Une Enfance sicilienne – Fulco di Verdura – Edmonde Charles-Roux

LIRE POUR LA SICILE

fulco di verdura

Ces souvenirs d’enfance rédigés des décennies plus tard par Fulco Di Verdura – célèbre joaillier qui a travailla pour Chanel raconte les souvenir d’un enfant dans une famille d’aristocrates palermitains de 1904 à 1913. Strict contemporain de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur du Guépard dont je viens de lire le récit autobiographique Les lieux de ma première enfance dans le Professeur et la Sirène, je pourrais reprendre en copié/collé sa phrase introductive :

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Lire ces deux ouvrages traitant de sujets si similaires pourrait paraître redondant. Et pourtant je ne me suis pas ennuyée du tout! Même s’ils se déroulent dans des décors analogues, même si le cérémonial de la sonnette était le même….

Lampedusa a écrit un bref récit tandis que Fulco s’applique à faire revivre les moindres détails de son existence et de celle de ses proches. Le goût du pittoresque se manifeste dès la description des essences du jardin. Quelle saveur que ce dangereux « pampaleone » – lion du désert – acide à grincer les dents, qui s’avère être un simple pamplemousse! Quelle attention pour décrire les animaux familiers, chiens, chevaux babouins, et même un bélier vindicatif et un âne tirant un charreton!

L’enfant a grandi sous les fresques, les portraits des rois de Sicile, normands, angevins aragon, ou espagnols bourbons ou Savoie. Ses décors étaient ceux des chevaliers normands de l’Opera dei Puppi, ou des charrettes siciliennes:

« depuis que les chevaliers normands avaient conquis la Sicile et initié ses habitants aux beautés de la chanson de geste, cela faisait près de neuf siècles qu’ils refusaient toute autre forme de poésie. 

Si son éducation était plus que fantaisiste et erratique, il a acquis le goût du beau à l’opéra où la représentation d‘Aïda à 7 ans lui a fait complètement perdre la tête. A l’occasion, Fulco démonte toutes les conventions sociales régissant les places du téatro Massimo .

Attentif aussi à tous ceux qui l’entouraient : domestiques, cuisiniers ou gouvernantes il les décrit avec bonheur. Attentif aux coutumes, aux fêtes et aux cérémonies religieuses ce livre est un véritable document sur la vie de cette époque. Le chapitre Fêtes et Morts témoigne de coutumes purement siciliennes.

On apprend beaucoup à la lecture sur l’histoire de la Sicile, sa famille a fréquenté Garibaldi et tout est prétexte pour donner une leçon d’histoire, médiévale ou moderne.

C’est une Sicile un peu étrange qu’il nous dévoile avec ses personnage mythiques, la vieille fille à marier, le prêtre ietatore , la vieille dame morte d’avoir ingéré la pasta con le sarde introduite clandestinement….

N’imaginez pas cependant que ces nobles vivaient hors du tmps, ils avaient le téléphone, les enfants des gouvernantes anglaises, étaient abonnés au meilleures revues de Paris et chaque année faisaient un tour d’Europe…A la fin, la grand-mère fait l’acquisition d’une automobile, que nous ne verrons pas rouler!

Dans la postface Edmonde Charles-Roux fait une biographie rapide de Fulco di Verdura et de sa carrière. Elle montre aussi les correspondances entre les usages à Palerme au début du 20ème siècle et ceux à la cour des Bourbons à Caserte au 19ème siècle.

Seul bémol : la présentation de la couverture par Grasset qui introduit une confusion dans le rôle d’Edmonde Charles-Roux. D’ailleurs, Babélio s’est trompé attribuant à cette dernière le nom d’auteure;

 

Le Radeau de la Gorgone -Dominique Fernandez

CARNET SICILIEN

le radeau de la gorgone

Un grand merci d’abord à Mireille qui m’a fait la surprise de l’envoyer! L’ambiance de la page Facebook « Il Viaggio »  d‘Eimelle est plus que chaleureuse, il y règne gentillesse, solidarité, et émulation!

