7H25, un magnifique car rouge prend les deux Hollandais, pas nous, c’est la compagnie du Café Sinh. L’hôtesse de l’hôtel nous confie que nous aurions dû prendre cette dernière et non le Café Hahn. Voyant notre impatience, elle décroche le téléphone pour prévenir Hahn de notre présence.
7H45, 8H, toujours rien !
8H15, un car miteux à l’allure minable s’arrête. A son bord, une majorité d’étudiants avec leurs livres et leurs cahiers, très décontractés et bavards. Nous sommes loin du « car-pour-touristes-qui-fera-des-arrêts-photos » L’ambiance est bon enfant, le trajet court, une centaine de km.
Aux abords de Da Nang nous passons devant la Montagne de Marbre, surtout remarquable par ses marbriers qui sculptent des lions, des bouddhas, des stèles funéraires le long de la route. A l’arrière des ateliers, on devine la montagne entamée par les carrières avec des pains de sucre comme sur des estampes chinoises et des pagodes perchées au loin.
Nous traversons Da Nang sans nous arrêter. Impression fugace d’une ville propre, avec une belle promenade soignée en bord de mer, des constructions modernes, une voirie aux normes.
Le car grimpe dans les montagnes. Nous guettons le « col des Nuages » promis sur le « roman » de Madame Linh. A sa place, un tunnel de 6km fait l’admiration de tous les passagers.
Descente sur Lang lo. 10H45 : déjeuner des chauffeurs et pause d’une bonne demi-heure. Un petit lac tranquille est enchâssé dans les montagnes. Un petit garçon nous aborde, 11 ans, peut être 12, il parle déjà bien anglais.
–« d’où venez vous ?
– de France
– Ah, Zidane ! » L’enfant mime le coup de tête. Décidément notre footballeur termine mal sa carrière
– Thierry Henry, Vieira » continue le gamin, « avez-vous des pièces pour ma collection ? »
Nous avons déjà entendu cette phrase. Façon élégante de mendier ? La dernière collection que nous avons vue ne comprenait que des pièces de 1€ ou 2€, les centimes étant rejetés. Le gamin est intelligent. Il sort une boîte en fer où sont rangées les pièces de toutes les provenances. Il commente ses trésors et nous convainc de chercher dans le porte-monnaie. Un grand le rejoint. Fait il aussi collection ? Il nous vend une carte du Vietnam. Avant de se séparer, on leur offre un paquet de chewing-gum que les grands partagent très gentiment avec les petits, ce qui nous fait plaisir.
Il reste encore 70km jusqu’à Hué où nous arrivons à midi.
Hué
Hué : Hôtel Riverside vue de la terrasse sur la Rivière des Parfums
Nous restons quatre jours à Hué. Nous ne nous précipitons donc pas à la Cité Impériale dès l’arrivée. Le ciel est menaçant. Nous préférons une prise de contact à pied de la ville et des environs de l’hôtel. L’hôtesse de la réception nous assure qu’en un quart d’heure nous serons à la Citadelle. Il nous en faudra trois fois plus. Le harcèlement des cyclos est insupportable. On leur sourit, on décline poliment leur offre. Rien n’y fait ils nous suivent pas à pas.. On finit par les repousser grossièrement. Je n’aime pas refuser abruptement ce que proposent les gens du cru. Au Maroc, en Égypte, au lieu de dire « non! », je renvoyais à plus tard « demain, Inch Allah ! ». Personne n’est dupe. Mais personne n’aura été désagréable. D’ici demain, tant de choses peuvent arriver ! Au Vietnam « later » est une mauvaise réponse. « Later » est déjà le début d’un engagement. Le cyclo revient à la charge sous prétexte que maintenant est déjà devenu « later » depuis quelques minutes. La seule façon de s’en débarrasser est de monter dans un taxi. Le taxi est la ruine de leur profession, plus rapide et moins cher. Nous sommes trop grosses pour les cyclos. Les Vietnamiens montent à deux parfois plus sur un engin.
Nous marchons le long de la Rivière des Parfumsenjambée par un pont métallique à trois arceaux aux éléments rivetés, genre Tour Eiffel.
En face de la Citadelle, sur la rive Droite, tout un alignement de beaux hôtels luxueux avec courts de tennis et bateaux privé. Plus loin, des bâtiments coloniaux dans la verdure. Les quais de la Rivière des Parfums sont aménagés en promenade. Décidément, les vietnamiens sont de grands jardiniers. Jardin orné de sculptures contemporaines. Nous avons vu de tels expositions en Hongrie, peut être favorisées par le communisme ?
La Citadelleest cernée de remparts et de bastions dominant de grands espaces herbus.
Nous ne voulons pas d’une visite à la sauvette de la Cité Interdite. Nous nous contentons d’en faire le tour d’admirer les portes colorées, de deviner ce qui peut être derrière les murailles, les toits et les tours et d’admirer les lotus qui s’épanouissent dans les douves. Faire grandir le désir !
Nous poussons la promenade jusqu’au marché où l’on vend aussi bien des magnétoscopes que des choux débités en lamelles, des sandales et de l’or fin. Difficile de se frayer un chemin.
Riverside
Au coucher du soleil, attablée à la terrasse de notre hôtel VyDa Riverside, le très bien nommé. Cinq tables sous des arbres aux petites feuilles rondes, un embarcadère sur la rivière des Parfums. Le long de l’eau, des palmiers et des plumets, de très grosses feuilles sur des troncs grêles (tecks ?). la terrasse est pavée. Un massif nous cache la façade de l’hôtel blanche à larges balcons. C’est un bel hôtel, très bien situé.
Notre chambre est très grande avec deux larges lits un mobilier sombre, aucune décoration, rien de superflu mais tout le nécessaire.L’ambiance est bizarre: on ne croise jamais personne. Le personnel est empressé mais pas dégourdi. Le grand restaurant avec une grande table rouge, de lourds fauteuils chinois et son coin karaoké arbore encore la décoration de Noël (on est en juillet). N’y a-t-on fêté aucun mariage aucun anniversaire depuis le 25 décembre ?au dîner, nous étions seules ainsi qu’au petit déjeuner. Impression d’hôtel fantôme.
MySon perdue dans la jungle, dévastée par les bombardements américains
My Son – Cité perdue dans la jungle, oubliée pendant cinq siècles – My Son – la belle montagne – a été redécouverte à la fin du 19ème siècle par les Français qui la restaurèrent et ne dégagèrent pas moins de 70 temples.Ces temples qui avaient bravé les siècles et les assauts de la végétation tropicale furent bombardés par les B52 américains. Il ne reste plus grand-chose. Seuls 4 ensembles sont encore debout.
Les Chams
My Son sculpture cham
Lieu de culte très important pour le Royaume Champa pendant plusieurs siècles, il fut abandonné avec l’avance des Vietnamiens vers le sud. Les Chams, venus d’Indonésie occupaient tout le centre de l’actuel Vietnam, les Khmers le sud, le nord, Viet, était sous domination chinoise. A mesure que l’empire vietnamien s’étendait les Chams reculaient vers le sud. Actuellement, les Chams, pour partie islamisés, sont l’une des 54 minorités ethniques, dans le delta du Mékong. A Po Nagar nous avons vu le sanctuaire Chams du 4ème siècle. Les Chams étaient alors Hindouistes.
Le Petit Futé et le guide Évasion présentent la visite de My Son comme une expédition nécessitant un départ aux aurores. Nous nous sommes inscrites pour une excursion. A 8H30, un beau car climatisé vient nous chercher à l’hôtel. Le guide distribue des badges à mettre en sautoir. Ainsi harnachées nous ressemblons aux groupes moutonniers qui descendent des bateaux de croisière. Une transhumance !
La campagne est riante sous le beau soleil, vert vif du riz, plus foncé du manioc, des champs de maïs, des lotus en fleurs roses. Dès que le car quitte la route nationale les villages sont plus champêtres. Les récoltes sèchent sur le bord de la route à même le ciment du bas côté, ici, du maïs, ici, des piments, plus loin des graines que je n’identifie pas. A côté de chaque maison, un tas de brique est jeté là au cas où on aurait le temps ou l’argent d’agrandir la maison. Les meules de paille de riz sont coincées contre les maisons. Nous passons de montagnes plutôt pelées au piemont de la jungle. Les rizières en terrasse forment une jolie mosaïque. De nombreuses parcelles sont nues, de boue séchée. Puis nous entrons dans les collines couvertes de jungle.
My Son : accueil musique et danses
A 10 heures, le car se gare sur un parking. Des jeeps, bien militaires et bien rustiques font des navettes jusqu’au site. Nous sommes accueillies par un groupe de musique traditionnel Cham puis trois jeunes filles exécutent une danse ? Observer surtout les mouvements des pieds et des mains ; délicate chorégraphie ou chaque doigt a sa place.
Les briques des temples ont été soudées selon un procédé secret que les restaurateurs aimeraient bien connaître. Selon le guide, la société des Chams était matriarcale, il suffit de regarder les statues des temples pour en être convaincu :aucune figure masculine si ce n’est le linga. Les stèles sont en sanscrit. Les sculptures sont d’une très grande finesse, figures féminines, éléphants, soit en argile soit en grès.
