Après dîner, Madame Haas, notre logeuse, vient nous chercher pour un tour « Budapest by night » à bord de sa voiture. Il y a très peu de circulation le dimanche soir. C’est une virée très agréable. Les monuments sont très éclairés. Nous les mitraillons avec nos appareils photos, pire que des Japonaises !
Je suis très fière d’avoir réussi la Colline du Château et le Pont des Chaînes que madame Haas préfère appeler pont Széchenyi pour honorer la mémoire de ce grand Hongrois.
Buda illuminée
Certains bâtiments sont à leur avantage la nuit : les statues de la Place des Héros, l’ange Gabriel du haut de sa colonne, nous les avions snobés ce matin dans la foule encombrés de touristes et de cars. Notre hôtesse nous raconte le pacte de sang conclu entre les premiers Magyars, cavaliers de bronze. Elle raconte très bien l’histoire de son pays et nous avons une véritable visite guidée historique
Le petit lac du Bois de Ville ressemble à celui du bois de Boulogne. Aujourd’hui, dimanche, il est très fréquenté par des familles qui vont au Zoo juste derrière.
Des baraques de chantier gâchent un peu l’entrée des Bains Széchenyi. Les beaux escaliers, les stucs blancs se détachant sur la peinture ne ne feront pas de belles photos cette année(on les a déjà faites autrefois !). En revanche, à l’intérieur peu de changements sauf de belles cabines neuves en pin. On se débrouille bien. Ce n’est pas plus compliqué qu’à la piscine de Maisons Alfort !
Les gens se promènent dehors en tenue de bain malgré la température automnale environ 12°C. je me donne comme objectif 20 longueurs du beau bassin de 50m mais ne remplirai pas mon contrat . C’est vraiment très agréable de nager cette distance et il y a très peu de gens dans l’eau.
Bains Szechenyi - carrousel et bouillons
Nous passons ensuite dans le bassin à 32°C qui a en son centre un bassin à bouillons et autour un fort courant qui entraine les baigneurs à la grande joie des enfants qui s’agrippent aux parois, se cognent et crient. C’est le seul endroit animé des thermes. Ailleurs règne le calme. Des bouillonnements jaillissent de temps en temps en surface. Chacun se précipite pour se trouver au bon endroit.
Nous terminons la baignade extérieure dans le bassin à 35°C où se disputent des parties d’échecs. Dans l’eau chaude personne ne bouge. Il n’est pas conseillé non plus d’y rester trop longtemps.
A l'intérieur : porphyres!
A l’intérieur nous essayons des piscines carrelées à l’eau verdâtre, thermale ou encadrée de balustres de « porphyre ». Nous plongeons dans une demi-lune à 38°C. la dernière étape aurait dû être le bain de vapeur (60°-80°C), bondé, les gens s’y pressent debout.
Trois heures plus tard, nous rentrons en métro jaune et sortons devant la pâtisserie Gerbaud. La rue Vaci nous conduit directement à la maison.
Le ciel est dégagé. Pourquoi ne pas aller piqueniquer au Bois de Ville? Nous irons ensuite aux Bains Széchenyi et auparavant voir l’exposition Klimt au Musée des Beaux Arts. Klimt va bien avec Budapest !
la place des héros, on a préféré la nuit!
Métro jaune
Le Métro jaune est le plus ancien métro d’Europe. Il a gardé son décor d’époque, ses carreaux blancs (les mêmes que les vieilles stations parisiennes) ses portes en bois vernis. Les rames modernes sont plus petites que dans les autres lignes.
¨Place des Héros
Nous descendons à Hösök Ter, la Place des Héros, une immense esplanade avec le Monument du Millénaire (mille ans après l’installation des Magyars en 996) grandiloquent. Arpad et ses guerriers de bronze entourent la colonne tandis que d’autres Hongrois fameux se tiennent debout entre les colonnes d’un portique arrondi.
Deux musées de peinture se font face, bâtiments néo-classiques imitant des temples grecs avec fronton peint et doré.
peinture
Pas d’exposition Klimt,repoussée à 2010, je suis bien déçue!