C’est une relecture,(la troisième) Le Radeau de la Gorgone a accompagné  chacun de mes voyages en Sicile, comme le Piéton de Rome m’a permis de préparer mon dernier voyage à Rome et la Rhapsodie Roumaine notre tour de la Roumanie…

Dominique Fernandez est un merveilleux passeur. Sa grande culture, son style, les photographie de Ferrante Ferrandi, font de cet ouvrage un compagnon de voyage parfait. Sa sympathie qui n’exclue pas la critique envers les Siciliens d’aujourd’hui comme d’hier, est presque de la tendresse. Richesse aussi des informations, à la troisième lecture je fais des découvertes.

J’ai eu l’insigne plaisir de visiter Agrigente dans des circonstances ressemblant à son récit : douceurs du couvent et homme de peine avec son balai qui nous a ouvert l’église et commenté en sicilien et en bégayant – » trop baroque, certains aiment…. » Ses lignes m’ont accompagnées dans la découverte des stucs de Serpotta (j’ai même découvert par moi-même à Castelbuono une chapelle décorée par Serpotta dont il ne parle pas)…..

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Sans parler de la Villa Palagonia « LA VILLA DES MONSTRES » à laquelle il consacre un chapitre entier très érudit.

Merci Monsieur Fernandez d’avoir enchanté

 

 

Le Professeur et la Sirène – Giuseppe Tomasi di Lampedusa

LIRE POUR LA SICILE

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Le Professeur et la Sirène est un recueil de trois nouvelles, et un texte autobiographique : Les Lieux de ma première enfance. Bassani présente ce livre dans une longue introduction.

L’auteur du Guépard raconte ses souvenirs d’enfant,  le plus ancien de 1900 associé à l’assassinat du roi Humbert, puis 1908 avec le tremblement de terre de Messine, le passage de l’ex-impératrice Eugénie à Palerme, c’est un témoignage de la vie en Sicile au début du 20ème siècle dans l’aristocratie sicilienne.

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Il passe en revue les lieux de son enfance La Casa Lampedusa disparue dans les bombardements de 1943, palais immense dans une rue du vieux Palerme qui s’appelait Via Lampedusa. Le départ par le train à Santa Margherita – une des maisons de campagne dans la vallée du Belice – est décrit comme une véritable aventure en train, en voiture à cheval! La vie à la campagne, la demeure, mais aussi les parties de campagne, les traditions villageoises sont racontées avec brio. la famille possédait aussi un château où ils n’allaient jamais, et une villa à Bagheria.

La Matinée d’un métayer raconte l’ascension sociale de Baldassare Ibba,  roturier qui devient propriétaire terrien en grignotant les domaines des aristocrates qui les vendent pour soutenir leur mode de vie princier. La fin de l’Ancien Régime bourbonien..

 Le bonheur et la Loi se déroule dans un milieu social beaucoup plus modeste. Il raconte le Noël d’un employé qui se fait une fête de rapporter à la maison un panettone.

J’ai beaucoup aimé  Le Professeur et la Sirène, une longue nouvelle mettant en scène deux Siciliens à Turin, en 1938, un jeune journaliste et un helléniste de grande renommée. Deux personnages que tout sépare et que la nostalgie de la Sicile réunit. Un jeune viveur, de bonne famille Corbera di Salina « le seul exemplaire survivant de la famille. tous les faites et péchés, toutes les redevances inexactes, les dettes impayées, toutes les Guéparderies, en somme étaient concentrées en moi seul » et un vieil érudit, intraitable sénateur, arrogant, misogyne. Une amitié se nouera cependant nourrie d’oursinades et de vin de Sicile. Grand style!

 

 

La Vie errante – Maupassant

LIRE POUR LA SICILE

maupassant Sicile

 « J’ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eiffel finissait par m’ennuyer »

Ainsi commence ce récit de voyages qui conduiront Maupassant en Italie, en Sicile et en Afrique du nord (1890). Dans mes lectures siciliennes, je n’ai lu que le début du livre concernant plus la Sicile. Il existe aussi un livre dans les Editions GEO, En Sicile, qui reprend ce texte.

L’Exposition universelle « qui a montré au monde, juste au moment où il fallait le faire, la forde, la vitalité, l’activité et la richesse inépuisable de ce pays surprenant : la France »  l’ennuie, la foule le fatigue.

« Cela prouve d’une façon définitive, le triomphe complet de la démocratie. Il n’y a plus de caste, de races, d’épidermes aristocrates. » . 