My Son : bas-reliefs
Le charme de My Son réside surtout dans sa situation perdue au milieu de la jungle, opposition entre la brique orange dont on a perdu le secret et la végétation conquérante. Un cratère de bombe près d’un temple que des Italiens sont en train de restaurer montre que les lianes n’ont pas encore cicatrisé les plaies d’une guerre finie il y a trente ans.
En bateau
Promenade en bateau long à fond plat: ces croisières sont extrêmement reposantes. On se laisse glisser sur l’eau, l’esprit vacant. Le déjeuner est servi à bord : une assiette de riz aux fruits de mer et une banane. Une barque passe, suivie d’une troupe de canards blancs formant un groupe compact. Il semble que le batelier soit le berger des anatidés. A plusieurs reprises, nous assistons à la promenade de ces compagnies de canards en semi-liberté gardés de loin par un homme ou un enfant.
Hoi An sampans
Mes photos
J’ai une certaine appréhension quand je vais chercher mes photos. Je n’ai sûrement pas été assez sélective. Le photographe est en train de les ranger dans des albums. « High quality » répète-t-il. Il est content de son travail et regarde mes photos une à une. Il sélectionne celles qui lui plaisent et préfère invariablement celles figurant un personnage.
A la piscine. Je nage sur le dos des heures durant, fascinée par les lampions.
La pluie
J’attends mon riz frit with seafood depuis un bon moment en écrivant, tranquillement attablée sous l’auvent de tôle du restaurant, quand un crépitement insolite se fait entendre. Je cherche dans la rue le véhicule responsable de ce tintamarre métallique. De grosses gouttes constellent le ciment du trottoir. Brusquement, à la grande joie des enfants, des cataractes tombent devant moi. Les enfants s’approchent de ce rideau liquide. Des éclairs semblent provenir de leur doigt. Oser toucher le ruisseau qui dégouline de chaque creux de la tôle semble provoquer une décharge électrique (physiquement c’est idiot) le hasard fait bien les choses. Les lampions de l’hôtel Thanh Binh, de l’autre côté de la rue se sont éteints d’un seul coup.
Une petite fille a surgi, chapeau vietnamien sur la tête, sous une cape transparente – petite fée – elle brandit d’une main des parapluies, de l’autre une poignée de capes en plastique dans des pochettes. Comment est elle arrivée ici avec tant d’à propos ? Comme personne ne lui achète sa marchandise, elle monte sur le porte-bagages d’un vélo. La voici, la mousson ! La chaussée bombée se partage en deux rivières. Un monsieur sort de Thahn Binh, courageux, il enlève ses chaussures et traverse les cours d’eau pieds nus. Une autre petite fée encapuchonnée survient. Deux cyclopousses attendent devant l’hôtel. Ils ont déplié la belle capote verte, leurs clients seront à l’abri.
Mon riz n’arrive toujours pas. La pluie a distrait l’attention de tous. Les clients de Thanh Binh toujours plongés dans le noir sont aux balcons. Combien de temps l’averse va-t-elle durer ?
Le voyage en car, de Nha Trang à Hoi An 11 heures, de nuit, a été beaucoup moins éprouvant que je le craignais. Harnachée avec tous mes accessoires de globe-trotter : tour de cou gonflable, bouchons d’oreilles, dès 8H30, je somnole déjà. D amoins de chance : une jeune fille a été atteinte de convulsions, vomissements juste à ses pieds. Minuit, arrêt-restaurant, pour les chauffeurs, les passagers se seraient bien passés de 45 minutes de pause. La dame de l’agence de Paris nous avait décrit l’Open Tour comme un voyage touristique avec arrêts photos. Il s’agit plutôt d’un transport local -plutôt plus rapide et confortable que les bus ordinaires – sans aucun égard pour les aspects touristiques. Nous ne sommes que 8 touristes occidentaux pour une cinquantaine de Vietnamiens qui rentrent chez eux sans aucun regard pour le paysage. Pas de strapontins dans le beau pullman. On a installée des sièges bas en plastique comme ceux des gargotes sur les trottoirs. Une dizaine de jeunes vont y passer la nuit.
Le jour se lève à 5heures. Je regarde le paysage défiler : rizières plates avec des petits canaux de drainages. D’étranges grues se révèlent être des sacs en plastique servant d’épouvantails. Des paysans travaillent à la houe et creusent la boue des canaux.
Sur le bord de la route, les villages se succèdent. Seul point commun dans l‘architecture des maisons : le grand auvent qui les précède. Auvent de tôle en forme de demi cylindre pour les plus élaborés, plaques de tôles sur des bouts de bois dépareillés. Les arbres sont mis à contribution, vivants ou morts, avec ou sans branches, avec ou sans feuilles. Parfois, de simples bâches bleues remplacent la tôle. Des pneus lestent le tout. A l’arrière, une maison basse avec encore un auvent, souvent la maison a été surélevée sur plusieurs niveaux. Sous les auvents, on vend, on stocke tout ce qu’on peut imaginer. On vend de l’or à côté des pièces de mobylettes. Juste devant la bijouterie, un tas de courgettes. Ce n’est pas spécialement pittoresque. Mais c’est très vivant. Même la nuit ! les boutiques gardent toutes les lumières allumées tandis que le propriétaire dort dans un hamac au milieu des marchandises ou il est couché sur une natte.
Hoi An : cages et oiseaux
6H30 : Hoi an. Des moto-taxis nous harcèlent à la descente du car. Je ne sais pas où est l’hôtel. Justement, ils en font le démarchage et prétendent qu’il faut marcher un kilomètre. D ne veut toujours pas monter à moto. De guerre lasse, je leur confie les valises tout en gardant les sacs à dos. Équipage comique qui fait s’esclaffer tout le monde. Les valises roulent à moto tandis que les touristes chargées comme des baudets vont à pied. L’hôtel était au coin de la rue. Cette plaisanterie nous coûte 2$ !
hôtel Vinh Hung2
L’hôtel est une ravissante maison chinoise avec des boiseries aux motifs compliqués. Il est bâti sur trois niveaux autour d’une belle piscine. Toutes les chambres donnent sur les balcons qui surplombent la piscine. Plantes en pot, fontaines avec montagne artificielle à chaque coin du patio. Des chaises longues des parasols blancs. Quand je nage sur le dos je peux voir les dix lampions rouges suspendus à des filins tendus au deuxième étage. Chaque balcon est décoré d’une lampe aux motifs chinois encadrée de deux lampions enrubannés de rouge.
La chambre est petite mais bien équipée, son balcon donne sur la rue. Les moustiquaires sont enroulées et nouées artistiquement. Toujours aussi inutiles.
Hoi An
une rue d’Hoi An
Comment décrire Hoi An ? Cette jolie petite ville inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité, vit du tourisme.
Textiles et Couture
Dès les premiers pas hors de l’hôtel, les magasins de vêtements occupent les trottoirs. Toutes les sortes de vêtements possibles ; des robes de soie bien présentés sur des mannequins, des habits traditionnels vietnamiens, des costumes d’homme classiques, des pendillocheries mode, pantalons baggy, T-shirts rouge à l’étoile jaune… Sans parler des habits d’hiver, duffle-coat, jolie veste asymétrique en lainage. Pour tous les goûts et toutes les saisons. On essaie, on retouche. Quand j’entre dans une boutique je suis fascinée par les piles de tissus colorés, moire et soie. Richesse des couleurs et ds matières. J’ai dû me gendarmer pour ne pas acheter une robe toute simple noire et blanche à grandes fleurs imprimées. La vendeuse me dit que pour ce prix elle peut aussi me la faire sur mesure.
Harcèlement des cyclos !
La ville est petite et peut se parcourir à pied. Nul besoin d’un véhicule ! Les cyclos entament la conversation avec bonne humeur et me renseignent sans façon. Ils se sentent ensuite autorisés à coller à mes pas. Il faut être brutale pour les chasser
HBHOi An : dragon dans la cour d’un temple
Croyant nous débarrasser des importuns, nous passons sous le portique d’un temple. Nous trouvons le plus kitsch des dragons avec sa gueule de pastel rose, son corps turquoise et ses yeux montés sur des ressorts métalliques. On admire les bonsaïs, les poissons qui nagent dans les bassins. Et les cyclos sont toujours là à nous attendre !
maisons anciennes
Une fois admises ces conséquences désagréables du tourisme, on peut flâner dans les petites rues tranquilles et découvrir des merveilles. Maisons anciennes aux noirs piliers de bois de fer, les toits de tuiles caractéristiques, les panneaux incrustés de nacre, les lourds meubles chinois. Tout est magnifique.
HOi An maison des brodeuses
Le ticket d’entrée dans la vieille ville porte cinq talons détachables qui donnent accès également à des maisons privées. Nous entrons au hasard et sommes reçues comme des invitées. Ngnan, en Ao Dai traditionnel blanc, nous fait asseoir dans .le salon, puis nous montre le travail des brodeuses. Deux jeunes filles brodent le même motif d’orchidée, l’une tire le fil vert l’autre le jaune .A l’étage, nous découvrons la charpente antique, la trappe qui permet de monter les marchandises en cas d’inondation. Il est fréquent que l’eau monte jusqu’à 50 cm au rez de chaussée. Ngnan nous montre les trois Génies du Commerce, l’autel des ancêtres. Les meubles d’apparat sont incrustés de nacre ainsi que les piliers. A nouveau, on s’assoit pour déguster le thé au lotus délicieux dans des bols minuscules, calmant paraît-il. Bien sûr, nous sommes poussées à acheter des souvenirs. L’accueil est si charmant qu’on se prête volontiers aux achats. Nous choisissons deux mouchoirs brodés (les mouchoirs ici sont toujours utiles !) et une petite trousse moirée qui passe du doré au mauve quand on la tourne.
