Tallinn : Kumu

 

Kumu


L’averse m’a tirée du lit ; la pluie en voyage me rend idiote. Au lieu de chercher un musée , je traîne, si bien que la cave bavaroise du petit déjeuner est bondée. Le porte monnaie de l’argent est introuvable. Nous regardons la pluie tomber.

Kumu

L’appellation comique en français ne nous étonne même pas ; les Estoniens utilisent la voyelle U très fréquemment ! Ku pour Kunst Mu pour Museum.

Le Kumu est un musée très récent ressemblant un peu à l’institut du Monde Arabe. Architecture intéressante mais pas que…

Nous éliminons d’emblée le 5ème étage avec les créations électroniques et trouvons au 4ème une exposition temporaire : Alone in the City avec deux peintres des années 70-80 Ludmilla Siim et Jüri Palm, sous-titrée dialogue avec l’espace urbain.

La perception de Jüri Palm est généralement sombre, violente. Les titres Sanatorium, Gang sont explicites. Les thèmes : la maladie, la violence, la mort. Les couleurs dominantes : le bleu électrique, le noir et parfois le rouge. L’environnement est essentiellement urbain. Les chiens sont déchaînés, les loups derrière les barreaux.

L’approche de Ludmilla Siim est différente, beaucoup plus colorée mais toujours violente, onirique, étrange comme di Chirico. Il y a de nombreuses correspondances avec le peintre italien : présence de ruines antiques, de statues incongrues, trains et gares. Un des tableaux nommé « On the margin of the city » est une curieuse nature morte avec un quartier de jambon, des fruits au premier plan, et à l’arrière-plan un immeuble-barre, une cheminée d’usine et les flèches d’une église d’autrefois. Étrange diptyque dans une gare où un effet cinétique se produit lorsque l’observateur se déplace devant le tableau.

Les collections permanentes peinture estonienne 1945-1990 ont pour titre Difficult choices. En 1944, les artistes sont sommés d’accepter les canons du Réalisme soviétique exaltant le monde industriel. Une certaine monumentalité se traduit par des personnages à l’échelle humaine. Un tableau du port de Tallinn me rappelle les docks italiens exposés à Ravenne dans l’exposition « L’Italia se desta ». Henn Rood, déporté en 1949 réhabilité en 1956 a peint des tableaux qui me plaisent bien. Ces tableaux colorés, un peu cubistes ressemblent à un kaléidoscope : une foule à la mer, une manifestation… . Tous les mouvements picturaux sont abordés avec plus ou moins de bonheur : surréalisme, Pop’art, Hyperréalisme..

Au 3ème étage sont présentées les collections estoniennes du 18ème siècle à 1945, extrêmement variées Du 18ème siècle, on voit surtout les portraits des barons et baronnes compassés, ancien régime, qui auraient pu être les Nobles de n’importe quelle région d’Europe. En revanche les bourgeois souvent vêtus de noir, guindés, austères, me font penser au film Le Ruban blanc. Mon tableau préféré est Cour rococo au château de Poltsama de Gottlieb Welte et Barisien.

19ème siècle : les paysannes estoniennes de Carl von Thimoleon sont bucoliques mais presque « folkloriques » avant l’heure ;


Début du 20ème siècle : sur de nombreux tableaux colorés on voit des affinités avec les Impressionnistes, les Fauves, influence de Munch aussi. Konrad Mägi a retenu mon attention. Il a peint par petites touches colorées Un paysage norvégien 1910, Méditation 1915, Paysage avec pierre1913.

Une exposition confronte deux artistes belges Ensor que j’aime beaucoup et Jules de Bruycker que je ne connaissais pas. Si nous n’étions pas déjà gavées de peinture j’aurais beaucoup apprécié, mais je ne suis plus d’humeur et les gravures présentées sont très petites.

Arrivée à Tallinn

leds remparts de Tallinn

L’autoroute de Tallinn n’est pas une vraie autoroute, plutôt 2x2voies,  chaussées séparées  sans grillage ni échangeurs.  Les faubourgs de Tallinn n’ont rien de séduisant. Une rocade traverse des quartiers interminables de tours toutes semblables de style soviétique. Vers le centre apparaît un urbanisme contemporain verre et béton et une curiosité locale : des briques très sombres pourpres avec un décor de triangles et carrés en relief comme au point de croix.