Hodler - vérité
A la place, Ferdinand Hodler, un peintre symboliste suisse (1853-1918). Les paysages sont très intéressants et plaisants, séries d’arbres, montagnes suisses et lac de Genève. Il a peint également d’énormes compositions symbolistes ou religieuses où les personnages hiératiques sont assez sinistres. Ces tableaux ont été exposés avec ceux des peintres du Mouvement Sécession. Il me semble en avoir vu au Pavillon Sécession de Vienne. Les figures féminines sont relativement légères tandis que les personnages masculins sont carrément sinistres, statiques, inhumains.
A l’étage, nous parcourons les collections permanentes. D’abord les peintres espagnols puis les flamands.
Je m’exclame un peu trop vite :
– « j’ai horreur de cela ! »
Je regarde les étiquettes : ce sont des Gréco et Zurbaran. Grands maîtres, peut être, mais tableaux grandiloquents, visages révulsés et religiosité trop espagnole (je ne suis pas d’humeur, deux messes ont suffi !). Les Flamands me plaisent bien. Je pourrais rester des heures à détailler certaines scènes truculentes. Comme toujours je sature au bout d’un certain temps. Je reste concentrée le temps d’une exposition à lire les explications, à comparer des tableaux. Ensuite il faut passer à une autre activité !
Une affiche annonce les Lisztiades, une série de concerts, justement aujourd’hui dans l’ église toute proche sur Marcius 15, la place en contrebas du pont Erzebet à cinq minutes de chez nous.
9h40, messe en Hongrois. Pourquoi attendre dehors au froid sous le ciel gris ? Nous prenons place dans l’église. Un groupe d’une dizaine d’hommes très bruns à la mine sombre ressemblant à des Turcs, dans les bas côtés, se dirige vers le chœur. Sur le mur est peint un mihrab. L’église du XIIème siècle a disparu. A sa place, une église à moitié gothique (vers le chœur) mi classique. La paroi est entièrement peinte, sommairement dans le fond gothique, imitant le marbre dans la partie classique. Pendant l’occupation turque, elle a servi de mosquée, le mihrab est resté.
La messe s’éternise. Il est pourtant 10heures. Nous sortons et guettons les éventuels mélomanes. Il n’y en a pas. Finalement un monsieur nous explique en anglais que le concert est prévu à 10 heures et qu’il n’est que 9h. Nous avions oublié le changement d’heure !
Une heure plus tard, l’église se remplit à nouveau. On distribue des cartons plastifiés en latin. Prise de doutes je cherche quelqu’un qui parlerait une langue compréhensible. Une vieille dame parle allemand :
– « ein Konzert ! Nein ! » dit elle d’un air indigné.
Un homme plus jeune, en anglais :
– « c’est la messe mais c’est aussi le concert, vous pouvez vous asseoir avec nous ! »
Deuxième messe de la matinée ! Nous retournant, nous découvrons un très bel orgue. Les chœurs sont installés au dessus de nous. La musique de la messe est très belle. Après le Kyrie Eleison, le prêtre continue la messe, en Latin, puis un monsieur en civil fait un sermon en Hongrois, interminable qui nous fait fuir, un peu déçues.
A proximité de la rue Veres Palné, l’Egyetemi Templom – église de l’Université – (1725-1742), est très, très baroque, entièrement peinte à fresques qui s’écaillent un peu.L’église serbe orthodoxe sur Veres Palné, peinte de jaune d’or. Malheureusement fermée.
souvenirs 1
Le Marché central est fermé, passé 3 heures.
A ses abords la chaussée du Petit Boulevard est défoncée par les travaux de la construction de la Ligne 4 du métro. Le pont est également en chantier. Cela enlève du charme à la promenade !
souvenirs 2 au marché
Promenade en tramway
Il y a 5 ans, nous avions parcouru Budapest en tramway. Ne disposant pas du plan des trams, nous nous remettons au hasard. Le long du Danube le tramway n°2 remonte les quais, contourne le Parlement, et s’arrête à proximité du Pont Marguerite. Nous voyons défiler les monuments de la colline de Buda sous le soleil. Les tramways 4 et 6 passent sur le pont par Margit Korüt jusqu’à la place Moskva Ter, correspondance de nombreuses lignes de tramway, d’autobus et du métro. Cette place est laide, occupée en son centre par un vilain édifice en béton. L’escalier nous conduit à l’arrêt du petit bus n°16 qui monte à la colline du château. Au lieu de descendre au château où il y avait foule nous avons préféré nous laisser brouetter. Le bus a parcouru toute la colline du Bastion des Pêcheurs au Château puis traverser le Danube sur le Pont Széchenyi pour finir sa course au terminus à Deák Ter.
