Hannibal Barca – Abdelaziz Belkhodia

LIRE POUR LA TUNISIE 

Hannibal barca

Le souvenir des  Guerres Puniques est bien flou depuis le lycée: »Carthago delenda est  » de Caton l’ancien,  les éléphants passant les cols Alpins, les délices de Capoue aussi et le Lac Trasimène. Finalement, beaucoup de choses 50 ans après. 

Nous avons croisé les traces des Carthaginois en Sicile, en Sardaigne récemment. Bientôt nous serons en Tunisie. Nous ne visiterons pas Carthage mais Gabès. J’ai donc eu envie de mieux connaître ce héros presque aussi célèbre qu’Alexandre. De nombreux ouvrages actuels lui sont consacrés. Lequel choisir? Au hasard d’Amazon, j’ai téléchargé celui-ci.

C’est une biographie un peu sèche – nous ne nous promènerons pas dans les jardins d’Hamilcar – c’est prévu , j’emporte Salambô dans ma valise. Basée sur les textes  de Polybe et de Tite-Live, elle s’attarde peu sur le personnage . En revanche, elle détaille avec vivacité les exploits stratégiques, les ruses, les hardiesses du génial capitaine d’armée.  C’est amusant au début, lassant parfois.

L’originalité de ce texte est l’analyse politique presque militante. Abdelaziz Belkhodia fait d’ Hannibal le champion des peuples contre l’impérialisme de Rome réalisé au détriment de la liberté et de la diversité.

« cette pax romana s’est réalisée au détriment de la liberté et de la diversité : Rome a laminé toutes les autres civilisations en imposant une standardisation dont les effets ont été humainement, culturellement et politiquement dévastateur »

l’auteur décrit un monde méditerranéen  encore divisé. Ibères, Gaulois, Italiques, Grecs, Macédoniens, Siciliens ou Numides,  se combattent, s’allient, retournent les traités et les alliances contre Rome, ou contre les Carthaginois.
Il analyse  la vie politique de la République romaine, où les intrigues au Sénat se jouent à coup de bluff, parfois de corruption. Les Scipion n’y ont pas toujours le beau rôle.
A Carthage, deux clans s’affrontent : les Conservateurs qui tiennent le Sénat et la vie politique de la métropole punique, et l’Armée acquise aux Barca. Hamilcar, le père  est parti coloniser l’Espagne avec Hasdrubal et ses fils. Le plus fameux, Hannibal auréolé de sa gloire militaire mais politiquement impuissant. Selon l’auteur, les défaites italiennes d’Hannibal, devant Rome puis à Capoue auraient été imputables au refus de Carthage d’envoyer des renforts plus qu’à la puissance des légions romaines et de leurs stratèges.

Hannibal_traverse_le_Rhône_Henri_Motte_1878
Hannibal traverse le Rhône Henri Motte 1878

A propos de la traversée des Alpes, il écrit :

« la prouesse est herculéenne, ceux qui y ont participé se sentent immortels, plusaucune épreuve ne peut les abattre. Avant même de combattre els légions romaines, Hannibal a gagné la légende…. »

Les batailles de la Trébie, de la traversée des marais de l’Arno, du lac Trasimène et de Cannes suscitent le même enthousiasme…Le génie, l’inventivité d’Hannibal sont imprévisibles et victorieux. Un tremblement de terre pendant la bataille de Cannes passe même inaperçu.

Belkhodia présente l’ultime bataille, celle de Zama, comme un coup de bluff, un mensonge de Scipion.La bataille de Zama, défaite d’Hannibal, ne se serait peut être jamais déroulée.Scipion aurait joué des rivalités carthaginoises entre les sénateurs et Hannibal.

« en stratège politique, Scipion a préparé son plan qui consiste à défaire quelques armées carthaginoises de troisième ordre et à donner aux sénateurs carthaginois l’occasion qu’ils attendent si impatiemment de signer un armistice »

L’histoire aurait été falsifiée pendant des siècles par la censure romaine qui s’exerçait encore au temps de Domitien pour faire disparaître à jamais la gloire d’Hannibal. Thèse surprenante, mais les réécritures de l’histoire par la puissance victorieuses sont courantes.

