Réveil 4h45 pour partir à 5h30 où je file la première derrière Hassan qui affrète une calèche. Le caléchier n’est ni le plus aimable, sa calèche n’est ni neuve ni belle, elle tombe en ruine et le cheval semble fatigué ! Première calèche à partir du Renaissance, nous nous faisons doubler par les calèches plus rapides aux chevaux plus jeunes et plus fringants qui galopent tandis que le nôtre trotte laborieusement.
Edfou calèche
Ce parcours en calèche dans la ville endormie a beaucoup de charme. Seules les boulangeries sont ouvertes et sentent délicieusement bon. La ville semble misérable. Peut être de jour avec les boutiques ouvertes, elle serait plus avenante. Descente de la calèche à 400 m du site pour faut traverser le souk à souvenirs. Je reconnais la nappe que j’avais achetée il y a 17 ans.
5h45, Hassan m’abandonne devant la porte qui n’ouvrira que dans un quart d’heure. Entre temps,un contingent d’asiatiques forme la file. C’était bien la peine de se lever si tôt pour les laisser entrer les premiers !
Edfou : pyône
Le temple d’Edfou était protégé de l’inondation par un épais mur de briques crues. Il est donc préservé au complet avec ses pylônes, sa cour, deux salles hypostyles, sanctuaires et chapelles latérales.
Découvert par Mariette en 1860. La date de construction : 227 av. JC , commencé sous Ptolémée III il fut achevé sous Tibère, remanié par les Romains.
Edfou : cobra protecteur
Ce temple est dédié à Horus à forme de faucon. Des faucons en granite gris en gardent les entrées. Au- dessus du porche, le disque solaire est sous la protection d’un cobra ; selon la légende, la paupière du cobra serait transparente, le cobra veillerait la nuit.
Horus
Sur le mur extérieur, le conflit entre Horus et son oncle Seth(figure d’hippopotame) est raconté avec divers épisodes. Horus perd la vue. Isis, sa mère va demander un œil à Amon-Rê. A la fin Horus vainqueur se tient debout sur l’hippopotame enchaîné et Osiris apparaît pour célébrer la victoire de son fils.
D’autres bas-reliefs racontent le mariage symbolique entre Horus et Hathor : avec leurs barques solaires respectives, les dieux viennent se rendre visite, portés par leurs porteurs (les prêtres ?).
Une barque solaire en or aurait été dans le naos, bien sûr volée. Une réplique en bois se trouve à sa place. Malheureusement, comme à Philae, les figures des dieux ont été martelées par les chrétiens. Le plafond de la seconde salle hypostyle est noirci, la suie proviendrait de feux allumés par des chrétiens fuyant les persécutions romaines.
Edfou Laboratoire : fabrication des remèdes et onguents la récolte des plantes
Dans une des 14 salles latérales, se trouve un laboratoireoù l’on élaborait parfums et onguents. Le haute de la salle est couvert de hiéroglyphes : les recettes des potions et médicaments. En dessous de fins bas-reliefs illustrent cette fabrication. Un personnage récolte les plantes dans un filet, un autre brandit des feuilles puis des flacons arrondis, des brûle-parfums…
Le Grand Prêtre du temple montait prêcher par un escalier en colimaçon dont les murs sont ornés d’une procession de dieux : en bas Sekhmet est particulièrement belle avec sa tête de lionne et son corps féminin à moitié dénudé (on voit son nombril).
Nous sommes arrivés à 6h au lever du jour. Si nous avions disposé de plus de temps j’aurais pu voir s’illuminer les chapiteaux puis les grandes figures du pylône. Malheureusement il faut rentrer : à 7h30, notre bateau appareille pour Louxor .
Hassan m’a octroyé 20 minutes pour faire des photos. Avec la foule ce n’est pas un plaisir, je renonce au bout de dix minutes. Dire qu’une heure plus tard après le départ des croisières le temple sera vide !
Lentement, le bateau se retourne et quitte Assouan en passant devant une grande mosquée blanche. Sur la rive orientale la route passe sous des rangs de palmiers. Sur la rive occidentale c’est un paysage de verdure comme un parc. A l’arrière des villages s’étagent, très colorés adossés à la colline. Façades bleues, mauves, roses et jaunes. Un minaret effilé dépasse. Puis le désert se rapproche. Un rocher tabulaire coiffe une butte. Au loin, des immeubles, un pont suspendu, deux piles tendant 12 câbles. Au bout du pont côté ouest, une ville moderne avec une rangée d’immeubles tous identiques gris verdâtres et encore des chantiers pas terminés d’une urbanisation galopante. Aucun immeuble ne semble fini, sauf le château d’eau. Ville champignon. Une mince bande verte longe le fleuve avec des palmiers des champs ou des jardins bien verts. Un troupeau de bovin, des ânes.
