Monteverde : à la poursuite du Quetzal

quetzalCARNETS DU COSTA RICA

La Réserve biologique de Monteverde:

Il faut arriver dès l’ouverture à 7h pour acheter le ticket (20$).

Maurizio, le guide, place la promenade sous le signe du Quetzal, roi des oiseaux, l’oiseau mythique des Aztèques, équivalent américain du Simorgh persan de la Conférence des oiseaux. A l’entrée du Parc, Maurizio nous fait prendre un chemin latéral, nous fait taire, marcher silencieusement en courbant le dos : hommage au quetzal perché sur une branche, un magnifique mâle avec ses deux longues plumes qui dépassent la queue formant une sorte de traîne. Dans la pénombre de la forêt, on distingue le rouge de son poitrail, et on reconnaît la silhouette mythique. Chacun veut immortaliser la rencontre. Il y a si peu de lumière, il ne faut pas s’approcher ni déclencher le flash de peur de l’effrayer. Ma photo  de cette rencontre magique sera floue!

Le Quetzal appartient à la famille des trogons que nous avons rencontré à Boca Tapada. Le Quetzal ne vit que dans les montagnes, dans la Forêt de nuages : il se nourrit sur les avocatiers géants qui poussent dans cette forêt. Ce ne sont pas les gros avocats que nous mangeons. Les fruits sont petits. L’oiseau mange le fruit entier et régurgite le noyau qui a subi dans son estomac une première étape préparant la germination. Les fruits qui tombent seuls au sol ont moins de chance de donner un nouvel avocatier.

La Forêt des nuages

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Fougères arborescentes, mousses épiphytes
Fougères arborescentes, mousses épiphytes

La forêt des nuages est un écosystème particulier résultant de la combinaison de deux phénomènes : le relief élevé (1400m) et la présence des nuages venant de l’Atlantique (plus chaud) et du Pacifique (plus froid). La résultante est une brume qui baigne la forêt.  Caractéristique de cette hygrométrie, le nombre considérable de plantes épiphytes qui bénéficient non seulement de l’eau mais aussi des nutriments nécessaires à leur croissance. Bromélias et orchidées sont les épiphytes les plus notables ;  il existe aussi des hémi-épiphytes, et des parasites et lianes de toutes espèces, mousses et fougères.  Cependant cet équilibre est menacé par le réchauffement climatique : si les eaux des océans se réchauffent, les nuages s’élèveront plus haut et la brume permanente sera située à une autre altitude. Peut être que dans 50 ans il n’y aura plus de Forêt des nuages à Monteverde. Autre menace : la pollution. L’air nourrit les plantes épiphytes mais la pollution apportée par l’air est une menace aussi bien pour les végétaux que pour les batraciens. Déjà, le Crapaud doré est éteint.

Pont suspendu
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Pont suspendu

Les éleveurs de Monteverde ont défriché, il y a environ 75 ans la forêt. Maintenant que la forêt est protégée, on replante. Une partie de la forêt de la Réserve biologique est constituée de Forêt Primaire avec des arbres séculaires immenses, une autre partie à une forêt secondaire, replantée. Il est difficile d’évaluer l’âge des arbres : en l’absence de saisons marquées, la croissance est régulière et on ne peut pas compter les stries concentriques comme pour les arbres qui poussent dans des saisons contrastées. Les grands arbres sont aussi fragilisés par l’énorme masse d’eau contenue dans les mousses, fougères et épiphytes. Ils ont tendance à s’écrouler. Parmi les plus grands, on trouve les figuiers étrangleurs au diamètre du tronc énorme. Quant aux lianes qui relient deux arbres, leur croissance est si lente que, seuls les arbres de la forêt primaire, en porteraient. On distingue les vraies lianes et les « vines » (en anglais, j’ai cherché sans succès sur Internet la nuance en français), les « vines » pousseraient plus rapidement.

végétaux

Arbre géant surchargé d’épiphytes mousses…
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Arbre géant surchargé d’épiphytes mousses…

Au cours de la promenade, Maurizio nous montre quelques végétaux intéressants tomatillos : solanacées sauvages aux minuscules fruits orange (à ne pas confondre avec les physalis qu’on appelle aussi tomatillos verde).

Le cœur de palmier provient d’un palmier sauvage dont on coupait le sommet (avant qu’il ne soit dans le parc où tout prélèvement est interdit). C’était, selon le guide, une tradition pascale. D’après lui, les Costariciens mangent plus volontiers de la viande sauf pendant le Carême.

Il existe aussi dans la forêt des plants de caféiers sauvages. Ici on cultive l’arabica originaire d’Afrique et non pas les espèces endémiques.

Mais cette promenade est surtout ornithologique. Nous marchons le plus silencieusement possible, écoutons chants et appels des oiseaux pour essayer de les localiser. Maurizio imite le chant du Quetzal , il l’appelle. Parmi tous les bruits de la jungle, nous avons appris à le reconnaître. Se guidant à l’oreille, Maurizio nous conduit sur la piste d’autres Quetzals. Nous avons l’immense plaisir d’en apercevoir deux près d’un pont suspendu : une femelle perchée plus haut, et un mâle. Selon le guide, ce n’est pas un  couple ; le jeune mâle est trop pâle pour attirer une femelle adulte qui choisira plutôt un mâle aux couleurs vives.

Un cri métallique se reconnait : nous ne trouverons pas ce joueur de guimbarde : le » Bell-bird » ((Procnias tricarunculatus), il est quelque part tout proche mais bien caché dans le feuillage.

Un petit trogon se montre furtivement.

Des toucanets mangent des fruits et jettent les noyaux sur nos têtes. Il vaut mieux ne pas s’attarder. La forêt de nuages n’abrite pas de grands toucans mais seulement ces petits.

Grand vacarme chez les petits oiseaux que Maurizio interprète comme la probable arrivée d’un serpent qu’évidemment nous ne voyons pas même en cherchant bien.

colibri au jardin des colibris
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colibri au jardin des colibris

Les colibris sont fascinants avec leurs couleurs métalliques, leur vol stationnaire et leur fin bec. Nous en voyons beaucoup ? A chacun, Maurizio énonce le nom que je suis incapable de retenir. La promenade s’achève au Jardin des Colibris : une guinguette perchée à l’entrée du parc. Des abreuvoirs d’eau sucrée ont été suspendus à l’intention des colibris qui viennent butiner. Là, commence la frustrante entreprise de les photographier !

Retour à la civilisation : le guichet automatique délivre sans problèmes les colons, au supermarché nous achetons des yaourts pour dîner je trouve facilement la poste et des cartes postales. Qu’allons nous faire de l’heure qui nous sépare du déjeuner?

