Antequera

ANDALOUSIE Pâques 2009

 

Antequera – Portichuelo

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En venant du Torcal, à l’entrée de la ville, la vue sur la ville est extraordinaire. La colline est cernée de hautes murailles, elle est coiffée de 2 tours carrées aux toits en pyramide : l’Alcazaba, ancienne forteresse arabe.

La ville basse aux murs blancs éclatant forme une tache claire. La ville est enchâssée dans une cuvette entourée de montagnes violettes et de champs vert vif. Un gros rocher isolé en forme de chicot se détache à l’arrière de l’Alcazaba. Le soleil joue avec les gros nuages et l’éclairage varie de minute en minute créant des surprises aux photographes.

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La visite en voiture de la ville est un casse-tête. Mieux vaut marcher ! On n’arrive jamais à l’endroit prévu même en suivant attentivement le plan. En cherchant l’Alcazaba, on trouve la place du Portichuelo limitée par la grande église Santa Maria de Jésus fermée et par la charmante chapelle-tribune de la Virgen de Socorro construite avec une alternance de briques et de pierre, jeu de rouge et de blanc, arcs, balcons, ferronnerie, coquilles saint Jacques, arabesques et motifs mudéjares. Une fresque de la Vierge sur fond noir surmonte le balcon. Curieuse Vierge noire mais mondaine.
Une rampe surplombe les rangées d’arcades d’un couvent.

 

Place du Portichuello
Place du Portichuello

Antequera – Alcazaba

 

La Plaza des Carmen est déserte. L’église est surmontée d’un toit aux volumes imbriqués intéressants. Évidemment fermée ! Pendant la Semaine Sainte le créneau des visites est mince : de 11 heures à 13h30.

Nous avons contourné en voiture l’Alcazaba sans jamais en trouver l’entrée. C’est qu’il faut emprunter des escaliers !

De la Plaza del Carmen une rue mène aux murailles en restauration. Il semble que la fièvre constructrice espagnole se soit étendue aux monuments historiques. On a récemment restauré à tour de bras. Et c’est tant mieux ! Les restaurations d’Estepa datent de 2008 celles de l’Alcazaba d’Antequera aussi. Pourvu que la crise ne mette pas fin à cet élan ! Logiquement les maçons mis au chômage dans les lotissements pourraient être recyclés dans la reconstruction des murailles et des tours  de tout le royaume. Un étroit passage entre des maisons d’habitation conduit à une rue bien en pente puis à une nouvelle volée d’escaliers.

La charmante place des Escribanos s’ouvre sur le parvis de l’imposante Santa Maria Mayor – évidemment fermée ! (mêmes horaires qu’au Carmen). De l’autre côté de la place des Escribanos, l’Arc des Géants est une belle porte ornée de plaques de marbre et de sculptures  de lions. Elle est si monumentale qu’on peut s’y promener  dessus ! Cet arc se prête bien aux photos : d’un côté on découvre Santa Maria de l’autre le clocher de San Sébastian qui domine la ville basse.

Alcazaba
Alcazaba

L’Alcazaba est ouvert jusqu’à 18h et gratuit. Des rampes et des escaliers ont été ménagés dans un beau jardin . Une double rangée de cyprès forme une haie élancée. Ailleurs on a taillé les conifères pour imiter les créneaux, certains à un mètre du sol d’autre à deux. Des jardins à la françaises à motifs triangulaires sont aussi fleuris. La Porte Chrétienne à mi-hauteur rappelle que si les Rois Espagnols ont conquis Antequera avec panache (le Soleil d’Antequera rappelle cet épisode), ils ont dû réduire la surface de la forteresse pour pouvoir la conserver. La place d’Armes est encore en chantier. Je monte avec joie au clocher puis à la tour blanche ; Dans cette dernière, les ouvertures sont en fer à cheval de style arabe. Je me fais un plaisir de photographier le paysage cadré par ces fenêtres.

