Guelwaar – film de Sembène Ousmane dvd – 1992

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 Bien que sorti en 1992, ce film dont le titre complet est Guelwaar, légende africaine de l’Afrique du XXIè siècle est encore d’une criante actualité. C’est un  film magnifique.

Pierre-Henri Thioune doit être enterré au village. Il a demandé une messe en latin. Tout le village est présent pour ses obsèques qui ne peuvent avoir lieu parce que le corps du défunt a disparu à la morgue. Négligence? Méprise?

Barthélémy, son fils, venu de France s’adresse à la police. l’adjudant Gora finit par retrouver la trace du corps qui a été enterré par erreur dans un cimetière musulman. Confrontation entre les deux communautés? Les guerres de religion sont évitées grâce à  la sagesse de l’Abbé et la modération de l’Imam qui parviennent à grand mal à contenir leurs ouailles. Les anciens des deux villages se connaissent bien, s’apprécient.

l’aide alimentaire

L’arrivée du député accompagné du préfet et celle des camions de l’Aide Alimentaire font prendre une tournure politique au film : Pierre Henri Thioune, appelé Guelwaar est mort dans des circonstances troubles après avoir pris la parole dans un meeting contestant la pertinence et la distribution de l’aide internationale alimentaire. La disparition du cadavre a peut être des raisons politiques.

Le discours de Guelwaar est d’une virulence extraordinaire : les paysans ne veulent pas être des assistés recevant une aide qu’ils n’ont pas demandée.  Surtout, cette aide est confisquée par les élites politiques pour leur bénéfice personnel ou électoral. On ne saisit que les grandes lignes du discours  en wolof (sous-titré) comme la plupart des dialogues du film. Seuls l’émigré et les officiels parlent en français que les paysans ne comprennent pas . Ce parti pris du réalisateur participe aussi sans doute de l’orientation politique du film. Barthélémy le « français » qui arbore son passeport fièrement, a un ton très agaçant, plein de morgue et de vulgarité contrastant avec le parler de l’adjudant Gora et avec le ton du député.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xb96t5<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xb96t5_guelwaar-discours-sur-la-cooperatio_news &raquo; target= »_blank »>GUELWAAR, Discours sur la coop&eacute;ration Nord/Sud</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/lolo2401&Prime; target= »_blank »>lolo2401</a></i>

En plus du contenu politique fort du film, c’est une découverte pour moi que ce film dans la société encore rurale où les traditions sont encore très prégnantes. Traditions funéraires différentes selon les communautés. Rôle des anciens. Rôle aussi des jeunes qui sont partis et financent par l’émigration pour Barthélémy et par la prostitution à Dakar pour Sophie, la survie de la famille au village.

Veillée funèbre en l’absence du défunt

L’histoire est bien contée, le suspens ménagé, les rebondissements nous tiennent en haleine. Les personnages secondaires sont intéressants et s’affirment au cours du récit. Les images magnifiques. Encore, un grand film!

 

La Grève des battù – Aminata Sow Fall

LIRE POUR L’AFRIQUE (SÉNÉGAL)

Incipit:

« Ce matin encore le journal en a parlé ; ces mendiants, ces talibés, ces diminués physiques, ces loques, constituent des encombrements humains. Il faut débarrasser la Ville de ces hommes – ombres d’hommes plutôt – déchets humains, qui vous assaillent et vous agressent partout et n’importe quand. »

Les battù sont les calebasses que tendent les mendiants.

Ce roman met en scène les deux extrêmes : les mendiants et les puissants. Mour NDiaye, Directeur de la Salubrité publique, charge Keba Dabo de désencombrer la ville afin de la rendre plus présentable aux touristes étrangers. Mour NDiaye compte sur le succès de la campagne pour atteindre le sommet de la puissance : un poste de Vice-président de la République.

Keba Dabo, par des rafles musclées et brutales, réussit sa mission.