A l’est une falaise rocheuse présente des entailles, la carrière de Silsileh ? La zone verte est bien rétrécie.
Navigation : le désert est proche
On passe des îles avec roseaux, acacias, bancs de sable…
Après un peu plus de deux heures de navigation nous faisons escale à Koum Ombo. Je filme l’approche : le temple se trouve au bord de l’eau. Les bateaux sont nombreux à l’escale. Il faut traverser le luxueux Nefertiti pour arriver à quai.
Arrivée à Coum Ombo
Hassan marche à grandes enjambées pour me montrer les « scènes principales » avant la foule n’envahisse le temple. La lumière du couchant donne une teinte dorée à la pierre.
Couù Ombo dans la lumière du soir
C’est un petit temple de l’époque romaine qui possède les mêmes chapiteaux composites que Philae. Après avoir subi de nombreuses destructions, il est très incomplet et n’a plus ni colonnades ni pylônes. Dans la cour de Tibère il reste des traces de décors polychromes. Ce temple est double : consacré à Hororis à tête de faucon et à Sobek, le dieu crocodile. Sur un mur, Maat préside avec justice à la répartition égale (et symétrique) de l’espace entre les deux divinités. Les sanctuaires ont disparu, seule la salle hypostyle est complète.
Dans cet édifice fragmentaires Hassan montre l’essentiel :
Coum Ombo : Sobek à forme de crocodile
Le calendrier conçu par Ptolémée III, 3 lionnes figurent les 3 saisons : l’Inondation, la Germination, la Récolte. Pour la Récolte, la perruque est plus épaisse comme formée d’épis. Chaque saison compte 4 mois de 30 jours plus cinq jours pour es fêtes. Pour un compte juste, Ptolémée invente le jour supplémentaires des années bissextiles. Chaque jour est symbolisé par un disque solaire, un bâtonnet par jour, un fer à cheval pour 20. Après 29 « bah ! » : c’est la fin du mois/
Coum Ombo : Calendrier
Ce temple servait aussi d’hôpital : sur un mur, on voit une collection d’instrument de chirurgie avec un bassin pour désinfecter, le rouleau de papyrus pour les ordonnances, le scalpel, la balance pour préparer les remèdes….Un accouchement est représenté sur un bas- relief, à côté la mère allaite son enfant.
On a retrouvé non loin de là un cimetière de crocodiles : la visite se termine au Musée des Crocodiles. De grandes momies sont présentes sur un banc de sable. Le musée est très bien fait avec de nombreux panneaux explicatifs et des stèles ou statues où figurent des crocodiles. Une relation ambiguë liait les Égyptiens aux crocodiles qui craignaient leur férocité mais admiraient leur force, leur fécondité et les soins apportés à leurs petits.
Sur le Renaissance : Dîner oriental, falafels fameux et plusieurs plats à base d’aubergines grillées ou en caviar, pâtisseries orientales délicieuses…
Cette grande exposition dévoile des facettes que je ne connaissais pas du peintre- affichiste de Montmartre qui se révèle être aussi un merveilleux dessinateur (je m’en doutais un peu) et un portraitiste.
J’ai beaucoup aimé les portraits où l’on ressent la parenté avec Van Gogh ou Emile Bernard.
Portrait d' »Elles », les femmes des maisons closes jamais graveleuses, toujours attentives aux détails : femmes à la toilette….Portraits d’hommes aussi. Et puis j’ai aimé deviner la silhouette d’Oscar Wilde et le profil de Fénéon
Temple d’Isis, il raconte la légende d’Osiris que son frère jaloux Seth enferma dans un sarcophage qui dériva jusqu’à Biblos, en Syrie où Isis le retrouva. Puis il raconte la quête d’Isis quand Osiris fut découpé en 14 morceaux. Quand elle en eut retrouvé 13, Isis fit appel à Anubis, l’embaumeur et à Nephtis la magicienne. Battant des ailes, Isis engendra Horus. Femme amoureuse, fidèle, mère accomplie, Isis sut séduire les Égyptiens mais son culte se répandit jusqu’à Rome.
Temple Ptolémaïque (322 av. Jc – 33 av JC) le culte d’Isis fut célébré jusqu’à la fin du 4ème siècle. Les pharaons lagides, à al suite de la conquête d’Alexandre, n’étaient pas de pur sang égyptien. Pour se faire accepter du peuple égyptien, le pharaon recourait à un « engendrement divin » par Amon-Ré dans le Mammisi ou chambre de naissance divine.