Réactionnaire et snob, Maupassant? Il préfère l’Italie et les arts au triomphe de la science et du commerce.

A bord d’un yacht il longe les côtes italiennes.  Son périple le conduit à Gênes, à Florence où il tombe amoureux d’une femme peinte par Titien.

Passons, pour arriver à Palerme.

« La Sicile a eu le bonheur d’être possédée, tour à tour, par des peuples féconds, venus tantôt du Nord, tantôt du Sud qui ont couvert son territoire d’oeuvres infiniment diverses où se mêlent d’une façon inattendue et charmante, les influences les plus contraires. De là est né un art spécial, inconnu où domine l’influence arabe, au milieu de souvenirs grecs et même égyptiens, où les sévérité du style gothique, apporté par les Normands, sont tempérés par la science admirable de l’ornementation et de la décoration byzantines. » 

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Monreale

Ébloui par la Chapelle Palatine, il en livre une description précise ainsi que plus loin de Monreale. Ses observations ne se limitent pas aux monuments anciens. Un souvenir curieux est celui du passage de Wagner qui a laissé un parfum de roses indélébile dans l’armoire de sa chambre d’hôtel. Récit halluciné du cimetière des Capucins qui n’était pas encore une attraction pour touriste mais où on venait encore visiter un parent ou un ami récemment décédé.

Il est question de brigands, ou plutôt de l’absence de ces derniers, tant redoutés des voyageurs. Une anecdote réjouissante concerne la disparition de cinquante Polyphylla inquiétant fort les autorités. Jusqu’à ce qu’on constate qu’il ne s’agissait que de coléoptères endémiques.

Evidemment, Maupassant visite les sites antiques, Ségeste, Selinonte, les temples d’Agrigente (Girgenti)et Taormine.  Il en donne une description enthousiaste

« Quand on visite un pays que les grecs ont habité ou colonisé il suffit de chercher leurs théâtres pour trouver les plus beaux points de vue. »

soufre guttuso

Mais il remarque qu’ « au bout de la colline des temples de Girgenti commence une surprenante contrée qui semble le royaume de Satan, car si on le croyait jadis le diable habite dans un vaste pays souterrain, plein de soufre en fusion, où il fait bouillir les damnés, c’est en Sicile qu’il a établi son mystérieux domicile. »

Le soufre sera le sujet de nombreuses pages où il décrit l’exploitation des mines de soufre, le travail pénible des mineurs et surtout des enfants. L’esthète un peu snob que j’avais cru rencontrer dans les premières lignes, a un regard aigu, compatissant pour cet enfer.

Soufre et enfer aussi dans ses excursions volcaniques : il gravit l’Etna et visite les îles Lipari. A Volcanello, il retrouve l’exploitation du soufre. J’ai préféré ces récits aux descriptions des sites antiques.

venus de syracuse

« Des gens traversent des continents pour aller en pèlerinage à quelques statue miraculeuse – moi j’ai porté mes dévotions à la Vénus de Syracuse! »

Cependant une réflexion, quelques lignes plus loin m’agace :

« Elle n’a point de tête, un bras lui manque ; jamais la forme humaine ne m’est apparu plus admirable et plus troublante. Ce n’est point la femme poétisée, la femme idéalisée, la femme divine et majestueuse comme la Venus de Milo, c’est la femme telle qu’elle est, telle qu’on la désire, telle qu’on veut l’étreindre. « 

Comme on préfère une femme sans tête!

Un court récit à lire avant, pendant ou après le voyage.

Dans les eaux du lac interdit – Hamid Ismaïlov

LA ROUTE DE LA SOIE

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 « Comme un train dans la steppe, comme la conscience d’un Kazakh, comme l’élan révolutionnaire impulsif d’un pays vers un avenir quelconque, mon histoire ne cessait de foncer de plus en plus en avant… »

Dans un train, traversant la steppe kazakhe, le narrateur rencontre Yerhzan qui joue merveilleusement du violon. Yerzhan a l’aspect d’un enfant de 12 ans mais son passeport en atteste 27. Yerzhan raconte son histoire. Une histoire d’enfant qui a vécu dans une de ces gares perdues dans la steppe qu’on nommait étape peuplée uniquement de deux familles de cheminots. Une histoire d’amour pour la petite Aisulu d’un an moins âgée. Une histoire de Wunderkind au violon. Une histoire de chasse au renard….

