Vallée de l’Abatesco

CARNET CORSE 2024

Serra di Fiumorbo

Circuit du Guide Vert p 404. 56 km à partir de Ghisonaccia

Nous court-circuitons Ghisonaccia en empruntant la petite D545 à partir de notre gîte à Travu qui passe parallèlement à la grande route T10, au pied des collines dans une campagne verdoyante de nombreux vignobles et arrivons directement à Abbazia et retrouvons le circuit sur la D145 qui passe le long du petit cours d’eau, l’Abatesco.

Serra di Fiumorbo

Passant un petit pont nous grimpons sur la très tortillante D.45 qui monte à Serra-di -Fiumorbo. Cette petite route très étroite est équipée de trois tables en granite pour les pique-niques. L’une d’elle auprès d’une fontaine. A chaque tournant on a une très belle vue sur la plaine d’Aléria, l’étang d’Urbino et le côte orientale. La route traverse une forêt de chênes liège. Certains, écorcés récemment, présentent leur tronc d’un bel orange qui noircira avec le temps. Le village est perché, très tranquille. Une maison-forte (une tour) se dresse face à la vallée. Un petit belvédère est aménagé avec des bancs. L’église (XIXème) est juchée au somment du village, elle est actuellement en travaux.

 

Retour dans la vallée de l’Abatesco.

Chêne-liège

Arrêt à la petite station thermale de Pietrapola. A notre passage en 2021, tout était fermé et nous avions attribué cela au Covid. Mais rien ne semble avoir ouvert depuis. Lorsque je descends à pied à la rivière, je découvre un chantier en cours avec une grande structure sur des piliers métalliques. Le village n’est pas abandonné pour autant. Les belles maisons de granite sont dispersées, d’autres modernes sont fleuries. Difficile d’imaginer une animation de curistes.

 

Après San Gavino di Fiumorbo nous cherchons le départ de la promenade à la Cascade de Buja que nous n’avions déjà pas trouvée la première fois.

Le circuit devient problématique. On a recouvert tous les panneaux indicateurs de peinture noire. Il faut essayer de deviner les noms des villages avec les quelques lettres qu’on peut deviner. Surtout les appellations des routes ne correspondent pas à celles de la carte. En bref, on se perd sur des routes très étroites (heureusement pas fréquentées) dans de sombres châtaigneraies. Les châtaigniers sont en fleur, certains sont magnifiques avec des troncs impressionnants, certains ont des branches desséchées.

Nous traversons Acciani puis Isolaccio qui est un  gros bourg (300 habitants) avec une grande église baroque blanc crème flanquée d’un campanile de granite ; Ce village a une particularité assez funèbre : il possède en plus d’un vaste cimetière, au moins trois monuments aux morts. Le premier, sobre, sorte de pyramide tronquée se trouve sur la place principale, sa plaque est simplement gravée « à nos morts ». Près de l’église la stèle qui porte une très longue liste des noms des soldats tombés pour la France, impressionnante. Le troisième monument est face au cimetière : trois stèles de granite sont dédiées aux « déportés de 1808 ». Qui sont donc ces déportés ? j’ai d’abord pensé à une razzia barbaresque, tout un village enlevé, cela s’est vu. Mais la date ne colle pas, ni l’endroit. Isolaccio est en plaine montagne caché par les châtaigniers, quels pirates s’aventureraient si avant dans les terres. Wikipédia m’a donné la solution : les bataillons de Chasseurs corses sous l’ordre du Général Joseph Morand ont arrêté 167 hommes, 9 furent fusillés à Bastia, les autres déportés à Embrun. Cette opération eut lieu sur l’ordre de Napoléon, pour lutter contre le banditisme. Wikipédia souligne les épisodes de violence et de rébellion « le besoin viscéral d’indépendance de cette région, la plus farouche de l’île ». Cet état d’esprit explique peut-être la peinture noire sur les panneaux, destinée à égarer les touristes.

Ce goût funéraire me rappelle une lecture récente Campo Santo de W.G. Sebald que je viens de lire avant le départ pour la Corse.

Pas de commerces à Isolaccio mais le camion-épicerie ambulant stationne là.

« Avez-vous des citrons ? »

« non personne n’en achète, ils se gâtent »

L’épicier ambulant me conseille plutôt de chercher un citronnier et de tendre le bras pour me servir. C’est une rencontre amusante.

Cochons sur la route

A la sortie d’Isolaccio, encore des panneaux caviardés. L’étape suivante du circuit serait Prunelli-di-Fiumorbo. Un P est vaguement identifiable sur une flèche dont nous suivons la direction. La route est déserte, nous ne croiserons que le gros pick-up du dépanneur. Elle s’enfonce dans une dense forêt de chênes et châtaigniers, tourne et tourne tant que nous perdons le sens de l’orientation. Pas de 4G non plus pour que le GPS nous aide.  Si les humains sont absents pour nous renseigner les cochons tiennent le haut du pavés, installés au milieu de la chaussée, une laie allaite ses petits. Pas du tout prêts à nous laisser passer.

Nous trouvons enfin un endroit où garer la FIAT  pour un arrêt apéro avec des biscuits étonnants à la farine de pois cassés. A peine avons-nous ouvert le sachet que les cochons, curieux, radinent. Les biscuits aux pois sont infects. Je les lance aux cochons réputés pour manger n’importe quoi. Ils ont l’air de plaire mais sans enthousiasme.