Hassan, le guide en profite pour montrer les 2 cartouches des pharaons : l’un porte le « nom de naissance » avec le canard et le disque solaire, l’autre le « nom de couronnement » avec l’abeille et le roseau – symbolisant la Haute et la Basse Egypte.
Ce temple fut détruit en 27 avant JC par un séisme. ,
Philae : colonnade des chapiteaux tous différents
Le temple est construit selon le plan traditionnel, colonnade, puis on entre par un pylône dans une cour ouverte, une salle hypostyle précédant le naos.
Sur un rocher une stèle remercie Ptolémée d’avoir privilégié Isis lors d’un conflit entre les prêtres d’Isis et ceux d’Atoum qui revendiquaient également le site.
Philae pylône
Sur le Pylône, les figures martelées du Pharaon portant les couronnes donne à Hassan l’occasion d’une révision des coiffes, de haute Égypte, Basse Egypte et ptolémaïque qui comporte 3 parties.
Philae raconte aussi l’Empire Romain avec les portes de Dioclétien, d’Hadrien et le kiosque de Trajan. Récit également de la fin du paganisme et de la christianisation. Les Chrétiens ont martelé les idoles s’attaquant presque uniquement aux grandes figures du pylône et laissant intacts les décors gravés et els hiéroglyphes. Ils se sont cachés pendant les persécutions romaines. Tout semble un peu confus. Des croix coptes assez discrètes sont disséminées ici et là dans la salle hypostyle.
Philae : autel copte
Une autre histoire est gravée sur les murs de Philae : l’histoire de Bonaparte qui fit graver tout un mur « en l’an 6 de ma République, 13 Messidor…. » une autre inscription : celle des savants qui ont mesuré la longitude et la latitude. Des impacts de balles bien visibles témoignent des combats que Bonaparte livra aux Mamelouks.
Temple d’Hathor déesse de la musique : Bès musicien
Isis n’était pas la seule déesse vénérée à Philae : Hathor est très présente par els colonnes Hathoriques avec la figure de femme aux oreilles de vache. Dans la cour : 7 colonnes hathoriques font référence aux 7 premiers jours de la vie d’un nouveau-né (les plus difficiles). La tradition des 7 jours perdure chez els Musulmans en Egypte. Déesse de l’enfantement, Hathor est aussi déesse de la musique comme on le voit sur les murs du petit temple d’Hathor où l’on reconnait Bès jouant de la harpe, Sekmeth et un tambour, un singe guitariste, un flûtiste….
philqae : kiosque de Trajan
Le Pavillon de Trajan est une très élégante construction avec ses colonnes portant des chapiteaux tous différents. L’un d’eux est décoré de grappes de raisin. Deux palmiers l’accompagnent. La vue est très belle sur le Nil. Traces aussi des visiteurs du 19ème siècle qui laissaient des graffiti sans aucun respect pour le monument. Un nom, une date, une provenance : les murs lisses mais laissés sans décoration étaient des supports rêvés. « Brauerhors, 1851, Berlin »… »Godefrey Levinge 1833 »
Philae vue du bateau
Avant de rentrer au bateau, une visite est prévue au Palais des Parfums. C’est une boutique, on ne me montrera pas les secrets de fabrication des essences ni des parfums. Après avoir apporté un verre de kerkadé le vendeur me montre des listes d’essences et détaille les pouvoirs médicinaux des végétaux, et les parfums imitant les meilleures marques. Un sel prix 25$, ce qui change, c’est le contenant. De l’essence de menthe ou d’eucalyptus se vendra dans un grand flacon tandis qu’un parfum sera conditionné en petit volume. Le prix est rédhibitoire. J’explique à Hassan qui’l est inutile de perdre notre temps dans les boutiques je sais très bien refuser les offres « la, choukran ! »
Je note les cultures autour d’Abou Simbel, la route fleurie, bordée de palmiers, des vergers d’agrumes. Une flèche indique le complexe agricole Toshka , El Mostakbal village, . El Salaam village. Sur place, je ne verrai rien de plus que des gros engins d’irrigation. Au retour à Créteil, sur Internet je découvre les projets pharaoniques consistant à dérouter les eaux du lac Nasser vers un lac intérieur Tochka, la création d’une ville nouvelle….Ces projets datent déjà de l’ère Moubarak, une station de pompage pharaonique « Moubarak » a été construite. Le président actuel Sissi a relancé ces initiatives. Malheureusement la documentation que j’ai découverte sur Internet est parcellaire, contradictoire et datée. Le rêve de faire fleurir le désert, d’implanter des millions d’Egyptiens dans cette « Nouvelle vallée » est-il en cours de réalisation ou est-ce un mirage ?
Ville du future ou ville fantôme?
