Beida : Petite Pétra et arrivée à Pétra

CARNET DE JORDANIE

La Petite Petra

La route est très courte. Pause sur une crête boisée de chênes verts entre les rochers rouges et violets de Beida et de Pétra qui s’approchent.

Beida est le nom du site que les touristes appellent « la petite Pétra ». Nous avons eu du mal à la situer sur la carte. La « Petite Petra » était mentionnée sur notre programme sans aucune indication de lieu. Encore une approximation d’Enjoy Jordan !

Rocher bizarre

Aux alentours de Beida, les rochers ont vraiment des airs bizarres. L’un d’eux ressemble à un crâne, un autre à un éléphant sans compter les pains de sucre, les doigts dressé vers le ciel….Rien n’indique le site. En revanche de jeunes hommes à pied ou en voiture circulent à la recherche des touristes et sont très insistants. Rien ne les décourage. Ce qui a le don de nous faire rentrer dans la voiture et démarrer. Retour à guetter les panneaux qui indiquent des campements pour touristes, mais pas le site.

A quoi correspondent ces cavités?

Enfin ! Nous trouvons l’entrée et la route vers un site néolithique à 1km. J’erre dans les rochers découpés par les Nabatéens ( ?) Déjà au naturel, les rochers sont biscornus, mais en plus avec des escaliers, des rigoles , des piscines( ?) ils sont encore plus étranges. Je n’ai aucune référence en ce qui concerne les Nabatéens. A quoi correspondent ces expressions de « biclinium » et « triclinium » ? Je crois comprendre qu’il s’agit de deux ou trois bancs découpés dans la salle, pour un banquet funéraire, mais mon interprétation devrait être confirmée. Que faisait-on dans ces grottes, y célébrait-on un culte ou discutaient-ils affaires ? Une jolie façade à fronton très classique soigneusement décoré avec des colonnes plaquées sur la façade sur un perron à trois marche. Était-ce un tombeau ou un temple ?

le petit siq est bouché par un escalier

J’entre dans le petit canyon (on les nomme siq), découvre  une façade à fronton et une autre à colonne. Dans une grotte il y a une très belle fresque colorée aux motifs de vigne. Le canyon se resserre ensuite. Autant, il fait chaud au soleil, autant à l’ombre la température est délicieuse. Les parois se touchent presque. Un escalier aux marches usées bouche l’interstice entre les deux falaises. Monter ? Pourquoi pas ? Un bédouin habillé de noir est assis en haut des marches que je gravis bien péniblement avec l’arrière pensée que la descente sera vertigineuse. L’homme aide à me hisser puis explique comment  se glisser entre les deux parois qui forment une cheminée pour retrouver le passage. Je suis chaussée de sandales, pas du tout équipée pour l’alpinisme. En haut, des couvertures, des théières, des traces de feu.

Le retour a été plus facile que je ne le craignais. Je n’avais pas vu un passage entre l’escalier et une paroi, beaucoup plus sûr que les marches usées. On a même cimenté les endroits scabreux.

pampres et vignes

Sous la grotte de la fresque, un bédouin raconte à deux touristes des histoires de djinns. Il ne porte pas son chèche en turban mais il a une sorte de bonnet brillant ressemblant aux capuches des moines coptes avec des triangles qui descendent sur les tempes. Sa barbe est clairsemée mais son regard vif, un air un peu diabolique comme les djinns dont il parle.  Ces rochers étranges seraient le royaume des djinns qui nous observent alors que nous ne les voyons pas. Les chiens les sentent. Ils peuvent prendre des formes diverses comme se métamorphoser en serpent. C’est pur cela qu’il ne faut pas tuer directement un serpent ; Il faut lui demander gentiment d’aller ailleurs. Au bout de trois demandes, s’il persiste à nous menacer, on peut alors l’abattre. J’aime beaucoup ces contes de djinns. Je me félicite encore d’avoir lu Hakawati de Rabih Alameddine avant ce voyage.  Déjà ce matin, avec Baybars et les mamelouks j’étais dans le vif du sujet.

Après un pique-nique à l’ombre dans le sik nous rejoignons Petra toute proche et notre hôtel Edom où nous allons rester 3 nuits.

