
Soudain est sorti en salles le 12 Août. Je ne lis ni synopsis, ni critique pour aborder un film. Je savais seulement qu’il durait 3h16. J’ai adoré Drive my car et Le mal n’existe pas. Ce n’était pas une bonne idée : Dominique était hospitalisée depuis 4 jours et je passais tout mon temps à son chevet. Une grande partie du film se déroule dans un Ephad et Mari, la Japonaise, meurt d’un cancer. Il y a mieux comme film pour s’évader de l’hôpital! J’ai donc attendu 6 semaines pour rédiger un billet.
Ce film aborde plusieurs thèmes : la rencontre soudaine entre deux femmes si différentes, cette profonde amitié qui nait, ces échanges entre deux cultures japonaise et française. La possibilité soudaine de la mort, Mari (Tao )sait que son cancer peut l’importer à tout moment et pourtant, elle est pleine de vie et capable d’insuffler la joie de vivre autour d’elle. La mise en scène d’une pièce italienne contemporaine. Mari-Lou (Virginie Efira) est direcrice d’un Ephad et cherche à mettre en oeuvre une nouvelle manière de travailler : l’humanitude, prenant le temps d’établir des rapports différents entre soignants et patients. Cette technique ne rencontre pas l’assentiment de tout le personnel et le film montre bien les conflits.
Film très riche, donc. La mise en scène rigoureuse de Ryusuké Hamaguchi donne une cohérence à l’ensemble. J’émets juste une réserve vis à vis du cours de démographie avec schéma sur paperboard, caricatural et ennuyeux. Les deux actrices se sont partagé la récompense à Cannes, elle sont excellentes.
Sur le moment l’humanitude – le nom de la méthode – m’a fait penser à la « bravitude » de Ségolène Royal, néologisme un peu ridicule. Je croyais que c’était une invention du metteur en scène . Une amie m’a expliqué que la MGEN offrait aux aidants cette formation qui a vraiment cours dans les EPHAD.
L’humanitude consiste à traiter les personnes dépendantes avec humanité : les regarder dans les yeux, connaître leur nom, se présenter . Etablir un échange visuel, verbal, et de toucher entre le soignant et le patient. « je suis Mari-Lou et je suis contente de vous voir » cela paraît basique, et pourtant si nécessaire. Cette méthode privilégie la station debout, marcher sur ses deux pieds, même entre deux valides, est tellement plus gratifiant que de rester dans un fauteuil roulant. Après tout, la bipédie différencie les humains de nombreux animaux. Sophie, l’infirmière chevronnée renâcle, menace de démissionner. Occuper les aides soignantes à des stages va augmenter la charge des autres, les Ephad manquent déjà de personnel. Mettre debout un sénior fragile augmente le risque de chutes.De toutes les façons les patients Alzheimer ont perdu la tête.
Malheureusement pour nous, ce film va résonner fort dans les semaines suivantes. Une fracture, généralement, entraîne une immobilisation, plâtre ou atelle, avec un cortège de soins – rien de dramatique. Si la personne a plus de 75 ans, un autre protocole est appliqué. Direct en gériatrie! Ce n’est plus un fémur qu’on va soigner mais une vieille. Et qui dit vieux, dit gâteux. On va donc lui mettre des couches comme à un bébé, changer les couches à l’heure dite, sans considération des demandes du patient. Oubliés, le bassin, la chaise percée, les béquilles pour aller aux toilettes, et on laisse la vieille dans son caca! Humiliant.
La déshumanisation commence, personne ne se présente comme le film le préconise. Soignants anonymes et pressés. Celle des médicaments n’est pas celle de la tension, ni celle de la température. On va « la » coucher, on va « la » changer. La patiente n’est plus une personne.
Toute une batterie d’analyses est mise en place, pour quoi faire? mystère! On ne demande pas aux vieux leur avis, de toutes les façons ils n’en ont pas! Après un prélèvement d’urine avec une seringue, invasif et raté, les urines sont sanglantes et la température monte. Que cherchait-on? Une infection urinaire? C’est le prélèvement qui en sera la cause.
Alors là, je me suis fâchée : j’ai traité le médecin de vétérinaire « vous soignez des gens doués de parole et d’entendement, pas du bétail! Le patient est en droit de savoir ce que vous faites. Avez-vous entendu parler de consentement? « . Réponse du médecin : « de toutes façons vous ne comprendriez pas! »
Des dizaines de soignants actifs dans le service, nous ne connaîtrons que trois prénoms, les plus sympathiques. Nous avons été forcées de donner aux autres des surnoms, « la chinoise », « le bûcheron ».etc.. pour les différencier. Elle est loin l’humanitude de Soudain! Et l’humanité tout court! Jusqu’à quel âge est-on encore un être humain?
Ah ce basculement a la fin ….. merci pour ce cri !!
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L’humanitude est un concept de bienveillance popularisé en France lorsque le secteur du soin fut envahi par des manageurs » purs et durs » qui n’etaient pas issus de l’ascension sociale habituelle, mais uniquement d’une école de management. Ce fut une manière de théoriser la bienveillance. Seulement, peut-on vraiment le mettre en œuvre, lorsque le personnel change, est réduit et que tous les gestes sont minutés et réduits à l’essentiel.
Merci, il faut que je me tienne éloigner de ce film qui déjà rien qu’à la lecture de ton ressenti me remplit de colère 😉
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@matatoune: moi ce qui me met en rage ce sont les soins anonymes de soignants qui refusent de donner leurs noms quand on leur demande et qui brutalisent et infantilisent les patients immobilisés et demunis.
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Je ressens bien ta colère, avec ce film qui a des échos avec ce que tu vis.
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@keisha : et ma rage enflé de jours en jours
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Bonjour Miriam, Ce doit être dur pour vous deux de subir cet hospitalisation. J’en ai quelques expériences avec mon beau-père (94 ans mais toute sa tête et ses jambes) qui avait fait un « stage » suite à une blessure. Les infirmières étaient tout de même attentives mais elles étaient rares et rapides dans l’exécution de leurs tâches, sans être « deshumanisées ». Le rôle du conjoint est capital dans ces moments là, celui qui est seul est à plaindre.
J’espère que Dominique va mieux.
Pour ce qui est du film, je t’avoue que j’ai du mal avec Effira, certes une bonne actrice, mais je n’arrive jamais avec elle à ressentir les sentiments qu’elle doit (surement) exprimer. J’ai toujours trouvé qu’elle avait un coté synthétique, un peu faite par une I.A. Peut-être trop parfaite à mon goût, sauf ses mains. Oui je suis sévère sans doute mais c’est avec toute franchise que je le dis.
Bises à Dominique !
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