Jusqu’à la mort – Amos Oz

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

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Jusqu’à la mort rassemble deux longues nouvelles d’une centaine de pages chacune.

Jusqu’à la mort se déroule en 1096. Guillaume de Touron, à la tête d’une petite troupe de chevaliers et de vilains se dirige vers Jérusalem, Claude-le-bossu tient chronique de cette croisade. Libérer les lieux saints ne semble pas la préoccupation principale des croisés. En permanence, la persécution des Juifs est consignée dans le récit de Claude.

Au le début de l’été, au milieu de la moisson de l’orge, le négociant juif fut l’objet de soupçons. il fut mis à mort en toute justice pour avoir protesté de son innocence avec énergie. Le spectacle du Juif sur le bûcher aurait dû dissiper ‘ennui et l’angoisse qui s’était emparée de nous depuis le printemps….le Juif se consumant, rèussit à tout ternir en proférant une injure typiquement juive à l’adresse du sieur Guillaume[…]Et bien entendu, on ne put châtier le malheureux pour avoir proféré des injures car ces Juifs-là sont de nature à ne brûler qu’une seule fois…. »

Juifs réels ou supposés. Les chevaliers persécutent les Juifs des villages qu’ils traversent et qui se cachent à leur passage. Quand ce sont des commerçants ou un simple colporteur, ils les dépouillent de leur richesse. Une mère et son enfants, dans l’imagination des Croisés deviennent des bêtes sauvages

« une véritable louve extirpée avec son petit de son repaire dans un tas de foin. La juive ouvrait la gueule aux dents blanches pointues qui n’avaient rien d’humain… »

A la suite un pogrom particulièrement terrible où un village est brûlé, même une maison ne renfermant que des livres anciens, la troupe des Croisés rencontre l’hiver , les grandes pluies d’hiver et le froid. Ils perdent de vue l’objectif premier de la libération des lieux saints. Ils vont jusqu’à se soupçonner les uns les autres d’être Juifs…

« quelque chose lui disait que cet endroit lui était étranger et que Jérusalem n’était pas au bout du voyage. …que Jérusalem n’était pas la Cité de Dieu et qu’Andréas était peut être le Juif caché…. »

Équipée hallucinée dont le but ne peut être que la mort.

La seconde nouvelle Un amour tardif  a pour personnage un conférencier vieillissant et solitaire qui va de kibboutz en kibboutz animer des soirée sur le thème des juifs russes persécutés dans les années 50 ou 60, injuriant les Bolcheviks qu’il a bien connu, ayant lui même fait la Révolution en Russie.

Après l’antisémitisme médiéval de la première nouvelle , voici l’antisémitisme politique soviétique, doublé de l’antisémitisme traditionnel russe. C’est donc cette permanence de la haine des juifs qui fait l’unité du recueil de nouvelles. Aussi ce glissement vers la mort de l’arrivée de la vieillesse, de la maladie, la décadence.

Autant le style de Jusqu’à la mort est dépouillé, incisif, autant un amour tardif  fait languir le lecteur. J’ai pensé l’abandonner avant la fin, vraiment démodé et désuet? Qui se souvient de Berl Katzenelson, dont le portrait orne le bureau du vieux conférencier. Qui se souvient que Golda Méir fut Golda Meyerson?

 

 

 

Amos Oz – diverses lectures d’après mes vieux carnets….

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

 

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Lire le Monde a choisi Amos Oz pour thème de lecture commune.

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Je suis cet auteur depuis très longtemps, depuis Mon Michael (1968)qui est un des rares livres que j’ai lus en VO en hébreu. Il faudrait que je le relise d’ailleurs car j’ai plus souvenance de mes efforts de déchiffrage que de l’histoire.

 

 

 

 

Seule la mer (2002)

amos-ozseule-la-mer_Noté roman, par l’éditeur. Surprise, j’ouvre le livre et découvre des poèmes en vers libres. ! C’est pourtant un roman, très beau. Poésie israélienne, très prosaïque en même temps très littéraire, biblique. Les références au Cantique des Cantiques à l’Ecclésiaste à Job et à la Genèse sont flagrantes. Les amours pudiques, inachevées. J’ai beaucoup aimé.

