Ce court roman est une série de récits de ceux qui l’ont connu.
« Va à Guspini, les Guspinois ont une bonne mémoire, c’était l’un des leurs, ils savent tout, si tu demandes, ils raconteront. «
Guspini est une petite ville au pied de Montevecchio, le site minier que nous avons visité cet été, mine de zinc et de plomb fermée dans les années 80, village fantôme encore très habité par les souvenirs.
« C’était un brave garçon. Mineur. Camarade. Même dirigeant du parti. Un peu fou. »
Courts récits, dialogues, monologues le plus souvent dont on ne connait pas toujours l’auteur,
«façon de raconter désordonnée, incohérente, j’entortille tous les fils… »
C’est donc l’histoire de cette ville minière des années 30, des temps du fascisme aux années 50. Histoires de mineurs mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits trafics, de curé et d’anticléricaux…de luttes syndicales et politiques
Bakounine était le père de Tullio Saba. Cordonnier aisé : vingt ouvriers travaillaient à coudre des souliers pour la mine. Personnage complexe qui régalait à sa table le patron de la mine mais qui proférait des paroles anarchistes plus pour agacer le curé que par conviction et avait ainsi gagné son surnom.
Le fascisme a ruiné la cordonnerie et les conditions de travail à la mine se sont durcies. Dérisoires manifestations des mineurs écrivant le nom de Staline au plus profond des galeries du puits Giovanni ou fêtant le 1er Mai en accrochant un drapeau rouge au clocher de l’église.
En 1942, Tullio Saba part à la guerre, les récits divergent. Fut-il un héros libérant Naples avec les américains ? Fut-il un profiteur du marché noir ?
La guerre finie, il revient à la mine, devient un dirigeant politique….
Plus on avance dans le roman, plus je m’attache au personnage, aux récits un peu désordonnés, foutraques, histoires pittoresques que les Guspinois ont racontés.
C’est à six ans tout juste que le père de Gavino retire l’enfant de l’école pour en faire un berger, l’emmène dans la montagne au dessus de Siligo, dans le Logudoro – province de Sassari – où il apprendra dans la solitude – glacée en hiver – à garder le troupeau avec la seule compagnie du chien Rusigabedra, de l’âne Pacifico du bruissement du feuillage des grands chênes-liège ou du torrent. Intimité avec la nature sauvage. Quelques histoires de bandits sardes. Et la « pédagogie » féroce du père : les coups de ceinture ou de branchages au moindre écart. Plus tard, il apprendra à traire et ira même livrer lait et fromage au village.
Apprentissage du métier de berger, mais aussi d’agriculteur. Piocher la vigne. Dès que l’enfant est assez grand on lui confie une paire de bœufs pour labourer et il devra louer ses bras aux autres métayers.
« la compétition dans le travail servait de fondement moral, elle permettait d’accéder au prestige social » et à la richesse. »
La famille Ledda, quittant le village pour vivre à la bergerie, vit dans une certaine sauvagerie, loin des écoles, des distractions et de la société des hommes. Mais avec le travail acharné du père, la richesse n’est pas loin : ils défrichent les chênes, bonifient les champs et la vigne. La fierté du père est l’oliveraie crée de rien, avec des pousses sauvages, dans une clairière. Les oliviers sont plus « les enfants chéris » du père que ses enfants humains.
Chênes-lièges près de Bitti
« Ce combat effréné pour accroître notre bien, dans une rivalité acharnée avec les autres, n’était qu’un mouvement incontrôlé de notre inconscient, dans la quête rapace de « ce qui est à moi » opposé à ce qui est à toi » terrain obligé du devenir social »
Analyse Gavino Ledda
« chacun de nous était un arbre engagé dans ce combat impitoyable et cruel en pleine nature : tous les bergers, une chênaie, plongeant à l’envie leurs racines dans le sol et élevant leurs frondaisons en cherchant à avoir le dessus »
Monde d’une cruauté et d’une violence terrible. Renards qui mangent les agneaux, agneaux que les bergers, les valets mal nourris se volent entre eux. Combat avec les éléments : le gel décima en 1956 l’oliveraie réduisant à néant les efforts du père, les sauterelles que l’on combat avec des moyens dérisoires….
Arrivé à l’âge adulte, Gavino comme tous les jeunes du village songe à émigrer. Retenu par son père il va s’engager. C’est à l’armée sur le continent que le jeune solitaire, illettré, ne parlant que le Sarde va découvrir la solidarité de tous ceux qui l’aideront à apprendre l’Italien, puis le métier de radio-monteur, puis à faire des études. Gavino trouve sa voie, il étudiera. Malgré l’opposition du père, malgré les privations.