La thèse est originale. Militant de la décolonisation? Ou hagiographe du héros carthaginois?

Il faut être féru d’histoire romaine pour apprécier ce livre, et aimer récits de batailles.

Je n’ai pas épuisé le sujet, l’Histoire de Polybe est téléchargeable pour 5€ mais 1500p) et les biographies sont nombreuses. Un récit de Rumiz dans les pas d’Hannibal me tente aussi. La PAL s’alourdit!

 

George Dandin au Vieux Colombier

THÉÂTRE

george dandin

Je n’aurais peut être pas eu l’idée d’aller voir Molière dans cette mise en scène de la Comédie Française. Trop classique? Il a fallu qu’on m’invite. Et j’ai passé un très beau dimanche!

Je ne connaissais pas George Dandin ou le mari confondu , j’ai donc eu le plaisir d découvrir les rebondissements  l’intrigue. Comédie plutôt grinçante qui m’a fait bien peu rire  où George Dandin, paysan riche,  d’avoir épousé une fille noble qui le fait cocu, le méprise et le ridiculise.

La satire sociale est sévère : le  mari reçoit d’abord une leçon de savoir-vivre, de la part de ses beaux-parents qui lui enseignent les règles de politesses applicable par un roturier quand il s’adresse  à une personne de noble condition. Humiliante leçon, alors que ces nobles ruinés ont été bien content d’épouser la fortune de leur gendre. la parole du mari est mise en doute alors que l’amoureux de bonne condition est considéré.

Peu importe les évidences, George Dandin sera toujours ridiculisé tandis que la jeune et frivole épouse s’en sort avec les honneurs et un culot monstre. Pendant la  pièce ma sympathie allait naturellement vers ce pauvre homme humilié. J’étais indignée de l’aplomb d’Angélique et de sa suivante Claudine. A bien y  réfléchir, Angélique est aussi victime du marché de dupes ourdi par ses parents. Mariée sans son consentement à un homme qu’elle ne peut aimer, elle se défend avec les arguments dont elle dispose. Elle aussi a droit au bonheur!

george dandin décor

Hervé Pierre a choisi de monter la pièce en costumes, mais au XIX ème siècle, dans le décor de Courbet est-il écrit dans le programme. Ce gros lourdaud barbu m’évoque plutôt un Russe. La pièce a des résonances tchékoviennes. Mise en scène très habile : la ferme est figurée par des planches disjointes sur deux niveaux, le plateau figurant l’extérieur tandis que l’intérieur de la maison se devine par les jours entre les lattes. Tout autour on se croirait dans une forêt de résineux.

Mon seul regret, Lully avait écrit des ballets pour agrémenter ce divertissements. Au XIXème siècle, ils auraient été hors de saison. Donc exit Lully!

 

 

Une enfance dans la gueule du loup – Monique Lévy-Strauss

TÉMOIGNAGE

monique levystrauss

Merci à Aifelle qui a fait voyager ce petit livre (220p.) que j’ai lu d’un trait.

Je l’ai commencé sur un sentiment d’étonnement. Comment le père a-t-il pu emmener sa famille en Allemagne en 1939 à la veille de la guerre? Comment n’a-t-il pas pu penser à la menace terrible qui pesait sur la femme juive?Comment a-t-il pu travailler pour l’industrie lourde allemande en période d’armement?

Des éléments de réponse se trouvent dans l’histoire familiale : famille cosmopolite, de nationalité belge, le père vit en France, la mère est américaine mais d’origine juive allemande et autrichienne. Le voyage de noce des parents en Chine complète cet éclectisme. Alors pourquoi pas l’Allemagne qui offre des perspectives de carrière intéressante à l’ingénieur?

Quand même, pendant le IIIème Reich?

