Royaumes oubliés des Hittites aux Araméens au Louvre

ARCHÉOLOGIE : Exposition temporaire du 2/05/19 au 12/08/2019

Les sculptures géantes du palais de Tell Halaf

Connaissez-vous les Hittites?

Si vous vous intéressez à l’Egypte ancienne, vous avez peut-être entendu parler de la bataille de Qadesh que Ramsès II a fait représenter sur nombreux temples. Si vous êtes allés en Turquie, vous aurez peut être vu des vestiges. Les Hittites sont les grands inconnus et pourtant leur empire s’étalait sur un vaste territoire et ils étaient les rivaux des Pharaons.

Stèle de Ramsès II hommage au roi Hattusi II

Cette exposition est pour moi une surprise. Je ne savais pas à quoi m’attendre quand je suis entrée.

La rotonde à l’entrée est décorée de panneaux en noir et blancs : frottage au fusain des Orthostates – travail de Rayyane Tabet, collection Tell Halaf. Me voici partie pour l’inconnu. que sont ces Orthostates : ce sont des plaques de roches (basalte ou calcaire) portant des bas-reliefs.

orthostates

A l’entrée nous sommes accueillies par des sphinx ou plutôt des sphinges monumentales

Sphinges

A côté de ces sculptures géantes il y a aussi des très petits objets métalliques, sceaux en rouleaux ou chevalières; un rhyton en forme de cerf, des petites figurines, cavaliers, dieux….Les Hittites et les Araméens maîtrisaient la métallurgie et le travail de l’or dès 1400 av. JC.

personnage en métal

Autres objets : les tablettes et les écrits. Une double écriture est employée : les signes cunéiformes sur ablettes d’argile et les hiéroglyphes louvites. Plus tard l’Araméen utilise un alphabet assez comparable aux alphabets phéniciens ou sémites en usage au Moyen Orient. Les textes ont été déchiffrés et racontent les échanges entre les différentes puissances : une lettre raconte que la veuve de Touthankamon a cherché un mari chez les fils de Suppiluliuma . Une tablette raconte la légende de la disparition du soleil et le mythe de la paralysie de la terre par le gel.

La religion des Hittites était originale : un dieu de l’orage apparaît souvent sur les stèles avec une déesse portant grenade et miroir rond.

Les hittites et leurs successeurs ont construit des palais en Anatolie et en Syrie.

L’archéologue allemande Max von Oppenheim a fouillé le site de Tell Halaf reconstituant deux palais dès 1911. la guerre a interrompu les fouilles et il a dû attendre pour les poursuivre. Le musée dédié à Tell Halaf à Berlin a été soufflé pendant la seconde guerre mondiale par les bombardement et les statues monumentales ont été pulvérisée. On a quand même pu effectuer une restauration minutieuse qui donne une idée des statues. Une vidéo raconte le travail de Max von Oppenheim. Des images de synthèse permettent de visualiser le site détruit.

J’ai été très impressionnée par cette exposition. Cependant il m’est difficile de rédiger un compte-rendu complet tant la visite était riche et tant cette histoire est nouvelle pour moi. Peut-être faudrait-il que je retourne au Louvre pour m’attacher à l’aspect historique, ou symbolique?

Trois Jours – Petros Markaris – Le Seuil

LIRE POUR LA GRECE

Petros Markaris est un auteur dont je guette les parutions. Sorti en Février 2019, Trois Jours n’a pas moisi longtemps dans la PAL. J’ai été un peu étonnée de ne pas trouver un gros polar analysant la Grèce d’aujourd’hui, mais un recueil de 8 nouvelles dont Charitos, le héros récurrent des polars de Markaris, n’est pas absent. Il résout rapidement la première énigme de l’Assassinat d’un Immortel et aura de la chance avec Crimes et Poèmes.