L’Hôtel Edom est remarquablement situé, peut être à 200 mètres de l’entrée du site de Pétra. Il a un parking, le lobby est luxueux, le réceptionniste très aimable nous offre le pot d’accueil. La chambre est au 5ème et s’ouvre sur un petit balcon qui donne sur la terrasse d’un restaurant agréable. Curieusement, on n’a pas prévu de chaise, ni de table de nuit. Quand je réclame une chaise tout le monde a l’air étonné. La télévision reçoit France 24, mais l’image se fige, on n’arrivera pas à réparer la panne.

J’ai pris un Jordan Pass à 75JD avec deux jours à Pétra, sans Jordan Pass l’entrée est de 50JD, la journée. J’avais espéré que je pourrai l’activer dans l’après midi +48h mais cela ne marche pas ainsi, ce sont deux jours à compter de demain. Ce n’est pas très grave, il nous faut bien une fin d’après midi pour préparer les visites sur le site avec nos guides.

Enjoy Jordan a prévu notre séjour en Bed&breakfast. Nous dînons donc à nos frais dans la très belle salle à manger de l’hôtel Edom : chaises habillées de blanc, pierres apparentes, joli décor sobre ; en revanche le buffet ressemble à tous les buffets à 10JD que nous connaissons (sauf qu’ici c’est 12JD) cuisine insipide, réchauffée mais pâtisseries attirantes. Il y a un groupe de français. J’en profite pour interroger leur guide. Nous prendrons les autres dîners en ville dans les petits restaurants moins chers proposant des grillades et de la cuisine locale.

Looping – Alexia STRESI

MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

Looping a été écrit en français par une écrivaine française, Alexia Stresi qui est aussi une actrice connue. Si Looping a sa place dans ce challenge c’est parce que l’action se déroule en Italie et en Libye du temps où la Libye était une colonie italienne. C’est une leçon d’histoire de l’Italie pour moi qui connaissais peu la période fasciste et celle de la Démocratie Chrétienne.

Je me suis attachée à l’héroïne Noelie, née avant  la Première Guerre mondiale, fille d’une très jeune paysanne , Camilla, et  d’un père soldat de passage à Imperia, sur la Riviera italienne,  qui se retrouve dans un palais occupé par les fascistes à Tripoli. A Rome, elle s’intègre dans la bonne société …. Aussi à l’aise aux commandes d’un avion dans le désert libyen que dans les salons d’une station balnéaire huppée et même en négociatrice auprès de Khadafi.

Histoire tout à fait extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Personnalité hors norme,mais surtout visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.

Shaubak

CARNET JORDANIEN

Dernier regard sur Dana du parking qui surplombe la vallée. Un petit chien blanc affalé paraît en mauvais état. Je lui donne une pita destinée à faire un sandwich pour midi. Après les prises de vues, le voici assis sur son derrière tout guilleret levant la patte. On passe une cimenterie Lafarge (il y en a décidément dans le monde entier). La Route du Roi court sur le bord du plateau entre champs de blé vert mais clairsemé et terrains arides où des antennes sont encloses. .

Direction Ouest avant d’arriver à Shaubak. Des bédouins ont établi leur campement dans une vallée peu profonde d’un wadi invisible. A l’écart du village, la forteresse coiffe une colline, château beige sur une colline beige, les murs se détachent sur le ciel bleu éclatant de 8h du matin. Bâti par le Roi de Jérusalem, Baudouin 1er en 115 avant Kerak, il portait alors le nom de Montréal. Comme à Kerak, le glacis, les fortifications en bel appareil taillé soigneusement sont mamelouks. Du château croisé, nous découvrons la chapelle romane. Le gardien (francophone, visite guidée imposée) a plaisir à me montrer  la clé de voûte (cette expression lui plait beaucoup et il l’utilise à chaque occasion). A proximité : le baptistère,  une canalisation de pierre conduit l’eau pour le baptême , un passage secret le reliait à la source. On peut encore emprunter le passage secret jusqu’à l’ancien village, j’y renonce de crante d’allonger trop la visite.

Comme Kerak, Shaubak fut prise par Saladin en 1180, puis par le mamelouk Alaeddine en 1300. Au temps de sa splendeur, la forteresse était construite sur 7 étages et défendue par 700 soldats, 3000 esclaves y vivaient, on n’a pas décompté les villageois, femmes et enfants… Alaeddine y construisit deux madrasas, une mosquée (belles inscriptions coufiques)Il installa des souks sur trois étages , il reste de très belles arches superposées. Marché ou caravansérail ? Shaubak se trouve sur la route des caravanes reliant la Syrie à l’Egypte. A la base de la tour de Guêt, 4 meurtrières surveillent les quatre points cardinaux. Mon guide mime le geste de l’archer. Le Donjon est daté par une inscription de 700 de l’Hégire. Un hammam plaqué de marbre a gardé quelques plaques témoins de son luxe.