Et il deviendra écrivain et professeur.
pour le plaisir le film de Taviani – mais il n’est pas sous-titré –
Platamonas est la plage la plus proche de Sassari. Grande plage de sable fin à l’Est de Porto Torres dont on voit les cheminées d’usine. La plage est ouverte sur la mer. Avec le vent il y a des petites vagues qui me contrarient un peu pour nager surtout que les fonds sont très plats et qu’il faut s’éloigner de la plage pour avoir une profondeur suffisante. Sur le sable, l’ambiance est familiale, chacun est venu avec sa serviette et son siège. Il y a bien un établissement avec lettini et ombrellone, complètement vide. Dans l’eau les familles jouent à la balle.
Se garer dans le Centre Historique d’Ossi?
Au retour, impossible de rentrer la voiture sur la place. Tout le quartier s’est ligué pour nous chasser. Les voitures du Parti Démocrate encombrent. Une dame prétend appeler la police . La propriétaire descend. Ce n’est pas pour prendre notre défense mais pour nous convaincre d’aller ailleurs
– « vous êtes au Centro storico !, c’est quelque chose que vous devez savoir ! »
Au centre historique, les voitures n’apportent que des ennuis. Surtout quand elles sont grandes.
Vendredi 25 juillet : Les plages de Sorso
Des lys sur la dune
Au petit matin, visite d’un carabinier : notre voiture est encore mal garée. Le policier est très poli et très compréhensif mais il faudra aller ailleurs.
Arrivée à Platamonas par une belle route fleurie de lauriers-roses magnifiques très hauts (3 ou 4m). A l’est, la plage suivante est Marina Sorso le long d’une très belle dune sauvage fleurie de lys blancs merveilleux. Le sable fin est bien tassé, agréable sous mes pieds. Comme à Platamonas hier, il y a de petites vagues et personne ne nage. Je pars pour une très longue promenade les pieds dans l’eau. En une demi-heure, je n’ai parcouru qu’une faible partie de cette si longue plage. Et si on passait la journée ici ? Un bar loue des lits (chers :15€). Lui non plus ne fait pas recette en semaine, deux emplacements seulement sont occupés.
Deux routes pour Castelsardo : l’une par Sorso et les vignes, l’autre le long de la côte et une très belle forêt de pins.
La visite au Musée archéologique de Sassari est une conclusion logique à celle des sites visités dans la région. Objets provenant des hypogées, des nuraghi, des sites antiques. Les replacer dans la chronologie. Le Musée est installé dans un bâtiment classique avec fronton et colonnes.
Avant l’arrivée des humains, les fossiles : bois silicifié Miocène d’une forêt pétrifiée par le volcanisme.
Déesse-mère ressemblant aux idoles cycladiquesDéesse mère ressemblant aux idoles cycladiques
Au Néolithique deux cultures se sont succédées : la culture Bonu Ighinu (4000-3500) et d’Ozieri (3500-2700) avec de petites idoles de la Déesse-Mère. D’autres idoles sont de type cycladique. La ressemblance saute aux yeux avant même que je ne lise le panneau, exposées avec des pointes de flèches en obsidienne, des couteaux en silex et des céramiques très frustres.
Les Domus de Janas sont reconstituées. Les entrées des tombes sont parfois ornées de figures animales comme les bois de cervidés.
Une maquette de Tombe de Géants introduit la civilisation nuragique (1500-535)
stèle punique
La salle suivante des phénico-punique. Je reconnais les stèles funéraires d’une trentaine/quarantaine de cm comme celles que j’avais vues à Cabras (certaines viennent de Tharros) ornées de figures d’Astarté ou de Tanit. Cette salle punique contient des amphores mais aussi de nombreux vases grecs provenant de Grand Grèce (560-570avJC et 350-325avJC)
Les âges romains sont illustrés avec des mosaïques (assez quelconques, noir et blanc, géométriques) quelques statues et des stèles très primitives ressemblant à des bornes grossièrement entaillées avec des visages ressemblant à des ampoules électriques. Plus communément on a aligné lampes à huiles, vases à parfums en verre et petites figurines en terracotta.
Dans la salle médiévale on a exposé des maquettes de la ville de Sassari fortifiée (les murailles ont maintenant disparu) d’une ferme à Geridu (Sorso), des plaques de marbre avec des inscriptions médiévales ainsi que de la vaisselle. De nombreuses cartes précisent les contours des Giudicats, les places fortes ou les échanges commerciaux avec la Toscane, la Ligurie et avec le Monde Musulman.