  • Nous, les Arméniens, les Grecs et les Juifs, nous sommes les trois mousquetaires dans ce pays. Quand l’un casse quelque chose, ce sont les trois qui paient. Et quand les Turcs veulent cogner sur l’un de nous, c’est sur nous trois qu’ils cognent »

3 Jours – nouvelle éponyme – la plus longue (66 pages) est aussi la plus émouvante. Elle donne la clé du livre. 3 Jours raconte le pogrom qui s’est abattu sur la communauté grecque de Constantinople – la Ville – en septembre 1955, à la suite des troubles à Chypre. Markaris est né le 1er janvier 1937 à Istanbul, il a été le témoin des événements de la nouvelle. On sent que son attachement à « la Ville » est réel, On le retrouve dans Ulysse vieillit mal

« je me contentais d’acquiescer en silence que je savais que les rums – les Grecs de la Ville – traînent derrière eux la malédiction propre à tous les minoritaires : ils ne se sentent bien nulle part; A la Ville, c’est la faute des Turcs ; en Grèce, celle des Grecs. Ils confirment ainsi le proverbe turc – « le présent fait regretter le passé » – qui montre que l’avenir n’est jamais rose. »

Markaris condamne tout nationalisme. Il est aussi bien en empathie avec des Turcs allemands qui doivent résoudre une énigme policière malgré le silence apeuré de la communauté turque. 

Nostalgie, mais aussi ironie et humour. Il tourne en dérision les travers de la société grecque contemporaine. Deux nouvelles se déroulent dans le milieu du cinéma qu’il connait très bien ayant été le scénariste de Théo Angeolopoulos grand cinéaste dont je suis fan absolue -.

« Les metteurs en scène se font tuer, les flics écrivent des poèmes, les maisons d’éditions se changent en bistrots, la Grèce est mal barrée »

Ce dernier livre est donc une réussite! Peut être mon préféré de l’auteur.

La Bibliothèque enchantée – Mohammad Rabie (Actes sud)

LIRE POUR L’EGYPTE

Vous aimez les livres et les bibliothèques?

A l’heure où les médiathèques s’informatisent, où la lecture se fait électronique, où les ordinateurs deviennent traducteurs (plus ou moins bien) … Voici une bibliothèque enchantée, mystérieuse, cachée dans une rue du Caire, invisible aux passants, au nom féminin de Kawkab Ambar!

 

 

Dans cette bibliothèque, nul fichier, nul classement, nulle carte de lecteur. Seuls quelques habitués la fréquentent. Et pourtant la quantité de livres est impressionnante.

 

Chaher, un fonctionnaire, est envoyé pour faire un rapport sur le fonctionnement de cet établissement. Il ne se fait pas d’illusions : la bibliothèque est condamnée, on va faire sur son emplacement une station de métro. On attend de Chaher le rapport qui confirmera la fermeture.

Ce dernier tombe sous le charme de cette bibliothèque mystérieuse, il fréquente les habitués. L’un d’eux l’initiera à la logique du rangement des livres puis à la particularité : la bibliothèque a « la baraka des traductions » . Un auteur qui dépose un exemplaire obtient la chance de voir son ouvrage traduit dans des langues étrangères. D’ailleurs, l’un des fidèles lecteurs est un traducteur réputé, même un Professeur de traduction.

Il sera question de Mahfouz, de Joyce et de Borges, je découvrirai le plus vieux roman arabe Hayy ibn Yazqzan écrit au 12ème siècle….je me suis demandée si le Codex Seraphinianus avait vraiment existé(oui me répond Wikipédia)…

Ironie, mystère, mystification ou délire, on nage dans l’invraisemblance, qu’importe? Il n’y a pas d’intrigue, ni d’histoire seulement une poétique déambulation dans l’univers des livres. ‘

 

Les NABIS et le DECOR, Musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 13/03/19 au 30/06/2019 

Vuillard : Jardins publics (détail)

Les collections permanentes du Musée d’Orsay sont riches en Vuillard, Bonnard et Maurice Denis, nous avons vu récemment l’exposition autour du Talisman de Sérusier 

Ker-Xavier Roussel : La Terrasse

Je ne pensais pas être aussi agréablement surprise par tant de nouveauté! Le projecteur éclaire un aspect original de leur production : Le Décor. Comme dans l’exposition Mucha la frontière entre Beaux Arts et Arts Décoratifs se trouve effacée. Encore une autre exposition-parente récente, celle du Japonisme qui trouve un écho!

