Lassithi

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

le moulin monte la garde au col

 

Le Plateau du Lassithi

Pour  monter sur le plateau du Lassithi, la route grimpe parmi les oliviers, puis traverse le maquis. Les sommets sont nus, les creux, très verts.  De nombreux platanes sauvages suivent le cours des ruisseaux. L’arrivée est très raide. Le plateau est gardé au col par une série de moulins de pierre comme des tours de guet au flanc de la montagne. De là, on découvre le Lassithi, un oasis, un petite plaine irriguée qui contraste avec les montagnes environnantes culminant à près de 2500 m .Des dizaines d’éoliennes pompaient l’eau du sous sol, la plupart sont maintenant rouillées mais certaines ont gardé leurs voiles triangulaires et tournent au vent .A 850 m d’altitude, il fait frais.

850m altitude le plateau de Lassithi

La moindre parcelle est cultivée : vergers de pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers, mais aussi champs de blé venant d’être moissonnés. Nous avons croisé la moissonneuse. Parcelles de pommes de terres. Jardins où poussent haricots et maïs. Les villages sont très proches les uns des autres. Ils sont soignés et fleuris. Souvent les terrasses, au premier étage, sont de véritables jardins suspendus très colorés où dahlia, zinnias, glaïeuls sont installés dans des bidons carrés chaulés. Cela change des sempiternels bougainvilliers en beaucoup plus varié et plus coloré. Devant chaque porte, ce dimanche matin, des vieux somnolent sur des chaises, certains portent le turban noir crétois en bandeau. Les femmes, toutes en noir, sont beaucoup plus actives.

Maria a des chambres à louer

A 9h30, nous cherchons un logement. Un marchand de fringues qui ouvre son magasin nous harponne. Comme j’attends de lui une aide pour trouver une chambre chez l’habitant, je me prête à une mascarade, il me coiffe avec un foulard noir à pompons et se fait photographier avec moi. Il n’est d’aucune utilité. Un garçon de café nous envoie au seul hôtel, vieillot qui me plait bien. Il est beaucoup trop tôt, personne n’est pressé de nous recevoir.

Grotte de Trapeza

Nous trouvons par hasard la grotte de Trapeza ou grotte de Chronos. A peine sommes nous engagées sur le sentier, qu’un jeune à la démarche bancale et à l’air simplet nous emboîte le pas. Le chemin se faufile dans des rochers. Dominique doit renoncer. Mon guide saute comme un cabri. Je peine à le suivre. Arrivés à la grotte, il déniche quatre bougies m’en donne deux et veut me guider dans le noir en me tenant la main. J’essaie d’éviter ses prévenances. Il a raison :  je manque de me cogner la tête contre un rocher . Il commente en Allemand :

–    « ici, un squelette, ici un bébé, ici la cheminée » (une fente dans le roc)

Seule je n’aurais rien vu. A la sortie tout est clair. Le prix est fixe : 200 drs. Je préfère. Dominique, en bas s’inquiète de ne pas me voir revenir. Pour les adieux il nous fait la bise.

Chez l’habitant

  Dans le village suivant, je remarque au dessus d’une boutique « Rooms to let ».
5000 drachmes, très simple, avec une douche mais surtout un balcon d’où la vue est magnifique.
J’écris du balcon, le Mont Dikté se détache, très haut, pelé. Au second plan : des champs et des jardins avec des amandiers. Au pied du  balcon, un enclos bordé de fagots avec des brebis et un poulailler sous des pommiers. Au premier plan, encadrant le tout, une treille avec de très grosses grappes de raisins verts.

Une fois installées, notre logeuse nous offre du café avec un concombre épluché. Nous bavardons en Grec.Elle nous montre ses dentelles. C’est évident qu’il faudra en acheter.

Grotte de Zeus

le mont Dicté

Visite à la Grotte de Zeus, là où il serait né (ou dans la précédente). Si ce n’était la légende, cette grotte ne serait pas extraordinaire. Ce qui gâche la promenade, c’est l’affluence. On dirait une véritable procession à Zeus.

