L’âge d’or – Diane Mazloum

CHALLENGE LIBAN

Âge d’or du Liban, années 70, avant que la guerre civile ne détruise Beyrouth avec ses hôtels de luxe, ses boîtes de nuit, les bords de mer…

Jeunesse dorée, insouciante. Chrétiens d’une très bonne bourgeoisie.

Le roman est construit selon un plan intelligent : chaque chapitre raconte un épisode de l’histoire du Liban de 1967 à 1979, un jour chaque année. Je redécouvre cette histoire, mais vue de Beyrouth, dans les yeux de cette jeunesse dorée plus préoccupée de son apparence, de ses amourettes.

6 juin 1967, Guerre des Six jours, les jeunes sont plutôt indifférents, le casting pour une pub intéresse plus Georgina, un avion israélien est abattu, l’aviation libanaise reconduit à la frontière le pilote pour ne pas compromettre la neutralité du Liban.

28 décembre 1968, raid israélien sur l’aéroport international , la quasi intégralité de l’aviation civile est détruite, à la suite du détournement de l’avion EL Al à Athènes par le FPLP.  Pendant ce temps-là, les héros du roman font une journée de plein air Monts-et-Mer, les garçons draguent les filles. Un nouveau personnage intervient dans le roman Ali Hassan, un Palestinien, très séduisant, impliqué dans les actions terroristes.

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20 juillet 1969, Appolo11 se pose sur la lune, Roland et Sharif, organisent une soirée costumée « One way to the moon« .En Jordanie Ali Hassan tente d’organiser la lutte dans les camps de réfugiés.

12 septembre 1970, Roland et Sharif bichonnent leur Mini Morris 1952 customisée Françoise, en l’honneur de Françoise Hardy, sur fond de détournement du vol 840 de la TWA. Georgina Miss Télévision, devient Miss Liban. Ali Hassan se rapproche d’Arafat. C’est aussi le le début de Septembre noir, en Jordanie, affrontement entre les fédayin et la légion du roi Hussein.

25 juillet 1971, Ali Hassan est à Rome, menacé, Roland et Sharif font la fête dans leur cabanon de bord de mer.

5  septembre  Jeux Olympiques de Munich, la délégation israélienne sera prise en otage et massacrée. 8 septembre Roland accueille à l’aéroport Georgina, maintenant Miss Univers. Les évènements au Proche Orient prennent une place plus importante dans le récit, les garçons discutent d’Arafat, de Septembre Noir, du terrorisme quand Septembre noir fait atterrir un avion à l’aéroport de Lod. Le Liban est entrainé dans l’engrenage

« le Liban s’est retrouvé entraîné dans un cercle vicieux : plus Israël se venge sur le Liban, plus les tensions entre
Libanais augmentent. D’un côté, les musulmans, se sentant proches des Palestiniens, soutiennent avec de plus en
plus de ferveur la cause et les forces révolutionnaires et progressistes. De l’autre, les chrétiens, inquiets de
perdre le contrôle de la situation, condamnent avec violence cette intrusion sur leur sol. Au milieu, les
Palestiniens sont pris dans un étau… »

 

21 juillet 1973 les Palestiniens et Ali Hassan occupent le devant de la scène, les jeunes beyrouthins font encore la fête dans leur cabane de bord de mer

13 novembre 1974, , les milices chrétiennes ont bombardé les camps palestiniens; les Palestiniens se sont installés sur la côte. C’est fini d’aller au chalet pour Roland et ses amis. Roland, étudiant à l’Université Américaine milite avec  les étudiants de gauche, et sympathisent avec les Palestiniens

« Tout se mélange : la cause palestinienne, la cause des ouvriers, la lutte des classes, la lutte pour la cause noire. On milite contre la Guerre du Vietnam et l’ingérence américaine, contre l’impérialisme, l’expansionnisme et le capitalisme…. »

11 septembre 1975 :

« Depuis quelques jours, une bataille fait rage sur le front de mer, opposant les phalanges chrétienne aux milices musulmanes et palestiniennes, retranchées dans les hôtels de luxe »

Georgina qui a quitté Roland entame une relation avec Ali Hassan.

20 juin 1976 : la ville tremble sous la guerre civile. Une ligne invisible sépare Beyrouth Est, chrétienne de Beyrouth Ouest musulmane

février 1977 :  Beyrouth est devenue le centre du banditisme avec groupes et sous groupes armés, trafics divers, d’armes, d’influence, vols pillages. L’insouciance est morte.

La fin du roman 1978 ou 1979 la guerre civile s’éternise.

C’est une  leçon d’histoire, partiale, certes, mais intéressante. En revanche, j’ai eu du mal  à avoir de l’empathie pour les héros du roman. Les filles particulièrement futiles et superficielles, les garçons plus intéressants. Le séduisant agent secret palestinien macho. Le roman se lit bien. Sans plus.

Pecs (2)

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

. Pecs, château de Siklos, Mosquée, thermes(2)

mosquée de Siklos

On nous avait dit « vous aurez chaud à Pecs !». Ce n’est vraiment pas le cas. Il fait gris.

en excursion dans les environs: Siklos

Le château  de Siklos est perché sur une colline entouré d’un double rang de remparts. Sous la pluie, c’est un bon abri. La chapelle Renaissance est toute blanche, claire, vide, cela repose du Baroque et des restaurations du XIXème siècle. Les cachots et les oubliettes sont bien conservés.
Dans la partie plus « neuve » du château, deux expositions présentent des gants, ombrelles et bas du début du siècle, c’est désuet suranné et joli à regarder.
A l’étage, de l’art contemporain : des artistes locaux exposent des gravures, peintures, et sculptures en terre, rien d’extraordinaire, quelques trouvailles sympathiques.
Entre temps la pluie a cessé.

Mosquée

La Mosquée renferme des objets turcs et possède une curieuse charpente en bois visible.