Maurice Denis : Juillet

Il faut imaginer les tableaux présentés non pas séparément, mais comme faisant l’objet d’une commande afin de décorer l’intérieur d’un appartement ou d’un hôtel particulier dans les plus grandes œuvres comme La Légende de Saint Hubert par Maurice Denis ou l’ensemble monumental pour Bing par Ranson. 

Bonnard : le Grand jardin

On entre dans l’exposition par l’illustration des Femmes au Jardin avec la série des Jardins Publics de Vuillard qui m’a énormément plu! En face je découvre un Maurice Denis plus intime – inspiré par l’amour de sa fiancée – qui a peint sur le thème des saisons de petits panneaux colorés très séduisants, conçus pour le décor d’une chambre de jeune fille (celui que j’ai préféré : Avril ne doit pas être pris en photo) .

Bonnard : femme robe à pois blanc – femme avec un chat

Bonnard a peint des jeunes femmes associées à des arabesques, des motifs végétaux et des animaux avec la série de grands tableau autour de la cueillette  des pommes et du grand jardin mais aussi des longs panneaux verticaux (qui m’ont rappelé l’esthétique de Mucha).

Vuillard détail

Vuillard a aussi excellé dans les décors d’intérieur où il a restitué avec tous les détails possibles l’atmosphère d’une bibliothèque ou celle d’un salon féminin où l’on joue du piano ou on se livre aux ouvrages de dame. Papier peint fleuri, robe fleuries, détails des motifs du tapis et comme éclairage un volumineux bouquet de fleurs blanches en ombelles posé sur le piano….

Vuillard (détail)

Le troisième thème abordé est celui de l’Art Nouveau dans ses applications décoratives : abat-jours peints, paravent (de Marguerite Sérusier), papiers- peints de Maurice Denis… cartons pour des vitraux et même tapisseries (Maillol et Ranson) et même marqueterie(Ranson).

Paravent de Marguerite Sérusier

Enfin, on retourne au symbolisme avec les Rites Sacrés : Sérusier s’inspire de la forêt avec Le Rendez-vous des Fées et la grande composition de La Légende de Saint Hubert de Maurice Denis (pas trop à mon goût).

Sérusier : la Vision près du torrent ou le Rendez-vous des fées

Ces Nabis ont su me surprendre! Quel bonheur!

Préhistoire – Une énigme moderne – Centre Pompidou

Exposition temporaire 8 mai-16 septembre 2019

 

Barcelo (argile sur verre)

Malgré l’affiche qui ressemble à un biface, malgré le titre, ce n’est pas une exposition archéologique et vous verrez très peu de ces silex taillés, haches polies ou harpons d’os que vous avez l’habitude de trouver – parfois bien poussiéreux – dans certains musées de la Préhistoire.

Ami Drach & Dov Ganchrow

C’est d’art contemporain (ou moderne) qu’il s’agit!

Exposition ou plutôt parcours chronologique dans une spirale des temps géologiques. Il faut ici prendre « Préhistoire » au sens large,  comme dans l’expression « animaux préhistoriques » parce que vous allez voir quelques fossiles et beaucoup de dinosaures. Il ne s’agit pas plus de géologie (même si on y fait allusion) mais d’art sous toutes les formes, sculpture, peinture et cinéma!

Gabritchevsky

Aux débuts de la Terre, une planète sans humains, peuplée de créatures fantastiques comme l’a peint Gabritchevstky qui avant d’être peint fut biologiste, entomologiste menant des recherches sur l’hérédité. Max Ernst et De Chirico ont aussi suivi cette inspiration en dessinant des monstres.

Max Ernst : frottage

35.000 ans,  28.000 ans. Non seulement les humains ont colonisé la Terre, mais ils sont déjà des artistes!

