MEIJI – Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

Le pont aux glycines Kameido

C’est d’abord une leçon d’histoire : l’ère Meiji correspond au règne de l’empereur Mutsuhito (1868-1912) correspondant à l’ouverture du Japon sur le monde, à son industrialisation et son impérialisme avec des conquêtes militaires. Le costume occidental est adopté et le régime se dote d’une constitution.

La première salle peinte en rouge est sous le signe de la Modernisation;

industrialisation et urbanisme

Moderniser/industrialiser Le Japon se dote d’une industrie, des photographie montrent des filatures, des bâtiments de briques, des ponts métalliques.

Propagande militariste presque un manga!

Moderniser/Militariser

estampe militariste

Le Japon se dote d’une flotte moderne. L’empire se militarise à grands pas vers la guerre. L’iconographie militariste revêt plusieurs styles. Ci-dessus, on dirait un manga, sans doute de la propagande (je ne sais pas lire le japonais)! Des estampes esthétisantes n’en sont pas moins guerrières : une armée se reflète dans le miroir de l’eau, au loin une ville brûle.

estampe militariste
bataille navale

En plus de ces très belles estampe on présente deux pochoirs pour l’impression de textiles d’une grande finesse sur papier enduit de jus de kaki. La grande délicatesse du dessin ne doit pas faire oublier le motif guerrier :  des canons.

Dans la salle suivante,  une photo agrandie de l’Exposition universelle de Paris avec la Tour Eiffel illustre le thème : Construire une image artistique et industrielle.

Le mont Fujiyama

Le Japon participa aux nombreuses Expositions Londres 1862, Paris, 1867 1900, Vienne 1873, Chicago, Philadelphie. il importait de donner une image flatteuse du Japon grâce à des images typiques comme le pont des glycines ou le Mont Fujiyama. Il fallait aussi présenter des objets variés d’une qualité artistique remarquable: bronzes, laques, porcelaines émaux….

D’énormes brûles parfum en bronze, des objets délicats, des paravents ouvragés. tous les arts décoratifs sont menés à un degré de perfection.

paravent représentant des divinités shintoïstes.

Souvent les motifs sont floraux . Les décors font aussi appel au panthéon shintoïste (la religion d’Etat pendant l’ère meiji. Certains artistes s’inspirent aussi des représentations bouddhistes ou au folklore populaire avec des dragons, des démons. D’autres peignent des animaux, surtout des oiseaux à la perfection.

orchestre de petits démons ou de monstres

Tous les arts décoratifs sont d’un raffinement inouï, les techniques sont parfois superposées, de laque, d’émaux cloisonnés, d’incrustations, de joaillerie ou de nacre

éléphant

On ne peut qu’être admiratif devant une telle maestria, un tel luxe et une telle perfection.

boites laquées

L’artisan sait aussi jouer du dépouillement et de la simplicité de ce liseron parfait sur le rouge de la laque.

vases à décors floraux

La fin de l’exposition Les lendemains du Japonisme montrent les influences, de l’art Japonais sur Van Gogh, Monet, Degas. Sur les cartels je n’ai pas trouvé de mention de l’Art Nouveau même si la parenté est criante.

J’étais venue à Guimet pour l’exotisme. Je n’ai pas été déçue. Pourtant l’impression à la sortie est la parenté entre le développement industriel du Japon, sa militarisation avec ce qui s’est passé presque simultanément dans la Grande Bretagne victorienne, ou dans la montée en puissance de la Prusse. Ère Meiji, Empire victorien, même Russie des Tsars…on voit l’industrialisation, la militarisation qui va déboucher sur la Guerre et l’impérialisme.

La perfection japonaise fait la différence, mais la valorisation des arts décoratifs présentés aux grandes expositions universelles, est-ce le début d’une certaine mondialisation?

