Quimper – Musée de la Faïence

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Musée de la faïence

A l’écart du centre, de l’autre côté de l’Odet, le quartier de Locmaria autour de l’église Notre-Dame-de Locmaria et du Prieuré (joli jardin médiéval le long de l‘Odet) est le centre de la Faïencerie de Quimper. La faïencerie Henriot se visite également. 

Le Musée de la Faïence – rue Bousquet retrace plus de trois siècles de faïence à Quimper. Les techniques de fabrication de la faïence y sont présentées. Enfin, de belles expositions temporaires s’y tiennent. Un menu copieux pour occuper une demie journée. 

Potiers bretons

Les premières salles nous initient au travail de la faïence et surtout au décor sous-émail. Pour décorer, les artisans s’aident de poncifs qui sont des  calques perforés de petits trous. La poncette est la poudre de charbon. Les pinceaux sont faits de petit gris de Kazan (un écureuil). Pour les contours, on utilise des poils d’oreille de bœuf. 

Jean-Marie Bousquet, originaire du Var,  s’installa à Locmaria en 1699 apportant avec lui la tradition de Moustiers et le « vieux Marseille » à fond jaune.

Pierre Bellevaux (1704-1748) venu de Nevers, épouse la fille de Bousquet, important un décor en camaïeux bleu et blanc>.

En 1734, Caussy originaire de Rouen épouse Marie-Jeanne Bellevaux et amène les traditions de Rouen.

Faïence de quimper : motif paysan traditionnel

Chaque faïencier a apporté son savoir-faire, ses couleurs, ses moules, ses modèles. La faïence de Quimper est donc la résultante de toutes ces influences. A la fin du XIXème siècle le décor « au petit breton » voit le jour. Au XXème siècle avec les Expositions et l’essor du tourisme en Bretagne on produit des souvenirs. Décors folkloriques mais aussi « assiette parlantes« comme ces assiettes-Zola fustigeant l’écrivain ou beaucoup plus tard les assiettes-Libération.

Assiettes Zola

Les salles suivantes offrent des parcours variés : je retrouve les 7 frères, ou plutôt 6 autour de Jeanne Malivel (1895 -1926) avec des objets et des motifs proche de l’Art Déco comme je les avais découverts ce matin au Musée Breton. Ce mouvement artistique a pris ce nom en référence à un conte breton illustré par Jeanne Malivel, les artistes n’étaient pas 7 mais plus nombreux (d’après Wikipédia). 

Une promenade à travers l’exposition coloniale de 1931 fait découvrir d’autres horizons. 

Autre rencontre : Mathurin Meheut céramiste et peintre que j’aimerais mieux connaître. 

poissons japonisants

L’exposition Géo Fourrier CLICun aventurier explore la faïence  a été prolongée et offre un voyage exotique . S’inspirant du Japon il a aussi réalisé des céramiques sur des motifs africains, n’oubliant pas les thèmes bretons. j’ai beaucoup aimé.

Geo fourrier maroc

Le monde de la faïence de Quimper est beaucoup plus divers que je ne l’avais imaginé dépassant largement l’idée folklorique que j’en avais : bols à prénoms ou motifs colorés paysans.

Nathalie de  chez Mark et Marcel m’a précédée dans cette visite; lire ICI son avis.

 

La Cabane dans les arbres – Vera Buck – Ed. Gallmeister

FEUILLES ALLEMANDES

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Pour commencer ce mois de Novembre 2025 j’ai choisi ce thriller qui m’a tenu en haleine un bon moment, maintenant que l’été indien est terminé et que les après-midis de lecture confortablement dans mon fauteuil remplacent les balades en forêt. 

Justement, La Cabane dans les arbres embarque la lectrice dans la forêt profonde près d’un lac suédois pour des vacances de rêve loin de la civilisation urbaine : une maison isolée, un ponton, une barque en pleine forêt pour des vacances en famille. Dépaysement total. Un jeune couple allemand Nora, plongeuse pour des éoliennes offshore, Henryk écrivain et leur fils Fynn emménagent pour un été écolo dans la maison du grand-père d’Henryk. Henryk retrouve la cabane de son enfance. 