Vénus de Lespugue

La Vénus de Lespugue  est une des stars de l’exposition. Elle a fasciné les plus grands de Picasso à Giacometti qui en possédaient des copies et qui les ont inspirés. Elle se trouve donc en compagnie des œuvres de ces artistes et de bien d’autres. j’ai beaucoup aimé la vitrine contenant des sculptures de Brassai

Brassai

ma préférée est celle qui est en bas à droite. Brassai s’est aussi inspiré des graffitis sur les murs, analogues aux graffitis dans les cavernes? Sur Caresse de Giacometti , une main gravée sur le marbre blanc fait peut être allusion aux mains préhistoriques qui décorent les peintures rupestres, sensualité du marbre.

Giacometti Caresse, marbre blanc

Nous connaissons les outils préhistoriques. Miro s’est amusé sur les deux tableaux ci-dessous:

modernité? Clés à molette, hélices, tuyaux
Préhistoire? notez les analogies! massues, ossements, silex

Altamira, Chauvet, peintures rupestres. La caverne s’orne d’un art raffiné.

peintures rupestres
Yves Klein : Empreintes de corps de Femmes

ou

Richard Long

Et que dire des grandes fresques de Miquel Barcelo à l’argile sur du verre. Œuvres éphémères qui semblent surgir de l’âge de pierre, ou de la falaise des Dogons ou Barcelo a eu un atelier.

Barcelo – Danse macabre ou chasse primitive?

Les mégalithes de Carnac, les pierres gravées de Gavrinis se mêlent au Land Art de Spiral Jetty de Robert Smithson – une vidéo montre des engins de chantier déversant des chargements de roches dans le lac. A l’opposé Richard Long,  le marcheur, construit son oeuvre par ses pas

Richard Long, néolithique ou contemporain?

La spirale des temps va-t-elle se boucler avec une extinction? Avec du papier hygiénique, du carton et des cure-dents, matières périssables, dérision de l’art, Jack et Dinos Chapman ont scénographié les dinosaures à la veille de leur extinction

Les dinosaures de papier et carton des Chapman

Une vidéo se déroulant à Fukushima où un singe habillé préfigure peut être cette extinction des humains

La boucle du temps est bouclée

 

 

BASQUIAT L’Enfant rayonnant – Paolo Parisi – ed. Chêne

BABELIO / MASSE CRITIQUE

Un joli roman graphique est arrivé dans ma Boîte à Lettres. Merci à Babélio et aux éditions Chêne. Format agréable, beau papier, couleurs franches,

« les couleurs présentes dans les oeuvres de jeunesse »

dit l’auteur. Graphisme intéressant, et roman graphique bien documenté.

…Un hommage, une tentative de faire de la bande dessinée ce que la bande dessinée n’est pas »

continue-t-il dans les pages liminaires.

A être franche, j’ai d’abord été un peu déçue. Je suis revenue enthousiasmée de l’exposition Basquiat l’an passé à la Fondation Vuitton.  J’avais découvert l’univers de Basquiat si riche en symboles et en signifiants. Un animateur avait donné quelques clés pour comprendre ces œuvres foisonnantes et j’espérais que ce nouveau livre utiliserait certains de ces codes . Pas du tout!

Ce n’est pas un livre d’Art : aucune reproduction de Basquiat ne figure ici. Pas d’interprétation. Des allusions au marché de l’art. Des rencontres avec les contemporains de l’artiste : Warhol, bien sûr, Keith Haring également.

 

Ce n’est pas un plagiat! L’auteur n’a pas plagié l’artiste. Il n’a pas chercher à dessiner à la manière de…

 

C’est un travail original, une sorte de biographie. Paolo Parisi s’est inspiré de la vie de Jean-Michel Basquiat, il a cherché à traduise sa fulgurance avec ses mots, ses idées, ses dessins.  Il raconte une histoire. Son héros, SAMO d’abord, Basquiat quand il devient célèbre, la vie entre fête et drogues, limousines et caves….la musique, les femmes qu’il a rencontrées, les marchands….jusqu’à la fin.

Le Modèle Noir de Géricault à Matisse – Musée d’Orsay

marie Guillemine Benoist : Portrait de Madeleine

EXPOSITION TEMPORAIRE du 26 mars au 21 juillet au Musée d’Orsay

 

C’est une grande exposition, prévoyez du temps!