Le sarcophage – Douleur du Vendredi saint – Yorgos Ioannou

LIRE POUR LA GRECE

 

« L’héroïne de ce livre est une ville Thessalonique au riche passé antique, byzantin, turc et juif, aux quartiers populaires grouillants de vie, à la fois jeune et plaine de fantômes. 

Le héros, c’est l »‘auteur : Yorgos Ioannou, tourmenté, solitaire écorché, vif, enfant de cette ville qu’il aime comme une mère qui l’étouffe.

En 1971, à quarante-quatre ans, quasiment inconnu encore, il publie comme un exorcisme ces vingt-sept histoires autobiographiques; Elles sont revivre les années noires de l’Occupation allemande et de ce qui a suivi, en alliant Eros et Thanatos, tragédie et humour, et l’auteur se révèle un merveilleux conteur. 

Le sarcophage, c’est l’acte de naissance d’un des maîtres de la prose grecque d’aujourd’hui. »

C’est le 4ème de couverture du livre. Rarement, j’en ai lu d’aussi juste et si bien écrit. 

D’ordinaire je déteste bandes-annonces de films ou 4èmes de couverture.  Dans le meilleur des cas, ils spoilent l’histoire et dans le pire vous font miroiter des promesses non tenues. Je ne l’ai donc lu qu’après avoir terminé de lire l’ouvrage et je ne sais plus que rajouter:

11 histoires avec  l’auteur  pour narrateur, à différents âges de sa vie, parfois amères et tragiques comme la déportation des Juifs de Thessalonique, ou la guerre dans les montagnes, parfois insignifiantes comme l’histoire du ficus, mais combien touchantes.

 

 Yorgos Ioannou,  j’ai aussi lu avec beaucoup de bonheur La Douleur du Vendredi saint, recits inclassables sur solitude, amours impossibles,  recueil de nouvelles courtes, un peu étranges.

 

 

 

Dans la maison de la liberté – David Grossman

LIRE POUR ISRAËL

A la suite de Chers fanatiques d‘Amos Oz, j’ai téléchargé Dans la maison de la liberté de Grossman qui procède de la même démarche : recueil d’articles ou de discours plus ou moins longs prononcés au cours de la dernière décennie sur des thèmes politiques.

11 interventions prononcées à l’étranger l’occasion de récompenses directes, prix, diplôme honoris causa. Chaque discours est adapté à la circonstance, bien sûr, mais la portée est toujours générale.

« plus nous nous éloignons de l’époque de la Shoah, et plus les survivants se font rares, plus la crainte augmente que le traitement de la Shoah ne devienne plus théorique et abstrait et ne perde, progressivement son rapport avec sa dimension humaine, individuelle et intime. »

« en un certain sens, on peut affirmer que le peuple juif et, bien sûr aussi, presque chaque juif est le pigeon voyageur de la Shoah. A son corps défendant »

Il est souvent question de la Shoah, surtout quand le discours est prononcé en Allemagne. Souvent Grossman revient sur la paix au Proche-Orient. Ces deux sujets sont d’ailleurs liés, Grossman démonte l’instrumentalisation de la Shoah par certains politiques de droite provoquant angoisses et repli sur soi faisant un lien entre la Shoah et la « situation » d’Israël avec ses voisins,

« il est déprimant de penser que la majorité de la population israélienne est impuissante devant les manipulations de Nétanyahou, un véritable magicien, celui-là dans la manière avec laquelle il rattache les dangers réels qu’affronte Israël à l’écho des traumatismes du passé… » .

« A vrai dire, il est assez aisé de comprendre les motivation d’un tel mode de pensée : afin d’entamer un processus de paix authentique, nous devons, nous Israéliens, surmonter – ou plus exactement, renoncer à – la frayeur existentielle fondamentale qui dicte notre manière de penser et nos actes… »

La recherche d’une paix véritable, de la liberté, et d’une résolution du conflit qui donnerait satisfaction aussi bien aux Israéliens qu’au Palestiniens est le souci principal qui traverse toutes les interventions.

