Dimanche, au Lido di Metaponto

CARNET DU MEZZOGIORNO

Pour déjeuner, nous avions pensé au Lido di Métaponto. Nous nous serions attablées en bord de mer, j’aurais pu me baigner.

Le dimanche, il y a affluence, les parkings sont complets. Après avoir bien cherché une place nous arrivons sur une sorte de promenade où sont installés les restaurants correspondant aux installations balnéaires. Aujourd’hui, tous les parasols sont déployés, les lits occupés.

Il y a foule dans les restaurants populaires qui sont plutôt des self-services rustiques avec de grandes tables en bois peintes en bleu ou en brun et des bancs sous des auvents laqués. Il faut d’abord chercher le scontrino  au bar, payer et commander. Quand l’assiette est garnie, une jeune femme appelle le client avec un micro, il emporte son assiette en plastique . Pour les pizzas, pareil sauf qu’il faut apporter le scontrino au pizzaiolo et que c’est beaucoup plus long. Avec mon italien timide et hésitant, je me fais dépasser dans la queue par les culottés qui annoncent à voix haute, et de loin, leur commande. Problème : je ne sais pas du tout quoi commander. Pour une bouteille d’eau, je dois attendre que le serveur ait préparé 25 espressos, mis 25 touillettes, et compté 25 sachets de sucre. Ensuite il remplit à peu près autant de petits verres de limoncello, grappa et autres alcools. Avec ma p’tite bouteille j’avais l’air d’un con …Ici on commande en grand, on vient en famille, ou plutôt en tribu.

Sur l’ardoise, il y avait des lasagnes, quand vient mon tour, elles sont terminées. Il fallait les commander dès le matin. Il reste des pâtes aux fruits de mer (7€) servies avec moules et palourdes, mais sans couverts, les pâtes ressemblent à des grains de blé géants, sauce tomate. C’est infect.

Pendant que j’attendais les pâtes,  Dominique s’est fait chasser par un groupe d’une douzaine d’adultes, comprenant la grand-mère, et autant d’enfants installés sur la table voisine. Comme elle protestait, un homme lui dit qu’elle ferait mieux de retourner chez elle en France. Ambiance !

Au comptoir de la pizzeria, certains commandent 8 pizzas à la fois, le pizzaiolo les cuit 4 par 4 mais, pour une seule, il faut patienter ! Le spectacle est dans la salle. Les femmes font le service pour maris et enfants. Parfois, l’homme fait la queue au bar, la femme portera plus tard la commande mais les enfants ne bougent pas.  Leur maman apportera une barquette de frites chacun, une pizza chacun, et des beignets pour terminer. Ici, personne ne mourra de faim. On dévore !

Et pourtant ils ont l’air tous contents dans le bruit et les allers/venues. Pour se baigner,  il faut se frayer son chemin jusqu’à l’eau entre les glacières et les serviettes. Une dame lit, comment fait-elle dans ce vacarme? Dans l’eau, uniquement des enfants. Les parents les surveillent du bord. Ils ne risquent pas grand-chose, l’eau est très peu profonde. Il faut aller très loin au-delà des bouées pour avoir assez d’eau.

C’est une expérience à faire une fois, mais pas à renouveler ! vivre quelques heures au milieu de ces gens en famille et au naturel et basta !

Une excursion vers le sud : Scilla

CARNET DU MEZZOGIORNO (CALABRE)

Scilla : le château sur le rocher

Il fait très frais ce matin (20°C) et le vent intensifie cette impression de fraîcheur. Le soleil est encore dans la ramure du grand arbre. J’écris sur la table de la terrasse guettant les oiseaux qui se posent face dans l’amandier. Un merle vient me rendre visite et sautille sur le sol sableux. Les tourterelles préfèrent prendre de la hauteur. Un grand lièvre a fait un petit tour, je n’en n’avais jamais vu de si près. On ne peut vraiment pas le confondre avec un lapin.