Parc de sculptures

Nous cherchons ensuite un « parc de statues », une carrière de « marbre » a offert la pierre et le site à de nombreux sculpteurs. Les « sculptures », souvent brutes, ont un air inachevé et peu d’entre elles représentent quelque chose d’identifiable. On a vaguement l’impression qu’on se moque de nous, d’autant plus que l’entrée est payante. La plus jolie trouvaille de cette visite : une grenouille ou peut être un crapaud (la peau est verruqueuse) tachetée de vert et blanc avec de jolies taches arrondies avec la forme de camouflage.

Harkany

La station thermale d’Harkany est très vantée par la documentation. .A la caisse, des petites vieilles en jupe froncée noire ou marron, au gilet serré et en fichu noir, font la queue avec leurs affaires dans leurs cabas. On dirait qu’elles sont en costume folklorique. D’où viennent-elles ? En Hongrie nous avons vu des vieilles en tablier mais jamais avec cette allure. D’ailleurs elles ne parlent pas Hongrois. .Après avoir payé 500forints, nous pénétrons du coté « plage ». Pour atteindre les bains thermaux, il faut prendre un autre billet, refaire une autre queue qui donne l’entrée à une piscine couverte pleine de monde ouverte sur une jolie « plage » avec des palmiers et des bâtiments 1900.

Le complexe aquatique comprend aussi un toboggan et une piscine à vagues. Aujourd’hui, mardi, après la pluie, c’est désert. Comme à Hajduszoboslo des boutiques proposent des maillots de bain, des ballons.

Je fais des traversées dans l’immense bassin (eau entre 28 et 32°), je n’ai jamais vu de piscine aussi vaste! Déjeuner: une demi-pizza  et un chausson aux prunes achetés dans une petite guinguette.

Pecs en couleurs!

Mosquée de Pecs transformée en église

A deux heures le ciel s’éclaircit. Finalement cette matinée pluvieuse a été bien remplie. Nous allons enfin voir Pecs en couleurs ! Nous recommençons la visite d’hier en quêtes de photos et remontons dans la petite rue où se tiennent tous les musées de la ville.

Musée Zsolnay

Fontaine de Zsolnay

Le musée Zsolnay rassemble des céramiques provenant de la fabrique Zsolnay. Certaines pièces extrêmement fines datent de la fin du XIX et du début du XXème siècle. Les objets les plus anciens évoquent les céramiques turques utilisant les mêmes motifs floraux avec des couleurs un peu moins vertes peut être, mais avec un même usage des rouges et des fleurs. D’autres influences sont visibles : porcelaine de Delft, chinoise ou rococo.
Sécession
Les plus beaux objets sont d’inspiration Sécession. Décidément, depuis quelques temps cette école nous poursuit ! A Vienne c’est Klimt qui m’a le plus impressionnée, le Pavillon Sécession et le Métro. Par hasard, nous y avons découvert Tiffany et ses abats jours. Et voilà qu’on retrouve à Eger des céramiques Art Nouveau, pour terminer par Zsolnay. Sans parler des façades de Budapest de Kecskemét et de Pecs. Aimable réaction aux exagérations et aux lourdeurs des architectes historicistes avec le Néoclassique, le néo renaissance et le néogothique terriblement pompeux et ennuyeux.

Mes souvenirs d’Histoire du XIXème datent du lycée, ils ont été un peu dépoussiérés mais il faudrait y revenir. Envie de relier l’Histoire de l’art à l’Histoire politique et industrielle. de comparer la stabilité du règne de François-Joseph et le règne de Victoria et celui de Napoléon III. Aussi de penser à la réaction d’un pouvoir qui se souvient des révolutions à barricades de 1848 et comment cela se traduit en architecture et en urbanisme. Peut être que j’ai tout faux, je ne mesure que trop mes lacunes.

Art moderne? De qui se moque t on?

Verdammte Sammlung von Scheisse ou von Kacke!

En voilà une exposition ! Dominique a encore l’impression très prononcée qu’ »on se moque de nous ». Dans le cas de Dieter Roth, le provocateur, c’est sûrement le cas. Haute élaboration du graphisme pour un résultat totalement illisible et gratuit. Je peux admirer la dextérité du tracé, la démarche intellectuelle de translations, répétitions, superpositions, mais l’émotion est totalement absente, le but décoratif n’est pas atteint, aucune envie d’accrocher cela sur un mur !

Autre musée : peinture hongroise fin XIX début XXème,

peu intéressant et souvent très sombre.

Vers 17 h on se retrouve place Széchenyi pour prendre les dernières photos, malheureusement le soleil est du mauvais côté pour prendre la Poste et l’immeuble Sécession.

Tour de la télévision

Après une visite au supermarché, nous profitons de la jolie lumière pour monter à la Tour de la Télévision située sur une colline culminant à 537m, la tour elle même en béton fait 150m. Une rotonde à 75m contient un restaurant .Nous traversons des quartiers perchés avec des bâtiments modernes bien intégrés à la topographie, terrasses fleuries en escalier adossées à la colline, puis des villas avec des jardins pour arriver enfin à la forêt de pins et chênes Cela nous rappelle notre tour sur la Hohenstrasse dans les collines de Vienne avant de quitter la ville.
Je dépense les dernières pièces de monnaie hongroises pour payer l’ascenseur. De la terrasse panoramique on voit très loin. Je découvre à l’arrière de la colline de Pecs un véritable paysage de montagne couvert d’une épaisse forêt éventrée par une mine à ciel ouvert. Du côté sud, la ville s’étend loin, le centre est petit mais les quartiers neufs poussent partout. Puis on voit la plaine noyée dans la brume vers l’Est.

Nous quittons la Hongrie demain sans regrets. Nous avons exploré, sondé, examiné tout ce que nos guides nous proposaient, nous avons passé 18 jours bien remplis. Nous aurions, peut être, pu rester un peu plus à Budapest, profiter mieux de la montagne à Eger, mais la météo a dicté sa loi.

