Qui aurait pu imaginer la capacité de cette femme à faire face au malheur?
Son mari dans le coma, abandonnée par sa famille, sans argent, sans eau, seule avec ses deux filles dans les bombardements et les exactions de soldats. On imagine d’abord une épouse soumise, toute entière consacrée aux soins de celui-qui ne parle pas, ne souffre pas, respire avec entêtement, seule preuve de vie. On voit la mère de deux fillettes qui préfère les confier à une tante, se privant de leur affection. La femme qui traverse la ville telle une ombre cachée sous sa burqa moutarde….elle pleure, se plaint mais ne capitule pas.Elle résiste et même sourit….
Qui aurait pu imaginer que cette femme simple, mariée sans son consentement à un portrait et à un poignard puisque son mari était un combattant, recluse ou presque, aurait pu avoir des secrets.
Elle parle, parle, à la pierre de patience qu’est l’homme dans le coma, qui ne peut répondre, qui sans doute n’entend pas, entend-il? Elle va lui servir toute sa révolte, tous ses secrets. Et ses secrets seront beaucoup plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer.
Inépuisables ressources des femmes, qui doivent inventer la résistance, inventer le plaisir qui leur est dénié, inventer des ruses incroyables pour survivre. Inventer même une théologie et une interprétation féministe du Coran. Inventer aussi la beauté et la séduction.
Lucidité implacable envers les valeurs des hommes, de leur honneur leur virilité mal employée, leur ignorance.
Quand on ne sait pas faire l’amour, on fait la guerre!
J’avais été éblouie par la fulgurance du livre, sur l’ambiguïté de la fin, j’avais dû faire’ une seconde lecture pour confirmer ce que j’avais cru lire. Le film ne m’a pas déçue, porté par l’étonnante performance de Golshifteh Farhani dont le visage peut prendre les expressions des facettes de la personnalité de l’héroïne qui parle, parle…une Shéhérazade dont le but ne serait pas de charmer le sultan mais au contraire de délivrer une parole libératrice.
On se réveille tôt au Vietnam. Dès 5h30, les klaxons et les motos sont assourdissants.
A 6h, le restaurant est plein. Les chauffe-plats sur lampe à alcool réchauffent des plats asiatiques variés . Une serveuse prépare le Phô. Elle met des nouilles dans une petite épuisette, ajoute du soja, des oignons, plonge le tout dans le bouillon. Ensuite elle verse du bouillon dans un bol, assaisonne avec la ciboulette coupée et le coriandre, et enfin des lamelles de bœuf cru. Dans une coupelle se trouvent des copeaux de piment. Un second buffet a été dressé à l’attention des visiteurs occidentaux. Une cage de foot avec des ballons découpés dans du carton décore la salle.
– « Tu ne vas pas manger cette viande crue ! » s’exclame D qui se fait rôtir un toast et qui a mis un œuf dur sur un coquetier.
– « Et comment ! Depuis l’arrivée à Saïgon j’attendais un phô ! »
Sur le grand écran, repassent les meilleurs moments du match de la nuit, le penalty de Zidane, les tirs au but. L’Italie a gagné avec le soutien des vietnamiennes qui trouvent leurs joueurs plus sexy que les français.
sur le Mékong
les petits bateaux de détail se ravitaillent au gros bateau du grossiste
Nous rejoignons à pied le débarcadère sur la jolie croisette sur le bord du fleuve. Notre bateau bleu à proue relevée pourrait contenir une vingtaine de personnes. Le capitaine, un jeune homme maigre aux cheveux en épi, et une jeune fille en costume pantalon et chapeau pointu, forment l’équipage. Le soleil tape déjà malgré l’heure matinale. En face de Canthô, la rive du Mékong est verte, le panache des cocotiers se balance dans le vent. Nous observons le va-et-vient des bacs antiques (l’un d’eux ressemble à une cage métallique), le ballet des petits esquifs à perches croisées que le rameur actionne debout, les lourdes barges qui transportent le sable drainé du fond du Mékong, les gros bateaux ventrus…. Nous ne savons plus où donner du regard. Devant les maisons sur pilotis, des gens font leur lessive. D’autres posent des filets. Des branchages délimitent des piscicultures – un peu comme l’akadja du Bénin.
la vie à bord
Sur la rive de Canthô, une activité commerciale intense se déroule : vente de centaines de piquets de palétuviers qui servent à construire sur pilotis mais aussi à étayer des bâtiments quand le sol est trop meuble. On décharge les morceaux de bois et on les aligne comme d’énormes bûchettes. Plus loin, les gros troncs dont on fera des planches « bois ordinaire » dit le guide. Encore plus loin, des gros tas de sable tiré du lit du fleuve, qu’on décharge, stocke et revend. De gros engins sont au travail. Ailleurs, des entrepôts, des scieries, des fabriques artisanales de parpaings, des grossistes en céramique.
commerce de détail
Le fleuve immense (ce n’est que le bras postérieur du Mékong), aux eaux boueuses, dégage une atmosphère paisible. La croisière, dans la lumière du matin aux couleurs vives, se déroule tranquillement. C’est un peu la dérive du bateau fantôme. Le guide qui a regardé le match jusqu’à 3h du matin, dort, la tête contre le bastingage. La jeune fille s’est allongée sur une banquette. Le chauffeur est silencieux. Est il, lui aussi fatigué par la nuit blanche de la finale ?
Au fond du bateau nous regardons le paysage défiler. Autant le voyage en taxi fut décevant, autant la croisière nous ravit.
marché flottant
noix de coco fraîches
Juste après le pont qui enjambe le fleuve à l’entrée de Canthô, le marché flottant occupe tout le lit du Mékong. Il s’annonce par une flottille de petites barques menées généralement par une femme, sous son chapeau traditionnel. C’ est un marché de gros. Les gros bateaux ventrus sont allés loin chercher les marchandises introuvables aux alentours. Les petits sampans distribuent les produits aux détaillants. Sur chaque bateau une perche sert d’enseigne annonçant la cargaison. On y accroche une citrouille si le bateau est rempli de citrouilles, des rutabagas, du manioc. Certaines perches sont décorées de toute une série de légumes : choux, carottes, fruits du dragon, jacques…quand toutes les marchandises seront vendues, le bateau ne repartira pas à vide. Il cherchera une nouvelle cargaison.
la perche annonce le chargement : citrouilles, oignons, choux;…
A l’avant de tous les bateaux, petits et grands est peint un masque rouge avec des yeux noirs cernés de blanc. Permanence des symboles : combien de marins, de piroguiers ont peint des yeux semblables sur leurs embarcations ? Égyptiens, Portugais…Sur le toit de chaque cabine se trouve un pot où pousse une sorte d’herbe ressemblant à de la ciboulette., des fleurs, offrandes au Génie du Fleuve. Munie de cette explication, je remarque ensuite des bouquets fleuris sur les moindres barques.