A côté d’un conte khazak, d’une histoire de musique et d’amour, il y a la présence trop proche de la Zone : zone contaminée où l’Union Soviétique faisait ses effets nucléaires. Effets que la population ressent et accepte. Shaken, l’ingénieur, le père d’Aisulu répète :

« C’est notre devoir absolu, non seulement de rattraper mais de surpasser les Américains »

Une sortie scolaire est même organisée au « réacteur expérimental » où on explique aux enfants la réaction en chaîne et au lac mort

« Shaken emmena les enfants au lac mort. « Ne buvez pas l’eau et ne la touchez pas ». C’était un lac magnifique qui s’était formé après l’explosion d’une bombe atomique. Un lace de conte de fées, au beau milieu de la steppe plane et régulière. une étendue d’au verte émeraude où se reflétaient les rares nuages égarés. Ni mouvement ni vagues, ni rides ni tremblotement – rien qu’une surface luisante, vert bouteille….. »

Un lac comme une tentation…

le souffle

Sur le même sujet, j’avais été éblouie par le magnifique film Le Souffle d‘Alexander Kott

Pinocchio – Collodi

LIRE POUR L’ITALIE

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Qui ne connait pas Pinocchio?

Tout enfant a entendu parler de la marionnette dont le nez s’allonge à chaque mensonge.

Mais ce n’est pas tout!

Les personnages sont nombreux dans ce conte.  Féérie avec le Grillon-qui-parle qui le met en garde « les méchants garçons qui ne supportent pas d’être contrariés par qui en sait plus qu’eux ». On rencontre Arlequin et  Mangiafoco un marionnettiste , un Chat et un Renard qui sont des fieffées crapules, une fillette-aux-cheveux-bleu-nuit qui est une fée….un paysan, un requin grand comme un immeuble…..

Métamorphoses des enfant s désobéissants en ânes, animaux qui parlent… un monde enfantin mais aussi un discours moralisateur. Les enfants qui ne vont pas à l’école et qui n’écoutent pas leurs parents sont en grand danger. Discours pessimiste aussi : malgré les avertissements, malgré la bonne volonté, l’amour qu’il porte au bon Geppetto et à la fée, Pinocchio succombe aux tentations quand elles sont plus séduisantes que les devoirs d’écolier.

Je n’ai plus l’âge des contes pour enfants mais je me suis amusée!

P.S. pour illustrer j’avais fait une photo de marionnette à Cefalù mais je l’ai efacée, sans crainte, me disant que je trouverai bien sur Internet. Horreur! difficile d’échapper à Walt Disney!

LE DOUANIER ROUSSEAU – L’INNOCENCE ARCHAÏQUE – musée d’Orsay

PARIS EN EXPO

exposition temporaire du 29 mars au 9 juillet 2016

People look at "Le lion ayant faim se jette sur l'antilope" (Hungry lion jumps on antelope) of French artist Le Douanier-Rousseau 09 March 2006 at the Grand Palais museum in Paris before the opening of the exhibition called :"Jungles à Paris" (15 March-19 June 2006). Henri Rousseau, known as Le Douanier-Rousseau (1844-1910) is the most celebrated of French naïve artists. His nickname Le Douanier refers to the job he held in Paris, customs officer. His inspiration came from illustrated books and visits to the zoo and botanical gardens in Paris.   AFP PHOTO BERTRAND GUAY

Je connaissais les tableaux de jungle luxuriante du Douanier Rousseau et ce fut un grand plaisir de les voir « en vrai » et non pas en reproduction. Le lion est un très grand tableau magnifique.

douanier rousseau république

l’oeuvre du Douanier Rousseau ne se limite pas à une jungle rêvée (où le peintre n’a jamais mis les pieds). C’est aussi une description de la vie autour de 1900. Joueurs de Rugby (appelés curieusement footballers) conférence des grands de ce monde, paysages industriels. le douanier Rousseau a tout peint? J’ai beaucoup aimé cette République en bonnet phrygien rouge qui domine les grands de ce monde et qui n’oublie pas les populations indigènes des colonies tandis que les petites filles font la ronde.