 

Antequera – messe de nuit à San Sebastian

Notre chambre 21 de l’hôtel Castilla se trouve à l’angle de la rue principale de l’Infante Don Fernando (le conquérant du soleil d’Antequera)  et d’une petite rue.

La fenêtre légèrement cintrée doublée de volets intérieurs en beau bois clair vernis, s’ouvre sur un balcon Art Nouveau. Des rideaux grège encadrent cette fenêtre. C’est une vraie scène de théâtre au soir qui tombe. Les jeunes stationnent au coin de la rue puis, vers 9 heures la rue se remplit de groupes de gens qui remontent ou descendent vers la place San Sébastian.

Nous venons tout juste de nous coucher, on frappe discrètement à notre porte: la jeune fille de la réception  nous annonce :
vous êtes mal garées, il faut bouger la voiture qui touche la ligne ! »
Nous protestons pour la forme et enfilons des jeans par-dessus les pyjamas.
L’église San Sébastian est allumée pour une messe nocturne. Nous en profitons pour entrer. A ce moment, le prêtre invite l’assistance à chanter la Gloire du Seigneur. Des enfants agitent des clochettes, un homme joue à la guitare un genre de flamenco. Cette messe est surprenante. Difficile d’apprécier le décor de l’église, les bois sculptés du chœur, le retable, on ne peut pas s’approcher.

Antequera Torcal

ANDALOUSIE Pâques 2009

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Arrivée à Antequera

A l’entrée d’Antequera des arroseuses tournent à plein, irriguant le blé malgré les nuages menaçants. Sans doute ces derniers ne sont pas porteurs de pluie pour l’Andalousie. En tout cas, les installations d’irrigation sont impressionnantes !

Malgré la saison touristique nous trouvons facilement l’hôtel idéal : Hôtel Castilla, deux étoiles, une belle chambre d’angle, un ascenseur,  un parking. Demain une procession est programmée et elle passera sous notre balcon.

 

Antequera – Torcal

11km d’Antequera,  une route étroite  grimpe dans la montagne jusqu’à 1200m (l’altitude d’Antequera est 577m).

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Les blés sont parcourus par de véritables vagues sous le vent fort. Quelques maisons très basses paraissent encore plus blanches sous le ciel gris. A l’entrée du parc, une rocaille est couverte d’asphodèles en fleur, de grosses taches d’iris sauvages violets. Les ajoncs jaunes éclairent ce paysage austère. D’un mirador il nous semble apercevoir la mer. Malaga se trouve à 60 km en voiture et sans doute beaucoup moins à vol d’oiseau.

Les rebords du karst se rapprochent. La falaise est  entaillée. Les figures d’érosion n’apparaissent que plus tard. Une épaisse strate est surmontée d’une alternance de fines barres dures et d’autres plus tendres déblayées qui laissent des creux.

Le « Monument Nacional », symbole du parc, est une colonne naturelle qui semble faite d’assiettes géantes empilées. Au pied, je trouve de très belles orchidées roses touffues et aussi fournies que les jacinthes des fleuristes.

Le Centre d’Interprétation est décevant. J’attendais une exposition sur le karst, l’érosion, la flore…Rien de tel, de belles photos sans commentaire.

Deux promenades sont balisées : la verte de 45 minutes et la jaune de 2 heures. Une rafale de grêle me suggère de choisir le parcours le plus court. D’ailleurs, je suis mal équipée. Mes Nike pour la course, n’accrochent pas, les roches sont glissantes, un bâton de marche aurait été utile.

A la base de formations bizarres en colonnes, s’épanouissent des pervenches d’un bleu très pâle. Les épines blanches explosent en une floraison abondante. En altitude le printemps vient tout juste de commencer.

Dans le karst alternent trois types de calcaire jurassique : oolitique, brèchoïde clastique et plus compact. La formation  a été relevée pendant l’orogenèse alpine et comprimée pour former une lentille puis hachée de failles et de diaclases. L’érosion pluviale et la gélification ont sculpté ces figures étonnantes.