Dans la rue, nous sommes sollicitées par une vendeuse de Baume du Tigre . Pour 2€ on a un petit flacon et 4 capsule de produit pour massage. Dominique s’achète le chapeau de paille à franges qui lui faisait envie depuis longtemps. Les femmes portent toujours la coiffure conique en latanier les hommes lui préfèrent cette coiffure qui leur donne un air d’Indien d’Amérique centrale. Le Sombrero, c’est pour la visite de demain à My Son.
HOi An pont japonais
Le pont japonais a une courbure élégante. Comme c’est un pont couvert, on ne s’en rend pas compte tout de suite. Il enjambe un petit ruisseau presque à sec (ici, la saison des pluies est à l’automne et ce n’est pas moi qui m’en plaindrai !)
On nous invite à visiter d’autres maisons :
« Ici c’est gratuit, vous achèterez bien un souvenir à la sortie ! »
Ici, le souvenir, c’est le filtre à café. En dehors de son air désuet, il ne nous serait d’aucune utilité, j’aime l’espresso !
Hoi An rue
Les pagodes ne nous surprennent plus après les visites à Saigon. Passée la surprise de la découverte, vient l’observation fine. C’est maintenant que nous observons les détails charmants : les poissons miniatures dans le bassin où la « montagne » est recouverte d’une véritable « forêt » de plantes grasses dressées. Les pagodes sont dans les maisons communautaires des guildes des marchands. Nous visitons la cantonaise. Des grandes tables sont ( ?) destinées à de grands repas (A Bangkok nous avions assisté à de tels repas, mais le bouddhisme est très différent). Ici, pas de ferveur mystique. Des écriteaux exigent une tenue décente (pas de shorts ni de débraillé) mais on fume presque partout. Deux gongs résonnent, le plus aigu deux fois, le plus profond lui répond. Je suis surprise de découvrir les musiciens : un garçon d’une dizaine d’année, rigolard.
Le marché est approvisionné par bateau. Malgré l’heure avancée, on décharge encore des plateaux de vannerie des poissons luisants très frais. La mer et tout proche. Hoi an fut un port marchand très important jusqu’au 18ème siècle avant que l’estuaire de la rivière ne s’ensable.
Le destin de Hoi An me fait penser à celui de Trinidad (Cuba). Villes marchandes très prospères dont le port a perdu son activité. La prospérité de Hoi An provenait du commerce de la Soie et des échanges avec la Chine, le Japon mais aussi l’Indonésie et le Portugal et le reste de l’Europe. La ville marchande était cosmopolite avec ses quartiers chinois et japonais, ses maisons communautaires, ses boutiques.
Les Américains, en installant leur base à Da-Nang lui évitèrent les ravages de la guerre. Le classement au Patrimoine Mondial de l’Humanité lui a apporté la manne du tourisme.
Le marché est à peu près indemne des marchands de souvenirs et de fripes. C’est un marché alimentaire traditionnel avec une infinité de légumes, d’herbes, de poissons. Les engins à moteur se fraient un chemin entre les étals, concurrencés par les bicyclettes et les piétons.
Nous sommes toujours impatientes de voir les photos développées. Nous confions un rouleau au premier photographe venu à la sortie du marché. Très mauvaise affaire ! Sur le récépissé écrit en vietnamien, ne figure pas l’adresse (ce que nous ignorons). Ce sera toute une expédition pour récupérer les photos. On nous envoie à l’opposé de la ville chez un homonyme qui a fermé boutique, remplacé par une boutique de robes de mariage. Il ne reste plus que de refaire pas à pas l’itinéraire du retour (qui n’était pas le plus direct). Heureusement que HoiAn est une petite ville !
La piscine de l’hôtel Vinh Hung2 est très jolie. Nous y terminons l’après midi Je nage sur le dos en me guidant au filin portant cinq lampions rouges. Généralement sur le dos, je dérive mais pas ce soir. Le ciel prend une teinte bleu profond, les lampions s’allument. C’est une atmosphère magique. La fatigue du voyage est effacée. Il fait presque trop frais. Nous laissons la nuit s’installer.
Juste devant l’hôtel, la boutique d’un photographe et une agence de voyage avec un cybercafé d’où l’on peut téléphoner beaucoup moins cher qu’à la Poste. Le photographe jeune, avenant se débrouille bien avec son ordinateur. Il me copie la carte mémoire sur un CDROM en un clin d’œil. Pour les tirages, ce sera beaucoup plus long. De son discours, supposé être de l’anglais, je saisis « good bibel » « highquality ». High qualité, je comprends, c’est moi qui ai choisi cette option. Mais que vient faire la bible Là- dedans ? Il y a confusion entre les M et les N et même les R mais je ne savais pas que P et B sonnaient pareil. La Bible, c’est simplement le papier. Il en utilisera un bon ! Je demande un devis – retour à l’ordinateur : menu Accessoires/ Calculatrice. 3000VNDX427., On arrive à la coquette somme de 1 200 000VND convertie en €, c’est très avantageux. Mais les millions intimident. Le photographe encore plus que moi. Il veut une caution. Je fais celle qui ne comprend pas. Retour à l’ordinateur: logiciel de traduction automatique. Il tape un mot-clé. Sur l’écran s’inscrivent toute une série de phrases concernant la réservation d’une chambre d’hôtel, celle d’une voiture. Je ne peux plus faire l’andouille. Je lui laisse 500 000VND.Il me serre les deux mains dans les siennes, courbettes, bonne nuit ! A peine suis-je remontée dans la chambre que le téléphone sonne. Le photographe est à la Réception avec le CD.
Yersin fait partie de mon panthéon personnel. Le musée Yersin est installé dans un pavillon de l’Institut Pasteur de Nha Trang. Nous y sommes accueillies en Français. L’exposition comporte surtout des lettres de Yersin à sa mère, ses diplômes, des articles de journaux mais aussi des photos des Pasteuriens : Calmette et Koch. Tous les livres de Yersin sont rangés dans sa bibliothèque, livres de médecine mais aussi de physique, littérature et romans policiers.
Yersin fut vraiment un esprit original. Né en Suisse, il étudia la médecine à Genève mais rejoignit l’Institut Pasteur comme collaborateur de Calmette. Il devint ensuite médecin de marine puis carrément aventurier et explorateur. Quand il arriva à Nha Trang, la route de Saigon n’existait pas. Il partit cartographier la jungle avec des cotonnades et bimbeloterie, des armes et des instruments de mesure. Il échangeait cotonnades contre de la nourriture.
Sa découverte majeure, le bacille de la peste, est bien expliquée. Je ne savais pas que les puces porteuses de peste souffraient d’occlusion intestinale qui les rendait plus agressives.
Les intérêts de Yersin étaient variés : agronomie avec la station de Dalat. Il fallait élever des bovins et des chevaux pour produire du sérum. Il ne se contenta pas d’élevage, il introduisit l’hévéa, cultiva la plante à quinquina. Il s’intéressait aussi à la physique, à l’aviation et à l’automobile.
Cette visite est très émouvante.
En barque sur la rivière Cai
Nha Trang sur la rivière Cai
Dans l’estuaire de la rivière Cai, les bateaux de pêche bleus, les maisons sur pilotis et des îlots de granite sont très pittoresques. Sur un petit canal, sont construites des maisons de bric et de broc, contreplaqué et grillages, mais aussi briques et parfois un beau portail peint et un petit jardin avec des fleurs et des bonsaïs. Habitat très misérable où l’on fait des efforts pour améliorer le quotidien. Dignité, de ceux qui ont si peu ! Un filin a été tendu à travers le canal : deux pontons de bambou, au milieu un bateau-panier pour faire la navette.
Pêcheurs sur la rivière Cai
Des pêcheurs débarquent du poisson. Pour la photo, une femme déploie un poisson volant. Elle demande 10 000 dongs. Les autres aussi. Une autre femme nous hèle. Je l’avais remarquée pédalant pour faire avancer son sampan. Au lieu de ramer avec les bras, elle pousse les rames de ses pieds nus. Elle propose de nous emmener faire un tour pour 50 000 dongs. Promenade tranquille entre les gros bateaux de pêche peints en bleu et portant toutes sortes de décoration .Ici, les yeux de la proue sont allongés. Noire, la pupille, le tour, blanc, l’ovale souligné de jaune. Sur la cabine, un quadrillage blanc imite la porte et les fenêtres. Les bateaux à cabine plate portent un décor géométrique de couleurs variées, pavage ou damier avec des rectangles et des losanges. Les sampans ne sont pas bleus comme les bateaux à cabine. L’intérieur est souvent rouge ou jaune, l’extérieur n’est pas peint, on ne peint que les 50 cm qui sortent de l’eau. En revanche, ce sont eux qui arborent les plus beaux yeux. Enfin, les bateaux-paniers ronds en vannerie sont recouverts de vernis transparent ou peints en bleu. Le décor est complété par les hampes des drapeaux le plus souvent rouges qui servent de repères pour les filets. Sans parler des casiers, filets, séchoirs à poisson sur le haut de la cabine !