En tout cas, le désert semble bien travaillé par des engins de BTP géants, des camions charriant du matériel de construction ou des gravats circulent, je n’arrive pas à lever l’énigme de ce mur soigneusement construit sur des dizaines de km. Autre énigme pour moi : la ville New Toshka, est-elle habitée ? Evidemment, si nous étions en voyage organisé, peut-être un conférencier nous l’expliquerait. Rien n’est moins sûr. Le guides sont très diserts sur les antiquités pharaoniques et parlent peu du quotidien des Egyptiens, encore moins de leurs dirigeants.
Le lac Nasser et la nouvelle valle :projet Toshka
Arrêt pour admirer un mirage, cela fait de l’effet.
Un vent de sable soulève un rideau jaune. Peut être la poussière des chantiers ? Le désert évoque l’idée de la solitude propice à la méditation. Dans le cas présent ce serait plutôt le contraire. On croirait entendre bourdonner les chantiers ? A intervalles réguliers on voit des tas résultant du travail de gros engins.
L’énorme cimenterie annonce le retour à l’urbanisation.
La croisière sur le Renaissance
Le Renaissance
Notre bateau : Le Renaissance.
Check in : 13h, pour le déjeuner.
Nous sommes très agréablement surprises : le navire est magnifique, bien entretenu. Notre cabine est luxueuse, grande comme une chambre d’hôtel 4 ou 5* avec tout le confort et une large baie vitrée. La salle à manger est encore ouverte le déjeuner-buffet est très appétissant (nous avions gardé un très mauvais souvenir des buffets jordaniens) . On nous attribue une petite table rien que pour nos puisque nous formons un « groupe de 2 ». Nous avons même un guide francophone rien que pour nous !
Croisière cabine et felouque
La croisière a prévu pour nous une « promenade enfelouque » qui sera une promenade en bateau à moteur jusqu’à l’île Kitchener un peu décevante si je compare avec celle de Badri.
A 16 heures nous nous installons sur le pont du bateau pour voir le soir tomber, les felouques passer. Conditions idéales pour dessiner et les sujets d’inspiration ne manquent pas !
Comme il y a eu des films-catastrophes….aussi comme livre raté…
Je ne m’attendais pas à un livre calamiteux. De Christian Jacq, j’avais bien aimé les policiers qui se déroulaient à Deir el Medineh, le village des artisans . Lus avant de découvrir les tombes peintes j’avais trouvé ces ouvrages une bonne introduction au voyage. La trilogie de Ramsès m’avait aussi rendu lisibles les temples du Ramasseum, de Sethi 1er , de Louxor et de Karnak. Plus tard j’ai lu les ouvrages plus scientifique de Christiane Desroche-Noblecourt . je préfère toujours l’Histoire et les historiens aux romans historiques. Toutefois, cette vulgarisation intelligente et facile m’avait semblé de bonne facture.
Avec le tourisme de masse qui a déserté les rives du Nil, les ouvrages de Christian Jacq ont disparu des étagères….
De retour à Assouan, en prévision de notre excursion à Abou Simbel, j’ai téléchargé ce titre espérant en apprendre sur le barrage et sur le Lac Nasser. Au début, cela commence par un massacre dans un autobus, et puis cela continue par des assassinats, des attentats à n’en plus finir. Grand guignol!
J’avais que l’auteur développerait les études de son « spécialiste du barrage », mais non, ce n’est pas de la vulgarisation scientifique c’est un thriller, très violent, manichéiste, à la morale simpliste. Les méchants sont les islamiste, djihadistes. Les Égyptiens sont tous corrompus. Tout peut s’acheter. Le héros est entouré de traîtres…..
Aucune empathie possible.
Notre héros vient de perdre sa fiancée, la vengeance sera sa seule motivation. Quelle originalité! Il se précipite chez une ancienne maîtresse, puis séduit une troisième. Toutes sont belles, intelligentes….Il va perdre tous ses amis, assassinés à ses côtés et lui, réchappe de peu de nombreuses explosions….
Quelle Egypte détestable! l’auteur n’aime-t-il que les Égyptiens morts il y a 3000 ans, au moins? On se demande comment son héros américain aime l’Egypte telle qu’il la présente.
Policier pour policier, je me délecterai d’Agatha Christie.
Hamed a réservé l’excursion dans un minibus qui part avec le convoi de 4 h d’Assouan et qui rentre tôt dans l’après-midi. Le prix est de 30$ pour l’aller-retour. Mais nous avons prévu de passer la nuit à Abou Simbel et avons réservé une chambre par Booking.com à l’hôtel Thuya pour ne rentrer que le lendemain. Comme nous avons la place du retour le jour même, il faut réserver deux excursions chacune ! Ce qui revient alors à 60$ par personne. C’est donc le double du prix prévu mais nous ne le regretterons pas.
