LITTERATURE ALLEMANDE(SUISSE)/RENTREE LITTERAIRE 2026

Encore un cadeau de Babélio que je remercie !
Une traversée de plusieurs générations, de l’Autriche-Hongrie de François Joseph aux chars soviétiques de Budapest 1956. Une saga familiale de la famille Làzàr (ou von Làzàr), aristocrates hongrois dont la famille remonte aux guerres contre les Ottomans. Château avec les portraits des ancêtres, des terres que cultivent les paysans, une forêt mystérieuse…
Dès le début du roman règne une certaine mélancolie, comme une décadence, avec la naissance de Lajos, enfant translucide, d’ascendance douteuse. Sandor, le baron, expédie les affaires courantes, tandis que Maria, la baronne mène une existence fantasque, chevauchant à travers le domaine. Imre, le frère de Sandor, est encore plus fantômatique, lecteur de contes nocturnes, ombre présente tout le temps du roman.
« les années allaient bon train, elles définlaient tels les Roms avec leurs chevaux, à travers le royaume des Habsbourg, à travers la monarchie embourbée dans les marécages du Danube »
Lajos rêve d’Amérique, il devait embarquer à bord du Titanic.
Proclamation de la Guerre par l’Empereur. Les enfants sont expédiés à Vienne. La guerre aux portes de l’Europe passe un peu comme un rêve. Ilona, la soeur de Lajos, se marie à Berlin.
A la fin de la guerre, la Hongrie s’est séparée de l’Autriche mais rien ne trouble la routine pour les Làzàr, en leur château. Le baron sombre dans l’alcoolisme. Décadence encore. Lajos ramène lustre et de richesse avec des affaires florissantes, ils s’installent à Budapest dans une belle demeure. Destin de la famille. De l’Histoire de la Hongrie on n’apprendra que peu de choses. Hésitations politiques avec la montée de Hitler et du nazisme. Le jugement est plutôt celui d’un esthète qui méprise la vulgarité.
Quand la Hongrie s’allie aux nazis, l’antisémitisme se profile. Ilona a épousé le fils d’un banquier d’origine juive, elle s’enfuit en catastrophe en Suisse. Lajos cache un étrange religieux, opposant au nazisme, qui a pris La Recherche pour Bible et Marcel pour prophète. Bizarre personnage. Pour Lajos, un prétexte pour ne pas bouger quand il assiste au regroupement des Juifs et à leur déportation. Ambivalence : est-il complice?
Génération suivante : un frère Pista et une soeur Eva, passent la Seconde Guerre mondiale au château sans s’impliquer plus que leurs parents. Ce n’est que l’arrivée de Soviétiques qui les feront réagir en confisquant leurs biens et en les réduisant à une condition très médiocre. Ils se laissent porter par les évènements. Seule réaction : ils tiennent à conserver les bonnes manières aristocratiques, la politesse, la tenue à table. Dérisoire.
1956 provoque une réaction, mais toujours à la marge.
Décidemment pas héroiques! Mais tellement humains.
Le roman se lit bien, la Grande Histoire en filigrane, ce n’est pas vraiment un roman historique, mais c’est une histoire prenante.