Bonne nouvelle : Pour un supplément de 4$, nous pourrons garder notre belle chambre jusqu’au soir. Inutile de boucler les valises à l’avance. Nous pourrons nous doucher et nous changer après la plage. En dehors de quatre ou cinq enfants, la plage est déserte. Nous retrouvons « notre coin » sous l’arbre.
Déjeuner au restaurant de plage : deux rouleaux aux crevettes et des légumes sautés à l’ail. (10 000VND) Le décor n’est pas aussi sophistiqué qu’au restaurant du haut, mais les légumes plus savoureux.
Très agréable après midi au calme, juste troublé par l’arrivée d’un couple de français très sympathiques. Je me baigne longuement en compagnie de la femme. Ils voyagent à l’aventure avec seulement un petit sac chacun. Ils atteindront Shanghai.
La masseuse travaille également au restaurant et balaie la plage. Dominique lui achète son huile de massage. Elle demande un parfum. Je remonte pour lui chercher des échantillons. Ravie, elle nous embrasse.
5H45, je commence un dessin par la fenêtre de la salle de bain et ,’observe les bateaux multicolores qui emportent les passagers vers les îles.
le charme désuet du passé
Je descends ensuite vers la plage. La chaise d’arbitre en ferronnerie délicate, ornée de volutes, encore en très bon état, est debout dans les lianes, près du court délavé. Les lignes blanches subsistent sur le ciment. Depuis longtemps, aucun filet n’a été monté. India Song, encore, la bicyclette rouge posée contre le grillage…Cette chaise d’arbitre ravive une certaine mélancolie qui émane des lieux. Le charme désuet des endroits déclassés. Du temps de leur splendeur, ces villas devaient rayonner dans leur écrin de verdure soignée. Une armée de jardiniers devaient ratisser, tailler au cordeau les topiaires, arroser les fleurs. Maintenant, les jardins envahis de buissons informes et de lianes ont soif. Contrairement à Saigon, il ne pleut pas ici. La plage privée devait impeccablement balayée. Des yachts à la place des navires marchands. Une société choisie se pressait sous la paillote des cocotiers. Les fêtes devaient avoir un lustre qu’on ne peut pas comparer au « Jacques-a-dit » et au karaoké. C’est justement ce parfum de « has been » qui a du charme. Sont passées des révolutions, des années de communisme. D’ailleurs, les personnages de l’entourage de Bao Dai n’étaient pas franchement ceux que j’aurais aimé rencontrer.
sanctuaire de Po Nagar
sanctuaire de Po Nagar
Après le petit déjeuner, excursion au sanctuaire de Po Nagar.
Les « vieilles pagodes » de Saigon dataient du 18ème siècle si ce n’est pas du 19ème, nous allons voir un site datant du 7ème au 12ème. J’imaginais donc une sorte de site archéologique. D’autant plus que l’ancien royaume Champa n’existe plus depuis le 18ème. Je n’imaginais pas que des fidèles puissent se presser dans cet ancien sanctuaire hindouiste pour honorer l’ancienne déesse.
autel et offrandes
Il y a foule quand nous montons les marches qui mènent aux temples. Des colonnes octogonales précèdent l’esplanade des temples sur un plateau. La montée est ombragée par de grands arbres. Les trois pyramides ressemblent aux stupas de Thaïlande. L’une d’elle est très haute, très décorée, la voisine plus abîmée par l’érosion, la troisième beaucoup plus petite. Sur une table en des offrandes sont prêtes des petites pyramides de,: fruits, anones vert pâle, fruits du dragon rose vif Devant chaque temple, un chaudron pour piquer les baguettes d’encens. Nous ne sommes pas dans un site archéologique mais dans un lieu de culte bien vivant. Ici, on honore l’aspect masculin de Shiva au nord, l’aspect féminin au sud, son épouse Bhâgavata, la déesse mère, Po Nagar.
apsara?
Tout d’abord, nous sommes désorientées. Nous cherchons les points cardinaux, pour repérer les éléments cités dans nos guides. Progressivement, dans les pyramides de brique, nous découvrons des têtes de grès, des animaux, des bas reliefs de plus grande taille dans les briques : un grand éléphant, la gueule d’un lion deviennent visibles.
Des familles endimanchées se pressent devant les stèles, déposent leurs baguettes d’encens. Nous réalisons que nous sommes les seules en short. Des photographes professionnels officient. On vient les chercher. Ils organisent les groupes, les alignent, faisant poser les pieds une position bien précise. Ils promènent le groupe dans différents endroits du site.
Après une bonne heure de visite, je me pose pour dessiner. Dessiner est la meilleure façon d’analyser l’architecture. Je saisis alors comment la symétrie s’organise autour des fleurs de lotus superposées, je distingue les pyramides inversées. Puis les animaux et les têtes de grès prennent place.
La rivière Cai
fruits du dragon
Deux ponts enjambent l’estuaire de la rivière Cai .Nombreux bateaux de pêche sont à l’ancre. Une très jolie petite île porte juste une pagode au toit incurvé encastrée entre de gros blocs de granite, sous deux arbres, un cocotier et un feuillu en forme de parapluie.
Pour aller au promontoire Hon Chong nous traversons un petit marché. Une femme cuit des galettes de riz dans des mini-crèpières sur les braises. Elle les fourre avec toutes sortes de bonnes choses : vermicelle, crevettes, herbes, piment. Nous y aurions bien goûté !je me contente de les photographier. Une femme me pousse son fils devant l’objectif. Je le prends en très gros plan, le télé était au maximum. Je lui montre le résultat sur le petit écran. Elle est ravie. Je me félicite de mon nouvel appareil numérique. Cela crée des rapports totalement différents s avec des inconnus. Le petit appareil tout plat est perçu comme moins agressif que le zoom qui évoque une arme. Les gens découvrent leur image, ils pensent exercer un contrôle, tout simplement ce miroir d’un autre type leur plaît.
Bateaux-paniers sur la plage
Il fait très chaud, pas un nuage, pas d’ombre. Nous arrivons à la plage. Un homme, debout dans l’eau jusqu’aux épaules, bat la surface de l’eau avec un gourdin : il pêche. Un autre calfate son bateau-panier tressé. A la hauteur d’une toute petite île à quelques dizaines de mètre du rivage, une femme nous propose d’aller sur l’île. Elle fixe le prix du passage à 30 000 dongs. C’est très cher mais nous acceptions. Un groupe de gamins nous escorte. Le bac est une barque assez haute, le débarcadère un pneu dans les rochers. J’irai seule visiter la pagode de l’île minuscule. Je suis accueillie par Quan Am et un dragon de Disney. Quatre parasols métalliques sont posés là, un peu plus loin, un auvent abrite un gong. C’est tout ! En trois minutes, j’en ai fait le tour !
Quan Am et le dragon
Le promontoire de Hon Chong est une petite pointe granitique avec un joli chaos, et une petite plage. Des vendeuses ont colonisé le moindre endroit à l’ombre. Dominique trouve quand même un petit acacia pendant que je nage dans l’eau transparente. Une baignade à inscrire dans les annales !
une baignade mémorable!
Déjeuner léger : rouleau de crevettes et assiette de fruits pour moi, cocktail de crevette (bien décevant) et légumes sautés pour Dominique.
Des clameurs viennent de la plage. C’est dimanche et plusieurs cars ont déversé leur cargaison. Nous attendons le milieu de l’après midi pour retrouver nos chaises longues sous notre arbre à la plage. La masseuse nous reconnaît et fait unmassage plus énergique que celui d’hier.
Un escalier part du minuscule débarcadère pour les îles. Il conduit à la grande villa entre deux rangées de flamboyants défeuillés qui ont soif. Je commence à mieux saisir l’ordonnancement des plantations masqué sous le fouillis de broussaille. Les arbres n’ont pas été plantés au hasard.
Nous dînons : porc au caramel, rouleau de crevette et riz devant la télévision. Le Liban, quelle désolation !
Au lever du soleil, la lumière est splendide, je découvre avec émerveillement les villa au sommet d’une étroite presque île. On voit la mer de partout. Dans la végétation luxuriante, les grosses villas (années 40 ou 50 ?) peintes en crème, volets vert foncé et bleu canard. Grand sobriété des lignes, des arrondis, quelques moulures sobres. Charmantes, un peu désuètes. Les frangipaniers sont en fleurs, les bougainvilliers tranchent sur les murs clairs. Les perrons ont un ciment rose qui figure un tapis.
Dans un creux, une petite crique avec des palmiers. Je m’installe sur le perron pour écrire.
La femme de ménage balaie les restes de la fête. Elle se plante devant moi et me demande mon métier.