3h15, Saïd et Hamed nous accompagnent dans la nuit au bateau de Badri. La nuit est claire avec les étoiles, on met la torche du téléphone mobile pour bien voir où l’on met les pieds. Traversée dans la nuit. Badri navigue très doucement entre les rochers de la 1ère Cataracte. Dès qu’on se trouve en face d’Assouan la ville brille comme un sapin de Noël. Les Egyptiens semblent très friands de guirlandes lumineuses. Les troncs des palmiers de l’Old Cataract sont enguirlandés et se reflètent dans l’eau. Plus loin, une longue bande verte souligne la Corniche, des néons violets et roses illuminent les lampadaires de l’éclairage urbain. La signalisation routière est aussi soulignée d’effets lumineux : le piéton des feux tricolores bouge ses jambes !
Le taxi fait un tour en ville pour collecter les autres excursionnistes. Assouan est une grande ville, 300.000 habitants ? 500.000 ? La démographie égyptienne est tellement galopante que je ne trouve pas de chiffre fiable sur Internet. En dehors de la Corniche touristique, et du souk, Assouan n’est pas particulièrement belle : grands immeubles de ciment mal entretenus. Comme nous avons eu raison de choisir l’Île Eléphantine !
Le taxi charge 6 asiatiques emmitouflés, japonais, coréens ou chinois ? On ne le saura pas. Pas un bonjour non plus. Le véhicule s’immobilise à proximité du check point, le chauffeur et son acolyte sortent fumer. Il fait un froid glacial. Des camions énormes viennent à notre rencontre. Le temps parait très long.
Le soleil se lève dans le désert
On passe la centrale électrique, des guirlandes illuminent le campus de l’Université d’Assouan puis le taxi s’enfonce dans la nuit. Je tombe dans un profond sommeil. Vers 6h, je me réveille dans un désert de sable jaune plat, pas de dunes, à peine quelques traces de pneus. De temps en temps quelques buttes coniques. A droite la ligne Haute tension. Un beau mur de pierres bien maçonné suit la ligne électrique. Rien pour tromper l’ennui du conducteur à part les bandes en relief qui signalent un changement de direction. 6h25, le soleil sort de l‘horizon et éclaire un paysage rocailleux. Il faut rapidement fermer les rideaux pour ne pas être ébloui. Nous passons une sorte de ville fantôme, ce n’est pas un mirage, mais de quoi peuvent donc vivre ses habitants.
Enormes engins d’irrigation, cultures expérimentales, une zone bien verte s’est installée à l’approche de villages. Champs de canne, blé, jardins de fèves, il a même une grande étable. L’idée de faire fleurir le désert me plait.
7h30 : arrivée sur le site d’Abou Simbel, les asiatiques descendent : rendez-vous 9h30. Deux heures pour acheter les tickets, visiter le site et manger un morceau. Le chauffeur nous conduit à l’hôtel Thuya où nous laissons les valises et nous ramène sur le site. Pour nous, toute la journée : un privilège !
Le temple vu de face
Un vieux monsieur – guide francophone – nous pilote et nous donne rendez-vous devant le « mur ».
Grand temple
Une allée fait une grande courbe autour d’une colline. Nous ne découvrons le pylône du grand temple par surprise. Les colosses sont beaucoup plus impressionnants que je ne l’imaginais. Cette première rencontre est un choc ! Quatre Ramsès assis et au milieu Horus qui porte le disque solaire. Aux pieds du pharaon, n’arrivant même pas aux genoux, des femmes, mères, filles ou épouses. Tout au-dessus sous la corniche les babouins sont alignés au pied d’une série de faucons. Cette première visite est polluée par la foule qui se presse. Je suis agacée par les selfies. Chacun pose, mime les gestes de Ramsès. Une horreur !
La salle et les colonnes osiriaques
10h30, le temple m’appartient à moi seule. 8 colosses en Osiris, bras croisés mais barbe bien droite – donc vivant – sont muets mais presque rêveurs avec leurs yeux maquillés. Dans la grande salle, le sujet principal est la bataille de Qadesh racontée sur les deux murs latéraux qui se font face : chars et chevaux sur un fond de hiéroglyphes. Sur le mur qui encadre la porte un gigantesque pharaon tient dans ses mains les têtes des prisonniers.
