Une famille corse 1200 ans de solitude – Robert Colonna d’Istria

LIRE POUR LA CORSE

La collection Terre Humaine ne m’a jamais déçue. 1200 ans d’histoire corse m’intéressent. J’ai commencé  à le lire à Ajaccio.

Il m’a fallu de la persévérance pour venir à bout de la longue introduction, beaucoup de considérations « île, insularité, solitude » qui s’adressent autant aux membres de la famille Colonna d’Istria dont l’auteur va conter la généalogie et l’histoire qu’au lecteur inconnu qui s’embarque pour une lecture au long cours.

« L’île est facteur d’identité. Pour l’insulaire, l’île est à la fois omphalos et axis mundi, centre et pilier, point de commencement, résumé, concentré du monde, explication de tout »

« deuxième réalité attachée aux îles : il faut en partir »

Pour l’islomane que je suis, cela ne peut que m’intéresser! 

« La vérité sur la Corse? Son âme? Son charme supérieur? Ses secrets les mieux gardés? Tout cela, dit-on, est caché dans les villages »

Seulement voilà, c’est long, très long, et Colonna d’Istria s’appesantit sur l’insularité et sur la notion de famille, la généalogie, longuement, longuement. Une quarantaine de pages avant que l’histoire ne commence.

« Le premier à porter le nom de Colonna a été Ugo en l’an de grâce 818″

« Compagnon de Charlemagne, qui aurait bouté les mahométans hors de l’île« 

Ugo est le fondateur présumé de cette grande et vieille noblesse. Rien ne prouve qu’Ugo ait vraiment existé. Aucune preuve formelle, des arguties discutant la véracité du personnage et peu de faits historiques. Ce moyen âge est décidément bien obscur. Je m’impatiente, et commence un roman qui lui a une histoire, un héros.

« Un paladin, à cheval, se promène sur les crêtes entre la vallée de Taravo – son domaine – et les vallées voisines – territoires de ses rivaux….« six cents ans ont passé, Vicentello est un héros du XIV ème siècle, temps des malheurs : peste, famine, brigandage, piraterie, guerre…Vincentello choisit Aragon plutôt que Gênes ou Pise.

« En 1358 dans le nord de l’île, il y a un grand soulèvement populaire. Les communauté renversent la table et se placent sous l’autorité directe de la commune de Gênes. Une idée qu’elles ont eue….Gênes va y rester 400 ans »

On entre enfin dans la Grande Histoire, pour mon plus grand bonheur. Mais les prétentions aristocratiques de cette famille qui revendique sa noblesse depuis Charlemagne, ont tendance à m’agacer. 

M’ont beaucoup plus intéressée les contestations et les révoltes du XVII ème et XVIII ème siècle causées  par l’impôt payé à Gênes et surtout sa collecte. La justice mal rendue par Gênes. Le récit de la Révolte de la saint Laurent en 1615 contre le pouvoir le rôle de l’Eglise sont racontés en détail et de manière vivante. Les faits ont pour moi plus de charme que les mythes des paladins médiévaux.

 » XVIII ème siècle, finalement, aura été pour la Corse celui des révolutions. Dans l’île, ou après cinq cents ans de présence, Gênes va s’effacer. En France, à laquelle la Corse est incorporée en 1768, où l’Ancien Régime va être balayé par la Révolution de 1789″

Point de départ des révoltes, révoltes anti-fiscales1730. 1755, élection de Pascal Paoli,

Le chapitre archaïsmes  évoque le règne éphémère du roi Théodore, que j’ai lu citer par Colomba de Mérimée. Il raconte la « manière corse d’habiter la Terre et de vivre en société »les codes d’honneur, la vendetta. Il analyse aussi les causes économiques, le système de propriété foncière. Dans ces sociétés agricoles, « l’autoconsommation est la règle, l’autosuffisance, un signe d’aisance ». La modestie de la démographie, expliquerait selon l’auteur l’importance des tombes, « on se sert de tous, les vivants et les morts pour marqer le territoire, et ne pas rester seuls, écrasés par le vide... ». Dans ce chapitre il raconte aussi les légendes, les revenants, les sorciers les mazzeri. Toute cette partie du livre s’intègre parfaitement à la démarche anthropologique de la Collection Terre Humaine.

La deuxième partie du livre traite de la période qui commence avec la fin de la Révolution jusqu’à nos jours. Comme la première, les chapitres sont d’intérêt assez inégaux.

« chez nous, on aime le pouvoir« 

Les relations des membres de sa famille au pouvoir, royaliste avec la recherche de titres de noblesse ronflants, de l’église avec des prélats influents, judiciaires … ces relations donc sont examinés minutieusement, trop minutieusement à mon goût avec des longueurs. Et entre ces recherches généalogiques et parfois fastidieuses des anecdotes sont savoureuses. Des faits historiques, la participation de sa famille (et des corses en général) à la saignée de la Première Guerre mondiale, à l’aventure coloniale et à la Résistance, sont parfois fort intéressants.

Ce gros livre (416 p) est donc une mine de renseignements et mérite qu’on se donne la peine d’y consacrer un temps de lecture, même si je ne me suis pas interdit de lire certaines pages en diagonale.

« 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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