-« Professeur », je lui réponds
– « je l’aurais deviné à voir écrire ». Elle a très envie de bavarder. Elle me raconte sa vie, son mari a divorcé après 15 ans de vie commune, son fils à l’armée…Depuis 22 ans travaille à la villa, elle s’y sent mieux ici que seule à la maison. Elle apprend l’anglais et veut le pratiquer.
la plage des villas Bao Dai
Au petit déjeuner, la dame d’hier soir nous offre du jus d’orange et se précipite pour nous apporter de la confiture de fraise et du beurre : un petit déjeuner français ! Sur la table des étudiants danois, des céréales et des yaourts. Les clients asiatiques se servent en phô, riz ou nouilles. Je les imite. La soupe, le matin, me va très bien ainsi que les fruits frais. La salle de restaurant, à l’étage, est vitrée sur deux côtés, la vue sur la mer et les îles est merveilleuse.
Une dame assez âgée m’accueille à la Réception et se répand en excuses :
– « Nous ne nous rendions pas compte que vous étiez fatiguées ! ».
Je lui réponds que c’est plutôt à moi de m’excuser :
– »ce n’est pas parce qu’on est fatigué qu’on a le droit d’être désagréable… »
Après cet échange d’excuses réciproques, la dame me propose une chambre avec vue, avec supplément bien entendu (20$). Je décline son offre. Le parc est merveilleux, l’endroit est si agréable que nous nous contenterons de la chambre sans fenêtre. La dame insiste
– « Visitez quand même la chambre ! ».
Elle m’accompagne et ouvre la plus belle chambre avec vue : une chambre de princesse, ou de star de cinéma, ou des personnages d’India Song. Je suis éblouie. 40$ en supplément, c’est une somme ici ! A peine de retour à la chambre, le téléphone sonne. Pour nous, spécialement, en offre exceptionnelle, 15$ la nuit. Pour une chambre de reine ! Nous déménageons !
Nous écartons les grands rideaux au drapé élégant qui ondule dans le courant d’air du ventilateur à grandes pales. La pièce est blanche, très haute de plafond – au moins 5 m- trois arcades avec deux colonnes séparent la chambre à coucher d’un petit salon où deux grands fauteuils de bois sombre se font vis-à-vis, séparés par une table basse. Au fond, une coiffeuse en trois parties, surmontée d’une grande glace rectangulaire à cadre de bois. Deux grands lits de 140 posés sur un coffre de bois. La tête de lit, une boiserie très sobre, court tout le long des deux lits. En face, un bureau et une armoire modern-style. Les moustiquaires, enfermées dans des coffres au dessus de chaque lit, sont maintenant obsolètes avec la climatisation. Seul le frigo moderne dépare dans le mobilier d’époque. La salle de bain est immense avec deux fenêtres. De la baignoire, on prend des photos, au premier plan, bougainvilliers roses, plus loin, un flamboyant en fleurs, à l’horizon, sur la mer turquoise des voiliers, se balancent. Nous sommes ravies !
Sur la plage, nous choisissons un parasol, un lit de bois et un transat. Nous serons pratiquement seules toute la matinée. Des gens arrivent, se prennent mutuellement en photo et repartent. D’autres s’installent au restaurant sous la paillote. Très peu se hasardent dans l’eau. Elle ne mérite sûrement pas le pavillon bleu. Des sacs plastiques venant des bateaux sont échoués sur la plage et flottent près du bord. Quand on a franchi les dix premiers mètres l’eau devient claire et transparente. Un club de plongée a limité un grand rectangle avec des filets qui ne laissent pas passer les détritus. Je m’y baigne sans scrupule. Nous passons donc une très agréable matinée de farniente sous un arbre à larges feuilles. Une masseuse se présente. D a mal au tendon d’Achille depuis des semaines. Elle accepte volontiers le massage des pieds. L’huile de massage contribue-t-elle au soin ? Pendant les 24 heures qui suivront elle aura oublié la douleur.
Un taxi nous conduit au premier guichet automatique (ATM) pour de l’argent frais. Situé dans un hôtel, sur la Croisette, nous y faisons une promenade sous les cocotiers ombrageant des pelouses très vertes. La plage est magnifique et presque vide. Dommage que je n’ai pas mon maillot de bain.
Pour faire quelques courses, nous prenons une rue perpendiculaire. C’est l’occasion de rencontres fortuites avec des vietnamiens francophones. Le premier, travaillant dans une agence touristique, nous fait ouvrir la boutique du voisin. Le second, un cyclo assez âgé commence la conversation en pédalant. Il nous suit alors que nous nous rendons à la Poste de l’autre côté du pâté de maisons .Il dit qu’ »il parle français parce que sa famille n’est pas communiste »( ?) De vieilles vietnamiennes l’arrêtent et montent. Le cyclo poursuit tranquillement la conversation avec nous. Il nous promet de nous promener quand il aura fini sa course.
Peu à peu, les gens arrivent à vélo. La plage et la Croisette se remplissent. J’rai envie de dessiner la palanche d’une vendeuse. Dans un panier, toutes sortes d’ustensiles, suspendues au balancier de bois, des seiches aplaties translucides et rosées, les tentacules tordues comme des vermicelles. La dame pousse son installation pour que je dessine à mon aise.
Vendeuse sur la plage de Nha Trang
Depuis que nous sommes au Vietnam, plus que le paysage, plus que les monuments, ce sont les gens que j’ai envie de dessiner. A HCMV, le flot des motos me fascinait. J’avais envie de croquer les motos au feu rouge avec leurs passagers, la famille complète en brochette sur une seule moto, les femmes masquées, enfoulardées, celui qui transporte un bonsaï de bonne taille sur le porte-bagages. Celui qui croule sous une masse de paquets empilés à l’arrière de la moto Difficile de dessiner les cyclo-pousses du balcon de Liberty3. L’un d’eux semble dormir sur son engin mais il décampe avant que j’aie dessiné la deuxième roue.
Pourquoi rester plus longtemps sur la Croisette, maintenant bondée ? UN taxi blanc nous ramène à l’hôtel. Ces taxis ont tous des compteurs. C’est bien reposant de ne pas négocier à l’avance le prix de la course.
La soirée est douce, la lumière, jolie, nous explorons le parc et les autres villas. La plus belle est celle qui coiffe la colline avec sa tourelle et ses balustres bordant la terrasse. Vers 17H45, cela vole drôlement autour de nous. Alerte ! Les moustiques ! Nous n’en avons pas vu l’ombre d’un à Saigon et à Canthô. Ici, à l’écart de la ville il faut se méfier. D’autant plus que nous ne prenons aucun anti-paludéen. Retour à la chambre. A regrets, je revêts les pantalons imprégnés et une chemise à manches longues. Je me tartine à la lotion qui sent le coco et me vaporise. Cela semble suffire. Nous reprenons la promenade sans être importunées.
Pour dîner, nous avons commandé des crevettes aux choux, des calamars grillés et du riz cantonais. Service en chambre dans notre suite de star ! Les plats sont ravissants décorés avec des légumes découpés, une fleur de frangipanier dans un radis, au cœur un morceau de tomate, les concombres sont coupés en cinq, les lamelles impaires tendues, les paires enroulées (doigté du piano ).
Encore, ce soir, l’actualité s’impose avec insistance. L’opération israélienne est une véritable guerre. Nous sommes scotchées à la télévision. TV5 d’abord, CNN après. Je commence à comprendre ce qui se passe et cela m’attriste d’autant plus ; pour les Libanais qui subissent impuissants et sont les victimes d’un conflit qui ne les concerne pas. Pour Israël aussi qui reçoit des missiles et qui vit sous la menace des armes iraniennes. Toutes les gesticulations du Président iranien ont abouti à cela. Comme si la situation avec le Hamas ne suffisait pas, il fallait ouvrir un front au nord contre le Hezbollah !
4heures du matin, je remets le masque et les bouchons d’oreilles (pochette-cadeau d’Air France sur le vol Paris-Cotonou). L’ hôtel, Liberty 3 est situé sur une artère bruyante et très éclairée. Même la nuit, les véhicules klaxonnent sans arrêt.
5H50, réveil. Les valises bouclées à 6H10.
6H30 petit déjeuner, surtout des fruits. Les plats chauds sur les réchauds à alcool sont à peine tièdes, la soupe figée.
7H départ à pied vers le Café Hahn
7H30,première installée dans le car, au premier rang, vue panoramique. Qu’attend-on ? Des retardataires s’installeront encore à 8H30. Enfin, le car s’ébranle, pour aller…au bout de la rue, faire un premier tour de quartier. Il manque quelqu’un. Puis à la station service, puis, à la gare routière. On embarque encore des passagers à 9 H.
La circulation est dense, la sortie de HCMV, interminable. Nouveaux quartiers :des barres de quinze étages, des tours de 30. Les immeubles sont neufs, certains inachevés. La nationale 1 est bordée de toutes sortes de constructions sur une cinquantaine de km. Des villes se succèdent avec d’énormes églises de ciment, le clocher souvent séparé, d’innombrables bancs alignés à l’extérieur pour la messe.
Le long de la route, des garages, des échoppes sous des tôles plus ou moins rouillées, des marchandises diverses. Nous ne trouvons la campagne qu’après le premier arrêt-pipi sur une aire de service des cars vers 10H30. Le car roule à 50 km/h avec des pointes à 60, jamais plus .