Hôtel St Barbara

Notre hôtel Santa Barbara est en belle pierre de taille. L’édifice est carré et massif, haut de 4 étage. L’entrée est plutôt sombre. Ici non plus, on ne fait pas d’effort de décoration superflue, sobriété et efficacité. Accueil agréable et efficace. A l’arrière de l’hôtel, un parking, un ascenseur. Et surtout la vieille ville est à deux pas.

Notre chambre est très vaste. Épaisse moquette verte et surtout, luxe, des rideaux opaques.  Dans les hôtels précédents, un store blanc laissait passer la lumière du soleil dès 4h du matin. Mobilier classique des hôtels internationaux bois foncé, appliques et lampe de bureau façon étain brossé. Bon goût.

première promenade dans le Centre

10 minutes à pied (650m dit le GPS) pour rejoindre la Place de l’Hôtel de Ville. Un souterrain permet de traverser un large boulevard parcouru par des tramways et débouche sur une esplanade moderne – résultat des bombardements du 9 mars 1944. Des jeunes y font du skate. Un très grand panneau lumineux donne, entres autres, la météo et la température. De l’autre côté le monument aux combattants de la Liberté est composé d’une grande croix de verre. La première impression qui vient au visiteur est une ville moderne qui se veut branchée, un peu comme Tartu. Un pianiste au milieu de la vaste esplanade joue Angelina et de la musique d’aéroport sur un piano à queue largement électrifié. La rue qui rejoint la place de l’Hôtel de Ville n’est pas séduisante non plus, bordée de restaurants installés derrière des baies vitrées.

La Place de l’Hôtel de Ville tranche sur la médiocrité architecturale. Les maisons de marchands colorées avec leurs pignons pointus, l’hôtel de ville et son beffroi forment un bel ensemble. Impossible de s’asseoir sans jouer les mendiants assis sur les marches. Impossible d’acheter une bouteille d’eau non plus. Les rues environnantes sont un véritable restaurant à ciel ouvert. La rue Dunkri est encombrée de tables et de bancs fleuris de capucines et sonorisés, les serveurs habillés  « à la bavaroise » lederhose et  hautes chaussettes en prime. Cette ambiance de kermesse germanique m’incommode un peu. Le charme des rues médiévales est remplacé par une sorte de Disney-ville à l’allemande Dès que je m’éloigne de la Place la frénésie restauratoire se calme et les rues sont moins encombrées.

Rue Pikk presque tous les bâtiments sont intéressants. La Grande Guilde,  la Maison des Têtes Noires,  ne ressemblent pas du tout à celles de Riga. Au bout de la rue Pikk, je trouve les remparts et je décide de faire un  tour des remparts.

Au pied des remparts se tient une exposition de jardins. Les plantes ne sont pas particulièrement recherchées mais les compositions sont très sophistiquées.  Utilisant des objets prosaïques ou décoratifs, ou les graviers ratissés des jardins japonais, les pierres isolées ce sont des jardins très intellectuels où une page entière analyse les intentions du paysagiste.  

Presqu’île de Rüske, Vinistu et manoir de Kolga

l'art moderne fait revivre le port abandonné

Locksa et tour de la presqu’île de Rüske, Vinistu

La route faisant le tour de la presqu’île de Rüske n’offre que de rares échappées sur la Baltique côté ouest. De nombreuses installations de l’armée soviétique hérissent le rivage, bunkers, bâtiments, digues. Nous piqueniquons assise sur de gros rochers de granite sans nous attarder, des bouffées pestilentielles nous chassent.

L’autre côte de la presqu’île, Vinistu, est plus construit, avec de jolies maisons de bois. Sur le port il règne une atmosphère étrange de bout du monde : un port sans bateaux, une jetée en ruine, des plaques de ciment dispersées, des usines désertées. L’art moderne et contemporain fait revivre de vieux entrepôts et un restaurant chic a sorti tables et chaises en tek. Jan Manetski ; un industriel expose ses collections. L’accrochage est un peu étrange et mériterait plus d’ordre et de logique. Certaines peintures sont intéressantes d’autres, moins.