Si, il y a quelque chose. Au-dessus de ma tête, bien haut, quelque chose de sombre est perché au milieu des branches du frêne dont le large tronc est planté comme une patte de dinosaure dans la clairière. Je plisse les yeux et m’approche un peu. C’est une cabane. Mais pas une petite maisonnette pour enfants joliment sciée comme on en trouve dans les magasins de bricolage. C’est un abri fait de lattes en bois, de bâches en plastique et de branchages. Les oiseaux construisent leur nid de la même manière, à partir de ce qu’ils trouvent, de déchets.

Père et fils vont-ils jouer dans cette cabane qui semble construite exprès?

Roman choral ou trois femmes et Henryk prennent la parole dans de courts chapitres. Alternent les trois récits qui désarçonnent la lectrice. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire qui m’a d’abord semblé décousue. Un malaise s’insinue, je comprends vite que les vacances ne seront pas idylliques. Les personnages ont chacun leur faille. Nora a trompé Henryk et son amant la harcèle ; c’est pour le fuir qu’ils sont partis en Suède. Henryk est un menteur pathologique. Rosa a une étrange fascination pour les cadavres et Marla, la petite fille de la cabane, entretient un rapport très malsain avec « l’homme » qui la retient prisonnière.

Le drame se noue avec la disparition du petit garçon Fynn. Des personnages louches gravitent autour du chalet. L’attente est insoutenable. Chacun a son hypothèse, son suspect. Du côté de l’enquête, des crimes sanglants sont inexplicables.

La lectrice est ferrée, il devient impossible de lâcher le bouquin. la vraisemblance est malmenée, peut-être, mais ma curiosité est trop forte.

Evidemment, je ne vous en dirai pas plus. Prévoyez un bon week-end il y a quand même 445 pages qui se tourneront toutes seules;

Quimper – Musée Breton

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Quimper maisons pans de bois

Nous garons la voiture sur les bords de l’Odet que des passerelles fleuries franchissent. Non loin, les murs de la ville ancienne, tout près la grande cathédrale. Le Musée Breton, logé dans le Palais Episcopal, séparé par un cloître de la Cathédrale Saint Corentin. 

On entre par les salles de Protohistoire : Âge de Bronze représenté par des haches, des poteries et des bijoux en or. En face de très gros objets de pierre : une stèle gauloise de l’Âge du fer présentant 4 dieux remplacés ultérieurement par 4 dieux romains Mars, Mercure, Hercule et Apollon. L’étain, présent en Bretagne a permis l’essor de la métallurgie, les objets en bronze étaient exportés dans toute l’Europe. 

La salle suivant s’organise autour du Tépidarium de la Villa de Kervennec (Pont Croix), dans des vitrines une collection numismatique comprenant de statères gaulois en or, et toutes les monnaies ayant cours dans l’empire romain.  Parmi les urnes cinéraires en poterie, pierre je remarque des urnes en verre bleu comme des carafes.

Nous arrivons au Moyen Age avec des chapiteaux romans, deux vitraux. 

Gisant cuirassé

Les gisants cuirassés en kersanton sont plus récents Yves le Bervet (1640) .

On peut aussi voir l’épée de Guy Eder de Fontenelle (1572-1602) dont j’avais entendu les exploits à Pont Croix. Sous prétexte de défendre la Ligue il avait engagé des brigands et dévasté la Bretagne entière.

Parmi les statues polychromes je remarque un saint portant sa tête comme Saint Denis, c’est Saint Trémeur.