Grossman réagit d’abord en écrivain. Son domaine est l’écriture :

« Lorsque j’écris, tout comme d’autres écrivains, je recherche toujours les moments infimes et privés dans la tempête « historique », politique, militaire »

Chaque fois, un récit, individuel, presque romanesque vient éclairer son propos. Il analyse aussi son travail d’écriture dans Une  Femme fuyant l’annonce roman presque fini quand il perd son fils.La réalité télescope la fiction, et pourtant c’est l’écriture qui lui a donné le courage de vivre.

« A mes yeux d’écrivain, la littérature surtout sont les armes de celui qui s’obstine à réfléchir encore à l’unique, à l’être humain, à la spécificité de chaque individu, homme ou femme, Blanc ou Noir, musulman ou chrétien, Israélien ou Palestinien, à leur droit de vivre honorablement, sans humiliation, avec le sentiment de sécurité, le sentiment d’égalité. En paix. 

Cette obstination en l’occurrence – par l’écriture et par mon action politique – est ma façon de surmonter le découragement, de résister à la force d’attraction de la douleur; 

C’est ma façon de choisir en dépit de tout – la vie. « 

Une autre intervention nous touche particulièrement, Grossman était à Paris le 13 novembre 2015 invité par l’Ecole de la Cause freudienne. Qui mieux que lui peut analyser le terrorisme? ses traumatismes?

Certaines interventions sont récentes, la dernière est datée du 6 août 2018. Son souci de bâtir une paix durable est toujours présent. Il ne peut que s’insurger contre la loi sur l’Etat-nation qui consacre le fait que les citoyens arabes seraient des citoyens de seconde zone comme la langue arabe qui ne serait plus reconnue à l’égale de l’hébreu.

A lire!

 

 

 

Le Cubisme 1907 – 1917 – Centre Pompidou

exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019

Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières  qui sont étonnantes et colorées!

Ce panorama du Cubisme détaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.

(1906- 1907) Aux sources du cubisme

La femme à la cafetière

 Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses«  de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.

(1907 – 1908) Primitivistme 

Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.

Portrait de Gertrud Stein

Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).

Femme à la tête rouge

L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.

picasso autoportrait

(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne 

Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…

Le Château de la Roche Guyon

Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusant de les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.

(1909 )l’éclatement de la forme homogène

Femme assise

L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler

De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon

Broc et violon

(1911) La lettre et le signe

Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.

nature morte sur un piano

Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe. 

Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..

 

(1911 – 1912) Les salons cubistes

Gleizes les baigneuses

réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneuses de Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…

Delaunay : La Ville de Paris

Au centre : le Baiser de Brancusi

Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres

Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres

(1912 – 1917) le collage et l’assemblage 

Braque : Guitare « figure d’épouvante »

M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée  (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?

Henri Laurens

Pour varier, apparition  rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.

(1913 – 1914) Matières et couleurs

Fernand Léger : le Réveil-matin

Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.

le bal Bullier

Juan Gris

Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.

Lipschitz

 

Herbin : 3 arbres
Herbin 3 arbres

poètes et critiques

Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis

Marie laurencin : Apollinaire et ses amis

(1913 -1914) : salons cubistes

Metzinger : l’Oiseau bleu
Metzinger : l’Oiseau bleu

L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.

Delaunay : l’équipe de Cardiff

La Guerre

« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux  » Fernand Léger 

André Mare : témoignages de guerre

J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.

Bonne Année 2019

BONNE ANNÉE A TOUS ET A TOUTES 

Bonne santé! le principal

lectures, voyages….