Sur les flancs d’une barque sont disposées des bouteilles. « c’est la buvette ! ». je vise avec mon appareil photo. La cabaretière surgit une canette de coca à la main. Je n’achète pas le coca mais une bouteille d’eau. Un autre petit sampan se faufile chargé de pacotilles diverses « la mercerie ! ».
C’est la buvette!
Après la visite au marché de gros, la croisière continue vers un marché de détail avec beaucoup de petits bateaux plus loin en amont. Le fleuve coule dans une campagne très verte. Si on est attentif, on peut constater que la verdure cache des habitations, des cabanes sur pilotis ou au contraire des chalets coquets ornés de bois sculptés de grilles ouvragées à la place des vitres (il ne fait jamais froid). Beaucoup d’antennes de télévision. Un homme se lave dans le fleuve. J’interroge le guide :
– Ont-ils l’eau courante ?
– Pas tous. Dans les grandes jarres, ils gardent l’eau de pluie. On se lave dans le Mékong pour économiser l’eau de la citerne.
Sur la rive opposée, des bateaux-maisons, les pauvres des pauvres, gris délavés. On devine les hamacs suspendus. Dans la cabine, du linge sèche. Un homme puise l’eau directement dans le fleuve et la verse sur lui pour sa toilette matinale. Un autre rince son pantalon, l’essore en le tordant. Les plus gros bateaux ont une fenêtre ouverte sur le flanc, les plus modestes ont peint la fenêtre en trompe-l’œil ou l’ont gravée. Mais toujours les pots de fleurs, offrandes au Génie..
grossiste et petit bateau
Notre programme ne comprend que l’excursion des marchés. Comme il est encore tôt, le guide nous propose la visite d’un jardin :
-« Vous devrez payer, mais c’est une somme dérisoire !«
Le jardin est un parc d’attraction avec des bungalows, un karaoké, une jolie piscine aux formes contournées, des « îles » avec des gloriettes où l’on peut se restaurer ou boire un verre. Plus loin, les vergers de longaniers et de pamplemoussiers irrigués de petits canaux avec des nénuphars en fleurs. Des hamacs sont suspendus entre les arbres fruitiers.
jardin sur le Mékong
Le temps s’est couvert. Les premières gouttes tombent suivies d’une belle averse. Notre guide qui n’a pas un gramme de jugeotte, n’a même pas l’idée de s’asseoir à une table. Je lui suggère avec insistance. Nous commandons du thé, glacé pour lui, chaud pour moi et un coca .
Sur le bateau, la jeune fille m’a fait essayer une tenue vietnamienne, pantalon brillant rouge et veste fendue. La taille est la bonne mais l’assistance ne trouve pas le rouge seyant. La petite insiste. Elle a aussi du blanc (trop salissant). Je préférerais du bleu ou du vert. Au retour elle m’apporte les couleurs désirées. Elle en demande 10$, 8€ lui conviendrait. Comme il faut laisser 50 000 dongs de pourboire au chauffeur, le guide organise un compromis, je laisserai 10€ et elle rendra la monnaie à son frère.
Promenade à pied sur les bords du Mékong
Cet après midi : programme libre. Notre guide n’est d’aucune aide. Ayant veillé à cause du foot, il est pressé d’aller faire la sieste. Le long du fleuve, sur la rive agreste, nous avons remarqué un chemin dans la verdure. Le guide (qui a refusé de décliner son nom tout à l’heure) ne nous y accompagnera pas. Il cherche à nous dissuader :
– «C’est dangereux ! » Affirme-t-il
– Dangereux, quelle sorte de danger ? Je lui réponds, incrédule
– Des voleurs
– Des voleurs ? on n’emportera que le porte-monnaie avec très peu d’argent, pas de sac. Si on n’a rien, on ne risque rien.
– Si, vos appareils photos
– On les cachera ! »
Je ne comprends pas pourquoi il cherche à nous décourager puisqu’il ne propose aucune autre alternative. Comme il voit que nous sommes décidées à y aller quand même, il prend les renseignements pour le bac auprès du chauffeur. Le bac coûte 500 dongs (tout juste 2.5centimes d’€) et il y e a sans arrêt jusqu’à 10heures du soir. A cette heure nous serons couchées, d’ailleurs à 6H30 sont prévus les moustiques et nous nous calfeutrerons dans la clim.
L’averse menace à nouveau, j’achète une pèlerine jetable 800 dongs (0.40€), très fine, à peine plus épaisse qu’un sac en plastique pour les légumes. Elle se déchirera sûrement mais au moins, elle n’encombrera pas le sac à dos comme la cape de randonnée verte. A peine achetée, à peine étrennée. La pluie tombe dru un petit quart d’heure et le soleil revient.
Le bac nous a conduites dans un quartier très différent de ceux que nous avons visités à Canthô. Pas d’immeuble ni de rues, une ruelle cimentée court entre des maisonnettes faites de bric et de broc. On ne saura jamais pourquoi la venelle est pavoisée de drapeaux rouges. Il règne une grade animation, des files de motos passent – croisement délicat par endroits – les piétons montent sur le seuil des maisons. Sur les bords, sous des auvents, de nombreuses vendeuses proposent des légumes, des brochettes minuscules, des petits paquets emballés dans des feuilles de bananiers qui ressemblent à des paquets-cadeaux. Sur des charbons de bois, une femme fait rôtir des saucisses empaquetées dans des feuilles ; on ne voit pas les saucisses, c’est l’odeur qui les trahit.
Plus loin, des femmes découpent au ciseau les têtes de menu fretin, décortiquent des crabes rouges. Ailleurs, une autre a confectionné des omelettes très fines fourrées avec des nouilles et des fines herbes. Si c’était l’heure du repas, c’est ce que nous aurions choisi. Je passe les plus classiques sandwiches de banh my et pâté, en vietnamien dans le texte (le pain de mie se trouve être de la baguette). Dans un atelier, on empaquette de la pâte orange ( ?).
La pluie n’a pas duré mais la ruelle est pleine de flaques noires. Nous marchons l’une derrière l’autre en regardant bien où poser nos pieds. Il faut aussi prendre garde aux vélos qui nous frôlent silencieusement. Les motos, au moins, on les entend venir, d’autant plus qu’elles klaxonnent à notre approche. Des enfants accourent et nous font escorte quelques mètres. Serons nous harcelées comme en Égypte ou au Maroc ? Non ! Ils n’insistent pas. On dit bonjour aux gens qui nous regardent passer. Nous glissons un regard dans les maisons entrouvertes en essayant d’être discrètes. Les maisons sont souvent misérables, encombrées de grands lits avec parfois un hamac suspendu. Partout la télé est allumée.
Après quelques centaines de mètres, la densité des habitations diminue, le ruban de ciment court entre le fleuve et les jardins. Les maisons sont cachées dans la verdure. La circulation des motos se tarit. Le soleil est revenu. La promenade devient très agréable.