Ernest Guérin

Sur les pas d’Ernest Guérin est une exposition de peinture atypique : les œuvres sont dispersées dans plusieurs salles parmi d’autres signalées par une pastille jaune dialoguant avec les objets des collections permanentes pour une Bretagne rêvée. J’ai eu un gros coup de cœur pour ses aquarelles de processions colorées avec une grande attention aux ciels nuageux et aux personnages en mouvement, le vent gonflant les jupes et faisant voler les coiffes. 

Quillivic le vœu des Naufragés

Les grandes statues blanches de René Quillivic (1879-1969) m’ont bien plu.

Modes et clichés présente toute une collection de costumes bretons d’une grande diversité : soixante six modèles et coiffes. Les mannequins sont aussi accompagnés de belles photographies anciennes et d’un film : le Marché de Morlaix un autre montre les goémoniers au travail. 

Musée Breton : costumes villageois

Dans la Salle des Fresques de nombreux meubles et objets en bois sont exposés ainsi que les poteaux décoratifs d’une maison quimpéroise. A côté du mobilier traditionnel breton une collection de design Art Déco. Les 7 frères, un groupe formé en 1923, ont exposé au pavillon breton de l’Exposition Internationale de 1925. Je les retrouverai l’après midi au Musée de la Faïence.

jacques de Thézac plongeurs

Je retrouve Jacques de Thézac le fondateur des Abris du marin dans une nouvelle facette de son œuvre : le photographe de la mer et des marins dans une grande exposition temporaire : Objectif mer où ses photographies sont associées à un photographe contemporain, Valentin Figuier. Avec un siècle d’écart, les deux photographes illustre « Vivre la mer : Apprendre, Pratiquer, Se dépasser ».Les clichés les plus spectaculaires sont ceux de concours de plongeons . Jacques de Thézac avait remarqué que nombreux étaient les marins qui ne savaient pas nager, il avait organisé près des Abris des marins des activités et des concours de natation et de plongeons. Valentin Figuier présente des images spectaculaires de sports de glisse. 

Ernest Guérin

Une matinée n’a pas été suffisante pour épuiser ce musée breton.

Qui annule quoi? Laure Murat – SeuilLibelle

SUR LA CANCEL CULTURE…

Posons cette hypothèse. Et si la cancel culture n’était que l’avatar logique, inévitable, d’une démocratie à bout de souffle, dite désormais « illibérale » ? L’enfant illégitime de la pensée occidentale et du capitalisme débridé, dans une société supposément universaliste, aveugle à ses impensés et incapable de reconnaître les crimes et les conséquences sans nombre de l’esclavage et de la colonisation

Dans ce court essai (38 pages sans les notes) Laure Murat, avec son expérience d’universitaire aux Etats Unis, analyse le concept de Cancel Culture qui, avec la Pensée Woke est jetée en pâture dans le débat politique français et dans les médias,  termes péjoratifs, polémiques, qu’on ne comprend pas toujours, nouveaux épouvantails. 

Comme dans l’essai : Toutes les époques sont dégueulasses CLIC Laure Murat s’applique à clarifier le débat en bon français. Dans ce dernier ouvrage il était surtout question de censure, récriture, réécriture. Dans Qui annule quoi? c’est plutôt de déboulonnage de statues qu’elle analyse. 

Quel est le sens de la monumentalité aujourd’hui ? Et de la monumentalité personnifiée ? Qu’implique-telle
en termes de hiérarchie, d’échelle et de culte ?

Quand il s’agit du Général Lee, défendu par une marche « sous la bannière Unite the Right rassemblant  néonazis, néoconfédérés et suprémacistes blancs » ou de Léopold II en Belgique dont le retrait des statues avait recueilli 80.000 signatures ou Théodore Roosevelt ouvertement raciste, et en France Faidherbe, Bugeaud ou Gallieni, on est en droit de s’interroger de la.  pertinence de leur présence sur leurs piédestaux. 

Car, à rebours des réactions scandalisées, à chaque fois que la cancel culture s’est manifestée quelque
part, j’ai personnellement appris quelque chose.

Ecrit l’écrivaine.