Les bornes kilométriques, les mêmes qu’en France, portent des indications lointaines Hanoi 1700km, Hué 807km. La ville la plus proche est Pham Thiet dont nous n’avons jamais entendu parler. Le car passera-t-il par Dalat et les hautes montagnes ? Ou suivra-t- il la côte ? Sur le bord de la route, des vendeuses de fruits sont installées devant des pyramides de ramboutans hérissés de piquants mous orange à rouge. Leur pulpe ressemble à celle des litchis, en moins parfumée. Je reconnais les hévéas à leurs cicatrices sur les troncs. Je n’en avais encore jamais vus. Au sol, du manioc ou autre chose pas un cm qui reste nu. Du vert partout.
Les deux voies du milieu sont pour les autos, deux autres voies sont réservées aux motos. Les paysans utilisent le bas côté pour faire sécher de longues feuilles qui deviennent très blanches et dont ils font des bottes. Peut-être des feuilles de canne ? Des collines pointues se profilent dans la brume. Les rizières sont vert fluo exactement comme la carte postale du Vietnam tel que l’on l’imagine, avec des paysannes aux chapeaux coniques.
Près de Pham Thiet : nouvelles cultures. Des plantes grasses poussent verticalement sur de gros poteaux de granite, puis, retombent en parapluie très fourni: plantes du fruit du dragon à l’écorce rose fuchsia et à la forme bizarre. La fleur jaune est très décorative. Toute l’activité agricole tourne autour du fruit du dragon que l’on récolte dans de gros paniers ronds. Sur une moto, on en charge quatre ou cinq paniers. Dans le port de Pham Thiet, bateaux de pêches, très colorés.
Le bus a quitté la Route Mandarine pour la route côtière. Arrêt déjeuner à Mui Nédans le restaurant du Café Hahn, l’entreprise qui gère l’Open tour. Peut être le déjeuner est il compris dans le prix du ticket ? D choisit un sandwich-club et moi une soupe de fruits de mer. Une vietnamienne assise à notre table a commandé du riz frit aux fruits de mer sentant l’ail qui me fait envie. La soupe est fade. Côté plage, des resorts, des bungalows, plus ou moins luxueux, plus ou moins bétonnés. De l’autre côté, des dunes spectaculaires. 200km séparent Mui Né de NhaTrang. Au moins 4 heures de route. Le car a perdu les trois quarts de ses passagers à Mui né. Le chauffeur se permet des extravagances sur la route côtière (80 km/h, virages coupés). Nous retrouvons le Vietnam de carte postale avec ses rizières et ses sommets bleutés. Je m’assoupis .
La nuit tombe quand nous arrivons à NhaTrang.
Nha Trang : villas Bao Dai
NhaTrang by night
Le chauffeur du taxi nous mènant aux villas Bao Dai, parle foot. Nous : « Zidane bad ! », lui: « Thierry Henry, Vieira, bons joueurs, et Platini aussi. ». A la réception de l’hôtel Bao Dai, personne ne nous attend. Nous n’avons pas de vouchers.
Je sors le « Roman » concocté par l’agence Nostalsia puis mon passeport. L’hôtesse reconnaît mon nom. Une réservation a bien été faite. La dame ouvre la villa. Notre chambre n’a pas de fenêtre. Une vitre communique avec l’entrée si bien qu’il faudra fermer les rideaux. Nous sommes anéanties. Nous attendions beaucoup de ces villas au décor enchanteur et nous voici dans un placard ! Pour une nuit ce serait parfait, mais nous restons trois jours. D laisse éclater sa colère bien que tous les livres l’interdisent, recommandant de rester zen dans toutes les circonstances. Si notre interlocuteur perd la face – nous prévient–on – la situation ne peut qu’empirer. Pour couronner le tout, deux cars ont apporté une cargaison d’estivants installés en rond autour d’un feu de camp. Un animateur, avec un micro et des baffles géants, organise une sorte de « Jacques à dit » géant. Tout le monde lève le bras droit, avance d’un pas, frappe dans les mains…cela fait beaucoup de bruit. Sur la plage, il y a karaoké. Comme la voie est occupée par le feu de camp, le porteur ne prend pas les valises. C’est complet !D explose à la réception. J’essaye de négocier une autre chambre. Demain, peut-être, se libérera une chambre avec vue, mais il faudra payer un supplément. L’hôtesse n’ose pas prendre d’initiative. Elle parlera plus tard à sa chef.
Je retrouve D descendant les marches du restaurant, d’excellente humeur. La dame du restaurant parle français. On nous apportera le dîner dans la chambre, des fruits de mer : calamars sautés aux légumes et calamars au caramel, soupe de crabe aux asperges. La soirée se termine mieux qu’elle n’avait commencé.
CNN retransmet en direct la séance à l’ONU concernant l’intervention d’Israël au Liban. L’Ambassadeur d’Israël justifie longuement l’entrée de Tsahal au Liban en citant un parlementaire libanais « la Syrie a donné les ordres, l’Iran les armes, le Liban n’est pas capable d‘empêcher le terrorisme ».
Même taxi qu’hier : un vieux tacot sans clim, deux chiens hochant la tête et QuanAm dans du plexiglas. 2$ pour le ferry. 7H40 l’hydroglisseur arrive. 480 000 dongs pour les deux allers-retours.
Croisière sur la Rivière de Saigon
L’hydroglisseur est fermé, il n’y a pas de pont. Sur une plateforme, deux places debout à l’extérieur. La croisière se déroule sous un soleil radieux sur la Rivière de Saigon. Le port d’HCMV se trouve en pleine campagne dans un décor de palmiers d’eau. Les grues des docks sont floues dans la brume. De grands bassins s sont aménagés pour la pisciculture. Comme à Canthô, la végétation luxuriante cache les habitations que l’on devine derrière les palmiers. Des antennes de télé dépassent la cime des arbres.
Une centaine de kilomètres séparent HCMV de Vungtau, par la route, difficile d’évaluer les distances sur l’eau. L’hydroglisseur file, le voyage dure 1H20.
arrivée à Vungtau
Je commence à bien saisir ce qu’est un delta avec les immensités recouvertes d’une forêt humide sillonnée de canaux. Pas de rizière visible, pas de village. Seulement les palétuviers avec leurs racines aériennes. Gros bateaux qui remontent vers Saigon, petites embarcations des pêcheurs. Les bateaux déglingués amarrés en ligne à des bouées servent d’habitations. Une passerelle relie les embarcations ;
L’orphelinat de Vung Tau
La Rivière devient très large, des collines se profilent. C’est Vung tau. On ne sait plus bien où finit l’estuaire et où commence la mer. On sent des creux, le bateau se balance, nous approchons du but.
Taxis et motos attendent les voyageurs;
– « To the beach ! Cheap ! ».
– » Non, c’est l’orphelinat qu’il nous faut! »
Au vu de l’adresse, le chauffeur demande 2 $. Ce n’est pas loin. Il nous dépose devant une porte métallique bleue. On entre, des enfants, les murs du hall d’entrée sont peints de couleurs vives, animaux et personnages comme n’importe quelle école maternelle, il y a trois balancelles chromées. Des tout petits, des adolescents, un adulte qui ne comprend pas ce que nous faisons ici, nous conduit au bureau où une jeune fille aimable officie devant un ordinateur. Elle comprend un peu l’anglais, un peu seulement. Je dévide mon histoire :
-« Ma sœur donne de l’argent aux « enfants des rizières » pour un petit Bao qu’elle parraine qui devrait être ici »
la jeune fille ne comprend rien. Elle ne connaît pas les « enfants des rizières » ne connaît pas de Bao. Elle nous montre un banc,
– « Asseyez vous, attendez, la directrice va venir ! ».
Nous préférons aller dans la rue faire des photos des enfants. Ils sont ravis de se voir sur le petit écran de l’appareil numérique. Ils posent, se poussent, se font les cornes – comme tous les enfants du monde. Certains sont très vifs, d’autres timides. En dehors de problèmes de peau, ils ont l’air bien nourris. Après la séance photo, je repasse les photos et j’ai l’idée de leur montrer l’avion. L’avion plait beaucoup. Je montre Saigon, la statue d’HôChiMinh, cela les amuse mais ils veulent revoir l’avion.
Sur une moto, arrive une petite dame menue, casquette et masque. Ce n’est pas Madame Le Thy Trang Dai qui parle le français. la dame écoute à peine mon boniment. D’ailleurs elle comprend très peu l’anglais « No baby Bao ! ». J’ai l’impression qu’elle va nous ficher dehors. Probablement, elle nous prend pour des femmes en mal d’enfants qui veulent voler le petit baby Bao.
les enfants de vungtau
Nous n’allons quand même pas remporter le jeu de quille et les bonbons. J’installe les quilles en triangle « Bowling ! » dit l’un d’entre eux. Ils connaissent le jeu mais n’osent pas jeter la boule pour faire tomber les quilles. Un grand s’en charge. Personne ne veut jouer au bowling. Un gamin effronté s’empare d’une quille et fait une démonstration d’art martial (lequel ?). Les quilles font de magnifiques massues. C’est beaucoup plus drôle comme cela. Chacun en empoigne une. Ils miment des combats. Dans la rue, les plus grands on inventé un jeu : ils ont superposé des cartons et une pierre et tentent de toucher la pierre avec leurs tongs. Pieds nus, au milieu de la rue, claquettes à la main, ils lancent les chaussures. Personne n’y arrive. Tant pis ! Ils reforment le rang de l’autre côté. Nous n’avons plus rien à faire ici.