Guerrier nuraghe
A l’étage, je retrouve les nuraghi, maquettes et plans et ce que j’attends : les fameux bronzetti , guerriers et archers, embarcations que je connais d’après les photos montrées par les guides lors des visites. Là, je suis très déçues, beaucoup sont manquants, envoyés pour une exposition à Cagliari ceux qui restent ne sont pas mis en valeur. J’essaie de les photographier sans arriver à un résultat satisfaisant. Le petit guerrier avec de longues cornes sur son casque, celui qui protège sa tête avec le bouclier recourbé, sont perdus dans le fatras de portoirs, d’étiquettes et de mobilier qu’on voit par transparence.
la Piazza Italia en effervescence
La Via Roma allant de la Piazza Italia au Musée est bordée de bâtiments officiels, plantée de palmiers alternant avec des orangers, peu animée, un peu ennuyeuse et courte, Sassari ‘est pas une très grande capitale ! La belle Piazza Italia est immense, au contraire, elle est bordée de grands palais. Victor Emmanuel II est en majesté sur son socle. Elle résonne des tambours des manifestants qui tapent sur des seaux en plastique, des klaxons en plastique colorés destinés à des manifestations sportives, et des cris des syndicalistes qui ont planté leurs drapeaux syndicaux autour de la statue avec des drapeaux énigmatiques indiquant que la réforme tue. Quelle réforme ? Comment ? Les pompiers sont là avec leur camion, les professionnels du Tourisme aussi ainsi que les infirmières. Si les revendications sont bruyantes elles sont aussi floues que peu explicites. Il faut croire que Sassari est très en colère : un peu plus loin, au Tribunal (bâtiment très massif à colonnade rouge monumentale) d’autres manifestants se sont enchaînés dénonçant les « lenteurs de la Justice ». Quelle affaire ?
Cathédrale de Sassari
Le corso Victor Emmanuel II ne ressemble pas à une grande rue, c’est une artère très étroite bordée de boutiques assez ordinaires, bars, alimentations, habillement. Je me faufile dans les ruelles et découvre par surprise de très belles places La Piazza Tula avec ces Palazzi Renaissance, la Piazza Communale et le Palais ducal et le Duomo énorme hétéroclite avec sa grande façade qui paraît plaquée sur l’église ancienne gothique. Les ruelles étroites, les différents styles qui se superposent, les Palazzi qui se bousculent, tout cela contribue à un certain désordre.
« Fillus de anima – c’est ainsi qu’on appelle les enfants doublement engendrés, de la pauvreté d’une femme et de la stérilité d’une autre. De ce second accouchement était née Maria Listru, fruit tardif de l’âme de Bonaria Urrai. »
Ainsi commence le roman de Michela Murgia.
Je ne connaissais pas cette coutume matriarcale qui permet de donner un enfant à une femme stérile. Est-ce une curiosité sarde ? Ou est-elle répandue ailleurs ?
L’auteure nous raconte l’histoire de Maria dans le village de Soreni – village de l’intérieur de la Sardaigne où l’on cultive la vigne et le blé. Maria échappe à la pauvreté et grandit dans l’affection de Bonaria – la couturière – qui l’envoie d’abord à l’école où elle est une élève brillante avant de lui transmettre son métier. Le récit se déroule dans une atmosphère rurale intemporelle – peut être dans les années 50. Bonaria a perdu son fiancé à la guerre. Quelle guerre ? Seul détail de modernité, le poste de télévision qu’on placera pour distraire un malade.
D’autres coutumes étranges confèrent un caractère un magique à la vie villageoise. Où disparaît Bonaria la nuit ? Pourquoi le paysan malveillant, en déplaçant une murette pour agrandir son champ aux dépens de celui du voisin a-t-il enterré un chiot vivant dans le tas de pierres ? Qu’est ce que cette araignée qui rend fou comme la tarentule ? Pourquoi la police a-t-elle fermé les yeux sur l’ »accident » qui a coûté la jambe de Nicola Bastiu ? Traditions originales que ces préparatifs de mariage avec la confection de pâtisseries compliquées aux origines très anciennes, comme ce pain extraordinaire que déjà les Nuraghi il y a 3000ans décoraient en l’estampant avec des moules de céramique.
Bonaria est l’Acabadora, celle qui donne le coup de grâce aux vieillards, qui abrège l’agonie des malades. Chacun connaît au village le rôle de Bonaria. Quand Maria découvre le pouvoir de sa mère adoptive, elle préfère fuir sur le continent plutôt que de l’accepter. Car Maria est une jeune fille moderne, bonne élève, amoureuse d’Andréa Bastiu sans vouloir se l’avouer, adaptable, elle deviendra la gouvernante d’enfants bourgeois de Turin avant de revenir finalement à Soreni auprès de Bonaria mourante ?