Et bien moi, chaque fois que je lis Laure Murat j’apprends des tas de choses et surtout je prends le temps de la réflexion

Audierne, promenade tranquille

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

le Port d’Audierne

Du Parking du Sémaphore, je marche à pied le long du quai  attentive à relire les panneaux historiques qui racontent l’histoire de la ville.

L’Abri du Marin de Douarnenez

Une passerelle pour piétons relie une autre partie du port. A l’abri d’un mur un joli jardin exotique prospère à l’abri du vent. Sous l’Abri des marins, œuvre de Jacques de Thézac, un panneau présente ce philanthrope. yachtman, il s’est intéressé à la vie des pêcheurs, a fondé l‘Almanach du Marin puis l’Œuvre des Abris des marins . l’Abri d’Audierne ouvre en 1901. Il est conçu comme un foyer d’animation au rez de chaussée avec une salle de jeux, une bibliothèque, une infirmerie tient lieu de dispensaire et à l’étage des dortoirs. J’avais remarqué l’Abri des marins de Douarnenez peint en rose avec la devise « Aimez-vous les uns les autres « 

Audierne église Saint Raymond

Je comptais trouver à l’Office de tourisme un itinéraire de promenade touristique; mais le bureau est fermé. J’improvise donc. Dans la rue parallèle aux quais, de nombreuses vitrines de magasins et galeries, des bars, un cinéma mais tout semble fermé en semaine à 14h30 en octobre. L‘église Saint Raymond est perchée en haut de la colline. Venelles, escaliers, murs fleuris. Une venelle fait le tour du sommet. la toponymie Venelle du Chastel suggère un château disparu. L’église est fermée. Elle risque de s’écrouler. Une restauration est en cours. Joli clocher baroque (1731). Un navire surmonte la fenêtre au dessus du porche tandis que deux fines colonnes aux motifs en losange font penser à des cordages. un peu plus loin, il y a une grand église: Saint Joseph qui ne m’inspire guère.

Thierry Benzaïd

En descendant la Rue Danton, je pousse la porte de la Galerie Cobalt. le peintre Thierry Benzaïd m’accueille aimablement et commente ses tableaux colorés. De loin, on dirait un damier en examinant dans les détails on devine la silhouette d’un phare, la carcasse d’une barque. jeux de bleus et de jaune. C’est beaucoup plus figuratif qu’il ne paraissait.

Agnès Thurnauer – Correspondances – Musée Cognac Jay

 marie Thérèse de SavoieExposition temporaire jusqu’au 8 février 2026

Emmanuelle Kant « Portrait Grandeur Nature « et Angelica Kauffmann Autoportrait en bacchante

Le Musée Cognac Jay réunit les collections XVIIIème siècle des fondateurs de la Samaritaine.  Rue Elzevir, non loin de Carnavalet dans un joli hôtel particulier, l’hôtel Donon. Les pièces d’exposition sont particulièrement soignées avec des boiseries d’époque. Les tableaux et bibelots sont présentés avec des meubles précieux . Même hors exposition la visite des collections permanentes vaut la visite. 

Salon Boucher une des plus belles pièces du musée

Dans Correspondances, Agnès Thurnauer projette un éclairage contemporain sur l’art du 18ème siècle et plus particulièrement sur cette période-clé où les femmes peintres, comme Vigée-Lebrun, savantes La marquise de Chatelet ou Madame de Staël ont su s’imposer dans un monde masculin. Deux « Portraits Grandeur Nature » EMMANUELLE KANT et FRANCOISE BOUCHER  gros badges comme des pins monstrueux donnent le la. Exposition radicalement féministe. 

Un merveilleux Canaletto est accompagné de 7 petits tableaux de nuages avec l’inscription NOW.  Commentaire de  Agnès Thurnauer :

« une œuvre est plus contemporaine du regard que l’on pose sur elle que de l’époque où elle a été produite »

La plasticienne va orienter le regard du visiteur, établir des Correspondances entre les œuvres du 18ème S. et son travail exposé. 