Une famille cherche le souterrain. Mon guide propose de les y emmener. Ma visite s’achève, je lui donne 5JD qui paraissent convenir ; il me demande alors si je veux les accompagner ; c’est tentant ! « Mais il faudra payer plus ». Alors là, c’est non !

Détour par le musée où il n’y a à voir que quelques cafetières, outils agricoles sans intérêt. Je regrette d’avoir raté les photographies de Gertrude Bell du musée de Kérak !

Retour sur la Route du Roi. Au premier village nous achetons de l’eau, des fruits, des gouttes pour le nez (desséché par la poussière et l’atmosphère très sèche) ainsi qu’un chargeur de téléphone pour le petit nokia d’Omar , oublié à Madaba

Randonnée dans la Réserve de Dana

CARNET JORDANIEN

Wadi Dana au petit matin

Au programme : une randonnée de 5 heures. Soleyman parle de 3h. Nous avons fixé le rendez vous à 8 heures après le petit déjeuner.

Au buffet : tomates concombres, fromage blanc, humus, halva et pain pita. Le thé est excellent. Ce n’est pas du Lipton en sachet comme précédemment. La halva se marie très bien avec le fromage blanc. Cette association n’est peut être pas orthodoxe mais elle est bien calorique pour une randonnée en montagne.

Nabil pose fièrement devant son jardin et sa tente

A 8heures, comme le guide ne se manifeste pas, je vais trouver Soleyman qui me désigne un grand bédouin enturbanné de son chèche noir mais qui ne déborde pas d’enthousiasme pour m’emmener. Peut être pensait il mener un groupe, ou une jeunette. Il annonce une promenade de 2heures. Je me fâche, c’est écrit 5 ! Soleyman appelle un autre guide pour une balade plus longue. Chèche et bâton de marche, il semble équipé pour une expédition avec son grand sac à dos qu’il charge d’une grosse bouteille d’eau. Il s’appelle Nabil et marche d’un bon pas.

Amandes vertes sur l’amandier

Dans un creux se trouve son jardin, ses arbres et sa tente. Il cueille des amandes vertes me montre les  grenades séchées sur un grenadier de belle taille encore en tenue hivernale. Les cognassiers sont en fleurs, il a aussi des figuiers et un prunier. Il dit aussi cultiver des légumes mais on le les voit pas. Près du jardin il y a une petite source. Plus haut, l’eau est plus abondante est canalisée pour arroser plusieurs jardins. Chaque famille a droit à un certain nombre de jours d’irrigation, il faut grimper haut dans la montagne pour bouger la pierre qui distribue l’eau dans les différents canaux. Nabil et sa famille vivent dans une maison de pierre. L’été il est agréable d’aller au jardin.

rochers pointés vers le ciel et fenouil en fleur

On remonte vers des rochers qui dominent une entaille très étroite, canyon gardé par des rochers cylindriques comme des doigts pointés vers le ciel ou des pains de sucre. Les niveaux inférieurs sont des grès  rougeâtres où des nuances de rouge et d’orangé alternent. Plus haut, les roches sont plus compactes beige-jaunes.  Enfin, vers le sommet il y a une petite barre calcaire, banc horizontal surmonté de végétation. Un aigle plane. Verrons- nous d’autres animaux ? La faune de la Réserve est riche. Chemin faisant, Nabil ramasse des branches sèches. Avant d’arriver sur un rebord boisé confortable et ombragé derrière une roche à la curieuse forme de champignon, il m’envoie grimper au sommet de la colline voir la vue sur la vallée de la rivière Dana pendant qu’il allume le feu pour préparer le thé.

pause pour le thé

Quand je reviens, la théière est en équilibre sur trois pierres. J’ai le temps de faire un croquis pendant que le thé infuse et se refroidit. Nous en buvons deux verres. Le thé bédouin est très fort et sucré. Nabil me raconte la généalogie de sa famille. Lui-même a deux femmes et 8 enfants. Il a 9 frères et sœurs et encore des demi-frères beaucoup plus âgés. Ce n’est pas étonnant que je confonde les bédouins de l’auberge, ils sont tous frères et se ressemblent avec le même chèche nir noué en turban. Nous ne voyons pas les bédouines. Les deux femmes qui servent en cuisine et font le ménage ont indonésiennes. Je remarque : « quelle famille nombreuse! » je m’attendais qu’il réponde quà la campagne chaque bras est utile, sa réponse me déconcerte « C’est bien d’avoir de nombreux frères qui peuvent vous défendre quand on vous attaque ! ».