Prenant une photo des rochers ronds éparpillés près de la plage et des herbes drues sur les bords de l’eau, je sens le vent qui se lève et les vagues gonfler la surface si lisse de la Baltique. Traversant la forêt de pins, de grosses gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise. Un éclair déchire le ciel noir.

Kolga

manoir de Kolga

Quand nous arrivons au manoir de Kolga il pleut à verse. Le bâtiment lépreux a un air sinistre. Le fronton triangulaire est retenu par de lourdes colonnes Une épicerie de village se tient dans une aile. Des flèches indiquent l’hôtel et le musée. La pluie n’engage pas à la visite. Un écriteau raconte que ce manoir appartient depuis le 17ème siècle à la même famille suédoise. Les barons suédois vivaient ils dans le même décor que leurs homologues allemands ?

Palmse visite du manoir

Petit déjeuner très allemand « Guten Morgen ! ». Il  paraît évident à tous dans la salle à manger que nous sommes en Allemagne. Comme le reste de l’hôtel, la salle à manger est fonctionnelle mais sans recherche, un peu « cantine ». En revanche, il y a trois sortes de poissons : sprats à la tomate, thon en miettes et rollmops. Je me régale de rollmops.

En attendant l’heure de visite du château nous faisons un tour dans le magnifique parc.

Comme Saggadi et Vihalu, Palmse a une longue histoire. Le premier document écrit attestant de son existence est de 1287 sous la tutelle ecclésiastique. De 1677 à 1923 il est resté aux moins de la même famille von Pahlen.

Le mobilier n’est, bien sûr, pas celui qui avait appartenu aux von Pahlen mais il a été acheté en Estonie et typique des manoirs baltiques. Poêles magnifiques et cheminées sont authentiques. Comme à Saggadi, les appartements du Baron et de la Baronne sont séparés.la boîte à musique du salon de Madame fabriquée à la fin du 19ème siècle à saint Petersbourg a la taille d’une armoire et les cylindres mesurent bien 40cm. On la remonte avec une manivelle et une musique tonitruante retentit en grinçant. Dans le salon gris, les meubles Biedermeyer en bois rare sont très beaux. La plupart des tableaux sont de mauvaises reproductions des portraits des habitants de ces lieux, on sent ainsi leur présence. Les personnages les plus fameux sont Carl Magnus von Pahlen (1779-1863) qui fut général du Tsar et son fils Alexander (1819-1895) qui créa le chemin de fer Tallinn-Saint Petersbourg en 1870. Etrange mélange entre cette noblesse allemande de longue date au service du Tsar. Nous l’avions également deviné en Roumanie dans les villages saxons. Difficile d’appréhender cette histoire quand on vient d’un état centralisé depuis Louis XI. Tout paraît allemand mais c’est vers Saint Petersbourg que se tournent les relations économiques.

 

cuisine du manoir


Nous poursuivons la visite à la cave où les cuisines originales sont préservées : une grande cheminée au centre du bâtiment et vers la fenêtre une autre ressemble à un grill. Le fumoir tout à fait confortable avec des tapis et des canapés est attenant à une vaste « salle des chasseurs » communiquant avec la cave à vin.

Fin de la visite dans les serres qui permettaient d’avoir de la laitue, des pois, des légumes frais. Le raisin y est déjà mûr. Aujourd’hui elles contiennent une collection de plantes exotiques.

Illumae

La chapelle est en travaux, elle est bien grande pour mériter le nom de chapelle. Un écomusée est installé à l’arrière d’une ferme avec un bric à brac de charrues, mobylette, de bidons de la Wehrmacht.