La salle suivante aura pour thème : Le Corps à l’Œuvre 

Sleepwalker – Vénus de Poncet et au sol matrices de lettres

 Il faut aussi confronter cet ensemble à l‘Odalisque de Boucher où le corps de la femme est livré comme objet de désir. Sleepwalker accumule les mots de l’artiste acrylique … académique … composition… dyptique… et par dessus le texte, le corps de l’artiste, nue de dos apparait sujet et non pas objet . L’artiste s’affirme créatrice et n’a pas peur à se représenter nue. 

Perrette et le pot au lait (détail)

Performance au féminin occupe la salle suivante .

La figure centrale est Perrette et le Pot au Lait de Fragonard présenté ainsi par les Frères Goncourt

« La laitière du pot au lait montre ses jambes et pleure comme une naïade sur son urne brisée »

Regard masculin érotisé. Perrette pleure-t-elle ses rêves de fortune ou sa vertu perdue?

Agnès Thurnauer : Le Corps à l’œuvre

Ce n’est plus une petite fille éplorée mais une femme puissante dont les seins gonflés rappellent le lait perdu. Elle montre ses jambes bien campées au sol. Seules les couleurs sont celles de Perrette!

Lire, Ecrire, Se Représenter

Emilie e Breteuil Marquise du Châtelet

Cette salle met à l’honneur des femmes majeures du Siècle des Lumières. la figure centrale est Emilie de Breteuil, marquise du Châtelet, mathématicienne, physicienne, traductrice de Newton, représentée ici avec un compas. 

Madame de Staël citée sur la cimaise :

Les femmes : « tantôt elle sont tout, tantôt elle ne sont rien. Leur destinée ressemble à quelques égard à celles des affranchis chez les empereurs, si elles ont du pouvoir, on leur rappelle, si elles sont esclave on opprime leur destinée… »

Prédelles entourant Marie Thérèse de Savoie

Agnès Thurnauer expose les portraits d’autres femmes savantes intercalés entre ses Prédelles noter l’homophonie prédelle/près d’elles.

Le Goût du 18ème siècle

Bonheur du jour

nous entrons dans les collections permanentes avec toutes sortes de bibelots, tableautins, médailles, porcelaine de Meissen. Coup de cœur pour les meubles marquetés et surtout les joli Bonheur du Jour. 

Il faudrait aussi montrer les statuettes, les tableaux d’Hubert Robert, de Boucher, Fragonard…..Je ne pouvais pas fair l’impasse sur l’âne de Balaam de Rembrandt

Rembrandt Ane de Balaam

 

Si je n’ai pas été convaincue par toutes les œuvres d’Agnès Thurnauer abusant de procédés répétitifs avec les lettres, en revanche le regard féministe décalé en fait une merveilleuse pédagogue. Elle guide notre regard, nous apprend à interpréter une œuvre. C’est aussi une féministe résolue qui met en avant des artistes un peu oubliées. 

Le sentier d’Esquibien et les goémoniers

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Esquibien base nautique

Dominique m’attendra sur le parking de la base nautique dans le cliquetis des mas. De l’autre côté de la route la chapelle Sainte Evette a été édifiée près d’une stèle gauloise christianisée par gravure d’une croix.

Esquibien, chapelle Ste Evette et stèle gauloise

Je trouve le GR34 au Centre nautique qui longe une petite plage et arrive à l’embarcadère pour l’Ile de Sein; le bateau vient de partir et s’éloigne sous mes yeux. La station SNSM de la Baie d’Audierne est un bâtiment blanc et bleu passé sur pilotis. Sa rampe descend au loin. Je note – amusée – qu’il est âgé de 4 jours de plus que moi. L’entrée du port d’Audierne est très dangereuse ainsi que la Chaussée de Sein. Les canots d’Audierne ont effectué de nombreux sauvetages  depuis 1866.