 

Une Histoire d’Amour et de Ténèbres (2004)

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Je n’ai pas été déçue ! Parfois, rarement, il me semble qu’un livre a été spécialement écrit pour moi. C’est le cas ici. Et il tombe également au bon moment. Je l’ai entamé en même temps qu’Arafat s’est éteint à Paris. Cette lecture me paraît l’antidote à la célébration mortifère de l’ancien dirigeant palestinien. Je ne peux me départir d’un certain scepticisme. Et en tout cas, pas de cette négation totale d’Israël. Sans rien ôter à la grandeur du personnage, j’ai besoin du contrepoids du camp de Shalom Akhshav que représente Amos Oz. Cela pour le contexte politique actuel.

Même dans d’autres circonstances, j’aurais été aussi admirative de ce livre. Tout un univers est ouvert : aussi bien au début l’univers de toute la littérature hébraïque : Agnon, Tchernikowski, Bialik ainsi que tout le contexte du schtetl sans lequel on ne peut pas comprendre la génération des premiers pionniers d’avant la création de l’Etat Juif.

Vilna, Odessa, la Pologne, la Russie du début du 20ème siècle sont magistralement évoqués.

Puis à Jérusalem, je découvre toute une frange de la société lettrée, même érudite, que je soupçonnais sans la connaître : frange révisionniste alors que je ne connaissais que le côté travailliste et haloutsique de la construction du Yechouv. Intéressante évocation de Menahem Begin au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Je n’ai toujours connu que le point vue de  de l’Hashomer Hatzair.

Émouvante évocation des parents de l’auteur. Histoire tragique du suicide de la mère. Comment un petit garçon devient un immense écrivain. Et comment le fils de professeurs de droite devient un kibboutznik !

 

Une panthère dans la cave (1997)

amos-oz-une-panthere-dans-la-caveEcrit avant  : Une Histoire d’Amour et de Ténèbres, mais que j’ai découvert quelques temps plus tard. Dans la même veine que le précédent. Un enfant, en 1947, dans une famille d’intellectuels polonais, se fait traiter par ses copains de « traître » parce qu’il échange des leçons d’hébreu contre des leçons d’anglais avec un sergent britannique. Jérusalem de la fin du Mandat britannique. Lieux et période familiers… il me semble que cette époque fait déjà partie de mon histoire personnelle même si elle se déroule avant ma naissance. Jérusalem des années d’après guerre  m’est moins étrangère que ce qu’elle peut devenir actuellement. L’enfant amoureux des mots, des dictionnaires et des encyclopédies est extrêmement attachant.

 Soudain dans la forêt profonde (2005 en français 2008)

amos-oz-dans-la-foret-profondeUn conte dans un village imaginaire. Les animaux ont disparu. Interdit de les évoquer ou d’imiter leur chant sous peine de réveiller des sentiments mêlés de culpabilité ou de moqueries. Un enfant, un peu simplet, s’enfuie dans la forêt, il revient atteint d’une étrange maladie : il hennit comme un poulain et se coupe de la société des hommes. L’institutrice, vieille fille moquée, tente d’instruire les enfants en leur montrant des images d’animaux. Deux enfants partiront chercher les animaux dans une étrange forêt enchantée.

Après j’ai consigné mes lectures dans mon blog et je colle ici quelques liens:

 

Vie et mort en quatre rimes 

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Dernièrement Judas qui est un très grand livre.  Je suis surprise en relisant mes notes de retrouver le lien avec la panthère dans la cave dans le thème du Traître.amos-oz-judas

Pour la Lecture commune, j’ai cherché un titre ancien que je n’avais pas lu : Jusqu’à la mort (1971) composé de deux nouvelles d’une centaine de pages chacune, la première se passant au temps des Croisades la suivante Un amour tardif ayant pour personnage un conférencier vieillissant dans le mouvement kibboutzique.