Musées

Nous visitons un petit musée ethnographique : une ferme reconstituée. Comme partout, on présente de la vaisselle, de vieux outils agricoles. L’éclairage vient du plafond noirci par la fumée. Le pressoir à vin, recouvert par une planche devient le lit conjugal ! Dans une autre salle, on retrouve des photos de Nikos Kazantzaki. Il y a également un musée Venizelou, tout en Grec et peu compréhensible pour ceux qui ne sont pas initiés aux guerres de l’indépendance crétoise.

Nous nous arrêtons sous un noyer pour pique-niquer, le long d’un chemin de terre. Nous nous croyons seules, mais le trafic est intense. Finalement le propriétaire arrive à bord d’un pick-up pour voir ce que nous faisons  dans son champ. Il s’assoit près de nous. Nous échangeons quelques propos au sujet des éoliennes qui pompent l’eau fraîche, des patates qui poussent bien… La conversation- en grec – s’étiole. Quand on ne trouve plus rien à se dire il conclue qu’il fait chaud. C’est sans doute la politesse locale.

Nous terminons le tour du Lassithi  vite bouclé. Nous  redescendons la route derrière le col pour visiter un petit monastère. Il faut se déguiser en jupe, quelques icônes, des fresques.  Plus bas au petit village de Krasi, nous nous installons sous le plus gros platane que j’ai jamais vu : un restaurant tout entier tient sous son feuillage. Café frappé et ouzo, en écoutant de la musique grecque sur la radio locale.

Nos hôtes Maria et son mari

Soirée tranquille

Maria nous a préparé un dîner  très simple : des courgettes cuites dans de la sauce tomate, pas de viande, des tomates et des concombres en salade, le plus curieux c’est le pain. Elle garde une très grosse miche dure comme de la pierre et en détache un morceau qu’elle passe sous l’eau, cela fait bizarre, le pain mouillé !

Je vais faire quelques pas dans le village, pas vraiment animé, à la terrasse du Kafénéion je reconnais nos voisins des Anglais, qui me font signe de me joindre à eux. Ils ont terminé leur repas et nous décidons de prendre le café sur notre balcon. Ils possèdent une maison quelque part dans l’ouest de la Crête, parlent grec, et commentent pour nous l’itinéraire C’est une soirée très agréable : Maria nous apporte le café puis revient avec de la confiture de coing, elle est ravie de la bonne ambiance sur son balcon et conclue : « imaste fili »

 

Villages de Kazantzakis et du Greco

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


Mirtia
Nous partons à la découverte de la campagne autour de Mirtia, le village natal de Nikos  Kazantzaki

Autant la façade côtière paraît aride, autant les vallées et les collines de l’intérieur cultivées sont vertes et riantes. La route nous conduit dans un patchwork d’oliveraies très soignées, de vignes portant déjà de lourdes grappes, et de vergers d’agrumes. Dans le fond des vallées, des légumes poussent sous des tunnels de plastique.
Le village de Mirtia est tout blanc et très fleuri. Dans de gros bidons métalliques poussent des géraniums, le long des maisons des bignonias et des bougainvilliers. Les  Kafénéions  ont gardé leur aspect traditionnel avec leurs chaises en bois et les tables carrées. On photographie un paysan sur son âne avec sa bêche.

Kazantzakis

Le Musée est ordonné chronologiquement. Dans des vitrines sont présentés des écrits, manuscrits, lettres de Kazantzaki. Au mur des photos. A l’étage des photos de scène et de films. Présentés dans le monde entier.