Le sentier suit tranquillement le rivage, parfois protégé par des arbustes. Les prunelliers sont envahis par le lierre et les ronces. Les prunelles commencent à se friper. J’en croque une et recrache aussitôt. pas encore mangeables. Les fougères sont toutes sèches, les extrémités des branches de genêts sont grillées. Le paysage est presque hivernal.

A l’approche du petit phare de Lervily on a installé des bancs peints en bleu et un décor. Des ardoises avec des inscriptions en breton sont dispersées dans les touffes de graminées. l’une d’elle « Korreg Beuzec, naufrage de l’Estrid 1933″ est la seule compréhensible. L' »Île aux vaches » est une chaussée rocheuse brune sans une seule touffe d’herbe capable de tenter un ruminant. Drôle de nom. Le sentier de terre est très confortable et plat. C’est un plaisir de marcher sans peine. Le vent se lève et quelques crêtes blanches se soulèvent sur la mer. Les vagues se brisent avec beaucoup d’écume.

La campagne est morcelée par des murets de pierre sèche comme en Irlande. Les parcelles étaient ainsi protégées du vent. maintenant il n’y a plus de cultures seulement des fougères, des ronces et des prunelliers.

treuils pour remonter le goémon

L’intérêt de la promenade : la récolte du goémon la cuisson dans les fours à goémon. Plusieurs poteaux de levage et un four à goémon se trouvent au site de Lennac’h. Plusieurs treuils permettent de remonter les laminaires qui s’accumulent après les tempêtes dans la crique sur les rochers à la base de la falaise.

Goémoniers André Jolly Musée de Pont Aven

Un film au Musée breton de Quimper montre hommes et femmes armés de gros râteaux, dans l’eau jusqu’aux mollets qui tirent sur les algues.  Ils les transportent sur l’estran sur des civières. les fours rectangulaires creusés dans le sol permettent le brûlage pour obtenir des « pains de soude ». les algues sont séchées au préalable sur les murets. le feu allumé le matin doit être modéré, alimenté au cours du brûlage et malaxé à l’aide du pifoun. L’iode est séparé de la soude.

Esquibien batterie Pen anemez

Sur une pointe, je découvre la Batterie de Pen An Enez : deux canons protègent l’anse de Cabestan. A côté des fortifications des grands ports, Vauban a imaginé une chaîne de postes de garde surveillant le littoral. Seize hommes servaient la batterie. Ce n’étaient pas des soldats de métier mais des cultivateurs, artisans et pêcheurs. Selon le panneaux ils s’appelaient Saouzannet, Pichon, Cudennec… à qui on a imposé le service de garde-côte. L’un d’eux écrit : « Il est cruel pour l’espèce humaine d’être obligé de passer des nuits dans une maison aussi dure sans feu, couché dans le corps de garde sans lumière. Un seul un mauvais sujet pourrait le détruire sans qu’ils puissent opposer la moindre résistance » (1794)

Goémonières au musée de la Faïence de Quimper

 

Nos cœurs invincibles – Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël

APRES LE 7 OCTOBRE 

Présentation de l’éditeur :

De mars 2024 jusqu’à aujourd’hui, au milieu des tirs de roquettes, du chaos de la guerre et de la mort de leurs proches, elles se parlent de leur quotidien, de leurs études de droit; de leurs peurs, mais aussi de leurs livres préférés, de leurs rêves, de leurs projets d’avenir.

Cette correspondance inédite proposée par Dimitri Krier, journaliste au Nouvel Obs n’est pas seulement un document exceptionnel sur la vie de ces deux étudiantes,: elle ouvre un dialogue entre Gaza et Israël, entre deux jeunes femmes, entre deux « coeurs invincibles » qui ont préféré les mots aux armes pour résister

Après une longue préface de Dimitri Krier justifiant son initiative, la conversation épistolaire entre Tala et Michelle raconte le quotidien des deux jeunes filles. Le journaliste pointe l’impossibilité de raconter ce qui se passe à Gaza. Les journalistes étant empêchés de faire leur travail, cet échange de lettre apporte un regard décalé par rapport aux images de la télévision.

