RENTREE LITTERAIRE 2026

« La palpitante saga des toiles de maître a pris toute la lumière. Le pillage de la musique, entreprise tout aussi
politique, est resté dans l’ombre. Il a pourtant concerné bien plus de gens, dont l’instrument était parfois le
seul gagne-pain. »
Non pas un mais deux fabuleux pianos : le Bechstein de la grand mère de l’autrice, laissé derrière elle en Roumanie. Le Erard n°68037, piano de concert ayant appartenu à la famille Enoch, volé par les nazis en 1943.
« J’ai cru sincérement chercher un beau piano. En réalité, j’ai trouvé une famille »
Sonia Devillers nous conte la saga de la famille Enoch, éditeurs de musique sur plusieurs générations. Elle commence avec l’arrivée de Carl, à la suite des révolutions de 1848 de Francfort-sur-le Main, à Paris, capitale des droits de l’homme qui avait émancipé les Juifs dès la Révolution de 1789.
« Les hommes naissent égaux devant une portée. Juifs ou pas Juif, la croche est la même pour tous »
Son fils Wilhelm commande en 1890 un piano à queue, un N°2 de chez Erard. J’apprends que « chaque piano contient une forêt, une forêt idéale » : chêne, hêtre, tilleul, charme, pin poirier, palissandre….Le piano est livré boulevard des Italiens, au siège des Editions Enoch Père&Fils. Un cousin, Gabriel Astruc est associé à l’affaire. Gabriel Fauré, Camille Saint- Saëns ont joué sur le fabuleux piano. Chabrier, Ravel sont au catalogue ds éditions Enoch, comme des artistes de cabaret. Leon Blum est un des proches de la famille Enoch. La génération de Daniel, le fils, est marquée par l’affaire Dreyfus. En 1913 Gabriel ouvre un théâtre et programme Le Sacre du printemps, un scandale!
L’arrivée des nazis en Allemagne marque le monde de la musique. Alfred Rosenberg fait établir des listes de musiciens juifs le Lexicon der Juden in der Musik on élimine la musique dégénérée comme la peinture. Il s’agit d’éliminer tout élément juif de la musique, à commencer par Mahler et Mendelsohn, mais pas seulement…Schönberg, Hindemith, Stravinsky et Kurt Weill et le jazz sont aussi « dégénérés »
Les éditions Enoch s’intéressent au cinéma. Il ne manque d’un domaine : la chanson. Arrivent deux compères, Prévert et Kosma, qui seront de fidèles amis.
Avec l’arrivée des Allemands, les Enoch vont se séparer : les jeunes en zone libre. Daniel et Anna, les parents, ne quittent pas Paris, leur appartement de la Rue de Courcelles, leur piano Erard et bien sûr, la maison d’édition. E, 1943 Daniel et Anna seront déportés et leurs meubles confisqués. C’est là qu’interviennent deux opérations « l’opération meubles » qui organise le pillage en règle des « appartements juifs » et le pillage systématique des instruments de musique. Les pianos se trouvent réunis dans des camps de concentration pour pianos avant d’être envoyés en Allemagne.
« Je ne peux m’empêcher de voir dans ces « pianos juifs » parcourant des milliers de kilomètres des pianos errants, comme si les instruments avaient épousé le destin mythologique de tout un peuple »
A la Libération, quand Jacques retourne Rue de Courcelles, l’appartement est vide, ses parents disparus. L’absence des objets du quotidien oblitère la mémoire.
« Être privé des choses près desquelles on a vécu, c’est être condamné à vivre avec un vide qui ne passe pas. »
Mais la vie continue….les éditions Enoch vont connaître un succès mondial avec Les Feuilles mortes de Prévert et Kosma, c’est aussi une bien belle histoire.
J’ai aimé suivre cette saga familiale, évoluer dans les milieux musicaux. Et j’ai appris plein de choses sur les pianos!
J’ai tellement aimé « les exportés » que je sais que je lirai ce roman.
J’aimeJ’aime
une des belles réussites de cette rentrée !
J’aimeJ’aime