 

 

 

 

Le personnage de Kazantzakis a de nombreuses facettes : patriote Crétois, mystique, mais aussi homme de gauche ouvert sur le monde entier. Aucune étroitesse d’esprit : il a traduit Nietzsche et Bergson, Dante et Lénine, s’est passionné pour Bouddha et pour le Christ. Je suis stupéfaite de retrouver dans sa vie le livre de Zorba que je croyais être un roman. Zorba a bel et bien existé, ainsi  que la mine de lignite et le manuscrit sur Bouddha. Ce qu’on aurait pu prendre pour du folklore local a été décrit par un esprit vraiment universel.

 

 

 

 

Fodele


Après midi à Fodele le village du Gréco. Nous  avons enfin trouvé le moyen de contourner Héraklion par le New Road. La côte à l’ouest d’Héraklion est plus escarpée, plus découpée. Les plages sont tout aussi bondées. Les complexes touristiques poussent – moins laids et plus classe qu’à l’est de la ville –. Je me baigne dans une belle eau claire où les bateaux à moteur se déplacent au milieu des baigneurs à grand fracas.

Nous montons dans la montagne. Surprise ! Il y a de l’eau. Fodele est situé dans les schistes verts : un ruisseau coule dans le village et il y a des sources partout. Le village du Gréco est défiguré par les pendillocheries qui pendent le long des murs depuis le premier étage : tapis, dentelles pour les touristes.

Des tables sont installées sur des tréteaux? des musiciens répètent, à l’église un photographe installe des spots, il y aura la fête au village pour un mariage. Je monte à pied vers une petite église byzantine et la maison du Gréco. Trop tard, tout est fermé.
Retour par des pistes aux flancs de la montagne.

Palais de Cnossos

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


A l’écart d’Héraklion, dans une campagne verte, le site archéologique de Cnossos est ramassé. Seul espace vide : une cour rectangulaire où avaient lieu les courses de taureau, les acrobaties. Tout autour, le palais et le Sanctuaire. On retrouve bien l’idée du Labyrinthe Nous passons d’un niveau à l’autre par des escaliers sur au moins quatre niveaux. Pendant un bon moment nous avons du mal à nous retrouver sur le plan. Nous profitons de l’heure matinale pour faire des photos. Nous découvrons au hasard les colonnes peintes, plus épaisses en haut qu’à la base, ainsi que les reproductions des fresques. Les originaux sont au musée. C’était vraiment essentiel  d’avoir fait la visite hier.

La plupart des salles que nous visitons sont des reconstitutions. Je suis vraiment admirative du travail d’Evans. Même si le béton est visible, on ne se rendrait pas compte de la structure du palais si les fouilles étaient restées à l’état brut. Ce qui serait intéressant c’est de savoir comment Evans s’y est pris.

e plan à plat est tout à fait insuffisant pour nous repérer dans le labyrinthe. Heureusement que nous avons le plan en relief du Guide Gallimard.

Le Mégaron de la Reine avec les fresques des dauphins est le mieux rendu. Dans les autres salles, il faut faire travailler son imagination. La richesse du décor n’apparaît pas tout de suite. Il faut plusieurs passages pour se rendre compte du réalisme de l’olivier, ou  pour trouver les oursins et les poissons sur la fresque des dauphins.
A 9h50, le Palais est livré aux hordes qui s’échappent des cars. Nous continuons notre jeu d’orientation avec intérêt, mais c’est moins plaisant.

La Flûte des origines – Un soufi d’Istanbul-Kudsi Erguner-coll.Terre Humaine-Entretiens avec Dominique Sewane

http://www.deezer.com/album/44671

La qualité et la renommée des livres de la Collection Terre Humaine ne sont plus à vanter. Chacun d’entre eux correspond à un voyage littéraire ainsi qu’à une recherche universitaire. La Flûte des origines est le témoignage de Kudsi Erguner, musicien turc de renommée internationale, recueilli par Dominique Sewane, anthropologue des religions, dont j’avais beaucoup aimé Le Souffle du mort. la tragédie de la mort chez les Batammariba du Togo, Bénin.