La végétation est très variée : cocotiers, bambous, des arbres que nous ne connaissons pas, des lianes à grosses clochettes jaunes ou bleu pâle. Dans le fleuve, des jacinthes d’eau (mais aussi des détritus). Les chiens vaquent librement. Ils ne sont pas agressifs. Heureusement que l’épidémie de grippe aviaire est terminée ! Poules et poussins divaguent. Un vieil homme en pyjama promène son coq. Quelques instants plus tard, sur une moto, un jeune homme porte un autre coq comme on prendrait un enfant. Celui là n’est pas destiné à la casserole ! Sous trois mues en bambou, encore des coqs magnifiques aux plumes étincelantes. Leur propriétaire, un homme aux cheveux longs à allure de pirate, capte notre regard. D’un geste, les deux pouces s’opposant, il nous explique que ce sont des coqs de combat. Il est très fier que nous prenions en photo ses champions. Sa maison bleue, en retrait, surplombant un petit canal, est très jolie. Il prend la pose sur la minuscule terrasse. J’avais l’intention de dessiner les maisons sur pilotis et les embarcations sur le Mékong. Il faut trouver une place pour s’asseoir. Avec la foule et la pluie, ce n’est pas facile. Quand finalement, nous faisons halte sur le rebord d’un embarcadère en ciment, il n’y a rien à dessiner. Dessiner demande plus de temps, de disponibilité. Une promenade ne suffit pas. Il faudrait revenir.
Le long du fleuve, dans un enclos délimité par une palissade métallique peinte en vert, au dessus du portail en lettres latines « Bismilla el Rahman… » : Un cimetière musulman, les tombes envahies par les herbes folles. D’où sont venus les musulmans ? On n’a pas vu de mosquée à Canthô.
La Route Mandarine(RN1)l ’artère principale du Vietnam est une route à péage pour les voitures. Les motos ne paient rien.
Urbanisation galopante de Saïgon – 8 millions d’après le dernier recensement – sûrement beaucoup plus. Pour loger tous les gens affluant de tout le pays, il faut construire des immeubles. On draine les marécages, on aplanit, on dame le terrain. Des immeubles monstrueux sortent de terre comme des champignons. Constructions d’Etat – de mauvaise qualité selon notre guide – et construction privée. Dans la même logique, sur les bords de la route, slogans révolutionnaires et publicités géantes.
Arrêt pour les lotus en fleurs. Un petit garçon se précipite nous offre un bouquet. Je le photographie et nous lui donnons 5000dongs.
temple cadaoïste
intérieur du temple caodai
Le temple Cadoaïste, sur le bord de la route, n’est ni très grand ni très beau. Occasion de rencontrer un culte qui rassemble deux millions de fidèles dans le sud du Vietnam. Religion pour les uns, secte pour les français, secte militariste pour les communistes. L’extérieur est très coloré. Dans le vestibule, sur une affiche étrange Victor Hugo est en compagnie de sages orientaux. Le cadoaïsme est un curieux syncrétisme. Au fond du temple, dans un fronton, l’un au dessous de l’autre figurent Bouddha, Mahomet, Jésus Christ et Lao Tseu encadrés par deux Génies taoïstes, un mandarin chinois et Bodhisattva en jaune. Au dessus de l’autel, dans un triangle : l’œil, le gauche, celui qui connaît le cœur et le cerveau et celui qui ne doit pas mentir. Devant l’autel deux grues (le bonheur) perchées sur des tortues (longévité). Les prêtres assistent à quatre offices par jour, les fidèles à deux seulement. Hommes et femmes prient dans des travées séparées, les prêtres sont au milieu de la nef. Les Cadoaïstes ont levé une armée contre le communisme. Ils furent donc réprimés pendant la Réunification, les pagodes transformées en bibliothèques. Après la politique d’Ouverture, pour donner des gages de liberté de culte vis-à-vis des Américains, on a ré-ouvert les temples.
Entrée temple caodai
Rizières
Nous avions imaginé une promenade dans une campagne vert fluo à damier de rizières, peuplée de paysannes sous leur chapeau conique, et, si possible, quelques buffles. Les rizières sont bien vertes. Des tombes badigeonnées de blanc se trouvent au beau milieu des rizières.
Malheureusement, le plus souvent, la route Mandarine est bordée de villages, d’échoppes, de restaurants pour routiers. Certains sont équipés de hamacs suspendus pour le repos des chauffeurs. Des entrepôts, nombreux masquent la campagne. Une séparation en ciment au milieu de la chaussée a pour but d’éviter les accidents de la route, très nombreux. 35 millions de motos circulent au Vietnam (80 millions d’habitants), presque une moto pour deux. Comme on peut s’asseoir à deux, voire à trois, ou même à quatre, sur une selle on peut imaginer que tout le Vietnam est motorisé. Aujourd’hui, dimanche, nombreux sont ceux qui sont rentrés dans leur famille dans le Delta et qui rentreront ce soir à Saïgon. Nous verrons deux accidents.
A 60 km de Saïgon : Mitho
Mitho temple bouddhique
A l’ occasion de la visite de la belle pagode, notre guide nous instruit dans la connaissance du Bouddhisme. Au Vietnam, une pagode est consacrée uniquement à Bouddha, les temples abritent d’autres divinités ou des Génies. Le Vietnam sous la double influence de la Chine et de l’Inde, Indochine, est le seul pays de la région où sont présentes les deux versions du Bouddhisme : le Bouddhisme de grand véhicule venant de Chine majoritaire et le Bouddhisme de Petit Véhicule, plutôt indien, répandu chez les Khmers et en Thaïlande. C’est ce qui explique que nous n’ayons rien reconnu dans les temples et pagodes de Cholon. Dans le Grand Véhicule, Bouddha est vénéré et représenté sous trois formes : le Bouddha d’hier, jeune, celui d’aujourd’hui et celui de demain, bedonnant et souriant. Dans les pagodes du Grand Véhicule, on voit la représentation de l’Arbre de Bouddha avec ses sept étages de bras représentant les 7 avatars ou 7 réincarnations. Dans le Petit Véhicule il n’existe qu’une seule représentation de Bouddha. La vie des moines, selon les deux interprétations est très différente : les moines du Grand Véhicule portent trois costumes différents, jaune pour la prière marron pour sortir et un dernier gris. Leurs épaules sont couvertes. Dans le Petit Véhicule, la robe safran laisse une épaule découverte. Les bonzes du petit Véhicule mendient chaque jour leur nourriture en portant leur bol. Ils mangent ce que les fidèles leur ont offert. Ceux du grand Véhicule cuisinent pour la communauté et sont strictement végétariens. Dans les pagodes du Grand Véhicule, les troncs sont bien en évidence, dans le Petit Véhicule où les bonzes vivent d’aumônes on ne doit pas voir le tronc. Dans le Grand Véhicule on peut rencontrer ensemble Bonzes et bonzesses pas dans le Petit. Enfin da&ns le GV les bonzes consacrent leur vie à l’état monastique. Les Khmers et les Thaïs envoient leurs enfants pour une période de trois ans et l’état de bonze est temporaire.