Par ailleurs, je ne retrouve plus le billet sur les Scènes de la Vie villageoise (2010).

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Brunetti entre les lignes – Donna Leone

PROMENADE DANS VENISE

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Après une lecture difficile ou éprouvante (Les Elus de Sem-Sandberg) je retourne à la lecture légère. Une promenade dans Venise avec Brunetti est toujours la bienvenue. Depuis longtemps, je ne prête qu’une attention distraite à l’intrigue policière pour me délecter du décor de Venise, de la cuisine de Paola, de la compagnie d’un commissaire lettré.

C’est donc dans le royaume des lettres, du latin et du grec, des Pères de l’Eglise, des explorateurs vénitiens, des cartographies, des livres anciens de la Bibliothèque Merula. L’auteur cherche pour ses lecteurs, de nouvelles facettes de Venise et je la suis bien volontiers.

Gertrude Bell – The Desert and the Sown

VOYAGE EN ORIENT

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Quel plaisir de voyager dans les contrées dont la télévision ne nous  montre aujourd’hui que ruines et destructions….

Le Voyage en Orient est mon sujet de  lecture de prédilection, et encore plus quand  une exploratrice raconte  ses aventures. The Desert and the Sown(1907) non traduit en français est le récit d’un voyage en Palestine, Liban et Syrie en 1905.

Gertrude Bell est partie de Jérusalem en Février 1905 et son périple s’est terminé à Antioche en avril (elle a rejoint Konya mais ce n’est pas raconté dans le livre). Elle se déplace à cheval dans une véritable caravane avec guide, cuisinier, muletiers sans compter les escortes que lui accordent les dignitaires ou les zaptiehs (gendarmes ottomans) qu’elle doit éventuellement rémunérer. Elle transporte des tentes et tout le matériel de camping mais profite aussi de l’hospitalité qu’on lui offre généreusement surtout quand il pleut. Car il pleut beaucoup en hiver et au printemps et qu’il fait bien froid dans la montagne libanaise et druze. C’est amusant de la voir pester contre la boue, les marais et la pluie en pays méditerranéen qu’on imagine plutôt desséché.

Pendant les premiers chapitres, je n’ai pas saisi d’emblée le but de son expédition : tourisme ou archéologie? Gertrud Bell est parfaitement arabophone, elle est capable de saisir les variantes des parlers des bédouins ou des seigneurs de la montagne. Elle n’est pas une voyageuse naïve, elle est tout à fait au courant des moeurs des différentes populations. Comme pour Ella Maillart ou Alexandra David-Neel, être une femme ne semble pas lui avoir fermé de portes. Sa personnalité, son aisance et sa nationalité britannique inspirent le respect des hommes qui l’invitent dans les salons où seuls les hommes se réunissent. Le fait d’être une femme lui permet de fréquenter les femmes qui recherchent sa compagnie.

Dans le début du voyage, elle rencontre surtout les tribus du désert, rendant compte de leurs habitude, de leur merveilleuse hospitalité, leur accueil sans condition, même sans question, le café sous la tente mais aussi les razzias, les vendettas. »les Arabes n’ont pas de nom pour le désert comme nous. Pourquoi en auraient-ils? Pour eux, ce n’est ni un désert ni un endroit sauvage, c’est la terre dont ils connaissent tous les détails, une mère-patrie dont le moindre produit a un usage suffisant à leurs besoins »

Les Druzes sont plus mystérieux, leur religion cachée, seuls les initiés y ont accès. Comment Gertrude Bell reconnaît-elle un initié? Il ne fume pas. Elle tient en grande estime les Druzes dont elle connait les dignitaires.

