Odessa Transfer – Chroniques de la mer Noire – Collectif ed. Noir sur Blanc

BALKANS/

Le soir de notre retour de Crète, sur Arte nous avons visionné le documentaire :Seuthès, le roi Thrace, et c’est ainsi que notre voyage en Bulgarie s’est décidé! Depuis je n’ai pas quitté les Balkans (tout en restant dans ma chambre). Premier voyage cinématographique, onirique et envoûtant Le Regard D’Ulysse d’Angelopoulos qui m’a emporté par taxi, train et même péniche à travers la Grèce,  l’Albanie, la Macédoine, la Bulgarie et la  Roumanie pour arriver à Sarajevo en pleine guerre. Second voyage sur les mêmes itinéraires avec Maspéro dans Balkans-Transit illustré par Klavdij Sluban.

Odessa transfer m’offre un périple autour de la Mer Noire dans le même registre. Cet ouvrage rassemble 14 textes écrits par 14 auteurs différents, rangés dans l’ordre des aiguilles d’une montre.

Le voyage commence en Géorgie à Batoumi « BATOUMI: UNE VILLE A L’ODEUR DE FUITE » d‘Aka Morchildazé. Reportage? texte poétique?Pas plus que les autres textes, j’arrive à le définir.

EAU AMERE (Istanbul et la rive turque de la mer Noire) d’Eminé Sevgi Özdamar est une sorte de méditation à la suite de l’assassinat de Hirant Dink à Istanbul. » Mer Noire, Mer Noire, Ta mer est devenue Noire«  Ece Ayhan. Méditation poétique, souvenirs anciens d’une mer hospitalière, dispensatrice de bonheur alors qu’Arméniens, Grecs, Turcs se parlaient : « Dans le fond de mon sein , tout au fond de moi, entre les algues il y a une vieille femme morte qui s’appelle Kiriaki Sergianadou. Écoutez vous trois cette vieille Grecque du Pont chanter une chanson populaire en turc. … » Elle m’appelle (dit la Mer Noire) Efksinos Pontos . Efksinos signifie qui donne le bonheur…..Eminé, la Turque, retrouve le langage de la Mer Noire à Thessalonique, la Grecque et pleure l’Arménien assassiné.

SUR LA ROUTE D’ISTANBUL  est une sorte de carnet de route d’un journaliste polonais, Andrzej Staziuk, qui se souvient qu’autrefois Pologne et Lituanie s’étendaient jusqu’à la Mer Noire combattant les Ottomans. Toujours à cheval, dans les steppes... »pas des chevaux de mer : des chevaux cosaques, tatars, turcs, sarmates, scythes ou mongols »..…,mélangeant le Baroque et le byzantin…

L’ÎlE DES BIENHEUREUX racontée par Sybille Lewitscharoff, au large de la Bulgarie entre Burgas et Varna existe-t-elle vraiment? « elle a surgi de la mer une nuit, alors que les mortels ordinaires ignoraient tout du malheur et de la haine que les Bulgares attireraient bientôt sur leurs têtes ». Qui est donc Haralampi Oroschakoff? le texte se termine avec de déroutants Macédoniens…..

Takis Theodoropoulos raconte LA CONQUÊTE DU PONT EUXIN, je me retrouve en pays de connaissance : Jason, les Argonautes, Médée sont des personnages familiers. 

« Pour quelle espèce de raison la poésie grecque, et ce depuis ses tout  premiers pas, a-t-elle à ce point surestimé la figure d’Ulysse, et n’a-t-elle fini par s’intéresser à celle de Jason que des siècles plus tard? »

Euxeinos (hospitalier) ou Axeinos la Mer Noire?La mer familière aux Grecs est la Méditerranée, l’Égée avec toutes ses îles.

Theodoropoulos raconte aussi l’Anabase (le seul texte que j’aie déchiffré en VO) ….

PONTOS AXEINOS est le titre du texte de Mircea Catarescu, écrivain roumain qui, de Constanta  évoque la figure d’Ovide exilé là. Ovidiu, prénom si répandu en Roumanie, ….devant une Mer Noire prise dans les glaces. Écrivain des métamorphoses.