 

Lectrice bien indigne, loin de l’anthropologie , mécréante, laïcarde, comment vais-je rendre compte de cette lecture?

J’ai aimé le récit d’enfance et d’apprentissage du jeune garçon, dans Istanbul des années 1960, partagé entre ses études à l’École Italienne, collège occidentalisé, et la fréquentation quasi-clandestine du tekke – centre de derviches – officiellement fermé en 1925 par les lois d’Atatürk. C’est auprès de son père, joueur de Ney – flûte de roseau oblique – soufi, que Kudsi Erguner apprendra la musique. Apprentissage traditionnel, reliant les musiciens entre eux en une chaîne séculaire remontant au 17ème siècle. Transmission aussi de l’héritage, des traditions des derviches tourneurs par les « conversations spirituelles élevées » dans les cérémonies soufies.

Une autre lecture possible : l‘histoire  de la Turquie.

La Turquie du Renouveau imposée par la République de 1925 avec l’occidentalisation forcenée. Révolution  linguistique: modernisation  de l’alphabet et adoption de l’alphabet latin, mais aussi purge de la langue ottomane des éléments arabo-persans et introduction de mots turquisés. Avec le changement d’alphabet, toute la littérature, la poésie et la musique se trouvait donc mise de côté, menacée d’abandon. Laïcisation de la société, fermeture des tekkés, mise au pas de l’islam après l’abandon du califat. Modernisation aussi du costume…..

Autre angle d’attaque : l’Islam en Turquie

Islam modéré après des décennies laïques? ou islamistes modernes du parti au pouvoir? D’Europe, les idées préconçues sont nombreuses. Difficile pour moi de m’y retrouver. Kudsi Erguner présente un soufisme très ouvert, tolérant aux autres croyances où la poésie chante l’amour et le vin. Loin de l’islam  intégriste austère qui interdit la musique et les images,  les derviches qui ont su séduire Nerval, tournent, jouent de la musique, perpétuent la tradition du Mevlana Rûmi …on se prend à rêver. Dans la conclusion, Erguner tempère cet attrait qui a séduit des occidentaux New Age en mal de gourous. Il est sévère envers la tendance  officielle à la folklorisation touristique des derviches tourneurs qui se donnent en spectacle au détriment de la prière et du spiritualisme. Il est aussi critique envers ces faux soufis qui s’improvisent cheikh sans avoir suivi l’itinéraire traditionnel.

Enfin, des annexes au témoignage  personnel décrivent les instruments traditionnels, les arts musicaux et poétiques ottomans. Un beau florilège poétique familiarise le lecteur peu averti des beautés de cette poésie. La théorie musicale est plus ardue pour la non spécialiste….

 

Galerie David d’Angers –

PROMENADE ANGEVINE

la verrière de la Galerie David d’Angers

De l’abbaye médiévale Toussaint à Angers, il ne restait plus après la Révolution que la ruine romantique de l’église gothique. Pour remplacer la voûte écroulée en 1815, on a construit une haute verrière sur une élégante charpente de bois. La galerie ainsi rénovée fut offerte au sculpteur David d’Angers  (1788-1856) dont les œuvres étaient exposées auparavant au Musée des Beaux Arts d’Angers.

Angevins et Plantagenet

David d’Angers,  prix de Rome en 1811, obtint des commandes dans toute la France  : un Condé monumental et un Gutenberg pour Strasbourg. Il sculpta également le fronton du Panthéon. Fidèle à sa ville natale,  envoya dès 1811 un exemplaire, souvent des plâtres d’atelier à Angers.

 

Gutenberg

Les sculptures sont présentées sous l’éclairage naturel de la belle verrière. C’est un plaisir de détailler les bas reliefs très expressifs et les bustes des hommes célèbres contemporains du sculpteur. Les écrivains romantiques sont tous là : Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo dont il fut l’ami, mais aussi Goethe…..Balzac.