Ce livre n’est pas un catalogue des coutumes et des traditions des différentes population. Le cuisinier la chapitre:

« Quand vous écrirez un livre, ne dites pas « ici il y a un  grand château ou une belle église » les nobles le voient par eux-mêmes. Dites dans ce village, il n’y a pas de poules, comme cela ils verront quelle sorte de pays c ‘est »

Gertrude Bell est attentive aux équilibres politiques, elle souligne l’absence de sentiment national au sein des populations de l’empire ottoman en 1905.

« ...dans un pays habité par des Turcs, il n’y a pas de pays Turquie….les parties où les turcs sont en majorité sont peu nombreux ; généralement un gouvernement étranger gouverne à l’eaide de soldats étrangers, une collection de populations hostiles au pouvoir et hostiles entre eux … »

Le voyage  se déroule pendant le conflit Russo-Japonais. Ses hôtes sont friands de discussions autour de cette guerre. A l’exception des Chrétiens orthodoxes qui soutiennent la Russie, les autres sont ravis de voir une Puissance occidentale mise en échec par des Orientaux.

Entre les longues cavalcades dans les montagnes et les déserts, Gertrude Bell visite les grandes villes syriennes, Damas, Hama, Homs, Alep et Antioche. Je me suis laissée emporter dans ses promenades dans ces villes anciennes (maintenant ravagées par la guerre actuelle).

Gertrud Bell n’est pas uniquement une aventurière ou une exploratrice. C’est aussi une archéologue qui décrit avec précision les temples antiques de Baalbek, les ruines Séleucides ou romaines ainsi que les villages chrétiens byzantins, les églises primitives du 6ème siècle. Elle a le privilège de loger dans le Krak des Chevaliers, forteresse des Croisés, des Hospitaliers.

Attentive à l’équilibre des différentes populations qui forment une mosaïque, elle se trouve aussi à l’aise avec les Kurdes, se renseigne sur la religion Yezidi ou celle des sectes Ismaéliennes ou des Bahai. Elle conseille à tous les voyageurs de se tenir « éloigné des mèches du filet de la Question Arménienne » comprenant comme elle est délicate à cette époque. C’est d’ailleurs ) cette seule occasion, qu’on lui a réclamé son passeport – qu’elle avait perdu. Monde bien étrange pour nous où l’on pouvait voyager sans passeport dans tout le Moyen Orient, alors empire turc.

Une personnalité fascinante, surtout quand on sait qu’elle fut également  archéologue, alpiniste, suffragette, espionne et qu’elle négocia à l’égale de Lawrence d’Arabie le partage de l’Empire Ottoman après la Première Guerre mondiale. Comme écrivaine, toutefois, je préfère Ella Maillart.

Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante

APRES L’AMIE PRODIGIEUSE ET LE NOUVEAU NOM….

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J’ai attendu de long mois la parution en français du 3ème tome de la saga d’Elena Ferrante, je me suis attachée à ces deux amies. J’étais impatiente de savoir quelles sortes de femmes elles allaient devenir en mûrissant.

Le récit se déroule entre 1968 et 1976. Elena vient d’écrire un roman qui a été salué par la critique, elle est fiancée à Pietro, fils d’intellectuels milanais en vue, qui vient d’être nommé à Florence. Elena qui a étudié à Pise et qui s’installe avec son mari, est donc celle qui fuit. Lila a quitté son mari elle est ouvrière dans une usine de salaison, elle est celle qui reste. Doit-on fuir Naples et son quartier pauvre pour réussir? Les deux amies séparées resteront-elles dans leur relation fusionnelle comme dans les deux premiers tomes de la saga?

Elena participe aux débats des étudiants en 1968 et après. Sa belle-soeur Mariarosa  l’introduit dans le mouvement féministe qui se constitue. Le féminisme et les dérives des gauchistes sont au coeur du roman. Pendant que les étudiants parlent, les ouvriers agissent. Lila monte un syndicat dans l’usine de charcuterie. Le patron fait appel aux fascistes pour faire le coup de poing. La violence est extrême dans le Quartier tenu par la Camorra depuis des décennies, la famille Solara tient commerçants et chômeurs dans son influence. Les amis de Lina et d’Elena se radicalisent.