Vision optimiste du monde avec la nature luxuriante, mais aussi vision inquiétante de la Chevauchée de la Discorde

douanier rousseau la guerre

Il a peint aussi des portraits de ces amis, de ses proches, des autoportraits…

Cependant l’exposition qui évoque toutes les facettes du peintre est tout à fait passionnante quand elle montre les peintres qui ont influencé Rousseau comme ce portrait de Carpaccio, Ingres ou Cézanne,  ou ceux qui s’en sont inspirés Morandi ou Donghi , ou qui l’ont admiré comme Picasso, Kandinsky et même Diego Rivera. la présence de tous ces artistes différents enrichit d’autant la visite.

douanier roussau peintre

Todo modo – Leonardo Sciascia

LIRE POUR LA SICILE

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Lire Sciascia est un plaisir rare. A la veille de notre départ pour Palerme, encore plus précieux!

Je me délecte de l’ironie et de l’érudition de l’auteur. Surtout ne pas s’arrêter à la longue citation de DENYS L’AEROPAGITE qui laisserait penser qu’il s’agit d’un livre savant ou ennuyeux, au contraire, c’est un livre léger (159p) qui se lit avec le sourire.

Le narrateur, un peintre connu, arrive par hasard à l’ermitage de Zafer, ermitage ou hôtel? Un peu des deux : le gratin, ministres, ecclésiastiques, avocats ou hommes d’affaires s’y rencontrent chaque année pour des exercices spirituels sous la direction de Don Gaetano, un prêtre de caractère et de grande culture qui peut citer aussi bien Boccace que Mallarmé ou La Rochefoucault que les pères de l’Eglise.

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Guttuso : crucifixion

Ces citations ne sont jamais fortuites, elles lancent de pistes que je me suis fait un plaisir de suivre (merci Wikipedia sur le smartphone!). Lecture lente donc, que j’ai savourée avec des interruptions pour retrouver un auteur, ou un peintre. Le narrateur étant peintre, il est question de peinture. J’ai eu la surprise de retrouver Guttuso (que j’avais rencontré à Ravenne) – j’ai bien l’intention de visiter son musée à Bagheria!

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Christ de Redon

Rencontré un dessinateur steinberg animauxSteinberg que je ne connaissais pas… Je pourrais aussi citer les Christ de Rouault ou de Redon.

 

 

Les rencontres littéraires sont encore plus nombreuses : Pirandello, bien sûr… mais aussi Pascal…Voltaire qui recommande aux artistes de peindre les « pieds chauds ». Un ministre très imbus de sa personne confond un  aphorisme de La Rochefoucault avec les écritures à l’envers des emballages des crottes de chocolat. Confusion qui me fait rire aux éclats….

Au mitan du livre, au cours de la récitation du Rosaire, une célébrité est tuée d’un coup de revolver. Le livre prend une autre tournure et nous voici en pleine énigme policière. L’enquête occupe la seconde moitié du livre, toujours ironique mais très pessimiste. L’auteur dénonce la corruption au sein de la Démocratie Chrétienne qui aboutira vingt ans plus tard à l’opération Mani pulite.

 

La poupée de Kafka – Fabrice Colin

poupée-kafkaDepuis mon adolescence, Kafka, (en compagnie d’Einstein et de Freud) fait partie des divinités de mon Panthéon personnel. Un billet élogieux de Claudialucia et la très belle couverture m’ont attirée. Merci à Claudialucia de l’avoir fait voyager jusqu’à moi.

Une très belle histoire pour commencer : ces lettres que Kafka a rédigées à une petite fille qui avait perdu sa poupée, pur la consoler. Ces  lettres perdues que toute la communauté littéraire rêve de retrouver, Julie en a trouvé la piste. Elle compte offrir sa découverte à son père le Spécialiste-de-Kafka-de-la-Sorbonne. Chic une énigme littéraire!

On nage dans le règne du mensonge. Menteur, le père qui trahit sa femme et sa fille, coureur de jupons, lâche qui n’hésite pas à feindre la maladie pour retrouver l’affection de sa fille. Menteuse, Else, la presque-centenaire, la « petite fille à la poupée », qui doit gérer un lourd passé, mais aussi qui joue à égarer Julie, dernier amusement de sa vieillesse. Julie non plus ne parait pas toujours très claire….Les lettres ont-elles existé? Sont-elles vraiment perdues? Else est-elle la petite fille à la poupée? Ce jeu de la recherche de la vérité, toujours embrouillée, est une idée intéressante. Sans cesse, le lecteur (trice) s’amuse.