Terralba : le musée est fermé et ne semble pas prêt à rouvrir. Les étagères sont vides. Il n’y a plus rien à voir. Encore un mauvais tuyau du guide Vert après celui d’Ozieri.
Santu Antine
Le site de Santu Antine est très proche de Torralba de l’autre côté de la S131 en allant vers Mores.
couloir dans le nuraghe
Le Nuraghe est impressionnant avec ses 18m. C’est le plus haut de Sardaigne. La visite est guidée. La guide brandit des reconstitutions et des plans qui permettent de se repérer dans l’énorme masse de pierres. Il existe des nuraghi simples avec une seule tour et des complexes comprenant plusieurs tours. Le plan du nuraghe de Santu Antine est triangulaire. Trois tours se trouvent à chaque coin du triangle avec une tour centrale avec trois salles superposées. On n’en visite plus que deux la 3ème effondrée tient lieu de terrasse. Des couloirs, des pièces attenantes, des escaliers donnent l’impression d’un labyrinthe.
Santu Antine : puits
Trois puits fournissaient l’eau indispensable pour un nuraghe d’une telle importance : le puits sacré (les nuraghis étaient animistes et vénéraient l’eau) autour duquel on a retrouvé des ossements d’animaux et des exvotos. La grande tour (donjon) n’avait pas une fonction stratégique. Bien que situé à l’intersection de routes commerciales le nuraghe n’est pas construit sur une hauteur. Il avait sans doute un rôle social et peut être administratif. La salle supérieure était bordée de banquettes où sans doute on s’asseyait et se réunissait. Selon la guide, les rapports entre les nuraghis et les phéniciens étaient excellents. La situation aurait changé quand les Carthaginois ont colonisé la Sardaigne dont ils convoitaient le bois et le blé.
Nous déjeunons dans l’enclos de la grande église Saint Jean Baptiste à l’entrée de Mores. Crépie de jaune la grande église paraît moderne avec ses arcades formant des logettes et sa grande pelouse équipée comme un camp de camping avec des bornes électriques, des fontaines et des toilettes.
L’église de San Pietro Di Sorres que nous souhaitons visiter n’ouvre qu’à 15h. Nous continuons donc le circuit à la recherche de trois autres tours, bien écroulées et petites. Après Santu Antine, nous sommes devenues exigeantes! Si les tours sont décevantes, la campagne est charmante, vallonnée avec un air de Toscane après la moisson. De beaux chênes- lièges s’étalent, leur ramure est énorme mais leur tronc penché. Dans un creux, un gros camion collecte les écorces de liège qu’apportent de petites camionnettes.
Dolmen Sa Caccada
A Mores, selon le guide Vert, il y aurait le dolmen remarquable Sa Caccada. Ce dernier ne se trouve pas du tout à la sortie de la ville comme le laisse entendre le guide mais à une dizaine de kilomètres sur des très petites routes et même une mauvaise piste. Alors que nous nous découragions, nous rencontrons des Suisses qui en reviennent et nous préviennent « le dolmen est en restauration, il est tout près !». Un échafaudage soutient un toit en tôle qui protège le dolmen massif, carré, de pierre bien équarrie à la porte soignée.
une rencontre en trompe-l’oeil
Le GPS nous guide jusqu’à Borutta où se trouve l’église San Pietro di Sorres perchée sur une colline à la sortie du village. De loin la façade noire et blanche se détache sur un pré desséché accompagnée d’un bosquet d’arbres verts. Le monastère bénédictin est caché.
Parking énorme, ticket 6€. Visite guidée.
San Pietro di Sorres
La guide nous montre les bandes noires de roche volcanique alternant avec le calcaire blanc. Elle détaille la marqueterie au dessus de la colonnade et des arches avec les symbole des chiffres (3 pour la Trinité, 12 les apôtres) ,Le motif carré désigné comme toscan par le guide de San Antioco di Bisarcio. L’intérieur de l’église aussi noir et blanc rappelle un peu la cathédrale de Sienne. La nef est haute mais l’intérieur est très sobre : il a été laissé à l’abandon avec une toiture défectueuse, tous les décors tableaux et retable ont été gâchés ou volés. Au dessus de l’autel moderne (laid) un crucifix moderne doré a été suspendu. Dans le monastère on visite le cloître fleuri d’agapanthes et de roses qui embaument. Dans une pinède derrière l’église se trouvent les vestiges d’un nuraghe. Encore un pour terminer le circuit de la vallée des nuraghi !