Ma résolution n°1 pour 2019 : vider ma PAL 

A l’heure où certaines publient les bilans, je préfère me tourner vers 2019 et espère me tenir à la résolution n°1 (je vois déjà des exceptions, les challenges, la Masse Critique, les cadeaux…..Pour commencer, j’ai renversé la pile à côté de la table de chevet où s’agrègent les livres tant aimés que je ne veux pas les ranger loin et les nouveaux, ceux qui attendent leur tour, achetés sur une impulsion à la suite d’un billet d’un blog ou à la suite d’une lecture.  J’en ai fait la liste que voici dans le plus grand désordre où je les ai trouvé après l’écroulement de le colonne (en fait il y en a 4). Au fur et à mesure je reviendrai pour barrer les livres lus.

  1. Mendoza : La Ville des Prodiges
  2. Lacarrière : En cheminant avec Hérodote
  3. P.L Fermor : A time to keep Silence
  4. Pessoa : Lisbonne
  5. Alexakis : Papa
  6. Citati : la lumière de la nuit
  7. Maspero : Le Figuier
  8. Zangwill : Les enfants du Ghetto + Les affranchis du Ghetto
  9. Ann Perry : Brunswick Gardens
  10. Thomas Mann : Joseph et ses Frères
  11. Dennis Lehane : Moonlight mile
  12. Donna Leone : Brunetti en trois actes
  13. Fred Houel : Quand les oiseaux se sont tus
  14. J Dalodé : Très bonnes nouvelles du Bénin
  15. Amitav Gosh : Le Palais des Miroirs
  16. Zygmunt Miloszewski : Un fond de vérité
  17. Lieve Joris : Ma cabine téléphonique africaine

17 livres à lire en 2019, c’est raisonnable! Je n’ai pas compté ceux qui sont en attente dans la liseuse (moins encombrants mais tout aussi désirables).

Victor Hugo : Caricatures à la Une

Exposition temporaire jusqu’au 6 janvier à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris

180 caricatures du Grand Victor Hugo!

3 sections:

  • 1830 – 1848 –  La Forte Tête 

A la suite de la Bataille d’Hernani, Hugo s’impose comme le chef de file du Romantisme . on reconnait Hugo à son très haut front que les caricaturistes exagèrent à plaisir.

Roubaud a dessiné le « Chemin de la Postérité » où Victor Hugo chevauchant Pégase mène le cortège. A sa suite, je reconnais Théophile Gauthier, Eugène Sue et Alexandre Dumas. A cette époque c’est la mode des processions, panthéons (comme celui de Nadar) trombinoscopes. Encore Roubaud (entre 1835 et 1839) à l’occasion de la candidature à l’Académie Française a dessiné Hugo, Balzac et Dumas accueillis par une vieille femme :

 

« vous êtes jeunes et forts et vous demandez les invalides. Vous ne voulez pas voler le pain des vieillards. Allez travailler grands feignants! » 

Daumier exécute aussi des caricatures à cette époque.

les burgraves et leur demi-succès furent aussi beaucoup caricaturés par la Presse.

  • 1848 – 1851 : Détestation générale et caricatures d’opposition

A la suite de la Révolution de 1848, la liberté de la Presse encouragea les dessinateurs de Presse. Hugo fut très critiqué pour ses positions politiques, ses alliances réelles ou supposées. On le juge versatile et opportuniste. Le glissement progressif de Victor Hugo vers la gauche n’est pas pris en compte car le Presse est réduite au silence dès 1850.

vers 1848 Nadar dessine La Rentrée des classes  dans le Journal pour Rire, en 1949 Victor Hugo est en tête d’une « Croisade contre le Socialisme » où la foule fait un Z tout  travers la une en allant contre la révolte des ouvriers. Il fait aussi figurer Hugo dans un Trombinoscope des commerçants

 

Daumier dessine Hugo et Girardin portant Napoléon Bonaparte sur un pavois avec la remarque « Ce n’est pas solide »

En septembre 1849, Victor Hugo est vice Président d’un Congrès pour la Paix présidé par en 1851 l’anglais Cobden. Hugo s’oppose à la majorité de droite au sujet de l’Expédition d’Italie, de la Loi Falloux  au nom de la Liberté de penser(caricature de Nadar) et de la Déportation des opposants politiques.