A côté du contexte politique très bien expliqué, nous assistons tout au cours du livre à la transformation par le mariage de l’écrivaine politisée courtisée par les journalistes en femme au foyer aliénée, mère de famille frustrée incapable de donner une suite à son roman à succès. Pietro, le gentil professeur d’Université est parfaitement ennuyeux et égoïste dans son ménage.

Bien sûr, il faut qu’il se passe quelque chose…..mais je ne vous le raconterai pas. Lisez le livre!

Les élus – Steve Sem-Sandberg

les-elusLes élus sont les enfants qui ont été euthanasiés à l’hôpital du Spiegelgrund à Vienne de 1941 à 1945.  789 enfants, incurables pour certains, atteints de maladies neurologiques, ou  handicapés, mais aussi indésirables pour d’autres raisons indisciplinés, abandonnés par des parents, enlevés à leurs parents alcooliques, ou d’origine juive ou tsigane.

Ce roman raconte une histoire douloureuse et vraie. Deux destins se croisent, l’un bien réel de l’infirmière Anna Katschenka, et celui, fictif d’Adrian Ziegler, enfant qui a survécu à l’enfer du Spiegelgrund (inspiré de la vie de Zawrel). Histoire  des médecins nazis qui ont dirigé l’opération. Histoire hallucinante quand on sait que l’un d’eux a exercé dans ce même hôpital jusqu’en 1981, utilisant pour des recherches neurologiques  les organes prélevés sur les enfants euthanasiés. Recherches officielles et publiées ouvertement.

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Lecture difficile du récit des tortures infligées aux enfants. Criminels mais aussi sadiques, les soignants du Spiegelgrund. Difficiles à soutenir aussi les réactions des enfants violents et imprédictibles. On comprend à la fin que certains parents n’ont pas abandonné leurs enfants et ont encore l’espoir de les récupérer vivants. La cruauté est alors sans bornes.

Malgré l’horreur, j’ai été prise dans la lecture et je n’ai pas lâché le livre avant la fin. Je voulais savoir comment l’hôpital serait libéré, ce qui adviendrait d’Adrian à qui je me suis attachée, et du personnel soignant, s’ils seraient jugés.

l’été du commissaire Ricciardi – Maurizio de Giovanni

POLAR NAPOLITAIN

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Août 1931, il n’a pas plu depuis deux mois sur Naples, la chaleur est suffocante. La Duchesse de Camparino est retrouvée assassinée chez elle. L’enquête est délicate. Nous sommes dans le beau monde. Les deux ducs de Camparino pourraient être suspects : la duchesse trompait le vieux duc, le jeune duc la déteste. La victime a été trouvée dans ses appartements, la chaîne fermant le palazzo, intacte. Le suspect désigné est l’amant, un journaliste connu : une violente dispute a eu lieu la veille au vu et au su de tous.

Le commissaire Ricciardi, taciturne et intègre,  a une faculté curieuse, il entend les dernières paroles des défunts. Et dans ce cas précis, la victime réclame ses bagues.

L’action traîne un peu, les indices ne sont pas toujours crédibles mais la promenade dans Naples est parfaite des boutiques de la Via Toledo au Gambrinus où le commissaire a ses habitudes, : café et sfogliatella. Cuisine napolitaine appétissante, non pas de pizze, mais des ragoûts odorants qui mettent à la torture le brigadier Maione au régime, des anchois frits….

1931, les squadriste fascistes font régner leur ordre et menacent Ricciardi qui ne se laisse pas intimider. « Guignols, brutes, fanatiques »…

Il est aussi beaucoup question d’amour, de passion, de jalousie….

C’est le deuxième livre de la série et je compte bien lire le Printemps et l’Hiver quand je passerai devant à la médiathèque.