Les boutiques de fringue
La grande place Vörosmarty est bordée de petits palmiers dans des caisses de bois. La PâtisserieGerbaud occupe un côté du rectangle, les deux autres sont bâtis de grands magasins de construction neuve, immeubles de verre jurant avec l’ensemble BelleEpoque du quartier. En face de Gerbaud, la rue Vaci est bordée des magasins de toutes les enseignes de « marques » Zara, Puma, Adidas, H&M… tandis que Lacoste, Armani, et Gucci se trouvent autour de l’hôtel Méridien de Deák Ter . Cette culture des « marques », globale et homogène, m’ennuie. Que les maisons de grand luxe aient une succursale dans chaque capitale ne me choque pas, mais que la rue Vaci ressemble à Créteil Soleil, manque singulièrement de poésie. D, rentrée en métro, a acheté un joli bouquet de dahlias et chrysanthèmes à une vieille dame à la station du métro.
Aquincum , ville d’Hadrien et de Trajan, peuplée alors de 60 000 habitants, fut la capitale de la Pannonie inférieure, près du mur d’Hadrien, aux confins de l’Empire. Détruite par les Goths en 270 puis en 376.
La ville antique s’étendait le long du Danube sur l’emplacement d’Obuda et le nord de l’île Marguerite. Les fouilles ont révélé une ville civile avec son forum deux thermes publics, des quartiers d’artisans, des villas. Plus au sud se trouvait le camp militaire. D’autres fouilles à Pest sur la place Marcius 15, montrent les vestiges de Contraquincum.
Les archéologues ont mis en évidence un système d’adduction des eaux particulièrement sophistiqué. Nous connaissons depuis longtemps le chauffage des thermes et les hypocaustes. Nous avons pu observer les égouts et le collecteur des eaux pluviales ruisselant au marché pour éviter les contaminations des eaux des thermes voisins.
La promenade est agréable sous un pâle soleil d’automne dans un site planté de beaux arbres aux feuillages roussis.
Des expositions temporaires très bien présentées : l’une sur le thème de la beauté et des soins est dédié à Vénus et à Hygiéa. Dans le musée, on peut suivre le travail des archéologues sur les différents sites de Budapest.
maquette de l'orgue hydraulique
Le Musée, très moderne, abrite les trésors d’Aquincum:verrerie et poterie, mais surtout un orgue hydraulique remonté autour de 1930, jolie maquette en bois. Les tubes métalliques ont été retrouvés dans la maison des pompiers voisine. L’orgue a été retrouvé parmi des outils de pompiers. Un diaporama raconte la découverte. Les charpentiers jouaient le rôle de soldats du feu. La salle voisine reconstitue la Maison du Proconsul ou du Gouverneur décorée de mosaïques et de fresques colorées avec des statues de marbre. Ma préférée est la statue de Némésis.
Le retour par le HEV jusqu’à Batthyány puis par le Métro rouge jusqu’à Deák Ter et le bleu pour Ferenciek ter a pris une petite demi-heure.
La rue Veres Palné est étroite et tranquille. Le 9 fait l’angle avec une petite rue qui rejoint la Rue Vaci juste en face d’une église baroque, Szent Mihaly Templom. A droite, une curieuse construction de briques rouges surmontée d’un bizarre panthéon jaune- un gymnasium. La rue Vaci, parallèle au Danube est une rue piétonnière bordée de restaurants, de belles librairies, de magasins de souvenirs d’un goût inégal – T-shirt affreux, matriochkas, écharpes à 6€, mais aussi belles broderies – magasins d’antiquités et bureaux de change. Des restaurants » typiques » proposent du goulasch et d’autres spécialités hongroises, on peut aussi trouver des pizzérias, des kebabs, du houmous et de la cuisine orientale.