Plage
Nous allons donc à la plage. D’abord à pied en suivant une belle corniche pavée d’un damier rose et noir en granite, tellement brillant qu’on s’y voit comme dans un miroir. La mer bat les rochers en dessous de la balustrade. De l’autre côté de la rue : de belles maisons, des restaurants, des hôtels. Un taxi s’arrête à notre hauteur, puis deux motos. La plage est distante de 4 km, de l’autre côté du Cap. Pour 2$ le taxi nous conduit à la grande plage de sable.
Les Vietnamiens aiment sans doute venir à la plage en famille et ne redoutent pas la promiscuité. Contre la digue, sous une bâche, on a entassé des dizaines de transats en tissu rayé, séparés seulement par des petites tables de plastique bleu. Une sorte de tente sous forme de pyramide donne de l’ombre à une vingtaine de chaises longues qui se touchent. Assorties aux tables, des corbeilles de plastique bleu. Des cantines sont associées à chaque installation de plage mais on n’y vend ni nouilles ni sandwiches. Il me semble d’abord qu’on n’y vend rien du tout. Je remarque ensuite les viviers où grouillent crevettes et crabes. Les paniers bleus sont pour les carapaces des crustacés qu’on fait cuire sur des réchauds. Comment réchauds et glacières sont ils arrivés là reste un mystère. Les vietnamiens n’ont pas de voiture, ils sont soit en moto soit en taxi.
Nous louons deux chaises longues et un parasol pour une somme dérisoire (48 000dongs), dans une rangée où il n’y a personne. Le plagiste agrafe le billet sur la toile, preuve que nous avons bien payé. Tout est bien organisé ici ! il y a des douches(payantes, 8000 dongs = 0.4€), des toilettes par dizaines. Il est hors de question de se changer sur la plage. Ce serait très mal vu. Pratiquement personne n’est en maillot de bain. Les gens se baignent tout habillés. Les hommes en bermuda et T-shirt, les femmes en costume-pantalon, le même qu’en ville, les ados en jeans à la mode serré. Cela doit être horrible quand le jeans colle à la peau. Les seuls « costumes de bain » sont des ensembles avec jupette à volant. Pudeur ou peur du soleil ? Des femmes sont masquées avec des masques de fantaisie à ramage ou à fleurs.
Quand nous nous rhabillerons, nous comprendrons le bien fondé des vêtements dans l’eau. Restée sagement sous le parasol, je suis cuite comme un homard sur les cuisses et les épaules. Je me suis brûlée pendant la baignade. Debout à jouer avec les vagues, je ne sentais pas la morsure du soleil. La prochaine fois, j’imiterai les autochtones pour ne pas renouveler l’expérience !
A treize heures, notre heure, la faim se fait pressante. Les viviers sont vides, les paniers pleins de carapaces. Les Vietnamiens ont fini leur repas depuis longtemps ; j’erre comme une âme en peine. Après un bon quart d’heure, je croise une vendeuse de crevettes en brochettes, prix touriste 10 000 dongs, la brochette. Au restaurant, sur le parking, in ne vend ni sandwiches ni plats à emporter mais la dame me rappelle, elle veut bien me faire une omelette. Les crevettes sont délicieuses. Combien de fois, dans combien de pays, nous avons rêvé de manger des crevettes à la plage ?
Brusquement, le ciel s’assombrit. Les plagistes ferment parasols et auvents. En quelques minutes, la plage est désertée. Presque personne sur le parking. Nous nous engouffrons dans le dernier taxi avant que d’énormes gouttes ne s’écrasent sur le pare-brise. Une violente averse de mousson ! La route est inondée. Le taxi croise à très petite vitesse. Nous soupçonnons qu’il le fait exprès pour faire tourner davantage le compteur ;
Au débarcadère, tout le monde est à l’abri. Pas d’hydroglisseur. La tension monte d’un cran. Si la mer est mauvaise, le retour risque d’être un cauchemar avec les passagers qui vomissent Si cela ne se calme pas, nous serons coincées ici. Je n’ai pas pris assez d’argent pour payer le taxi ou l’hôtel.
La grosse pluie s’est arrêtée en moins d’une heure. Des autobus nous emmènent de ‘autre côté de Vung tau (occasion de voir la ville) au port pétrolier. Nous embarquons directement dans l’estuaire, la rivière de Saigon est encore plus tranquille que ce matin. Le soleil est revenu. Nous nous installons au balcon. La croisière continue. Arrivée somptueuse sur Saigon toute illuminée.
Taxi jusqu’au Musée d’Histoire de HCMV 26000 dongs, rapide, climatisé mais rien de comparable avec la promenade en cyclo. Ce musée se trouve dans un pavillon un peu vieillot avec patios et jardins. Nous passons devant les trois Bouddhas, d’hier, d’aujourd’hui? de l’avenir. Puis, une salle d’apparat avec de beaux meubles laqués et incrustés de nacre d’une très grande richesse. On déambule par ordre chronologique de la Préhistoire au XIXème siècle. On zappe la Préhistoire, 1000ans d’occupation chinoise, la Révolte des Sœurs Trung. Puis les dynasties se succèdent. Dans les vitrines, des batailles mémorables sont reconstituées, batailles avec fortifications, batailles navales, envahisseurs chi ois pris au piège dans un défilé. Je suis toujours incapable de réciter dans l’ordre les Ly, les Lê ou les Tran. Les chronologies indigestes des livres commencent à se préciser. On ne dispose que de peu de repères pour se rapprocher de l’histoire occidentale. Les vitrines sont vieillottes, un peu rébarbatives mais en trois langues. Les plus beaux : les grès Chams, la matière est belle, le travail raffiné. J’y suis bien plus sensible qu’aux autres objets.
Jardin botanique
la taille des bonsaïs au jardin botanique
Le Musée d’Histoire se trouve dans le jardin botaniquequi cumule la fonction de zoo. Le zoo est navrant, les cages sales et exiguës. Les arbres sont d’une taille impressionnante/leur nom est indiqué en latin mais ils appartiennent à des familles que je ne connais pas, sauf les albizzia. Le charme du jardin réside dans les collections de bonsaïs extraordinaires. Je n’en ai jamais vus d’aussi beaux. Nous assistons aux soins : deux jardiniers, avec des ciseaux à bois et des gouges, sculptent le tronc d’un vieil arbre, enlevant les écorces mortes, grattant, évidant le tronc en faisant des trous pour exagérer l’aspect de l’arbre creux. Des fils métalliques courent pour guider les branches. Un arbre complètement défeuillé porte quatre pansements verts. Que cachent ils ? Des greffes ?
consulat français.
-« aucun intérêt? »
– « Si ! Justement, j’ai reçu un SMS cette nuit d’Elisabeth me donnant le numéro de téléphone de la personne qui s’occupe de l’adoption et qui connaît l’orphelinat de Vung tau ».
Il faut faire vite avant que les bureaux ne ferment. Je marche vite à l’avant-garde. Traverser la rue est une aventure. Il semble que nous y arrivons plus facilement aujourd’hui. Peut être avons-nous perdu l’appréhension d’aborder le flot des motos, peut être y a-t-il moins de circulation dans ce quartier.
A l’entrée du consulat, on demande nos passeports. Ils sont à l’hôtel, heureusement on a les photocopies. Et cela marche, on nous donne un badge. Les bureaux du consulat sont spacieux, climatisés. Une note à motif tricolore annonce que les résidents doivent se munir d’une invitation pour la Garden Party du 14 Juillet. Et oui ! Nous sommes en France ! La dame est très aimable, elle nous encourage à aller à Vung tau et nous conseille d’offrir des jeux aux plus grands . « Tout le monde pense aux petits ! Surtout les adoptants qui veulent un bébé. ».
A la Poste
La Poste de HoChiMinhVille
Nous téléphonerons à la Directrice de l’Orphelinat de la Poste. C’est un plaisir d’utiliser les belles cabines de bois rouge surmontées d’horloges à l’heure de Moscou, Séoul, Londres…D me prend en photo justement dans la cabine « Pretoria », comme fait exprès !
Parcs et jardins
Saïgon est une ville très verte, très aérée avec des parcs et des jardins. Nous profitons de l’ombre de ses vieux arbres. A peine assises, le vendeur de cocos arrive avec son balancier. Dans un plateau, des noix de coco taillées en un cylindre terminé par une petite pointe. Dans l’autre, une glacière. Le vendeur décapite la noix et attend que j’aie bu le jus pour découper 4 quartiers. L’erreur était de ne pas demander le prix avant: 40 000 dongs c’est vraiment exagéré !
Jus de coco
Nous rentrons en passant le long du Parc de la Réunification(fermé pendant la pause de midi). Au marché, je découvre les gargotes. On peut s’asseoir autour d’un comptoir soit emporter une barquette. Je commande des brochettes avec des nouilles, du soja et de la salade, des cacahouètes pilées, du piment et la sauce qui va avec. La dame me poursuit dans tout le marché pour glisser le sachet de sauce qu’elle a oublié de me donner. C’est un geste qui me touche.