Justement, MÉTAMORPHOSES est le titre de la nouvelle suivante d’Attila Bartis, Roumain d’expression hongroise, ou Hongrois(?) (Le canal du Danube et la péninsule Balkanique) en est le sous-titre, évoquant Kafka dès les premières lignes. Kafkaïenne est l’entreprise de travail forcé comparée à la tectonique des plaques censée engloutir la péninsule balkanique. Griffonnages sur la relégation d’Ovide, griffonnages sur l’empire ottoman, griffonnages sur divers centres d’intérêt, griffonnages qualifie-t-il ses écrits qui auront pour titre Métamorphoses et non pas La Métamorphose, clins d’œil à Ovide et à Kafka.

L’ÉTÉ DES SCARABÉES DE 2 MAI (le littoral roumain de la Mer Noire) de Katja lange-Müller est une nouvelle plutôt pessimiste.

Nicoleta Esinencu est Moldave et écrit en vers 7km(de Chisinau au septième kilomètre) raconte les mécomptes des Moldaves qui ont vu leur vie se compliquer, les tracasseries administratives les empêchant de rejoindre la Mer, les divers trafics…

Karl-Markus Gauss, écrivain autrichien, évoque Odessa dans L’INCESSANTE MIGRATION

« Décision fut prise en 1794de faire jaillir de terre une ville où l’on attirerait des représentants de nombreuses nationalités grâce à de multiples privilèges – liberté religieuse… »

Habitée par des Russes, des Juifs, des Arméniens, des Grecs, des Ukrainiens, des Bulgares, des Allemands, classique pour la Mer Noire, mais aussi des Levantins, des cubains, des Africains, Coréens et Malais…. cosmopolite ,berceau des génies de la musique son marché aux légumes est tout aussi coloré!

LE PASSEPORT DE MARIN (la côte de la Crimée) de Serhiy Zhadan est une nouvelle mettant en scène des jeunes perdus entre trafics et  beuveries, des ouvriers moldaves abandonnés dans un chantier arrêté. Assez désespéré ce futur post-soviétique!

Soviétique ou Post-soviétique, LES ENFANTS D’ORLIONOK  de Katia Petrovskaïa? Un camp de jeunes pionniers dans la grande tradition pédagogique de Nadejda Kroupskaïa avec ses spoutniks, ses enfants-garde-frontière les « Guetteurs« , le « camp des Komsomols » et pourtant les éducateurs sont des soutiens de Poutine et le texte est contemporain.

Enfin, un dernier reportage sur l’Abkhazie referme le tour de la Mer Noire. UNE CHANCE DE REJOINDRE LE MONDE  de Neal Ascherson analyse la situation de ce micro-pays entre Géorgie et Russie. J’aurais été bien incapable de situer l’Abkhazie avant de lire ce livre.

Dans mon résumé j’ai oublié de signaler les très belles photos en Noir et Blanc – c’est aussi le nom des éditions – panoramiques pris sur les plages de la Mer Noire. Elles ne correspondent  pas toujours au pays des textes où elles sont intercalées. Qu’importe si les parasols et les baigneurs bulgares se trouvent entre la Crimée et la Moldavie?

C’est un livre que je rendrai à regrets à la bibliothèque. Un livre que j’aurais aimé garder, relire au retour de  notre visite à la Mer Noire. Extraordinaire diversité et en même temps parfaite cohérence dans la construction. Chaque texte est à sa place et la lecture n’est jamais décousue. Poésie et reportage, reportage et roman, imaginaire et réalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Vampire d’après Lord Byron – Le Giaour de Lord Byron

CHALLENGE ROMANTISME

Eugène Delacroix jeune fille dans un cimetière

1816, Villa Diodati, sur les bords du Léman, quelques amis se proposèrent une gageure: écrire en une journée une histoire de fantômes. Parmi eux, Mary Shelley qui écrivit Frankenstein et Lord Byron qui ébaucha une nouvelle : Le Vampire.

Polidori, le secrétaire particulier de Byron termina la nouvelle que ce dernier avait abandonnée.

Ce court texte d’une trentaine de pages est, à double titre, une curiosité. Le fantastique n’est pas un genre que j’apprécie particulièrement mais cette lecture a excité mon imagination. Quelle est la part de Byron? quelle est celle de Polidori?