Grande animation devant l’église: un concert baroque. Dommage que nous nous soyons levées ce matin à 4 heures. Un concert baroque dans une église baroque était précisément ce dont je rêvais! Le prix des places de concert (10 à12€) a augmenté depuis notre passage , elles étaient à 1.5€
La carte hebdomadaire de transports
Notre logeuse, Madame Has, nous a déconseillé d’acheter la Budapest Card adaptée aux touristes pressés. Nous achetons donc au métro Deak Ter une carte de transport hebdomadaire (4000 ft/14.81€).
Kitsch
Au bout de la rueVeres Palné, une statue de pierre. La dame assise est Veres Palné.Cela me plait bien que cette rue soit au nom d’ une féministe. La grande rue qui fait suite au pont Erzebet est bordée d’immeubles extravagants. De la façade de l’un d’eux sortent le torse de personnages vernissés alignés tout au long de la façade. La Passage Parisi est tout aussi extraordinaire : immense verrière, boiseries gothiques et en même temps mauresques, singes et personnages grimaçants. Chaque immeuble est décoré de statues. A chaque coin de rue, une surprise. Il faut marcher les yeux attentifs. Tout n’est pas forcément beau (et l’est rarement). Certains décors sont lourds et ridicules. La fantaisie qui règne ici contraste avec l’ennui des immeubles actuels lisses et pauvres.
Au bout de la rue, le pont Erzebet. Il est quatre heures, la lumière du soir est belle. La colline de Buda est noyée dans une légère brume. Premières photos. Les grands immeubles du boulevard sont spectaculaires : coupoles, statues, pâtisseries stuquées ; céramiques vernissées. Toute l’imagination de la Belle Époque se déploie ici.
L’immeuble
notre immeuble rue veres Palné
Notre studio s’ouvre sur une belle cour rectangulaire bordée d’arcades sur deux côtés. Chaque occupant a orné son coin avec des plantes en pots. Nos propriétaires ont installé des impatiences et de minuscules aucubas dans des auges de bois. Deux vélos sont posés le long du mur. L’immeuble semble vide. Dans un coin, la couturière a mis un écriteau et apposé une affiche recommandant aux habitants de ne pas fermer à clé la porte de la cour pour que ses clientes puissent venir chez elle. En face de hautes fenêtres vitrée donnent sur des bureaux vides autrefois occupés par Kadar. Notre studio fait face au porche monumental. Le plafond de l’entrée est décoré de stuc . Sur la façade, dans trois niches superposées se tiennent des géants de pierre, Magyars célèbres.
Au hasard de mes recherches, sur Amazon, j’ai trouvé ce titre : Bohini, un manoir en Lituanie. Surprise : « traduit du polonais ». J’avais oublié l’histoire commune de la Lituanie et de la Pologne. Vilnius- Wilno-Vilna fut polonaise jusqu’au pacte germano-soviétique et avant, russe. J’ai cherché sur ma carte routière et sur Internet, Bohini, le village de Bujwidze, les rivières, je n’ai identifié que Niemenczyn, à 25 km de Vilnius, peuplée majoritairement de Polonais selon Wikipedia et proche de la frontière Biélorusse.
L’histoire se déroule une dizaine d’années après l’insurrection polonaise de 1863, dans la forêt lituanienne. Dans la chaleur de l’été finissant, l’atmosphère est étouffante et électrique comme à l’approche de l’orage. Hommes et bêtes attendent l’orage qui délivrera de la sensation d’étouffement. Il semble aussi que, comme les nuages d’orage, s’accumulent les prémisses d’une catastrophe.
La métaphore météorologique concerne peut être aussi la situation politique. On sent des menaces : un génie malfaisant(?) Schickelgruber , plus réel, l’ispravnik, autorité russe recherche les insurgés ou terroristes s’opposant au pouvoir du tsar, il va jusqu’à bouleverser les ruches du curé, le voisin Korsakov, est-il russe ou Polonais comme il le prétend? Le manoir et les villages vivent encore dans le souvenir de l’insurrection et même dans celui du passage des armées napoléoniennes qui ont laissé des tombes dans la forêt.