Quillembois montre Hugo qui s’écarte de la « majorité de Panurge » qui part à droite tandis qu’Hugo 

Victor Hugo s’oppose au coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais il est dangereux pour les journalistes d’évoquer le proscrit

  • 1852 – 1870 La Renommée de l’absent – Caricatures d’Hommage

Ne pouvant dessiner Victor Hugo, politique, les caricaturiste attendent la parution des œuvres écrites en exil qu’ils illustrent avec bienveillance. Le visage de Hugo est moins déformé.

En 1853, quand sort La Légende des siècles, Hugo est dessiné sur son rocher, Les deux tours de Notre Dame font le H de Hugo, pour les Travailleurs de la Mer, les dessinateurs sont très inspirés par le poulpe.

Travailleurs de la Mer : cherchez la Pieuvre!

De nombreux journaux mettent son visage à la une : Le Charivari de Cham, La Lune, le Bouffon, le hanneton, l’Eclipse, le Masque. Je suis impressionnée par le nombre des titres satyriques.

L’homme qui rit
L’homme qui rit
  •  1870 – 1885 Apothéose – Les caricatures de Consécrations

Hugo est représenté barbu, bienveillant. Mais pour le spectateur de l’exposition c’est moins amusant!

Victor Hugo, en Orphée défend les victimes d’un pogrom en Russie

Cette exposition est passionnante, c’est une merveilleuse leçon d’histoire; je révise tout le 19ème siècle, politique et histoire des idées. Chaque illustration est accompagnée d’explication et il y a aussi beaucoup à lire dans la page de journal d’alors.

 

Le Colonel Chabert – Balzac

LECTURE COMMUNE

« j’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société toute entière, qui veut me faire rentrer sous terre »

Le Colonel Chabert est un personnage familier de notre paysage littéraire. Chacun pense avoir croisé le vieux soldat de l’Empire rentré à la Restauration. Mais a-t-on lu le roman?

la Bataille d’Eylau

Laissé pour mort à la bataille d’Eylau en 1807, Hyacinthe Chabert rentre à Paris dix ans plus tard. Sa femme, veuve, remariée avec le comte Ferraud fidèle aux intérêts de Louis XVIII, ne le reconnaît pas ou plutôt ne veut pas le reconnaître. C’est donc en pauvre vagabond que cet ancien soldat de l’Empire, colonel et homme riche revient et s’adresse à l’étude de l’avoué Derville pour retrouver son identité, sa femme et ses biens.

« Madame Ferraud n’aimait pas seulement son amant dans le jeune homme , elle avait été séduite aussi par l’idée d’entrer dans cette société dédaigneuse qui malgré son abaissement dominait la cour impériale. toute ces vanités étaient flattées autant que ses passions dans ce mariage. Elle allait devenir une femme comme il faut. »

La position sociale de Madame Ferraud n’est pas aussi solide qu’il y paraîtrait. Le comte Ferraud est ambitieux.

« mais si son mariage était cassé, ne pourrait-il pas passer sur sa tête, à la grande satisfaction du Roi, la pairie d’un des vieux sénateurs qui n’ont que des filles? »

Derville, pense pouvoir exploiter cette faille pour faire céder la femme de Chabert et transiger.

Ce court roman est particulièrement dense : on peut considérer l’aspect sentimental et psychologique, comme l’analyse de la société à l’époque de la  Restauration.

L’étude de l’avoué Derville

C’est aussi un roman très divertissant : j’ai adoré la scène d’ouverture dans l’étude de l’avoué avec les railleries des saute-ruisseaux, l’arrivée de Chabert. Quel style! et quelle observateur !

Le roman se termine sur une triste méditation sur la destinées humaine de Derville, personnage sympathique et humain qui n’a pas réussi à éviter les malheurs de Chabert.