Au fond du naos, les quatre divinités me regardent. Silence. Moment rare.
dans le naos : quatre statues
Dans les chapelles latérales se répètent les scènes d’offrandes à Horus avec d’infimes variations. Tantôt deux flacons de parfums, puis un encensoir. Enfin la divinité a une tête de bélier : Amon ? Le dieu est assis, pharaon est à genoux, tan tôt brandissant son offrande, des pains…
Le temple de Néfertari
Temple de Nefertari
Le temple de Néfertari est plus petit. Il est dédié à la déesse Hathor. 6 colosses : 3 Ramsès, 3 Néfertari en tenue d’Hathor sont sur la façade. Dans la salle des piliers hathoriques. Le décor est plus fruste moins fourni que dans le grand temple. Il est aussi moins guerrier.
Le lac Nasser est agité de vagues, presque la tempête avec le vent très froid.
le Lac Nasser
Au Centre des Visiteurs : une vidéo raconte le Sauvetage des Temples. Cette opération sous l’égide de l’UNESCO m’impressionne : pharaonique ! 50 nations ont coopéré avec la France au 1er plan.
60 ans plus tard pourrait-on imaginer une telle opération pour sauver un site du Patrimoine de l’Humanité ? On a laissé détruire les bouddhas de Bamyan, la vieille ville d’Alep et même Venise est menacée sans qu’on n’envisage un sauvetage. En visionnant le film, des détails me reviennent comme le lion de Ramsès que je n’avais pas remarqué. Il faudra que je le cherche cette après-midi !
Un militaire nous appelle un taxi pour rentrer à l’hôtel. Il n’y a aucun taxi sur le site. Rien n’est prévu pour les voyageurs individuels. Il y a très peu d’hôtels aussi.
Le restaurant de l’hôtel Thuya
L’hôtel Thuya est le plus proche du site. D’architecture nubienne, il a une façade colorée, des voûtes nubiennes. Notre chambre est une cellule voûtée de briques rouges aux murs peints de fresques avec le Nil et des felouques. Une grande salle de bain, la clim, télévision. Tout le confort ! Entre le restaurant et les chambres, le petit jardin est bordé de haies de basilic géant d’au moins un mètre de haut.
Tout d’abord : une douche ! Même avec le voile acheté à ‘île Kitchener, mes cheveux ont pris la poussière du désert ils ont une couleur jaune, secs comme de la paille !
Dans la grande salle du restaurant est sous des arcades peintes de rouge et de blanc. Nous commandons le plat- tagine pour moi, poisson pour Dominique et le repas complet est servi : soupe de poisson, salades et tehina, riz et légumes et même un dessert : bananes et pomme découpée à la mandoline en fines tranches.
Une promenade fleurie longe le lac et conduit au site où il n’y a plus personne à l’exception d’un groupe de motards casqués et vêtus de cuir qui fait une courte incursion dans le Grand Temple et ne trouble pas longtemps ma quiétude. Je peux détailler la bataille de Qadesh et trouver le lion.
Nous avons tellement bien déjeuner que des yaourts suffiraient pour dîner. Mais pour les trouver j’ai parcouru au moins 4 kilomètres. Abou Simbel touristique est déserte. Il n’y a ni café ni restaurants encore moins des magasins d’alimentation. Juste des banques et un salon de massage avec une spécialité étonnante en plein désert : massage du visage aux escargots.
A la réception, les garçons sont très sympathiques. Tous diplômés d’université ils se plaignent du manque de perspectives pour les jeunes. Seul le tourisme offre des emplois.
Pour moi, le Greco avait peint des hommes au visage allongé, un peu mystérieux, très espagnols….avait peint Tolède…
Domenikos Theotokopoulos est né en Crète en 1541 et nous avons vu sa maison et la petite église byzantine à Fodele.
J’ai toujours eu du mal à faire le lien entre Tolède et Fodele. Cette exposition me fait découvrir l’oeuvre et le parcours du peintre
Domenikos Theotokopoulos a commencé à peindre des icônes et ce n’est pas un hasard s’il se réfère à Saint Luc, le peintre de la Vierge (en Grèce, on a retrouvé tant d’images miraculeuses de la Panaghia peintes par Saint Luc).
Candie, au 16ème siècle, était vénitienne. Venise, 1567, à l’arrivée du Greco était la ville de Titien, du Tintoret, Veronèse…il devait être difficile de rivaliser avec tant de célébrités. Greco, alors peint des petits formats, de la taille de petites icônes. Sa palette comporte surtout des bruns, quelques taches rouges..>Le triptyque de Modène est un chef d’oeuvre de cet art miniature « penser grand, peindre petit » aurait-il déclaré.
triptyque de Modène
La peinture illumine bientôt ses tableaux. Greco se met à l’Ecole vénitienne…
Annonciation
Le songe de Philippe II (1577) se réfère à la Bataille de Lepante (1571) bataille très espagnole mais aussi très grecque!