Comme tout le monde, je connaissais l’expression « de Charybde en Scilla », d’après l’Odyssée. Nous avons prévu  une grande excursion (200km aller/retour) pour voir Scilla, son château et les côtes de Sicile. Googlemaps annonce 76 km en suivant le littoral, Le Navigatore de la Polo propose 3 itinéraires, le plus court 89 km en partant par Ricadi, puis nous fait passer par Zungri en nous déroutant vers le nord et non pas à Nicotera sur la côte. Nous grimpons les pentes du Monte Poro par de petites routes tortueuses à travers des villages ignorés des guides touristiques ainsi que de la carte Michelin : St Costantino, Calimera, La Panaia, toponymie à consonance grecque évoquant Byzance. Ces gros villages sont bien différents des résidences touristiques fleuries et pimpantes autour de Tropea. Les maisons ressemblent à des chantiers permanents. Les habitants vivent au rez de chaussée, parfois au 1er étage de grosses bâtisses de parfois 3 étages ou même plus ; Les étages supérieurs n’ont ni portes ni fenêtres, dans le meilleur des cas on les a bouchées avec des tôles, des planches, ils sont parfois ouverts à tous les vents. On a rarement fini le toit, le plus souvent des tiges rouillées dépassent. Nous avons déjà remarqué ce phénomène en Grèce. Tant que les tiges rouillées étaient apparentes, la maison n’était pas considérée comme terminée, donc pas imposable. En est-il de même ici ? Pourquoi des maisons si grandes dans des villages perdus ? Qui les habitera ? Les enfants quand ils seront grands ? Les émigrés du Nord, d’Allemagne ou d’Amérique quand ils reviendront pour passer leur retraite. A moins que ce soit de la construction pour de la construction, inexplicable comme ces ponts autoroutiers de Sicile ou ne passera jamais aucune autoroute. Evidemment on n’a pas crépi, ni peint les façades . Le village a un aspect gris, pas entretenu, plutôt sale et déplaisant. Autre aspect déplaisant : les ordures qui s’entassent sur le bord de la route. Sacs crevés par les chiens ou les oiseaux qui s’éparpillent. Ailleurs en Italie on est très attentif au tri sélectif, ici, c’est la décharge. Nous avons vu un panneau qui prie le passant « de ne pas jeter d’ordure ici parce que la récolte ne passe pas ».

En dehors de ces deux « écueils «  (Charybde et Scilla), le voyage dans la campagne est très plaisant. Dans les champs de céréales, il y a des coquelicots. La moisson est commencée mais pas terminée.  Les roues de paille sont du meilleur effet. Des chardons mauves, roses ou bleus décorent le bord des routes. De hautes graminées agitées par le vent fournissent un joli premier plan aux photos de paysage. Calabre verdoyante et vallonnée au mois de juin où poussent des oliviers majestueux dans des oliveraies bien entretenues. Les arbres sont si hauts qu’on ne peut pas cueillir les olives, sans doute les ramasse-t-on au sol comme en Corse ou à Corfou. Dès qu’on est en plaine les orangeraies occupent le terrain. A l’inverse des oliviers, les orangers sont taillés très bas et forment des boules compactes. Les oranges doivent être cueillies, plus l’oranger est bas, plus c’est facile. Ils sont irrigués, on voit de fins tuyaux courant entre des poteaux de ciment.

Gioia-Tauro

Nous trouvons la route côtière à Rosarno à quelque distance de la mer cachée par la voie de chemin de fer et une lagune jusqu’à Gioia Tauro où un port de dimension impressionnante a été implanté avec des grues et des portiques pour les conteneurs sont visibles de la route. Selon Wikipédia, c’est le 1er port italien pour les conteneurs et le 10ème européen. L’histoire de ce port est intéressante. En pleine crise de l’acier, on tenta d’implanter une industrie sidérurgique puis une centrale thermique qui n’a jamais fonctionné. Les ruines industrielles ont un aspect désolant dans le paysage. Je m’étonne de croiser si peu de camions sur la route, les installations impressionnantes feraient craindre un trafic dense. Peut-être sont-ils sur l’autoroute ?

La route évite le centre de Palmi ( »à voir » selon les guides touristiques) avec un musée ethnographique présentant des masques, qui me tente). A la sortie de Palmi, le Navigatore nous dirige sur l’autoroute Salerne/Reggio di Calabria tunnels et viaducs, je ne compte plus les galeries, il y en a bien une dizaine. Frustration : la Côte Viola bordant l’Aspromonte est la plus belle partie du voyage, nous l’avons loupée !

Scilla

Nous ne quittons les tunnels qu’à Scilla – petite ville (5000habitants) facile à traverser avec des ruelles pittoresques avec de la végétation dégoulinant des balcons et de la lessive qui sèche. La route qui descend de l’autoroute vers le château est bordée de lauriers-roses taillés comme de petits arbres avec des troncs bien dégagés, les roses et les blancs alternent.

Scilla : Castello Ruffo

Du belvédère, Piazza San Rocco, on découvre le château, les plages, les toits du quartier des pêcheurs, Chinalea, et les côtes de la Sicile très proches, où d’énormes porte-containers croisent dans le Détroit de Messine.