Si le père, d’origine très modeste, a dû travailler dès l’enfance, la famille vit dans une très confortable bourgeoisie, Saint Cloud, le seizième, le manoir berrichon. Des privilégiés qui éprouvaient peut être plus de sympathie vers le fascisme que vers le communisme (cela c’est moi qui l’imagine, jamais cela n’est écrit dans l’ouvrage, ni même suggéré). Mais quand même, le IIIème Reich! Cette ignorance du mal absolu qu’était le nazisme, était dans l’air du temps : Münich!

On lit donc le récit de l’adolescente plongée dans une Allemagne en guerre, entre la peur que la mère ne soit démasquée, les privations, le père incarcéré en 1940, les bombardements alliés. Finalement, les blessés de Buchenwald quand elle devient étudiante en médecine.

Adolescence difficile et pourtant une leçon de vie et d’optimisme. Chaque fois la jeune fille a trouvé des voisins, des professeurs, des inconnus qui lui ont tendu la main, l’ont aidé dans l’apprentissage de l’allemand, l’ont protégée quand elle et son frère se sont trouvés seuls. Jamais elle n’a souscrit à l’expression « les boches » et a refusé de l’utiliser à son retour en France. Chance inouïe, dons naturels pour les mathématiques, la peinture et les langues étrangères, Monique a toujours su tirer parti de son travail personnel pour se faire une place dans la vie.

Après la guerre, elle  retrouve une place privilégiée aussi bien dans la famille américaine que dans ses relations en France. Jamais , pourtant elle ne donne l’impression d’abuser de la gentillesse des gens qui l’hébergent, l’aident lui font connaître des personnes influentes. Elle donne le change, traduit, travaille et gagne elle-même sa place.

Une leçon de vie, de générosité, d’intelligence. Et pour la lectrice, la leçon de ne jamais simplifier, caricaturer.

Lire également le billet de Claudialucia

 

Istanbul était un conte

LEVANTINS

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« crédit photo Nathalie Ritzmann »

Certains livres me touchent et entraînent dans leur sillage d’autres lectures. Il en est ainsi du livre de Benny Ziffer : Entre nous levantins. Les références littéraires ne manquent pas et j’ai lu Le Bruit de nos pas de Ronit Matalon. Comme Benny Ziffer, Mario Levi est turc. Il écrit en turc même si de nombreuses langues se mêlent dans cet ouvrage.

Istanbul était un conte est un très gros volume de 700 pages, en petits caractères, sans paragraphes, des chapitres qui ne prennent même pas le temps de s’arrêter sur une page blanche. Il enchaîne histoires sur histoires à perdre haleine.

Un conte?
On songe tout de suite aux  Mille et une nuits? Peut- être? Mais il n’y aura pas de Shéhérazade ni de Palais. Il se déroule dans les quartiers commerçants  d’Istanbul,  sans Topkapi, ni Mosquée bleue ni Bazar pour touristes.
Les contes s’emboîtent les uns dans les autres, se mêlent, se tressent. Les personnages se croisent, sous différents éclairages, vieilles photographies, souvenirs de uns et des autres, repas de famille, de fête ou de deuil…
Personnages d’une famille juive stambouliote de  leurs voisins, leurs associés en affaires…les conjoints, les parents des conjoints.
Ville cosmopolite et polyglotte. On parle turc (le livre est traduit du turc) et grec mais aussi espagnol aussi yiddish et français, et anglais….
On voyage aussi, de Riga à Alexandrie, de Londres à Mexico.

On se perd, on se retrouve. On se ruine, on joue, on cuisine.
Qui est qui?