On découvre que la société des mendiants est remarquablement organisée. la solidarité est financée par la tontine quotidienne qu’organise Salla Niang dans sa cour, qui fournit un abri pour les nécessiteux, revend bouts de chandelles ou poulets donnés en aumône – tenant une sorte de commerce du produit de la nécessité –  paie les obsèques du malheureux Madiabel, victime d’une des rafles, nourrit la communauté dans une sorte de cuisine collective.

Les puissants vivent dans des villas somptueuses, entretiennent maîtresses et secondes épouses, prodiguent satisfaction « aux demandes pressantes d’argent des parents, cousins, copains et beaux-parents…. » sans parler des sacrifices sur les conseils des marabouts.

Car ce sont eux, les marabouts qui font le lien entre les extrêmes de la société! La réussite de tel ou tel politicien dépend de leur influences et de leurs prières. La politique nage dans le domaine magique. De la rencontre avec Sérigne Birama, un saint homme,  date la prospérité de Mour Ndiaye. Il entretient cette relation par des dons substantiels :

« quelques jours après, il décide de rendre visite à Sérigne Birama. Celui-ci est toujours à l’ombre du baobab majestueux, lisant le Livre Saint. […]le sac de riz, les dix kilos de sucre, le carton de lait, les noix de kola et les paquets de bougie remplissent la malle arrière de la voiture… »

et le saint homme promet :

 » ce que tu veux, Dieu peut te le donner. Et je pense qu’il te le donnera. Inch’Allah….tu l’auras s’il plait à Dieu…. Fais seulement le sacrifice d’un beau bélier tout blanc. tu l’égorgeras de ta propre main, tu feras sept tas de viande que tu donneras à des mendiants. »

Les mendiants chassés de la ville décident de faire grève. Qui donc peut être gêné par cette grève? Justement tous ceux qui espère quelque chose et qui pensent que donner l’aumône favorisera leur prière. L’aumône fait partie intégrante des rapports sociaux et de la pratique religieuse. A qui adresser les prières? A qui faire des dons si les mendiants ne mendient plus?

La Grève des battù est un succès inespéré. Relégués dans la  maison des mendiants à la périphérie de la capitale, ils reçoivent des cortèges de visiteurs apportant à domicile leurs offrandes. Mour Ndiaye se déplace, les paye même pour qu’ils rejoignent leurs emplacements dans la ville, les carrefours, les abords des mosquées, les marchés. Rien ne les fléchira!

 

Madame Brouette – film sénégalais de (DVD)

FESTIVAL SENEGALAIS

Mati – madame Brouette – vend toute sorte de marchandises au marché avec sa brouette.

Au début du film une scène nous interpelle : d’un  taxi, un homme travesti en femme en robe rouge le visage peint comme un masque, débarque dans la chambre et veut voir son enfant. Mati le met en joue. Le coup part. Accident ou crime passionnel. la police et un journaliste de télévision effectuent la reconstitution.

Les femmes prennent le parti de Mati tandis que les hommes l’accusent. Un groupe de griot chante comme un chœur antique

 

 

Mati est-elle capable de tuer Naago, son amant,  le policier corrompu, le dragueur, le père de son enfant qui a préféré faire la fête que d’assister à la naissance?

Certes Mati ne se laisse pas faire. Elle tire son amie des coups de son mari. les deux femmes décident de vivre sans les hommes, de se débrouiller seules, de monter une affaire, une gargote, promesse d’indépendance et de richesse. A peine ont elles pris la décision de s’installer ensemble que Mati tombe amoureuse de Naagot, et rapidement enceinte.

Désillusion, Naagot installe Mati dans un hôtel borgne, amant infidèle sûrement, maquereau peut-être? Forte femme, elle réagit ,  mène une affaire de contrebande pour réunir les fonds nécessaire à l’achat de sa gargote. Enfin, Mati réalise son rêve. Sa fille est très touchante, le très joli duo avec le gamin du quartier m’a ému. Le bonheur est-il à portée de main? Arrive le drame.