La voiture va régler cette question. Batterie à plat . Nouvelle voiture, panne similaire. Pourtant elle avait beaucoup roulé hier, et ce matin. Nous n’avions pas allumé les phares. Nous avions vérifié que les portes étaient bien toutes fermées. Nous n’allons pas rappeler Toyota une nouvelle fois, ils vont nous trouver négligentes. Dans la première voiture, il y avait des câbles avec des pinces mais pas dans celle-ci. Il faudrait trouver quelqu’un assez aimable pour nous faire démarrer. Les commerçants du centre commercial sont gentils mais ils répètent le refrain de Linda Vista « Si ce n’était pas une automatique… »En effet avec deux ou trois hommes vaillants et la belle pente, on aurait démarré en seconde. Autre temps, autres mœurs…Un taxi a tout ce qu’il faut mais il fait remarquer « mon taxi a un ordinateur embarqué, votre voiture aussi, nous risquons de faire sauter l’électronique … ». Il réussit à regonfler la batterie en deux minutes. Je lui demande combien je lui dois. Il fixe son prix « 10$ » »en colones ? « Il se contente de 5000c.

Il faut faire rouler la voiture pour recharger la batterie. nous n’arrivons au restaurant Open kitchen qu’une heure plus tard et essayons d’autres spécialités : ceviche pour moi aubergines grillées pour Dominique. Le ceviche d’Open kitchen est plutôt une salade de feuilles vertes inconnues (entre épinards et roquette) des cubes de mangue et des oignons rouge finement ciselés. Très frais. L’aubergine grillée est napée de tehina aux herbes. Ambiance décontractée. Table de bois clair. Les verres ressemblent plutôt à des bocaux. Les plats sont présentés avec beaucoup de goût. Musique jazzy ou soul. Un curieux monte-charge . Addition très raisonnable.

Nous voulions aller à la Réserve avec le ticket valable toute la journée. Il est trop tard quand nous arrivons.  Nous retournons voir les colibris.

Arrivée à Monteverde

CARNET DU COSTA RICA

Dans la forêt des nuages de Monteverde

A vol d’oiseau, 30 km peut être moins, séparent El Castillo de Monteverde. Par la route, 109 km.  4  bonnes heures d’une route qui fait le tour du Lac Arenal, monte  dans les collines jusqu’à Tilaran et, enfin, une mauvaise piste qui  tortille jusqu’à Santa Elena et Monteverde.

Nous quittons le volcan Arenal
petit village coloré

Après la digue sur le lac Arenal, la route est refaite à neuf. On la parcourt à petite vitesse à cause des boucles et des virages. Le Lac Arenal disparaît derrière un bosquet et réapparaît , belles échappées. On se croirait en Ecosse ou en Suisse, avec ce ciel gris, ces pentes couverte de prairies vertes. Des propriétés se cachent sous les arbres ou derrière des massifs fleuris. Certaines maisons sont magnifiques mais loin des tapages de La Fortuna. La campagne est  vallonnée, avec des vaches, des étables, et même une imitation de village suisse : balcons de bois ajouré des chalets, pignons lambrissés ; petite église au toit pointu. Côté lac, ici ou là, des restaurants et des activités nautiques.

Halte dans un petit village coloré : église minuscule, école toute recouverte de fresques multicolores avec cette inscription « sans ordures et avec de la peinture le peuple montre la culture » . A l’extrémité du lac, des éoliennes tournent à vive allure, encore un bon point pour le Costa Rica qui fait tout pour sortir rapidement de la dépendance aux énergies fossiles.  Le relief s’accentue, le vert des prairies est moins vif.

Une école bien décorée

Tilaran

les cow boys de Tilaran

La route s’élève jusqu’à Tilaran. Débarquons dans un décor exotique. Ville où les rues se coupent à angle droit mais où elles forment difficilement un tissu urbain tant les maisons sont dispersées. Petites maisons basses, supermarchés modernes, fils électriques, endroits vacants…Nous cherchons la Poste et un photographe. Nous demandons notre chemin à un cowboy, puis on en voit un autre puis un autre, puis l’arène des toros. A côté de la grande église en ciment, près du marché, on a construit avec des tubulures métalliques des gradins et des couloirs à vaches. On imagine un marché aux bestiaux, des rodéos (il y a une affiche), folklore de Far West ou de Pampa !

Derrière l’église, arène pour les corridas et rodéos ou marché aux bestiaux?

Après Tilaran, la route devient piste tournant le dos au lac.  Piste drôlement mauvaise : 40 km de tape-cul ; A Monteverde le piste devient chemin, bifurque dans les maisons et nous débouchons sur « la route principale » goudronnée dans la ville de Santa Elena.

Monteverde

L’Hôtel Familly Trapp se trouve en dehors de la ville, sur le chemin de la Réserve Biologique de Monteverde. Nous sommes surprises par l’aspect luxueux de ce 3*qu’on imaginerait plutôt quelque part dans les Alpes que sous les tropiques. Encore une fois, l’agence Trio a bien fait les choses : on nous attribue une très grande chambre avec deux lits kingsize, moquette et lambris, une très grande commode d’un beau bois de teinte chaude,  marron, veiné, deux petits coffres pour poser les valises. L’ameublement de bois suggère une ambiance montagnarde (fondue et raclette), et aussi que nous sommes dans une forêt de bois précieux. Un grand rideau vert sépare la chambre à coucher d’une sorte de bow-window avec deux fauteuils et une table basse, véranda fermée par des moustiquaires et des vitres ; nous avions espéré au moins un balcon. Être enfermées, quelle prison !

Déjeuner à Santa Elena

Nous cherchons un restaurant avec terrasse à Sainte Elena, nous trouvons prises dans un embouteillage avec des grands cars de touristes, des minibus. Monteverde est un centre touristique important. Partout on voit des affiches agressives pour les Ziplines, les Tours du Café ou du chocolat, tourisme de masse. Cher, qui plus est !

Au premier tour nous ne trouvons pas de soda pour un repas typique bon marché. Après nous être perdues dans les sens interdits qui ne sont pas indiqués avec le cercle rouge barré comme chez nous, nous trouvons enfin un parking dans une cour et le restaurant que nous cherchions : Open Kitchen, avec un jardin, de petites tables dehors et dedans et une carte internationale tendance Moyen Orient : Humus, Shawarma, sandwich tunisien, couscous, aubergines grillées ou hamburger….je reste en Amérique latine avec un chili con carne et Dominique, classique, prend un fish &chips, énorme filet servi dans un panier de friture tandis que les frites sont dans un petit seau métallique.

Promenade de nuit

colibri endormi

Nous ne passons que deux nuits à Monteverde. Les activités proposées sont nombreuses mais les Parcs et Réserves ferment à 16 heures. Je choisis une promenade de nuit, rendez-vous 17h20.