« Savez-vous, mon cher, reprit Derville après une pause, qui’l existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l’Homme de justice qui ne peuvent pas estimer le monde? Ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions. Le plus malheureux des trois est l’avoué. Quand l’homme vient trouver le prêtre, il arrive poussé par le repentir, par le remords, par des croyances qui le rendent intéressant, qui le grandissent et consolent l’âme du médiateur, dont la tâche ne va pas ans une sorte de jouissance l il purifie, il répare, il réconcilie. Mais nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer… »

29Balzac par Nadar

Philby – Robert Littell

ESPIONNAGE

Pourquoi la collection Points attribue-t-elle le qualificatif de « policier » à ce roman d’espionnage? Polars et espionnage sont également des thrillers à l’intrigue embrouillée, mais ce n’est pas tout à fait la même chose?

Philby, Portrait de l’espion en jeune homme est le titre complet de l’ouvrage.

J’ai lu avec plaisir le chapitre viennois , fin de l’été 1933 avec l’écrasement du soulèvement ouvrier ainsi que le récit de l’élimination des officiers de renseignement du NKVD à Moscou. Ce livre offre  un résumé de l’histoire européenne de 1933 à 1943: guerre d’Espagne, Drôle de Guerre, Blitz sur Londres évoqués  un peu superficiellement. Plus on avance dans la lecture, plus les chapitres se raccourcissent et j’ai une impression de bâclé sur la fin. 

Effectivement le portrait de Kim Philby en très jeune homme est convainquant mais on aimerait plus. Les personnages de Guy Burgess et de McLean sont transparents.

En revanche le père, l’arabisant, l’ami du roi Seoud qui se révèle un stratège machiavélique est intéressant. Philby fut-il manipulé par ce dernier? Fut-il agent double (sûrement) fidèle à l’idéal communiste mais recruté par les services secrets britannique, ou l’inverse, ou triple? Réussit-il a pénétrer les services secrets américains? On ne sait pas bien, la fin du roman est une pirouette qui donne le tournis.

Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu – Fondation Cartier

Exposition temporaire 14/10/18 au 24/02/19

Freddy Mamani Bolivie style « néo-andin »

Dans le salon, on peut s’asseoir face à l’écran où sont projetés deux documentaires sur le constructeur bolivien Freddy Mamany : les Andes et l’Altiplano d’où il est originaire ainsi que sa ville El Alto qu’il a souhaité repeindre de toutes les couleurs inspirées par les costumes de fête des indiens Aymaras. Certains ont appelé cette architecture « façadisme »  ou kitch post-moderniste.

Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier
Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier

Tout le salon est une installation!

La salle suivante est occupée par la construction ajourée de matériau brut de Solano Benitez et Gloria Cabral  (Paraguay) également crée exprès.

Solano Benitez & gloria Cabral : la géométrie comme un rythme…

en contrepoint de cette construction massive les sculptures graciles en fil d’acier ou d’aluminium formant treillis et résilles de Gego (Vénézuela)

stèles traditionnelles de pierre (3000-2000 av JC) confrontés aux tableaux contemporains

Les deux salles du sous-sol recèlent de nombreuses œuvres de taille plus modeste mais non moins variées et intéressantes : poteries anciennes ou grès et céramiques contemporains, acryliques ou huiles colorées et géométriques, de toutes couleurs et influences, stèles de pierre indiennes ou contemporaines…

Grès et céramiques de Gustavo Perez Mexique

Les œuvres sont si nombreuses, de provenances diverses que je ne sais que choisir. Difficile de se concentrer sur un objet, une photo ou un tableau.

La dernière salle est sombre, éclairée en son centre par une installation textile originale

Brumes 2013 Olga de Amaral Colombie

On semble immergée dans la sombre forêt amazonienne, où l’artisanat indien est très présent (tissage, bâtons-serpents) ainsi que les photographies de peintures corporelles très impressionnantes et d’une géométrie parfaire.

Luiz Zerbini : a primeira missa

Deux grands tableaux m’ont impressionnée.