L’Obèle – Martine Mairal

LIVRE VOYAGEUR

l'obèle

Claudialucia l’a envoyé, puis Gwennaëlle, puis Eimelle, puis…..Il est arrivé chez moi enrichi de beaux marque-pages, je l’ai dévoré, il va bientôt repartir et je vais le regretter – enfin pas trop puisque je vais l’offrir pour Noël à mes proches et que je saurai ainsi où le retrouver….Je me suis interdit de lire les billets de leurs blogs pour me réserver encore la surprise. Maintenant, c’est bien difficile d’ajouter quelque chose aux analyses si complètes venant de lectrices nourries de Montaigne. ICI l’article de A sauts et à Gambades

Je recopie quelques passages que j’ai notés (j’aurais pu en choisir d’autres tant le livre est riche)

obèle

L’Obèle

« – Voyez ce signe Marie. Trois traits y suffisant. Une barre verticale ferrée de deux traits brefs à chaque extrémité. Tant me plait cette petite broche que les copistes alexandrins dénommaient obélos. J’ai fait mien de leurs hésitations sur l’authenticité de tel ou tel vers d’Homère. Il saura vous parler quand je me serai tu. Suivez le à la trace. Il indique le point de bifurcation où enchâsser mon ajout dans mon texte. Prenez garde toutefois qu’il m’arrive de mettre des additions aux allongeails, non par goût de vous compliquer la lecture mais par devoir de précision et volonté de ne rien celer de l’acheminement de la pensée vers son terme…. »

Montaigne explique à Marie de Gournay comment elle éditera les Essais quand il aura quitté ce monde. Marie de Gournay y consacrera sa vie à cette tâche.

mariedegournay

 

 

 

 

Malgré son grand âge, elle conserve un regard acéré, et beaucoup d’humour,  sur le siècle et sur la vie littéraire.

Ainsi commence le roman :

« La peste soit de l’Académie et des  Académiciens! Aussi soumis à la voix de Richelieu que fille transie à son galant. »

Richelieu dont elle dresse un plaisant portrait :

richelieu

« Ma foi, il était à peindre. le cabinet tendu de damas purpurin, la robe cramoisie le grenat de sa bague, le carmin de ses lèvres et contre ça, l’éclat immaculé d’un roncier de dentelles fines blanchies à mourir, de son visage glabre sous un trait de moustache  un pinceau de barbe charbonneux à souhait autant que prunelle d’encre qui m’examinait jusqu’à l’os,  non moins impertinent que la mienne…. »

 

 

Quand son récit se noue avec les mots des Essais, il m’est difficile de dénouer ce qui appartient à Marie et ce qui vient de Michel. Amitié amoureuse en miroir avec le lien de Michel de Montaigne et de La Boétie. Citations des Anciens, parfois savoureuses quand Saint Augustin est convoqué à propos de pets, ridiculisant au passage les Précieuses

Essais de MontaigneIl faudrait vraiment que je relise les Essais!

Timbuktu film de Abderrahmane Sissoko

TOILES NOMADES

 

timbuktu2

Une gazelle poursuivie par des combattants dans un pick up.Sa  course effrénée ouvre le film qui se terminera sur la course de ces deux enfants, petits bergers.

Entre temps, on verra comment les djihadistes occupant Tombouctou font régner la terreur : interdites les cigarettes, interdite la musique, interdits les jeux de ballon. Voiles noirs, gants et chaussettes. Des hommes voilés sans visage prétendent régler la vie quotidienne.

TIMBUKTU AFFICHE

Qui sont ces hommes? Ils s’expriment pour la plupart en arabe, mais certains se plaignent de cet arabe déplorable à peine compréhensible : au téléphone, l’interlocuteur invisible préfère parler en anglais. Un d’entre eux avoue venir du « Pays vert », la Libye. Leur brutalité n’a d’égale que leur ignorance. Pusillanime plaisir de conduire le 4×4 qui cale dans le sable pour l’un des chefs. l’arrivée en chaussures et en armes dans la mosquée leur vaut les remontrances de l’imam.

timbuktu images

La population terrorisée résiste comme elle  peut. Résistance dérisoire et pourtant héroïque de cette marchande de poisson sommée de porter des gants, de la jeune fille fouettée pour avoir chanté qui reprend sa chanson sous les coups. Chorégraphie que ce match de foot sans ballon…Une femme très étrange, fêlée….folle ou sorcière?