 

 

 

Pecs

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Pecs place Szechenyi

Départ avec pertes et fracas!

Nous quittons avec soulagement Bugac après avoir payé les pots cassés ; en l’occurrence la tablette en verre du cabinet de toilette. Dominique, en se relevant des cabinets a heurté avec sa tête le verre qui s’est brisé avec fracas, sans compter la chasse d’eau qui ne chassait rien. La voilà en fort mauvaise posture, le pantalon baissé, maintenant d’une main le verre cassé, de l’autre le robinet. Plutôt la débandade !

Vers le sud

Route vers le Sud sous une pluie battante, traversant des villages très fleuris. Les Hongrois fleurissent la rue de grosses plates-bandes d’œillets d’Inde, de cannas rouges, de buissons d’althaeas roses ou mauves. Les murs peints en jaune (comme à Schönbrunn) donnent l’illusion de lumière sous le ciel plombé.

Nous rejoignons le Danube par des régions de vergers de pommiers et de pêchers, parfois de la vigne et d’immenses parcelles de maïs avec des rangées étiquetées. Qu’expérimente-t-on des semences, des insecticides, des engrais, des OGM ?

Après Baja (sous la pluie, aucun intérêt) nous traversons le Danube sur un pont métallique, le train passe entre les deux voies de voitures. Le paysage devient plus vallonné, des tournesols occupent des collines entières. Puis, vigne, plantée dans le sens de la pente au dessus des grosses maisons des vignerons. L’habitat devient plus dense. Après Mohács les panneaux sont bilingues voire trilingue en Hongrois, Allemand et Croate. Le relief s’accentue encore quand nous arrivons à Pecs.

Pecs

Pecs

Nous avisons une pension avec une curieuse enseigne : un grand panier d’osier peint en jaune – un berceau ? – Nous partageons le parking avec la synagogue toute proche, pour 7500ft il y a la télé un ventilateur, un minibar, le réceptionniste monte tout notre barda, on s’installe, il remonte s’excuser, cette chambre a été réservée, nous irons à l’annexe : pour 4500 ft nous avons une grande chambre avec une cuisine et une salle d’eau.

Vers midi, la pluie a cessé.  Notre hôtel est central, inutile de bouger la voiture.  En face de la synagogue, la place est bordée de très jolies maisons décorées avec des vitrines vieillottes, il fait beaucoup trop gris pour des photos. Plus loin, la Poste : un magnifique bâtiment Sécession avec des tuiles vernissées orange et jaunes.

Pecs : Poste

Nous montons une rue étroite aux façades intéressantes et débouchons sur la Place Széchenyi dominée par la Mosquée en pierre de taille surmontée d’une coupole verte –très turque- sauf que le croissant est surmonté de la croix.
D’autres maisons sont remarquables: un immeuble décoré de majolique, Mc Do occupe le rez de chaussée d’un magnifique immeuble 1900 tout en stuc et guirlandes, c’est d’ailleurs courant en Hongrie qu’il s’installe dans des lieux classés. Sur la place, peu d’endroit où se restaurer à bon marché, on ira pour une fois à MC Do, ce n’est pas très hongrois mais c’est sans surprise.
La mosquée transformée en église,  garde son caractère. Nous montons ensuite des petites rues tranquilles avec des maisons aux façades peintes.

Comme c’est lundi tous les musées sont fermés, heureusement, il reste les édifices religieux.  Comme ils ne manquent pas, voici le lundi le deuxième jour du Seigneur.

La cathédrale Szent Peter est très bien située sur une place pavée très en pente prolongée par un jardin planté de marronniers fournis. C’est une basilique romane imposante avec 4 tours au 4 angles d’une triple nef. Je la trouve trop grande pour avoir le charme des basiliques romanes. La grille du porche est moderne et originale, elle représente deux pieds de vigne. Lorsqu’on entre, comme à Budapest, on est surpris par l’ornementation. Le plafond à caisson représente divers personnages curieusement à l’envers pour les fidèles. De grandes fresques ont été peintes au XIXème siècle trop grandes, trop majestueuses, le reste de l’intérieur est couvert de motifs géométriques, on dirait du papier peint. Nous n’avons pas l’habitude des églises peintes. J’ai beau me dire qu’au Moyen âge, elles étaient ainsi décorées cela me choque un peu..  J’ai besoin de la patine, de l’idée du temps qui est passé qui a érodé les statues, fané les fresques, n’a laissé que l’essentiel, a gommé toute l’agressivité d’une église catholique dans toute sa splendeur qui me fait un peu peur. En descendant dans la crypte, un bas relief naïf me plaît bien.

Pecs Liszt au balcon

De chaque côté de la place se trouvent deux palais baroques l’un peint en marron foncé(le Palais épiscopal) l’autre plus élégant en jaune. A l’angle du Palais Episcopal, un sculpteur moderne a installé Liszt en bronze sur un balcon en ferronnerie il a de curieux cheveux en ressorts brillants. Sous le palais jaune se trouvent les catacombes avec des fresques romaines bien conservées. Elles ne sont pas spectaculaires mais ces traces anciennes sont touchantes.
Dans les petites rues nous trouvons un Kodak express qui développera nos photos en deux heures.

Konditorei

Pâtisserie

En attendant, je suis bien décidée à ne pas quitter la Hongrie sans avoir goûté à une pâtisserie bien crémeuse dans le cadre qui convient, une belle Konditorei. Dominique ne me suit pas dans cette expérience mais m’aide à choisir l’établissement : caffish Cukraszda qui a une jolie façade rose décorée de stuc. L’intérieur est charmant : de petites tables rondes en marbre, des boiseries sombres, des lustres en cristal, un poêle en faïence blanche avec des têtes de lion. Le comptoir mérite une photo avec son percolateur en porcelaine à fleurs et sa machine à crème fouettée . Des vieilles dames très comme il faut sont attablées.

