La Vie Errante – Maupassant

LECTURES TUNISIENNES

En 1890, lassé de Paris, Maupassant par pour l’Italie, la Sicile, l’Algérie puis Tunis et Kairouan. La Vie Errante est son journal de voyage. J’avais lu le début à l’occasion d’un voyage en Sicile  

De retour de Tunisie j’ai repris avec un grand plaisir cette lecture. Et j’ai lu ses descriptions des paysages que nous avons traversés récemment avec un grand plaisir Inutile de souligner la qualité du style, les descriptions précises des paysages. Maupassant s’attache à décrire avec fantaisie ville et campagne :

A propos de Tunis

« Où sommes-nous? sur une terre arabe ou dans la capitale éblouissante d’Arlequin, d’un Arlequin qui s’est amusé à costumer son peuple avec une fantaisie étourdissante. »

Il saisit le pittoresque des costumes,  la variété des matières comme des coloris de ce « défilé de féerie » et nous enchante quand il nous fait pénétrer dans les passages les plus secrets, dans les voûtes des souks et des bazars, dans les quartiers de débauche ou  avec les fumeurs de haschich,  les femmes obèses, ou les princesses des Mille et unes Nuits…

Quand il traverse la campagne, c’est un observateur au regard aiguisé. Il s’émerveille d’un vol de flamants roses

« Avec ma lunette-jumelle, j’aperçois, dans l’eau, des flamants, et je quitte la voiture afin de ramper vers eux entre les broussailles et de les regarder de plus près. J’avance. Je les vois mieux. Les uns nagent, d’autres sont debout sur leurs longues échasses. Ce sont des taches  blanches et rouges qui flottent, ou bien des fleurs énormes poussées sur une menue tige de pourpre, des fleurs groupées par centaines, soit sur la berge, soit dans l’eau; On dirait des plates-bandes de lis carminés, d’où sortent, comme une corolle, des têtes d’oiseaux tachées de sang au bout d’un cou mince et recourbé. »

Il saisit l’inhabituel, le fantastique d' »invraisemblables silhouettes de chameaux laboureurs attelées aux charrues.  » ou les inquiétantes haies de figuiers de barbaries que Flaubert appelle nopals et Maupassant « cactus » 

« ces bois de cactus ont un aspect fantastique. les troncs tordus ressemblent à des corps de dragons, à des membres de monstres aux écailles soulevées et hérissées de pointes. Quand on en rencontre le soir, au clair de lune, on croirait vraiment entrer dans un pays de cauchemar »

C’est un voyage poétique, mais pas seulement. Maupassant constate comment dans l’Enfida les colons français exploitent les domaines 

« Rien n’est plus intéressant que l’étude de cet immense domaine où les intérêt des indigènes ont été sauvegardés avec autant de soin que ceux des Européens. C’est là, un modèle de gouvernement agraire pour ces pays mêlés où les moeurs essentiellement opposées et diverses appellent des institutions très délicates et prévoyantes »

Il s’intéresse aux coutumes aussi bien à la manière de cultiver qu’au droit de propriété et de cession de ces propriétés. Il est assez critique sur la construction des routes françaises qui s’effondrent parce qu’on ne tient pas compte de la crue des oueds qui emporte les ponts…

A l’approche de Kairouan il rencontre des dromadaires, une chamelle qui vient de mettre bas…. dans un paysage qui devient étrange, « des lignes de pierres qui sortent de terre rangées comme des soldats, toues de même ordre de même sens, penchées vers Kairouan, invisible encore. On les dirait en marche, par bataillons, ces pierres dressées, l’une derrière l’autre[….]Ce soulèvement est un des plus curieux du monde; Il a d’ailleurs sa légende. Quand Sidi-Okba avec ces cavaliers, arriva dans ce désert sinistre où s’étale aujourd’hui la ville sainte, il campa dans cette solitude. Ses compagnons surpris de le voir s’arrêter dans ce lieu, lui conseillèrent de s’éloigner, mais il répondit : – nous devons rester ici et même y fonder une ville car telle est la volonté de Dieu. [….] le lendemain on vint lui annoncer qu’une levrette avait trouver de l’eau. On creusa donc à cet endroit, et on découvrit à seize mètre du sol, la source qui alimente le grand puits coiffé d’une coupole où un chameau tourne le long du jour, la manivelle élévatoire…. »

J’aurais aimé laisser Maupassant décrire Kairouan et me taire.