La pluie et le vent rendent le froid pénétrant. J’ai superposé un gros pull, une polaire et un coupe-vent. Il  manque les gants et le bonnet !

En route de Guillena à Grenade : Estepa

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Clocher d’Estepa

 

Nous  contournons Séville sur l’autoroute bordée de grandes surfaces, Carrefour,  Al Campo (Auchan), Décathlon, magasins de meubles, Leroy Merlin…Désolation de cette uniformisation des abords des cités. Nous pourrions être à Lyon ou à Evry – aucun intérêt !

Enfin La campagne! Moutonnement des collines plantées d’oliviers chevelus. Un village Puebla de Cazalla déborde du sommet d’une crète. Son église à l’avant, commela figure de proue d’un navire, son campanile séparé, un peu décalé de la nef, surmonté par une curieuse coupole aplatie comme celle d’une mosquée.

8°C, il fait très frais, on met le chauffage dans la SEAT Altéa.
Des montagnes escarpées se profilent au loin.
Au km 85, nous dépassons Osuna, petite ville blanche au flanc d’une colline dominée par une grosse forteresse créée jaune. Je ne sais pas pourquoi, je pense à Ostuni dans les Pouilles – peut être seulement la consonance ?

Le long de la voie ferrée poussent des agaves. Les lilas sont en fleurs. Les collines deviennent très blanches : la marne affleure quand on a labouré au pied des oliviers.

 

Estepa baroque
Estepa baroque

 

 

Estepa : estupendo !!!

Nous traversons le village endormi. Une belle façade baroque avec des colonnes torses : le Palais des marquis de Cernevalas, attire mon regard. J’entre dans une magnifique église baroque sans pouvoir la visiter : les Pasos des processions barrent le passage.

Oliviers, villages blancs, façades baroques, comme dans les Pouilles !

Je monte à la colline San Cristobal où se trouvent deux couvents Santa Clara,un couvent franciscain, les ruines d’un château fort et une belle église fortifiée gothique Santa Maria.

Cet ensemble de monument est mis en valeur dans le parc Francisco Ayala – homme de lettres local qui a étudié Cervantès et traduit entre autres, S Zweig. Cette promenade tranquille est une surprise merveilleuse. Des panneaux racontent l’histoire de la petite cité : « Estepa, de la Préhistoire aux romains… », la tour médiévale semble tenir un pont-levis.

Au sommet, j’entre dans la cour des Sœurs. Rien n’interdit l’entrée « sauf aux chiens ». On a affiché la liste des prix des pâtisseries qu’on commande à une religieuse invisible derrière un tour (passe—plat). Encore un souvenir italien, ou plutôt sicilien et littéraire conté par Dominique Fernandez.
Le couvent des hommes est mieux fermé je ne fais aucune tentative pour entrevoir l’intérieur.
Du haut de la colline, la vue est étendue : un azulejo nous détaille le « balcon de l’Andalousie ».
Dernier  monument : la tour baroque Santa Victoria, très haute et très décorée.

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Dans les rues blanches en pente raide, les femmes sont occupées à balayer devant leurs portes. Le font-elles chaque jour ou Pâques marque-t–il une occasion spéciale ?

A la sortie du village, je peste encore contre les Espagnols, leurs lotissements et leurs constructions exagérées.
– « ils ne sont vraiment pas écolos… »dis-je en voyant des pylônes à haute tension. Vraiment je suis médisante ! Juste à côté au km 135 en face de Pedra de la Fuente, nous voyons un champ de panneaux solaires.

Les environs de Guillena

ANDALOUSIE Pâques 2009

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Aux environs de Guillena, la campagne est merveilleuse, fleurie, odorante. Les villages resplendissent. La majorité des maisons anciennes sont blanches, soulignées de jaune, d’autres sont peintes d’ocre, d’orange, de jaune qui tranchent sur le blanc et rompent la monotonie.