 

La Bande du Bauhaus – Nicholas Fox Weber

APRES L’EXPO BAUHAUS

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Après la visite de l‘exposition Bauhaus aux Arts Décoratifs, j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette école prestigieuse dont le nom évoque aussi bien l’architecture, le design que la peinture avec Klee et Kandinsky et surtout le passage à la modernité dans l’art et la vie quotidienne. Cette exposition a des résonances avec des visites récentes comme l’exposition Oscar Wilde avec le mouvement anglais de Ruskin et Morris, Arts and Crafts qu’avec l’Exposition Schoenberg au Mahj, où j’ai découvert que le musicien était aussi peintre et les correspondances des recherches esthétiques entre Schoenberg et Kandinsky. J’ai donc emprunté à la Médiathèque deux gros livres La bande du Bauhaus de Nicholas Fox Weber (Fayard ed.) et Bauhaus de Magdalena Droste (Taschen).

Nicholas Fox Weber est un écrivain et journaliste qui se consacre depuis 40 ans à la Fondation Joseph et Anni Albers .Plusieurs ouvrages ont été traduits en français: La bande du Bauhaus, C’était Le Corbusier, Balthus ainsi que L’Art de Babar. D’autres écrits en anglais sont consacrés à Joseph et Anni Albers, et d’autres artistes comme Miro, Kandinsky. 

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Wassily kan dinsky composition8

La bande du Bauhaus est un gros (et lourd) pavé de 600p. divisé en six biographies, Gropius, le fondateur, Klee, Kandinsky, artistes déjà consacrés en 1919 au début du Bauhaus, Joseph Albers, Anni Albers, Ludwig Mies van der Rohe. Une centaine de pages pour chacun de ces personnalités.

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J’ai moins aimé la première partie consacrée à Gropius, génial inventeur du concept du Bauhaus, architecte articulant l’idée de bauhütte, reliée au compagnonnage, aux bâtisseurs des cathédrales, à l’artisanat et en même temps au monde industriel, ancrant l’école dans la production moderne. Dans la fondation de l’école, Alma Malher, épouse de Gropius, est présente, séductrice et aimant attirant les meilleurs talents d’alors. L’évocation très détaillée d’Alma Malher m’a un peu agacée, j’y ai trouvé une somme de ragots mondains et l’auteur ne la montre pas sous un jour sympathique.

paul klee polyphonie
paul klee polyphonie

 

Les biographies de Klee et Kandinsky sont passionnantes, elles montrent les recherches esthétiques en cours. Ces deux artistes s’appréciaient, se fréquentaient et se promenaient dans les parcs de Weimar puis de Dessau. 

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albers vitrail
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anni albers tissage

 

 

 

 

 

 

 

Mais c’est dans l’évocation de Joseph et d’Anni Albers que l’auteur se révèle comme un biographe chaleureux et comme un ami. Ces relations très proches se sentent dans l’écriture. La correspondance de Albers et de son ami Perdikand est une approche précieuse tout comme les rencontres avec Anni Albers qui révèlent la personnalité de l’artiste, à la période du Bauhaus comme par la suite aux Etats Unis.

A travers ces histoires individuelles, c’est aussi tout un pan d’histoire qui est raconté : de la vie artistique viennoise avec Malher (Freud en un clin d’oeil), Klimt qu’a fréquenté Alma Mahler.Berlin, ville cosmopolite ou à Munich. La Première Guerre mondiale a été traversée diversement, selon les artistes. A l’issue de la Grande Guerre on devine tous les bouleversements, l’inflation et les luttes d’influences pendant la République de Weimar. Ces luttes politiques ont eu une grande influence sur le Bauhaus qui dut quitter Weimar pour Dessau, puis finalement Dessau.

On voit la montée du nazisme, l’antisémitisme (déjà présent) s’étend et le Bauhaus cosmopolite n’échappe pas au recensement des juifs, des étrangers.

Grande richesse des rencontres du Bauhaus où des mazdéens suivant Itten pratiquèrent leur culte, des socialistes rêvèrent d’un monde nouveau, des peintres éttaient aussi d’assez bons musiciens pour donner des concerts….où le théâtre était assez pris au sérieux comme un atelier de menuiserie ou de tissage..

