Randonnée dans la Réserve de Dana

CARNET JORDANIEN

Wadi Dana au petit matin

Au programme : une randonnée de 5 heures. Soleyman parle de 3h. Nous avons fixé le rendez vous à 8 heures après le petit déjeuner.

Au buffet : tomates concombres, fromage blanc, humus, halva et pain pita. Le thé est excellent. Ce n’est pas du Lipton en sachet comme précédemment. La halva se marie très bien avec le fromage blanc. Cette association n’est peut être pas orthodoxe mais elle est bien calorique pour une randonnée en montagne.

Nabil pose fièrement devant son jardin et sa tente

A 8heures, comme le guide ne se manifeste pas, je vais trouver Soleyman qui me désigne un grand bédouin enturbanné de son chèche noir mais qui ne déborde pas d’enthousiasme pour m’emmener. Peut être pensait il mener un groupe, ou une jeunette. Il annonce une promenade de 2heures. Je me fâche, c’est écrit 5 ! Soleyman appelle un autre guide pour une balade plus longue. Chèche et bâton de marche, il semble équipé pour une expédition avec son grand sac à dos qu’il charge d’une grosse bouteille d’eau. Il s’appelle Nabil et marche d’un bon pas.

Amandes vertes sur l’amandier

Dans un creux se trouve son jardin, ses arbres et sa tente. Il cueille des amandes vertes me montre les  grenades séchées sur un grenadier de belle taille encore en tenue hivernale. Les cognassiers sont en fleurs, il a aussi des figuiers et un prunier. Il dit aussi cultiver des légumes mais on le les voit pas. Près du jardin il y a une petite source. Plus haut, l’eau est plus abondante est canalisée pour arroser plusieurs jardins. Chaque famille a droit à un certain nombre de jours d’irrigation, il faut grimper haut dans la montagne pour bouger la pierre qui distribue l’eau dans les différents canaux. Nabil et sa famille vivent dans une maison de pierre. L’été il est agréable d’aller au jardin.

rochers pointés vers le ciel et fenouil en fleur

On remonte vers des rochers qui dominent une entaille très étroite, canyon gardé par des rochers cylindriques comme des doigts pointés vers le ciel ou des pains de sucre. Les niveaux inférieurs sont des grès  rougeâtres où des nuances de rouge et d’orangé alternent. Plus haut, les roches sont plus compactes beige-jaunes.  Enfin, vers le sommet il y a une petite barre calcaire, banc horizontal surmonté de végétation. Un aigle plane. Verrons- nous d’autres animaux ? La faune de la Réserve est riche. Chemin faisant, Nabil ramasse des branches sèches. Avant d’arriver sur un rebord boisé confortable et ombragé derrière une roche à la curieuse forme de champignon, il m’envoie grimper au sommet de la colline voir la vue sur la vallée de la rivière Dana pendant qu’il allume le feu pour préparer le thé.

pause pour le thé

Quand je reviens, la théière est en équilibre sur trois pierres. J’ai le temps de faire un croquis pendant que le thé infuse et se refroidit. Nous en buvons deux verres. Le thé bédouin est très fort et sucré. Nabil me raconte la généalogie de sa famille. Lui-même a deux femmes et 8 enfants. Il a 9 frères et sœurs et encore des demi-frères beaucoup plus âgés. Ce n’est pas étonnant que je confonde les bédouins de l’auberge, ils sont tous frères et se ressemblent avec le même chèche nir noué en turban. Nous ne voyons pas les bédouines. Les deux femmes qui servent en cuisine et font le ménage ont indonésiennes. Je remarque : « quelle famille nombreuse! » je m’attendais qu’il réponde quà la campagne chaque bras est utile, sa réponse me déconcerte « C’est bien d’avoir de nombreux frères qui peuvent vous défendre quand on vous attaque ! ».

Rochers bizarres

La roche est creusée de nombreux trous ronds,  je découvre une coquille de lamellibranche, proche des huitres ronde encore en place et même en parfait état de conservation avec encore la taille du muscle. Je remarque aussi les stratifications entrecroisées dans le grès.

Le genêt fleurit blanc(les ajoncs nt jaunes. Le parfum du genêt est très fort avec la chaleur. Nabil me montre aussi des pistachiers et des noyers très grands et très vieux. On ne frappe pas les oliviers « l’arbre ne donne pas de fruit si on lui fait mal ». la récolte se fait à la main (comme en Tunisie). Toute la famille cueille c’est une véritable fête, on ppiqu-nique, on cuit même le pain sur place ainsi que le mensaf et d’autres plats bédouins.