  Fidèle à la République, après la prise de pouvoir de Napoléon III, c’est vers la Grèce qu’il se tourne. On voit donc aussi le buste de Canaris et une sculpture sur le monument à Botzaris à Missolonghi.

Liquidations à la grecque – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

Polar dans la Grèce en faillite.

Enquête policière dans les milieux financiers, : un  banquier est trouvé décapité, puis un autre, puis un analyste financier…..

Circulation dans les rues d’Athènes paralysées par les manifestations des retraités, des fonctionnaires, des mécontents de toutes sortes. Témoignage sur les effets de la crise.

Leçon d’économie : on apprend comment fonctionnent les hedgefunds, la notation des agences, la mainmise de la troika sur l’économie grecque, les rancœurs qui en découlent.

Bizarrement l’enquête dévie dans les milieux du sport professionnel. Analogie entre le dopage sportif et le dopage de l’économie grecque qui a vécu longtemps au dessus de ses moyens….

L’humour et l’ironie que j’avais appréciés dans l‘Empoisonneuse d’Istanbul sont moins présents. On a moins  envie de sourire dans le contexte de crise.

LE SULTAN DE BYZANCE – Selçuk Altun – GALAADE ed

LIRE POUR LA TURQUIE (ET LA GRECE)

Le titre LE SULTAN DE BYZANCE est tout un programme. Turc ou Byzantin?

Istanbul visité par un Grec dans l’Empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris trouve ici son contrepoint : Byzance revisitée par un turc. Et étudiée sous la loupe des publications érudites!

« Autrefois Byzance était synonyme d’intrigue. mais cette image s’est heureusement améliorée au fil du temps. Selon moi, Byzance, qui associait l’Orient et l’Occident constituait la civilisation la plus importante de son temps, et elle fut du reste à l’origine de la Renaissance ».

Affirme le héros du livre, qui se retrouve pris dans un jeu de piste planétaire et érudit, visitant bibliothèques universitaires et savantes à la recherche des empereurs Byzantins dans un premier temps, puis dans la poursuite de petits carrés magnétiques dispersés dans les sites byzantins.

Il ira donc d’Antioche à Athènes et Mistra, de Trabzon (sur la Mer Noire) en Cappadoce, à Iznik mais aussi à Venise et à Ravenne, nous faisant visiter ces hauts lieux byzantins pour notre plus grand plaisir.

 

Synthèse de l’Orient et de l’Occident, incroyable métissage : le héros est turc par sa mère mais américain par son père. Nous découvrons ensuite que cela se complique , il a également des origines géorgiennes et grecques. Sa famille vient de Trabzon, mais il habite Galata, quartier cosmopolite d’Istanbul, souvenir des Génois, des Grecs….

Notre héros est expert en poésie : sur le 4ème de couverture figurent 5 vers de Séféris, le livre se clôture par un distique d’un poète turc. Les allusions à la poésie fourmillent – parfois de manière assez incongrue – Asil récite En Attendant les Barbares de Cavafis à l’envers en se promenant dans New York…

Étrange cette connaissance intime des poètes grecs? D’ailleurs le roman est construit en 24 chapitres de l’alphabet grec de l’alpha à l’oméga. Parenté des cultures de chaque côté de la mer Egée :

« j’ai l’impression d’être à Athènes non pas depuis dix heures mais depuis dix ans. Dans cette ville rien ne m’est étranger, y compris les odeurs exhalées par les poubelles. On dirait qu’Athènes tout entière s’est détachée du golfe d’Izmir pour venir se coller au continent européen »….

Tout pour me plaire!

Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris. Dans le rallye mondial qui conduit le héros autour sur les traces de Byzance jusqu’à la Californie, le Brésil ou Stockholm (étrangement turque ou balkanique), j’ai l’impression de me trouver dans un remake du Da Vinci code. Intrigue Byzantine? Trop artificielle à mon goût. L’auteur – Selçuk Altun – se met en scène à plusieurs reprises, ironie ou narcissisme . La prétention à la poésie est gâchée par un style bien trivial. J’ai terminé la lecture avec un intérêt teinté d’agacement.