Nous arrivons au creux d’une petite vallée dans une clairière égayée par les hautes inflorescences jaunes des Molènes.

Molène

Nous sommes complètement perdues, toujours pas d’Internet sur mon téléphone. J’essaie celui de Dominique qui capte la 5G (vive le progrès !) Je lui indique Ghisonaccia comme destination finale et il nous conduit sur la D144 en direction du nord.

Au creux d’un vallon nous croisons le GR Mare e Monti puis découvrons perché sur un épaulement,  le village de Poggio-di-Nazza : toit de tuiles rouges et campanile très haut. Cela commençait bien par un P !

Poggio-di-Nazza

Poggio-di-Nazza est si pittoresque  que je m’installe sur un des bancs du belvédère pour le dessiner.

De là, le GPS nous ramène à Ghisonaccia.

Il est trop tôt pour rentrer, j’ai envie de me baigner. Avec le vent, il vaut mieux éviter la longue  plage rectiligne qui s’étend de Ghisonaccia à Solenzara avec ses vagues et descendre au sud où il y a des petites anses abritées : Canella, Favone ou Tarco. Le parking de Canella est saturé, pour Favone, on n’arrive pas à couper la route avec la circulation intense. Je me suis donc baignée à Tarco. Baignade délicieuse. Nous décidons d’y revenir demain !

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L’Etang d’Urbino

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L’Etang d’Urbino vu de la pinède

Au réveil, nous nous réjouissions du calme juste interrompu par le chant du merle. Et voici un bruit infernal : un avion décolle de la base aérienne de Solenzara à moins d’un kilomètre du gîte. Pendant le week-end, c’était calme, mais aujourd’hui lundi l’activité reprend à huit heures du matin. Toute la journée les vrombissements incessants sont d’autant plus inquiétants qu’on pense à la guerre en Ukraine.

Visorando propose deux randonnées à l’étang d’Urbino.

La Forêt de Pinia : 4.3 km, 1h15 et une promenade sur la presqu’île : 1.6 km 30 minutes.

le chemin sur la dune bordé de cistes

Le départ de la balade en  Forêt de Pinia se trouve dans un parking au bout d’une longue piste de 3 km partant sur la gauche au bout de la D144, route menant de Ghizonaccia à la mer. Je me fie au GPS de l’application pour trouver le chemin le long de la dune. Des ouvriers sont au travail, ils construisent une piste cyclable avec une sorte de tapis en tissu pour stabiliser le cheminement. Ce chantier a bouleversé les sentiers traditionnels. Les cantonniers tentent de me dissuader de les chercher. Je suis d’abord le sentier dans la dune, bordé de cistes jaunes, arrive sur une belle plage de sable très blanc que je quitte pour trouver (toujours avec le GPS du smartphone) les bords de l’étang d’Urbino.

la plage de la forêt de Pinia

La piste est neuve, la marche, facile à l’ombre : côté de l’étang plutôt des chênes verts, pistachiers et arbousiers, le cortège des plantes du maquis tandis que de l’autre côté c’est une belle pinède. Malheureusement la belle piste neuve a fait disparaître les marques et le sentier au point 5 de l’itinéraire où je suis censée bifurquer. La piste s’est écartée de l’ancien chemin. Le chantier a abattu buissons et arbres pour former un mur de branchages, impénétrable. Seule solution : suivre la piste jusqu’à la route carrossable puis retrouver le parking. Résultat : 15000 pas au podomètre, plus de 8 km au lieu de 4 et 2 heures. Rien à regretter la promenade rallongée a été très agréable.

Restaurant d’Urbino

le restaurant d’Urbino

Le Restaurant d’Urbino est construit sur pilotis en avancée sur le lac. Des rangées de pieux sont plantés pour accrocher les filets des pêcheurs. Les terrasses couvertes sont très aérées. Nous avons le plaisir de déjeuner sur l’eau. Comme à notre premier passage en 2021, nous commandons de la petite friture. Des éperlans sont servis dans des paniers métalliques. Très abondant, nous emporterons nos restes pour le repas de mardi ! Je n’ai vraiment plus faim pour les appétissantes glaces servies dans de grandes assettes creuses sous une généreuse chantilly. Je jette des bouchées de pain pour appâter les poissons qui se manifestent instantanément : de gros mulets se précipitent, se volent le pain, se poursuivent, se donnant en spectacle.

Tandis que Dominique s’installe dans les salons ombragés sous une sorte de voile, je marche sur le chemin de planches au-dessus de l’eau et rejoins un sentier au bord de la rive, s’enfonçant parfois dans les buissons de tamaris et lentisque avec au sol salsepareille et bruyère.la promenade se termine sur une digue de planches au-dessus de l’eau.

Nous terminons la journée à Calzarellu, la plage des eucalyptus à l’embouchure du Fiumorbo.