L’hiver, il peut faire très froid ; L’an passé, le village a été isolé 3 ou 4 jours par la neige.

Même si la randonnée n’est pas très longue, elle est instructive et très vivante ; Vers la fin nous rencontrons une classe de filles de At-Tafila, 8-10 ans accompagnées par les enseignantes et par des adolescentes dont certaines parlent français. Les petites sont très envahissantes. Elles crient dans mes oreilles « What is your name ? » puis hurlent à la vue d’un criquet minuscule que j’attrape par les pattes ainsi que les pyrrhocores qui grimpent sur mon pantalon. Je demande à une grande de traduire que dans ma classe j’ai des élevages d’insectes et que mes élèves les manipulent.

Je me suis assise à proximité d’un petit canal et l’herbe a taché mon pantalon et ma « chemise du désert » que je m’empresse de laver. La lessive sèche vite. Comme nous n’avons aucun projet pour l’après midi, nous profitons de notre maison, de sa terrasse pour la lessive, mettre de l’ordre dans les affaires, les photos et mon carnet de notes. Je m’installe à l’ombre d’un petit caroubier.

à l’entrée du village

Autrefois le village, profitant de ces cinq sources cultivait ses champs irrigués. Il a été abandonné et plusieurs hôtels se partagent les maisons. En haut, il y a un beau « bâtiment administratif » avec un Nature Center, un atelier de traitement des fruits, séchage, confitures…une jolie boutique d’artisanat local.

Golem : Avatars d’une légende d’argile – Exposition au Mahj à Paris

EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DU JUDAÏSME

jusqu’au 16 juillet 2017

Prévoir une demi-journée, l’exposition est copieuse.

Surtout  visionnez les vidéogrammes qui sont passionnants!

QUI EST LE GOLEM?

« Qui peut dire qu’il sait quelque chose sur le Golem?On le relègue dans le domaine des légendes jusqu’au jour où un événement survient dans les ruelles et lui donne brusquement vie. »

Gustav Meyrink 

Bien sûr, on connait le livre de Meyrink (1915) et les adaptations filmées.

Dès l’entrée on entend la voix de Borges lisant son poème sur le Golem : pour l’entendre cliquer ICI

Pouvoir des lettres qui donneront vie au Golem.

illustré par cette oeuvre Tserouf de Frank Lalou (2015)

Depuis  la Kabbale, le pouvoir des lettres et des nombres qui leur sont attribués a occupé les érudits. Des arbres de la sainteté montrent sous forme de diagrammes ésotériques ces formules qui permettraient d’animer (ou d’endormir le Golem)

Dans la vitrine un Sefer Yetsira imprimé à Mantoue en 1562 montre encore ces figures!

LE GOLEM DE PRAGUE

Si le Golem de Prague est le plus célèbre, il exista d’autre Golem au cours des temps, on peut citer celui d’Elya Ba’al Chem de Chelm…

Yehouda Loew, Maharal de Prague oublia de l’endormir pendant le Shabat, il se transforma en une menace son corps se trouverait encore dans la Vieille-Nouvelle Synagogue de Prague.

Ambivalence du Golem, un être docile et protecteur peut se transformer en une créature dangereuse incontrôlable.

c’est le Golem de Prague qui est à l’origine de l’image qu’on se fait du Golem: dans cette salle de nombreux extraits de vidéogramme illustrent cette image.

UN HÉROS PROTECTEUR

Les comics américains ont emprunté à la figure du Golem cet image du géant protecteur; les dessinateurs juifs étaient familiers du mythes qu’ils adaptèrent.

On peut aussi imaginer le Golem qui défend les Juifs des nazis.

Un Jeu vidéo : « have no mouth and I must scream » exploite cette idée. De nombreux jeux vidéos font appel au Golem

On peut aussi écouter Elie Wiesel

« A nos yeux c’était un sauveur. Un sauveur muet et malheureux; Nul ne le comprenait…. »

UN MONSTRE INCONTRÔLABLE

Niki de Saint Phalle construisit ce monstre pour un jardin public à Jérusalem. 