S’inspirant du circuit p 347 du guide Vert : Vallée des nuraghes, j’ai prévu un parcours beaucoup plus court commençant à Thiesi, pour les hypogées, à Torralba pour le Musée Préhistorique, Santu Antine et qui se termine à San Pietro di Sorres. Torralba est à 33km d’Ossi et tous les villages étant très proches cela aurait dû être un circuit facile d’autant plus que la voie rapide S131 relie Ossi à Torralba.
Sous un ciel gris nous traversons Thiesi à la recherche des pancartes marron. Elles sont rares et nous conduisent dans la campagne par des routés étroites et tortueuses. Sur la brochure touristique Zone de Torralba, les photos des hypogées appartiennent au site de Mandra Antine (3200-2800av JC) et portent des peintures rupestres. Après être passées devant plusieurs fontaines antiques ressemblant à des abreuvoirs et rencontré un grand troupeau de brebis poussé par le berger en voiture, nous trouvons enfin le parc des Pétroglyphes de Cheremule. Des panneaux émaillés collés à un rocher proposent un parcours. Nous suivons un bon chemin dallé de calcaire blanc bordé de murettes de pierres sèches aux moellons blancs mélangés avec quelques blocs de roches volcaniques foncées. Dans le paysage se détachent les cônes volcaniques. L’un d’eeux a été exploité comme carriièe et les scories affleurent. Derrière les murettes, les ronces sont florissantes, les mûres sont presque noires, des poiriers sauvages sont couverts de petits fruits.
plusieurs salles communiquent
Les 18 Domus de Janas – maisons de Fées – sépultures creusées dans la roche se voient du chemin. Les ouvertures carrées, taillées soigneusement ne peuvent pas être naturelles. Il nous faut bouger les clôtures (les les remettre) pour entrer dans le site où de nouvelles explications nous apprennent que les hypogées ont été également utilisées par les Romains comme sites de vinification (pressoirs ? cuves ? et que des sépultures médiévales ont également été mises au jour.
Tomba della Cava : pétroglyphes
La dalle calcaire, entaillée par l’érosion, un lapiaz, présente d’étroits couloirs dans lesquels débouchent les sépultures. Deux ou trois salles se succèdent parfois. On voit des niches, des rigoles, une sorte de linteau mais en creux au dessus de la porte. . A l’extrémité du site, sur la Tomba delle Cava ont été gravées des figures humaines – une théorie de petits personnages pour une cérérmonie funéraire. C’est la première fois que distingue si facilement des pétroglyphes. J’en ai déjà cherché sans succès notamment en Galice à la frontière du Portugal.
Une collection de chardons prospère sur le site : des bleus, des jaunes, d’autres qui ressemblent à des cardères.
nuraghe ou hutte de berger?
Cette campagne est peuplée d’’animaux : moutons et chèvres mais aussi vaches et ….mouches qui envahissent l’habitacle de la voiture. De curieuses constructions de pierre, coniques ressemblent un peu aux nuraghi , un peu aux trulli des Pouilles coiffés de dalles calcaires comme des lauzes ? Abris des bergers ?
Grazia Deledda – prix Nobel 1926 – est très célèbre dans son pays. Pourtant avant notre départ pour la Sardaigne personne ne m’avait signalé cet écrivain. Après avoir lu sur place Roseaux sous le Vent, au retour j’ai emprunté ces deux ouvrages à la bibliothèque.
Dans l’ombre, la mère
Maria- Maddalena, jeune veuve, servante, est fière de la réussite de son fils Paulo, curé du village , les villageois l’ont acclamé. Pourtant dans l’ombre, elle attend son retour. Son instinct lui prédit le drame. Peur du scandale, ou du péché, elle extorque de son fils la promesse qu’il ne rejoindra plus Agnese.
Tragédie, deux nuits, trois jours et demie dans la vie du prêtre et tout semble s’accélérer. Cèdera-t-il à la tentation, ou tiendra-t-il parole ?
Nuits d’angoisse, d’hésitations, de remords, de retours…journées bien remplie dans le village.
On lui demande d’exorciser une petite fille possédée. Et on voit comme un miracle la fillette se calmer. Tout le village fait un triomphe au prêtre qui est rempli de doutes. Antioco, l’enfant de chœur le porte aux nues. Lui aussi sera prêtre Paulo. Maria Maddalena le raisonne :
« – Les prêtres ne peuvent pas se marier. Et toi, si tu voulais te marier ?