Les Rebelles Magnifiques – Les Premiers Romantiques et l’Invention du Moi – Andrea Wulf

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Andrea Wulf est l’auteure de L’Invention de la Nature qui m’avait enthousiasmée il y a quelques années : brillante histoire des sciences dans le sillage de Alexander von Humboldt, suivi de Darwin, Haeckel et bien d’autres. J’ai donc coché la case sur la liste de la Masse Critique et me suis réjouie à la réception du livre. Je n’ai pas été déçue. C’est un livre magistral. Seul regret : qu’il soit arrivé en juin alors que le Challenge des Feuilles Allemandes est en novembre. Il y aurait tout à fait trouvé sa place.

Littérature, Philosophie et Histoire, il y a de tout dans ce volume, même des histoires d’amour, des drames, des jalousies entre ces personnages hors du commun.

Qui sont-ils, ces Rebelles Magnifiques?

Tout d’abord les plus anciens, les personnages tutélaires : Goethe et Schiller, écrivains reconnus, piliers du Cercle de Iéna. Fichte, le professeur charismatique de l’Université de Iéna, qui a élaboré la Philosophie du Moi, le « Bonaparte de la Philosophie » qui attire dans cette petite ville des étudiants enthousiastes même de l’étranger. Les deux frères von Humboldt, le professeur Wilhem et l’explorateur Alexander, dans le sillage de Goethe qui s’intéresse à la science expérimentale. Les deux frères Schlegel, August Wilhlem  et sa femme Caroline, qui publient les traductions de Shakespeare en vers, Friedrich au mauvais caractère. Amis des Schlegel, Schelling philosophe professeur à l’Université de Iéna.  Novalis, poète emblématique du Romantisme Allemand, Tieck, autre poètes. 

Il faut ajouter à ces hommes célèbres des femmes, moins connues parce qu’elles n’ont pas publié sous leur nom propre alors qu’elles étaient plus que de simples collaboratrices de leurs maris ou des muses de salons littéraires. Figure centrale de ce Cercle de Iéna : Caroline Böhmer-Schlegel-Schelling,  admiratrice de la Révolution Française, fuyant Mayence où sympathisante de la Révolution elle fut emprisonnée enceinte avec sa fille Auguste, mariée à August Wilhelm Schlegel, puis amoureuse de Schelling… Dorothea Veit-Schlegel, (née Brendel Mendelssohn) également écrivaine et traductrice. Et bien sûr Madame de Staël « comme un feu d’artifice au dessus de Weimar » qui proposa à August Wilhelm Schlegel de la suivre comme précepteur de ses enfants.

Le Cercle de Weimar où l’on « symphilosophait » dans les jardins, en promenade ou dans les maisons des uns et des autres, se constitua en 1794 avec l’arrivée de Fichte, puis s’enrichit en 1796 de Novalis et des Schlegel . Théorie et pratique: Goethe et Humboldt se livraient à des expériences scientifiques. Schiller publiait dans sa revue littéraire essais théoriques, poésies et traductions. Théories de la Science, théorie du Moi, de Fichte, ou poésie et romans, fragments. Le Romantisme s’élabore avec le goût de la Nature 

p.265 Schelling, en cours dans un amphithéâtre, devant des étudiants enthousiastes :

« il rassemblait ce que la révolution scientifique avait désuni: la nature et les hommes »[…]Quelle que soit la nature est capable d’apaiser, de guérir ou simplement de remplir de joie.

Et, ce faisant, sa philosophie de l’unité devint le cœur battant du Romantisme »

Romantisme comme roman, on ne se contente pas de philosopher mais on écrit de la littérature, des romans où les expériences amoureuses sont publiées: p.300

Novalis, Friedrich, Caroline et Dorothea étaient convaincus que leurs expériences personnelles étaient le reflet d’un monde plus vaste[…]Tel un faisceau de lumière réfracté par un prisme ou un spectre de couleurs, l’accent mis sur le Moi reflété par leurs écrits ouvrait sur des perspectives plus larges….

Mais la belle entente, dans un groupe si intimement lié, ne pouvait pas durer. Les personnalités si affirmées de Schiller, Fichte ou des Schlegel, Schelling ont fini par se heurter. Il a fallu la diplomatie et la forte personnalité de Goethe pour adoucir certains conflits. Pamphlets et affrontements divers opposèrent ceux qui étaient les meilleurs amis du monde. en 1801-1802,  p. 384

« N’était-ce pas distrayant, demanda un autre, quand les philosophes se mettent à se dévorer les uns les autres comme des rats affamés »

Intrigues amoureuses, jalousies, divorces et aussi maladies ont raison du Cercle de Iéna. C’est l’arrivée des armées de Napoléon, la victoire de Iéna, qui sonneront le glas de cette période enchantée. Mais les idées essaimeront à Berlin, en Angleterre avec Coleridge et même jusqu’en Amérique avec Thoreau

Cet ouvrage est admirablement construit. Pour qui n’est pas familier de la philosophie ou de la littérature allemande, de courts chapitres autour d’une idée principale, d’une anecdote ou d’une personnalité rendent la lecture facile. Au début, je confondais les personnages, j’avais besoin de souffler. Ces chapitres donnent une respiration au lecteur. J’en lisais un, deux, avant de poursuivre. Ensuite, quand j’ai bien identifié les personnages, je me suis laissé entrainer dans leur roman personnel et dans le récit très vivant riches en détails de la vie quotidienne d’alors.

Col de Bavella

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Aiguilles de Bavella vues du Col de Larone

Au réveil : 100% au compteur, soulagées ! Nous pourrons faire les excursions prévues !