Le Golem fut aussi utilisé dans la rhétorique antisémite pour mettre en évidence la « monstruosité juive », on voit la couverture d’un pamphlet.

De nombreux plasticiens se sont emparés du thème : Garouste, Boltanski, des photographes aussi se sont inspiré de » la légende d’argile » comme Joachim Seinfeld.

jusqu’aux Simpson!

J’ai eu le grand plaisir de visionner deux films dAmos Gitaï qui fait naître de la terre, en musique un Golem féminin dans l naissance d’un Golem.

DESCENDANCES DU GOLEM

Cybernétique, ordinateurs et robots sont les descendants du Golem! Un des premiers ordinateurs de l’Institut Weizmann fut nommé Golem; j’ai bien aimé les constructions de Zaven Paré surtout son babbi Loew (mais j’ai raté la photo)

Zaven Paré robot

Led mot de la fin est la très belle projection du film d’Amos Gitaï : Golem l’esprit  de l’Exil

« Va protège les vagabonds, les nomades, les exilés… »

Arrivée à Dana

CARNET DE JORDANIE

Wadi Dana et les crêtes qui se succèdent

Nous descendons sur la route 35 jusqu’à At-Tafila sur le plateau cultivé de champs de blé, des blocs volcaniques sont éparpillés. La Wadi-el-Hasa a creusé un canyon et on a installé un barrage. Les Bédouins ont installé leurs campements. Certaines tentes sont recouvertes de bâches plastifiées beiges ou orange mais il y a encore de belles tentes de laine noire. Sur la route les enfants brandissent des œufs très blancs. Un barrage policier filtre le passage. At-Tafila est le dernier repère sur la carte. Le village de Dana n’y figure pas seulement  des pointillés délimitent la Réserve de Dana. Nous suivons les instructions du GPS avec scepticisme : il n’a pas accepté le village de Dana mais connait un hôtel (qui n’est pas le nôtre). Il nous entraîne dans ces raccourcis hasardeux dont les GPS sont coutumiers, routes percées de nids de poules jusqu’à un champ d’éoliennes qui tournent à grande vitesse. Deux hommes qui parlent anglais nous rassurent et conseillent de tourner à gauche au prochain village ce qui est cohérent avec les indications du GPS, nous ne sommes pas perdues

Dana point of vue !

le village de Dana

La vue est extraordinaire  sur les crêtes violettes au coucher du soleil qui se succèdent, très découpées sur les versants du petit canyon. Vers le nord, on devine les brumes de la Mer Morte. Le chauffeur d’une touriste israélienne nous montre en contrebas le village de Dana sur une petite hauteur, tout près ; nous sommes arrivées.

notre petite maison de pierres à Dana

Le Dana Hôtel correspond à un projet d’écotourisme destiné à faire profiter les bédouins  des revenus touristiques alors qu’ils étaient opposés au projet de réserve qui limite leur liberté de pâture. Le village abandonné a été retapé pour offrir des hébergements tout à fait confortables et agréables dans des maisons individuelles. La nôtre se trouve au bout du chemin dallé. C’est une maison carrée en pierre calcaire. La grande chambre  est plutôt un studio avec un plan de travail et un évier, on pourriat presque y cuisiner. La salle d’eau possède un beau lavabo de pierre, la douche à l’italienne est éclairée par un puits de lumière.

La salle à manger est à l’étage de la grande maison (où sont logés les groupes de touristes). Le dîner-buffet est à la bonne franquette Soleyman crie « le dîner est prêt » ; une foule de hollandais, britanniques et allemands se précipitent, tellement affamés qu’ils ne laissent même pas passer Dominique qui clopine avec sa béquille. C’est ensuite la foire d’empoigne pour s’asseoir. Ambiance auberge de jeunesse. Cuisine basique, la même que dans les buffets que nous avons fréquentés ; Les touristes en troupeau se servent des pyramides de nourriture. J’avale mon riz et mes boulettes pour fuir cette ambiance bruyante.