Si vous prenez l’audio-guide vous serez guidé par Lilian Thuram et Abdelmalik. 

François-Auguste Briard : L’Abolition de l’Esclavage dans les Colonies Françaises

Elle couvre la période historique allant de la Première Abolition de l’Esclavage (1794) au XXème siècle. Exposition chronologique, sous un aspect historique où l’histoire de l’Esclavage et son Abolition occupe une place centrale.  Tableaux et gravures voisinent avec les décrets d’Abolition, des éditions originales, le manuscrit de Bug-Jargal de Victor Hugo.

On peut aussi adopter plutôt un regard plus pointu sur le Modèle Noir dans la peinture comme nous l’invite le titre de l’exposition.

L’ambition est de redonner un nom à ces grands oubliés du récit des avant-gardes en plaçant l’histoire de l’art en miroir de l’histoire des idées; des sensibilités et des représentation »

Joseph : étude d’homme par Géricault

Les conservateurs qui ont organisé l’exposition on fait des recherches pour nous présenter ces modèles, leur donner un nom, une identité au lieu des titres anciens « portraits de Nègre » ou de « mulâtresse »….Nous découvrons des personnages comme Madeleine, la jeune femme de l’affiche, domestique affranchie du beau-frère de Guillemine Benoist. Joseph, modèle de Géricault qui en a fait le marin central du Radeau de la Méduse, était aussi le modèle de Chasseriau

Etude d’homme noir par Chasseriau pour une composition d’Ingres

Joseph, acrobate et mélomane était très apprécié dans le milieu artistique, une vrai vedette à l’époque.

Je m’intéresse à la personnalité des modèles presque autant qu’à celle des peintres connus comme Géricault, Delacroix ou Chasseriau, qui soutenaient dès le début du XIXème siècle la cause abolitionniste.

Delacroix : Jeune Homme en buste coiffé d’un turban rouge

Le Jeune noir à l’Epée de Puvis de Chavanne a déchaîné l’admiration d’Abdelmalik dans le commentaire, pas le mien, je n’aime pas beaucoup ce peintre.

Le Châtiment des quatre piquets démontrant la cruauté de l’esclavage fut refusé au Salon de 1843 et la date de 1849 (après l’Abolition) est inscrit .

Châtiment des 4 piquets

Au milieu du XIX ème siècle l’anthropologie tenta de caractériser les types et les races (souvent pour établir une hiérarchie justifiant le colonialisme). Sans tomber dans ce travers négatif Charles Cordier produisit alors des bustes saisissants

Cordier : buste d’une femme des Colonies
Cordier : Vénus africaine

La salle suivante s’intitule Métissage littéraire un mur entier est dévolu à Alexandre Dumas d’abord caricaturé en exagérant ses traits africains puis portraituré comme un blanc quand il devient célèbre et respecté.

caricature de Dumas

Je découvre Jeanne Duval, la muse de Baudelaire

Jeanne Duval peinte par Manet

et dessinée par Matisse dans les illustrations  pour les Fleurs du Mal

matisse : illustration des Fleurs du Mal

D’autres personnages de couleur ou métisses sortent de l’ombre : Ira Aldridge acteur noir américain shakespearien qui émigra à Londres et triompha dans Othello. la musicienne havanaise : Maria Martinez, Miss Lala, acrobate peinte par Degas

Degas : Miss Lala

Autour d’Olympia est le thème d’une salle . On a retrouvé le modèle de la servante noire d’Olympia qui brandit un bouquet : elle s’appelle Laure.

Esther de François-Léon de Benouville
Bazille : jeune femme aux pivoines

On arrive au XXème siècle, une salle avec des vidéos est consacrée aux tirailleurs sénégalais (Valotton) et, après la Grande Guerre Joséphine Baker est célébrée ainsi que le jazz (Fernand Léger)

Paul Colin : La Revue nègre

Le jazz inspire Fernand Leger tandis que la dernière salle présente des collages colorés de Matisse. 

San José : Musée du Jade – Musée de l’Or

CARNET DU COSTA RICA

Musée du Jade

C’est un musée très moderne et très vaste.