Un petit car fait le tour des hôtels pour réunir 20 participants. Occasion de « visiter » les autres hôtels dispersés dans la forêt. La plupart  sont invisibles de la route. Le centre-ville : Santa  Elena est très réduit, composé d’un centre commercial avec la gare routière et un quartier d’auberges destinées aux backpackers. Les agences prennent en charge les navettes et parfois les repas et chargent l’activité pour une somme non négligeable. 1h30/25$ pour la promenade de nuit. Au moins 6  cars de vingt personnes sot garés au parking. Une bonne centaine de visiteurs sont répartis en groupes de huit. Les animaux nocturnes n’ont qu’à bien se tenir devant cette invasion (et il y a une autre session vers 20h).

paresseux

Première étape : un paresseux est suspendu à bonne hauteur qui ne semble pas incommodé par toute l’agitation au sol ; De toutes les façons, les paresseux ne sont guère agités.

Deuxième étape : le colibri endormi.  Comment fait-il pour dormir dans les lampes torches brandies par tous les touristes ?

Le guide nous demande d’éclairer un tronc par terre : on ne voit rien. Sous les rayons violets apparaît un scorpion. Magique ! Photo ! Moralité : la forêt est dangereuse, il vaut mieux ne pas s’y promener seul, on risque de rencontrer un scorpion sans le voir ; Moralité bis : je viderai mes chaussures de marche tous les matins avant de les enfiler !

Le guide nous demande d’éclaire un arbre et nous fait la surprise de découvrir une vipère verte – très venimeuse – Endormie ? Complètement immobile, elle ne fuit pas, ne menace pas, se laisse éclairer sans réagir. Est-elle vivante au moins ?

 

Dans le creux d’un arbre, on voit une souris-opossum qui dort ; On dit bien « dormir comme un loir » mais quand même, une centaine de touristes bruyants munis de torches ne la réveillent pas ; Je suis incrédule.

Les fourmis coupeuse de feuilles traversent le chemin. Au moins elles paraissent vivantes

Dernière attraction : la tarentule dans un gros terrier. Immobile, elle aussi. Qui aurait envie d’aller embêter une tarentule ?

Je remonte dans le car sceptique. Si le but de la promenade est de démontrer que la forêt est pleine de dangers cachés. C’est réussi. Si c’était de nous faire vivre une aventure excitante, c’est complètement raté ! J’ai l’impression d’avoir fait un tour en train-fantôme. Une supercherie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arenal – hanging bridges

CARNET DU COSTA RICA

pont suspendu dans la canopée

12 km, 25 minutes de Linda Vista au Parc Mistico.

Nous roulons sur la digue du Lac Arenal (lac artificiel). Mistico est une entreprise 2.0. Un  jeune homme muni d’une tablette nous accueille, retrouve notre réservation en ligne. Il explique le maniement du scooter électrique de Dominique.

A 10h précise, Bernardino, le guidearrive avec un télescope sur un trépied.

colibris

Colibri

Dans le jardin fleuri,  un colibri  butine des fleurs mauves. Ces colibris doivent se nourrir sans cesse. Le nectar des fleurs composé de sucre et d’eau, se digère très vite. L’oiseau a besoin de beaucoup d’énergie pour voler sans cesse. Sa langue mesure deux fois la longueur de son bec, il la sort très vite. En plus du nectar, il consomme également du pollen  et pour les protéines, quelques insectes. Quand il ne vole pas , il se repose sur les branches des arbres où il est difficilement visible. Les colibris jouent un grand rôle dans la pollinisation .

Heliconias

héliconia

Avant de rentrer dans la forêt, nous visitons le joli jardin d’agrément fleuri  d’ Heliconias et des fleurs de gingembre (pas celui qui est comestible) Alpinia purpurata. La partie charnue et colorée en rouge et jaune d’Heliconia n’est pas la fleur mais des bractées. Les fleurs sont discrètes , un pétale blanc ou jaune pâle en forme de langue qui sort discrètement. Le fruit ressemble à la fleur en plus charnu.

Motmot

Dans un buisson, bien caché dans le feuillage, Bernardino débusque un très bel oiseau : Blue crowned Motmot  (Momotus momota), il braque le scope, puis le faisceau laser pour nous le montrer.  Son scope a une excellente optique : on peut prendre  une photo en approchant le téléphone mobile de l’oculaire.

Une compagnie de très beaux oiseaux sillonne le ciel : Swallow tailed kite bird ((Elanoides forficatus) ou Naucier à queue fourchue en français. C’est un rapace diurne relaté au milan. Le dessous est blanc et le dessus noir ; comme ils nous survolent on pense à des mouettes ou sternes blanches.

Dès qu’on pénètre dans la forêt pluviale, je suis saisie par la taille des arbres qui émergent 50 m au- dessus des arbres moins hauts. On a tracé des sentiers cimentés à flanc de colline qui dominent les arbres qui poussent en contre-bas. Les ponts suspendus donnent l’impression de marcher dans la canopée.

Grand vacarme des Singes-hurleurs difficiles à observer à l’œil nu – ils sont loin. Un autre guide a vu des singes-araignées dans le même arbre. Les singes-hurleurs sont territoriaux et crient pour marquer leur territoire. Ils ne tolèreraient pas d’autres singes-hurleurs sur leur arbre mais coexistent pacifiquement avec les singes-araignées.

Nous rencontrons des coatis. Les mâles sont solitaires tandis que femelles et jeunes peuvent former des bandes jusque 20 individus. Omnivores, ils managent n’importe quoi y compris notre nourriture qu’ils sentent, convoitent et mendient. Trois chauves-souris sont endormies sous un arbre ; Cette espèce vit ordinairement en couple, le troisième est sans doute un juvénile que ses parents chasseront le temps venu.

Des abeilles minuscules entrent par une sorte de tube de cire dans un arbre creux ; Autrefois on abattait l’arbre pour récupérer le miel, même s’il s’agissait de bois précieux comme l’Acajou (Cedro amargo). Maintenant les arbres sont protégés par la loi.

Bernardo nous montre une feuille ravagée par les fourmis coupeuses de feuilles. Il fait aussi remarquer les opercules du terrier d’une araignée. Si l’opercule le fermé c’est que l’araignée est en train de déguster son repas.

Au bruit, Bernardo détecte les grenouilles blue- jeans. La couleur rouge est une protection indiquant aux prédateurs qu’elle est toxique, inconvénient : elles se voient de loin.

Dans le viseur du scope un beau serpent sur la fourche d’une branche.

Un nid de colibri, on voit le bec qui sort ; Adorable !

Cette promenade est passionnante. En revanche, pour ce qui est des « ponts suspendus », ils sont sécurisés à l’américaine avec grillages, câbles retenus par des cadenas. Pour l’aventure, vous repasserez !

Nous retournons manger au restaurant Chilat d’El Castillo. Sur la route : arrêt coati. Un jeune couple a répandu des chips sur la route, le coati se régale nous le filmons en train de se gaver.

Nous avons inversé les plats, Dominique a pris le Casado del Tico et moi le riz aux crevettes.