Le soir, il fait très frais. Pas question de rester longtemps sur les fauteuils de la terrasse à regarder les étoiles ; malgré mon étole en cachemire, je grelotte.9

Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf ( relecture)

CARNET DE JORDANIE

Après avoir visité les châteaux-forts de Jordanie, d’Ajloun à Kerak, Shaubak, autant de souvenirs des Preux chevaliers, de Saladin, des Mamelouks, j’ai eu envie de retourner au livre d’Amin Maalouf, lu et chroniqué il il a quelques années lire ICI

J’ai retrouvé les acteurs les plus marquants de l’époque:

Saladin, le héros incomparable, par son courage et l’importance des batailles de Hattin et la prise de Jérusalem mais aussi par sa courtoisie, son respect de ses adversaires et de ses prisonniers qu’il préférait libérer. Son attitude chevaleresque trouve un exemple qu château de Kerak où se déroulait une noce qu’il prit soin de ne pas bombarder ni déranger alors qu’il assiégeait le château.

Le rendez vous manqué de Richard Coeur de Lion et de Saladin,  illustré vu je sais plus où?

Admirable aussi de sensibilité, ce chevalier qui pleure!

En contrepoint, la barbarie de Renaud de Chatillon, le seigneur de Kerak, pillard qui étendit ses razzias jusqu’en Arabie, et qui fut tué des mains de Saladin.

Baibars, le mamelouk, je l’avais oublié. Si maintenant j’ai été beaucoup plus attentive à son histoire, c’est parce que je l’ai « rencontré » à Ajloun , mais surtout parce que la légende a été racontée dans Hakawati de Rabih Alameddine que j’ai lu récemment.

A cet ouvrage, je dois aussi, l’attention particulière aux pigeons voyageurs….

Je suis retournée au livre espérant me promener dans ces décors maintenant familiers.

J’ai été étonnée de ne pas trouver beaucoup d’allusions à ces châteaux d‘Oultre-Jourdain.  Forteresses qui me semblaient d’importance stratégique sur les routes des caravanes et des pèlerinages. Il semble que les sièges de villes  comme Antioche, Alep, Tripoli et Acre étaient d’importance incomparable! Sans parler des intrigues ourdies au Caire, Damas ou Bagdad.

Une lecture dense,  se déroulant sur près de deux siècles. Relire pour réviser m’a fait plaisir mais il faudra encore bien des lectures, et des voyages(? ) pour assimiler cette Histoire.

Kerak

CARNET DE JORDANIE 

Kerak

Kerak  ou Al-Kerak, est une ville moyenne animée avec deux universités. La citadelle des Croisés Kerak ou Krak des Moabites, est à l’écart de la ville au dessus de la route qui descend vers la Mer Morte à Potash city. Nous suivons les panneaux marrons « Castle Panorama » qui nous conduisent vers un mirador (et un restaurant) d’où on peut admirer le spectacle Sons et Lumières. Le château et son glacis sont impressionnants mais nous ne sommes pas rendus ! Entre le mirador et le château une profonde vallée entaille le relief.

Nous repérons la route à suivre mais aboutissons dans un marché où il faut rouler au pas des chalands qui ne se pressent pas. Je peux admirer des tenues féminines affriolantes, barbotteuses tissus panthère ou pastel, portées sous l’abaya ou à la piscine ? Les robes traditionnelles brodées au point de croix sont suspendues aux tôles des auvents, piles d’oranges, tomates concombre, oignons dans de grands sacs. Je demande le chemin « kalaat ? » un homme qui buvait son café se lève court devant la voiture, à droite, puis à gauche, puis direct (il fait le geste). Plus loin, c’est bouché ! Un petit camion a baissé son hayon devant une boulangerie et deux jeunes hommes déchargent des sacs de farine. Le plus jeune tire les sacs avec un crochet, l’autre, un sac vide sur la tête charge le sac plein sur son épaule. On nous fait signe de contourner. Avec une extrême précision (et l’aide des consommateurs du café) cela passe sans accrochage. Un très gros 4×4 est garé au coin de la terrasse du café. Vide. Nous sommes coincées. Le chauffeur du camion de farine recule. Dominique, au volant, peste. Je retiens mon souffle.

Le château de Kerak

Château de Kerak : vu de la basse-cour

Le château de Kerak a donné son nom à la ville. Un chapitre entier du guide bleu lui est consacré : son histoire remonte à la Bible, elle fut la capitale de Moab – ville des Tessons – et fut attaquée par les Israélites au 9ème siècle av. JC par le roi Joram guerre, racontée sur la stèle de Mesha.