 

 

Film enlevé, des acteurs sympathiques, de la bonne musique, les couleurs africaines, de l’humour.

 

 

 

 

 

 

 

 

le docker noir – Sembène Ousmane

LIRE POUR L’AFRIQUE

1956, premier roman de l’écrivain et réalisateur Sembène Ousmane dont j’ai beaucoup aimé les Bouts de Bois de Dieu relatant une grève sur le chemin de fer reliant Bamako à Dakar en 1947.

Je sors de cette lecture avec une impression mitigée.
Sembene Ousmane nous emmène dans le Marseille des années 1950. Est-ce que le racisme était aussi primaire à cette époque? Osait-on faire des amalgames aussi faciles dans les prétoires pour condamner un homme au seul motif de la couleur de sa peau?
L’intrigue se noue autour du crime que le héros aurait commis sur une femme de lettre qui lui aurait volé son manuscrit. Ce crime était -il possible? Prévisible?
Héros intéressant, docker et écrivain. Solidaire des ouvriers immigrés et intellectuel capable de s’enfermer dans sa chambre pour écrire un deuxième roman. Violent? Oui quand sa dignité est bafouée à décharger un navire sous la pluie battante, quand un briseur de grève s’attaque à lui, quand il se rend compte qu’on lui a volé le manuscrit.
Cependant les différentes parties du livres sont inégales. Les personnages secondaires sont ébauchés, pas toujours assez développés. pas toujours crédibles. Terrible, la mort de la jeune avortée. Et pourtant, on saura si peu d’elle, de son amant, de sa grossesse. Étrange, cette écrivaine qui s’approprie le roman d’un autre, à la limite de la vraisemblance. La fin est très pessimiste. Aucun espoir, ni pour lui ni pour sa compagne.

Roman comme un cri d’amertume, de révolte.

Palais de la Porte Dorée – Cité nationale de l’histoire de l’immigration – aquarium tropical

TOURISTE DANS MA VILLE

le palais de la Porte Dorée par une matinée hivernale

Souvenir de l‘Exposition coloniale de 1931, le Palais de la Porte Dorée abrite désormais la Cité nationale de l’immigration et l’aquarium tropical en bordure de bois de Vincennes.

Il est recommandé d’y aller en métro Porte dorée Ligne 8 ou avec le nouveau Tramway, le stationnement étant problématique et payant.

Bas relief colonial

 La façade est spectaculaire, témoignage de l’esthétique des années 1930, colonnes de granite à section carrées qui n’auraient pas déparé dans l’esthétique mussolinienne ou stalinienne et bas relief colonial. La France métropolitaine trône au dessus de la porte tandis que les colonies offrent leurs richesses. Le message est clair! Réminiscence des bas-reliefs angkoriens! Si le contenu idéologique est contestable l’ensemble sculptural est réussi.

 

le forum

A l’intérieur, au rez de chaussée un vaste forum offre une salle de spectacle (il y a une scène sur une estrade), entouré de galeries avec un haut plafond en pyramide évidée (ou stupa). la décoration Art Déco est spectaculaire avec des frises colorées dans les teintes chaudes. Autour de l’entrée des voiliers inspirés des caravelles ou des galions d’autrefois  sur un ciel sombre apporte la colonisation civilisatrice ou la civilisation colonisatrice. Des panneaux représentant les vertus de la Justice ou de la Science montrent des femmes blanches fortes sur un décor végétal fleuri et exubérant alternent avec de grands tableaux montrant les indigènes dans et les européens , curés bonnes sœurs, explorateurs ….au sol une mosaïque colorée encadre un très beau parquet. Deux grands salons art Déco étaient ceux des officiels du temps de l’Expo.