T10 jusqu’à l’entrée de Solenzara, la D268 s’élance à l’assaut de la montagne en virages serrés. 30 km pour arriver à 1268 m d’altitude. Etroite, tortillante, pittoresque, suivant la Solenzara. Tôt dans la matinée, il n’y a personne sur la route, nous profitons du paysage. Des activités « aventures »  sont organisées sur la rivière canyoning, accrobranche . L’accrobranche n’est pas joli-joli dans le paysage mais a l’air très amusant. J’essaierais volontiers. Au retour on verra des familles qui se baignent dans la rivière sur une belle plage.

Les Aiguilles de Bavella  s’approchent. Je les photographie sous les cadrages. Je m’attriste de découvrir les troncs desséchés, ébranchés. Qu’est-il arrivé aux pins Laricio ? la gardienne du parking me répondra ; il y a eu un grand feu il y a 5 ou 6 ans. L’écorce noircie est tombée et il reste le bois blanchi fantomatique.

Pause au col de Larone(603 m) dans un grand parking. Occasion d’une petite promenade pour faire de nouvelles photos des Aiguilles de Bavella. Malheureusement le ciel est gris : alerte aux particules fines des poussières venues du Sahara.

La montée s’effectue sous de beaux châtaigniers. Près du col, les feuillus sont remplacés par les énormes pins aux fûts droits et aux aiguilles bien vertes.

Au bas du col, des constructions, presque des baraquements puis des parkings. C’est aujourd’hui dimanche. Il y a énormément de monde.

Randonnée dans le pins, le cairn

Les randonnées sont bien expliquées : 2 heures pour le Trou de la Bombe, 1 heure sur le circuit panoramique qui s’arrête au cairn. Les autres randonnées sont nettement plus difficiles. En Corse il faut choisir les plus faciles parce que les pentes sont abruptes et que les difficiles sont périlleuses. Je suis les marques rouges. Au début le sentier grimpe allègrement puis continue sur une piste douce à l’ombre sous les pins. Après le grand cairn, le sentier descend toujours à couvert. A l’aller, j’ai surtout cherché les balises et regardé à mes pieds. Je n’ai donc pas vu les « panoramas » qui ont donné leur nom au parcours et les ai découverts au retour Découverts aussi les grandes asphodèles, les églantines, les petits pompons bleu de josine et bien sûr les coussinets de genets fleuris.

Il y a vraiment trop de monde et de bruits pour pique-niquer au col. Nous descendons jusqu’à ce qu’on trouve un endroit tranquille.

 

Les cochons sont là. Noirs, placides, ou petits, plus vifs. Pas du tout effrayés par la circulation. Un gros mâle occupe le milieu de la chaussée et n’en bouge même pas quand les voitures le frôlent.

De Serraggia à Travu

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Nous sommes prêtes à 8h30. Le trajet n’est pas long 86 km par de bonnes routes, je pourrai choisir une belle plage pour me baigner !

Après Porto Vecchio la T10 remonte la côte orientale et longe le littoral à partir de  Fautea. Une tour génoise en restauration, entourée d’échafaudage annonce la plage dans le creux . mignonne petite anse bordée d’une haie de tamaris avec juste un restaurant. Sable fin, baie très échancrée. La surface de l’eau est lisse, tout juste ondulée quand un petit bateau s’approche. Je nage vers la pointe rocheuse puis coupe en diagonale et longe l’autre bord. Je me sens en sécurité et pourrais nager ainsi des heures sans fatigue.

Nous dépassons Solenzara pour aller déjeuner sous les eucalyptus de la plage de Calzarellu où nous avions nos habitudes quand nous logions à Casamozza il y a trois ans. L’allée bordée d’eucalyptus géants nous impressionne toujours. En revanche, le bois sur les bords du Fium’orbo est dévasté. Qu’est-il arrivé aux beaux arbres, abattus pour certains, squelettiques pour d’autres avec de grosses branches desséchées ? Nous sommes presque seules à part les voitures des baigneurs installés sur la plage. Nous avions apprécié l’animation villageoise, les pêcheurs dans le fleuve, les vieux qui jouaient aux cartes, les boulistes. Il n’y a plus personne.

 

Après le pique-nique je marche sur la plage sans fin, devine les étangs qui la bordent, la petite coupole blanche de la base aérienne de Solenzara, au loin la silhouette des Aiguilles de Bavella.

A 16 heures, le propriétaire du Gîte de Travu  vient nous chercher sur le parking du SuperU en face de la Base aérienne.

Notre nouveau gîte (affilié aux Gîtes de France) fait partie d’un ensemble de cinq maisons. Chacune a une terrasse avec une belle table à l’ombre d’un auvent et une petite piscine bleue isolée par des ganivelles avec un salon de jardin confortable : canapé et fauteuils rembourrés. Un gros buisson de bougainvillées, une suspension de surfinias assorti égaient l’ensemble. Derrière un petit muret en galets : des buissons, hortensias, géraniums. Les arbres : chênes et arbousiers ont été élagués pour dégager la piscine.

 

A l’intérieur du gîte : une belle pièce à vivre : bloc cuisine moderne, séparé du salon par un genre de bar et des sièges hauts. Télévision é grand écran plat. Wifi : le code est à scanner sur un QR code. Deux chambres, une belle salle de bain. Tout est parfait. Notre hôte nous apporte une imposante rallonge enroulée pour recharger commodément la voiture.