 Evêché, à l’époque byzantine. L’importante population chrétienne facilita l’installation des Croisés. En 115, Baudouin 1er, roi de Jérusalem en fit la capitale d’Outre-Jourdain. En 1140, Payen le Bouteiller fit construire la forteresse qui échut à Renaud de Châtillon, sombre personnage qui terrorisait la région et les caravanes. Saladin assiégea le château en 1183 et 1184 mais ne réussit pas à le conquérir ; les Croisés firent un grand feu sur la plus haute tour et alertèrent le roi Baudouin IV, le roi lépreux, qui secouru les assiégés. Les Croisés furent vaincus à la Bataille de Hattin en 1187. Saladin, fit grâce à la plupart des Croisés mais tua Renaud des Châtillon de ses propres mains. Après la mort de son mari Etiennette de Milly soutint le siège durant plus d’un an et saladin ne put le conquérir qu’en novembre 1189. C’est Saladin qui a sa statue équestre devant le château.

En 1283, Baybars, le mamelouk, s’empara de Kerak.

Du fier château, il ne reste qu’un squelette après qu’Ibrahim Pacha, en 1840 ne détruise une grande partie des fortifications.

Kerak :souterrains

Le visiteur individuel n’a aucune indication pour visiter la forteresse. Pour se repérer, seulement un plan à l’entrée. Je descends dans la Basse-cour où des étudiantes en blouse blanche et voile rouge tournent un film. Au niveau supérieur je découvre les fameux souterrains et parcours de fraîches salles sombres et profite de la fraîcheur, admire la taille des salles, la hauteur des voûtes. Incapable de savoir si je visite des salles de réception ou les réserves de victuailles ou d’arme. J’ai peur de m’y égarer et retourne sur mes pas. Je trouve le puits de lumière mais pas le musée ni la chapelle. J’aurais bien aimé voir les photographies de Gertrude Bell.

Quitter Kerak est un peu compliqué. Suivant les panneaux touristiques. Suivant les panneaux marrons nous n’avions pas branché le GPS, il est temps de le remettre en service.

La Nature exposée – Erri de Luca

IL VIAGGIO

 

J’achète les livres de mes auteurs préférés   sans chercher à connaître le sujet, sans lire la présentation ni le 4ème de couverture.  Je fais confiance à l’auteur. Si j’avais su que, chez les paysans de montagne, « la nature » désignait le sexe, j’aurais peut être hésité. Un livre sur le dévoilement du pénis du Christ! pas franchement ma tasse de thé. Et j’aurais eu bien tort. Parce que c’est un livre délicat, poétique et profond. Impudique? pas vraiment.

 

 

Le narrateur est un montagnard, ancien mineur, passeur d’occasion de ces voyageurs (il ne dit pas réfugié) sur les chemins des contrebandiers, sculpteur amateur, artisan capable de réparer un nez, un doigt, une main cassée dans la pierre.

A la suite d’une dispute avec le forgeron son ami, le narrateur descend de la montagne vers la mer et trouve par hasard, dans une église, une statue qui avait besoin de restauration. C’est une merveilleuse statue de marbre, un Christ en croix qu’on a affublé d’un drapé de granite pour cacher les parties honteuses. Au restaurateur, la tâche d’enlever le drapé et de réparer les dégâts au marbre.

Le héros se passionne pour ce travail. Il se documente sur la statue, le sculpteur, relit les évangiles, et même prend conseil chez un rabbin. Il ira jusqu’à Naples étudier les nus antiques.

Je retrouve Erri de Luca avec ses lectures laïques et érudites des textes sacrés. Son rapport au sacré me convient, respectueux aussi bien de la foi du curé et de l’évêque qui lui ont confié la restauration que des avis du rabbin et des commentaires de l’ouvrier algérien avec qui il dîne dans le petit restaurant populaire. Le sacré dépouillé de toute bigoterie, la tolérance prend toute sa transcendance.

« en quelques mois, j’ai fréquenté un curé, un ouvrier musulman, un rabbin. Aucun contact avant, et puis les trois  la fois, ils m’ont permis de me mettre à leurs balcons, où j’ai éprouvé des vertiges qui me sont inconnus lorsque j’escalade des précipices… »

Simplicité du montagnard qui a un rapport charnel à la pierre, à l’eau glacée du torrent, au sable de la plage, qui « engueule la neige » et délicatesse de son toucher quand il s’agit de la statue de marbre. C’est en la caressant qui’l découvrira ses secrets, ses messages cachés…

Générosité de l’homme simple qui est touché par la parole d’un enfant, un seul mot « Düsseldorf », qui rend l’argent des voyageurs une fois le passage de la frontière effectué.