Pecs pâtisserie

Je choisis le gâteau à la cerise qui se révèle un peu décevant, il n’y a qu’une seule cerise, celle de la décoration, à l’intérieur une gelée rose bien synthétique, du cacao bien dilué et une crème fouettée beaucoup trop sucrée. C’est plus un régal pour les yeux que pour le palais, je savoure le décor, observant la serveuse qui prépare une coupe de glace, au dessus de la crème fouettée et du nappage elle installe deux demi-tranches d’orange, deux mûres énormes, deux gaufrettes en forme de cœur et un fouet métallisé.

Nous terminons la soirée avec nos deux voisines, des françaises profs, en commentant nos vacances, le manque d’amabilité des Hongrois, nos expériences aux bains avec beaucoup d’éclats de rire. Cela fait du bien de rigoler comme cela.

 

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Beyrouth 2020 – Journal d’un effondrement – Charif Majdalani

LIBAN

Charif Majdalani m’a enchantée avec les sagas familiales qui racontent  l’histoire du Liban sur deux siècles et de nombreuses générations : j’ai beaucoup aimé Caravansérail, Le Seigneur de Marsad, L’Empereur à pied, et la Villa des Femmes. A l’occasion du Mois du Liban initié par Maeve, et à la suite de la catastrophe du 4 Août 2020, il m’a semblé évident de commencer mes lectures libanaises par cet ouvrage. 

Au mois de juillet 2020, Charif Majdalani tient un journal où il note les effets sur la vie quotidienne de l’effondrement annoncé. Cela commence à la banque où il devient impossible de retirer son argent. La fourniture d’électricité devient  erratique. Puis la fourniture d’eau courant. Les ordures. 

« La machine économique est moribonde, les commerces sont au bord de la ruine et pourtant, depuis le matin, une activité effrénée s’empare de la ville, comme aux plus beaux jours de son opulence subitement passée. Les embouteillages ne sont pas pires que naguère, bien que les feux de signalisation se soient éteints avec la pénurie de courant électrique. Là où il y en a encore, incompréhensiblement, les agents de la circulation encouragent les automobilistes à les brûler »

Après avoir énuméré toutes les anomalies prémisses de l’effondrement économique, l’auteur analyse les causes de cette crise: la mise en coupe claire de secteurs entiers de l’économie:

En trente ans, le pays tout entier est devenu la chasse gardée de la caste des oligarques au pouvoir, qui a établi avec les citoyens une relation de nature mafieuse, offrant protection, garanties et petites opportunités à tous ceux
qui les sollicitaient et bloquant toute autre

Le pays est dévasté,  la crise économique se double d’une catastrophe écologique.

La destruction des paysages, des forêts, des montagnes, ne commença pas avec les barrages. Elle débuta
bien avant et constitue l’une des conséquences irréversibles de la guerre civile. Il est rare de voir un conflit
donner lieu à un mouvement intense de construction dont, paradoxalement, les effets dévastateurs s’avéreront
plus importants que ceux des destructions et des ravages guerriers. C’est pourtant ce qui se passa ici, où l’on
n’est plus à un paradoxe près. Durant la guerre civile, la dérégulation totale, l’anarchie et l’absence d’autorité
pour faire appliquer les lois entraînèrent une urbanisation sauvage encouragée par les déplacements »

Cette confiscation de l’économie par la caste des oligarques depuis une trentaine d’année fut quand même mise en cause par la révolution

Le 17 octobre 2019, le gouvernement annonça une taxe sur les appels Whatsapp, une application gratuite. une mesure de plus afin de camoufler encore pour quelques semaines et ridiculement, l’énorme trou des déficits publics

La goutte qui fait déborder le vase et des milliers de manifestants sortirent dans la rue. L’espoir qui est né avec cette Révolution libanaise trouva la pandémie!

Mais une dernière catastrophe s’est abattue sur Beyrouth :

« 4 août 2020, à 18 h 07, la cargaison, ou ce qui en reste, chauffée par l’incendie, ou emportée par l’explosion
d’un dépôt d’armes, ou bombardée, explose. Six années d’opacité et d’irresponsabilité, résultat de trente années
de corruption et de mensonges, de politiques mafieuses »

Reprenant son  journal quelques jours après l’explosion, il faut d’abord faire l’inventaire des décès, des blessures, des destructions. Mais, étrangement une note d’optimisme survient :

Durant la journée, le moral remonte un peu, au spectacle notamment de cette immense jeunesse qui s’est levée
comme un seul homme pour prendre sur elle d’effacer les traces du cauchemar et d’aider à commencer à rebâtir,
en l’absence de l’État voyou dont tout le monde vomit jusqu’aux plus anonymes de ses représentants et les
chasse dès qu’ils osent apparaître sur le terrain au milieu des ruines.

Effondrement, corruption, destructions, Covid…l’histoire n’est pas terminée. la conclusion en suspens, comme une canette qui roule…

Carnets de la Strandja 1989-2019 d’un mur à l’autre – Alexandre Lévy –

BULGARIE

Strandja. Ce nom a toujours sonné à mes oreilles comme un avertissement : Voyageur, rebrousse ton chemin,
cette montagne est étrange voire hostile. Et c’est peut-être pour cela qu’elle est fascinante.

La Strandja est le massif montagneux à cheval sur la frontière de la Bulgarie et de la Turquie. Pendant la Guerre Froide, le Rideau de Fer passait à travers cette région très militarisée où nombreux candidats à l’exil à l’Ouest tentèrent leur chance. Aujourd’hui, en sens inverse, réfugiés syriens, afghans, africains cherchent à gagner l’Europe ; un nouveau grillage a été mis en place pour contenir ces migrants. 

Alexandre Lévy est un journaliste franco-bulgare qui a collaboré au Monde, au Courrier International, au Temps (Suisse),Books. Né en 1969 en Bulgarie, il a vécu à Plovdiv et l’a quitté après la chute de Jivkov et après avoir effectué son service militaire.