 

 

Braque au Grand Palais

LE MONDE EN  EXPO

Au Grand Palais, il y a foule. Prévoir, si possible, un tabouret-trépied à laisser au vestiaire, de bonnes chaussures type tennis pour piétiner, un bon livre. On peut laisser le Pass Education à la maison il n’est pas accepté, pas même une réduction!

Magnifique expo qui commence avec un Braque Fauviste qu’on n’attendait pas (1904-1905) à l’Estaque.

Très rapidement au début du siècle (20ème), il passe au cubisme avec Picasso.

Même dans ses paysage on trouve les bruns, les sables, les verts qu’il affectionnera longtemps!

Les tableaux que je préfère sont les natures mortes avec des instruments de musique. Malheureusement mes préférées avec violon, mandole ne sont pas photographiables (c’est permis sans flash sauf indication contraire).

Dans la salle suivante, on retrouve les bien-connus papiers collés. C’est du papier peint façon bois, des journaux, le plus souvent.

Dans les années 30, sa palette devient plus colorée. Toujours a-plats,  le papier-peint est faux, il imite le papier-peint qui imite le bois…

Braque passe à l’Antiquité avec ces porteuses d’offrandes, presque du Gauguin c’est étonnant!

Théogonie d’Hésiode

Et toujours des musiciens!

Vers 1943, Braque s’installe en Normandie à Varengeville, les thèmes marins font apparition, les falaises d’Etretat, la plage…mais les poissons, en période de restriction pendant la guerre ont peut être un autre sens!

Le Trajet d’une rivière – Anne Cunéo

 

Merci à  Claudialucia et à Dominique de m’avoir incité à lire cet ouvrage!

Roman historique retraçant la vie d’un musicien anglais Francis Tregian (1574 – 1620?) auteur d’une compilation de musiques de la Renaissance le Fitzwilliam Virginal Book, collectionnant la musique anglaise de son temps William Byrd, Thomas Morney mais aussi Monteverdi et des musiciens hollandais.

Quel personnage romanesque que ce gentilhomme musicien, latiniste et bretteur, catholique dans l’Angleterre de la Reine Elisabeth, la protestante, fils d’un proscrit,  catholique,  fanatique opposant à la Reine, musicien passionné, merveilleux interprète, facteur d’orgues et de claviers (appelés en Angleterre virginals)!

Roman de cap et d’épée, de chevauchées à travers toute l’Europe. Mêlé à diverses conspirations pendant les guerres de religion, catholiques contre protestants en Angleterre, mais aussi catholiques « politiques » contre Jésuites, Guise contre Navarre en France, conspiration des Poudres….guerre de Trente ans en Allemagne…Espion, ou franc tireur?

Francis aspire surtout à la liberté de conscience, à  celle de rester catholique sans pour autant trahir la Reine. Envoyé à Douai ses maîtres partisans du duc de Guise, il acquiert la   sympathie d’Henri IV, encore Navarre, et lui confiera même son fils à sa cour.  Liberté de servir son pays sans se laisser manipuler, par Philippe II d’Espagne ou par les Jésuites. Roman de la tolérance religieuse dans une période troublée par l’intolérance.

Mais c’est  la musique qui est la passion de Tregian. Il  rencontre  les plus grands musiciens de son temps. Il fut  l’élève de Thomas Morley. A Mantoue, il fréquente Monteverdi. A Londres il assiste à la première du Songe d’une Nuit d’été et collabore à la mise en scène d’Hamlet et fréquente Shakespeare. Un curieux parallèle s’établit entre le destin de Hamlet de celui du musicien.