Une leçon d’Histoire de l’Art mais aussi une leçon d’Histoire tout court.

Seul reproche (qui n’en est pas vraiment un), j’aurais aimé plus d’illustrations encore. Les photographies en Noir et blancs présentent des portraits à travers le texte mais les oeuvres en couleur sont regroupées en deux cahiers, j’aurais aimé en voir plus. Mais alors le livre -déjà très lourd-aurait été intransportable et aurait donné des crampes au lecteur.

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J’ai donc feuilleté le livre Bauhaus de magdalena droste au cours de ma lecture du livre de Nicholas Fox Weber à la recherche des images manquantes. Et j’y ai trouvé une iconographie magnifique. Les meubles, les objets de design occupent une place importante ainsi que l’architecture qu’on voit à peine dans la Bande du Bauhaus.

L’Esprit du Bauhaus aux Musée des Arts Décoratifs

EXPOSITION TEMPORAIRE AUX ARTS DECO du 19.10.16 au 26.02.17

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Munio Weinraub Gitai (1909-1970)


Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux

Amos Gitai

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Du Bauhausje ne connaissais que la géométrie architecturale de certaines anciennes muniorues de Tel Aviv et l’évocation qu’Amos Gitai a fait de son père dans l’installation Traces avec le film Lullaby for my father. 

L’origine de l’expression Bauhaus m’évoquait l’architecture :  bauen = construire, Haus = maison. D’entrée,  une autre origine est proposée : celle de Bauhütte qui renvoie aux chantiers des cathédrales, aux maçons et compagnons. Le Bauhaus est une école d’art sur les principes du compagnonnage. La hiérarchie maître-compagnon-apprenti héritée de cette tradition est encore d’usage à l’école fondée par Gropius à Weimar en 1919. Un lutrin gothique et un pinacle doré rappellent cette filiation, relayée, plus tard, par le Romantisme allemand.

La vie quotidienne comme utopie

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photo très composée

L’exposition s’articule autour de la vie à l’école à Weimar puis à Dessau. Elle présente les différents acteurs, professeurs et élèves dans leur vie communautaire également, leurs fêtes dans des photographies étonnantes. J’ai beaucoup aimé celle où Klee et Kandinsky posaient en  imitant une statue de  Schiller et Goethe. Dans la présentation, on perçoit la vie communautaire intense et festive.

Klee et Kandinsky
Klee et Kandinsky

Les sources

Après les origines médiévale, le Bauhaus est replacé dans le contexte artistique de l’époque, Arts and Crafts avec Morris et Ruskin (croisés dans l’exposition Oscar Wilde). Inspirations asiatiques avec des pochoirs japonais d’une finesse extraordinaires, et de très beaux objets.   Sécession Viennoise et Klimt, bien sûr, (moins que ne l’aurais pensé), Koloman Moser. 1ère Modernité Allemande avec des meubles de Van der Velde. 

 différents ateliers  de l’école

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Présentation des exercices des élèves du cours de Kandinsky (1930-1931) polyptyques présentant, mélangés, les dessins des élèves et du maître pas toujours identifiés (le cartel est difficile à lire). Je m’étonne de toutes les gammes que les élèves ont décliné pour arriver à ce qui parait si simple, si facile, à la spectatrice ignorante que je suis.

A côté des ateliers de sculpture, de photographie, de théâtre ayant des vocations clairement artistiques, d’autres ateliers sont plus techniques.

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tissage Gunta Stozl

L‘atelier de Tissage est réservé aux femmes (déception pour moi, dans ce contexte d’utopie communautaire, que les femmes aient des rôles assignés).

Albers : tasse
tasse Albers

 Céramique, travail du verre Itten, du métal(beaux objets de Marianne Brandt) menuiserie (multiplicité de tables gigognes), mais aussi de peinture murale produisant du papier peint, sont des ateliers dirigés vers la production. La logique de production en série s’oppose à la production artisanale ce qui entraînera une crise en 1923.