Grec? Vénitien? Espagnol? Il est aussi passé par Rome où il a vu les œuvres de Michel Ange…
J’avoue, les grandes toiles religieuses m’ont un peu ennuyée. En revanche les portraits sont saisissants de modernité.
Portrait du Cardinal Nino de Guevarra
Je pense au Titien, quelle audace ces lunettes!
Le Saint Martin est très espagnol, on l’utiliserait pour illustrer Don Quichotte! (et oui Cervantes était lui aussi à Lepante!)
Un Saint Martin très espagnol!
Beaucoup de sujets religieux mais pas que….j’ai aimé ces variations sur le souffleur de braises
la fable
Greco travaille à des variation, m’explique-t-on dans l’exposition. Il revient sur des thèmes pendant de longues années comme pour Jesus chassant les marchands du temples qu’il a peint successivement en 1570- 1575 – 1600 et 1614. La version de 1575 me plait beaucoup avec les 4 marchands dans le coin droit en bas
Jésus chassant les marchands du temple (1575)
La dernière version annonce la Vision de Saint Jean
jésus chassant les marchands du temple
Cette vision de Saint Jean : apocalypse est (pour moi ) une peinture extrêmement moderne, presque contemporaine qui pourrait figurer à côté d’un Picasso ou d’une peinture expressionniste
Vision de Saint Jean 1614
J’ai vraiment découvert Greco que je croyais connaître!
Aswan nubian house ne prend pas la Carte Bleue. Je pars sur la rive d’en face, en ville trouver un distributeur. Je fais l’expérience du ferry « baladi » populaire : 5 Guinées, quelques minutes. Je trouve une place du côté des femmes, ici on ne se mélange pas.
Le Musée Nubien est construit au-dessus de l’Old Cataract. Ce beau bâtiment de pierre fut dessiné par l’architecte égyptien Mahmoud El Hakim, crée avec l’aide de l’UNESCO dans le cadre du sauvetage des Monuments de Nubie.
Je me souviens bien de la section ethnographique avec les maisons avec de jolies façades -taille réelle -habitées par des mannequins, taille humaine. Les maisons nubiennes étaient des constructions en adobe avec de nombreuses pièces s’ouvrant sur une cour ouverte. Les façades étaient très ornées avec des motifs géométriques ; Le sol était en terre battue. On a aussi présenté du matériel d’irrigation : chadouf et saqiya, une école…pour garder le souvenir de toute une région, une culture noyée lors de la mise en eau du Haut barrage. J’avais rencontré des familles nubiennes avec leurs enfants venus retrouver leurs racines.
village nubien reconstitué section ethnographique du musée d’Assouan
Aujourd’hui, je passe plus de temps dans la section historique.
La Préhistoire est bien documentée, souvenirs des chasseurs des jungles du Nil quand abondaient girafes et hippopotames, gazelles et éléphants qu’on voit sur des pétroglyphes gravés dans du grès.
Au Néolithique (Nagada : 4500-4000 av. JC) en plus des silex soigneusement travaillés, des masses circulaires ont été façonnées dans des roches diverses, albâtre ou granite. Je découvre aussi des palettes de schiste pour moudre la galène pour le khôl et la malachite.
De magnifiques poteries fines, lisses brillantes et noires vernissées voisinent avec d’autres gravées. L’élevage et l’agriculture furent introduits par les Nubiens autour de 4000av JC.
Âge des Pyramides :
Je mélange un peu tout, l’histoire de la Nubie et de l’Egypte s’entremêlent. Entre la 1ère Cataracte (Assouan) et la 2ème les miens d’or et les carrières étaient importants pour les Pharaons égyptiens. Elles étaient parfois annexées à l’Egypte, comme Abou Simbel par Ramsès II. Des royaumes distincts ont coexisté : Kush et Méroé avaient à leur tête des souverains remarquables. Sénousert III construisit une ligne de fort jusqu’à la 3ème Cataracte pour défendre son royaume. Thoutmosis et les Pharaons de la 18ème Dynastie mirent fin au royaume de Koush.
Au 7ème siècle av. JC le Royaume de Méroé est représenté par une série de statues au style bien différencié de celles de l’Égypte même si les thèmes sont analogues.
La maquette de Philae illustre la fin du paganisme : les dernières inscriptions hiéroglyphiques sont datées à Philae 394 après JC alors qu’à Alexandrie, trois ans auparavant le temple de Sérapis avait été détruit par l’évêque Théophile.
Une salle entière est consacrée à la Nubie Chrétienne : un mur porte les fresques de l’église Abdella 10ème siècle, on voit aussi des maquettes d’églises coptes et des échantillons de tissus coptes
La salle de la Nubie islamique raconte l’histoire de la conversion à l’Islam par étapes :
Les premiers contacts (641 -658) ne furent pas décisifs. Un contentieux s’établit à propos des esclaves : ceux qui se convertissaient à l’Islam devenaient des Musulmans libres.