Aux entrées des bourgs, des quartiers entiers sont complètement neufs et souvent inachevés. Le Courrier International de la semaine passée relatait l’éclatement de la bulle immobilière en Espagne. La construction, après le bétonnage de la Côte qui date déjà depuis des décennies, s’est emballée dans les villes, et même, nous le voyons ici, dans les villages. Ces « urbanizaciones » étaient elles vraiment nécessaires aux habitants de la banlieue de Séville ? Ou résultent –elles de la spéculation immobilière effrénée comme le suggère l’article du Courrier ?

La petite cité de Burguillos est truffée de lotissements aux maisons mitoyennes alignées. Elle est dominée par une jolie église blanche juchée sur une éminence. Du parvis de l’église, la vue est très belle.

Nous continuons dans la direction de l’Estramadure et du Portugal et parvenons dans un  paysage de petite montagne. Les agrumes et les oliviers sont remplacés par des champs de blé ponctués par de très beaux chênes au port majestueux. Les crêtes se succèdent. Du grès vert affleure.

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Le village de Castelblanco abrite un musée Ethnographique et une Maison des Pèlerins. Des panneaux font allusion à un Pèlerinage – lequel ? – Compostelle ? Fatima ? Notre hôtel de Guillena sert aussi de relai aux pèlerins : un couple anglophone en tenue de marcheurs s’est présenté avec une coquille saint Jacques sur un sac à dos kaki vétuste.

J’écris, installée sur la terrasse du Bar Frances. Distraitement je jette un regard sur la télévision qui diffuse en permanence des images de la procession de Séville depuis au moins deux heures,  en direct, le soir tombe.

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La fanfare de Guillena est venue se réunir au Bar Frances. Je les ai vus arriver avec sympathie, et partir, avec soulagement. Que l’Espagne est bruyante ! Je commence, dès le premier jour, à être saturée de Vierge et de Christ portant la Croix. Dire que nous ne sommes que le Vendredi ! Ici, le dimanche de Pâques s’appelle le dimanche de la Résurrection.

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Santiponce

ANDALOUSIE Pâques 2009

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Quittant Séville  par l’autoroute, nous sortons à Santiponce,  village que nous avions remarqué ce matin.

Nous passons un moment délicieux dans une oliveraie en face du monastère de San Isodoro del campo – couvent cistercien érigé en 1301 . Les ruines ont fière allure mais l’édifice gothique d’après la Reconquête  est peu visible sous des ajouts baroques.

Assise sur un pliant acheté ce matin chez une chinoise qui regardait des vidéos chinoises sur son ordinateur, parfaitement indifférente à tout étalage religieux, je reste une bonne heure à dessiner.

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Les coquelicots sont éclatants, les anthémis jaunes pâles à vif. Une fleur inconnue m’intrigue : violet pâle ressemblant à un très grand bleuet avec ses pétales effilochés sur les bords. De noirs cyprès se détachent sur les murs du couvent. La houppe de palmier dépasse.


Évidemment le couvent est fermé à la visite. Vendredi saint, on aurait pu s’en douter.

Nous nous promettons de revenir. Le site antique d’Italica, patrie de Trajan, d’Hadrien et de Théodose se trouve aussi à Santiponce.

Le théâtre antique est  adossé à une colline, derrière le champ de foire occupé par une immense tente. Surprise! sous la tente, des orangers en fleur embaument. Leur odeur captive est même entêtante. Ce matin, j’étais déçue de les trouver inodores. Une certaine température doit être nécessaire pour libérer les arômes. Le thermomètre de la voiture indique 19°C, température idéale

 

Vendredi saint à Séville

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Négligeant les grands parkings dressés exprès pour la Semaine Sainte, nous laissons la voiture dans un parking souterrain proche du Guadalquivir. Sur la promenade aménagée au bord du fleuve, les capucines d’un orange brillant grimpent au tronc des arbres. Les géraniums poussent en pleine terre.

Sur le pont de Triana, une foule  se presse, munie de sièges pliants et d’appareils photos.

Où sont donc les Pasos ?
Les gens sont évasifs.

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Un très joli édifice flanqué tourelles carrelées de bleu est construit au bout du pont .