La surprise c’est la « piscine olympique » juste derrière le gîte coule une rivière très large dans laquelle nous serions seuls à pouvoir nous baigner. mais l’accès est un peu acrobatique une main courante permet de s’assurer.

Nous serons bien !

Sauf qu’avant de dormir je vais vérifier la recharge électrique de la FIAT. Et bien non ! Un message d’erreur s’affiche « vérifier le chargement ! ». Qu’est-ce qui bogue ? pas la prise (je teste avec le chargeur du téléphone. Peut-être la rallonge (25 m sur enrouleur) . je teste une autre prise. Coup de chance : le câble de la voiture est assez long en passant par la fenêtre. Cela charge !

Créteil, Bientôt un téléphérique! Promenade estivale au Lac

TOURISTE DANS MA VILLE

Pointe du Lac : Le métro et la gare du Câble

Une liaison par téléphérique est prévue entre Créteil et Villeneuve-Saint-Georges s’arrêtant à Valenton pour 2025. Le câble va enjamber les voies de chemin de fer, la 4 voies N406, nous verrons la station d’épuration avec les gros yeux de JR…Depuis quelques mois nous avons guetté l’installation des pylônes. Cette semaine les câbles ont été tirés. 

Pointe du Lac : câble

J’attends impatience la mise en route !

Passerelle Tégéval

Depuis ma visite à Saint Denis mon intérêt pour les passerelles :s’est renouvelé.  Celle qui relie la Base de Loisir du Lac de Créteil en portant la Végétale (piste cyclable et piétonne de 20 km) appelée auparavant Tégéval au dessus le la N406 est particulièrement élégante. 

Au lieu de faire mon Tour de Lac près de l’eau, je pars sur les buttes de remblai explorer les nouveaux quartiers vers la Pointe du Lac avec la Faculté des Sports, la Maison du Handball

les cyclistes de ferraille

Les cyclistes de ferraille, souvenir d’un passage ancien du Tour de France suivent la piste cyclable près d’un rond-point planté d’oliviers. Changement climatique oblige, des oliviers à Créteil! Au fond se profile un bâtiment que je ne connais pas.

Centre Martin Luther King

Centre Martin Luther King

Une hôtesse m’interpelle quand je rentre : elle m’explique que cet espace est dédié à l’évènementiel. On peut y louer des salles pour une fête, un mariage, mais tous les dimanche une communauté protestante y célèbre le culte. pourtant l’hôtesse insiste : ce n’est pas un temple. Au dernier étage, il y a un restaurant et un beau roof-top. 

A la Pointe du Lac, près du Stade Duvauchelle, on prépare le passage de la Flamme Olympique dimanche prochain, et une fan-zone pour ceux qui n’auront pas la chance d’avoir des billets pour les jeux…

Le Canal

Il fait maintenant très chaud, 30°C, je rentre au bord de l’eau par la Promenade François Mitterrand et le canal.

lac de Créteil

Pour terminer le long du Lac de Créteil . La Croisette est à l’ombre, la Préfecture (bâtiment doré), les Choux, se reflètent dans le miroir de l’eau. On devine le Palais de Justice trapézoïdal plus loin à gauche. 

Chien Blanc – Romain Gary

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C’est assez terrible, d’aimer les bêtes. Lorsque vous voyez dans un chien un être humain, vous ne pouvez
pas vous empêcher de voir un chien dans l’homme et de l’aimer. Et vous n’arrivez jamais à accéder à la
misanthropie,

Chien Blanc est paru en 1970, mais une nouvelle adaptation au cinéma par Anaïs Barbeau-Lavalette vient de sortir. Je l’ai chroniqué sur mon blog Toiles nomades ICI

Delphine Horvilleur a fait ressurgir la personnalité de Gary dans son livre récent Il n’y a pas d’Ajar ICI

J’ai donc téléchargé le texte du roman . C’est un véritable coup de cœur!

1968, Romain Gary vit à Los Angeles avec Jean Seberg, leur fils et leurs animaux. Ils recueillent un chien errant. Très calme et affectueux, le chien se métamorphose en féroce monstre quand se présentent le facteur noir, un ouvrier ou des familiers noirs. C’est un Chien Blancun chien  dressé pour attaquer les noirs. Au lieu de s’en débarrasser Romain Gary va le « guérir » . Il le confie à un dresseur, Keys qui doit l’éduquer et lui faire oublier son éducation raciste.   

qu’est-ce qu’il veut prouver, avec ce chien ? Qu’on peut guérir la haine ? Que c’est seulement le résultat d’un dressage, que ça se soigne ? Bon, mais alors pourquoi ne se soigne-t-il pas lui-même, Keys ? »

Keys, le dresseur est noir, il appartient même aux militants extrémistes : les musulmans noirs. 

4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné. Les luttes antiségrégationnistes s’exaspèrent. Jean Seberg est très active dans les luttes anti-racistes . Romain Gary entretient des relations d’amitié avec des militants noirs mais il observe un certain retrait décalé les rapports de Jean Seberg avec les activistes. Chien Blanc est un témoignage de ces luttes.