Nous longeons le lac, découvrons des bistros de pêcheurs, de belles maisons.

Quand nous rentrons à Linda Vista la pluie s’est mise sérieusement à tomber ce qui ne m’empêche pas d’aller à la piscine. Mouillée pour mouillée ! Je ne suis pas seule à avoir eu cette pensée raisonnable. Autres personnes occupent déjà le jacuzzi. Aimable compagnie : deux suisses retraités et un jeune couple, elle Costaricienne, lui Salvadorien vivant au Texas.  On bavarde dans l’eau chaude.

Le Tour de l’Oie – Erri de Luca

LIRE POUR L’ITALIE

 

« Je lisais un livre où un vieil homme s’invente un fils. C’est un menuisier et il le fait en bois. Il aimait l’idée qu’on l’appellerait papa. »

Evidemment, on pense à Pinocchio… Dans la maison qu’il a construit de ses mains, le narrateur, Erri de Luca, allume un bon feu de bois et va passer la soirée en compagnie de ce fils inventé. Il va lui raconter sa vie, ses parents, ses expériences de militant, d’écrivain. Confidences intimes, transmission de ce qu’un père aimerait passer à son fils, à la génération suivante…

« Être avec toi, fils, me retire du passé. Tu me fais déboucher dans le présent d’un soir réchauffé par le bois de mimosa, qui pousse tout seul dans le champ. »

 

Et la lectrice est ravie d’être dans la confidence, de découvrir les secrets d’un de ses auteurs favoris, qui monologue, puis dialogue puisque ce fils inventé lui répond :

 » Tu te résumes ainsi : révolutionnaire, ouvrier, émigré, dans le sillage des dernières guerres sur le sol d’Europe. Tu as voulu avancer de cinquante ans ton acte de naissance. Je préfère les histoires de tes parents, elles sont sans intention, aucun signe à discerner, agrandir, souligner. Bref, leurs histoires »

Imaginer ce qu’on a l’habitude de nommer les « années de plomb » qu’Erri de Luca nomme par son nom Lotta Continua, années de militance, établissement en usine, clandestinité et prison pour certains, parenthèse qui n’est toujours pas refermée pour d’autres (Battisti).

Et bien sûr, imaginer le travail d’écriture de l’écrivain et toutes ses lectures…

« Je pratique des abstinences littéraires de grandes signatures du XXe siècle. J’ai abandonné Joyce, Beckett, Musil, Brecht, Sartre dès les premières pages.

Je crois que seul Borges est obligatoire »

L’imaginer à Sarajevo,  à Belgrade :

« Cette nuit est irréparable : tu citais Ossip Mandelstam dans la chambre de l’hôtel Moskva à Belgrade. »

Retrouver ses ouvrages comme Montedidio…retrouver Naples, le meilleur d’Erri de Luca, selon moi, est à Naples. Naples qui’l connaît, ou l’éruption du Vésuve que lui a raconté sa mère…

« Mon fils, il s’agit purement et simplement de mots, mis à la file comme les fourmis. Leur tanière est le vocabulaire. Ils peuvent transporter une charge supérieure à leur poids. Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. »

J’ai envie de tout surligner, de recopier toutes les citations que j’ai choisies.

 

Et puis, toujours ce jeu que je pratique à chaque lecture : chercher l’énigme qui se cache sous le titre.  Et je l’ai trouvée!  p. 120 :

« J’ai un corps et j’ai joué au jeu de vivre dedans. Quel jeu ? Le jeu de l’oie. On lance un dé et on se déplace dans un circuit en spirale »

Le jeu de vivre. Qui lance le dé?

A vous de le lire, de le découvrir, tant de belles surprises et tant de poésie

Parc Arenal – El Castillo, ferme des Papillons

CARNET DU COSTA RICA

Le volcan Arenal photographie prise lors de la promenade sur la coulée de 1968

7h , nous sommes sur pieds pour téléphoner à Toyota pour savoir où est la voiture de remplacement qui vient d’Alajuela. Le chauffeur pense arriver à 8h30, inutile de décommander Mistico (la société des « hanging bridges« ).

Petit déjeuner très réussi, assiette de fruits tropicaux, riz et haricots bien parfumé, omelette, bananes cuite, une petite crêpe.

Petit dejeuner typico

8h45, Toyota est coincé dans un embouteillage, le réceptionniste appelle Mistico pour remettre l’excursion à demain. Heureusement le ciel est dégagé, le volcan magnifique.

10h, Toyota arrive avec la nouvelle voiture.

Parc Arenal (15$) .

volcan Arenal et coulée

Promenade de 2h jusqu’à la coulée de 1968. Le volcan Arenal resté endormi 2000 ans, s’est réveillé en 1968 : 2 émissions pyroclastiques ont enseveli plusieurs villages . Depuis, plusieurs épisodes éruptifs ont eu lieu, le dernier en 2010. La coulée de 1968 commence à disparaître sous la végétation tropicale.

Le sentier sablonneux a été soigneusement ratissé, pas une feuille morte, pas un caillou. On se croirait dans le parc d’un château. Il traverse d’abord des cultures traditionnelles, bananes, canne à sucre arbres fruitiers, plantés pour l’édification des touristes pressés. J’ entre ensuite dans la forêt, bien dense et sombre où la température est agréable, mais peu mystérieuse. Pas d’animaux en dehors de deux oiseaux bleus au plumage métallique et de nombreux lézards ressemblant à nos lézards européens. Alonzo repérait les animaux à l’ouïe. Je n’ai pas l’oreille « musicale » ,  je ne reconnais rien. De temps en temps, je m’arrête et scrute le mouvement des branches. Rien ! Le sentier contourne un étang, le barrage fut formé par la coulée.

orchidée sauvage sur le flanc du volcan

Je monte à flanc de montagne, randonnée facile avec des marches dans les roches. Au Cap Vert ou aux Canaries, les coulées récentes ressemblaient à des surfaces labourées par des charrues monstrueuse. Sous le climat tropical humide la végétation a tôt fait de les masquer. Les arbres sont encore de taille moyenne, pas de géants comme dans la forêt pluviale. En l’absence d’un guide, je n’identifie pas les essences. Je m’arrête pour photographier des orchidées blanches. Plus je m’élève, plus les rochers sont visibles, andésite grise dans la pouzzolane rouge.Le couvert végétal s’éclaircit, le sommet surgit, les coulées récentes sont bien visibles. Belle promenade peu aventureuse.

Dominique a exploré en voiture les environs de l’hôtel qui n’est pas isolé comme on pourrait le croire mais entouré d’autre établissements  cachés dans la verdure. Deux kilomètres plus loin, il y a un village : El Castillo avec des supermarchés, des cafés, des hôtels plus modestes et des restaurants.