Au 10ème 11ème siècle un émirat fatimide puissant s’établit à Assouan.
Ce n’est qu’avec la conquête ottomane vers 1520 (Soliman le magnifique) que la Nubie devint ottomane alors que l’Egypte l’avait été au 10ème siècle et en 1250 avec les Mamelouks ;
Une section importante est dédiée aux barrages et à l’irrigation :
Les premiers projets remontent au 19ème siècle au règne de Mohamed Ali (1833) ? On divisa l’Egypte en cinq cercles d’irrigation.
Le vieux barrage (1898-1912) est l’œuvre d’un ingénieur britannique Sir William Willicocks. Il faut construit en granite d’Assouan. A l’ouest du vieux barrage fut creusé un canal navigable ?
Le Haut Barrage (1960-1971) 7 km en amont a noyé la Nubie sous le Lac Nasser.
Après la visite au Musée, je rentre par le ferry directement pour profiter du coucher de soleil sur la terrasse. Mais comme le réveil va sonner à 3 herues du matin nous nous couchons tôt vers 20h30.
Il me plait d’écrire « promenade en felouque » mais c’est en bateau à moteur que Badri nous fera faire le tour de l’Île Kitchener, et nous emmènera jusqu’à l’ancien barrage voir els villages nubiens.
Rendez-vous à 8h30 au pied de l’Aswan Nubian House .
Huppe
Deux huppes de posent sur les gros rochers, bon augure pour une promenade à tendance ornithologique !
les palmiers de l’Île Kitchener
Le matin, le Nil se teinte d’or, puis les dunes de la rive occidentale se reflètent dans le miroir d’eau. Nous accostons aux gradins de l’Île Kitchener attendues par les vendeurs de souvenirs. Je trouve l’écharpe blanche légère que je cherche depuis longtemps depuis que mon voile turc s’est déchiré. Bougainvillées fuchsia et orange, fleurissent le débarcadère tandis que les hauts fûts des palmiers forment une haie de colonnes blanches : palmiers royaux de Cuba ou d’autres aux troncs hérissés. Dans les carrés des essences venues du monde entier. Certains arbres sont gigantesques. C’est un endroit calme, apaisant. Sur al rive opposée les Tombes des Nobles se reflètent dans l’eau. On pourrait les visiter mais ce n’est pas prévu ce matin.
les tombes de nobles et les reflets
La suite de la mini-croisière est propose des observations ornithologiques. Le capitaine Badri, un nubien plus très jeune mais polyglotte a appris avec les touristes les noms des oiseaux.
Héron
Il sait où se tiennent les hérons, les aigrettes, les cormorans et même le balbuzard pêcheur (Osprey)Il ralentit l’allure et même coupe le moteur pour approcher les oiseaux et les prendre en photo. Les canards sont nombreux : canards pilet et même une Ouette d’Egypte qui est pour moi un e nouveauté. Je me demandais bien qui était cet anatidé de grosse taille, presque aussi grosse qu’une oie perchée sur son rocher. Avec le smartphone on a une aide à l’identification !
ouette d’Egypte
Très jolis hérons juvéniles et martin-pêcheurs. D’après Badri, les ibis ont disparu ou sont devenus très rares. Nous sommes chanceuses d’en voir un avec son bec caractéristique et son plumage gris foncé presque noir (falcinelle ou ibis noir ?).
Le bateau se faufile entre les rochers ronds de la première cataracte. On s’amuse à repérer les tourbillons, des rapides qui autrefois devaient être impressionnants et maintenant sont bien tranquilles surtout quand le niveau du Nil est aussi bas par rapport aux traces sur les blocs.
Sur les berges quelques bufflones sont attachées.
Villages nubiens
On construit ici beaucoup : des « hôtels nubiens » avec dômes et voûtes nubiennes, façades blanches bariolées de motifs colorés. Badri se désole. Dans 5 ans, cela en sera fini de la tranquillité et de la paix sur son bateau.
Une plage est aménagée. Des touristes viennent s’y baigner mais pas aujourd’hui, elle est vide. Les pédalos attendent retournés sur le sable ? Les chameliers attendent avec leurs animaux. Nous faisons une escale au village Akato au pied de l’Hôtel Kato Dool très coloré avec une fresque originale. Je monte et découvre un très joli marché. Des épices sont disposées dans de beaux paniers, il y a aussi des masques africains et des tissus multicolores. Les chameaux rappellent les caravanes d’autrefois.