« Puis, sur la droite, s’estompe un monument chargé de dômes : c’est la mosquée dite du Barbier, et enfin apparaît la ville, une masse indistincte, indécise, derrière le rideau de pluie ; et le minaret semble moins grand que tout à l’heure comme s’il venait s’enfoncer dans les murs après s’être élevé jusqu’au firmament pour nous guider vers la cité »

Ces Portes de Kairouan m’évoquent naturellement le tableau de Paul Klee. 

Et voilà, en cherchant sur Internet une bonne image de cette aquarelle, je tombe sur un blog inconnu qui m’a émerveillée et rendue très jalouse. Exactement le post que j’aurais voulu écrire : Maupassant illustré par Klee! Une autre bloggeuse (eur) l’a fait avant moi! Je vais retourner souvent feuilleter ce blog : POISON ET CARAMEL  : bravo!

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

14 réflexions sur « La Vie Errante – Maupassant »

  1. Grand merci Miriam pour le lien vers « poison et caramel » ! J’adore Maupassant, et j’adore Klee, le maître de l’aquarelle. Par sa légèreté, sa transparence et sa lumière, l’aquarelle est à l’art pictural ce que le rêve est à la vie : Tout et Rien… Impalpable, évanescente, et fluide, l’aquarelle illumine mon imaginaire comme le rêve éclaire mon Noir. Un été, j’ai tenté de copier cette aquarelle représentant Kairouan.. ça m’a donné beaucoup de plaisir ! Klee rapporte dans son journal qu’il est devenu vraiment un peintre lors de son séjour en Tunisie…
    Maupassant est un merveilleux conteur (ou plus tôt raconteur) de ses voyages !

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    1. @poison et caramel :je vais souvent sur votre blog, toujours aussi passionnant! mais j’ai perdu le mode d’emploi des commentaires (avec la cloche en haut à droite j’arrive à les lires mais toujours pas à en écrire!

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  2. C’est tellement agréable de lire un grand écrivain sur les lieux que nous visitons ; ça n’arrive pas tous les jours. Je vais voir de ce pas « Poison et Caramel » qui te rends jalouse !

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  3. Je partage tout à fait son avis concernant les cactus. Il y en a pas mal ici (à Marseille) et ils sont impressionnants. Et j’avais également apprécié son texte sur la Sicile, notamment l’escalade de l’Etna.

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    1. @nathalie : j’aimerais bien voir les cactus marseillais, j’aimerais aussi des conseils pour une escapade marseillaise. Dans quel quartier chercher un Airbnb pour ne pas à avoir à faire trop de déplacements en transports? J’imagine que la voiture est déconseillée?

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      1. Noailles n’est pas cher et te plairait certainement. Sinon le Panier. Je te proposerais bien chez moi mais c’est un poil excentré (et tout en haut d’une colline), mais si tu viens n’hésite pas à faire signe.
        La voiture… si tu as conduit à Naples, alors ça ira, tu ne seras pas dépaysée. En revanche la voiture sera utile (pas indispensable, il y a aussi des sorties possibles en bus) si tu veux aller dans les Calanques.

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      2. Merci pour les conseils. Si la conduite dans Marseille ressemble à celle dans Naples on préfère éviter et passer aux transports en commun. Pour les calanques, nous les avons visitées il y a peu c’est plutôt pour la ville elle-même

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