Casado del Tico

Le Chilat Restaurant : est tout simple. 4 tables en terrasse,  des plantes grasses dans des pots.Une famille nombreuse costaricienne sont venus déjeuner et un couple de touristes.  la serveuse est charmante- service en Espagnol, prix en colones.  Le menu est varié :  restauration rapide avec des tacos ou du poulet frit, ou cuisine traditionnelle. Dominique choisit du riz au crevettes délicieux et moi le Casado del Tico : un filet de tilapia frit, un petit dôme de riz blanc, des haricots rouges, des bananes mures caramélisées et de la salade verte avec des cœurs de palmier et de la salade verte.  Avec le vin 16.000colones (26$).

Serre des Papillons

Morpho

Pour 15$, on pourrait passer un bon moment à voir les collections d’insectes dans des boites, à suivre le sentier dans la forêt pluviale ou à noter les indications botaniques très détaillées. Comme je ne dispose que de peu de temps avant la fermeture (16h) je me contente des « serres » des papillons. Certaines chenilles sont élevées à l’extérieur dans des gros manchons de gaze directement sur les plantes. Elles sont vraiment grandes et voraces.

On entre dans les serres par un sas de tissus. Dans le premier enclos une dame anglophone guide les visiteurs en montrant les plus beaux spécimens, les feuilles sur lesquelles les papillons ont pondu. La vie d’un papillon adulte a une durée variable, quelques semaines pour certains, quelques mois pour d’autres.Dans ce  milieu de vie idéal (température, hygrométrie, lumière et nourriture) ils vivent longtemps et se reproduisent. Un biologiste vient de San Jose pour déterminer le nombre de papillons à libérer dans la nature, les échanges possibles avec d’autres fermes de papillons. Trois « écosystèmes ont été recréés : le premier ensoleillé avec beaucoup de fleurs pour des papillons jaunes, tigrés et l’énorme papillon aux ailes ocellées qui imitent une tête de serpent. La serre suivante, plus ombragée est celle des Morphos, aux ailes bleues qui se regroupent sur des coupelles où il y a des fruits (bananes, pastèques) dont ils butinent le jus sucré. Les Morphos sont fascinants. La couleur des Morphos ne correspond pas à un pigment mais à un phénomène optique (je me souviens avoir eu à la fac au cours de Monsieur Françon un problème de calcul de la longueur d’onde avec des interférences lumineuses).  Certains se posent sur moi.

Papillon aux ailes transparentes

Dans la troisième serre volent de curieux papillons aux ailes transparentes soulignées par une sorte de cadre fin, noir comme un fil de fer qui borde des ailes si fines qu’on voit la feuille ou la fleur au travers.

Au lieu d’écouter sagement les explications de la dame je me mets en tête de faire des photos avec le Lumix de Dominique. Photographier un papillon est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. A peine ai-je réussi la mise au point, que le papillon s’envole, ou bat des ailes au mauvais moment. Le résultat est  flou. Le Lumix se bloque inexplicablement. Sur l’écran de contrôle, le papillon est net, par miracle il est tranquille, mais le déclencheur refuse de fonctionner. Les gestes sont très différentes avec le compact et le reflex. Il faut jouer avec la bague. Ce nouvel appareil est très sensible : l’écran est tactile et il y a toutes sortes de boutons mystérieux dont j’ignore l’usage. J’ai dû effleurer une de ces touches inconnues ou une zone de l’écran sensible. En tout cas, tout est bloqué. Je reprends le Coolpix qui prend des photos de qualité moindre mais qui m’obéit. On arrive quand même à la voir mais pas à faire de photo

La grenouille aux yeux rouges

. La plus venimeuse Dendrobates auratus verte et noire un peu zébrée, est aussi dans l’ombre.

La visite dans les serres a duré plus de temps que prévu. Je rentre directement à la voiture. En chemin, j’essaie de visionner les photos prises avec le Lumix : Rien ! mais plus rien du tout ! Toutes les photos de voyages apparaissent sur l’écran de contrôle avec une vignette bleue et un point d’exclamation. Illisibles. Elles sont pourtant présentes puisque le numéro de la photo suivante est 88. Aurais-je effacé par mégarde 87 photos dont le film avec l’iguane de Dominique, tous les oiseaux de Pedacito de Cielo.J’en pleurerais, d’autant plus que ce ne sont pas mes photos mais celles dont Dominique est si fière. Je passe le reste de la soirée à regarder les forums sur Internet pour savoir si on peut les récupérer. Il y a tant de photographes au Costa Rica que j’espère avoir des conseils. Je monte à la réception. Il semble que la situation ne soit pas désespérée. On me conseille d’aller voir le photographe de La Fortuna lundi.

ROUGE au Grand Palais – ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Exposition temporaire du 20 mars au 1er juillet 2019

ART ET UTOPIE AU PAYS DES SOVIETS

Plus qu’une exposition d’Arts Plastiques, c’est un parcours historique en deux volets : L’ART DANS LA VIE (1917 -1929) qui montre comment les artistes se sont portés volontaires au service de la Révolution pour mobiliser les masses. Délaissant l’art formel et figuratif, ils décorent le train de l’Agitprop, inventent de nouveaux motifs qui’ls répandent dans les rues par des pochoirs ou des affiches 

pochoir-fenêtre Rosta
Pour que le prolétaire distingue ses ennemis de ses amis

Tous les arts se conjuguent pour l’éducation du peuple : le théâtre et la danse.

Sont exposés des décors, costumes, ainsi que des vidéos et des films : la Biomécanique est une sorte de danse ou de gymnastique qui « transforme le corps en outil de travail puissant ». 

Plusieurs pièces sont ainsi présentées comme Le cocu magnifique(1922),  La Punaise (1928) de Maiakovski, satire de l’esprit petit-bourgeois, Je veux un enfant (1926) de Tretiakov fait frémir : il transpose les principe de la sélection des agronomes dans la reproduction humaine, eugénisme ayant pour slogan « un enfant sain est un futur bâtisseur du socialisme ». 

Un troisième axe est : Réinventer les objets du quotidien

pour jouer aux échecs

les motifs de tissus ou de papier peint intègrent les nouvelles idées comme cet imprimé avec des locomotives ou le bleu avec des bateaux

De nouvelles techniques apparaissent comme les photomontages

photomontage

La peinture traditionnelle n’est pas oubliée mais d’autres sujets sont traités :

Le bolchevik

Des peintres de toute l’Europe et du monde entier, sont invités et illustrent des sujets révolutionnaires

Eric Johnsson (Suède) En bas on a faim, en haut on s’empiffre
Malevitch

On est loin de l’école de Vitebsk (exposition Centre Pompidou l’an dernier). Malevitch en 1930 est arrêté.

Une série de films d’une très grande beauté plastique célèbrent les récoltes, ou la construction de 40 centrales électriques, ou les machines à écrire. Il faut prendre le temps de s’asseoir et de les regarder. Ces films montrent mieux que les œuvres picturales la vie en Union soviétique.