Mais surtout la ressemblance entre Lord Ruthven et Lord Byron est étonnante. Polidori détestait son maître. Comme l’écrivain, Lord Ruthven  est reçu dans la meilleure société, il voyage, il s’arrête en Italie et poursuit vers la Grèce. C’est d’ailleurs en Grèce que le vampirisme se déclare.En prologue, l’odieux Ruthven  se contente de séduire des femmes vertueuses qu’il entraine dans le vice. Son regard est étrange mais rien ne permet de supposer que le séducteur serait autre chose qu’un Don Juan et un pique-assiette.C’est donc dans un décor de ruines antiques qu’Aubrey découvre Ianthe, la jeune vierge grecque dont il est amoureux, le « ...cou et le sein couverts de sang et sa gorge présentait des marques de dents qui avaient ouvert sa veine… »

Delacroix combat entre le Giaour et le Pacha

C’est dans le Giaour (1813) que j’ai trouvé les prémisses du Vampire. Ce poème d’après un Conte Turc contient les ingrédients du Vampire. Grèce ou Turquie?  en 1813, c’était toujours l’Empire Ottoman sauf dans les 7 Iles qui furent vénitiennes jusqu’à ce que Napoléon les fasse françaises et révolutionnaires. Dans le Giaour on trouve encore une jeune fille pure au destin tragique, un jeune homme amoureux malheureux et des allusions au vampirisme.

Frémis! Nouveau vampire envoyé sur Terre

En vain, lorsque la mort fermera la paupière

A pourrir dans la tombe, on t’aura condamné

tu quittera la nuit cet asile étonné

Alors pour ranimer ton cadavre livide

C’est du sang des vivants que ta bouche est avide.

Souvent d’un pas furtif, à l’heure de minuit

Vers ton ancien manoir tu retournes sans bruit

Du logis à la main déjà cède la grille

Et tu viens t’abreuver du sang de ta famille

L’enfer m^me, à goûter de cet horrible mets

Malgré la répugnance oblige ton palais

Tes victimes sauront à leur heure dernière

Qu’elles ont pour bourreau leur époux et leur père

Et pleurant une vie éteinte avant le temps

Maudiront à jamais l’auteur de leurs tourments

mais non, l’une plus douce, et plus jeune et plus belle

De l’apour filial, le plus parfait modèle

Celle de tes enfants que tu chéris le mieux

quand tu t’abreuveras de son sang précieux

reconnaîtra son père au sein de l’agonie…..

Le Giaour est un précurseur du vampire, c’est pour cela que j’ai choisi cet extrait. J’y ai trouvé d’autres analogies,  le poignard, le décor…Mais pas seulement! C’est aussi un joli conte oriental .

(A Fragment

Pirogues sur la lagune de Cotonou

 

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

la mangrove

 

Nous prenons rendez vous avec Mattias, le petit piroguier, qui sert maintenant au restaurant . Il pleut, Mattias a couvert sa tête avec un sac en plastique noir.

Nous préférons attendre la fin de l’averse sous les paillotes de la plage.En saison sèche, la pluie est de courte durée.

La pirogue traverse d’abord la mangrove.

–    « quels sont les animaux de la mangrove ?» , je demande à Mattias.
–    « plein, des noiseaux comme poulets, comme perroquets »

La zoologie n’est pas sa spécialité !

 

sel de la lagune

Des femmes extraient le sel du sable  par un procédé tout à fait original. Elles remplissent de sable de gros paniers sur lesquels elles versent l’eau de la lagune : la saumure s’écoule par un petit tuyau dans une bassine que les femmes font bouillir sur des foyers de terre qu’elles alimentent avec du bois. Comme ce sont les vacances, les enfants apportent des petits rondins sur leur tête. On ne récolte le sel qu’en saison sèche. A la saison pluvieuse, les eaux monteront et inonderont la place.

sel de la lagune

Nous observons les pêcheurs ; l’un d’eux pêche à l’épervier et lance son filet d’un mouvement circulaire gracieux. Un autre se tient debout à la limite de la mangrove et attache son filet aux branches.
Deux femmes traversent à pied la lagune, leur fagot sur la tête.