Une projection nous fait visiter une maison d’architecte.

Torquemada : Victor Hugo

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Les jardins de Séville
Les jardins de Séville

Lecture commune (désolée pour le retard )

Petite chronologie de l’Espagne : 

Tomàs de Torquemada né à Valladolid en 1420, confesseur de la reine Isabelle de Castille et du roi Ferdinand d’Aragon . Nommé Premier Grand Inquisiteur en 1483, rédigea le « code de l’inquisiteur » 1481 la fin de sa vie se retire dans un couvent comme simple moine.

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dans les médaillons de la Lonja de la soie de Valence les rois catholiques

Isabelle la Catholique et Ferdinand II d’Aragon régnèrent de 1475 à 1504

Décret de l’Alhambra chassant les Juifs du Royaume (mars 1492)

Don Isaac Abravanel proposa 300.000 ducats contre l’abolition de l’édit d’expulsion.

Sixte IV  pape de 1471 -1484, se plaignit en 1481 des excès de l’Inquisition espagnole

Alexandre VI Borgia pape de 1492- 1503

Saint François de Paule 1416- 1507 ermite, erre sur les chemins de Calabre et de Sicile au temps où l’action se déroule.

Étonnant comme la pièce de Victor Hugo colle à la « Grande Histoire » ! La seule inexactitude est l’attribution du nom fantaisiste de Moïse Ben Habib et fait du financier un rabbin. Mais le marchandage pour les 300.000 ducats, les hésitations des souverains  et la phrase de Torquemada sont vérités historiques.

Judas vous a vendu trente deniers.

Cette reine et ce roi sont en train de vous vendre 

Trente mille écus d’or

 

L’intrigue concernant les deux jeunes novices Sanche et Rose m’a moins intéressée, je n’ai pas été vérifier l’existence de ces deux personnages. L’opposition entre l’autorité royale et celle du Grand Inquisiteur n’est pas évoquée dans Wikipédia (sans doute devrais-je chercher des sources plus approfondies!).

Voilà comment Victor Hugo présente les deux Rois très catholiques :

Deux masques, deux néants formidables

La reine ; elle est la crainte et moi suis l’effroi

………

L’homme de marbre auprès de la femme de bronze

Les peuples prosternés nous adorent tandis

Qu’on nous bénit en bas, nous nous sentons maudits

L’encens monte en tremblant vers nous et l’ombre mêlée

L’idole Ferdinand à l’idole Isabelle

Le personnage de Torquemada, Grand Inquisiteur,  campé magistralement par Victor Hugo est d’une actualité criante. C’est la figure du fanatique qui fait du Bûcher , non seulement une punition, un spectacle terrifiant de propagande, mais aussi un moyen de rédemption.

Ecoute, Dominique a mal compris la flamme

Elle est sublime, à moins qu’elle ne soit infâme

Dominique voulait punir, je veux sauver

Les bûchers sont éteints, je viens les relever.

………

Toutes ces femmes, tous ces vieillards, tous ces hommes,

Tous ces esprits, tomber aux hurlantes Sodomes

Courez!sauvez à coup de fourche ces maudits, 

Et faites-les rentrer de force au Paradis!

Monologues terrifiants de Torquemada, évocation non moins effrayante des bûchers de l’inquisition. Victor Hugo écrit un terrible réquisitoire contre le fanatisme de Torquemada. L’intervention de Saint François de Paule montre qu’il ne rejette pas le christianisme mais l’intolérance. 

TORQUEMADA 

Mais tu fais, dit-on, mon père, des miracles? 

FRANCOIS DE PAULE

J’en vois. Tous les matins l’aube argente les eaux

L’énorme soleil vient pour les petits oiseaux,

La table éternelle aux affamés servie

Se dresse dans les champs et les bois, et la vie 

Emplit l’ombre, et la fleur s’ouvre, et le grand ciel bleu

Luit ; mais ce n’est pas moi qui fais cela, c’est Dieu.