Les expositions de La cité nationale de l’histoire de l’immigration prennent l’exact contre-pied de l’idéologie coloniale. Des installations variées symbolisent l’immigration  – une barque naviguant sur un océan de bouteilles vertes charriant des ballots de tissus africains colorés  – des lits superposés où sont accrochés les sacs écossais en plastique à fermeture éclair, pauvres ballots des immigrants – des théières, récipients exotiques apportés du monde entier suspendus…..Des vitrines présentent les souvenirs des migrants : familles italiennes avec l’accordéon, l’atelier du tailleur juif polonais avec ses papiers, des photos de famille, un mariage serbe, les photos de classe et les bulletins d’un écolier algérien, des journaux yiddish, chinois, ou arméniens…. des objets des années 30 ou 40 ou même plus tardifs. Le poste de radio de mon enfance…tout cela forme un ensemble pédagogique et émouvant.

Photos d’artistes ou d’amateurs, toujours signifiantes et émouvantes.

Panneaux pédagogiques : là sont regroupés les artistes, les danseurs de Noureev à Prejlocaj, ldes champions sportifs, les peintres….Bien  sûrt, comme dans tout musée moderne, il y a aussi des vidéos, des écrans interactifs. On peut choisir des films, télécharger sur son smartphone l’application du musée pour avoir la visite guidée….

par hasard, dans un blog que j’aime bien, celui de la femme de cendres, je découvre le poème clic

 on peut visionner le film ici :le film

Une exposition temporaire

VIES D’EXIL DES ALGÉRIENS EN FRANCE PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE (1954-1962)

est visible jusqu’au 19 mai 2013

Beaucoup de photos, de coupures de journaux, d’objets de la vie quotidienne, de tableaux aussi me rappellent un passé qui m’est contemporain mais en même temps si ignoré. Les bidonvilles de Nanterre, j’ai failli aller y enseigner, et pourtant je suis surprise. les cafés de la Goutte d’Or, je suis passée devant, du métro aérien mais c’était un domaine exotique où une adolescente ne se serait pas aventurée. J’ai regardé cela avec u ne grande émotion.

lire également l‘article consacré à l’expo

Aquarium

l’aquarium a été un véritable émerveillement. pas tant les poissons que la richesse des végétaux dans les aquariums d’eau douce et des coraux, mollusques, oursins dans ceux d’eau de mer. Féérie pour les yeux.!

 


 

La maison assassinée – Pierre Magnan (folio policier)

Peyruis, le village

– « Clorinde parais un peu voir! Tu sais la Burlière….« , commérage de village!

Ne comptez pas sur ce billet pour découvrir les mystères de La Maison Assassinée! Ce livre, publié dans la collection folio-policier est un roman très noir mais assez peu policier. Les gendarmes n’interviennent qu’après 200 pages et leur intervention est maladroite et leur enquête bâclée.

J’ai été happée par les suspens, surprise, déroutée, étonnée par ces mystères, mais je ne les dévoilerai pas!

Si le Qui? et le quoi? méritent de rester cachés au lecteur. Le Où? et le Quand? situeront mieux l’action.

 

 

 

Quand?

Le premier chapitre se déroule à la fin du 19ème siècle, lors de la construction de la voie ferrée, dans un relais des chevaux de remonte du courrier de Gap. La suite du roman, 25 ans plus tard, en 1920 à la fin de la Première Guerre mondiale dont l’ombre plane sur les populations exsangues.  Gueules cassées, jeunes veuves de guerres, souvenirs atroces des champs de bataille, triste compétition des jeunes femmes pour les rares jeunes gens au village.

le château et son bassin

Où?

Dans les Alpes de Hautes Provence,(qu’on appelait alors les Basses Alpes) entre Sisteron et Forcalquier, dans la vallée de la Durance, rivière encore sauvage, très présente dans le roman. Les villages de Peyruis et de Lurs existent bien. Lurs a été le théâtre d’un crime fameux, bien plus tard en 1952 (affaire Dominici). Le monastère de Ganagobie domine le paysage, au dessus de la ferme de la Burlière – la maison assassiné.