Une minorité de Noirs essaie de libérer les Blancs de l’esclavage, et ce n’est pas facile de faire sauter des
étaux qui encerclent les cerveaux depuis deux siècles. De deux choses l’une : ou bien les Noirs réussissent,
et l’Amérique changera, ou bien ils ratent, et l’Amérique changera aussi. Vous ne pouvez pas perdre.

Gary rentre écrire à Paris et se trouve pris dans la tourmente de Mai 68 qu’il raconte avec ironie, toujours en décalage. Provocateur, il va au Quartier Latin et affronte successivement les policiers, puis les étudiants. 

« Il faudrait pouvoir créer un monde nouveau. Je m’y mets immédiatement : je passe tout l’après-midi à écrire. »

En plus du témoignage historique, ces écrits résonnent encore actuellement dans les révoltes des banlieues de 2023

« J’appelle donc « société de provocation » une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle
dispose et qu’elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l’exhibitionnisme du train de vie, par la
sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu’elle donne aux masses intérieures
ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les
besoins les plus élémentaires.
[…] Ces gens-là ne pillent pas : ils obéissent. Ils réagissent au diktat du déferlement publicitaire, de la
sommation à acquérir et à consommer, »

Et qu’aurait écrit Gary à propos des occupations des universités américaines mobilisées pour Gaza? Mobilisations qui ressemblent aux protestations contre la guerre au Viet-Nam d’alors. Sur la culpabilité des partisans des luttes décoloniales, une analogie quand les metteurs en scènes hollywoodiens, juifs d’Europe de l’Est s’assimilent aux esclavagistes du Sud au XIXème siècle et que Gary, tout aussi Juif de l’Est, remet à leur place.

« Il existe aujourd’hui une nouvelle casuistique qui vous dispense, à cause du Biafra, à cause du Viêt-nam, à
cause de la misère du tiers monde, à cause de tout, d’aider un aveugle à traverser la rue. »

mais aussi:

Tous les déferlements démographiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, me sont odieux. Je suis un
minoritaire-né.

Ecrivain, minoritaire, observateur, humaniste, Gary a encore des choses à nous dire!

Chemin du Patrimoine de Monacia d’Aullène

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J’ai trouvé le dépliant du Chemin du Patrimoine de Monacia d’Aullene à la Maison du site . Visorando propose aussi cette randonnée facile (mais dans un autre sens). 2heures selon le dépliant, 1h30 selon Visorando. Dénivelé raisonnable (40 m – 110 m) mais on monte et descend tout le temps. Fléché avec des flèches de ferraille puis balisage jaune.

Il y a un très grand parking en terre battue au centre du village (poubelles).

Le sentier part d’un square équipé de trois bancs à l’ombre. Prendre en face la rue devant la boucherie.

Je demande mon chemin au Tabac-café-épicerie. Une dame se propose de me conduire. Sa maison se trouve juste à la sortie du village sur le parcours, là où le sentier descend dans la campagne. Elle me montre une ruine dans le maquis ; Il faudra passer par là, ensuite on trouve les orii (rochers avec des taffoni utilisés par les bergers, abris-sous roche)

« il faudra crapahuter, cela monte beaucoup » dit-elle.

– « j’ai mon bâton ! »

Effectivement sans le bâton ce serait difficile. Le sentier descend tout raide vers le ruisseau qu’il longe. C’est une fraîche promenade malgré la chaleur annoncée. Une passerelle enjambe le ruisseau. Le chemin est encadré par deux murettes de pierres sèches. C’est un ancien chemin rural. La colline, actuellement couverte de maquis, arbousiers, pistachiers, bruyères arborescentes et genévriers était autrefois cultivée. Les terrasses ont disparu mais les chemins restent praticables.

La montée est bien escarpée avec de gros blocs en guise de marches. En haut, au choix, à gauche suite du circuit, à droite orii avec deux flèches signifiant un aller/retour. Comme ce sont les orii qui m’intéressent je prends à droite. Je ne les trouve pas, peut être suis-je passée à côté sans les voir. Je persiste, le sentier redescend à un ruisseau avec un gué aménagé : une digue de pierre. Je consulte Visorando, le point bleu (ma position) se trouve bien sur le circuit. Le balisage jaune confirme. Donc je continue sans avoir vu les orii. En revanche je vois le moulin ruiné. Le chemin remonte au village. J’ai bien marché 4 km mais seulement 1h15 et j’ai raté les orii. C’est quand même une belle promenade.

Pendant ce temps, Dominique, installée sur la placette s’est régalée avec une saynète de la vie villageoise : un déménagement. Tous les hommes valides sont venus prêter la main tandis que les vieux et les vieilles commentent. Quand j’arrive Dominique regrette d’abandonner son théâtre rural.

Nous retournons déjeuner à La Tonnara, ma plage préférée. Avant le déjeuner un aller-retour à la ange jusqu’à la bouée jaune au bout de la plage. Déjeuner moules et une « assiette de fruits de mer », en fait une coupe en bois d’olivier remplie de glaçons. Et sur la glace, des bulots, des gambas, et un tataki de thon cru. Impressionnant ! Sauf que la glace fond et goutte sur mes genoux.