La Plaza de l’Altozano est bordée de très beaux immeubles décorés d’azulejos, de grilles et de loggias.

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Sur le passage de la Procession, les balcons sont habillés de tissus rouge-sang décorés des palmes des Rameaux. Les stores de paille tissée sont enroulés.  Des pétales de fleurs jonchent le sol.

Le cortège passe au fond d’une rue. Un cameraman de la télévision, perché, filme. Nous ne voyons absolument rien, la foule s’entasse. Privées d’image, il reste le son – impressionnant- aussi bien la fanfare et les tambours que le silence qui leur succède au passage de la statue.

Nous tentons notre chance dans une ruelle perpendiculaire gardée par la police. Interdit de passer, c’est une voie d’évacuation en cas d’incident. Le cortège défile à au moins 50m, on devine les cagoules pointues des pénitents ainsi que la silhouette du Paso du Christ avec sa croix.

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Une fanfare se détache du cortège et vient vers nous. Certains musiciens sont en larmes, ils s’embrassent. J’ai rarement vu autant d’étreintes viriles (adolescentes). Un père équipe son fils de 4 ou 5 ans d’une cagoule pointue de velours vert. Père et fils s’éloignent main dans la main.

Séville – Paso de la Vierge de Triana

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Dans une autre rue, j’ai la chance de rencontrer le Paso de la Vierge qui croule sous les lys, les arums et  les cierges blancs. C’est une vierge très habillée avec la silhouette très caractéristique triangulaire. Le dais est soutenu de piliers d’argent. A son passage, tous font silence.

Au balcon, une femme en noir à l’allure très simple, jupe serrée pull moulant chante. La musique ressemble à du flamenco. C’est la saeta. L’émotion est perceptible. Je sens que j’ai assisté à un moment très special.

Finalement je me lasse. Il faut être très catholique ou très badaud pour supporter longtemps le piétinement de la foule. Ma curiosité de touriste est assombrie par l’intolérance de ces pénitents en des temps pas si anciens. Lisant les guides,  j’ai appris que l’Inquisition siégeait non loin de là et que,  dans ce quartier de Triana,  se trouvait la prison et qu’eurent lieu les autodafés et les supplices des Juifs.

 

Séville – Triana

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Nous nous promenons au hasard et voyons les fabriques de céramiques de la Calle Castilla.
Une colombe se pose sous un store de paille. Les géraniums dans des pots de céramique se reflètent dans une vitre. Vision fugitive…

 

Séville – bords du Guadalquivir

 

chocolate con churros.
Curieusement je n’y ai jamais goûté!
En 1974, trop désargentée. En 1981, il faisait si chaud…..En 2003, on avait raté l’occasion. C’est un petit déjeuner espagnol  servi bien trop tard pour nous, les matinales, la racion à 5€ nous servira de déjeuner pour deux personnes ! Le chocolat est si épais que je me pose la question : y tremper le beignet ou le boire ?

Et si nous allions faire un tour en ville ?

En voiture, impossible. La plupart des ruelles du Centre Historique sont piétonnières et pour cause de Procession du Vendredi saint on a coupé les artères les plus larges. Nous nous contentons des bords du Guadalquivir. Les édifices modernes de l’île de la Cartuja, le pont suspendu de travers, le bonhomme suspendu…contrastent avec la vieille ville. Nouvelle tentative en voiture et c’est à nouveau un gymkhana entre les voitures en stationnement dans les ruelles.  Aucun intérêt touristique mais je commence à me familiariser avec le plan et à prendre des repères.


De l’autre côté du fleuve nous trouvons immédiatement l’autoroute et la direction de Merida. Merida est le mot magique qui nous a permis de trouver Guillena hier soir après des kilomètres d’errance et un retour involontaire à l’aéroport.