– Je ne le veux pas parce que Dieu ne le veut pas
– Dieu ? c’est le Pape qui ne le veut pas, dit la Mère quelque peu agacée… »
La question du célibat des curés ne me concerne nullement mais la réaction de la mère qui a interdit à son fils de fréquenter Agnese est troublante.
Evocation pittoresque des derniers instants d’un berger, chasseur solitaire, le Roi Nicodème, qui vit avec son chien et un aigle apprivoisé, personnage intéressant que celui du garde champêtre. Pendant que Paulo donne l’extrême onction, pendant la messe, il est obsédé par sa passion mauvaise.
Extrême tension dramatique dans ce court roman que j’ai dévoré malgré le thème.
Elias Portulu
A Nuoro, la famille de Zio Portulu est enfin réunie :
« tu les vois maintenant mes fils ? Trois colombes ! Et forts, hein, et sains, et jolis ! »
Pietro, l’agriculteur est fiancé, le mariage se fera après les récoltes, Mattia, un peu simplet est berger. Une famille unie, prospère qui fête le retour d’Elias sorti de prison.
Les réjouissances se poursuivent à la neuvaine de San Francesco qui se déroule dans la montagne, toute la famille partage la cumbissia avec d’autres, on allume des feux de lentisque, on prie, certes mais aussi on chante, on boit ; le petit abbé Porcheddu égaie ses paroissiens. Grazia Deledda excelle quand elle évoque ces fêtes villageoises. J’avais beaucoup aimé ses descriptions dans Les roseaux sous le vent. Maddalena, la fiancée de Pietro est de la fête, elle ne prête que peu d’attention à son futur et couve Elias du regard.
« Non ! Ne crains rien mon frère !disait-il mentalement à Pietro. Alors qu’elle viendrait dans mes bras, je la repousserais. Je ne veux pas d’elle. Elle est à toi. »
Amours interdites qui vont empoisonner la vie d’Elias.
Il cherche le calme parmi les brebis de la bergerie de son père, prend pour confident un vieux berger qui devine son tourment et lui conseille de se déclarer et d’empêcher le mariage tant qu’il est encore temps. Mais Elias est faible, il se laisse emporter par la passion, tout en étant incapable d’affronter sa famille.
Puisqu’il ne peut épouser Maddalena, il se fera prêtre. Prêtre sans vocation. Faible toujours, obsédé par son amour, se débattant contre le péché…
Alors que j’avais adoré les Roseaux sous le vent j’ai eu du mal à m’intéresser à cette thématique religieuse qui est bien loin de mes préoccupations.
La route d’Ossi à Alghero serpente dans la colline. Sassari et ses immeubles sont au loin. On se félicite d’avoir évité la S131.
La ville historique d’Alghero, enclose dans ses remparts est piétonnière. Nous trouvons une place pour la voiture près de la Tour Sulis et coupons à travers la ville par la via C Alberto où se trouve une belle librairie qui possède un rayon de livres en français surtout
Aghero : tour Sulis
des classiques et quelques policiers. On choisit Camilleri et Massimo Carlotto qui est sarde et vit à Cagliari.
L’église San Michele est une église Jésuite 1662, un peu baroque mais pas trop. Il y a de la retenue, de beaux retables mais pas l’exubérance baroque napolitaine ou sicilienne.
San Francesco gothique catalan et statues de Gianbattista Franco
L’église San Francisco m’a beaucoup plu : les arcatures gothiques soulignées par des cordes marines sont-elles catalanes ? J’ai vu les mêmes au Portugal ; marines en tout cas. Les marbres blancs de trois statues de Gian Battista Franco (1773) – la Vierge entourée de Saint François et de Saint Antoine – sont perchées sur un autel polychrome qui évoque plus un bateau qu’une table. Je n’ai pas trouvé le cloître charmant et paisible vanté par le guide Vert.
La via Carlo Alberto est bordée de belles boutiques. J’admire surtout les bijoux de corail, de toutes les sortes et à tous les prix. Sont-ils tous authentiques ?
Piazza Civica, tôt le matin
Nous arrivons sur la Piazza Civica à l’heure où ouvrent les belles boutiques (certaines très belles, bijoux et haute couture). Il y a des soldes : 630€ une robe d’été, 130€ un jeans fleuri. Consciencieusement, je cherche à identifier les palazzi : le Palazzo Balbis où dormit Charles Quint en expédition contre l’Algérie, le Palazzo Serre et son beau portail. En revanche je ne trouve pas le Palazzo Carcassona, ancienne demeure d’une famille juive. Les parasols des restaurants gênent.