Au rez de chaussée :on présente les plus belles plaques ciselées de teintes allant du vert au blanc en passant par le bleu pâle. La plupart des plaques ressemblent aux haches de la pierre polie. Elles sont incisées représentant souvent une figure humaine stylisée aux yeux horizontaux, au nez en triangle bouche horizontale. Les mains posées sur l’abdomen. Certaines représentent des animaux : bec d’aigle et yeux ronds, on reconnait également certains animaux ; Un petit singe m’a bien plu !

Au premier étage :  dans une grande salle, on  donne des explications plus détaillées:

La jadéite est un silicate d’aluminium et de Na. La néphrite, silicate Ca et Mg. La couleur dépend du taux de Chrome

Le jade ne se trouve pas au Costa Rica, il provient du Mexique, bien au nord et a voyagé soit par terre passant par le Nicaragua soit par mer sur les côtes Caraïbe et Pacifique.
les premières cultures à travailler le jade furent les Olmèques et les Mayas vivant au Mexique au Guatémala et au Honduras

On montre la technologie du travail du jade : une vidéo montre le travail au tour avec une pointe de jade par frottement sous l’eau. On peut même essayer de travailler le jade soi-même, de toucher.

Ces objets de jade étaient magiques et permettaient au chaman de communique avec les esprits.

Les objets précolombiens de jade renvoyaient à un esprit protecteur assigné à chaque personne à sa naissance.

A l’étage supérieur des salles Jour/nuit montrent les objets dans leur contexte naturel, dans les croyances. Un culte chamanique est même illustré.

C’est un très beau musée. Il faudrait rester une bonne demi-journée, regarder chaque vitrine. Profiter de l’ambiance. On donne un bracelet qui permet de sortir manger un morceau (il y a aussi une cafétéria) et revenir. Quand je sors, je garde soigneusement le bracelet à mon poignet. Comme pour le Musée National, j’en veux au guide du Routard et à Lonely Planet de ne pas avoir fait la promotion de ces musées passionnants. Si j’avais su, j’aurais commencé les visites la veille.

Avant de continuer les visites, nous déjeunons dans un grand restaurant El Patio del Balmoral. C’est cher et pas terrible. Notre choix était motivé par le grand patio aéré.

Musée de l’Or

Il est construit en souterrain sous la Place de la Culture.

Comme les deux autres musées, il retrace le peuplement du Costa Rica avant d’aborder les chefs d’œuvres précolombiens, choisissant un éclairage original avec la vidéo « We are in motion » on insiste sur les migrations successives qui ont constitué progressivement la population Costaricienne. Aussi bien les migrations des premiers peuplements que l’arrivée des Espagnols, l’importation des esclaves d’Afrique, l’ émigration chinoise à travers le Pacifique, les migrations récentes….

Chronologie des sociétés précolombiennes

  • D’abord de 15.000 à 2000 av. JC les chasseurs-cueilleurs sont venus par le d2troit de Behring.
  • Autour de 8.000 av JC les grands animaux se sont éteints et on assiste aux débuts de l’agriculture
  • De 2000à 300 av JC : les Fermiers primitifs ont commencé également à produire des céramiques
  • 300 av JC à 300 AD les sociétés des « chefs » ont élaboré les premières productions en jade et en. Cette société était hiérarchisée avec des chefs, des artisans, des soignants, des artistes
  • 0 et 500 AD développement de la métallurgie
  • 800 à 1550 : Société des chefs tardive avec des fonctions héréditaires

Evidemment cela fait un peu doublon avec ce que j’ai vu ce matin au Musée National mais je ne m’en plains pas. C’est tellement nouveau pour moi qu’une nouvelle clarification n’est pas superflue !

Les objets en or sont le plus souvent de minuscules personnages ou des animaux ! de très mignonnes grenouilles parfois des humains à tête d’animal.