Sur la plage, nous attendons Thimoléon qui doit me montrer des photos du chantier de Pobè. Il arrive avec son ordinateur portable. Malheureusement sans autonomie. Il faut attendre 7 heures pour avoir du courant à Helvetia. Moronikê ne met en route le générateur qu’à la tombée de la nuit. Au retour en France, j’aurai ses photos par mail. Nous discutons de la mise en route de la salle de lecture. Je lui montre comme modèle celle d’Essouhé.

Les vagues sont plus fortes que les autres jours. C’est marée haute. Peut être les grandes marées ? C’est aussi la fin de la saison de pêche. D’ici deux semaines, la pêche sera finie et les pluies commenceront. A la cuisine Moronikê et toute son équipe nettoient des barracudas grands et petits qui seront congelés. Ce soir encore il y aura du poisson au menu !

Dernières courses à Cotonou

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Centre Artisanal de Cotonou : djembé

Dernier jour de vacances.

Dernières courses avec Gilbert à Cotonou.

Nous cherchons une flûte africaine pour le conte de La Flûte-à-parler de Chantal Serrière que nous devons jouer en juin. Mais les flûtes ne sont pas des objets courants au marché artisanal. Nous allons de boutique en boutique. Bientôt tout le marché est au courant que nous cherchons une flûte. Nous finissons par en trouver plusieurs : la première ressemble plutôt à un sifflet et ne convient pas. Une autre a une forme bizarre et pas de trous. Cela doit être très difficile de souffler dedans, c’est plutôt un objet de musée, en plus elle est fendue. La dernière est une flûte de roseau tout à fait ordinaire que le vendeur prétend vendre à 6000F ; On paierait moins cher en Europe pour la même chose.

J’ai envie d’une petite chaise. Les touristes de Kpalimé en ont trouvé une qui m’aurait parfaitement convenu. Je m’assois dans toutes les chaises du marché artisanal avant de trouver celle qui est adaptée à ma morphologie. Tous les marchands m’en proposent. Enfin, je trouve le bon prix. Je ne rentrerai pas bredouille !

 

Enfin, nous achetons au marché Dantokpa un coupon de 12 yards de wax pour 11 000F, le juste prix. Je n’ai pas trop cherché l’imprimé le plus original mais après la recherche de la flûte nous n’avons plus la patience.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essouhé à l’école et à la Bibliothèque scolaire

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

A l’école du village : la « Pioche » des cadeaux

la pioche à cadeaux
la Pioche à cadeaux

Nous avons rendez vous à l’école pour la distribution de fournitures scolaires, stylos, gommes et taille crayons qui ont servi de décoration à l’arbre de Noël dans la classe de Dominique avec des petits bijoux, et même des footballeurs miniatures.

L’école est fermée pour les vacances mais l’Instituteur est venu rendre les cahiers de correspondance. Les enfants prévenus de notre passage, sont venus.

Comme à Pobè, on organise une « pioche ». Tous les objets sont étalés sur une table, les enfants se rangent à la file ; Je sors mon bandana bleu pour leur bander les yeux. De temps en temps, l’instit intervient en criant après les resquilleurs qui tentent de repasser une deuxième fois.

–    « On va faire une vue dehors ! »

 

la bibliothèque de Gérard

 

Gérard le bibliothécaire et son cahier

–    « on va à la bibliothèque ! On évolue ! »

Tous les enfants nous escortent. Symplice, l’ancien bibliothécaire,  a eu son bac et a laissé son poste à Gérard, 16 ans, en 3ème, qui tient impeccablement les cahiers de présence et des visiteurs. Il n’y a pas de cahier de prêt puisque la lecture se fait sur place dans une petite salle où trois bancs sont adossés aux murs.

Gérard nous tend une liste des ouvrages qu’ils souhaiteraient acquérir : c’est une très bonne idée. Pour les 6ème Tidjani Serpos, dont mes élèves ont lu un poème l’an passé à l’Unesco, 5ème L’Enfant Noir de Camara Laye, justement je voulais le faire lire aux  4ème
Les terminales souhaitent des livres de philo, entre autres Platon et Nietzsche mais aussi Les bouts de Bois de dieu d’Ousmane Sembene, que j’aime beaucoup et l’Aventure Ambiguë de cheik Hamidou Kane. J’ai mauvaise conscience : ce livre se trouve dans ma valise mais je ne l’ai pas terminé.