Un gong appelle les bonzes à l’office. Ils ont revêtu leur tenue jaune et se réunissent autour de tables dressées comme pour leur repas dans la partie « enfer » de leur temple. Plus loin, là où se trouvent les statues vénérables est la partie « paradis ». Il nous faudra encore maintes visites guidées avant que nous nous y retrouvions dans un lieu de culte oriental. Au moins nous avons compris certaines différences entre le bouddhisme vietnamien et celui de la Thaïlande. En dehors des considérations théologiques, la pagode de Mitho est très décorée dans les teintes beiges avec des mosaïques pastel.
Lorsque nous retrouvons la voiture, les enfants nous attendent. Imprudemment, je leur avais lancé « later » pour me débarrasser de la vendeuse de chapeaux et de la petite fille aux cartes postales. Elles me rappellent « later », je dois tenir parole. Le chapeau me con vient tout à fait : beige, aéré, un peu cloche, tricoté, pas trop grand pour un prix minime (3$=45 000VND) c’est une aubaine. Pour 1$ j’achète également 10 cartes postales que la petite fille recompte en français.
L’Ile de laTortue
les fruits des jardins du Mekong
Nous laissons la voiture sur le bord du Mékong pour emprunter un bateau à fond plat. A bord, le capitaine, sa femme, leur fils, et un petit chien. Avec notre guide, cela fait beaucoup de monde pour deux passagères seulement. Selon le guide, c’est un bateau de l’Etat. Sans nous, le marin serait au chômage. La traversée du Mékong, ou plutôt d’un de ses bras, dure un bon quart d’heure. On m’offre une noix de coco que je siffle avec plaisir. Dominique fait cadeau d’un mini accordéon au petit garçon.
Sur l’île de la Tortue, un chemin dallé nous mène entre vergers et étals de souvenirs puis aux tables aménagées pour la dégustation des fruits. L’endroit est aimablement décoré de fruits. J’observe le jacquier qui porte ses gros fruits attachés au tronc. Nous avons vu de belles portes en jacquier, j’avais imaginé un très gros arbre. Dans des palanches, des ananas, je me fais tirer le portrait portant la palanche. On nous apporte tout un assortiment de fruits tropicaux : papaye épluchée, ananas découpé avec des festons, longanes, litchis, ramboutans, petites bananes, et fruits du dragon en quartier. Je suis surtout curieuse de goûter ce dernier. Il est aussi joli à l’extérieur avec sa pulpe blanche et ses pépins noirs dans l’écorce rose fuchsia. Dans une petite coupelle : du sel rougi par du piment, on trempe une rondelle d’ananas. Le sel fait ressortir le goût, c’est délicieux !
Un petit orchestre et des jeunes filles en ao dai blanc nous font entendre des chansons du Delta. Nous traversons les vergers de longaniers. Nouvelle dégustation : du miel qu’on sert avec du thé dans de tout petits verres. De minuscules kumquats sont pressés pour aromatiser le thé. Une jeune fille ouvre la ruche et me propose de sortir le python de sa cage pour me le mettre au cou. Je refuse, j’ai déjà sacrifié à cette expérience. Dans une assiette des amuse-gueules : graines de lotus et gingembre confits, chips de bananes, nougat à l’arachide. On se laisse tenter par les graines de lotus et par le gingembre.
Le retour à l’embarcadère se fait dans de petites barques menées par des paysannes dans de petits canaux tortueux serpentant entre les palmiers d’eau.
Sadec, la ville de Marguerite Duras
les briqueteries près de Sadec
Nous quittons la route Mandarine, toujours aussi fréquentée et construite sur ses bords pour Sadec, la ville de Marguerite Duras. Dès que nous sortons de la route principale, la circulation se complique. La route est en chantier, pleine de nids de poules. Nous traversons de nombreux cours d’eau : canaux et arroyos. « Le canal est droit, l’arroyo sinueux » explique le guide. Le long du canal, de curieux dômes rouge : les fours des briqueteries. Dans cette cuvette du Mékong, l’argile abonde. On utilise l’écorce de riz comme combustible abondant et bon marché qui arrive par bateau directement de l’usine où le riz est décortiqué.
l’école de la mère de Marguerite Duras
L’école de la mère de Marguerite Durasest toujours une école primaire. Le décor n’a pas changé. Sur la grille rouillée, un tableau noir à l’ancienne annonce quelque chose aux parents d’élèves, calligraphié à la craie blanche. Sans doute la mère de Marguerite Duras rédigeait ses annonces aux familles sur le même tableau. Malheureusement, aujourd’hui c’est dimanche et les grandes vacances ont commencé au Vietnam. Nous ne verrons donc que la cour et le bureau. Le concierge ne prendra pas l’initiative de nous ouvrir une classe. Si nous étions passées à une autre période nous aurions rencontré les enfants de la classe francophone. La mère de Marguerite Duras possédait une jolie villa un peu plus loin occupée maintenant par une section de la police économique. On ne visite pas. Le taxi ne se déroute pas. Quitte à ne voir que des extérieurs, on aurait pu faire le détour ! Nous sommes ravies de ce pèlerinage. India Songest notre « film culte » de notre jeunesse. J’ai lu avec plaisir « Barrages contre le Pacifique » juste avant notre départ. La biographieécrite par LaureAdler m’a donné envie de voir les lieux de son enfance et de relire ses œuvres.
Il fait gris et lourd. La pluie se met à tomber. Nous sommes réveillées depuis 5 heures. Il est 14H. Je lutte contre le sommeil, bercée par la voiture. Je voudrais ne rien rater de l’excursion mais cette RN1 n’a, décidément rien de passionnant !
Nous traversons le bras antérieur du Mékong sur un bac. Nous l’avons déjà franchi sur un beau pont suspendu ce matin. Je préfère le bac.
Canthô
pagode khmère de Cantho
– 16H : arrivée à Canthô (prononcer Cantheu), capitale de la province, 1 million d’habitants, en pleine expansion. D’énormes superficies ont été nivelées et tassées, des zones industrielles flambant neuves attendent d’être occupées. Le Vietnam industriel remplace les rizières déjà invisibles de la RN1. L’image romantique du petit pays rural, David contre le Goliath américain, est un peu écornée. Le « petit pays » est aussi peuplé que l’Allemagne sur un territoire équivalent à celui de l’Italie. La densité Delta est forte et la croissance industrielle est rapide.
Nous visitons une pagode Khmère, c’est un temple d’importance mineure, surtout l’occasion de voir une pagode du Petit Véhicule et de réviser les différences énoncées par le guide ce matin. Je reconnais la parenté de silhouette avec les pagodes de Thaïlande et la robe safran des bonzes.
la corbeille : le luxe!!!