Ce n’est pas un documentaire, il y a aussi une histoire, une famille d’éleveurs, Kidane, femme Satima, et leur fille adorée Toya. Quand leur vache GPS est tuée par un pêcheur, le drame se noue.

Abderrahmane Sissako est le réalisateur du très beau Bamako (2006) – procès du FMI dans une cour de la capitale malienne. Il faut l’écouter parler, dire que les djihadistes à Tombouctou ont « pris en otage une culture et une religion » comment il filme  « à hauteur d’homme » prenant soin de ne pas diaboliser le bourreau, sa confiance dans la résistance des femmes et des enfants qui le rend malgré tout optimiste. 

Victor Hugo – Bug-Jargal

CHALLENGE ROMANTISME

 

challenge Victor Hugo

On a toujours l’image de Victor Hugo dans sa vieillesse, on imagine moins l’adolescent qui déclara « je veux être Chateaubriand ou rien » à 14 ans ou qui, en 1818,  paria avec ses camarades qu’il écrirait un roman en 15 jours. C’est Bug-Jargal, ce premier roman de Victor Hugo paru d’abord en 1819 puis remanié en 1826.

 

Est-ce que les esclaves sont quelque chose?  – Oui monsieur, dit le vieux maréchal de camp de Rouvray, oui les esclaves sont quelque chose ; ils sont quarante contre trois ; et nous serions à plaindre si nous n’avions à opposer aux nègres et aux mulâtres que des blancs comme vous

Toussaint Louverture
Toussaint L’ouverture

l’insurrection des esclaves est un contre-coup de la chute de la Bastille.

Moins abouti que ses œuvres les plus célèbres, Bug-Jargal est  un livre à part entière.

Bug-Jargal raconte la révolte des esclaves à Saint Domingue en  Août 1791. J’ai eu envie de lire la vraie histoire. Victor Hugo s’est très bien documenté : le héros Bug-Jargal est sans doute imaginaire, mais les autres chefs de l’insurrection, Biassou,  Boukmann  ont bien existé. Les cérémonies étranges, les messes burlesques de l‘Obi correspondent au culte vaudou qui a réellement été célébré au début du soulèvement. Coïncidence amusante  : en juin 1794, une expédition commandée par Victor Hugues, libérera les esclaves- la proximité des patronymes m’a fait sourire. 

l'esclave se libérant de ses chaînes - Gorée
l’esclave se libérant de ses chaînes – Gorée

Bug-Jargal, qui a donné son titre à l’oeuvre a une personnalité exceptionnelle, son aura, son autorité digne d’un fils de roi africain qu’il est. Le capitaine d’Auverney, le narrateur rivalise de chevalerie et de noblesse. L’art de Victor Hugo est de ne pas avoir construit une oeuvre manichéiste avec tous les bons dans un camp, les méchants dans l’autre. Les personnages sont complexes. L’histoire d’amour – un peu mièvre – pour la parfaite Marie se complique dans la rivalité des deux héros qui s’estiment et s’appellent même frères. Les « méchants » se répartissent dans les deux camps aussi bien dans celui des colons blancs que chez les insurgés, la sauvagerie et les massacres sont dénoncés. Dénoncée l’horreur de l’esclavage. Raillée, l’hypocrisie de certains « négrophiles »,  confrontés au soulèvement, retrouvent les intérêts  des planteurs. Moquées aussi, les pratiques militaires qui veulent asseoir l’autorité des officiers sur une prétendue « connaissance du latin ».  Dénoncés aussi les massacres de la Terreur.

 

 

Sur la route de l'esclave à Ouidah Bénin
Sur la route de l’esclave à Ouidah Bénin

Cette oeuvre de jeunesse anticipe certains des thèmes hugoliens.