Erri de Luca nous ramène à Naples :

« Un homme qui vient des bois et d’un village se retrouve à Naples, sorti du train au milieu de la place de la gare. Il doit étudier la situation. La difficulté immédiate, c’est la traversée[…]il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, c’est une mer rouge locale… »

Naples c’est aussi le Vésuve :

« Raimondo associe le sentiment religieux de la ville aux éruptions. « la miraculeuse liquéfaction du sang de la relique de Saint Janvier reproduit sous le verre la fusion volcanique. le sang est l’exorciste du Vésuve, sa statue est portée e, procession contre l’avancée du feu. A Naples le sentiment religieux ne vient pas du haut des cieux, mais des entrailles de la terre…. »

Un beau livre sur la beauté des choses, des sculptures…de la montagne, des textes sacrés.

 

La Mer, le matin – Margaret MAZZANTINI

IL VIAGGIO

Merci aux copines de la page FB du mois Italien/il viaggio, , Martine, Mireille et Paolina qui me l’ont recommandé. C’est une belle lecture! 

Cette lecture s’inscrit dans le Mois italien mais aussi dans une suite de romans qui a commencé par La terre qui les sépare d‘Hisham Matar qui raconte la quête d’un fils cherchant son père dans les geôles de Khadafi, puis par Looping d’Alexia Stresi qui se déroule en partie en Libye et traite de la colonisation mussolinienne de la Lybie (entre autres), enfin la vie ne danse qu’un instant de Theresa Revay se déroulant dans l’Italie de Mussolini et commençant par la conquête de l’Ethiopie.

Italie/Lybie; colonisation/décolonisation mais aussi Exil/ émigration sont les thèmes de La mer, le matin. 

Deux histoires en parallèle :

Farid et la Gazelle raconte l’exil de la mère et de son fils fuyant la guerre civile en Libye qui a tué le père. Farid, enfant du désert n’avait jamais vu la mer. Il se retrouve sur un de ces bateaux pourris qui font naufrage en mer au large de l’Italie. L’innocence de l’enfant, qui apprivoise une gazelle innocente…

Couleur silence

Est aussi une histoire d’exil. c’est l’exil d’Angelina, la  mère de Vito, l’adolescent, puis le jeune homme sicilien, enfant de Tripolini – équivalent de nos pieds noirs – exilés de Libye. Enfants de ces colons que Mussolini a envoyé construire une campagne italienne de l’autre côté de la Méditerranée et que Khadafi a renvoyé ses eux en prenant le pouvoir.

Deux histoires en miroir. Farid qui quitte la Libye pour l’inconnu. Vito, de l’autre côté de la mer, qui a hérité de la nostalgie d’ Angelina, sa mère, de santa sa grand mère pour la Libye.

La mer,  le matin est la troisième partie du livre; celle qui fera peut être rencontrer les deux exils. On aimerait que Vito rencontre Farid, qu’il le sauve du naufrage…

Je ne vais pas raconter la fin. Il faut lire ce livre poétique, généreux qui soulève aussi un voile sur une histoire douloureuse.

Umm-er-Rassas et la route du roi vers le sud

CARNET DE JORDANIE

colonne stylite

Sur la Route du Roi, 32km au sud de Madaba, Dhiban est le site où l’on a trouvé la célèbre stèle de Mesha dont j’ai vu la copie au Musée archéologique de Madaba. L’original se trouve au Louvre – je me promets d’aller lui rendre visite.

De Dhiban, vers l’est,  on rejoint le site d’Umm-er-Rassas (très bien expliqué sur le Guide du Routard). A travers des champs de blé avec des moutardes jaunes, nombreux troupeaux paissent. Que font les bergers toute la journée.? Certains jouent de la flûte, d’autres manipulent leur téléphone.

Umm-er- Rassas

Umm-ar Rassas

Umm-er-Rassas est inscrit depuis 2004 sur la liste de l’UNESCO du Patrimoine de l’Humanité avec ses 16 églises et sa colonne Stylite. On a construit un très grand centre des visiteurs avec bureau de Poste, poste de Police, magasins de souvenirs, billetterie et restaurant. De tous ces aménagements, seul le poste de police est ouvert. Il faut d’ailleurs s’y faire enregistrer avec vérification de mon Jordan Pass. Un cheminement bien plat invite Dominique à la promenade jusqu’à Saint Etienne où un hangar de tôle protège les mosaïques.