Je viens de refermer Lisière de Kapka Kassabova qui a été un vrai coup de cœur. Elle a évoqué cette montagne, son histoire et ses légendes d’Orphée, aux Romains, ses mystères ses sources sacrées et les danseurs sur les braises. J’avais envie de retrouver dans cette montagne magique mai la comparaison entre les deux ouvrages va être difficile. J’ai eu peur d’être déçue. 

Les Carnets de la Strandja de Lévy est l’ ouvrage d’un journaliste en relation avec des journalistes bulgares du site d’investigation Bivol débusquant la corruption et les pratiques mafieuses de la classe politique bulgare. 

Chaque chapitre est introduit par un morceau de hard rock des années 70 ou 80, musique qui représentait beaucoup, à l’époque,  pour les jeunes derrière le Rideau de Fer. J’avoue mon ignorance dans ce domaine mais les fans apprécieront.

Les Carnets commencent avec un fait divers sanglant : la rencontre avec le Cannibale qui aurait  mangé le foie de deux voisins – ambiance! Cette rencontre singulière introduira d’autres massacres, non pas dictés par la folie singulière d’un malade mental mais par le pouvoir communiste en place, afin de dissuader toute évasion à l’Ouest et de maintenir la pression sur la population complice.

Cet homme était porteur d’une histoire, peut-être indicible, et qu’il voulait certainement effacer de sa mémoire.
Un peu comme tout le monde ici, dans ces montagnes inhospitalières et sauvages, jadis théâtre d’un face-à-face
potentiellement destructeur entre les deux blocs de la Guerre froide, cette Strandja traversée aujourd’hui par les
ombres furtives

Alexandre Lévy va rencontrer des témoins de ces tentative de fuite, et même des responsables. Lui-même a effectué son service militaire à la fin des années 80.  Il traque les  traces du Rideau de Fer, les souvenirs des habitants.

« Mais la voici érigée de nouveau, flambant neuve et équipée de détecteurs et de caméras dernier cri, sauf que
cette fois-ci elle est destinée à empêcher les candidats à l’exil d’y pénétrer et non pas d’en sortir. »

Les migrants, réfugiés Syriens, Afghans ou Pakistanais qui veulent éviter la traversée de la Mer Egée tentent cette route terrestre. En plus des barbelés de la clôture, des policiers, douaniers et agents de Frontex,

« Puis quelques sombres individus ont surgi d’on ne sait où pour s’ériger en « chasseurs de migrants »[…]milice citoyenne » très bien organisée dont les membres masqués et en treillis assurent protéger ici non seulement les frontières bulgares mais aussi celles de l’Europe « blanche et chrétienne »….

Alexandre Lévy mène une enquête journalistique sur ces Chasseurs de migrants. Il rencontre les policiers de Frontex, sans être convaincu de leur efficacité.   Certains se sont construit une célébrité sur les réseaux sociaux, personnages sulfureux. Il utilise aussi son expérience d’ancien militaire pour entrer sur les pages Facebook d’ancien combattants. Il est même entraîné dans une chasse très spéciale sous le commandement d’un Russe

« Les Bulgares ne sont pas dupes, et tous ne croient pas aux élucubrations nationalistes et racistes laborieusement
formulées par ces chasseurs de migrants et autres milices citoyennes. Qui les finance ? Qui tire les ficelles ? Là
aussi, c’est un héritage d’un pays qui a connu le passé totalitaire : (presque) tout le monde a ici la conviction que
rien ne se passe par hasard, que rien n’est véritablement spontané non plus. Mon ami Assen Yordanov de Bivol
pense, et il n’est pas le seul, qu’il s’agit d’une opération plutôt réussie des services spéciaux de la Bulgarie
démocratique. « 

Cette enquête est très fouillée. Diverses hypothèses sont envisagées et l’ambiguïté de certains s’explique par une certaine jalousie : les Bulgares sont pauvres et aimeraient aussi tenter leur chance plus à l’ouest

« La liberté de circulation est un mal nécessaire, dit-il. Mais si l’Europe occidentale a besoin de main-d’œuvre bon
marché, pourquoi eux et pas nous ? Nous sommes là, travailleurs, blancs et chrétiens. » Mais là aussi, ce serait
une catastrophe pour la Bulgarie : « Le pays se vide alors que les Tsiganes, eux, prolifèrent. »

Séchage des feuilles de tabac

Avec le même sérieux Lévy va à Kardjali « la capitale des turcs de Bulgarie » pour assister à une commémoration sur la tombe d’une petite Türkan, 17 mois, tuée par les forces spéciale du régime communiste, alors que ses parents manifestaient contre la bulgarisation des noms turcs. Il explique alors dans le détails la tragédie de ces turcs bulgares qui a commencé par la « bulgarisation » et s’est terminé par « la Grande Excursion » – en fait l’exode de 360 000 personnes vers la Turquie. 

Finalement ce récit, viril, émaillé de souvenirs de service militaire  est différent de la poésie qui m’avait séduite dans Lisière de Kapka Kassabova. Ces deux livres se complètent. 

De la puzsta d’Hortobagy à la puzsta de Bugac

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Nous quittons notre jolie ferme d’Hortobagy sous un ciel gris, il a plu cette nuit. Au lieu de rester sur les grands axes nous prenons un raccourci qui longe le Par cet regardons une dernière fois la Puszta, ses cigognes, les troupeaux en liberté et les puits à balancier. Dernière photos d’une chaumière qui résume tout cela.. Ce dimanche matin nous traversons des villages vides, bien fleuris avec des althaeas somptueux taillés en boule sur un tronc grêle.

Bains à Szolnok

La route N° 4 est très fréquentée même le dimanche, nous arrivons rapidement à Szolnok où nous guides signalent un très bel établissement de bains. Nous profitons de la ville pour aller au supermarché, tous les petits magasins sont fermés le dimanche.
Heureusement que j’ai pris ce bain ! C’est l’attraction la plus réussie de la journée. A côté d’un hôtel aux stucs blancs et aux lourdes décorations Belle Epoque se trouve l’Etablissement Thermal avec un portique peint en brun sur rouge de naïades sur des frises .L’accueil, pour une fois est agréable, la réceptionniste me pilote aux vestiaires pour une fois individuels et fermés par un rideau, puis vers les douches.