L’ Hôtel Saigon Cantho, 3 étoiles, occupe l’angle d’une rue tranquille à deux blocs du Mékong. C’est à un hôtel pour hommes d’affaires. On nous offre le verre de bienvenue. La porte de notre chambre ouvre sur un mignon lac avec des plantes vertes, un jet d’eau, une fausse montagne avec une pagode de 7 étages en céramique et de vrais poissons, au milieu d’un patio autour duquel l’hôtel est construit. La chambre est immense, beau mobilier de bois sombre, tissu beige au motif floral sur le dessus de lit et les rideaux assortis. Des lampes de chevet montées sur un bras en laiton pliant. Dans un coin, un canapé d’angle autour d’une table carrée porte une théière et des tasses. Sans parler des jolis accessoires de toilette dans la salle de bain, du peignoir d’éponge…Il faut être aussi ploucs que nous pour se charger d’une trousse de toilette : on nous offre peignes, brosses à dents, cotons-tiges nécessaire à coudre, à reluire les chaussures. Il y a même un ticket pour un sauna gratuit (le massage payant). Bien entendu, l’hôtel est Wifi. Si jamais on a oublié son ordinateur, il y en a un à disposition dans le hall .
Promenade en cyclopousse
Dans les rues de Cantho
C’est un cyclo à moteur qui nous embarque sur les coussins de skaï, notre guide face à nous. La circulation est très fluide. Nous goûtons au calme provincial après la cohue saïgonnaise. Peu de curiosités notables à Canthô, ville moderne. Le marché couvert ressemble à celui d’HCMV, l’hôpital occupe un bâtiment colonial. Nous passons devant un supermarché, on nous montre même l’Aqualand local. Des attroupements de motos devant les centres d’examens où on passe l’examen d’entrée à l’Université (aujourd’hui dimanche !). On se laisse brouetter Le guide nous montre les cafés équipés de télévision en prévision de la finale de la coupe du Monde de foot : France/Italie que les foules vietnamiennes regarderont de 1 à 3 heures du matin.
J’essaie le sauna. Quelle idée bizarre de retourner transpirer alors qu’on a eu chaud toute la journée ! Mais je n’ai jamais été au sauna. A mon âge, cela manque à mon expérience. J’aurais dû prendre au moins de la lecture. On s’ennuie dans la petite cabine lambrissée.
On frappe à notre porte pour nous apporter une corbeille de fruits en vannerie. Un personnage de fil de fer portant le chapeau typique se tient debout sur une barque.
7ème étage: 2 buffets sont dressés. Le premier, asiatique, propose de la soupe au crabe gluante et des herbes, du riz sauté aux œufs-petits pois et lard, du poulet aux légumes sautés.. Le second buffet correspond aux goûts européens : toasts de pain blanc, croissants et viennoiseries, céréales jus de fruits, fruits frais coupés en tranches.
Toujours avide d’exotisme, je me compose un repas vietnamien, imitée par D qui me laissera ses raviolis aux crevettes, pimentés.
Nos commensaux sont hollandais (un groupe arrivé en car) et des touristes asiatiques. Quatre dames, la cinquantaine, habillées comme des poupées ou des adolescentes : jeans très court sous deux épaisseurs de robes vaporeuses aussi transparentes que fleuries avec dentelles et volants. Elles sortent de leurs minuscules sacs à main des carrés de tissus, petits foulards ou grands mouchoirs, et réservent ainsi leurs place. Arrive une famille, grand-mère frisottée, enfants terribles aux bonnes joues et jouets en plastique(gros pistolet à eau). Tout ce monde ignore superbement les foulards nordiques (Japon ? Corée ?) et s’installe autour de la table carrée. Les dames en fleur reviennent avec leurs assiettes et s’arrêtent interloquées : « sorry ! « . Surprise : la famille décampe. Autre surprise : ils se parlent en anglais.
Cholon
Sur les toits d’un temple à Cholon
Le portier appelle un taxi et fixe le prix avec le chauffeur. Pour Cholon ce sera 45000 dongs (3US$). Le taxi a un compteur et la clim. Il se faufile dans un océan de motos. Je guette les idéogrammes chinois de Cholon, le quartier chinois.
A 9h, sous un beau soleil : notre première pagode, Thien Hau. A la grille deux femmes brandissent des bâtonnets d’encens. Devant notre refus, elles n’insistent pas. Le portail décoré est surmonté de personnages en céramique bleue encadrés par des dragons sur un toit de tuiles vernissées.
A l’intérieur, le rouge domine, piliers rouges, rubans de papier rouge ornant les murs. Un Chinois, très aimable, rondouillard, nous accueille:
le temple vu de la rue
– « D’où venez vous ? – de France ! – mais nous sommes voisins, je viens de Londres UK ! ».
Comme nous, il est touriste, l’avais pris pour un guide ! Il nous explique que le temple est consacré à la déesse de la Mer. A l’envers du portique d’entrée, la déesse survole une mer déchaînée où sont ballottés des navires sur des vagues au graphisme compliqué. Une cours, sorte d’atrium, est couronnée d’une frise de personnages de céramique bleue – légendes confucéennes – lit-on dans le guide Evasion. Nous n’en saurons pas plus, dommage ! Toute cette foule aimable et variée m’intrigue. Au fond, trois autels avec d’autres divinités : le dieu du Bonheur Ong Bon. Nous cherchons le général Quan Công avec son cheval Rouge. Grandes statues grandeur nature. Nous ne savons plus où donner de la tête. Il faut aussi admirer les piliers décorés, les portes ouvragées, les gros chaudrons…Des fidèles se promènent d’une statue à l’autre, agitent des bâtonnets d’encens, saluent les mains jointes. Nous avons déjà vu les offrandes d’encens en Thaïlande. Là bas, le culte paraissait plus calme, plus serein. Ici, la ferveur se traduit par des mouvements énergiques et répétés. Du plafond pendent d’étranges serpentins d’encens qui ressemblent à des nasses. Avec les rubans rouges cela fera une photo superbe !
Je regrette notre ignorance. Des fresques peintes en relief racontent des histoires que nous ne savons pas lire…
Encens!
Dans la même rue Nguyen Trai, le Temple Nghia an Hoicélèbre, lui aussi la déesse de la Mer. Un magnifique bateau votif très ouvragé est suspendu au portique d’entrée. A l’intérieur, les piliers de bois rouge foncé laqué et sculptés diffèrent de ceux de la première pagode.
Dans la même rue se trouve la troisième pagode. Sur le plan, les trois édifices semblent voisins, en réalité, nous avons du mal à les trouver. Moins de 1000m les séparent. Difficile d’évaluer les distances quand la marche est une véritable course d’obstacles. Le trottoir, très haut, est complètement occupé par des motos en stationnement, des étals des marchands ambulants, des cantines de soupe ou de sandwiches de baguette, ou des paniers de fruits. Quand ce n’est pas la boutique de tissus qui a installé ses rouleaux multicolores devant son magasin. Des familles prennent le petit déjeuner assis sur de minuscules tabourets. La, un mécanicien répare une moto tandis que deux ouvriers plongent une chambre à air dans une bassine. Il faut slalomer entre les différents obstacles, éviter la marchande qui transporte des victuailles dans sa palanche. S’il faut descendre du trottoir, attention aux flaques noirâtres ! La rue Nguyen Trai est en sens unique. Chaque feu rouge libère sa cohorte de motos. A l’approche du marché, ce sont les fruits et les légumes qui occupent le bitume.