Les enfants prennent un livre dans le casier dévolu à leur âge, ils s’installent sur les bancs. Les dictionnaires ont la cote, les contes et les livres illustrés aussi. A la fin de la séance, une rumeur court qu’un élève a emporté un livre. Gérard rappelle toute la troupe, les fait aligner. Ce n’était pas vrai. J’admire l’autorité du petit bibliothécaire qui rêve d’être professeur de Français et qui nous confiera trois lettres pour ses correspondantes françaises, il y a deux ans j’avais également fait le facteur.

Pascal (CM1) aime aussi écrire, il a apporté une très jolie lettre.
–    « mais vous ne m’avez pas répondu ! » se plaint il une heure plus tard.
D s’exécute. La réponse de Pascal ne tarde pas. Malgré son jeune âge Pascal a le goût de la langue et se délecte de conjuguer au subjonctif.

Nous quitterons le village encombrées de nombreuses enveloppes.

Je suis amère. La salle de lecture de Pobè pour laquelle nous avons versé de grosses sommes reste une chimère tandis qu’ici, elle fonctionne à merveille. Les cartons contenant  des livres que nous n’avons même pas déballés là-bas auraient été mieux appréciés ici !
retour vers Helvetia

J’ai dormi sur la route du retour jusqu’à Comé.  Nous avons bu un rafraîchissement au joli bar rouge et blanc sur la route inter-état, traversé Ouidah et retrouvé avec joie la route des Pêches.
Retour à 16heures, nous aurons le temps d’aller à la plage.

On a pêché un baracuda énorme : au dîner il y aura des brochettes de poisson et des alocos.

Essouhé : petit matin au village

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

petit matin au village

 

Au petit matin, la concession est tranquille

Les chèvres sont sorties de leurs enclos vers 6heures.
Leurs cris m’ont tirée du lit où je somnolais.

Au village,  la nuit est habitée de toutes les voix des tambours et des chants des cérémonies en cours (Sébastien dit qu’avec le progrès ils ont aussi des sonos, nous avons vu passer hier un mégaphone sur le porte-bagages d’un vélo). Nous avons été bercées par ces échos.

Les villageois se lèvent avec le jour. Je ne veux à aucun prix rater le petit matin à la concession. Les matins africains sont d’une douceur étonnante. Promesses de vie, comme une enfance. C’est aussi le moment d’une belle activité. Chacun profite des heures fraîches pour travailler, balayer encore, allumer des feux, nourrir les bêtes…

Les gens se promènent avec un bâton au coin de la bouche.

–    « C’est leur cure-dents », explique Sébastien, « on choisit une plante bien ligneuse, il n’y a pas d’arbre spécialisé dans les cure-dents. »

Moronikê, elle, prétend que c’est l’usage du cure-dents qui donne aux Béninois de meilleures dents qu’aux Européens.
– « Peut être », ajoute-t-elle, « le régime alimentaire pauvre en sucreries. »

 

la marchande de beignets

la marchande de beignets

 

7 heures, nous allons voir ce qui se passe de l’autre côté de la cour où les femmes ont fait un feu de bois. L’une d’elles est accroupie. Elle prend des petites boules d’une pâte grisâtre de farine de haricots  et de soja. Elle et fait frire des beignets dans une bassine d’huile.il y en a vraiment beaucoup.

–    « pour toute la famille ? »

A côté sont empilées de larges feuilles vertes de teck. Je m’assois sur un tout petit banc mesurant à peine dix centimètres de large et une douzaine de haut. On me dit qu’il supporte les postérieurs des Africaines beaucoup plus grosses que moi. Je m’adosse à un de ces piquets tordus des abris de chaume.

La cuisinière nous offre des beignets, légèrement salés, ils sont délicieux.

les beignets pour les petits écoliers

Une bande d’écoliers survient. Chacun prend une grande feuille verte et y met une poignée de beignet. La jeune femme met des pièces de monnaie dans le bol rempli d’eau où elle se lave les mains.

Je ne comprendrai que plus tard. Elle vend les beignets 5F l’unité. A l’heure de la récré elle ira vendre à l’école le reste. Nous allons chercher de la monnaie pour lui en acheter d’autres et payer ceux que nous avons mangés.