Eglise saint Etienne

Celle de l’Eglise Saint Serge est un  tapis végétal, les personnages ayant été abimés par les iconoclastes. Je reconnais  une maison, des cornes d’abondance, des feuilles de vigne. Les bordures sont en meilleur état, plusieurs frises s »’emboîtent,  de l’intérieur vers l’extérieur : les vendanges avec grappes et corbeilles, une frise géométrique, enfin des frises « à la grecque ». !Dans le chœur près de l’autel sont représentés deux béliers que j’avais ris pour des chevaux, sous deux arbres.

Villes de Palestine t motifs nilotiques

J’ai vu une reproduction de la mosaïque de Saint Etienne à Madaba. L’original est quand même autre chose ! Je m’applique à filmer chacune des villes. J’identifie facilement Philadelphia (Amman), Madaba, Néapolis (Naplouse) je ne trouve pas Jérusalem. Les villes du delta du Nil figurées en face ne sont pas connues de moi. La bordure interne aux « figures nilotiques », bateaux, poissons, m’avait inspiré des voyages plus lointains.

Nou nous promenons au hasard dans les vestiges difficilement identifiables (toute une ville) . Il faut faire attention de ne pas tomber dans les ouvertures des puits ou des citernes.

Citernes ou caves?

La colonne stylite est un peu plus lin à l’écart. Ce n’est pas une colonne à proprement parler, plutôt une tour carrée. Souvenirs de lecture de Lacarrière, il faudrait que je relise Les Hommes ivres de Dieu. J’imaginais cette colonne moins haute. A une telle altitude, l’ermite était vraiment coupé du monde. Sa position sur la terrasse était plus confortable que je ne l’avais imaginée. En revanche le ravitaillement était peut être compliqué (quoique avec un panier et une corde….)

Iris noir de Jordanie

Au retour je photographie deux très beaux iris très foncés. Sont-ce les fameux iris noirs(Iris nigricans) symboles de la Jordanie ?

Wadi Al-Mujib : barrage

Retour à Dhiban sur la route 35 (Route du Roi)jusqu’à Kerak : étape de 50km parmi les cultures verdoyants sur les hauteurs coupées par le canyon creusé par la Wadi Al-Mujib, entaille profonde de 900m dans un désert très aride et pierreux. Un barrage sur le wadi retient un lac bleu turquoise dans un écrin de roches beige ou roses. Des bédouins ont installé leurs tentes. Près du barrage, une oasis  de cultures très vertes et d’autres sous plastique. Des enfants en uniforme bleu, les petis, verts, les plus grands sortent de l’école. La route passe sur le barrage. Dans le creux du canyon le thermomètre de la voiture indique 28°C (avec le soleil il doit faire beaucoup plus). Nous déjeunons sur le versant sud du canyon, dans un virage, au Restaurant Trajan Rest House qui propose pour 10JD le même buffet qu’à Jerash. Cuisine sans recherche ni goût mais il y a des gombos et j’adore cela. Comme à Jerash, nous payons plutôt pour l’emplacement magnifique que pour la cuisine quelconque. Des cyprès ont été plantés le long de la route qui remonte sur le plateau où nous retrouvons l’agriculture.

Mukawir : Machéronte le Palais d’Hérode

CARNET DE JORDANIE

la Mer Morte le matin

Le muezzin m’a réveillée, la mosquée est toute proche.

Petit déjeuner local : sur une grande assiette carrée, des tomates en quartier, des concombres en rondelle, olives noires, humus, la confiture est présentée dans une tranche de poivron vert, pain arabe et café turc excellent.

Omar qui  sert ce matin, est professeur d’anglais et d’espagnol. Nous bavardons en attendant que son compère aille chercher une carte de crédit téléphonique. Même local, le téléphone est une ruine.

Le vent a chassé les nuages et le ciel est limpide.