Rochers bizarres

La roche est creusée de nombreux trous ronds,  je découvre une coquille de lamellibranche, proche des huitres ronde encore en place et même en parfait état de conservation avec encore la taille du muscle. Je remarque aussi les stratifications entrecroisées dans le grès.

Le genêt fleurit blanc(les ajoncs nt jaunes. Le parfum du genêt est très fort avec la chaleur. Nabil me montre aussi des pistachiers et des noyers très grands et très vieux. On ne frappe pas les oliviers « l’arbre ne donne pas de fruit si on lui fait mal ». la récolte se fait à la main (comme en Tunisie). Toute la famille cueille c’est une véritable fête, on ppiqu-nique, on cuit même le pain sur place ainsi que le mensaf et d’autres plats bédouins.

L’hiver, il peut faire très froid ; L’an passé, le village a été isolé 3 ou 4 jours par la neige.

Même si la randonnée n’est pas très longue, elle est instructive et très vivante ; Vers la fin nous rencontrons une classe de filles de At-Tafila, 8-10 ans accompagnées par les enseignantes et par des adolescentes dont certaines parlent français. Les petites sont très envahissantes. Elles crient dans mes oreilles « What is your name ? » puis hurlent à la vue d’un criquet minuscule que j’attrape par les pattes ainsi que les pyrrhocores qui grimpent sur mon pantalon. Je demande à une grande de traduire que dans ma classe j’ai des élevages d’insectes et que mes élèves les manipulent.

Je me suis assise à proximité d’un petit canal et l’herbe a taché mon pantalon et ma « chemise du désert » que je m’empresse de laver. La lessive sèche vite. Comme nous n’avons aucun projet pour l’après midi, nous profitons de notre maison, de sa terrasse pour la lessive, mettre de l’ordre dans les affaires, les photos et mon carnet de notes. Je m’installe à l’ombre d’un petit caroubier.

à l’entrée du village

Autrefois le village, profitant de ces cinq sources cultivait ses champs irrigués. Il a été abandonné et plusieurs hôtels se partagent les maisons. En haut, il y a un beau « bâtiment administratif » avec un Nature Center, un atelier de traitement des fruits, séchage, confitures…une jolie boutique d’artisanat local.

Golem : Avatars d’une légende d’argile – Exposition au Mahj à Paris

EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DU JUDAÏSME

jusqu’au 16 juillet 2017

Prévoir une demi-journée, l’exposition est copieuse.

Surtout  visionnez les vidéogrammes qui sont passionnants!

QUI EST LE GOLEM?

« Qui peut dire qu’il sait quelque chose sur le Golem?On le relègue dans le domaine des légendes jusqu’au jour où un événement survient dans les ruelles et lui donne brusquement vie. »

Gustav Meyrink 

Bien sûr, on connait le livre de Meyrink (1915) et les adaptations filmées.

Dès l’entrée on entend la voix de Borges lisant son poème sur le Golem : pour l’entendre cliquer ICI

Pouvoir des lettres qui donneront vie au Golem.

illustré par cette oeuvre Tserouf de Frank Lalou (2015)

Depuis  la Kabbale, le pouvoir des lettres et des nombres qui leur sont attribués a occupé les érudits. Des arbres de la sainteté montrent sous forme de diagrammes ésotériques ces formules qui permettraient d’animer (ou d’endormir le Golem)

Dans la vitrine un Sefer Yetsira imprimé à Mantoue en 1562 montre encore ces figures!

LE GOLEM DE PRAGUE

Si le Golem de Prague est le plus célèbre, il exista d’autre Golem au cours des temps, on peut citer celui d’Elya Ba’al Chem de Chelm…

Yehouda Loew, Maharal de Prague oublia de l’endormir pendant le Shabat, il se transforma en une menace son corps se trouverait encore dans la Vieille-Nouvelle Synagogue de Prague.