Dans le personnage du bouffon Habibrah, je crois deviner l’Homme qui rit. Encore un personnage complexe:

« Crois-tu donc que pour être mulâtre, nain et difforme, je ne sois pas homme? Ah ! j’ai une âme, et une âme plus profonde et  plus forte que celle dont je vais délivrer ton corps de jeune fille! J’ai été donné à ton oncle comme un sapajou…. »

Il a campé ces personnages forts et complexes dans la nature exubérantes des îles Caraïbes

Souvent même ses eaux étaient cachées par des guirlandes de lianes, qui, s’accrochent aux branches des érables à fleurs rouges semés parmi les buissons, mariaient leurs jets d’une rive à l’autre, et, se croisant de mille manières, formaient sur le fleuve de larges tentes de verdures

La grotte dans laquelle est réfugiée Marie me fait penser à la celle de Gilliatt des Travailleurs de la mer

Au dessus de cette salle souterraine, la voûte formait une sorte de dôme tapissé de lierre d’une couleur jaunâtre. Cette voûte était traversée presque dans toute sa largeur par une crevasse à travers laquelle le jour pénétrait, et dont le bord était couronné d’arbustes verts, dorés en ce moment des rayons du soleil. ….

J’ai été un peu agacée des scènes où Léopold d’Auverney  était prisonnier aux mains de Biassou, j’ai trouvé le grotesque trop outré, un peu condescendant. mais peut être était-ce vraiment comme cela? Ces uniformes déguenillé, ce latin de cuisine, ces drapeaux dépareillés.

 

Ouidah, porte du non-retour
Ouidah, porte du non-retour

Le souffle n’est pas encore celui des chefs d’œuvres les plus célèbres mais c’est celui de la révolte des esclaves, de la Révolution, avec toutes ses contradictions.

 lire également le billet de Moglug et celui de claudialucia ainsi que celiu de Margotte

Mr Turner film de Mike Leigh

CHALLENGE ROMANTISME

 

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J’aime la peinture de Turner et j’aime le cinéma de Mike Leigh.  Un film de 2h30 ne me fait pas peur. Toutes ces bonnes raisons pour aller voir le film

Je suis perplexe. Le  film n’est ni aimable, ni plaisant. Turner est un personnage assez désagréable à regarder, à la mine porcine, aux grognements et aux grimaces forcées. Pour éviter l’hagiographie, Leigh est tombé dans la caricature. Deux agonies pénibles. la maladie de peau de la fidèle servante s’aggrave au cours du film. Les altercations avec les peintres et amateurs de peinture sont récurrentes.

Et pourtant ce film est passionnant. Génial générique où un tableau se découvre dans des volutes de fumées.  Recherches sur la lumière, expériences d’optique. Images sublimes dans la nature et dans le studio de l’artiste. On retrouve les tableaux avant même de les voir. Lumière d’un coucher de soleil, marines…

le dernier voyage du Téméraire
le dernier voyage du Téméraire

Il s’inscrit dans l’avancée de la technique : le vapeur qui mène Turner à Margate, les premiers trains et finalement la photographie… chaque fois le peintre s’intéresse à ces nouvelles inventions, saisit le spectaculaire du nuage de vapeur, cherche à comprendre le cliché du daguerréotype. On voit même la jeune reine Victoria.

 

Pluie, vapeur vitesse
Pluie, vapeur vitesse

logo romantisme

Emile Bernard à l’Orangerie

LE MONDE EN EXPO

 

pont de chemin de fer à asnière
pont de chemin de fer à Asnières

Exposition temporaire Musée de l’Orangerie du 17 septembre 2014 au 5 janvier 2015

Emile bernard autoportrait

 

 

 

Je ne connaissais pas Emile Bernard (1868-1941). Cette exposition a été une grande leçon de peinture en plus du plaisir de voir de très belles toiles et de découvrir une personnalité intéressante.

 

Emile Bernard a fréquenté les plus grands  Toulouse Lautrec: le grand pastel qui accueille le visiteur rappelle les dessins de Toulouse Lautrec.