 

Guillena – Bar Frances

ANDALOUSIE Pâques 2009

 

Guillena bar Frances
Guillena bar Frances

Lever tard « à l’espagnole ». Le petit déjeuner est servi sur la terrasse du Bar Frances : café au lait et tostada.  4 tables en petites lattes de bois exotique, les chaises en  vannerie, un portique brun et des murs jaunes d’or, des caoutchoucs et des plantes vertes dégoulinent de poteries vernissées. Bon goût et simplicité, cela nous convient bien.

L’hôtel est installé dans un bâtiment ancien andalou, blanc avec des grilles en ferronnerie, les fenêtres cernées de jaune.

En face, le Bar El Português évoque plutôt le western que le Portugal.

Guillena est un bourg situé à une vingtaine de kilomètres de Séville sur la route de Mérida. Par l’autoroute, on est très vite arrivé .

Il fait un temps magnifique, un peu frais, 15°C . La campagne est verte. Les rangs de tournesols hauts d’une vingtaine de centimètres soulignent le relief des collines. De belles maisons blanches avec des tourelles et des toits de tuile sont perchées au sommet de l’une d’elles . Une allée d’orangers conduit à un porche compliqué. Des palmiers se détachent sur le ciel bleu.

Créteil – Séville – Guillena

ANDALOUSIE Pâques 2009

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Trouver un vol, une voiture à l’aéroport, un hôtel, pendant la Semaine Sainte à Séville relève de la mission impossible, même en s’y prenant raisonnablement à l’avance. Notre vol Vueling, le jeudi soir, arrive à minuit, la voiture est d’une catégorie supérieure nettement plus chère que souhaitée et disponible à la gare. Quant à l’hôtel, c’est complet! Ma collègue Rosa  a réservé chez sa cousine à Guillena, à une vingtaine de kilomètres de la ville.

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Nous ne verrons rien des cérémonies du Jeudi Saint, pourtant impressionnantes, dit-on. Toutes occupées que nous sommes à rejoindre la Gare en pleine nuit (c’est l’Espagne, donc les bus roulent tard) , puis à apprivoiser la grosse voiture, trouver le périphérique et l’autoroute à une heure du matin. Direction Merida!

Malgré l’heure tardive (heureusement nous sommes en Espagne!) nous sommes attendues et très bien accueillies!

Paris 1900, la ville spectacle – au Petit Palais

LE MONDE EN EXPOS

paris 1900affiche

Exposition temporaire au Petit Palais du 2 avril 2014 au 17 Aout 2014

Quel cadre merveilleux  que ce Petit Palais, construit justement pour l’Exposition Universelle de 1900!

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Paris 1900, s’ouvre sur l’Exposition Universelle, on y découvre tous les projets d’architectes les plus fous, entre autres la transformation de la Tour Eiffel et les maquettes des sculptures perchées sur les bâtiments et les colonnes. L’entrée de l’Expo était une arche imitant la structure d’une radiolaire, coiffée d’une figure féminine : une déesse antique? une allégorie du Progrès ou de l’Industrie? Marianne, la République? que nenni! c’est la Parisienne qui est mise à l’honneur.

Frises de Mucha, entrées du métro de Guimard, photos d’époque, bas-relief des travailleurs, monument à la gloire de l’automobile et de Levassor…mais aussi affiches pour les touristes allemands ou italiens avec visites et menus….assiettes commémoratives, éventails aux palns de l’exposition ou de Paris, divers souvenirs. On exploitait déjà les produits dérivés!

Et pour animer le tout : les images des Frères Lumières.

En 1900, tout ce qui fait notre quotidien faisait nouveauté et se trouvait donc digne d’être exposé : le métro, l’automobile, le phonographe, le cinéma, l’électricité et même l’observation des astres….La France se mettait en scène avec ses colonies sans aucun complexe : on peut voir les pavillons du Dahomey, de l’Algérie ou de l’Indochine.