A l’étage, la seconde partie de l’exposition : VERS LE RÉALISME SOCIALISTE (1929 – 1940) 

Malevitch

Staline en 1929 a concentré les pouvoirs, les groupes artistiques sont dissous en 1932. En 1934 Jdanov théorise le Réalisme soviétique qui doit dépeindre un idéal futur « travail de remodelage idéologique du travailleur » . On assiste à un retour du réalisme.

  Au cinéma :  retour des films avec une intrigue. Certains montrent les procès staliniens : Le Tribunal du Peuple, glorification du Canal de la mer blanche creusé par les prisonniers du goulag en rééducation.

livre caviardé

Dans la peinture on exalte la vigueur physique : expression du volontarisme sans limite du Stalinisme.

Le bain des Marins de la Flotte Rouge

Komsomol militarisé

On rêve la ville stalinienne avec gratte-ciel, et métro monumental. L’exposition présente les plans de construction de la station Arbat. Les Constructrices du métro sont à l’honneur

Constructrice du métro avec une perceuse

On peint un avenir radieux

Lénine conduit des enfants

la dernière salle est décorée par des peintures historiques complètement kitsch représentant le cercueil de Lenine, Staline….et des films sont projetés à la gloire de Staline.

Nous sommes restées plus de deux heures tant il y a de documents à voir et de films à regarder. J’en garde une impression mitigée d’un monde disparu, presque aussi loin que celui de Toutankhamon, histoire révolue? Pourtant il n’y a pas si longtemps il ‘était riche de symboles et de références que nous connaissions bien et que nous utilisions.

 

 

Premier article de blog

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Vers le volcan Arenal – le Costa Rica est il si vert que cela?

CARNET DU COSTA RICA

Nous connaissons la piste jusqu’à Pital où nous trouvons la Route 4 qui est une voie rapide et que nous quitterons au pied du volcan à La Fortuna.

 Monoculture des ananas autour de Pital et deux usines agroalimentaires.

Champs d’ananas près de PItal

Conserves ou jus ??

Nous remarquons les interdictions d’entrer, aux piétons, femmes enceintes et les grands panneaux destinés à avertir les populations des dates et heures de début et fin d’épandages ou de pulvérisations

Deux modèles coexistent au Costa Rica : l’agriculture industrielle avec tous les phytosanitaires (le Costa Rica champion du monde des phytosanitaires avec 51kg/ha en 2012- 4.4kg en France) une production record de 70kg/ha pour la variété Sweet de Del Monte contre 35kg en moyenne en Afrique. Les données qui circulent sur Internet vous dégoûteraient des ananas. Les articles les plus alarmants datent de 2012, optimiste, je cherche des données plus récentes, peut être corrige-t-on la tendance ? Rien ne vient me conforter, encore moins le documentaire de la 5 qui est de l’an dernier. Pollution des eaux, ruissellement, contaminations de l’air respiré, l’ananas est vraiment une catastrophe. Stérilisation des sols et déforestation. L’image « verte » du Costa Rica en prend un sérieux coup.

L’autre modèle promu par le secteur de l’Eco-tourisme vante le Costa Rica comme un exemple avec ses parcs nationaux ou ses réserves privées qui couvrent plus d’un quart de la surface, la biodiversité extraordinaire qu’on s’attache à préserver. Les efforts pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles font du Costa Rica un pionnier. Cette image écolo a été la motivation première de notre voyage. Voyage onéreux, mais un écotourisme de qualité cela se paie !

Les deux revers de la médaille peuvent-ils s’équilibrer ? Le côté vertueux l’emportera-t-il sur le côté toxique ?

Volcan Arenal

Plus loin, les ananas disparaissent.  Manioc, vergers de papayes élevage bovin alternent. A l’approche du volcan Arenal, c’est une autre floraison le long de la route : celle des panneaux publicitaires géants des Zip-lines (tyroliennes), ponts suspendus, bains thermaux, et autres attractions touristiques. Autant le tourisme que nous avons rencontré précédemment était discret, diffus, respectueux du paysage, autant le volcan draine une clientèle de « tourisme d’aventure » commercial et d’échelle industrielle, et agressif.  Les énormes panneaux de taille américaine rédigés en anglais vantent un « skydream » où une jeune blondinette casquée fonce sur nous, un téléphérique promet des sensations extraordinaires….Il faut réserver « online », les prix en $ s’envolent comme les machines volantes.  Ici, le touriste va se faire plumer ! Rien  qui me rappelle la gentillesse de Marcos et de Hugo. Ici, tout est payant et cher ; Les entreprises rivalisent d’imagination pour un « chocolate-tour », ou une « coffee-experience » à réserver en ligne et payer d’avance avec la carte de crédit. L’entrée des bains thermaux est celle d’un restaurant XXL . A  La Fortuna, restaurants italiens, Pizza-minute, McDo ou KFC se font remarquer par des enseignes géantes. Ce tourisme ne me convient pas. Le moral est en berne. Au moins, le respect de l’environnement commanderait de réduire la taille des panneaux qui éclipsent la silhouette du volcan.

L’Hôtel Linda Vista mérite son nom ! Il est situé sur une colline dans la campagne à une vingtaine de km de la Fortuna, près du village d’El Castillo et lion de toute cette agitation mercantile. Face au volcan, proche du Lac Arenal l’hôtel est composé de plusieurs bâtiments d’un étage, dispersés sur une pente très raide plantée de fleurs merveilleuses. Les allées sont cimentées si bien que la voiture arrive à proximité de la chambre et que le parking est proche. Le check in est à 14h, comme nous sommes arrivées à midi, je patiente dans la plus jolie piscine bleue qui soit, avec vue sur le volcan. En forme de haricot, mosaïque bleu profond, des animaux de pierre crachent de vins jets d’eau. Un jacuzzi rond est accolé au bassin. Comme la piscine est un peu petite pour faire des longueurs, je nage autour, oubliant dans l’eau fraîche mon poignet endolori qui semble se libérer. Tellement oublié que je trébuche en marchant sur mon paréo et que je me rattrape avec ma main droite. Rappel douloureux ! Le jacuzzi est chaud ! Le volcan l’a chauffé. Peut être les bulles sont-elles naturelles ? Nouveau plongeon dans l’eau fraîche.

Linda Vista  : piscine vue de la salle du restaurant
Linda Vista piscine vue de la salle du restaurant

Le restaurant est au-dessus de la piscine. Ce n’est pas le point fort de Linda  Vista ; Décor cantine, une carte limitée et très chère mais la salle à manger a une vue exceptionnelle sur le volcan et le lac. Le soleil égaie le paysage mais un nuage est accroché au sommet. Déjeuner léger, il est 14 heures et on n’a pas très faim je commande un ceviche : poisson cuit dans le jus de citron vert, délicieux avec de la coriandre servi avec des galettes de plantain sèches.