 

Essouhé – rencontre avec les Sages et dîner

un sage d’Essouhé

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Au village : les sages

rencontre avec les sages

 

Gérard vient remplacer Hyacinthe qui fait le dîner. Il me guide vers les sages
–    « allons faire quelques pas pour saluer « mon oncle »
Le vieux est malicieux.
–    « comment faites vous en Europe pour vivre dans le froid ? » demande-t-il
–    « avec des manteaux et des bottes… » je réponds bêtement
–    « cela se réchauffe, la coupe de l’UEFA va se rejouer normalement » déclare-t-il
–    « Est-ce à cause du froid que vous avez si peu d’enfants ? » dit il faussement naïf.
Un compère rigole.
–    « A Marseille les 40cm de neige, c’est une histoire marseillaise ! » il sait de quoi il parle.
–    « Mais, quand même, pensez vous que Sarkozy fera un deuxième mandat ? »

Les gens ne se contentent pas d’être polis. Ils ont réellement envie de discuter et sont beaucoup  plus informés qu’ils ne le laissent paraître.
Le soir, je dîne sur la natte comme la première fois, je dîne seule.
on avait pensé que ta seconde viendrait aussi » dit Gilbert. Ma « seconde » jolie expression.
Le poisson frit est délicieux. Il vient de la mer, « on l’achète congelé »explique Sébastien qui est venu me tenir compagnie. Nous sommes au 21ème siècle. Hyacinthe a frit tout un assortiment de tubercules : igname, manioc (très farineux) un troisième intraduisible en français, bouilli, ma préférence va aux grosses frites sucrées de patates douces. Les féculents sont très variés !
Comme la première fois, nous allumons les bougies à la citronnelle, contre les moustiques mais surtout pour nous éclairer.

Essouhé – Retour au village : la Cérémonie

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Cérémonie

Au Bénin, la route est goudronnée. Nous arrivons vite à Azové où nous avions perdu Michel il y a deux ans. Je reconnais la route, le panneau « chez Essou », la concession, le bâtiment en parpaing où nous allons passer la nuit.

Ils sont là : Sébastien et ses frères. Je reconnais Hyacinthe qui a eu son BEPC, Félix n’est pas là,  Symplice qui a eu son bac est à la fac. Gilbert, enfant dans mon souvenir, a 16 ans et fait plus. Mithen est  un nouveau venu. Dominique a des lettres à distribuer et cherche des correspondantes.
Sébastien délègue Mithen à la recherche des filles de 12 ou 13 ans qui aimeraient écrire. Rapidement, arrive Yvonne puis Clarisse. Il nous avait semblé que dans ce village on ne voyait que des garçons, il suffit d’appeler les filles pour les voir.
Les chambres n’ont pas changé. Toujours pas d’électricité ni de moustiquaire.
On râle pour cette dernière. Sébastien emprunte une voiture pour en acheter une à Azové.

Après les salutations d’usage et une bonne douche au seau et à l’écuelle, il ne se passe rien. Je suis un peu déçue. Je pensais que Sébastien animerait la visite mais il ne semble pas du tout pressé de s’occuper de nous. Finalement il propose d’aller dans une maison où se déroule une cérémonie.

Gilbert et Hyacinthe nous accompagneront, le dernier, le plus vieux négociera le droit de prendre des photos. Mais avant la négociation, il faut aller s’asseoir dans la case du féticheur avec les sages qui s’entassent dans une toute petite pièce décorée d’une feuille de palmier où pendouillent des crânes variés. De nombreux sacrifices et libations ont déjà eu lieu si j’en juge l’état des fétiches dégoulinants de sang, alcool, plumes….En mon honneur le féticheur remplit un verre de rhum. Je me récrie : « je ne bois jamais d’alcool »Il verse le contenu sur le fétiche et sur le sol. Je suis rassurée. On ne m’offrira plus de boisson. La pièce est saturée de vapeurs alcooliques. Plusieurs bouteilles ont déjà servi : gin, rhum…Le prêtre prie pour que nous rentrions sans encombre chez nous. Je ne sais comment remercier. Je sors. Il est encore interdit de photographier

cérémonie

–    « il faut patienter ! »
–    « Veulent –ils de l’argent ? »

Hyacinthe nous prie aimablement mais fermement de ne pas nous mêler de cela. Je dois encore retourner dans la pièce des fétiches.