Palmse – le manoir et la plage de Vosu

 

plage de Vosu

Plutôt que d’ aller directement à Palmse, nous allons faire un tour à la mer à Vosu – station balnéaire crée par le baron de von Pahlen – le maître de Palmse – en 1880 pour la bonne société de saint Petersbourg. Les maisons de bois sont cachées dans la forêt de pins. La circulation automobile a été canalisée dans une seule rue et dans de vastes parkings. La plage est encore sauvage. On a seulement construit un chemin de planches, une cabine pour se changer- rudimentaire- et aménagé des WC dans de charmantes cabanes de bois. Pas de parasols sur les bords de la Baltique. On n’y craint pas le soleil. Peu de sièges de plage. A l’abri du vent, les jeunes jouent au volley. On fait trempette avec l’eau qui arrive aux mollets. La côte est tellement plate qu’il faudrait aller loin pour nager. Un panneau donne la température de l’eau et de l’air : 19°-21°C le matin 24°-21° en ce moment. Le sable est blanc et fin. Une végétation aquatique pousse jusque dans la mer (j’avais oublié qu’elle est peu salée). On a tondu, labouré au bord de l’eau si bien qu’une bande d’une dizaine de mètre ressemble plus à un champ qu’à une plage. C’est propre mais pas très agréable sous les pieds nus. Certains endroits sont boueux. Le meilleur emplacement se trouve sur les petites îles entourées de bâches peu profondes. On y a étalé des couvertures et les enfants font des châteaux de sable.

Notre hôtel dans la distillerie du manoir de Palmse

La distillerie du manoir a été transformée en hôtel. C’est une grande bâtisse blanche de trois étages aux toits en pente avec des fenêtres en chiens assis et surplombé par une haute cheminée d’usine. Un escalier de pin clair mène au premier étage à un salon meublé de larges canapés et d’une bibliothèque, face à la salle à manger.

Norte chambre est au second. Les fenêtres s’ouvrent sur un petit étang vert de lentilles d’eau. Elle est légèrement mansardée. Des murs blancs, de la frisette au parquet et plafond, des meubles en pin, belle armoire table de chevet. Tout est simple, de bon goût sans chichis. La pièce de belles dimensions, la petite entrée qui isole du couloir et la belle salle de bain signent le trois étoiles mais dans la sobriété.

la distillerie

Le parc du château

Le château jaune est construit devant un étang. Commencé en 1695, terminé en 1720, bâtiment carré précédé d’un escalier embrassant un perron arrondi souligné de balustres blancs. Deux terrasses symétriques sont fleuries de petits buissons roses qui dessinent des arabesques tandis que des delphiniums dressent leurs hampes fleuries. Une rangée de petits tilleuls taillés en boule délimitent les côté et précèdent un beau mur de pierres blanches où sont incorporés de gros galets. A l’arrière du mur : les dépendances, longues remises pour les carrosses et écuries, magasins divers. Dans une grande serre, une palmeraie. Nous nous installons un moment sur le bord de l’étang. Je dessine la gloriette et la distillerie.

Nous n’osons pas piqueniquer dans une telle splendeur et reprenons la route par de hautes pinèdes où le soleil éclaire le sol entre les fûts ou des bois de bouleaux et sapins plus touffus.

Pique nique sur la presqu’île de Rüske

blocs erratiques presqu'île de Rüske

La presqu’île de Rüske est très pittoresque. Le littoral est découpé en face de la côte plate de Vosu. Coin piquenique idéal : deux grands tables et des bancs à l’intérieur d’une barque. Des rochers ronds émergent : blocs erratiques laissés par les glaciations.

Lumière spéciale du nord rappelant les couleurs de l’Ecosse ou du Canada. Un mirador militaire surplombe la mer. Les petites maisons de bois sont toutes différentes. Certaines sont peintes et très fleuries. Une petite cabane est toute doublée du bois de chauffe soigneusement empilé jusqu’au toit ménageant seulement une ouverture pour la fenêtre.

23 heures nous descendons le store : il fait encore jour !

Deux manoirs estoniens : Vihula et Sagadi

manoir de Vihula

Manoir de Vihula

Le manoir de Vihula a été transformé en château-hôtel.

Une noce est venue pour un banquet : cortège de voitures, un car de touristes, des voiturettes électriques de golf sont arrêtées devant le perron du manoir qui a été repeint en jaune d’or tout neuf. Ce manoir, censé être le plus romantique (Guide Vert) est bien trop animé pour être charmant. Toutes les annexes, la buanderie, le grenier sont converties en chambres. Les écuries et les remises à carrosses en spa, jacuzzi et salle de fitness ultramodernes.
Le moulin à eau se visite sur trois niveaux : au rez de chaussée ; la turbine « francis » actionnée par le ruisseau, au dessus les meules et les entonnoirs de bois carrés à l’étage un plancher pour mettre le grain et le verser par une trappe au dessus des entonnoirs. Il y a également une boutique de souvenir, objets de luxe, bijoux de verre, robes en tissage local très simples mais très chic (90€)ainsi qu’un livre de cuisine illustré de photos magnifiques que l’on achèterait volontiers même si les recettes sont en estonien.

