THRILLER LONDONNIEN

Recommandé par le Monde des Livres (3 Aout 2026), lu en diagonale pour avoir la surprise de découvrir le livre (je hais les 4èmes de couv. et tout ce qui risque de spoiler un polar).
« le 29 Novembre 2019, une caméra de surveillance du MI6 repéra une activité au 5ème étage de la plus grande des deux tours de l’autre côté de la Tamise. Il faisait froid. la marée était haute et les reflets des lampadaires de Vauxhall bridge dansaient sur les flots sombres. pas une lumière aux fenêtre de tout Riverwalk à l’exception de celles de l’appartement 504, violemment éclairé.
A 2h23 la caméra du MI6 enregistra l’apparition sur le balcon du 504 d’une silhouette à contre-jour: celle d’un jeune homme apparemment. il se dirigea vers l’extrémité du balcon, se pencha un instnta, avant de repartir, de l’autre côté où il s’arrêta de nouveau pendant quelques secondes. Puis il revint au milieu du balcon, l’enjamba et plongea »
Le corps fut retrouvé dans la Tamise. la police conclua rapidement à un suicide. Le jeune homme avait 19 ans, il s’appelait Zac. Ses parents, Matthew et Rachelle Brettler, incrédule menèrent leur enquête pendant plusieurs années pour élucider les circonstances du décès de leur fils allant de surprise en surprise.
L’auteur, Patrick Radden Keefe est un écrivain américain, journaliste du New Yorker, qui a mené l’enquête en collaboration avec les parents de Zac. Enquête très pointilleuse qui convoque tous les protagonistes et leurs proches, ce que Scotland Yard a négligé de faire .

Je vous laisse découvrir les personnages principaux et secondaires qui sont remarquablement campés. Découvrir aussi l’effarement des parents qui croyaient connaître leur fils et tombent des nues. Histoire rocambolesque où le gratin londonnien rencontre les pires truands. Violence inimaginable. Le tout raconté dans tous les détails, pour ne négliger aucune piste.
gangstérisme à l’ancienne et le capitalisme des années 1980. Shand est aussi un enfant du Londres des
quartiers est, des docks notamment, que la désaffection d’une partie du port a transformés en un vaste terrain
vague : sur 10 kilomètres, les grues n’en finissent plus de rouiller et les entrepôts de s’effondrer.
J’ai cru me perdre dans ces détails, ces scènes cruelles où des doigts sont coupés, un crâne fracassé à la hache. Descriptions aussi des ces lieux de débauche de luxe et d’argent facile, voitures de prestige, appartements luxueux…Pendant un temps, j’ai pensé que l’auteur se complaisait dans la violence et les fastes des nouveaux riches. C’est longuet et malaisant cette énumération des méthodes sordides d’extorsion de fonds, de chantages. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai compris. Compris que cela n’était pas né dans l’imagination d’un romancier provocateur mais que la réalité dépassait la fiction. Et que si des faits peu aimables étaient étalés dans toute la précision, c’est que l’enquête avait besoin de preuves.
Seule une recherche méthodique et précise pourrait faire avancer la vérité cue aux parents de Zac. Recherche que n’avait pas effectué la police. Par négligence, incompétence, manque de moyens après des compression des effectifs. Par corruption, peur de déplaire à certains puissants, très riches investisseurs. A l’occasion, l’auteur cite les assassinats, les empoisonnements des oligarques russes qui ont pu déplaire à Poutine. Et le manque de réaction proportionnée des autorités. Londres comme une jungle où puissants et aventuriers se livrent à des opérations financières douteuses et dangereuses. Capitalisme financier et jeu de poker sur des fortunes sans limite.
Voici l’histoire d’un château de cartes, annonçait le présentateur d’une voix sépulcrale. Celui d’Abdul Shamji.Un empire économique comprenant navires et appartements, bureaux et usines, hôtels et théâtres, et mêmequelques parts dans le stade de Wembley : et tout cela avec un argent qui n’était pas le sien. »
Londres, justement, place financière où tous les ultra-riches convergent, Russes, Indiens, princes arabes… où la spéculation immobilière est débridée. Londres n’est-elle pas le personnage principal du roman?
LONDRES EST UNE si belle ville qu’il est facile d’oublier, quand on parcourt ses rues, qu’elle a prospéré en
grande partie grâce au pillage de ses colonies. C’est la capitale des façades immaculées : le jour du blanc à
tous les coins de rue, du crème à l’ivoire en passant par le coquille d’oeuf. L’esthétique qui domine est
clairement celle du blanchiment.
Quand j’ai pris conscience que tout était vrai, j’ai changé d’avis et trouvé l’enquête passionnante.