Il croisera Rubens mais pas Montaigne bien qu’il emporte partout  le volume des Essais qu’on lui a offert. C’est d’ailleurs à Montaigne que l’auteur, Anne Cuneo fait référence dans le titre du livre Le Trajet d’une Rivière. C’est Claudialucia – grande amatrice de Montaigne – qui lève le mystère du titre. Je me demande toujours ce qui fait qu’un auteur choisisse un titre plutôt qu’un autre. Ce n’est que p. 543 que je trouve une allusion:

« Sur le frêle esquif de ma plume d’oie j’ai parcouru le long trajet entre Golden et Echallens. je me demande si je ne devrais pas profiter de ce que Dieu me donne force et vie pour, en une sorte de pèlerinage, le parcourir en sens inverse. […]Le moment est peut être venu de remonter la rivière de la vie en sens inverse »

Personnage romanesque, aventures inventées par le biographe? peut être pas tant que cela. Anne Cuneo s’est appuyée sur une longue étude des textes, des partitions, faisan t œuvre d’historienne. Dans un dernier chapitre, elle explique son travail. Et à la fin, une solide bibliographie permet d’étayer toutes les affirmations – ou presque….

 

Vaux le Vicomte

Infos pratiques : notre GPS ne reconnait pas Vaux le Vicomte il fallait entrer Maincy. L’entrée est chère 16€, la visite copieuse, il faut prévoir une longue plage horaire au moins la demi journée. On peut faire l’économie de l’audio-guide qui raconte la vie de Fouquet mais pas de la visite du dôme qui vaut vraiment le coup (3€ – 80 marches).

 

Qui ne connaît Vaux le Vicomte?L’histoire de Fouquet de sa fête incroyable qui a entraîné sa chute?

Pour faire la promenade en musique:

En plus de l’anecdote, le château et ses jardins valent vraiment le déplacement. Le château est meublé, Louis XIII, Louis XIV avec ses décors d’origine mais aussi 18ème siècle par les successeurs du Surintendant, entre autres Praslin, duc de Choiseul. Des cabinets sont de toute beauté, c’est devant le premier d’ébène que j’ai réalisé l’origine du mot « ébéniste« , un autre en écaille rouge m’a impressionnée.

Tapisseries et sculptures sont aussi de toute beauté. Puisque je suis en train de lire des Métamorphoses d’Ovide, les sujets mythologiques m’ont interpellée. Je n’ai pas reconnu tous les épisodes.

La vie de Fouquet est le sujet privilégié, on rencontre Lafontaine : son écritoire, ses plumes derrière une tapisserie aux thèmes des fables les plus connues. Vie quotidienne au château : l’audioguide n’oublie pas de nous signaler la porte communicante de la cahmbre des domestiques, à quelques mètres du lit du maître, peu d’intimité! On comprend mieux les valets de Molières qui n’ignoraient rien de leurs patrons.

la visite du dôme est un hymne à la charpente : vitrines avec des outils de menuiserie, plans d’architectes, on termine l’ascension au lanternon par un escalier en colimaçon.

charpente du lanternon

De là, la vue sur les jardins est extraordinaire et invite à la promenade.

Perspective des jardins de Vaux le vicomte

Avant de se promener, dans les sous-sols une exposition consacrée à Le Nôtre explique leur architecture grâce à une maquette de plâtre blanc sur laquelle sont projetés les aménagements, les perspectives, les effets d’optiques créés par les bassins en miroir ou les dénivelés. Deux ruisseaux ont été détournés pour apporter l’eau nécessaire aux bassins, cascades, murs d’eau, jets….Malheureusement les « Grandes eaux ne sont visibles que quelques samedi par an. Il aurait fallu se renseigner.

Le soleil est resplendissant quand nous sortons sur la terrasse. Promenade merveilleuse jusqu’à l’Hercule Farnèse qui clôture la perspective.

 

lire aussi ICI  un blog montrant les autres jardins de Le Nôtre. A propos de Le Nôtre, c’est le 400ème anniversaire de sa naissance, il est à l’honneur aux Tuileries et dans de nombreux jardins.