L’histoire du manoir est  contée :

on connait les  propriétaires depuis 1402,  tous germano-baltes jusqu’en 1912.

Vihula était un petit manoir : au 13ème siècle, il employait seulement 5 laboureurs, en 1586, 8 et 12 en 1771. Ses revenus provenaient de l’élevage sa  production était vendue à Saint Petersbourg. On cultivait la pomme de terre.Il y avait également une distillerie: l’année 1817-1818, 227 tonneaux de vodka furent expédiés en Russie. Des tisserands travaillaient.15 bateaux de pêche et un four à ciment complètent l’activité économique du manoir.

 

Sagadi

manoir de sagadi

Le manoir de Sagadi est beaucoup plus grand que celui de Vihula. On passe sous un porche dans un jardin à la française. Il y a également un hôtel  dans les communs.

Le manoir  est un musée ;  on y donne également des concerts.

De chaque côté  du vestibule installé pour un concert se trouvent les appartements de la maîtresse de maison avec son boudoir, la grande salle destinée aux enfants, une salle de réception. Dans l’aile symétrique, les appartements du Maître de maison. Symétrie parfaite. A la salle des enfants correspond le bureau-bibliothèque où était administré le domaine avec une carte d’exploitation forestière. Il y avait également une salle de billard à l’étage et même une salle de réunion. Au grenier on a entreposé de nombreux meubles et même un piano à queue.

On nous confie un « livre » relié en cuir avec un plan et des explications sur la vie du château que nous pouvons visiter à notre guise et laisser courir notre imagination.

Nous apprenons  que les invités étaient nombreux, ils égayaient la vie retirée. Jusqu’au 19ème siècle, point de salle à manger. Le repas de chacun était livré sur un plateau recouvert d’une cloche métallique. On raconte aussi que l’étang derrière le château fut un cadeau d’anniversaire d’un châtelain à son épouse. Le maître des lieux convoqua tous ses paysans et leur demandant d’envelopper les sabots des chevaux de manière à ne pas réveiller son épouse. Et en une nuit, l’étang fut creusé !

Dernière anecdote : « le bonnet de nuit ». Mari et femme vivaient côte à côte, chacun dans ses appartements. Si le mari voulait partager le lit de sa femme, il jetait son bonnet de nuit sur le lit. Celle-ci était libre de le garder en signe d’acceptation ou de le lancer pour signifier son refus ;

Aux murs quelques tableaux représentent des paysans estoniens ou les portraits des propriétaires.

Après avoir fait le tour de l’étang à l’ombre d’arbres magnifiques, nous découvrons les bâtiments annexes. Une serre contient une vigne, une passiflore et des plantes tropicales. Plus loin on aperçoit un grand verger très soigné.

Les communs sont des bâtiments bas qui bordent le jardin. Installé dans l’un d’eux, le Musée de la Forêt est remarquable. On a choisi de présenter chaque essence, sorbier, saule, chêne sapin… avec un tronc portant l’écorce, un autre coupé de biais dont on a poli le bois pour montrer le grain, la texture, la couleur. A l’arrière plan, une grande photo de l’arbre en été et une plus petite l’hiver. A chaque arbre est associée la faune petite et grande, parasites, insectes oiseaux. Des explications fournies rendent compte de l’usage du bois : construction, chauffage ou ébénisterie. Il faudrait une bonne demi-journée pour tout lire, tout étudié.Je regrette de ne faire que passer sans prendre de notes. Cette approche écologique est pédagogique. On a même prévu des questionnaires et des crayons pour les enfants et les visiteurs studieux.