Partant de la Porta a Mare, nous faisons le tour des remparts occupés par les restaurants qui ont déjà mis le couvert pour le repas de midi (serviettes de tissu, verres ballon). Je me serais bien assise avec un capuccino pour dessiner. Impossible, on fait restaurant pas bar ! Pour éviter la concurrence la plupart se sont entendus pour le prix du menu touristique 16€.
Les tours se succèdent certaines, 14ème siècle, d’autres 16ème. Par les créneaux on voit les beaux voiliers de la marina. Certains yachts sont de taille imposante. Ils ne me font pas rêver, m’agaceraient plutôt. A l’horizon les falaises du cap Caccia nous attirent. Nous irons y pique-niquer !
tour des remparts
La petite ville a du charme, ses remparts clairs m’évoquent plus Gallipoli que Saint Malo.
Après la Tour Sulis ,le Lungomare est bordé de grosses villas carrées roses, bleues, jaunes, elles sont occupées maintenant pas des hôtels. Plus loin, il y a une petite plage et ensuite les immeubles de la ville moderne. C’est là que nous cherchons – et trouvons – au supermarché SISA, un pique-nique gastronomique : salade de poisson blanc (peut être du colin) et des beignets de petits légumes : fleurettes de brocolis, languettes de courgettes, rubans de poivron rouge. Pour un tel festin, il faut un emplacement de choix. Et nous le trouverons !
Catherine GPS programmée sur Fertilia – ville mussolinienne construite pour héberger des habitants de Ferrare – nous aidera à sortir de la ville. Nous avons traversé à plusieurs reprises Arborea – autre ville mussolinienne, plus réussie. Il faut dire que Fertilia au mois de juillet est encombrée de nombreux vacanciers allant à la plage (très bien).
Crique d’où partent les vedettes pour la Grotte de Neptune
La route de Porto Conte et du Cap Caccia, encadrée par une double haie de lauriers roses, traverse une belle pinède de pins parasols où stridulent les cigales. Le Cap Caccia et ses abords sont un Parc Régional. Le maquis très dense renferme une faune protégée et une flore endémique intéressante mais nous ne faisons que passer. Par une bifurcation, on arrive à l’embarcadère des vedettes pour la Grotte de Neptune. Il y a foule. Les voitures sont garées n’importe comment. Reculade en marche arrière compliquée par les piétons et le frein à main électronique. Un chemin à flanc de pente offre des échappées très tentantes sur des criques à l’eau turquoise. Des gens se baignent de part et d’autre d’un couloir pour le traghetto. Je les aurais bien imités !
La route du Cap Caccia se divise « route panoramique » et route de la grotte. Sur la route panoramique nous trouvons l’emplacement de notre festin, sur un petit rebord au dessus du précipice, face à des falaises calcaires. Un petit rocher rond se trouve au centre de la baie fermée par le Cap et l’Ile. Les vagues sont très impressionnantes ; l’eau bleu marine très foncé se gonfle avec la houle. La surface mouvante va se fracasser en écume menthe glaciale. On ne se lasse pas du spectacle.
Cap Caccia : bel endroit pour un pique-nique
Un peu plus loin : départ pour la Grotte de Neptune par les marches. Les voitures brillent au soleil. Encore une fois, la foule me dissuade. Un endroit peut-il rester paradisiaque avec tant de badauds ? La visite est chère (12€). J’ai hâte de me baigner. Sur la Carte du Parc régional, je remarque une plage après la Villa Romaine (fermée). Un parking naturel dans une clairière sous les pins, un sentier, la mer quelques dizaines de mètres plus loin. Hélas les galets sont inconfortables et je n’aime pas me baigner complètement seules. Je continue le sentier sur le rivage jusqu’à la plage d’un hôtel et nage non loin de là, rassurée.
En moins d’une heure, nous voici de retour à Ossi. Notre place est bien occupée par les voitures. Si nous ajoutons la Golf, le passage sera étroit !A peine avons-nous débarqué les courses, qu’un carabinier arrive : un convoi exceptionnel, pelleteuse et camion(taille XS), est bloqué en amont. La Fiat blanche doit céder le passage. Sa conductrice lit, assise sur le banc devant le local du Parti Démocrate qui attire toute une foule et leur voiture.
L’animation dans la rue est un spectacle, nous gardons la porte ouverte pour pouvoir en profiter. Un peu plus tard une femme et deux hommes porteurs d’un drapeau s’arrête devant notre porte « C’est pour San Bartholomeo ! »Devant mon air ahuri, ils s’éloignent « ce sont des touristes, des allemands ! ». Ils n’insistent pas, sans doute faisaient ils la quête.