 

.« Et le seul réconfort qu’il tirait de ce clin d’oeil, c’était l’enclume de Ganagobie qui cinglait sous la lune comme un navire de pierre. on ne savit s’il fallait attendre d’elle maléfice ou bénéfice. Ce tribunal de falaise entassées qui camouflait sa menaçante nature sous une benoite forêt de chênes verts, réservait son verdict de toute éternité. »

Les mots de Magnan


Rarement, dans un roman policier j’ai autant buté sur des mots rares. Locutions vieillies, patois provençal, ou  mots des métiers disparus. J’ai deviné la plupart, dans leur contexte, mais pas tous. Qui était donc ce dévoirant avec son air de novi? un compagnon du Devoir, m’apprend le dictionnaire . Le caquois est un bébé, un lardon….La hie du cantonnier est-elle une houe?non c’est un outil pour enfoncer les pavés selon wikipédia? la chavanne, orage ou grêle? Je ralentis mon rythme de lecture pour goûter cette langue riche et étrange. Chez Magnan on ne se blottit pas, on se musse. Le safre.. ».oxyde de cobalt de couleur bleue; verre coloré avec cet oxyde, qui imite le saphir. » dit wikipédia correspond-il au safre provençal?

Richesse aussi des détails de la vie quotidienne de ces villages : les cantonniers,  le travail du boulanger, celui du moulinier:

« Le moulin de Saint-Sépulcre est incrusté sous la roche oblongue d’un saut du Lauzon, dans le pertuis d’une brêve clue qui s’ouvre en calice sur les rondeurs des monts de Lure…. »

Moulin pour presser les olives qu’on cueillera à la Sainte Catherine avec le chevalet à olivade

« Car l’olivier est l’arbre de la douleur. Il n’apporte  la paix qu’à ceux qui le contemple à travers Dieu. Rien qu’à le voir, d’ailleurs, on devrait s’en douter. Tordu, noueux, arqué de toute sa stature voûtée de vieillard rompu à toutes les roueries du temps; on devrait se douter à le voir stoïque sous les frimas, encore chargé de ses fruits… »

Etranges Infers que j’ai identifié un instant à l’enfer alors qu’il s’agit de galettes de pulpe d’olives abandonnées par les paysans au mouliniers.

Provence aussi des herbes, des simples et des tisanes:

« – J’y ai fait tout boire! gémissait Clorinde. L’hysope et la jusquiame – un seul grain – la consude et la salsepareille et le pie-de-poule et la reine-des-mères et le rampochou, tout je te dis! »

Quand l’intrigue est bien troussée, le suspens haletant, les rebondissements imprévisibles, on n’est pas toujours regardant sur le style d’un thriller.  La Maison assassinée a du style, des personnages, un décor,  soignés. Il faut le lire et savoir ralentir la lecture pour en profiter!

Lire aussi dans le blog de JEA l’article à propos de l’œuvre de Magnan

Sur la route du papier

INVITATION AU VOYAGE

 

 

 

 

 

 

« Pourtant c’est sur son dos que chaque matin,depuis près

de soixante années, je tente de faire avancer, pas à pas mes histoires….. »

« Je n’avais que trop tardé

L’heure était venue de lui rendre hommage.
D’autant qu’on le disait fragile et menacé.

Alors j’ai pris la route. Sa route

Cher papier!

Chère pâte à papier magique de fibres végétales! »

Ainsi commence le voyage de l’écrivain, conteur, mais aussi économiste, dans le tome III du Petit précis de mondialisation.Je l’avais suivi auparavant avec bonheur dans le Voyage au pays du Coton et dans l‘Avenir de l’eau.

pile de papier : Musée de la Poste Paris

Écrivain, économiste, grand voyageur, il se présente ainsi p.37:

« Je souffre d’un mal qu’on pourrait qualifier de géographique. Certains lieux exercent sur moi une telle fascination qu’il me faut urgemment et sous peine de dérèglements graves, aller saluer. »

La route du papier commence en Chine et se confond avec la la route de la Soie. D’ailleurs le papier ne s’écrit-il pas en empruntant l’idéogramme de l’écheveau de soie? Caravanes de chameaux rappelant les caravanes du Vizir qui emportait sa bibliothèque de dix-sept mille volumes sur quatre cent chameaux, par ordre alphabétique.