Musée HoChiMinh
Le vent s’est levé très rapidement et a apporté de gros nuages noirs. Il fait déjà beau quand nous repartons en taxi pour le Musée HoChiMinh. La vieille maison coloniale a été si bien rénovée qu’elle paraît toute neuve : grosse maison carrée sur trois niveaux, belles baies s’ouvrant sur des balcons. Mais le site enchanteur vanté par le guide a fait place à un chantier. Le cours d’eau qui se jetait dans la Rivière de Saigon a disparu sous le travail d’engins de nivellement. Un énorme bateau de croisière bouche la vue sur la Rivière.
Une exposition de photos compare le Saigon colonial à HCMV d’aujourd’hui. C’est très intéressant de voir les bâtiments coloniaux dans leur cadre initial : la double rangée d’arbres de la rue Catinat, l’Hôtel de Ville dans son écrin de verdure. Le centre de Saigon était caché sous les arbres.
A l’intérieur : des photos d’HôChiMinh, quelques fac similés de journaux, du courrier, sa machine à écrire. Rien n’est organisé pour les touristes. Heureusement pour nous HôChiMinh a beaucoup écrit en français !j’ai lu avec beaucoup d’intérêt le courrier adressé aux communistes français et au Kominterm. Toute une page d’histoire. Cela me rappelle le petit musée Che Guevara à la Havane. HôChiMinh, comme Guevara étaient des figures de mon adolescence. Combien de fois ai-je gueulé « HôHôChiMinh ! » dans les manifestations ! Comme Guevara, disparus avant que le communisme ne sente le roussi – dans leur pureté révolutionnaire. Rien qu’on ne puisse leur reprocher. D n’a pas partagé ces souvenirs soixante-huitards et n’est pas émue comme moi. Mais je contiens mes sentiments, un pincement pour ma jeunesse envolée plutôt que pour la Révolution rêvée !
Je suis sidérée par le spectacle d’une femme en oraison devant la statue du leader, des offrandes, de l’encens comme dans une pagode. La pièce ressemble au sanctuaire d’un temple. Des écriteaux exigent le silence. Le culte de la personnalité apparaît ici dans toute sa déviance ! Sans parler du dernier étage où des enfants ont fait des dessins ou des mosaïques en grains de riz.
Petit déjeuner tardif. Des hommes d’affaires de Canthô déjeunent au restaurant de l’hôtel. La clientèle de 7heures, est différente de celle de 6. A 7 heures, c’est costume, chemise blanche impeccable, cravate pour les hommes, jeans serrés, talons aiguilles pour les femmes. Et même ordinateur, puisque l’hôtel est WIFI.
Riziculture
Retour à Saigon, par un temps magnifique, le paysage est beaucoup plus riant qu’à l’aller (il pleuvait). Dans les rizières, grande activité. Sur le bord de la route, toute une file de sacs de riz rouges, et une sorte de tapis sont déposés faire sécher la récolte (je n’ai pas compris de quoi). Le riz est mûr, on le récolte à la faucille. De grands tas de paille brûlent. Les cendres serviront d’engrais. D’autres champs sont inondés. On y a repiqué des pousses vert tendre. Dans le delta on fait trois récoltes, c’est peut être ce qui explique que plusieurs stades différents coexistent. Notre guide nous explique la riziculture. Dans le delta où le sol est très fertile, on sème à la volée. Ailleurs, il faut « piquer » pour semer. La récolte est familiale. Après la Réunification, l’Etat a essayé de collectiviser la culture du riz. Mais cela a échoué, on a supprimé les coopératives et rendu les rizières à l’exploitation familiale. Le guide paraît tout à fait critique vis-à-vis du communisme en milieu agricole.
Du pont suspendu sur le bras antérieur (ou principal) du Mékong, on domine la plaine. Partout des arbres : des vergers. Je reconnais les manguiers mais ce n’est pas la saison des mangues.
récolte du riz
jardin
A mi chemin, le chauffeur s’arrête dans un « jardin » aménagé avec des restaurants, des cafés, des boutiques de friandises. Nous visitons un petit zoo mal fichu et rouillé peuplé d’un python, de quelques tortues, d’un couple de singes agressifs à qui on a retiré le petit – tout malheureux dans une grande cage – plus loin. Beaucoup plus intéressants : les bonsaïs de grand format – ou arbustes taillés – dans de grosses potiches. Ce qu’on appelle ici jardin est très loin du jardin européen. Le naturel n’a que peu de place. Entre les bassins, des petites îles surmontées de montagnes artificielles peuplées e pagodes en céramiques et de personnages. Les petits ponts arqués enjambent des ruisseaux qui coulent sur le ciment. Les arbres en terre portent des pots criblés de trous où poussent des orchidées. Malgré le ciment, malgré les cages, l’endroit frais, ombragé est charmant. Un cuisinier prépare de grosses boules de riz qui gonflent jusqu’à atteindre la taille d’un petit ballon sous les baguettes du spécialiste.
bonsaïs
Je crève d’envie d’acheter les nems emballés dans les feuilles de bananes en paquets cubiques. Le guide est formel « cela vous rendra malade ». Je craque pour des rouleaux jaunes formant une grappe accrochée au guidon d’un vélo. A l’intérieur : du riz à la banane. Même pour un estomac occidental cela ne doit pas être bien méchant !
petits paquets comestibles
Retour à Liberty3, la nouvelle chambre est plus petite que la précédente mais mieux équipée : il y a un coffre pour notre « trésor ».
Après un petit déjeuner copieux, on peut se contenter de bricoles à midi .
Pagode de l’Empereur de Jade.
la pagode de l’Empereur de Jade
2h, nous avons réservé deux cyclos pour aller à la Pagode de l’Empereur de Jade. Les hôtesses de la réception conseillent plutôt le taxi. Par la vitre, les cyclos nous font signe. Ce serait malhonnête de prendre un taxi sous leur nez. Nous fixons le prix à l’avance 10 000VND chacune. C’est deux fois plus cher que le taxi mais tellement plus agréable ! Nous avons le cyclo le plus neuf de Saigon – tout chromé – tout brillant avec un large siège. Je pensais qu’on n’en fabriquait plus ! Il faut faire intégralement confiance au cyclo même quand il prend des initiatives étranges comme rouler à contre-sens avec toutes les motos qui nous arrivent en face. Au feu, il se positionne à l’avant de la ligne des motos qui lui laissent courtoisement la priorité. Au carrefour, c’est la folie avec tous ces véhicules qui nous frôlent et nous coupent la route. Sentant mon appréhension, le cycliste me rassure : »je pédale depuis vingt ans et je n’ai jamais eu d’accident ». Si la rue est tranquille, les deux cyclopousses roulent de front. Nous avons tout le loisir de détailler les anciennes maisons coloniales, les buildings en construction, les avions américains exposés. Au retour, on verra le lycée de Marguerite Duras, le palais de la Réunification, le jardin botanique. Et toujours sous un soleil agréable.
les toits de la pagode vernissés
Le Temple de l’Empereur de Jade est un temple taoïste chinois précédé de deux cours. La pagode est un édifice compliqué, rouge sang, surmonté de portiques, de corniches, de personnages de céramique tout à fait charmants, des jeunes femmes portant un vase, des dragons biscornus. Ceux qui gardent l’entrée, juchés sur l’auvent ont leurs yeux exorbités, montés sur ressorts, réellement sortis des orbites !Des balustres surmontent un autre toit. L’architecture est tellement compliquée que j’ai envie de dessiner. Histoire de l’observer mieux ! De petits édifices hérissent la cours dans un désordre apparent ou réel ? Un bassin contient des tortues. L’intérieur du sanctuaire est encombré et enfumé. Des pancartes permettent d’identifier les personnages géants de bois peint ou de papier mâché, à mi-chemin entre la statuaire religieuse et celle du Carnaval. Avec ces références, difficile pour moi de prendre au sérieux ces divinités. Pourtant il règne dans le temple une grande ferveur. L’encens dégage une fumée suffocante. On s’active à renouveler l’huile des lampes, à jeter les bâtons d’encens éteints, les fruits trop mûrs des offrandes, les fleurs fanées, briquer les récipients en grattant la cire qui a coulé…Un petit vieux au crâne dégarni parlant un peu français, nous accueille très gentiment. Dans toute cette agitation, des fidèles sont perdus dans leurs dévotions. Nous nous déplaçons avec perplexité dans les pièces sombres.
L’empereur de Jade, divinité principale du Taoïsme, trône au fond du temple, entouré d’une foule de personnages. Dans une autre pièce, des tablettes magnifiquement sculptées représentent l’enfer. Plus loin, des poupées de céramique habillées portant des bébés. Le vieil homme nous reconnaît et nous montre l’escalier qui mène à l’étage. De là, très belle vue sur les toitures compliquées et le bassin des tortues.
Fabrique de laque
artisanat : coquilles
Les cyclos ont insisté pour nous conduire à une fabrique de laque. A l’entrée, on nous offre des éventails et des serviettes ? Une jeune fille nous montre les étapes de la fabrication de la laque, l’utilisation de la nacre (mother of pearl – quel joli mot !), plus surprenant des coquilles d’œufs. Nous sommes bien contentes de voir arriver un car de touristes. Noyées dans la foule nous ne serons pas obligées d’acheter ! Erreur ! Les touristes sont Chinois, très bruyants et mal polis. De plus la jeune fille ne nous lâche pas d’une semelle jusque nous achetions une petite boîte carrée.