Nous sommes logées dans une « Mastersuite » immense avec deux lits kingsize, deux bureaux curieusement adossés à l’arrière du bois de lit, un frigo (chic, on va boire frais !) amis surtout une immense baie vitrée qui s’ouvre sur une terrasse, fleurs rouges au premier plan et le volcan Arenal en face !

mastersuite!

L’après midi passe vite entre installation et réservation de l’excursion de demain. Au bout du terrain de l’hôtel, un sentier descend par un escalier dans la forêt. Après une dizaine de mètres, me voilà perdue dans la jungle avec tous les bruits mystérieux, les lianes et les ruisselets qui dégoulines des pentes ; Une boule de fourrure rousse déboule presque sous mes pieds et grimpe sur un tronc, puis d’autres. Ils sont tous à me regarder avec leurs yeux ronds bleus, bien en face. Leur museau pointu est bordé de blanc. Je n’en mène pas large. Qui sont ces mammifères inconnus ? Sont-ils méchants ? Je n’ose pas avouer que j’en ai peur ; vont-ils me sauter dessus ? Au retour, je demande le nom de ces animaux : coatis, pizote , en Espagnol. On m’assure qu’ils sont plutôt familiers et qu’ils recherchent la nourriture que certains touristes leur donnent ; Je regrette d’être partie sans appareil poto.

Pour dîner, Dominique essaie de démarrer la voiture. Impossible. Deux hommes portant une matraque et une lampe torche de la taille d’un bazooka (sans doute les gardiens de l’hôtel) ne savent pas plus que nous la remettre en marche. « si elle n’était pas automatique ! » soupirent-ils. Combien de fois ai-je démarré ma 2CV dans une pente, et de la pente ce n’est pas ce qui manque !

Seul recours : Toyota. Le réceptionniste très aimable téléphone.  L’agent Toyota m’assure qu’ils viendront demain changer la voiture. Arriveront-ils à temps pour que nous puissions partir pour l’excursion aux Ponts suspendus pour laquelle nous avons payé 71$ par Carte Bleue ?

Nuit étoilée, le volcan a son sommet dégagé.

 

 

 

Main basse sur Athènes – Gentrification – Kostas Fassoulopoulos – ed. Monemvassia

LIRE POUR LA GRECE

C’est toujours avec plaisir que je me promène dans Athènes,à pied, virtuellement ou en lisant. Les romans policiers sont souvent le meilleur moyen de pénétrer dans des lieux où la touriste (même curieuse) n’oserait jamais entrer. J’ai donc coché avec conviction la case de la liste de la Masse Critique de Babélio et me suis réjouie de recevoir ce cadeau de la Maison d’Edition Monemvassia dont je suis très curieuse de connaître les ouvrages.

L’éditeur note dans le sous-titre :

MAIN BASSE SUR ATHÈNES Un thriller politico-social dans l’Athènes de la crise

Dans le 4ème de couverture, je trouve la définition de la Gentrification :

« opération immobilière consistant à chasser les pauvres des centres-villes par des procédés plus ou moins licites, puis à rénover leurs logements avec l’aide de l’Etat, pour les revendre beaucoup plus cher »

J’aime Athènes, le sujet m’intéresse, voilà qui devrait me plaire!
Un bémol cependant : je n’aime pas les voitures, ni celles de collection, ni celles qui sont puissantes, ou chères….je préfère de loin marcher où prendre les transports en commun.
Toute la partie mécanique, voiture de prestige ou courses de moto, m’ennuie prodigieusement.

En revanche, toutes les manœuvres pour capter les investisseurs étrangers, fussent-ils mafieux laissent au romancier place à toutes sortes de manipulations, coups tordus et rebondissements qui sont les ressorts d’un bon thriller. La dénonciation du racisme, des sentiments anti-migrants est toujours saine.

Une lecture distrayante, même si je ne ferai pas d’infidélités au Commissaire Charitos de Petros Markaris qui a nettement plus d’envergure.

Pedacito de Cielo (2) Oiseaux, Iguane, croisière sur le San Carlos

CARNET DU COSTA RICA

Toucans

Réveil à 5h. Dès que le jour se lève je retourne observer les oiseaux sur le perchoir avec le nouvel appareil photo Lumix. Déception, pas de bananes, pas d’oiseaux ! Hugo passe je lui réclame les bananes. Les oiseaux se précipitent dès qu’il les a fixées au support. Minuscule oiseau bleu métallique coiffé d’un « chapeau blanc, ailes noires barrées de blanc. Je m’entraine à les décrire pour les retrouver plus tard ; nous aurions dû acheter le guide des Oiseaux du Costa Rica que tout le monde emporte ici. Puis un oiseau turquoise à tête noire, vert, gris bleu plus clair… Les petits oiseaux se dépêchent de picorer avant que la troupe des plus gros n’arrive ; Un groupe de 4 ou 5 perroquets chasse les petits. En les suivant des yeux, le les découvre à proximité, surveillant le départ es concurrents. Dans la catégorie « moyen » je reconnais le pic épeiche à tête couronnée de rouge,

L’écureuil sur l’arbre à soie

Tout en déjeunant, nous surveillons les écureuils sur l’albizia rose, sautant de branches en branches et disputant les bananes aux perroquets, hier. Ce matin, point de bananes, point de perroquet. L’écureuil snobe le régime qui reste d’hier et préfère s’intéresser aux fleurs de l’albizia formées de soies roses et blanches entourant les nectaires. Hier un colibri les avait butinées. L’écureuil arrache une fleur avec ses dents, la prend dans ses petites mains, la suce goulument et rejette étamines et pétales

Un peu plus loin, dans un grand arbre au-dessus du fleuve, une troupe de singes-hurleurs. Par hasard, je jette un coup d’œil au perchoir devant la porte. Un toucan s’est posé et se régale. Quelle merveille !

la lagune
la lagune

Nous retournons à la lagune. Un sentier permet de faire le tour de l’étang, promenade facile. Nous nous installons sous l’auvent, ravies du calme et de la beauté de l’endroit pour écrire. Nous suivons les ébats des jarandas, si petits mais si bruyants qui nous offrent le spectacle de leur danses ailes jaunes déployées.

l’iguane

A midi, au restaurant de l’hôtel, on a le choix entre sandwich et hamburger. Ce dernier est parfait, il ne manque ni la salade, ni la rondelle de tomate, ni la rondelle de cornichon américain. Un iguane magnifique s’installe sur une branche. J’ai juste le temps de courir à la chambre chercher le Lumix qu’il est maintenant sur l’Albizia près du régime des bananes, fascinant !