Orsenna part à la recherche d’une bibliothèque murée il y a mille ans dans les grottes . Voyage dans le temps? Il décrit aussi la Chine moderne qu’il traverse, industrialisation à outrance, urbanisation, pollution.

Les Arabes prennent ensuite le relai de la conquête de l’Ouest par le papier, Samarcande, Bagdad, l’Égypte – où il prend son nom par analogie au papyrus local – Kairouan, jusqu’à à Cordoue où cent soixante dix femmes, jour et nuit recopiaient le Coran.

Étape en Ombrie à Fabriano où fut inventé le filigrane et ou subsiste aujourd’hui une usine de papier monnaie plus que séculaire. Dans l’histoire du papier on rencontre les frères Mongolfier, Didot, et aussi Balzac:

« En appelant son malheureux inventeur Séchart. Balzac prouvait qu’il avait tout compris de la technique. Qu’est-ce qu’une usine de papier si ce n’est une grande sécherie? …..Et vive la littérature quand elle s’intéresse à tous les univers du Réel, y compris l’industrie! »

Un voyage au Japon traditionnel nous fait découvrir les papiers faits main par les Trésors Vivants.

Même le papier-cigarette n’est pas oublié!

Après l’histoire, l’économie.La seconde partie raconte le Papier présent qui n’est pas seulement celui des écrivains, des journaux ou des estampes mais aussi le carton, les emballages et même le papier-toilette.

A Jaipur, on confectionne des boites cartonnées pour les boutiques new-yorkaises à Noël, et voici que se pointe la mondialisation! Non loin de là à Sanganer, les jaïns recyclent les ordures et confectionnent à la main des cartons hautement technologiques destinés aux hauts-parleurs.

Les grandes centres du papiers se trouvent aujourd’hui là où se trouvent les grandes forêts. Orsenna nous emmène au Québec, à Montréal, La Tuque et Trois Rivière. Hommage de Félix Leclerc aux draveurs, usines géantes, centres de recherche et science-fiction : l’échelle interstellaire en nano-cellulose! Finlande, Suède et Russie exploitent aussi des forêts immenses.

Les forêts du Sud poussent plus vite. C’est en Indonésie et au Brésil que les géants de la pâte à papier exploitent les forêts humides. Déforestation de la forêt primaire, disparition des animaux,  massacre des paysages. La biodiversité réduite par les monocultures des palmiers à huiles indonésiens ou des eucalyptus brésiliens. Une exploitation raisonnée de la forêt est-elle possible? Les perspectives sont très sombres en Indonésie qui massacre la forêt. En revanche, Fibria au Brésil joue la modernité, clone les eucalyptus et même les espèces de la forêt « native ». Enquête autour de l’eucalyptus, est-il gentil ou mauvais?

C’est du recyclage que viendra la solution. Déjà en 2010, la moitié du papier produit provient du recyclage.

« dernier cadeau de la route : un cercle.Peut être la première leçon du papier : une conception du monde selon laquelle rien ne se crée »

 

Les arts de l’Islam au Louvre

VOYAGE EN ORIENT

Céramique turque

Ce département  ouvert récemment est d’une grande richesse( digne de tous les autres départements de notre célébrissime musée) . Collection permanente, il suffit d’avoir le billet du Musée (ou le Pass Education pour les privilégiés). Pas de queue ce vendredi matin, une affluence tout à fait raisonnable pour profiter des installations: vitrines, vidéos.

calligraphie

L’exposition est partagée en deux étages entresol haut pour la première partie de 622 à l’an mil, entresol bas pour les siècles ultérieurs. La première partie est abritée par une sorte de tente bédouine dans une cour du Palais du Louvre, avec de grandes verrières qui confèrent au lieu un très bon éclairage tandis qu’en dessous règne une douce pénombre, les vitrines sont, elles éclairées.

calligraphie?