Szolnok : bains

C’est le calme absolu, pas une parole, dans le noir, sur des bancs en gradins, une femme lit son journal au sauna. Je me baigne seule dans la piscine d’eau très chaude à 38 ou 39° assise sur les marches en marbre rose. Des sculptures de femmes portant des amphores décorent le tour du bassin. Des écriteaux conseillent de ne pas dépasser une demi-heure. L’eau est rougeâtre.

Bains Szolnok détail

Le bassin d’eau à 32/ 34° est plus grand, il est couvert par une gracieuse coupole de verre, la lumière du jour éclaire faiblement. Un homme athlétique mais plus tout jeune, les cheveux blancs noués en chignon, lit le journal , une femme d’un quarantaine d’année avec son fils joue avec le filet d’eau qui s’écoule d’une statue, deux ou trois personnes sont assises immobiles. J’ose une traversée à la nage, mais ce n’est pas l’usage ici. Aux murs des bas-reliefs en poterie rouge ornent les murs. Dans la salle voisine de curieuses chaises longues permettent de se reposer les jambes en l’air, la tête en bas.

Clocher de l’église de Nagykoros

A Nagykőrös, curieuse église jaune avec un clocher de bois.

 

Keskemet

Art Nouveau à Keskemet

Kecskemét aurait été une jolie étape si le soleil avait daigné apparaître. Tous les monuments intéressants sont regroupés dans un petit périmètre : plus exactement deux places communiquant par un jardin public. Un bâtiment byzantino-mauresque rappelle la synagogue de Budapest, repeint en blanc. Elle a perdu tous ses attributs de synagogue pour devenir un centre de technologie.

Art Nouveau à Keskemet

Autour de la place de nombreuses églises catholiques et un temple protestant, des maisons Art Nouveau avec des façades en majoliques intéressantes, des toits en tuiles vernissées bicolores des pignons précurseurs des maisons d’Hundertwasser en céramique multicolores avec des renflements. L’hôtel de ville est curieux, sorte de gothique mâtiné de flamand avec des céramiques Sécession et un carillon avec de nombreuses cloches qui font entendre une mélodie plaintive.

Arrivée à Bugac
Après Kecskemét il ne reste que quelques dizaines de kilomètres pour arriver à la Puszta de Bugac. Rien ne l’annonce. La ville est entourée de vergers, de vignes et de nombreux arbres. La plaine sableuse a été bien colonisée. Plus rien ne rappelle la steppe. Arrivée à Bugac sous un ciel très gris.
Le dernier show va commencer, trop tard pour nous !
Nous préférons chercher une chambre. C’est la première fois que nous allons nous même frapper aux portes signalées par un écriteau « zimmer frei ». Nos deux premières tentatives échouent : « bosetzt »! Nous acceptons le troisième gîte, un peu minable, mais très bon marché 3500 ft avec petit déjeuner. S’il avait fait beau, cela aurait eu une autre allure, le jardin est grand et très fleuri avec des pétunias, des cannas rouges, datura et géraniums, une balancelle et un salon de jardin. Il y a aussi des animaux : trois chats, un chien et des porcelets.


Mais la pluie menace. Nous allons nous promener dans le Parc sous la pluie. C’est bien décevant par comparaison avec la Puszta que nous venons de quitter! Le parcours des calèches est tout droit : un petit kilomètre sur une grande route sableuse. Le  musée est vide, rien de bien authentique. On pense plutôt à un golf bien tondu qu’à la steppe. Après une heure de promenade la conclusion s’impose, nous partirons demain matin, nous préférons rester sur l’excellent souvenir d’Hortobagy. Ici tout semble frelaté : les Csardas énormes, vides, les pelouses bien tondues, un spectacle deux fois par jour !
Pour comble de tristesse, il pleut une pluie froide sans discontinuer, le seul agrément de notre logement est le jardin fleuri. La chambre ressemble plutôt à un grenier où on aurait entreposé tous les objets inutiles de la maison, je recense 13 vases sur le haut d’une armoire, et une vingtaine sur l’autre, sans compter les crucifix, les bambis, le cendrier de Sidney ….

Dans le ventre du Congo – Blaise Ndala – Le Seuil

LIRE POUR L’AFRIQUE

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Récit où résonnent  les voix de deux jeunes femmes, Tshala, princesse Bakuba, en 1958 et Nyota, sa nièce quarante cinq ans plus tard. Les deux récits s’entremêlent de Bruxelles à Kinshasa (Léopoldville) et au Kasaï. Sauts dans la chronologie, sauts entre le Congo et la Belgique, voix des narratrices qui s’adressent à des interlocuteurs pas toujours reconnaissables, j’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans ce roman touffu écrits de longues phrases et gros paragraphes.

Puis je me suis laissé emporter dans la découverte du Congo et de la colonisation belge, de son Indépendance, et des suites de la décolonisation. Histoire racontée non pas par les politiques ou des historiens mais par de très jeunes filles – princesses, très conscientes de leur beauté et de la noblesse de leurs origines. C’est un roman très riche en personnalités et en évènements. Il essaie d’épouser la complexité des protagonistes. Pas de manichéisme, le méchant banquier colonialiste se révèle généreux. Le critique le plus acerbe de la colonisation est un anthropologue blanc. Le jeune footballeur qui ne pense qu’à sa carrière dans un prestigieux club britannique lance une action collective contre le racisme dans les stades….