Métallurgie : le minerai provenait parfois du Mexique mais aussi du Pérou et tout le long de la Cordillère des Andes. Le Jade a anticipé le travail du métal. L’or ne l’a supplanté qu’autour de 500 de notre ère. Au Costa Rica on trouve de l’or par orpaillage autour de Sierpe   la plus grande pépite (2.3kg). l’or est martelé en chauffant légèrement ou moulé.

Thèmes animaliers : grenouilles, aigles, chimères, lézards, crocodiles..

Une ferme traditionnelle est reconstituée. Comme dans le Musée du Jade, on aborde le thème du chamanisme. Le dernier chaman en fonction chez les Bribris fut assassiné en 1910

Une autre section aborde le rôle de la Femme dans la société indienne. Certaines tribus ont un système matrilinéaire, et la femme a un très grand rôle dans le maintien de la tradition orale. De belles vidéos sont proposées.

Encore une fois, je suis frustrée de ces visites trop rapides et superficielles. J’en veux à nos guides de ne pas avoir insisté sur la richesse des musées.

San Perdido – David Zukerman –

LECTURE AMÉRIQUE CENTRALE (Panama)

« ….Cela tient essentiellement à la ville de San Perdido encore pleine de l’atmosphère des Caraïbes, mélangeant les cultures anciennes de la côte, le métissage de ses habitants et le progrès naissant. Il n’y a pas si longtemps, Port Sangre n’était qu’un petit port de pêche où commerçaient les Kunas et que les pirates avaient fréquenté jusqu’au XVIIIème siècle. Son histoire est encore empreinte de l’esclavage, des envahisseurs espagnols ou anglais, de la révolte des Cimarrons, de la contrebande et du marché noir….. »

J’ai cherché des lectures pour accompagner le voyage au Costa Rica, en vain. San Perdido, se déroule au Panama voisin, sur la Côte Caraïbe, j’espérais retrouver une atmosphère  tropicale. J’ai été servie, exotisme garanti! Cherchant un éventuel traducteur, je découvre que David Zukerman est natif de Créteil et que le roman fait partie du lot de la Rentrée littéraire de janvier 2019!

C’est un roman d’aventures (c’est  trop rare pour un roman français) avec de l’action, un héros justicier magnifique noir aux yeux turquoise. Un roman touffu qui commence sur une décharge d’ordure avec des misérables chiffonniers, qui continue dans le luxe du palais du gouverneur, sur les docks du port, dans une maison close très select….et même dans la jungle. Allusions à la construction du Canal de Panama, à une révolte d’esclaves au 16ème siècle. Trafics et contrebande….De nombreux personnages très variés et inattendus. Il faut être attentif parce que, d’un paragraphe au suivant, on change de personnage, et parfois d’époque.  Je me laisse entraîner avec grand plaisir dans l’intrigue d’un roman noir.

Seul bémol, peut-être, le côté macho. Les hommes ont des rôles variés, des professions, des caractères, tandis que les femmes – très belles, forcément – sont presque toutes des putains, sauf Felicia, figure maternelle même si elle n’a pas porté d’enfant. Toutes  métisses à la peau parfaite, aux fesses rebondies, aux cuisses de gazelle…qui savent tirer parti de leur beauté. Et les moches? Peut être le machisme fait partie de la couleur locale?

Balade en Pays de Gondoire et de Marne, autour de Bussy-Saint Georges en passant par le Parc de Rentilly

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

les pommiers du Mail du Promeneur

J’ai découvert les ruisseaux de  la Gondoire et de la Brosse cet automne dans une promenade au départ du château de Rentilly  Je m’étais promis d’y retourner pour une randonnée que j’ai trouvée dans  l’excellent site de Visorando.  Bravo à l’auteur du topo-guide que j’ai suivi pas à pas en toute confiance!

C’est une grande boucle de 20 km au départ du parking en face de la grille du Château de Rentilly si on est motorisé, ou de la Gare du RER A de Bussy-Saint-Georges si on préfère les transports en commun. Randonnée très variée : urbaine (ou péri-urbaine, nouvelle expression à la mode), campagne, villages ou parc. Cette variété de paysage en est d’ailleurs le charme essentiel.

