L’Envol d’Icare – Jacques Lacarrière – Seghers

LIRE POUR LA GRECE

Picasso : Chute d’Icare

« Ces histoires étaient censées se passer en des jours si anciens que tout, alors, semblait possible. C’était le temps où
les dieux vivaient au milieu des hommes, intervenant sans cesse dans leur destin. Et rien n’est impossible dès lors qu’un dieu le veut, à commencer par la naissance d’un homme-taureau… »

Depuis nos premiers voyages en Grèce, Lacarrière m’a toujours guidée, ses livres m’ont accompagnée en Egypte. J’ai trouvé la référence de L’Envol d’Icare  sur le blog de Dominique ivredelivres à propos du tableau de Breughel que Lacarrière décrit. 

Brueghel l’Ancien : Chute d’Icare

L’immense culture de Lacarrière et son talent pour la partager ne se dément pas ici. le mythe de La Chute d’Icare est raconté dans  les Métamorphoses d’Ovide.

« Or on oublie généralement qu’Icare ne s’envola pas seul. C’est avec Dédale qu’il traversera les cieux grecs.
C’est aussi à cause de Dédale que tous deux se retrouvèrent enfermés dans le Labyrinthe. L’invention des ailes apparaît d’abord comme un défi à l’interdiction de Minos, une réponse novatrice et rusée au piège tendu par le roi…. »

Dédale fut le premier ingénieur, inventeur, sculpteur, illusionniste   architecte du Labyrinthe, débordant d’astuce la métis. Son invention des ailes aux plumes collées à la cire a d’ailleurs réussi dans son propre cas : Dédale a atteint la Sicile par la voie des airs. Tandis que son fils, Icare, s’est abîmé dans la mer à l’emplacement de l’île d’Ikaria. 

Saraceni Carlo

Qu’est-ce qui a causé la chute d’Icare?

Sa désobéissances aux consignes de son père qui lui avait ordonné de ne pas s’approcher de l’eau qui aurait alourdi les plumes, ni ne voler trop près du soleil qui fait fondre la cire. Ou  en punition de la transgression du mortel à s’approcher des dieux?

« Soumission à la loi divine et en même temps transgression à son égard, le mythe d’Icare détient la clé de ce dilemme : se rapprocher des dieux en se soumettant à leur loi ou, au sens propre, en s’élevant vers eux. »

Dans la mythologie grecque Icare ne fut pas seul à s’élever vers les cieux et à chuter :

« Tous ceux qui, dans l’Antiquité, tentèrent cette folie – vouloir monter au ciel et rencontrer les dieux sans
divinisation préalable – le payèrent de leur vie : Icare, bien sûr, mais aussi Ixion et Tantale, pour rester dans le
domaine grec. »

[…] »d’Ixion, par exemple, qui, admis au ciel et au banquet des dieux à titre exceptionnel, en profita pour tenter de
séduire Héra, l’épouse de Zeus. Ce dernier le cloua alors sur une roue enflammée qu’il lança dans le ciel où, d’ailleurs, elle est censée tourner toujours, créant ainsi le premier satellite habité de l’espace »

Phaeton a connu un sort analogue, ayant désobéi à son père le Soleil

Giordano Luca : chute de Phaeton

Lacarrière nous offre de nombreuses pistes pour interpréter le mythe d’Icare et ses variantes : clé naturaliste référant aux animaux volants, chauve-souris et exocet, clé onirique où le dormeur rêve qu’il vole, clé symbolique qui se réfère au vol magique des chamans de Mircea Eliade ou aux rois-dieux du Proche-Orient, à l’Ascension du Christ ou l’Assomption de la Vierge, clé psychanalytique où l’on revient à Dédale et au corps pourrissant du Minotaure, les ailes d’Icare symbolisant son éclosion d’insecte ailé (Imago), Icare plutôt qu‘homme-oiseau serait homme-papillon, clé ritualiste et clé alchimique (là je suis perdue). 

Dans le sillage d’Icare, Lacarrière nous emmène dans d’autres histoires comme celle de la chute de Talos précipité par le même Dédale – son oncle – Talos étant aussi nommé Perdix. Puis il nous conduit dans l’Histoire de l’Art : la représentation de la Chute d’Icare a inspiré de nombreux artistes comme Brueghel l’Ancien, Picasso, Matisse et Chagall ont illustré ce mythe. 

Chute d’Icare : Matisse

Autres suiveurs, les aéronautes, cosmonautes et l’Homme-volant Clem-Sohn qui s’écrasa, comme Icare. 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

5 réflexions sur « L’Envol d’Icare – Jacques Lacarrière – Seghers »

  1. à propos de « La Chute d’Icare » ou le tableau philosophique (1558)
    que j’ai toujours adoré et dont j’ai fait la copie il y a quelques années…
    (Il n’est pas vraiment certain que cette œuvre peinte sur panneau de bois, soit réellement de Bruegel.)
    Dans un paysage grandiose et serein, tout à la fois de campagne, de mer et de montagne, où l’air est transparent, la lumière douce et belle, le laboureur laboure, le berger garde ses moutons en rêvassant, les caravelles naviguent au loin sur une mer d’huile, un pêcheur pêche… Et, dans l’indifférence générale, Icare, minuscule et pathétique, se noie dans un coin du tableau…
    Sous nos yeux, Icare est en train de vivre la fin de son aventure, tandis que le laboureur impassible continue de labourer, le pêcheur tranquille continue de pêcher, le berger imperturbable continue de garder ses moutons, et les bateaux aux voiles gonflées continuent de voguer là-bas… Pauvre Icare, la Terre ne s’arrêtera pas de tourner alors que se joue le drame de ta vie…que ton rêve disparaît dans l’écume… et que s’accomplit la grande fatalité de l’immense et terrible solitude de l’être humain…

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