Enfin, j’ai le droit de  photographier. Tous veulent être filmés. Comment vont-ils recevoir ces films ? Je vais faire un CD que j’enverrai à Sébastien. Ils se plantent devant l’objectif regardent les petits films et sont ravis. Il y en a même qui jouent  les acteurs.

Hyacinthe m’emmène chez l’instituteur qui me fait entrer dans sa maison. Nous prenons place autour d’une belle table de bois. Il a un ordinateur mais l’unité centrale est gâtée. Nous parlons pédagogie de l’utilisation possible de l’ordinateur même en l’absence d’une connexion Internet. Tout le monde a un GSM au village, bientôt auront une clé USB ? je lui raconte qu’au Vietnam qui était encore sous développé et très pauvre, il y a peu, les enfants tiennent le cybercafé, comment l’Asie a pris le tournant informatique et comme il faudrait que l’Afrique s’y mette.

la piste à travers le Togo jusqu’à la frontière béninoise

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

village togolais, chaume

Une ficelle en travers de la piste : nous entrons dans une « forêt classée ». Sous un abri quelques gardes surveillent. Ici aussi des petits tecks plantés serrés. Apollinaire m’a enfin expliqué ce mode de plantation. Les tecks poussent vite. Ces petits arbres aux troncs fins sont fragiles et craignent le vent. On les regroupe ainsi pour éviter qu’il ne les mette à bas. Comme à Kpalimé, il y a des cultures dans la forêt : ananas et coton. Un grand troupeau de bœuf est mené par des Peuls et accompagné par des hérons. A Mélia un écriteau m’amuse : « teckeraie litigieuse » ( ??)
A l’entrée de Notsé se trouvent deux l’usines : celle d’Egrenage de Sotoco et l’usine textile Novatex. Notsé est une ville importante.  Nous avons toutes les peines du monde à trouver des bouteilles d’eau minérale et deux papayes mangeables. Les ananas ne coûtent rien (50francs) mais les avocats sont trop durs. Pour les petites douceurs : alocos ou chips de bananes je reste sur une déception, il n’y a rien le dimanche.
La piste de Notsé à la frontière béninoise traverse des villages de peu d’importance. Elle est plus étroite que celle que nous venons de quitter. A peine avons-nous parcouru quelques kilomètres que Kamal descend et regarde sa roue avant droite  de la 405.
–    « cela coince ! »
Nous trouvons un abri de chaume avec des rondins en guise de banc. Leur bois est poli comme du marbre de tant d’assises. Nous y prenons place et regardons Kamal sortir le cric et la manivelle, défaire la roue puis les plaquettes de frein qu’il frotte contre une pierre plate avec le même geste que  j‘ai vu pour écraser le piment. Vingt cinq minutes plus tard la roue est reboulonnée et nous repartons.
Sous le soleil de midi qui écrase tout, nous ne sommes plus d’humeur à faire du tourisme. Il serait mal venu de déranger Kamal avec mes questions alors qu’il se concentre sur la conduite :
–    « la piste est dégradée » dit- il
Comment choisit- il un côté ou un autre de la route ? Sans raison apparente, il roule à gauche puis traverse à droite, évitant dans des trous inimaginables, négociant ceux qui sont inévitables. Des femmes marchent avec leurs bassines pleines sur la tête. Il leur demande si la piste est meilleure devant. Non ! la frontière semble reculer, les trente derniers kilomètres sont interminables.
Le poste frontière est perdu dans la campagne. Sous un auvent rustique, un fonctionnaire togolais habillé de bleu, ausculte nos passeports, regarde les visas et les tampons. Il ne semble pas pressé ; Au contraire, il recopie consciencieusement tous les items du formulaire.
–    « Où est Issy-les –Moulineaux ? »
Qu’est ce que cela peut  lui faire ?
C’est interminable ! Deux curés en soutane blanche sur une mobylette passent sans s’arrêter. Quand il a enfin fini avec nos passeports il lui faut les papiers du véhicule. Un autre policier fait le tour de la voiture. Celui qui se tient près de la barrière téléphone sans fin. Cela se complique. Il veut 1000F ; même si nous ne voulons pas encourager la corruption nous sommes prêtes à donner les 1000F pour en finir. Kamal tergiverse, il ne paiera que 500F. Fin du Togo ! Mais pas des tracasseries. Du côté béninois, l’officier d’émigration me fait remplir les formulaires en double. Heureusement que je le fais moi-même ! Tant pis pour la calligraphie !