Alonzo de service à table, propose une balade en canot sur le San Carlos. Deux couples se sont inscrits, Hugo est le guide. Nous le connaissons déjà : c’est lui qui distribue les bananes aux oiseaux le matin, qui soigne le jardin. Plus tard, il nous racontera qu’il travail à Pedacito de Cielo depuis 16 ans. Au début, pour la construction des bungalows, puis à la réalisation du jardin. Il accompagne les touristes dans la forêt pluviale et c’est le capitaine du bateau à moteur. A Pedacito de Cielo, le personnel est polyvalent, Alonzo guide dans la forêt et sert à table ; Marcos, le patron fait les comptes, l’accueil, mais ne dédaigne pas d’apporter à manger. Quant aux femmes, elles sont reléguées à la cuisine et au ménage. Ecolo, mais pas féministe.

Héron bleu sur la berge du san Corlos

Hugo répartit les passagers pour équilibrer le bateau. Il va faire des zig-zags à gauche et à droite pour nous faire rencontrer les animaux. Il parle un curieux mélange d’espagnol et d’allemand. Rechts et Links remplacent bâbord et tribord. Il emploie une curieuse locution « imbassa » jusqu’à ce que je comprenne « Im Wasser ». Le Spanglish de Marvin était familier, le Spandeutsch l’est moins. Il semble que les Allemands soient nombreux dans la clientèle de Pedacito. C’est quand même l’Espagnol correct d’Alonzo que j’ai préféré !

Rencontre avec des Martins Pêcheurs, le grand plein de couleurs avec son aigrette hérissée, et un autre plus petit plus terne dans les tons gris, les deux ont un bec pointu et une silhouette bien reconnaissable.

Héron-tigre

Hérons : plusieurs espèces, le petit héron bleu, le grand héron bleu, les aigrettes blanches qui accompagnent le bétail. La vedette est le Héron-tigre (déjà observé à Tortuguero). Ce dernier fait un véritable défilé, une démonstration en étirant haut son cou pour exhiber ses rayures verticales qui lui ont valu son nom. Il existe aussi un petit héron nocturne, impossible à deviner dans les arbres où il dort, sauf avec l’expérience et l’acuité d’Hugo qui arrête son bateau jusqu’à ce que tous l’aient bien vu et que les photographes aient réussi leur photo.

La photo est pour moi, source de frustration. Les autres possèdent de beaux reflex avec des zooms très puissants. Avec le Coolpix compact, je n’arrive à rien, d’ailleurs je n’essaie même plus. Quand l’oiseau est dans les branches la mise au point automatique se fait sur les feuilles nettes avec l’animal flou. J’aurais pu emporter le Lumix neuf, mais je ne l’ai pas en main.

Vers 17h au retour, les hérons diurnes s’installent dans les dortoirs tandis que le héron nocturne se réveille.

Crocodiles

crocodile

Les autres stars de la croisière sont les crocodiles qu’Hugo nomme cocodrilo (c’est le nom espagnol). Ils se prélassent sur les bancs de sable. Au début j’ai eu du mal à les repérer, je croyais voir des rochers. Je suis surprise de leur promptitude à décamper. Je n’aurais jamais imaginé qu’un animal aussi immobile soit capable de rapidité. Pour les photographier il faut réagir très vite, ils rejoignent très vite l’eau où seuls, yeux et narines sont à l’air libre. Au début je compte les crocodiles, 6, 8 puis je perds le fil du décompte.

Hugo débusque un Basilisc (Basiliscus basiliscus) de belle taille, appelé ici Lézard Jésus Christ.

Basilisc vert : lézard Jésus christ

Une troupe de singes-hurleurs nous offre un divertissement de choix.

Il ne faut pas oublier les arbres magnifiques, une ceiba (fromager) tout à fait monumental à côté d’une petite scierie, un autre portant une belle ramure qui domine le San Carlos.

 

Ceiba – kapokier

Du bateau, on voit surtout de l’élevage : vaches accompagnées des aigrettes, un taureau noir énorme, des buffles. Hugo nous montre les embarcadères pour le bétail qui passe d’une rive à l’autre sur des bacs. Les barrières métalliques forment un couloir pour les vaches. Tout en guettant hérons et crocodiles, nous arrivons au confluent du San Carlos sur lequel nous naviguons et du fleuve San Juan qui forme la frontière du Nicaragua. Hugo nous a demandé d’écrire nos numéros de passeports, noms et adresses pour le poste frontière. Le passeport est inutile puisque nous n’aborderons pas au Nicaragua. Le dernier village costaricien a des maisons de bois, le poste frontière est une baraque avec un drapeau. Nous accostons sur un ponton de bois avec quelques marches branlantes Nous sommes accueillies par un petit homme très jovial dont la longue chevelure est retenue en un chignon sur la nuque, son T-shirt est décoré au motif de feuilles de cannabis sur un pantalon baggy. A chacun, il serre la main (ouille ouille ouille, mon poignet !) IL se présente « Ruben ! ». Il nous fait visiter son royaume : bar et hôtel. Sur les murs, chacun a inscrit à la craie son nom et son pays d’origine, tagué un peu n’importe quoi. Ambiance très cool, souvenir hippie. On nous invite à essayer les hamacs. Sur une étagère, parmi les livres que les voyageurs ont abandonnés, je trouve une traduction espagnole de Pierre Bourdieu. Les voyageurs sont ils des intellos ou des ethnologues ? Nous commandons tous la spécialité de la maison : un jus ananas-fruit de la passion, les filles un verre d’eau et les hommes des cafés passés à la chaussette.  Le jus est servi dans une grande coupe, la paille est une tige creuse de papayer. Nous sommes en terre écolo !

Bananiers sur les bords du San Carlos

Selon Hugo, le San Carlos, prenant sa source près d’Arenal (142 km dont 60 navigables) était autrefois la seule voie de transport. On pouvait utiliser le San Juan jusqu’à Tortuguero. Depuis quelques années, le Nicaragua a décidé d’annexer le fleuve à son seul bénéfice, les Costaricains ne l’utilisent plus. Les relations sont mauvaises entre les deux états voisins. Hugo affirme que Daniel Ortega est « un président problématique comme Maduro » . La navigation sur le San Carlos s’est arrêté il y a une quarantaine d’années avec la construction de la piste qui permet de rejoindre Boca San Carlos en voiture et la création du Lac Arenal qui a fait baisser les niveau de l’eau d’au moins 2 m. La rivière est maintenant vraiment peu profonde.

 Cormoran ici ils sont bleus avec des rayures!
Cormoran ici ils osnt bleus avec des rayures!

Nous serions bien restés au bar de Ruben à bavarder mais le soir tombe et il faut songer à rentre. Le retour s’effectue plus directement que l’aller dans la belle lumière du soir ; Les hérons rejoignent les dortoirs, les crocodiles animent encore le voyage. Vers 17h, nous rentrons à Pedacito. J’ai juste le temps de me doucher et me changer avant le diner. Soupe Beefsteack délicieux.