Sites mégalithiques du Plateau de Cauria – Plage à Tizzano

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Alignement de Stantari

 

Itinéraire vers Cauria

Avant d’arriver à Sartène quitter la route principale T40 pour la D21 à gauche, puis la D48 et la D48A. la D48 est une petite route tranquille qui passe par des bois de très beaux chênes. La taille des arbres et leur vigueur est étonnante si on les compare aux petits arbres/arbustes du maquis.

Un parking ombragé est prévu face à la piste qui mène aux sites mégalithiques. Le chemin est bien entretenu, même sablé, des plans sont affichés. Aucun risque de se perdre. J’avais des souvenirs de galères à la recherche de menhirs et de nuraghe en Sardaigne. C’est donc par un très bon chemin et une petite marche que je découvre les alignements de Stantari dans la belle lumière du matin et les chants des oiseaux. Cette promenade bucolique seera interrompue par l’arrivée de 6 quads au vacarme de bulldozers. Arrêtés, c’est pire encore, les teutons parlent plus fort que leurs engins.

Alignement de Stantari

L’endroit est impressionnant, deux rangées de menhirs et de stèles armées regardent vers le soleil du matin. Ils ont fière allure. Leur décoration s’est estompée avec le temps et la patine. J’ai bien en mémoire les statues-menhir du Musée de Sartène, je reconnais al tête, les épaules, mais n’identifie ni les armes ni les visages.

Statue -menhir Cauria

Notes recopiées sur place :

L’alignement fut visité par Prosper Mérimée en 1839. De 1964 à 1968 Grosjean restitue l’alignement en deux files  de 11 menhirs, parallèles orientée N/S

Le site comporte plus d’une centaine de monolithes et fragments.

Les petites stèles ont été datées Néolithique moyen (4500-4100avJC)

Un monument fut édifié au Bronze moyen puis un deuxième au Bronze final. A cette éposque le plateau de Cauria était densément peuplé et fortifié.

 

Non loin de là, sous un bosquet de chênes, se trouve l’alignement de Rinaghju

alignement de Rinaghju

Les menhirs ne sont pas en rang d’oignon mais plutôt regroupés

 

Notes recopiées sur place

1840 Mérimée ; 1964-68 Grosjean ; 1975 jean Liégeois redresse et replante les menhirs.

170 monolithes.

Les archéologues distinguent ici aussi trois phases

5700av JC des agriculteurs-pasteurs s’installent au bord d’une source (pas de monolithes)

4500-4300av<JC 60 petits menhirs en 2 files + un grand menhir

Fin Néolithique/âge de Bronze : à côté du premier monument érection d’un second de 70 grands menhirs en 4 files.

 

Dolmen de Funtanaccia

Dolmen de Funtanaccia

C’est une sépulture collective naguère qualifiée  « A stazzona di u diavulu » formée de 6 dalles.

 

Plage à Tizzano

Plage Arinella di Tizzà

Par la D48, nous rejoignons la station balnéaire de Tizzano au bout de la route : villas et petites résidences sur la colline. Des graffiti en Corse « halte à la spéculation », en effet, l’immobilier balnéaire s’étend. Une grue en action indique que ce n’est pas fini. Les restaurants s’alignent au bout de la route au bord de l’eau. Sympathique, mais nous avons le pique-nique prêt dans la glacière. Nous nous aventurons sur une piste à l’autre extrémité du village et découvrons la belle plage Arinella di Tizzà accessible en voiture. Sable rose plutôt grossier, encadrée de rochers orange. Eau turquoise transparente. Le vent souffle faiblement la risée n’est pas gênante pour nager de belles traversées. Sur le sable quelques estivants : un couple sous un parasol (en tout 4 ou 5 parasols sur toute la plage) des familles allemandes avec des enfants en bas-âge blondinets qui construisent des alignements en bois flotté. Cela change des châteaux de sable impossibles à construire avec ce gros sable.

Après deux belles baignades nous rentrons pour profiter des senteurs du tilleul fleuri qui embaument la terrasse.

Les Mille et unes vies de Théodore Roi de Corse – Jean-Claude Rogliano

LIRE POUR LA CORSE

Un roman historique parfait pour accompagner nos vacances en Corse!

« Sans nul doute, Théodore était l’aventurier qu’on qui  disait. Il n’en était pas moins roi. Élu par le peuple, il
l’était plus encore que par la soi-disant volonté divine. En instaurant la liberté de conscience, en donnant
naissance à une monarchie constitutionnelle, en établissant la séparation des pouvoirs, de tous les
souverains qui régnaient en Europe, aussi éphémère fût-il, il avait été le plus éclairé. »

La carrière du baron Théodore de Neuhoff commence à Versailles à la Cour de Louis XIV en 1710 comme page de la Princesse Palatine qui le charge d’écouter et de lui rapporter tous les ragots . Théodore a quinze ans, il est vif, doué d’une excellente mémoire et de l’usage de 5 langues  C’est ainsi que débute sa carrière d’espion. Comme la vie de cour est ennuyeuse pour un jeune homme, il traine à Paris dans les tripots mal famés et devient un joueur de cartes professionnel.  

En plus des intrigues des courtisans, il rencontre des diplomates, et même entend parler de la Corse, possession ligure. Les Génois y construisent des ponts, des tours contre les pirates, font plante châtaigniers, vigne et oliviers et ne récoltent que du ressentiment des natifs..