Certes, ces jeunes filles ne sont peut être pas représentatives des populations respectives. Michelle « a grandi dans le camp de la paix » et a fréquenté la seule école « mixte » où enfants juifs et palestiniens s étudient ensemble. Tala travaille avec une ONG pour faire du soutien scolaire et psychologique auprès des enfants déplacés. Tout ce qui peut encourager le dialogue est  bon à prendre! Il faut toujours encourager ces initiatives.

Se souvenir malgré toutes les atrocités, des êtres humains sont face à face. Mettre des visages, donner des voix. Rappelons l’orchestre de Daniel Bareboim West-Eastern Divan Orchestra. Aussi l’histoire vraie racontée dans le roman Apeirogon. 

 

Tréguennec et la Baie d’Audierne

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Mireille, une lectrice du groupe de lectures italiennes de Facebook, m’a donné rendez-vous pour une promenade en Baie d’Audierne. C’est une expérience singulière de rencontrer une lectrice des mêmes livres avec qui j’ai échangé depuis de nombreuses années.

Il est encore trop tôt, nous déjeunons à l’arrière de la dune qui borde la plage de Tréguennec. La grande plage de sable fin s’étale à perte de vue sur 10 km de Penhors à La Torche. Elle est  protégée par un cordon dunaire. Seuls les blockhaus maintenant à moitié enfouis sous le sable mouillé donnent quelques repères ; certains sont décorés de graffs et d’étranges fleurs qui ressemblent à des moulins d’enfants. 

concasseur

Un monument étrange rappelle la Seconde Guerre mondiale : le Concasseur de galets bâti en 1943 par l’occupant allemand pour construire le mur de l’Atlantique. Un cordon de galets protégeait la dune, gisement paraissant inépuisable pour alimenter le concasseur. Après la guerre, le stock laissé par les Allemands a été utilisé pour la reconstruction du Port de Brest. Cependant l’extraction massive des galets a fragilisé la dune. Après les inondation de février 1948 l’administration a fermé le site.

Nous avons marché 2 heures, environ 8 km, pieds nus dans l’eau sous un soleil radieux. Plaisir de faire connaissance et de bavarder. Personne ne se hasarde dans l’eau, ni baigneurs ni surfeurs malgré le beau temps. La plage est dangereuse avec des courants de baïne. En dehors des zones surveillées en saison, la baignade et les activité nautiques sont interdites.

Beyrouth Paradise – David Hury – Liana Levi

BABELIO MASSE CRITIQUE MAUVAIS GENRE

308 pages, Un polar qui se lit très bien avec embrouilles, rebondissements, et tous les ingrédients d’une lecture mauvais genre : Marwan Khalil est à la recherche d’une prostituée ukrainienne disparue dans les lieux les plus mal famés de la ville. Corruption à tous les étages, violence et même enlèvements. Marwan pourrait être désabusé, son enquête est mal partie, très mal partie même et pourtant il insiste.

Le détective est pathétique, sympathique. Le personnage principal est Beyrouth sur laquelle toutes les catastrophes s’acharnent dans un bazar indescriptible.  Malgré les bombardements israéliens récents, les combattants du Hezbollah aux abois après la mort de Nasrallah et les explosions des bipeurs, les services publics déficients (il n’y a même plus de réseau électrique), les séquelles de l’explosion du port….malgré tout cela, les libanais s’organisent,  vivent. Résilience après tant d’années de guerres.

D’autant plus intéressant que le roman se déroule en décembre 2024 au moment où la Syrie voit se mettre en place un nouveau pouvoir, où la guerre se déroule dans tout le Moyen Orient…

Merci à Babélio et à l’éditeur pour ce voyage en enfer malgré le titre de paradisiaque!