Ambivalence du Golem, un être docile et protecteur peut se transformer en une créature dangereuse incontrôlable.

c’est le Golem de Prague qui est à l’origine de l’image qu’on se fait du Golem: dans cette salle de nombreux extraits de vidéogramme illustrent cette image.

UN HÉROS PROTECTEUR

Les comics américains ont emprunté à la figure du Golem cet image du géant protecteur; les dessinateurs juifs étaient familiers du mythes qu’ils adaptèrent.

On peut aussi imaginer le Golem qui défend les Juifs des nazis.

Un Jeu vidéo : « have no mouth and I must scream » exploite cette idée. De nombreux jeux vidéos font appel au Golem

On peut aussi écouter Elie Wiesel

« A nos yeux c’était un sauveur. Un sauveur muet et malheureux; Nul ne le comprenait…. »

UN MONSTRE INCONTRÔLABLE

Niki de Saint Phalle construisit ce monstre pour un jardin public à Jérusalem. 

Le Golem fut aussi utilisé dans la rhétorique antisémite pour mettre en évidence la « monstruosité juive », on voit la couverture d’un pamphlet.

De nombreux plasticiens se sont emparés du thème : Garouste, Boltanski, des photographes aussi se sont inspiré de » la légende d’argile » comme Joachim Seinfeld.

jusqu’aux Simpson!

J’ai eu le grand plaisir de visionner deux films dAmos Gitaï qui fait naître de la terre, en musique un Golem féminin dans l naissance d’un Golem.

DESCENDANCES DU GOLEM

Cybernétique, ordinateurs et robots sont les descendants du Golem! Un des premiers ordinateurs de l’Institut Weizmann fut nommé Golem; j’ai bien aimé les constructions de Zaven Paré surtout son babbi Loew (mais j’ai raté la photo)

Zaven Paré robot

Led mot de la fin est la très belle projection du film d’Amos Gitaï : Golem l’esprit  de l’Exil

« Va protège les vagabonds, les nomades, les exilés… »

Arrivée à Dana

CARNET DE JORDANIE

Wadi Dana et les crêtes qui se succèdent

Nous descendons sur la route 35 jusqu’à At-Tafila sur le plateau cultivé de champs de blé, des blocs volcaniques sont éparpillés. La Wadi-el-Hasa a creusé un canyon et on a installé un barrage. Les Bédouins ont installé leurs campements. Certaines tentes sont recouvertes de bâches plastifiées beiges ou orange mais il y a encore de belles tentes de laine noire. Sur la route les enfants brandissent des œufs très blancs. Un barrage policier filtre le passage. At-Tafila est le dernier repère sur la carte. Le village de Dana n’y figure pas seulement  des pointillés délimitent la Réserve de Dana. Nous suivons les instructions du GPS avec scepticisme : il n’a pas accepté le village de Dana mais connait un hôtel (qui n’est pas le nôtre). Il nous entraîne dans ces raccourcis hasardeux dont les GPS sont coutumiers, routes percées de nids de poules jusqu’à un champ d’éoliennes qui tournent à grande vitesse. Deux hommes qui parlent anglais nous rassurent et conseillent de tourner à gauche au prochain village ce qui est cohérent avec les indications du GPS, nous ne sommes pas perdues

Dana point of vue !

le village de Dana

La vue est extraordinaire  sur les crêtes violettes au coucher du soleil qui se succèdent, très découpées sur les versants du petit canyon. Vers le nord, on devine les brumes de la Mer Morte. Le chauffeur d’une touriste israélienne nous montre en contrebas le village de Dana sur une petite hauteur, tout près ; nous sommes arrivées.

notre petite maison de pierres à Dana

Le Dana Hôtel correspond à un projet d’écotourisme destiné à faire profiter les bédouins  des revenus touristiques alors qu’ils étaient opposés au projet de réserve qui limite leur liberté de pâture. Le village abandonné a été retapé pour offrir des hébergements tout à fait confortables et agréables dans des maisons individuelles. La nôtre se trouve au bout du chemin dallé. C’est une maison carrée en pierre calcaire. La grande chambre  est plutôt un studio avec un plan de travail et un évier, on pourriat presque y cuisiner. La salle d’eau possède un beau lavabo de pierre, la douche à l’italienne est éclairée par un puits de lumière.