Loie_FullerLa danse serpentine de Loïe Fuller avec ses draperies blanches ailes d’insecte ou corolle de lys, projetée dans un couloir assure la transition entre l’Exposition Universelle et la salle consacrée à l’Art Nouveau (ma préférée)  avec les meubles de Guimard, les vases de Sèvres aux motifs végétaux, les bijoux de Lalique, de Colonna et Fouquet ou de Vever, coussins de Mucha – décidément très présent . Une magnifique tapisserie des Gobelins occupe un mur . la France – une femme rayonnante – suivie d’un corps expéditionnaire en uniformes blancs et casque colonial, apporte en Afrique la civilisation aux Africains en tenue traditionnelle. En regardant bien les motifs végétaux (très Art Nouveau) on a toutes sortes de surprises : une troupe de singes très amusants, un éléphant pointe sa tête derrière un baobab, dans un coin une machine à vapeur exhale des volutes de vapeur (encore très Art Nouveau) , une machine électrique provoque un éclair, tandis que des corolles rouges pourraient bien être des ampoules électriques ou des fleurs?

La salle suivante est consacrée aux Beaux Arts, peintures et sculpture, Rodin, bien sûr, Camille Claudel, mais aussi de beaux marbres…les tableaux sont très éclectiques, Degas et Monet, Cézanne, pour les plus connus, mais d’autres, des étrangers, des catalans(déjà) des belges…toute la bohème est à Paris.

Une section très fournie et très bien présentée est consacrée à la Parisienne, principalement à la mode, des robes sont présentées sous vitrine, mais aussi des cartes postales humoristiques, des figurines, des photos de grandes dames ou de trottins….

paris 1900

Paris, la nuit, nous emmène vers le Moulin de la Galette, les cabarets et même les maisons closes. Toulouse Lautrec, affiches de spectacles et photos coquines….

Enfin, le monde du spectacle n’est pas oublié, concerts, opéras, opérettes et enfin la grande Sarah Bernard – un extrait de Hamlet filmé et colorisé, la fameuse affiche de Mucha (encore) affiche de Lorenzaccio où la Grande Sarah jouait le rôle-titre. Un buste dans un coin rappelle que la grande actrice sculptait aussi à ses heures, je l’ignorais.

La projection du voyage dans la Lune de Méliès termine très agréablement la visite, une halte pour nos jambes fatiguées et l’occasion de rire!

 

Entrées à 10heures à l’ouverture, nous sommes sorties à passé 13heures. Nous aurions pu admirer aussi les collections permanente, la salle à manger de Guimard, les vases de Lalique et de Gallé qui auraient pu figurer dans Paris 1900, nous étions rompues et avons traversé ma Seine sur le Pont Alexandre III construit exprès pour l’Expo…

 

Vincent Van Gogh – Lettres à son frère Théo (les cahiers rouges)

vangoghJ’ai beaucoup aimé le début, quand  Van Gogh est aux Pays Bas et en Belgique –  années d’apprentissage. Apprentissage du dessin et de la couleur au contact des paysans néerlandais et des ouvriers et mineurs du Borinage. Il se dépeint en ouvrier, en apprenti, en paysan,  plus qu’en artiste.

« Faire des études, selon moi, c’est semer, et faire des tableaux c’est récolter »

Tandis qu’il se trouve parmi les mineurs des charbonnage il compare son travail au leur

« Qu’est-ce que dessiner? Comment y arrive-t-on? c’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce qu’on sent, et ce qu’on peut. comment traverser ce mur, car il ne sert à rien de frapper fort, on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement à mon sens. »

Il se réfère à Millet pour peindre les paysans « le père Millet ».

« quand je dis que je suis le peintre des paysans, c’est bien ainsi en réalité et tu verras mieux par la suite que c’est là que je me sens dans mon milieu. « 

mangeurs de pommes de terre

Il s’attache à peindre les mangeurs de pommes de terre,  la terre mouillée après l’averse, faisant corps avec les mottes de glaises.

« Si une peinture de paysans sent le lard, le fumet, l’odeur de pommes de terre, parfait! « 

Il est pourtant d’une grande culture, citant Victor Hugo, Balzac ou Zola.