Le  Père Tanguy dont on voit le portrait n’est pas un inconnu. émile bernard père TanguyC’est le marchand de couleurs de Vincent Van Gogh et de tant d’autres. Je l’ai croisé dans les lettres de Vincent à son frère. La nature morte à la cafetière bleue et  oranges  sur une table verte (1888)a aussi été décrite par Vincent.

 

 

 

 

 

Emile bernard saint briacRenvoyé de l’atelier Cormon il part à pied en Bretagne. Peint des bretons et bretonnes en costumes pittoresques, le rivage et ses rochers de granite, peint à Saint Briac et se lie avec les peintres de lécole de Pont Aven entre autres avec Gauguin. Comme ce dernier il peint avec des à-plat cernés d’une ligne noire, produit des tableaux très colorés. Puis il se brouille avec eux.

 

EmileBernardPortraitdelartisteauturbanjauneEn quête d’exotisme il part en Orient, Italie, Constantinople, et enfin en Egypte où il se marie et reste quatre ans. Son sujet de prédilection de cette période Orientaliste est le portrait des Égyptiennes.

emilebernardmendiantsPuis c’est l’Espagne où il s’inspire de Zurbaran et peint une famille de mendiants. A Venise  il imite les peintres de la Renaissance Italienne et change complètement de style. oubliant les à-plats et les couleurs éclatantes il revient à une peinture beaucoup plus classique qui m’a beaucoup moins plu. Impossible d’entrer en compétition avec Titien ou Véronèse!

A son retour d’Egypte en France, en 1904, il rencontre Cézanne qui est encore une nouvelle source d’inspiration quand il peint Tonnerre où il s’installe avec sa nouvelle compagne Andrée Fort.

L’exposition a titré les dernières salles  Face aux maîtres (les artistes de la Renaissance) et Retour à l’ordre. Salles sombres, grands tableaux exprimant un « témoignage rendu aux chefs d’œuvres et à la défense des principes qui les ont fait naître »  où je me suis franchement ennuyée.

Je suis sortie perplexe de tant d’habileté, tant d’éclectisme, tant de styles parfaitement maîtrisés pour finalement arriver à cette conclusion ennuyeuse.

Retour à Ithaque – Cantet – Padura

TOILES NOMADES

retour à la Havane affiche

 

 

 

 

Ithaque, pour Amadeo, écrivain qui n’écrit plus, c’est La Havane. Une terrasse au dessus du Malecon

Il retrouve ses copains après une absence de 16 ans sur la terrasse d’Aldo. Le film commence par des retrouvailles, souvenirs de jeunesse, de fêtes de concerts mais aussi de travaux aux champs. Alors, ils croyaient participer à la Révolution. Ils étaient joyeux, deux écrivains pleins d’avenir Amadeo et Eddy, un peintre reconnu Rafa, Tania ophtalmologiste, Aldo,ingénieur. Ils faisaient la fête ensemble, écoutaient de la musique, même de la musique américaine proscrite….

retour à la havane eddy

Amadeo est parti en Espagne, a perdu l’inspiration.

Pénélope, Angela,  est morte d’un cancer, ce que Tania ne se lasse pas de reprocher.

Cela aurait pu être un film de copains, autour de la nostalgie, des illusions perdues, des souvenirs des années difficiles lorsque les Cubains mourraient de faim. Cela aurait aussi pu être le film de la débrouille, des compromissions. Qui n’en a pas fait dans le groupe? Lesquelles sont avouables, lesquelles non?

retour à ithaque la havane

Padura nous réserve une surprise. Il écrit des romans policiers, une énigme est cachée. Le film tourne au thriller. Huis clos(ou presque puisque nous sommes sur une terrasse où parvient la rumeur de la ville). Pas d’action. Seulement les départs et retour d’Eddy. Unité de temps, le drame se joue en une nuit. Et pourtant un suspens!

le palmier et l'étoile

film adapté du Palmier et l’étoile lu il y a bien longtemps dont le souvenir reste flou mais que je relirais avec plaisir.