Nous sommes restées très longtemps dans la première salle et avons découvert les grands relevés des mosaïques de Damas ainsi que des calligraphies sous toutes les formes, calligraphies sur bois, sur des stèles de pierre, émaillées, ornant des plats, des bassines…..J’ai pris deux résolutions : apprendre à écrire l’arabe avec plus de sérieux qu’à notre dernier voyage égyptiens, visiter la Syrie dès que la guerre aura cessé!

Qu’est-il écrit?

Les salles du bas ont un parti pris plus  historique: mais nous avons si bien visité au début que nous ne sommes plus aussi attentives. Les objets sont aussi différents: plus de vaisselle, d’aiguières, de carrelages et de tapis. Beaucoup proviennent d’Iran. Il faudra qu’on revienne!

ivoire égyptien : scène de chasse et musicien

 

Minuit à Serampore suivi de Le secret du docteur Honigberger de Mircea Eliade

LIRE POUR L’INDE OU POUR LA ROUMANIE?

 

Deux nouvelles.
Minuit à Sérampore : trois spécialistes de religions indienne se réunissent dans un bungalow près de Calcutta. Sur le chemin du retour, une nuit un cri d’horreur déchire la nuit….Je suis peu attirée par la littérature fantastique ou d’horreur, cependant Mircéa Eliade a su m’entraîner et me séduire. A lire!

Le secret du docteur Honigberger se déroule à Bucarest. Le narrateur, de retour d’Inde est appelé à étudier les papiers d’un érudit disparu qui retraçait la biographie du Docteur Honigberger, un aventurier. La nouvelle commence très bien. Malheureusement, Eliade(spécialiste des religions indiennes) s’appesantit sur les théories ésotériques et sur les arcanes du yoga et on perd de vue l’érudit disparu et surtout l’aventurier.

Falstaff d’Orson Wells (DVD)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J’ai rencontré Falstaff dans les Joyeuses Commères de Windsor (en lecture  commune avec Claudialucia et Maggie). Ce Falstaff est plutôt pitoyable, séducteur invétéré, balourd, capable d’écrire deux lettres identiques aux deux voisines. Ridicule avec sa bedaine. Borné, il tombe dans tous les pièges que lui tendent les commères. Caché dans un panier de linge salle on le verse dans la Tamise. Encore trempé, il mord à l’hameçon et retourne dans la maison du mari jaloux pour tomber dans un nouveau traquenard. Battu, il n’a toujours pas retenu la leçon et se trouve ridiculisé.

Le Falstaff de Welles est celui de Henry V, l’ami du prince, le compagnon de beuverie, toujours aussi bedonnant, mais jamais ridicule. Truculent, vieillissant, roublard, parfois menteur et vantard, profondément humain.

 

La pièce, les Joyeuses Commères, est une farce. Le film d’Orson Welles a une dimension historique. Le scénario emprunte ses répliques à plusieurs pièces de Shakespeare que le réalisateur connaît parfaitement.  Le propos n’est pas de faire une captation de Henry IV.

C’est un film, pas du théâtre! En plus des scènes tournées en intérieur, au Palais  ou à l’auberge, les scènes d’extérieurs sont remarquables.

 

 

 

Le vol du trésor royal dans la forêt ressemble aux films de cape et d’épée, on pense à l’attaque de la diligence d’un western. La bataille avec chevaux, armures, archets, duel est spectaculaire. Esthétique des images, rythme, je l’ai visionnée deux fois (le DVD permet cela!) et l’ai chronométrée : 10 minutes effrénées. Émotion dans la scène entre le vieux roi mourant et son fils. Émotion aussi au couronnement, mais je ne veux pas tout raconter.

La distribution est prestigieuse: Gielgud est royal, Jeanne Moreau étonnante, Marina Vlady charmante. Mais surtout Welles est Falstaff, il le magnifie, en  fait un personnage d’exception.