Cyclopousses
Nous avons l’impression de marcher depuis si longtemps que nous avons sûrement dépassé le temple. Difficile de trouver de l’aide ! Les personnes âgées font signe que c’est écrit trop petit sur notre plan. Les prenant au mot, nous entrons chez l’opticien. Les employées sont jeunes et au moins elles ont des loupes ! Mais elles ne connaissent pas le temple. Finalement la solution est simple: l’adresse exacte figure dans le guide, il suffit de regarder les numéros et de trouver le 802.
Encore de l’encens. Beaucoup même ! Le temple est tout enfumé. La promenade proposée par Evasion comprend aussi la visite du marché, nous zappons et continuons la rue sur au moins deux kilomètres qui comptent triple avec les contournements et les descentes de trottoir.
Cette déambulation devient de plus en plus pénible. Des ampoules poussent sous nos pieds. Pour le plaisir des yeux, c’est l’éblouissement. Foisonnement des couleurs surtout quand on passe devant les boutiques d’articles de fête en satin rouge brodés et couverts de paillettes, malheureusement protégés par des housses plastiques tout à fait inesthétiques. Au coin de la rue, des motos taxi cherchent à nous prendre en charge. D refuse énergiquement de monter sur une moto. Elle a peur. De quoi ? Nous risquons bien plus un accident comme piéton quand nous traversons la rue. Les motos taxis connaissent leur métier ! (Enfin c’est relatif, nous avons été témoin de plusieurs accidents de zemidjans à Cotonou). Elle n’est pas complètement hostile au cyclopousse.
En cyclopousse
Un air de campagne
Nous sommes trop grosses pour un seul cyclopousse, les vietnamiens se tassent à plusieurs, mais il nous en faut deux. Pas de problème, le cycliste trouve un collègue. Ce sera seulement deux fois plus cher ! Comment monter sur le siège ? Le cyclo le fait basculer. Ensuite c’est très doux et tranquille. On oublie même les motos qui nous doublent à gauche et à droite. Nos deux cyclos conduisent de front pour qu’on puisse se prendre en photo. Nous nous engageons dans une ruelle très calme loin de la circulation. Seuls roulent des vélos et des charrettes à bras. Les arbres s’avancent dans la rue. Des enfants jouent. Des chiens divaguent. On se croirait à la campagne. Sur une place, sous de grands arbres, des stupas délabrés sortent d’une sorte de jungle. La pagode est plus sobre que les précédentes. Notre cyclo nous accompagne. Il nous montre une table avec théière et petites tasses. Nous déclinons cette offre. Peut être aurait-il aimé qu’on lui offre le thé ? Il nous conduit vite de bouddha en bouddha, joint les mains en prière. Un bonze parle français :
– « Quel âge avez-vous ?- il n’écoute pas la réponse – j’en ai soixante quinze ! ».
Il est très fier de son âge vénérable qui lui donne le droit de nous pétrir le bras quand il nous tend les bâtonnets d’encens que nous plantons distraitement devant la statue. Il aurait peut être été plus poli de les secouer et de les lever au dessus de nos têtes. Offrande (10 000VND), le bonze nous donne sa carte « bonne année ».
Le cyclo nous attire à l’extérieur. Je le photographie devant une divinité qui me fait penser à la Vierge, puis avec son copain et leurs engins.
Le chemin est encore long jusqu’à la pagode Giac Lam. Le cyclopousse me berce. Je ne fais même plus attention à toutes les motos qui nous frôlent. Nous franchissons un portique coloré. La pagode Giac Lam est entourée de verdure. De grosses gouttes constellent le ciment. Avant que l’averse ne forcisse nous filons nous abriter dans la pagode, très haute tour de sept étages soulignés par des balcons couverts de toits recourbés en tuiles vernissées.
A chaque étage de la tour
Une grande statue, genre Sainte Vierge, est plantée à l’entrée. C’est Quan Am dont nous lisons la légende dans le guide Evasion. C’est l‘ histoire compliquée d’une pauvre jeune fille, chassée à tort du domicile conjugal, qui trouve refuge dans un monastère en se faisant passer pour un homme. La fille de l’homme le plus riche de la région tombe amoureuse de Quan Am qui la repousse. Dépitée, cette jeune fille riche se livra à la prostitution et accusa Quan Am d’être le père de son enfant. Quan Am fut chassée du monastère et partit sur les routes avec l’enfant de l’autre qu’elle éleva.
Je me déchausse et grimpe les sept étages de la tour. A chaque niveau, une statue peinte de couleurs criardes. Un garçon et une fille révisent leurs leçons dans le calme. Des balcons on a une vue très étendue sur HCMV. Deux grandes roues de foire dépassent les toits, quelques gratte-ciels au loin, peu nombreux encore. Un gracieux dragon jaune orne chaque coin de la toiture recourbée. Une aire contient des monuments serrés en forme de pyramides, on a l’impression qu’il s’agit d’un cimetière. Un guide serait bien nécessaire ! Plus loin, un joli jardin avec des arbres taillés entoure la pagode. Là encore des étudiants apprennent leurs cours abrités sous l’auvent qui court autour du temple. De l’intérieur, un tout petit homme nous fait signe de faire le tour.
Le sanctuaire est précédé d’une salle de réception. Autour de grandes tables, sont disposées des chaises comme dans un restaurant chic. Ce mobilier de bois très sombre, verni est incrusté de nacre. Devant une porte, on se déchausse. C’est là que se trouvent les statues vénérables: un grand bouddha et plein d’autres alignés dans la pénombre.. Le petit homme montre le tronc aux offrandes. La couleur du billet que j’y glisse ne convient pas il me montre un rouge de 10 000VND. Au centre, dans un bassin, une île avec une montagne moussue avec des végétaux dégoulinant d’humidité. Deux lions de céramique verte montent la garde. A l’arrière, des tables des bancs, une salle de classe et une cuisine collective. Aux murs des peintures naïves édifiantes figurant l’enfer avec des diables aux têtes rouges brandissant des tridents et toutes sortes de tortures. Représentation fort banale pour des occidentaux.
En lion de faience!
Nous passons sans un regard pour l’immense statue blanche de Bouddha. Nos cyclos nous attendent depuis une heure, l’orage menace. Je sors ma pèlerine à l’avance. Erreur ! Le cyclopousse a une capote, un peu percée sur des montants rouillés, mais un abri efficace. Les cyclos ont monté le prix 30 000dongs (15€). Ils ne l’ont pas volé, le chemin du retour était très long.
Après la sieste nous traversons le parc au pied de l’hôtel Liberty3 pour visiter le Parc de la Réunification dont les arbres dépassent les immeubles.