La forteresse d’Hérode

Le détour par MachéronteMukawir en arabe – n’était pas à notre programme. Nous nous laissons tenter par le détour (une quarantaine de km en plus). C’est la forteresse f’Hérode bâtie par Alexandre Janneus au 1er siècle avant JC où se déroula l’histoire de Saint Jean Baptiste et de Salomé. J’ai eu l’occasion de lire récemment la pièce d’Oscar Wilde et de relire Hérodias de Flaubert. La forteresse fut détruite par Gebrinius sur l’ordre de Titus en 70 après JC.

Il faut quitter la Route du Roi à Libb vers l’ouest la route serpente au sommet de collines plantées d’oliviers, de blé bien vert égayé par les fleurs jaunes de la moutarde sauvage. Au détour de la route, la surprise : la Mer Morte et la Plaine du Jourdain, beaucoup plus nets et colorés qu’hier avec la brume. La vue est tellement belle que je prends mon temps pour marcher à pied. Je crois deviner les maisons coiffant une colline et pense que cela ne peut être que Jérusalem, Jericho plus proche est dans un creux.

Genet blanc

Au village de Mukawir, un grillage enclos deux églises byzantine contenant des mosaïques. Le bédouin, gallabieh brune, caffieh rouge à damier, canne et fine moustache blanche, devant sa tente ne m’ouvre pas le site mais me fait retourner pour pointer une colline pointue: « le château est là-bas !». Des mimosas en fleurs, un genêt blanc égaie la colline pelée. Sur l’acropole, deux colonnes : je devine les mus du palais. La pente est bien raide, notre route bien longue. Je renonce à gravir le chemin – à regret. Décidément, ce circuit en deux semaines est une série de renoncements, nous aurions dû prévoir trois semaines. Le paysage de désert est splendide, les bancs calcaires sont parsemés de brins verts qui sécheront sans doute bientôt, je distingue des grottes, certaines obturées par des murets : abris pour les hommes ou les troupeaux ? La rive occidentale de la Mer Morte est très nette. Bouffée de nostalgie !

 

HERODIAS :

La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.

Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.

Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.

Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises. Engaddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, Karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem

FLAUBERT

 

Musée Stephane Mallarmé à Vulaines-sur-Seine par une belle journée ensoleillée

MAISON D’ÉCRIVAIN

 

 

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

A Vulaines-sur-Seine, Stephane Mallarmé louait cette maison face à la rivière. Le bateau n’était point un steamer mais une jolie yole à la voile en trapèze, qui naviguait sur la rivière.

De ses fenêtres il pouvait contempler le rideau des arbres bordant la Seine, ou un merveilleux jardin, verger de pommiers  en espaliers, de bordures fleuries qui sont une splendeur en ce moment au printemps.

La maison n’est pas très grande mais il faut prévoir un bon moment pour la visiter. Surtout prenez l’audioguide qui est remarquable. Chaque objet ou tableau est prétexte à écouter un poème, entendre une anecdote.Mallarmé était peu fortuné mais ses amis artistes lui firent cadeau de merveilleuses oeuvres exposées ici.  Mallarmé fréquentait les impressionnistes, ami de Manet qui a peint son portrait (à Orsay),  Berthe Morizot, mais aussi les nabis. Gauguin pour le remercier de l’avoir aidé à financer son voyage lui offrit une curieuse sculpture en forme de cylindre avec un homme/un faune enlaçant une femme polynésienne.

sculpure analogue mais ce n’est pas celle de Vulaines

 Liaison toute trouvée avec le poème et la musique de Debussy du Prélude de l’après midi d’un Faune. Un tableau illustre ce thème. 

Le faune observe la naïade prête à plonger

sur un éventail le poète a calligraphié un poème….

D’autres tableaux sont encore des invitations à la poésie qu délivre l’audioguide.

maison modeste, ameublement très simple mais que de merveilles. Renoir s’est essayé à la photographie : les deux amis ont posé longuement …

Je ne peux tout noter.

le jardin est merveilleux, invitation au rêve au dessin

 

Dans les salles du rez de chaussée se tient une très belle exposition d’Emmanuel Berry :MON CHER RODIN ù de très belles photos des sculptures de rodin dans le cadre du centenaire: j’ai beau avoir vu les originaux dimanche dernier au Grand Palais, je suis saisie par les photographies!

la belle matinée s’est terminée par un pique-nique et une promenade sur les bords de Seine jusqu’à Hericy. ù un bras mort de la rivière fait comme une île , une frayère à brchets;

en face à samois il y a une collection de très belles villas.

Quelle belle journée!