La salle à manger est à l’étage de la grande maison (où sont logés les groupes de touristes). Le dîner-buffet est à la bonne franquette Soleyman crie « le dîner est prêt » ; une foule de hollandais, britanniques et allemands se précipitent, tellement affamés qu’ils ne laissent même pas passer Dominique qui clopine avec sa béquille. C’est ensuite la foire d’empoigne pour s’asseoir. Ambiance auberge de jeunesse. Cuisine basique, la même que dans les buffets que nous avons fréquentés ; Les touristes en troupeau se servent des pyramides de nourriture. J’avale mon riz et mes boulettes pour fuir cette ambiance bruyante.

Le soir, il fait très frais. Pas question de rester longtemps sur les fauteuils de la terrasse à regarder les étoiles ; malgré mon étole en cachemire, je grelotte.9

Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf ( relecture)

CARNET DE JORDANIE

Après avoir visité les châteaux-forts de Jordanie, d’Ajloun à Kerak, Shaubak, autant de souvenirs des Preux chevaliers, de Saladin, des Mamelouks, j’ai eu envie de retourner au livre d’Amin Maalouf, lu et chroniqué il il a quelques années lire ICI

J’ai retrouvé les acteurs les plus marquants de l’époque:

Saladin, le héros incomparable, par son courage et l’importance des batailles de Hattin et la prise de Jérusalem mais aussi par sa courtoisie, son respect de ses adversaires et de ses prisonniers qu’il préférait libérer. Son attitude chevaleresque trouve un exemple qu château de Kerak où se déroulait une noce qu’il prit soin de ne pas bombarder ni déranger alors qu’il assiégeait le château.

Le rendez vous manqué de Richard Coeur de Lion et de Saladin,  illustré vu je sais plus où?

Admirable aussi de sensibilité, ce chevalier qui pleure!

En contrepoint, la barbarie de Renaud de Chatillon, le seigneur de Kerak, pillard qui étendit ses razzias jusqu’en Arabie, et qui fut tué des mains de Saladin.

Baibars, le mamelouk, je l’avais oublié. Si maintenant j’ai été beaucoup plus attentive à son histoire, c’est parce que je l’ai « rencontré » à Ajloun , mais surtout parce que la légende a été racontée dans Hakawati de Rabih Alameddine que j’ai lu récemment.

A cet ouvrage, je dois aussi, l’attention particulière aux pigeons voyageurs….

Je suis retournée au livre espérant me promener dans ces décors maintenant familiers.

J’ai été étonnée de ne pas trouver beaucoup d’allusions à ces châteaux d‘Oultre-Jourdain.  Forteresses qui me semblaient d’importance stratégique sur les routes des caravanes et des pèlerinages. Il semble que les sièges de villes  comme Antioche, Alep, Tripoli et Acre étaient d’importance incomparable! Sans parler des intrigues ourdies au Caire, Damas ou Bagdad.

Une lecture dense,  se déroulant sur près de deux siècles. Relire pour réviser m’a fait plaisir mais il faudra encore bien des lectures, et des voyages(? ) pour assimiler cette Histoire.

Kerak

CARNET DE JORDANIE 

Kerak

Kerak  ou Al-Kerak, est une ville moyenne animée avec deux universités. La citadelle des Croisés Kerak ou Krak des Moabites, est à l’écart de la ville au dessus de la route qui descend vers la Mer Morte à Potash city. Nous suivons les panneaux marrons « Castle Panorama » qui nous conduisent vers un mirador (et un restaurant) d’où on peut admirer le spectacle Sons et Lumières. Le château et son glacis sont impressionnants mais nous ne sommes pas rendus ! Entre le mirador et le château une profonde vallée entaille le relief.

Nous repérons la route à suivre mais aboutissons dans un marché où il faut rouler au pas des chalands qui ne se pressent pas. Je peux admirer des tenues féminines affriolantes, barbotteuses tissus panthère ou pastel, portées sous l’abaya ou à la piscine ? Les robes traditionnelles brodées au point de croix sont suspendues aux tôles des auvents, piles d’oranges, tomates concombre, oignons dans de grands sacs. Je demande le chemin « kalaat ? » un homme qui buvait son café se lève court devant la voiture, à droite, puis à gauche, puis direct (il fait le geste). Plus loin, c’est bouché ! Un petit camion a baissé son hayon devant une boulangerie et deux jeunes hommes déchargent des sacs de farine. Le plus jeune tire les sacs avec un crochet, l’autre, un sac vide sur la tête charge le sac plein sur son épaule. On nous fait signe de contourner. Avec une extrême précision (et l’aide des consommateurs du café) cela passe sans accrochage. Un très gros 4×4 est garé au coin de la terrasse du café. Vide. Nous sommes coincées. Le chauffeur du camion de farine recule. Dominique, au volant, peste. Je retiens mon souffle.