Un escalier descend au pied de la rampe du Château Ruffo qui coiffe le rocher de Scilla (ou sévissait le monstre de la légende). Il a fière allure malgré les deux séismes de 1783 et 1908 qui l’ont touché. Pendant les Vêpres siciliennes (1282)  le monastère-forteresse S. Pancrazi faisait partie du dispositif de défense de Charles d’Anjou. En 1313, il fut occupé par Federico d’Aragon (Frederic II de Sicile 1295 – 1337) puis restitué à Robert d’Anjou par le Pape. Il appartient à la famille Ruffo depuis 1533. Qui en fit un palais luxueux. Sous l’actuelle phare, des citernes et vasques de décantation et un puits fournissait l’approvisionnement en eau de la forteresse imprenable. Une plaque rappelle un épisode tragique quand la foudre en 1812 mit le feu à l’armurerie tuant dans l’explosion deux soldats français (règne de Murat) .

Dans les salles d’exposition on trouve des souvenirs de la pêche à l’espadon(une barque et de très belles photos anciennes) et l’histoire complète du château avec des cartels très détaillés en italien.

Le phare fut construit en 1885, il signale l’entrée du Détroit de Messine et communique avec celui de Capo Vaticano.

Scilla : Chinalea le quartier des pêcheurs

Le quartier des pêcheurs, Chinalea est juste en dessous, à deux pas à pied mais d’abord compliqué en voiture. Nous ratons l’accès et remontons dans les tunnels de l’autoroute pour refaire un tour complet de la ville. Les maisons sont construites les pieds dans l’eau le long d’une rue étroite.

Très belle terrasse sur pilotis

Le meilleur point de vue est une terrasse de restaurant sur pilotis. Nous nous installons dans le premier qui nous semble très classe La fiocina. Sa belle terrasse est installée sur l’eau claire, le menu sophistiqué est présenté entre des plaques de bois. Menu prometteur : Dominique choisit des involtini d’espadon et moi, des pâtes contenant tout plein de bonnes choses comme des artichauts et de la crème de truffe. Rien de tout cela n’existe en cuisine, pas d’involtini, pas d’espadon sous une autre forme, rien qui ressemble à du poisson d’ailleurs, ni à de la viande non plus ! Le Maitre d’Hôtel est désagréable : il prend des grands airs alors qu’il n’a rien à proposer.

Je lui dis :

– « dites plutôt ce qu’il y a ! »

– « des pâtes ! »

Bien décevantes, pâtes maison peut être, al dente, avec des petits morceaux d’espadon, sans aubergine ni artichaut, seulement des petits filaments de courgettes râpée crue (à retenir) et une sauce à la crème. Pour 12€, on aurait pu s’attendre à mieux. On ira prendre le café ailleurs !

Scilla : Marina Grande et une terrasse plus modeste mais service plus sympathique

Deux plages à Scilla la plage de la Sirène (une statue de sirène genre Andersen et pas du tout monstre homérique, on a oublié que chez les grecs les sirènes étaient mi-femme mi-oiseau terrifiantes) et Marina Grande avec des établissements balnéaires. Nous nous attablons dans le premier. Une jeune fille très sympathique sert le café et une glace. C’est ici que nous aurions dû déjeuner, il y a de magnifiques salades de fruits (pastèque-melon). Baignade très agréable, je nage en regardant la Sicile et les cargos.

Au retour, nous coupons le GPS pour suivre la SS18 qui court sur la corniche et la spectaculaire Costa Viola, tout d’abord au niveau de la mer jusqu’à Bagnara puis qui grimpe en lacets serrés dans le village et reste en hauteur jusqu’à Palmi où nous retrouvons la route de ce matin. Le port de Gioa Tauro, bien visible d’e haut est vraiment très grand.

Costa Viola entre Scilla et Bagnara

Rosarno est engourdie par la sieste, seuls des Africains se promènent dans les rues, nous trouvons une flèche indiquant Nicotera Tropea, nous quittons la statale pour une petite route qui traverse des orangeraies près de la mer. Jusqu’à Nicotera, nous nous félicitons de notre initiative. Nicotera Marina possède de belles plages . Nicotera est perchée sur une colline qui domine le rivage. Nous trouvons la route de Cocorino Joppolo. Il est à peine 17h, nous décidons d’aller à la plage à Joppolo.

Plage de Nicotera10

C’est là que tout se gâte (et que nous comprenons les détours que nous avait imposé le Navigatore). La route de Joppolo est barrée par un bloc de ciment. Une déviation est fléchée dans la montagne par une toute petite route (interdite aux camions). Comme La Polo n’est pas un camion nous nous engageons et montons dans la forêt par des pentes incroyables. La Volkswagen renâcle, il faut passer la 1ère et même en 1ère elle s’essouffle. La route est très étroite et le revêtement dégradé. Arriverons-nous quelque part ? On monte, on descend, tortille. Par chance personne ne vient en face. Finalement nous nous retrouvons à Brivadi. L’épreuve pour la conductrice n’est pas terminée, les ruelles sont très étroites. On aurait peut-être dû écouter le GPS ?