De Tartu au parc de Lahema


On se croirait revenu au printemps : les champs de colza jaune fluo ravivent le ciel gris et bas. Géraniums bleus font des plaques colorées ainsi que les épilobes roses sur les bords du chemin. Dès que le soleil apparaît, l’envie est trop forte de faire des photos de cette explosion végétale. On arrêt la voiture entre deux champs de colza et on photographie en rafale. Du colza, quoi de plus banal ? Colza avec chardons au premier plan, colza et coquelicots, colza et campanules…. Ces immenses prairies fleuries. Parfois le foin est stocké dans de grandes roues blanches protégées par une housse plastique. Mais où sont donc les vaches ?

Des barres HLM délabrées et grisâtres sont incongrues dans ce paysage verdoyant. Non loin des étables et des poulaillers dans le même état de décrépitude. Un ancien kolkhoze ? On double des groupes de cyclistes. C’est dimanche, certains portent des tenues de cyclistes, d’autres sont suspendu des seaux au guidon pour récolter des baies de bois. Un train passez à petite vitesse traînant des dizaines de wagons-citernes russes.

Rakevere

Rakevere est un joli bourg cerné de pavillons. Au centre-ville les rues sont bordées de maisons 17ème ou 18ème ressemblant à celles de Tartu, façades classiques colorées. Soudain surgit un château-fort 14ème -16ème bâti tout d’abord par les Danois, puis passé aux Allemands, aux suédois et aux Polonais et détruit pendant la guerre Suédo-Polonaise de 1602-1603. Après Hadjala, les champs sont ponctués de blocs erratiques. Le GPS  nous annonce à Vihula « vous êtes arrivés » devant une …étable.

Tartu : musée estonien et rapide promenade en ville sous la pluie

Tartu : maison de boisL’hôtel Alexandri

L’hôtel Alexandri a belle allure avec sa grosse tour ronde de briques complétée par un étage de bois en forme de tonneau.

Les bâtiments de briques  et la large cour font penser à une ancienne usine (idée toute personnelle sans aucune preuve). Les chambres sont fonctionnelles sans aucune recherche décorative,  meubles de pin, salle d’eau minuscule. Deux accessoires nous ravissent  le ventilateur de plafond avec de longues pales et la vieille télévision qui a des sorties vidéo permettant de visionner nos photos. Paradoxe des hôtels baltes : il y fait une chaleur exigeant un ventilateur alors que la température extérieure n’est que de 23 ° à 25°C. La clientèle est jeune et bruyante.

Musée National Estonien

la mariée arrive en traineau

Scènes de la vie quotidienne estonienne  : atelier du bois – occupation hivernale des paysans-,  forge, pêche au phoque.

On y raconte un mariage, costumes et coutumes:  la mariée arrive en traineau coiffée de fourrures, portant des moufles avec la couverture offerte par sa belle-mère qui lui confie les clés. La mariée est ensuite vêtue de sa tenue de cérémonie avec une coiffe blanche, son tablier lui servira à serrer les cadeaux. Attablés, parents et amis, devant des chopes de bière en bois. Le musée en possède toute une collection, des bocks de bois gravé avec une infinité de motifs, la poignée et le couvercle en bouleau, le récipient en merisier en forme de seau. Les costumes traditionnels estoniens sont très variés, occasion de souligner la diversité des origines : Russes, Vieux Croyants au Lac Peipous, Suédois sur les côtes baltiques…

Maryke m’avait parlé de la diversité des dialectes en Estonie. En 1950, lors de l’incendie de forêt qui a détruit la moitié de Suhka, certaines personnes avaient brûlé dans leur maison faute d’avoir compris les alertes d’évacuation à temps. Depuis, le feu est une préoccupation quotidienne et son mari Vale est pompier ;

Dans des tiroirs, sont rangés des broderies, des gants et des bonnets aux couleurs vives et aux motifs géométriques variés. J’ai vu plus tard dans l’église Saint Jean une autre collection de mitaines tricotées soulignant l’importance de des travaux d’aiguilles. Les jeunes estoniennes actuelles savent-elles encore tricoter ?

Maisons de bois

De somptueuses demeures méritent la photo : portes et fenêtres en véritable dentelle de bois. 1906 inscrit sur une maison. Alors qu’à Riga on élevait des immeubles Art Nouveau, à Tartu on découpait le bois, il y a toutefois une certaine parenté dans les motifs.