A la sortie de l’aéroport, personne ne nous attend. Parmi les nombreuses pancartes notre nom ne figure pas.
La postière, en costume traditionnel, jaune P etT, téléphone au correspondant de l’agence. Explications embrouillées:
– « The driver is on the way ! »
9h30 – toujours rien ! La postière vient me chercher dans le hall de l’aérogare. L’hôtel Liberty 3 a appelé.
Nous prenons un taxi. Je suis démoralisée. D’habitude, nous nous débrouillons par nous même. Pour une fois que nous avons eu recours à une agence, et que tout semble organisé, cela se passe mal. Nous n’avons aucun voucher pour les hôtels, ni les billets d’autobus et de train. Et si nous étions tombées dans une arnaque?
Dans le taxi, je suis trop préoccupée pour faire du tourisme. Mes premières impressions de Saigon seront vagues. Une circulation infernale où certaines motos remontent le courant à contre-sens le long du trottoir. Une urbanisation anarchique. Notre taxi se faufile dans le flot des motos, très peu de voitures, quelques vélos. Je comprends tout de suite pourquoi les touristes n’ont pas le droit de conduire ici. Pour une densité de deux roues équivalente à celle de Cotonou, l’air est curieusement respirable : les motos sont neuves. Malgré cela, de nombreux motards sont masqués surtout les femmes qui ont le visage complètement protégé, leurs avant-bras sont couverts de gants à manches longues. Ces protections sont peut être anti-chute ?
hôtel Liberty3
Vu du balcon de Liberty3: le parc
Dans le hall de l’hôtel, notre guide glisse 4 billets de 50 000VND en dédommagement du prix de la course en taxi que j’ai payée en € .
Liberty3 a 7 étages et une soixantaine de chambres. Il est situé sur une grande place. Notre chambre est vaste, haut plafond bordé par une corniche soignée et des moulures sobres. Trois portes laquées vert d’eau font face à un rideau orange qui habille la grande baie et la porte-fenêtre. Sur le balcon, une poterie bleue contient un palmier et une plante rampante. Mobilier sobre – style hôtel- télé-satellite, une coiffeuse. Sonnées par la nuit d’avion et l’émotion, nous dormons toute la matinée.
Sous un ciel couvert, mais lumineux, nous partons à pied explorer les environs. Le « quartier routard », les hôtels sur la Rue Pham Ngu Lao et mini hôtels dans les ruelles adjacentes. Partout, des agences de voyage proposent des excursions, des magasins de souvenirs, des photographes, des restaurants bon marché…tout ce dont les touristes pourraient avoir besoin. Des jeunes filles transportent des piles de best-sellers : Da Vinci code, Papillon, guides Lonely-Planet.
Après avoir fait le tour du pâté de maison, nous arrivons dans un parc très vert aux pelouses plantées d’une graminée aux feuilles larges et épaisses, ombragé par de grands arbres et coloré de massifs de fleurs, amarantes à crêtes roses très roses, impatiens. Dans des poteries des topiaires très asiatiques : des arbres découpés en rondelles parallèles horizontales ou en petites boules imitant la silhouette du pin. Les jardinières, habillées de bleu arborent le chapeau conique typique.
Le Marché
le marché et les fruits exotiques
Le marché Bien Than est une belle halle coloniale. Nous y entrons par la section des vêtements et des chaussures. J’adore les ambiances de marchés, souks d’Istanbul, du Caire ou de Marrakech, marché africain de Praia ou de Cotonou. Je me laisse tenter par une bricole : un éventail à 10 000 dongs (0.5€). La jeune vendeuse fait une démonstration : le faire glisser le côté sur l’avant-bras puis casser le poignet. Les marchands de fruits ont construit des piles soignées, ramboutans hérissés pointes entre jaune, orange et rouge, longanes brunes, gros pamplemousses verts pâle comme ceux de Cuba. Les oranges se vendent vertes. De curieux fruits fuchsia ressemblent à des raves (peut être ce ne sont pas des fruits ?) Des durians spectaculaires, des anones, des goyaves…
Hôtel de Ville
l’hôtel de ville de HoChiMinhVille
A la sortie du marché nous traversons la Rue Pasteur et trouvons facilement l’Hôtel de Ville (1901-1908) style néo-Renaissance, IIIème République, très kitsch, très pâtisserie, sans grand intérêt quoique très vanté par les guides. Dans un jardin en face, Ho Chi Minh avec un enfant, une belle statue. Le vieux chef a une attitude sympathique. Toujours des petits arbres taillés dans de belles poteries. Comment les nommer ? Topiaires ? Bonsaïs ? Arbustes taillés ?
A la Poste
Poste coloniale, héros révolutionnaires
Bâtiment colonial peint en rose abricot pâle, rehaussé de stucs blancs, style pâtisserie, persiennes vert foncé, une frise Art Nouveau jaune et vert. Deux petits jardins fleuris aux topiaires bien taillés ont chacun une statue représentant un couple révolutionnaire qui se détache sur un mur portant des plaques enguirlandées honorant Joule, Ohm, Faraday, Galvani, Gay-Lussac, Ampère, Louis XI, Laplace, Descartes… que vient faire Louis XI ?
En face de la Poste la cathédrale de brique roses pseudo romane. Je n’ai que très eu de goût pour ces édifices sans aucune invention, plagiats ennuyeux.
Rue Catinat
Nous descendons l’avenue la plus célèbre, l’ancienne rue Catinat maintenant Don Khoi, les « Champs Élysées » de Saigon : boutiques de luxe, beaux hôtels, un très joli théâtre (toujours Belle Époque) genre Garnier mais petit, encadré de deux jardins agrémentés chacun d’une fontaine de marbre rouge, sur l’une un flûtiste sur l’autre un violoniste. C’est charmant ! Alors que nous allons à la Rivière, des jeunes filles proposent des soins de beauté, manucure.
Bords de la rivière de Saigon
Sur notre rive : un bel hôtel, des cafés, un jardin public aux pelouses très vertes et aux grands arbres noueux. Sur l’autre rive : des entrepôts couverts de tôles rouillées, on devine aussi des habitations.
Pas de pont, des navettes de bacs de tout gabarit. Entre les deux berges coule la rivière de Saigon, grise et boueuse charriant des branches vertes mais aussi des bidons
Un remorqueur tire deux barges vides, un gros bateau gris très enfoncé. Que transporte- t il ? De frêles barques à la proue très relevée ont perdu leur peinture. Le propriétaire a peint de beaux yeux rouges sur l’une d’elle.
Tous les bancs sont occupés : vieillards, vendeuses de livres, touristes buvant des canettes de coca…une mendiante veut se faire offrir une bouteille d’eau. Elle monte sur l’estrade du café et termine un verre oublié sur une table.