S’il admire infiniment Rembrandt, c’est à Delacroix qu’il emprunte sa théorie des couleurs :

« Car les lois des couleurs que Delacroix a codifiées pour la première fois; et mises avec netteté à a portée de la généralité des hommes dans toute leur ampleur et tous leurs rapports, comme Newton fit pour la pesanteur et Stephenson pour la vapeur. Ces lois de la couleur, dis-je sont une vraie lumière, c’est absolument certain. »

Il décrit à son frère ses tableaux en détail, opposant les couleurs:

« Le printemps il y a le jeune blé vert tendre et les pommiers roses en fleur. l’automne, il y a le contraste des feuilles jaunes avec les tons violets; L’hiver, il y a la neige et les petits personnages noirs. donc si ‘été il y a opposition des bleus avec un élément orange… »

A Anvers, il s’inspire aussi de Rubens. Il cherche des modèles pour peindre des figures, des portraits. Et chaque fois se considère comme en situation d’apprentis, en recherche permanente d’une perfection qu’il se sent loin d’atteindre.

« c’est que je sens en moi de l’obstination et je suis au dessus de ce que les gens peuvent dire de moi… »
Il retrouve ensuite son frère Théo à Paris, se reconnait dans les impressionnistes, et leurs successeurs, Pissaro, Gauguin, Seurat. il rêve de communautés d’artistes, de coopératives un peu comme les Pré-préraphaélites..

« Néanmoins les artistes ne trouveront pas mieux que se mettre ensemble, de donner es tableaux à l’association, de partager le prix de vente de telle façon du moins que la société garantisse la possibilité d’existence et de travail de ses membres »
A la mitan du livre, il part pour Arles. Sa découverte du Midi au printemps est éblouissante, il décrit à son frère la nature et surtout les tableaux qu’il réalise, les vergers en fleur, la Camargue.Nous suivons le cours des saisons. les blés mûrs succèdent aux pêchers en fleur

nuit étoilée sur le rhone

 

 

« Il me faut une nuit étoilée avec des cyprès au dessus d’un champ de blé mûr ; il y a des nuits fort belles ici. j’ai une fièvre de travail continuelle »

 

 

 

Il aménage sa maison jaune pour recevoir Gauguin. Il travaille d’arrache- pied, jusqu’à l’épuisement. Souvent l’argent manque tellement qu’il se contente de café, de vin et d’un peu de pain. Il jeûne parfois plusieurs jours. Après l’enthousiasme, on sent que le Drame se prépare, il parle de plus en plus de toqué, de folie.

« il faut que je me méfie de mes nerfs » note-t-il au mois d’octobre

« je sens moi jusqu’à être écrasé moralement et vidé physiquement le besoin de produire, justement parce que je n’ai en somme aucun autre moyen de rentrer dans mes dépenses. je n’y puis rien que mes tableaux ne se vendent pas  »

« j’ai eu un moment le sentiment que j’allais être malade mais la venue de Gauguin m’a tellement distrait que je suis sûr que cela se passera… »

Dans cette période d’activité fébrile, il écrit beaucoup. Il décrit en détail ses toiles, que j’ai vues, pour certaines à la dernière exposition.

Sur la crise qui l’emportera à l’hôpital, qui éloignera Gauguin et qui le fera cataloguer pour fou par les arlésiens, la correspondance est discrète. Van Gogh est-il fou? Est-il seulemnt épuisé? Il demande à être interné à l’asile de Saint Rémy pour fuir ceux qui le poursuivre, parce qu’il n’a plus d’atelier et pour être à l’abri pour travailler.

« Mais l’argent que coûte la peinture, cela m’écrase sous un sentiment de dette et de lâcheté et il serait bon que cela cesse si possible »
Les lettres envoyées de saint Rémy sont plus tristes… Il continue à peindre, les cyprès, les oliviers. Il lit Shakespeare et Voltaire.
J’ai aimé aussi cette correspondance fraternelle, cette confiance sans réserve des deux frères,Théo dans le talent de Vincent, Vincent dans la protection de Théo dans la compréhension mutuelle.