Traversant un parc au relief escarpé, très vert avec de beaux arbres, la Cathédrale fortifiée des Chevaliers Porte-Glaives  surgit au sommet de sa colline. La façade massive de brique est bien conservée. La nef est ruinée, il reste de belles arcades gothiques. Le chœur a été reconstruit postérieurement.

Les guides nous avaient prévenues : garer la voiture est un problème. Ceci est vrai en semaine mais pas le week -end, c’est gratuit et vide. Sous le ciel très gris et quelques gouttes de pluie, Tartu est tranquille, trop tranquille. Les étudiants de l’immense université sont en vacances sans doute.

Place de l'Hôtel de Ville de Tartu

La belle place de l’Hôtel de ville est vide. Le couple  de bronze qui s’embrasse sous un parapluie est solitaire. Les façades pastel forment un ensemble harmonieux mais il manque un rayon de soleil. La longue rue Rüütli est bordée de petits musées, des Sports, de la Poste ou du Jouet qui ne me disent rien L’église Saint Jean se distingue des église de briques que nous avons vues à Riga par une foule de personnages ou de têtes de terre cuite alignées (2000 selon le Guide Vert) . La célèbre université est un bâtiment massif avec un fronton à colonnes classiques plutôt ennuyeux. Quand au célèbre Pont de Pierre offert par Catherine II, détruit par des bombardements,  attend une restauration, c’est aujourd’hui une passerelle de ciment bien décevante.

Le triste temps nous a fait bâcler la visite de Tartu. Difficile de s’enthousiasmer deux fois dans la journée. Nous sommes pressées de voir nos photos sur l’écran de télévision et d’opérer le tri nécessaire.

Vastseliina : château épiscopal à la frontière de la Russie

Il est prévu dans notre circuit de grimper au « sommet de l’Estonie », le Suur Munamagi, environ 300m d’altitude, la tour d’observation (avec ascenseur) n’ouvre qu’à 10heures.

châéteau de Vaastiliina

En attendant, Maryke nous propose une autre visite : le château de Vastsellina dont elle nous montre des photos et mime la légende : une femme aveugle aurait vu une croix qui brûlait en haut du château.

Le GPS nous indique une distance de 40km au lieu des 15km par la piste. Il faut ruser et faire passer l’itinéraire par de petits villages dont le mari de Maryke nous a fait la liste.

Le GPS nous promène sur des chemins de terre parmi les prairies odorantes. Les fermes sont cachées dans le creux des collines. Le château de Vaatseliina dresse encore de belles murailles, une tour a été équipée d’un escalier de bois. Une autre assez ruinée porte un nid de cigogne ? D’une dernière, il ne reste plus que l’axe de l’escalier en colimaçon où de gros galets de granite s’enroulent parmi les briques. Il est trop tôt mais les site est ouvert. Je monte à la tour précédée par un petit oiseau très coquin au plumage fauve et au bec pointu. Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov dépasser des forêts. Un écriteau prévient « attention aux abeilles ! » qui ont installé une ruche dans une cavité de la muraille. Je lirai cet après midi au Musée National Estonien de Tartu l’importance du miel dans l’économie estonienne. Les paysans exploitaient les ruches sauvages et un impôt était acquitté au Seigneur sous forme de miel. L’Eglise également en avait besoin pour les cierges.

Vastseliina : château épiscopal

Une ceinture de forteresses fut construite dès le début du 13ème siècle, aux frontières de la Livonie mais aussi à l’intérieur du pays. En 1340 la situation avec la Russie s’est détériorée. On construisit en 1342 le château de Vastseliina Les communications avec la Russie et Pskov passaient là.

Une lettre de l’Archevêque de Riga au pape Innocent VI de 1354 dans le registre des doléances en Avignon décrit un miracle arrivé à Vastseliina : en septembre 1353, de la musique se fit entendre au château vide et deux cierges brûlaient avec une lumière surnaturelle. La Croix, détachée du mur,  flottait  au dessus de l’autel. Elle y était encore en janvier 1354. Vastseliina fut appelé le Château de la Vierge.

L’Archevêque de Livonie demandait une remise des pêchés pour les visiteurs de Vastseliina. Le pape Eugène renouvela les indulgences au 15ème et au 16ème. Les guerres épargnèrent le château qui fut assiégé sans succès en 1463, mais se rendit aux Russes en 1558, passa aux mains des Polonais en 1582 puis des Suédois en 1625.

Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov. La forêt russe ressemble bien à la forêt estonienne.

Un petit musée tout neuf n‘a guère d’objets authentiques à présenter. Des panneaux  racontent la vie au château et les échanges commerciaux. Après la visite de Turaïda et de Césis, celui-ci soutient mal la comparaison.

La Livonie(carte de 1573) comprenait l’Estonie actuelle et la Courlande. Les relations avec la Russie étaient complexes. En 1501-1502, la Russie demande un tribu à l’Evêque de Tartu, un impôt sur les paysans et sur les ruches. Tartu appartenait alors à la Hanse sur la route de Novgorod.

Vers Tartu

Confiante dans les injonctions de Catherine-GPS, nous nous promenons dans la campagne. Parfois nous désobéissons, elle ne se vexe pas. Nous arrivons à l’arrière d’une menuiserie artisanale, les ateliers sont ouverts mais déserts sur la pelouse des statues de bois plutôt fantastiques. Nous poursuivons sur un chemin de terre. Une rocade contourne Vöru. Nous ne verrons pas la ville construite par Catherine II ni le musée du Grand Poète estonien. Dans la campagne le colza est éblouissant. Dire qu’en France les fleurs étaient déjà flétries fin Avril ! Le blé (ou le seigle) commence à dorer. La route Vöru-Tartu est excellente, on a même le droit de rouler à 100km/h !

Un détour par un petit lac pour pique-niquer nous arrivons à Tartu en début d’après midi.

Estonie : le gîte de Suhka

le gîte de Suhka (Hanjja)

Le gîte de Suhka est à Hanjja.

Il suffirait d’interroger les habitants pour  le trouver. – croyais-je –

Le GPS sera plus efficace. Quand je programme Sukha il me suggère Hanjja confirmant qu’il s’agit bien du même lieu et prévient que la route n’est pas revêtue. « Voulez-vous continuer ? » Et comment ! On se retrouve sur un chemin de terre « tournez à gauche ! » s’obstine Catherine- GPS. Nous sommes en plein champ! un vieux monsieur nous confirme qu’on peut rouler sur l’herbe. Nous retrouvons une belle piste. Quelques temps plus tard une dame nous appelle : nous sommes arrivées!

les cigognes de Suhka

La maison a des fondations de pierre, gros moellons arrondis comme des galets entourés de petites pierres. Le reste est en bois. Juste en face, sur un poteau, un nid de cigognes et trois cigogneaux prêts à prendre leur envol.

Les chambres sont à l’étage. La nôtre est revêtue de frisette, ensemble bleu et blanc sur les boiseries de pin. Il y a également un salon  avec cheminée-poêle-banquette, table et télévision.

Au rez de chaussée, le restaurant est très bien décoré : bouteilles, flacons et bougies bleues aux fenêtres, suspendus aux murs de vieux cors, clairons et ustensiles divers…

Nous demandons à manger dehors. Pas de problème puisque nous sommes les seules clientes ?
Notre hôtesse nous apporte d’abord une large cruche de verre, contenant de l’eau avec des tranches de citron.  Puis une très grande assiette de poterie bleue de la taille d’un plat à tarte 8 personnes avec une tranche de rôti de porc froid, des pommes vapeurs, de la sauce crème aigre et aneth, des champignons conservés dans le vinaigre, deux petites pommes de la taille d’une mirabelle, tomate et concombre en tranches, poivron et oignon. Pour dessert, deux boules de glace à la vanille et plein de fraises des bois.

dîner au gîte

Petit déjeuner somptueux : toasts au fromage fondu, saucisson, ciboule tomate, épaisses crêtes, coulis de framboises, porridge (semoule). Le thé est délicieux. En ouvrant la théière je découvre des feuilles fraîches et des fleurs jaunes.

–           « Qu’avez vous mis dans le thé ? »,  Maryke  répond qu’elle cueille les fleurs au hasard.

Le « smoke-sauna » est au fond du pré. Un puits à balancier fournit l’eau. Dans la salle, des affaires de toilettes assez banales.