L’histoire de la liaison impossible entre la châtelaine polonais et le « petit juif de Bujwidze » qui fut l’ancêtre caché de l’auteur, est la trame de l’histoire. Helena ne se résout pas au mariage de raison avec un châtelain voisin dont la cour empressée est plus de convenance que de passion. Elle repousse sans cesse l’idée de se lier.
Les personnages sont presque tous étranges et mystérieux. le cocher Constantin prétend être âgé de 182 ans. Michel, le père d’Héléna ne sort de son mutisme que pour de déchirantes prières. Le curé, le père Siemaszko, qui paraît débonnaire, préférant ses abeilles à son bréviaire, cache aussi ses secrets biélorusses. Pourquoi la mère d’Héléna est elle enterrée dans la forêt comme les soldats de Napoléon? Pourquoi ont-ils été privés de leur manoir au profit du Russe Korsakov?
Et surtout qui est réellement Elie Chyra, le juif de Bujwidze? Un illettré qui veut apprendre à lire, un révolutionnaire, un poète, un vagabond qui a parcouru la terre de Sibérie en Australie? Des autres Juifs de Bujwidze, on ne rencontrera au hasard du roman que l’épicier du Goldapfel, ils ne se mêlaient sans doute pas aux Polonais? Voire, pourquoi alors Helena, très catholique, adopte-t-elle le calendrier de l‘année juive, attendant comme l’orage les jours du Jugement précedant Kippour?
La forêt joue un grand rôle dans ce roman. Helena va s’y ressourcer, se baigne dans la rivière. Comment n’a-t-elle pas peur? Pourquoi aurait-elle peur? elle s’y sent chez elle. La biche Malwina apparait comme la seule innocente de toute cette histoire. Aurores boréales et mirages dans la brume contribuent à cette ambiance mystérieuse.
ARTE nous a donné l’occasion de découvrir ou de revoir ce film de 2002 avec grand plaisir.
Hiam Abbas, joue le rôle de Lillia, veuve qui a une grande fille. Couturière, elle découvre l’univers du Cabaret avec ses danseuses du ventre, découvre le plaisir de danser, la possibilité d’avoir une vie à elle, de braver la nuit interdite aux femmes seules et le regard soupçonneux des voisines.
J’ai découvert une facette que je n’imaginais pas de Hiam Abbas dont j’ai vu nombreux films, de Noces en Galilée , La Fiancée Syrienne, Les Citronniers, Free Zone, Amerrika. Ses personnages tragiques ne correspondent pas à l’image d’une danseuse de cabaret, et pourtant elle sait danser et s’amuser! Toujours avec une dignité et une force impressionnante.
le film ne se résume pas à une performance d’actrice, c’est aussi, visuellement, un très beau film. La cinéaste, Raja Amari, s’attarde sur de bien belles images, tissus aux couleurs chaudes chatoyantes dans le décor du cabaret et des tenues orientales des danseuses. Blanc et bleu des films tunisiens, des Secrets, film que j’ai aussi aimé.
Le titre complet: YOSSIK – UNE ENFANCE DANS LE QUARTIER DU VIEUX MARCHE DE VILNA -LITUANIE (1904-1920)
Quand j’ai ouvert ce livre je me suis demandée si c’était une bonne idée de le lire juste aprèsLa Promesse de L’Aube de Romain Gary, né lui aussi à Vilnius en 1914 et après le Tribunal de mon père de Bashevis, se déroulant à Varsovie mais exactement à la même époque. Ces deux chefs d’œuvres ne lui porteraient il pas ombrage?
Yossik, bien que contemporain des deux autres petits garçons juifs, ne leur ressemble pas. Sur le Vieux-Marché, c’est une fripouille, un aventurier, un charlatan, pire un lampeduseur! Inventant toutes sortes de commerces allant de la vente de galettes de boue au prêt de boutons, il préfère la société de cosaques et tatars à la fréquentation du heder . Le petit rebbe et la rebbetsin ne le retiendront quelques temps que parce qu’il rêve de redonner vie au golem d’argile de la vieille synagogue. Mais le violon, la gloire de Paganini1er puis de Paganini II, son ancien associé Bertchik, lui donne une nouvelle ambition, il sera Paganini III, même sans violon, il jouera le Perpetuum mobile, ira à Saint Petersbourg, sera célèbre…..