Luiz Zerbini Brésil Coisas do Mundo

L’exubérance tropicale de la forêt amazonienne, les références historiques, les couleurs les motifs géométriques; tout me plait! Et j’en fais des photos de détail:

géométries délicates

 

J’aurais pu m’arrêter sur d’autres sujets, mais celui-ci est mon coup de coeur.

 

 

Ailleurs peut être – Amos Oz

  1. LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Après avoir lu Mon Michaël (1968) j’ai trouvé le premier roman d’Amos Oz, Ailleurs peut-être (1966) qui se déroule dans un kibboutz à la frontière jordanienne. Amos Oz, lui-même, était membre du kibboutz Houlda.  J’ai pris un plaisir immense à retrouver mes souvenirs de jeunesse dans la vie au kibboutz à la fin des années 60 comme j’avais lu récemment Nous étions l’avenir de Yael Neeman. 

La première partie du livre commence tout doucement par une description de la vie du kibboutz, de sa situation géographique à 3 km de la frontière, du cadre de vie. L’auteur présente ensuite les personnages de l’histoire : le poète Réouven Harich et  ses enfants et la famille Berger, Ezra le camionneur, Bronka, l’éducatrice, leurs enfants et les frères d’Ezra, Néhémia, l’intellectuel et Zakharia-Siegfried qui est retourné en Allemagne. Au fil des chapitres d’autres membres du kibboutz interviendront…et toute la vie de la communauté se déroulera au cours d’une année. J’ai goûté  cette évocation par petites touches délicates, en lecture lente et gourmande.

Puis l’intrigue va se nouer. Intrigues amoureuse, ou sexuelles. Relations sans passion pour Reouven et Bronka. Adultère sous le regard des commérages. Flirts, hésitations amoureuses pour Noga, 16 ans qui interroge les transformations de son corps et son pouvoir de séduction, qui voue son amour le plus pur à son père. Hésitation et déconvenue pour le jeune Rami qui aimerait coucher avec Noga mais qui ne sait comment s’y prendre. Ces relations se déroulent au vu et au su de tous et intervient la médisance.

« Ne pas aimer la médisance, c’est avouer que l’on est incapable de comprendre, dans tout son ampleur, l’essence de notre vie en kibboutz. La médisance – ne faites pas ces yeux ronds – remplit, chez nous un rôle très important, très noble : elle contribue à sa façon à transformer le monde. Pour étayer cette théorie, nous nous permettrons de rappeler, au lecteur, le propos tenu par Reouven Harich: « notre raison d’être est de nous purifier ». Et, selon lui, le secret de cette purification, c’est que nous nous jugeons sans pitié , sans sympathie. Ici, chacun est juge et partie. Il n’est pas de faiblesse que nous puissions cacher longtemps au jugement d’autrui. Toute notre vie, on nous juge. A chaque instant. Il n’est pas de recoin secret. Voilà pourquoi chacun, au kibboutz est forcé de lutter contre sa nature. Pour se purifier. Nous nous polissons les uns les autres à l’image des galets d’un torrent. nous limons notre nature….. »

Puis tout s’emballe vers le milieu du roman. Le drame se noue quand Noga tombe enceinte. Enceinte à 16 ans, elle refuse d’avorter. Sera-t-elle jugée par les commères? Rejetée de la communauté? Choisira-t-elle de quitter le kibboutz, le pays pour suivre Siegfried Berger en Allemagne? Toute la communauté s’implique dans ce choix…..

Les saisons changent, que les fêtes animent la vie du kibboutz, que l’été devient écrasant, que l’automne puis l’hiver arrivent. Amos Oz sait nous faire vivre cette pluie de 1 er Mai inattendue, la chaleur de l’été, les travaux des champs…la proximité de la frontière, les incidents, les fusillades et les passages de l’aviation. La vie se déroule avec toute sa complexité et son idéologie.