Le château de Kerak

Château de Kerak : vu de la basse-cour

Le château de Kerak a donné son nom à la ville. Un chapitre entier du guide bleu lui est consacré : son histoire remonte à la Bible, elle fut la capitale de Moab – ville des Tessons – et fut attaquée par les Israélites au 9ème siècle av. JC par le roi Joram guerre, racontée sur la stèle de Mesha.

 Evêché, à l’époque byzantine. L’importante population chrétienne facilita l’installation des Croisés. En 115, Baudouin 1er, roi de Jérusalem en fit la capitale d’Outre-Jourdain. En 1140, Payen le Bouteiller fit construire la forteresse qui échut à Renaud de Châtillon, sombre personnage qui terrorisait la région et les caravanes. Saladin assiégea le château en 1183 et 1184 mais ne réussit pas à le conquérir ; les Croisés firent un grand feu sur la plus haute tour et alertèrent le roi Baudouin IV, le roi lépreux, qui secouru les assiégés. Les Croisés furent vaincus à la Bataille de Hattin en 1187. Saladin, fit grâce à la plupart des Croisés mais tua Renaud des Châtillon de ses propres mains. Après la mort de son mari Etiennette de Milly soutint le siège durant plus d’un an et saladin ne put le conquérir qu’en novembre 1189. C’est Saladin qui a sa statue équestre devant le château.

En 1283, Baybars, le mamelouk, s’empara de Kerak.

Du fier château, il ne reste qu’un squelette après qu’Ibrahim Pacha, en 1840 ne détruise une grande partie des fortifications.

Kerak :souterrains

Le visiteur individuel n’a aucune indication pour visiter la forteresse. Pour se repérer, seulement un plan à l’entrée. Je descends dans la Basse-cour où des étudiantes en blouse blanche et voile rouge tournent un film. Au niveau supérieur je découvre les fameux souterrains et parcours de fraîches salles sombres et profite de la fraîcheur, admire la taille des salles, la hauteur des voûtes. Incapable de savoir si je visite des salles de réception ou les réserves de victuailles ou d’arme. J’ai peur de m’y égarer et retourne sur mes pas. Je trouve le puits de lumière mais pas le musée ni la chapelle. J’aurais bien aimé voir les photographies de Gertrude Bell.

Quitter Kerak est un peu compliqué. Suivant les panneaux touristiques. Suivant les panneaux marrons nous n’avions pas branché le GPS, il est temps de le remettre en service.

La Nature exposée – Erri de Luca

IL VIAGGIO

 

J’achète les livres de mes auteurs préférés   sans chercher à connaître le sujet, sans lire la présentation ni le 4ème de couverture.  Je fais confiance à l’auteur. Si j’avais su que, chez les paysans de montagne, « la nature » désignait le sexe, j’aurais peut être hésité. Un livre sur le dévoilement du pénis du Christ! pas franchement ma tasse de thé. Et j’aurais eu bien tort. Parce que c’est un livre délicat, poétique et profond. Impudique? pas vraiment.

 

 

Le narrateur est un montagnard, ancien mineur, passeur d’occasion de ces voyageurs (il ne dit pas réfugié) sur les chemins des contrebandiers, sculpteur amateur, artisan capable de réparer un nez, un doigt, une main cassée dans la pierre.

A la suite d’une dispute avec le forgeron son ami, le narrateur descend de la montagne vers la mer et trouve par hasard, dans une église, une statue qui avait besoin de restauration. C’est une merveilleuse statue de marbre, un Christ en croix qu’on a affublé d’un drapé de granite pour cacher les parties honteuses. Au restaurateur, la tâche d’enlever le drapé et de réparer les dégâts au marbre.