Des gouttes tombent. On s’en réjouit, imaginant que la pluie va rafraîchir l’air. Brusquement il tombe des cataractes. Un négociant en vins nous invite gracieusement à nous abriter dans sa boutique. Une jeune fille nous apporte un minuscule tabouret en plastique bleu. En un clin d’œil, les pèlerines sont déployées sur les motos. De couleurs vives quelquefois transparentes, à gros pois verts ou violets. Une visière permet de circuler à moto. L’ennui c’est que les motos éclaboussent les passants qui tentent de traverser. Nous rentrons trempées sous le soleil. Une bonne douche et des habits secs, il n’y paraît plus rien.
Dîner dans le quartier routard. D, peu aventureuse, choisit un poulet frit dans un fast food . Je tiens à l’exotisme, m’attable à une gargote pour routards, et commande un poulet aux légumes, cuit à la vapeur, insipide. Thé est à volonté et gratuit.
Première photo des vacances : l’équipage. Les hôtesses sont vêtues de la longue tunique fendue rouge au petit col droit galonné d’orange, les cheveux tirés en un gros chignon.
Ciel partiellement nuageux, survolons Reims, l’Allemagne, collines et vignobles… la Tchéquie, le paysage varie peu, peut être plus boisé, des parcelles plus petites, des ruisseaux qui serpentent…Sur l’écran, les noms de Cracovie, Lvov : ma géographie hésite. Sommes nous au dessus de la Pologne, de la Biélorussie ou de l’Ukraine ? Le relief s’est estompé, routes droites, grands champs, nombreuses pièces d’eau. L’avion vole haut, 10 600m, nous avons parcouru 1700 km.
Décalage horaire
Vers l’Est, le temps est avalé. Se forcer à dormir pour arriver en forme à Ho Chi Minh Ville. L’équipage fait régner la discipline avec fermeté:17h, heure de Paris, fermeture des volets. Au Vietnam, il est 22 heures. On se plie à cette nouvelle heure, de l’Asie du sud Est, plongée dans la nuit. Je sors mon masque et mes bouchons d’oreilles. Par miracle j’arrive à m’endormir !
Quelques réveils plus tard, l’avion vient de dépasser la Mer Noire, sur la carte Groznyï et Bakou. Le Caucase est invisible. L’avion a pris de l’altitude, plus de 11000m sandwiches . Sur l’écran, des villes mythiques : Boukhara, Samarkande, Douchanbé, l’Asie Centrale dans la nuit. Afghanistan: de Herat à Kaboul, très haut au dessus des montagnes et des guerres. Pakistan, il reste 5heures de vol. J’ai dormi 4heures. Je regarde un documentaire sur Dien Bien Phu, Geneviève de Gallard dont j’ai parcouru le livre il y a deux jours. Le ciel se découvre à l’arrivée.
Devant tags et grafs je suis dubitative. Est-ce de l’art? Certains m’amusent. Certains égaient une ville grise et neutre. A force d’en voir, je me suis lassée. En revanche, les pochoirs me surprennent et souvent me plaisent.
Cette exposition montre un art du pochoir, de l’aérosol très élaboré. Sur toile et non pas sur les murs. Triptyques, montages de personnages sur du carton ondulé brut, portraits d’artistes. Le monde de Jef Aérosol est un peu le mien : les artistes qu’il représente sont souvent des musiciens, Bob Dylan, Gainsbourg, mais aussi l’accordéoniste roumain du métro, les joueurs de banjo des westerns… et puis, au détour de la rue, Beckett ou Sartre.
Noir et blanc, surtout avec de petites flèches rouges. Parfois la couleur éclate.
Je n’y connais rien à l’art contemporain mais ce plasticien m’a scotchée!
celui-là m’a vraiment fait un clin d’œil!
Une conférencière explique à une trentaine de bambins du centre aéré ce qu’est un pochoir, elle leur parle de la loi de 1881 qui interdit d’afficher et d’écrire sur les murs. Elle raconte les grottes préhistoriques, les premiers pochoirs : la terre brune soufflée autour d’une main…. les enfants sont attentifs. Moi aussi!
Athina est née en Crète. Des Crétois elle tient cette résistance. Élevée comme un garçon, elle est instruite par un pope qui lui enseigne le Français, l’anglais et la révolte. Elle se fait accepter des jeunes kapitans.
« …..- La révolte, c’est le sentiment le plus grand qui existe. La révolte, c’est comme quand le vent souffle et que rien ne l’arrête ; c’est comme les vagues lorsqu’elles se déchaînent et qu’elles fouettent les rochers… – Qu’est-ce qui la provoque, papas ? – Elle naît de l’injustice. L’injustice est pareille à l’eau qu’on chauffe dans une marmite. Quand elle bout trop longtemps, elle déborde : c’est cela la révolte. – Ce que je n’arrive pas à m’imaginer, c’est ce qu’on ressent vraiment à ce moment-là… Est-ce quelque chose de physique, un peu comme la faim ou la soif ? – Oui, répondit-il. On éprouve une sorte d’illumination, d’extase. On ressent le besoin de renverser l’ordre établi. On a la conviction de pouvoir changer les choses et, aussi, l’impression de ne pas avoir tort parce qu’on est dans le camp de Dieu. – Vous voulez dire que Dieu est toujours dans le camp des révoltés ? – Oui, affirma le pope en hochant la tête. Dieu prend toujours le parti de la Liberté. »
« Le pope, se servant de son encensoir comme un fléau d’arme« , tue un Turc. Athina entre en résistance pour le libérer et doit fuir à Chios, où elle est témoin des massacres (l’enfant grec de Victor Hugo).
J’ai plaisir à retrouver des lieux que j’aime, Ierapetra, Chios ou Rhodes.
Ce roman historique fait réviser toute l’histoire des luttes pour l’Indépendance de la Grèce. Roman historique pédagogique : Athina rencontre les chefs de guerre. Kanaris devant Chios, l’envoie à Athènes puis elle se bat avec Botsaris. A Missonlonghi elle assiste à la mort de Lord Byron, combat avec les Souliotes, et tombe amoureuse d’un Français, officier de Napoléon qui a préféré épouser la cause hellène plutôt que de faire allégeance à Louis XVIII. Siège de l’Acropole. Retour à Chios. l’auteur en profite pour détailler les alliances (et les félonies). Chios ne sera pas libérée. Escale à Rhodes – visite guidée de la vieille ville – pour Lamartine!Enfin, la Crète et pour finir le sacrifice du monastère d’Arkadi.
En 300pages, une histoire amoureuse avec un français philhellène s’est terminée. Les Crétois étaient vêtus de braies et de bottes avec leur foulard noir à pompons. On a cueilli les olives, dégusté des mezzés…. visité l’Acropole…. le must du tourisme et l’essentiel de l’histoire. Les combattants on dit souvent « la Liberté ou la Mort« ! Rien d’original!
Évidemment, rien de comparables aux écrits de Kazantzaki ou de Byron, Châteaubriant, et Lamartine. Mais un digest bien écrit et bien fait. Tout le monde n’a pas le temps de lire des centaines de pages!
d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.
Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.
Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde « couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.
Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!
Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille, belles, fières, actives.