saurais les qualifier de secondaires, tant l’auteur s’est attachée à leur donner une existence tangible, on connaît leur origine, leur histoire, leur métier et ils sont tous inscrits dans la vie du quartier.
C’est un livre militant qui commence avec la dénonciation du coup d’état de 1980 et qui décrit des personnages épris de liberté et de justice sociale, tentation du terrorisme ou exil?
Livre féministe où les femmes prennent toutes l’initiative de leur destin, rarement passives, toujours affirmées, il fait voler en éclat nos préjugés.
Cosmopolite Istanbul où les minorités kurdes, arméniennes et grecques sont bien visibles. La résistance kurde est active. La culture arménienne est aussi très présente. Les pogroms contre les Grecs en 1955 et pendant la crise de Chypre sont évoqués.
Utopiste peut être dans ces lieux de partages où les gens du quartier d’origine diverses se réunissent et s’entraident? Rêve ou réalité?
Un regret: j’aurais aimé un plan d’Istanbul pour me repérer dans les quartiers cités dans le roman, de même que des notes explicatives sur l’histoire contemporaine de la Turquie que j’ignore. J’aurais aimé également en savoir plus sur le coup d’état de 1980.

L’auteure , Pinar Selek sociologue, exilée en France depuis 2011, a aussi écrit une étude féministe sur le service militaire turc : Devenir Homme en rampant
qui fait l’objet d’un article très intéressant dans le blog Entre les Lignes