Le sujet est bien sûr, la dénonciation du colonialisme belge, exploitant les richesses du Congo avec une cruauté et un cynisme éhonté. Dénonciation du racisme qui a permis de montrer un véritable zoo humain : le village congolais à l’Exposition Universelle de 1958 à  Bruxelles (celle de l’Atomium). Ce racisme perdure dans les stades quand certains spectateurs accueillent les sportifs avec des bananes et des cris de singes. Rôle aussi important de la musique, rumba congolais…

Histoire de femmes convoitées qui doivent se défendre dans un monde dangereux.

J’aurais aimé en apprendre plus sur Patrice Lumumba, et son assassinat, sur Mobutu aussi. Les deux hommes politiques font des apparitions furtives mais si je veux en savoir plus sur l’histoire de la République Démocratique du Congo, j’ai juste une chronologie de 3 pages en épilogue.

J’ai fait un beau voyage, pas facile mais passionnant!

 

Hortobagy : la puzsta

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

D’Eger à la Tisza

La Tizsa

Au sud d’Eger, la route traverse tout d’abord des vignobles au flanc des collines. Après 12 km nous arrivons dans la plaine cultivée de maïs, tournesol et betterave. Les parcelles sont très grandes, des systèmes d’arrosage très longs irriguent les cultures. De nombreux arbres donnent du relief à cette étendue plate contrairement à la Turquie où l’absence d’arbres donnait l’impression de la steppe malgré les cultures. Ici, c’est seulement une campagne très plate.
Un pont enjambe la Tisza, ou plutôt un lac d’où émergent des touffes de roseaux, des îles . Entre les roselières l’eau reflète le ciel bleu. Nous garons la voiture et rencontrons des pêcheurs à la ligne, assis leur seaux remplis de carpes, d’autres sont dans des barques. Je confonds le lac et la rivière, très large.

La Puszta

Ferme de la puzsta avec son puits à balancier

Nous abordons la Puszta après Tiszafüred, plaine et roselières. Le paysage a un air de Camargue.  Dès que nous entrons dans le Parc national, les cultures cèdent le pas à la steppe (sauf du fourrage destiné aux chevaux : avoine et luzerne). De très longs bâtiments, très bas, très blancs, recouverts de chaume sont dispersés dans la Puszta : les bergeries. Ca et là, des puits à balancier.
Les oiseaux attirent le regard : des hirondelles par milliers, des cigognes et un gros volatile (une oie ou une outarde ?)

Chambre chez l’habitant

Notre gite à Hortobagy

La jeune femme du Tourinform parle très bien Allemand, elle nous trouve une chambre pour 5000 forint avec le petit déjeuner et nous explique clairement comment y parvenir.
Dans une rue du village, derrière une palissade verte de planches à claire-voie, une dame en tablier nous attend . Dans la cour, une belle carriole verte et l’écurie occupent un côté, de l’autre un petit bâtiment bas est partagé entre la porcherie avec 3 cochons et le poulailler. Une nouvelle barrière verte sépare la cour de ferme du jardin et des habitations. La maison des propriétaires est une maison étroite et basse blanche au toit reposant sur cinq piliers formant une galerie couverte. Nous logeons dans une sorte de pavillon crépi de beige avec l’encadrement des portes rouge brique, une petite entrée où sont rangées les chaussures fait saillie. L’angle opposé est évidé pour faire un salon de jardin, abrité par une tonnelle de vigne. Tout le tour de la maison est cimenté, des jardinières contenant des géraniums et des impatiens sont alignés. La pelouse est plantée d’arbres fruitiers au tronc chaulé, surtout des pruniers chargés de petites prunes jaunes mais aussi des cerisiers, trois abricotiers et un poirier tout petit.

la carriole de nos hôtes

A midi, nous sommes installées, Maria nous cueille des prunes en geste de bienvenue. Elle parle un Allemand rudimentaire permettant d’établir un contact chaleureux à défaut d’une conversation intéressante. Dans nos précédents gîtes, à Sopron et à Budapest, les propriétaires étaient plutôt distants, ici nous nous sentons très bien accueillies.

Pour se promener dans le Parc, il faut payer un droit, on reçoit une carte détaillée, la,  fille de Tourinform nous indique 4 balades. nous découvrons que nous logeons chez elle, Maria est sa mère !

Promenade en calèche

Promenade en calèche

Notre promenade en calèche part à 14h d’un hôtel de luxe qui abrite aussi des haras et un petit hippodrome. Deux chevaux bruns tirent une lourde carriole verte bâchée avec des bancs de bois qui fait partie d’une caravane de cinq équipages soulevant la poussière, on se dirait dans un western.

On nous montre les troupeaux : des vaches à très grandes cornes et à la robe grise, vaches indiennes croisées avec des buffles ( ?), des porcs laineux très, très sales, la boue retenue dans leur pelage fait une carapace, le chevaux en liberté, alezans assez lourds, plutôt des chevaux de trait, mais rien à voir avec des percherons. Dans la bergerie il fait très frais, les moutons ruminent, seuls les béliers avec de curieuses cornes torsadées toutes droites sur plus de trente centimètres.

Spectacle équestre

Cavalier de la puzsta

Des cavaliers approchent. Leurs costumes bleus avec de drôles de chapeaux coniques leur donnent un air mongol .La caravane ralentit. Les cavaliers font une démonstration  équestre impressionnante. L’un d’eux conduit un attelage de cinq chevaux, trois devant deux derrière, il est debout un pied sur le dos de chaque cheval et fait claquer son long fouet, l’attelage lancé au galop fait plusieurs cercles autour de nous. Puis trois autres cavaliers en bleu font coucher leur monture sans mettre pied à terre, le cheval s’assied ensuite à la manière d’un chien.