« -Il faut dire, finit-il par répondre que des amendes sont infligés  s’ils ne le font pas

-des amandes à la place des châtaignes! C’est toujours pour ces drôles une façon de récolter les fruits de leur mauvais vouloir! « 

Au lieu d’apprécier le calembour, Théodore analyse  les raisons de la mauvaise volonté des insulaires et saisit l’importance stratégique de l’île.

La finesse de sa répartie attire l’attention d’un homme qui lui fait une offre auprès du Premier ministre du roi Charles XII de Suède. De page, Théodore devient émissaire …De la cour de Suède à Madrid, ministres et souverains font appel à cet agent secret.

Homme de paille, diplomate ou espion, aussi énigmatique que parusse ses fonctions auprès des grands serviteurs des Etats de l’Europe, qui côtoyât suscitait dans son entourage un intérêt plus grand que la défiance qu’il inspirait. Il vivait toujours au dessus de ses moyens…

Dépensier, joueur, sans scrupule,  escroc, il voit la chance tourner, et se retrouve poursuivi pour dettes (ou pire).

La rencontre avec le père Giulianu sur la route de Rome, sera décisive. Des connaissances en alchimie lui font gagner la confiance du religieux qui cherche la formule pour la transmutation du plomb en or

Pour ce que nous savons de la lutte qu’il mène, il semblerait plutôt que l’étape finale de sa quête serait de
transmuer l’or… en plomb.

Transmuer l’or en plomb, répéta-t-il, et accessoirement… en poudre?

(pour les résistants corses en rébellion contre Gènes. Grâce à ses renseignements glanés autrefois dans la diplomatie Théodore gagne la confiance des Corses exilés à Livourne.

Cette tractation ne lui rapporta cependant pas autant que celle qui lui avait été proposée pour le compte de
Charles VI. Il s’agissait de recueillir les renseignements les plus nombreux et les plus précis possible sur
cette île de Corse dont il avait déjà entendu parler des troubles qui la secouaient. Ces informations auraient
été adressées à Vienne afin de donner au prince de Wurtemberg les éléments les plus objectifs lui
permettant de conclure le traité qu’il proposerait aux belligérants.

Coup de poker, dans la guerre contre Gènes, il propose d’unifier les différents chefs sous son autorité et se fait élire Roi de Corse après avoir marchandé de l’aide militaire chez les Turcs et les Anglais qui convoitent la position stratégique de l’île ainsi que ses richesses…

à la tête de ce petit peuple avide de liberté, de justice et de démocratie, le monarque de carnaval que
s’attendaient à voir régner les souverains des pays d’Europe se révélait être un vrai Roi.

Dans la guerre que mènent les Corses contre Gènes et les mercenaires, Théodore se comporte en véritable chef de guerre, il se fait apprécier des Corses, surtout des paysans qui l’honorent de leur hospitalité.

Les  armes et les munitions qu’il attendait de ses alliés anglais n’arrivent pas. La résistance corse faiblit et il ne reste plus pour le Roi éphémère que d’aller quémander du renfort. D’abord bien accueilli dans les salons londoniens il mourra dans la misère, toujours attaché à son royaume…

Si la personnalité de Théodore de Neuhoff, fait un héros attachant et passionnant, l’intérêt majeur du livre de Rogliano est le récit des guerres que les Corses ont mené contre l’oppression Génoise. Non seulement, ils étaient écrasés par l’impôt, humiliés mais surtout ils étaient privés de moyen de défense contre les razzias que les Turcs menaient dans les villages. Les Génois avaient construit des tours à feu pour prévenir les villageois des incursions barbaresques mais ils leur interdisaient de posséder des armes à feu. Les Génois opéraient des perquisitions dans les domiciles des villageois et la possession d’une arquebuse ou d’un fusil pouvait entraîner son propriétaire aux galères. Gènes, puissance essentiellement financière et non militaire avait recours aux mercenaires et louait des soldats pour se battre contre les Corses. La bataille contre les soldats Allemands à Calenzana contre lesquels des ruchers ont été lancés est restée dans les mémoires… D’autres anecdotes sont très instructives.

Enfin : la Constitution Corse  a suscité l’admiration des Philosophes de Lumières fut inspirée par les idées de progrès : 

que les notions de tolérance, de liberté, d’égalité, mettront à se frayer parmi les fanatismes, les peurs, les
absolutismes d’une civilisation fossilisée. En donnant droit de cité à ceux qui apporteraient leurs
différences, le pays qui n’exclurait
aucune manière de croire, de penser, de créer, d’être, ou de rêver, tendrait vers le bonheur d’une ère
nouvelle.

Parce que celui qu’ensemble nous bâtirions serait un royaume neuf, non seulement il serait le premier à
bénéficier de l’application de ces idées de progrès, mais nous en disperserions la semence aux quatre coins
de l’Europe.

ces Corses indisciplinés, teigneux, querelleurs, vindicatifs, jaloux, qui l’avaient élaborée dans le tumulte,
ne savaient pas qu’ils venaient de jeter les bases de la première Constitution démocratique d’Europe.

me demande quelle peut être cette grâce qui fait qu’un peuple comme le vôtre, démuni de tout et qui subit
une oppression aussi tyrannique, ait des idées si nouvelles!

Une leçon d’histoire et un roman de cape et d’épée passionnant!