Trois personnages intéressants, trois générations, une énigme littéraire…voici une bonne idée pour bâtir un excellent roman!

Et pourtant, je ne suis pas convaincue. D’abord, j’attendais plus du spécialiste de Kafka, j’attendais qu’il m’explique Kafka, qu’il en parle avec plus de profondeur. A peine quelques allusions, et Franz disparaît au profit du terne Abel Spieler (pas si joueur que cela) ou de Julie la branchée.

Le week end à Prague m’a déçue, il était logique que cette expédition soit un fiasco. Mais de grâce, faites plaisir au lecteur! Offrez-lui un peu plus de détails, un peu de couleur locale…De même, Berlin se résume à un parc avec des jeux pour les petits enfants et un loft pour les jeunes branchés. C’est frustrant! Berlin 1923, c’était quand même quelque chose! et Berlin 2003 aussi. Chamonix et Saint Gervais sont mieux rendus, merci.

Pas convaincue non plus des chapitres en italique relatant la vie de la famille juive d’Else sous les nazis, puis Auschwitz. C’est un sujet délicat. Mieux vaut éviter que  bâcler.

Quand à l’écriture, certains détails m’ont agacée : les inscriptions mode sur les T-shirt, ar exemple, les verres de vin, Chablis ou Lambrusco?

En conclusion, un bon pitch, mais pouvait mieux faire en approfondissant la réflexion! (Ca c’est la prof qui annote ses copies)

Le regard de l’aveugle – Mamadou Samb

LIRE POUR L’AFRIQUE

le regard de l'aveugle

« la souffrance m’a tellement envahie et détruite qu’actuellement je pleure pour toutes les femmes mutilées, infibulées, qui toutes ont connu ou connaîtront une nuit pareille… »

Mamadou Samb dénonce l’excision et l’infibulation, il raconte l’itinéraire d’Oulimata, jeune bambara née au Mali dans un petit village au bord du fleuve.

De l’initiation des jeunes filles, je n’avais entendu parler qu’à mots couverts, le roman donne une version très crue et précise de ces mutilations génitales. L’initiation avait aussi pour but de faire prendre conscience à Oulimata de sa place dan la société dans une caste intérieure.

La seule chance d’Oulimata fut d’être envoyée par son père, Danfa à Bamako pour entrer à l’école française et d’être confiée à Saliou et Fanta qui l’adoptèrent comme leur propre fille. Fanta vient du même village qu’Oulimata, comme elle, elle fut excisée et refusa l’homme à qui elle était destinée, son sauveur fut Danfa, le père d’Oulimata qui permit sa fuite à Bamako. Triste histoire qui se répète à chaque génération. Comment vivre une sexualité normale après l’infibulation?

Une malédiction s’abat sur le village  : l’onchocercose ou cécité des rivières. Le village est abandonné quand Oulimata y retourne, ne retrouvant que son père, aveugle, et une amie d’enfance, 10Oumy qui conduit ses parents, eux aussi aveugles. La seule solution est la mendicité, à Bamako d’abord, puis à Dakar où la magie de la grande ville a attiré Oulimata. La grande ville est un piège pour la jeune fille.

« depuis mon enfance, j’avais toujours aimé lutter contre ceux qui voulaient faire de moi une soumise, une moins que rien; je rugissais comme une lionne, je mordais comme une tigresse à chaque fois que ‘avais les moyens de me défendre. j’avais toujours refusé de porter sur mon dos l’histoire de mes ancêtres. « 

Si l’histoire d’Oulimata est celle de la misère, de la prostitution, de la déchéance, de la prison  et du SIDA, Oulimata n’est pourtant pas une victime passive. Elle est pleine de vitalité, passionnée de lecture, instruite, elle danse si bien qu’une troupe de danseurs l’intègre. Elle connaît même une véritable histoire d’amour.

Mamadou Samb a su raconter cette histoire sans misérabilisme superflu, sans le manichéisme qui m’avait dérangée dans l‘Echarpe des Jumelles où il dénonçait aussi les injustices que la tradition fait aux femmes. On y croise des personnages de tous les milieux, avec leurs contradictions et leurs caractères.