L’église de Bussy

De la Gare, on sort de la tranchée du RER dans une ville nouvelle, faisant partie depuis 1985 de Marne-la-Vallée, constructions de petits immeubles autour d’une place carrée, puis de quartiers quadrillés s’allongeant le long de la ligne du métro. Des pièces d’eau longs bassins rectangulaires aèrent le bâti qui me semblait dense sur le plan. Je marche sur une longue promenade plantée, découvre au détour d’un étang la silhouette d’une église contemporaine puis arrive à l’Esplanade des religions : alignés en face d’un parc avec des équipements sportifs la synagogue (qui ressemble à un algéco – aucun intérêt architectural.

grande salle et énorme boudha blanc en jade de Birmanie

Au temple bouddhique Ch’an Fa Hua de Fo Guang, j’ai été très bien accueillie. Deux dames m’ont promenée dans les vastes salles du complexes et j’ai été surprise par le dépouillement et la modernité du décor, aucune « chinoiserie » de pacotille rappelant l’Asie, un calme appelant la sérénité.

Avec mon groupe de randonneuses nous y sommes passées dimanche 5 mai (javais pris rendez vous) La fête de la naissance du Bouddha a réuni une assistance nombreuse colorée qui se présentait avec des offrandes et de très beaux costumes, nous avons vu se préparer un défilé dans la ville avec dragons et costumes. C’était une expérience très joyeuse.

Le temple accueille aussi des artistes dans une galerie. Une aquarelliste chinoise présente des tableaux et des calligraphies « impressionnistes »

Un autre temple, laosien, se trouve de l’autre côté du parking. Excellent accueil également à la Mosquée Tawba, ou plutôt au salon de thé qui est accolé: la Mosquée étant en travaux, on ne peut pas la visiter.

Mosquée Tawba

Cet esplanade des religions a su gagner la sympathie de la laïcarde que je suis. Ainsi vit-on en France en 2019, multiculturelle, et moderne. Bussy n’est pas tout à fait une ville-dortoir, elle a une âme, semble-t-il. J’y ai vu des restaurants divers et variés, j’aurais aimé croiser des théâtres et des cinémas, mais peut-être existent-ils ailleurs que sur mon itinéraire.

Après la Mosquée, j’emprunte le Mail du Promeneur : vaste promenade plantée d’arbres en fleurs. A mon premier passage,  les cerisiers blancs étaient splendides,  au second les pommiers ont pris le relais tandis que les pétales blancs volettent au vent. Selon mon plan, je suis bien encore dans la ville mais les quartiers sont composés de pavillons bien cachés dans les jardins fleuris. J’arrive à une sorte de parc avec une pièce d’eau : la Petite Jonchère dont le toponyme ne vient pas des joncs mais du nom d’une très grosse ferme qui abrite maintenant Cuir Center.

la Gondoire

Enfin, je rejoins le ruisseau : la Gondoire qui a creusé son lit en boucles serrées et que je vais suivre à travers Conches-sur-Gondoire, composé de maisons individuelles et que je traverse pour me rendre à Guermantes dont le nom proustien me fait rêver. Guermantes s’est bien urbanisée mais a gardé un centre du village charmant avec une petite église, des maisons anciennes et des vieux murs.

la petite église de Guermantes

Quittant la Gondoire à Gouvernes, j’aperçois le grand château de Guermantes au bout d’une allée entre une double rangée de grands peuplier et je trouve la Brosse dans un petit bois pour arriver à l’étang de la Loye. 

Le château de Rentilly est un centre culturel spécialisé dans l’Art contemporain, il a disparu sous un revêtement métallisé qui reflète les bassins et le parc. Des arbres spectaculaires : Séquoia, platanes atteignent des proportions gigantesques.

Parc de Rentilly : platane

Pour retourner à Bussy-Saint-Georges, le sentier passe par un paysage de champs ouverts, blé, colza…Après l’étang de la Brosse je traverse un parc équipé de curieux équipements permettant de pratiquer un sport que je ne connaissais pas le disc golf . On lance un disque plat dans des but enchaînés, hybride du golf et du frisbee.

Enfin je longe le RER et retrouve la ville.