A la Pointe Nord Ouest de la Sardaigne, Stintino est une jolie carte postale, un petit port ou plutôt deux, des maisons couleurs pastel, de nombreuses plages réparties sur le cap en face de l’Ile du ParcNational de l’Asinara.
La voie rapide évite Sassari. Elle traverse une campagne plutôt moche. Avant Porto Torresavec ses cheminées d’usine, il semble que toute la production d’énergie soit rassemblée : centrale électrique, éoliennes et centaines de panneaux solaires.
Stintino : port
9h30 – Stintino est endormie, vide. Les boutiquières remontent leurs rideaux de fer. Dans les petits ports – plutôt des marinas – quelques voiles latines aussi. Sur les quais se succèdent plusieurs expositions de photographies en Noir et Blanc. Celles de Nevio Doz sur le thème de ma pêche au thon sont très belles. Elles sont suivies des portraits des pêcheurs thoniers chacun a son nom précédé du curieux titre de Rais : Rais Silvestro Vall, Rais Antonio Maggiolo….
Entre les deux ports, une balise blanche et rouge est accompagnée de la statue de Saint Pierre, le patron des pêcheurs. Des sculptures de pierre ornent les quais : voiles de trachyte ou de granite.
10h le village se réveille. Cappuccino et croissants pour un petit déjeuner très chic en terrasse. Des estivants plutôt bobos se réunissent. La foule, nous la trouverons au Cap Falcone. Les voitures sont pare-choc contre pare-choc. Les parkings complets. Les plages fourmillent d’estivants. En sortant ponctuellement de voiture nous fabriquons nos propres cartes postales. On ne se baigne pas dans une carte postale. Nous fuyons donc la célèbre plage de laPelosa en face de l’île de l’Asinara gardée par la tour Espagnole du 15ème siècle plantée sur une île et par la Tour Falcone. L’eau est turquoise, le sable est blanc, mais le cap est construit de construit de villas intégrées dans les rochers mais bien peuplées. Une seule idée, fuir la foule quitte à se baigner sur une plage moins belle avec moins de monde. Nous avons repéré de petites criques sur la « route panoramique », hélas l’eau n’est pas profonde et j’ai peu de me racler contre les rochers.
Nouveau tour de Stintino avec beaucoup plus de voiture. La plage de Gabbiano est introuvable, Cala Cascia di Dona inaccessible en voiture, bloquée par un gros tas de sable. La Saline est une très longue plage très blanche, où le sable en granulés arrondis est très lumineux. Deux établissements proposent des lettini+ombrellone (10€) mais la prima fila est réservée. Ce sera donc baignade sans lettini . Dans l’eau, à 1m du bord, il y a du sable fin. Je nage dans l’eau turquoise un peu agitée par le vent à l’abri d’une ligne de bouées jaunes. C’est la plage du kite-surf mais ni kite, ni surf à l’horizon, seulement une planche à voile.
Après ce bain rafraîchissant il est temps de chercher un coin-pique-nique pour profiter de la porchetta, la fougasse et la salade de légumes aubergines, courgettes, champignons, poivrons trouvée au supermarché.
sentier côtier près de Pedraia
Puisqu’il y a trop de monde à la mer, nous prenons la route de la campagne de Pozzo Nicola à l’Argentiera (18km). Quand la route se rapproche du rivage des pancartes signalent le sentier côtier. Au village de Pedraia, une route étroite entre deux murettes de pierres dans les buissons de lentisques conduit à une aire rectangulaire sur le sentier, suffisante pour manœuvrer la voiture. La vue st magnifique. La côte est très découpée et battue par des vagues à l’écume abondante. Le maquis est bien vert, dense relativement ras, les lentisques ne dépassent pas 1.2m il y a aussi un épineux en coussin et cette espèce complètement défeuillée aux rameaux décoratifs.
La crique suivante contient une jolie plage aménagée avec une buvette et même des parasols bleus tous repliés à cause du vent. Une route conduit à un petit cimetière marin précédé d’un agave en début de floraison vert tendre se détachant dans le ciel.
Derrière le cap, après le petit village de Palmadula , les ruines de l’ancienne mine de l’Argentiera donnent une atmosphère très étrange, impression de bout du monde ou d’entrée des enfers avec le bouillonnement des vagues qui se brisent avec violence sur les rochers métalliques et sur le petit quai où une piscine absurde cimentée dans le roc amuse les enfants. Puits délabrés, maisons des mineurs abandonnées. Où était donc le cinéma, le laboratoire de chimie, le club des employés cités par le Guide vert ? Une maison isolée a été couverte d’une peinture murale dantesque qui rappelle encore les enfers. L’idée elle-même de la mine a une connotation infernale.