Yehudi Menuhin
Cependant le monde pittoresque du vieux marché n’a pas toujours la vie facile.
« Une semaine plus tôt, une shikse, dont le père était concierge rue de la Boucherie, était entrée dans un salon de coiffure. le barbier avait aiguisé sa lame, égorgé la jeune fille, et tiré son sang pour en faire quelques bouteilles de vin.
Comment pareille chose était-elle possible? aussi loin que pût m’entrainer mon imagination créatrice je n’arrivais pas à me représenter une jeune fille portant barbe et venant se faire raser la barbe chez un barbier. En second lieu, d’où sortait ce salon de coiffure sur la place du Marché?
tous ces stupides racontars me semblaient contes à dormir debout, trop puérils même pour des enfants.
Malheureusement, cette fois les enfants avaient raison. Quelques jours plus tard, le pogrome éclatait dans toute sa fureur. »
– » si Dieu a fait ce pogrome, Il n’est plus mon Dieu »
Ainsi Yossik prend congé du rebbe et de la rebbetsin.
La chance tourne, le père de Yossik rentre d’Amérique « millionnaire ». La famille quitte le Vieux-Marché pour s’installer sur la très chic Prospective- Saint-Georges. L’enfant perd ses repères et malgré l’aisance familiale, il est rejeté du lycée pour cause de numérus clausus. Il tombe amoureux de Nioura qu’il baratine, se présentant comme Américain, puis comme violoniste et gagnera deux ennemis, lefrère de cette dernière et son ami, deux lycéens arrogants. Dans ce quartier bourgeois, le pittoresque et le burlesque collent au lampéduseur…
Revers de fortune, le père est malade, ruiné, la famille retourne dans le ghetto et le père à la religion. Description extraodinaire de la cour des synagogues,
« chaque kloyz avait au mur sa plaque gravée, et son antique liste de donateurs …avec des dates remontant jusqu’au quinzième siècle »….
Chaque oratoire portait le nom d’une merveilleuse figure légendaire…Ishalayele le Voyant, aveugle de naissance qui connaissait par cœur les soixante lourds volumes du Talmud…. »
Même Napoléon s’y était arrêté lors de sa marche sur Moscou.
Nouvelles aventures jusqu’à ce que la guerre de 14 n’éclate. Fin d’un monde prédit « le fils de Barve »
» – qu’est il arrivé en Bessarabie ou Serbarabie, ou le diable sait comment on l’appelle?
…..
– Pourquoi croyez vous à la fin du monde? demanda Note. Est-il pensable que pour un prince assassiné, tout un monde puisse disparaître? »
Le prédiction du « fils de Barve » s’est réalisée. les Juifs furent mobilisés. Les Russes défaits… Arrivèrent les Allemands, puis les Polonais avec leur Aigle blanche, renversés par un comité révolutionnaire aux rubans rouges derrière un fameux Meir Schmulevitch. Les Polonais reprirent la ville et chassèrent tous les Méir Schmulevitch jusqu’à ce que des révolutionnaires, bortcheviks n’organisent la révolution-transformation dans la joie d’abord et la sympathie des habitants du Vieux-Marché puis la crainte hiérarchie des patates, et le règne des cabans de cuir…
Ce livre correspond exactement à ce que je cherchais en passant sous la Porte de l’Aube, me dirigeant vers le Petit Ghetto de Vilnius. Le vieux Marché n’existe plus, à la place de la cour des synagogues, une place vide avec des flaques et un jardin d’enfant, une plaque, un buste du Gaon…Mais la rue des Verriers, je l’ai vue!
Ma crainte de « déjà-lu » quand j’ai ouvert le livre s’est avérée infondée. Trois petits juifs nés presque à la même époque, et presque dans le même contexte, trois personnalités si différentes. Trois histoires. Tellement est riche la diversité de l’humanité!