Dressage

Promenade dans le marais

Nous faisons ensuite une promenade à pied dans le marais occupé principalement par des roseaux. Sur deux kilomètres, nous ne voyons pas l’eau mais entendons les oiseaux, puis nous débouchons sur un chenal. Des meules coniques faites de bottes de roseaux nouées font de belles photos. Un petit pont de planches enjambe un autre chenal, un bel oiseau blanc ressemblant à un petit héron va se percher sur un arbre tout proche, des grenouilles sautent à notre approche, une couleuvre s’enfuit en ondulant à la surface de l’eau . Un affût est installé sur une tour de guet. Nous découvrons une très belle pièce d’eau. Des oiseaux noirs occupent les branches émergeant un peu plus loin, des cormorans ou des corbeaux ? des canards noirs nagent, le petit héron blanc est toujours sur son perchoir, un groupe très important d’oies occupe un endroit peu profond.
Nous suivons le canal le long d’une étroite voie ferrée désaffectée, de lourds volatiles nous précèdent – des outardes ou des oies ? – Elles ont la démarche dandinante de l’oie mais pas franchement le même profil. Lorsque nous approchons elles s’envolent. Une aigrette blanche et élégante se tient au bord d’un déversoir.
Au bout du chemin de fer, une vieille maison basse sans porte ni fenêtre est occupée par des pêcheurs. Au coucher du soleil nous remontons sur une tour d’affût et nous promettons d’y revenir dîner un soir.

Attelage14

La vie joue avec moi – David Grossman

LITTERATURE ISRAELIENNE

Pour célébrer les 90 ans de Vera, la famille est réunie au kibboutz. Même Nina est venue du Cercle Polaire. Plusieurs générations de femmes, Véra , Nina, sa fille, Guili la petite fille. Entre mères et filles, le dialogue est difficile, voire impossible, la maternité est loin d’être une évidence!

Nina au début d’Alzheimer,  va perdre la mémoire. Raphaël, le père de Guili, cinéaste, imagine de réaliser le film de son histoire qu’elle pourra visionner quand la maladie la gagnera. Raphael et Guili, la scripte, emmènent Vera et Nina en Croatie , à Cakovec,  ville natale de Vera, et à Goli Otok, l’ile-bagne pierreuse où Vera a été internée. Pendant tout le voyage Raphaël et Guili vont filmer, enregistrer, noter le récit de Vera et les réactions de Nina. Vera retrouve sa maison natale, raconte son enfance, la rencontre avec Milosz, le père de Nina puis son mariage, la guerre, la résistance avec les partisans de Tito et enfin l’arrestation… Les autorités donnent à Vera le choix :  renier son mari et signer son acte d’accusation afin de garder sa fille, ou être internée à Goli Otok. Vera ne signe pas. Sa fille peut elle entendre ce choix?

On peut lire le livre comme un roman, se laisser porter par l’action, les pages se tournent toutes seules. Ce n’est pas une fiction, c’est une histoire vraie, celle de Eva Panic-Nahir , célèbre en Yougoslavie qui a fait l’objet d’un livre Eva de Dane Ilic et d’un film documentaire. On peut lire La Vie joue avec moi comme un témoignage. Témoignage sur l’histoire de la Yougoslavie, le bagne titiste de Goli Otok, sur les guerres des Balkans aussi. C’est aussi le making-of, d’un film : Guili joue le rôle de la scripte qui note tout, l’éclairage, le son. L’écriture est cinématographique.

Encore un livre très riche, émouvant et passionnant!

 

Hortobagy : animaux et kayak

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Fermes à Hortobagy : canards

Animaux domestiques, chiens et vaches

Chevaux et carrioles

Par temps frais et couvert, nous retournons nous promener dans la Puszta. La voiture est garée près d’une ferme d’où partent des carrioles. Les fermiers sont peu loquaces. Ils ne nous aident pas à trouver le sentier. Nous prenons un chemin de terre près d’un puits à balancier. Des vaches à la robe sombre presque noire paissent non loin .  l’une d’elles, accompagnée de son veau,  debout  semble nous fixer. Dominique n’est pas rassurée. Deux chiens surgissent, c’est franchement la panique ! Nous rebroussons chemin prudemment suivies de loin par les chiens qui n’ont pas l’air agressifs, ils chassent les rongeurs et jouent. Avant de renoncer à la promenade, je demande aux fermiers s’ils sont méchants, je mime un chien qui mord, on nous assure que non, ils ne sont pas méchants.

Nous continuons donc la balade dans la praire fleurie de chardons roses et de chicorées bleues. Au loin à la jumelle, je surveille les troupeaux, derrière les vaches noires, il y a des buffles gris et plus loin des chevaux, encore plus loin, un troupeau de moutons .En revanche, peu d’oiseaux en dehors d’un vol d’étourneaux qui se regroupe près des vaches puis s’éparpille, ressemblant aux étincelles d’un feu d’artifice. Au dessus de cette plaine monotone où seuls les balanciers des puits dépassent, le vol d’étourneaux prend une importance particulière.

Fenaison

A contre-jour, se détachant sur l’horizon, une charrette de foin tirée par deux chevaux s’approche, il n’y a qu’un seul arbre, le tableau est saisissant ! Des calèches prennent leur cargaison de touristes et entrent en action. Des cavaliers bleus galopent, nous verrons peut être un autre spectacle équestre ? Nous nous rapprochons pour profiter de l’aubaine.  Je surveille la démonstration à la jumelle.

Musée des Bergers

Bergers

On y voit donc des costumes, des outils, des huttes de roseaux. Le plus beau, ce sont des objets gravés dans le bois ou la corne : couverts de table à manche ouvragé et incrusté, boites pour le rasoir ou le miroir, cuir tressé des harnachements des chevaux. Les manteaux de moutons richement brodés sont aussi très beaux.

Kayak lac de Tiszafüred 

On y loue des kayaks pour 250 ft l’heure. Les pagayes sont lourdes et j’ai bien du mal à manœuvrer. Dominique râle beaucoup parce que je l’éclabousse. Nous nous engageons dans une petite anse, un héron bihoreau se tient à l’affût sur chaque perchoir, c’est un enchantement de voir ces petits hérons huppés blancs et jaunes qui ne s’enfuient qu’au dernier moment.
Au retour, l’orage gronde dans le lointain mais cela ne nous empêche pas de retourner dans le marais.