 

La piste à travers le Togo d’Agou à Notse

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

village sur la route

La Détente (Kpalimé), le matin

5h30 –  il ne fait pas encore jour au Togo, mais on balaie déjà. Etonnant d’entendre et de voir tous ces balais qui s’activent à chasser la moindre feuille importune et tracent sur le sable des rayures fines. Les balais à grand manches existent mais le plus souvent on  balaie courbé, le dos cassé à l’aide d’une feuille de palme sèche ou de petits fagots.

A la Détente, le personnel  très nombreux, complète le ménage par un passage au chiffon de tous les poteaux, tous les rebords laqués de gris. Dans la fraîcheur du petit matin, une énergie incroyable est dépensée dans ce ménage. Dès que la chaleur deviendra accablante le rythme se ralentira.

Après le petit déjeuner, nous prenons congé de La Détente qui ne payait pas de mine à l’arrivée mais où nous avons été très bien.

 

la piste à travers le Togo :d’Agou à Notse

 

Au marché la vendeuse de boisson

Pour aller au Bénin, nous allons emprunter les chemins de traverse : une piste à partir d’Agou passant par Notse jusqu’à la frontière.

La route de Lomé est bordée de très jolis étals de fruits : avocats, ananas bananes et plantains sous de jolis abris de chaume. Bois et chaume, paniers et plateaux en vannerie. Aux abords d’Agou, les arbres sont magnifiques. Un panneau indique la production de spiruline (il faudrait que je me renseigne).

Après Agou, la piste traverse des villages encore intouchés par la vie moderne. Pas de voiture.  Nous sommes seuls, croisant vélos et quelques motos. Peu de maisons en ciment. Des baobabs se dressent dans les champs de maïs et de manioc. Le mont Agou s’éloigne sur notre gauche. Nous passons une rivière où se baignent jeunes hommes et gamins. Certains s’y lavent en se savonnant.

Le bourg le plus important, Kati, doit avoir un marché actif. Le dimanche matin, c’est tranquille. Seules quelques échoppes sont occupées.je suis très bien accueillie avec mon appareil photo. J’ai l’habitude des refus. Ici, c’est tout le contraire : tout le monde veut être pris en photo. Les gens se regardent dans l’écran à l’arrière de l’appareil. Ils sont ravis de leur image. Peut être n’ont-ils pas l’occasion de se voir. Ont-ils des miroirs à la maison ?

coton : sur place!

Kamal me montre les nérés petites feuilles composées et gousses en bouquet. La forêt a disparu depuis un bon moment. Nous nous arrêtons devant un champ de coton. Il en reste encore quelques poignées et certains plants sont en fleur. La première des deux récoltes se termine, on en fait deux par ans. Plus loin les gros camions orange, les « titans » chargent des ballots. Un gros tas fume : on fabrique du charbon de bois.

Les églises sont pleines le Dimanche! Nous entendons les rumeurs des messes chantées et dansées. A Notse, arrêt pour acheter de l’eau, je m’aventure dans une grande église en ciment. Tout le monde est debout. Certains dansent sur place. D’autres font la queue en une longue file qui serpente : ils portent une enveloppe brune – sans doute leur contribution financière. Je n’ose pas filmer malgré la bienveillance des gens qui me saluent. Plus tard, dans les villages des théories de villageois portent les bancs sur leur tête.

Les villages sont très beaux : les toits de chaume coniques coiffent des cases de terre ou des auvents ouverts portés par des piquets tordus. Même les écoles sont en chaume. Les tableaux noirs nous indiquent qu’il s’agit bien d’établissement scolaire. Plusieurs classes mitoyennes sont construites à la file.  Plus de grands kapokiers, à leur place nérés et baobabs.