Le héros se passionne pour ce travail. Il se documente sur la statue, le sculpteur, relit les évangiles, et même prend conseil chez un rabbin. Il ira jusqu’à Naples étudier les nus antiques.

Je retrouve Erri de Luca avec ses lectures laïques et érudites des textes sacrés. Son rapport au sacré me convient, respectueux aussi bien de la foi du curé et de l’évêque qui lui ont confié la restauration que des avis du rabbin et des commentaires de l’ouvrier algérien avec qui il dîne dans le petit restaurant populaire. Le sacré dépouillé de toute bigoterie, la tolérance prend toute sa transcendance.

« en quelques mois, j’ai fréquenté un curé, un ouvrier musulman, un rabbin. Aucun contact avant, et puis les trois  la fois, ils m’ont permis de me mettre à leurs balcons, où j’ai éprouvé des vertiges qui me sont inconnus lorsque j’escalade des précipices… »

Simplicité du montagnard qui a un rapport charnel à la pierre, à l’eau glacée du torrent, au sable de la plage, qui « engueule la neige » et délicatesse de son toucher quand il s’agit de la statue de marbre. C’est en la caressant qui’l découvrira ses secrets, ses messages cachés…

Générosité de l’homme simple qui est touché par la parole d’un enfant, un seul mot « Düsseldorf », qui rend l’argent des voyageurs une fois le passage de la frontière effectué.

Erri de Luca nous ramène à Naples :

« Un homme qui vient des bois et d’un village se retrouve à Naples, sorti du train au milieu de la place de la gare. Il doit étudier la situation. La difficulté immédiate, c’est la traversée[…]il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, c’est une mer rouge locale… »

Naples c’est aussi le Vésuve :

« Raimondo associe le sentiment religieux de la ville aux éruptions. « la miraculeuse liquéfaction du sang de la relique de Saint Janvier reproduit sous le verre la fusion volcanique. le sang est l’exorciste du Vésuve, sa statue est portée e, procession contre l’avancée du feu. A Naples le sentiment religieux ne vient pas du haut des cieux, mais des entrailles de la terre…. »

Un beau livre sur la beauté des choses, des sculptures…de la montagne, des textes sacrés.

 

La Mer, le matin – Margaret MAZZANTINI

IL VIAGGIO

Merci aux copines de la page FB du mois Italien/il viaggio, , Martine, Mireille et Paolina qui me l’ont recommandé. C’est une belle lecture! 

Cette lecture s’inscrit dans le Mois italien mais aussi dans une suite de romans qui a commencé par La terre qui les sépare d‘Hisham Matar qui raconte la quête d’un fils cherchant son père dans les geôles de Khadafi, puis par Looping d’Alexia Stresi qui se déroule en partie en Libye et traite de la colonisation mussolinienne de la Lybie (entre autres), enfin la vie ne danse qu’un instant de Theresa Revay se déroulant dans l’Italie de Mussolini et commençant par la conquête de l’Ethiopie.

Italie/Lybie; colonisation/décolonisation mais aussi Exil/ émigration sont les thèmes de La mer, le matin. 

Deux histoires en parallèle :

Farid et la Gazelle raconte l’exil de la mère et de son fils fuyant la guerre civile en Libye qui a tué le père. Farid, enfant du désert n’avait jamais vu la mer. Il se retrouve sur un de ces bateaux pourris qui font naufrage en mer au large de l’Italie. L’innocence de l’enfant, qui apprivoise une gazelle innocente…

Couleur silence

Est aussi une histoire d’exil. c’est l’exil d’Angelina, la  mère de Vito, l’adolescent, puis le jeune homme sicilien, enfant de Tripolini – équivalent de nos pieds noirs – exilés de Libye. Enfants de ces colons que Mussolini a envoyé construire une campagne italienne de l’autre côté de la Méditerranée et que Khadafi a renvoyé ses eux en prenant le pouvoir.

Deux histoires en miroir. Farid qui quitte la Libye pour l’inconnu. Vito, de l’autre côté de la mer, qui a hérité de la nostalgie d’ Angelina, sa mère, de santa sa grand mère pour la Libye.

La mer,  le matin est la troisième partie du livre; celle qui fera peut être rencontrer les deux exils. On aimerait que Vito rencontre Farid, qu’il le sauve du naufrage…

Je ne vais pas raconter la fin. Il faut lire ce livre poétique, généreux qui soulève aussi un voile sur une histoire douloureuse.