LECTURE COMMUNE Pour rendre hommage à Maryse Condé qui nous a quitté récemment, je propose une lecture commune de son œuvre. récapitulation le 23 mai, chacun.e peut choisir de lire un ou plusieurs livre.
Dans cet ouvrage, Maryse Condé nous raconte son enfance à Pointe-à-Pitre . De sa naissance, en temps de carnaval :
« Quand les premiers coups de gwoka firent trembler les piliers du ciel;, comme si elle n’attendait que ce signal-là, ma mère perdit les eaux »
jusqu’à son départ pour la classe d’hypokhâgne à Paris et ses études à la Sorbonne.
Comment devient-on écrivaine? Ce récit d’apprentissage ne répond pas vraiment à cette question.
Dernière née d’une fratrie de 8, Maryse grandit dans une famille de fonctionnaires, sa mère est institutrice
« Dans notre milieu, toutes les mères travaillaient, et c’était leur grande fierté. Elles étaient pour la plupart
institutrices et ressentaient le plus vif mépris pour les tâches manuelles »
Son père, âgé est un ancien fonctionnaire. Ses parents font partie d’une certaine élite privilégiée. Ils font régulièrement le voyage en Métropole où ils se sentent parfaitement intégrés. Maryse est bonne élève à l’école bien fréquentée. On ne la laisse pas rencontrer les enfants de classe sociale inférieure. Elle parle le « Français de France », et non pas le créole. Deux incidents lui font prendre conscience de la « Lutte de classe » (comme est intitulé le troisième chapitre) quand elle se trouve persécutée par un petit garçon inconnu, qui veut venger sa bonne, injustement renvoyée. L’autre incident concerne une petite blondinette au nom aristocratique de Anne-Marie de Surville, rencontrée au jardin public, qui, sous prétexte de jeux va la battre :
« je ne veux plus que tu me donnes des coups. Elle ricana et m’allongea une vicieuse bourrade au creux de
l’estomac : — Je dois te donner des coups parce que tu es une négresse. »
Santino, son grand frère, rebelle lui déclare que leurs parents sont « aliénés ».
Cette notion d’aliénation est au centre des réflexions de Maryse
« Une personne aliénée est une personne qui cherche à être ce qu’elle ne peut pas être parce qu’elle n’aime pas être ce qu’elle est. À deux heures du matin, au moment de prendre sommeil, je me fis le serment confus de ne jamais devenir une aliénée. »
« Mes parents étaient-ils des aliénés ? Sûr et certain, ils n’éprouvaient aucun orgueil de leur héritage africain. Ils l’ignoraient. »
« Comme ma mère, il (son père) était convaincu que seule, la culture occidentale vaut la peine d’exister et il se montrait reconnaissant envers la France qui leur avait permis de l’obtenir. »
Ce n’est que beaucoup plus tard, étudiante à Paris, qu’elle cherche à connaître les écrivains antillais sous l’instigation d’un professeur communiste, Joseph Zobel et Aimé Césaire
« Aux yeux de ce professeur communiste, aux yeux de la classe tout entière, les vraies Antilles, c’étaient celles
que j’étais coupable de ne pas connaître. Je commençai par me révolter en pensant que l’identité est comme un
vêtement qu’il faut enfiler bon gré, mal gré, qu’il vous siée ou non. Puis, je cédai à la pression et enfilai la
défroque qui m’était offerte. »
En conclusion de cette expérience:
« J’étais « peau noire, masque blanc » et c’est pour moi que Frantz Fanon allait écrire. »
La bonne élève ne fera pas les brillantes études à Fénelon ni même à la Sorbonne, elle rencontrera des étudiants haïtiens et africains et se consacrera plutôt au militantisme politique.
Elle est pourtant très jeune consciente de sa capacité à toucher avec ses écrits : un texte écrit pour sa mère, lu le jour de son anniversaire, la touche tellement _ pourtant femmes forte – jusqu’aux larmes. Elle regrettera de l’avoir fait pleurer mais mesurera le pouvoir des mots. Premier exercice de l’écrivaine?
J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait connaître l’auteure, bien différente de ce que j’avais imaginé à la lecture de Traversée de la mangrove ou Moi, Tituba sorcière qui mettaient en scène des esclaves ou descendants d’esclaves dans un monde de contes et de sorcellerie.
Nous avons déjà visité le Musée de la Toile de Jouy il y a quelques années et j’avais tant apprécié cette visite que nous avons emmené une amie pour son anniversaire. Je me me souvenais de l’aspect historique et de l’illustration de l’Histoire de France sur les motifs dessinés. Ces dernier ne se bornent pas à être de fades pastorales pour chambres d’enfant roses ou bleus mais sont beaucoup plus élaborés, colorés et variés que cette version populaire.
Oberkampf par Boilly
Depuis cette dernière visite les collections ont été réorganisées en privilégiant l’Histoire de la Manufacture CLIC(1760 -1843) par Christophe Philippe Oberkampf. héritier de teinturiers germanique, il a appris à travailler en Suisse et trouve à Jouy le lieu idéal avec les eaux de la Bièvre, du foncier disponible et la proximité de Versailles. En 1686 un édit interdit l’importation des indiennes, toiles colorées venant d’Orient par les caravanes d’abord, puis par voie maritime. la prohibition n’empêche pas la mode et les indiennes arrivent en contrebande d’Allemagne et d’Angleterre.
En 1759 la liberté d’imprimer les tissus est rétablie.
Manufacture de Jouy peinte par la fille d’Oberkampf
Les tissus furent imprimés d’abord à l’aide de plaques de cuivres gravées puis dès 1793 avec des cylindres.
En 1793 , on enlève l’adjectif « royale » à la manufacture
Fête de la Fédération
En 1803 la Manufacture de Jouy était la 3ème entreprise française après les Charbons d’Anzin et Saint Gobain.
En 1805, 1318 employés y travaillaient, 3 dessinateurs, 5 graveurs sur cuivre, 2740 graveurs sur bois. 47% du personnel étaient des femmes. 72 gamins épingleurs étaient embauchés à 8 ans.
Empire : décor des monuments d’Egypte
En 1806, Oberkampf reçu la Légion d’Honneur des mains de Napoléon 1er.
Pastorale : offrande à l’amour
Les dessins de Jean-Baptiste Huet étaient très sophistiquées. On parlait de meubles à personnages
Oberkampfmeut en 1815, lègue l’entreprise à son fils mais la manufacture ferme en 1843 et elle démantelée. En 1870, l’Ecole des Beaux Arts organise une véritable Renaissance, Oberkampf est panthéonisé par la III République symbolisant les valeurs du Travail.
Lesétapes de la Fabrication sont détaillées dans le couloir :
1 Blanchissage: La toile brute est d’abord blanchie au chlore
2. Battage: les toiles sont trempées dans la Bièvre puis frappées avec des fléaux.
3. Le séchage : les bandes de tissus séchaient étalées dans les prés, ou sont accrochées au rebord des toitures
4. Grillage : afin de brûler le duvet et d’obtenir un tissu lisse
5. Lavage
6. Engallage : bain de noix de galles
7. Sèchageà l’étuve et rinçage
8. Calandrage les bandes de tissu passaient entre des rouleaux pour être bien lisses
8; Mordançage: impression des traits de contour
9. Garançage ou Gaudage : la toile est passée dans un bain de garance ou de gaude qui agissent comme révélateur sur les mordants pour faire apparaître les couleurs
10 bousage : la toile est passé dans un bain de bouses de vache pour éliminer l’excès d’épaississants. puis dans un second bain de bouse pour aviver les couleurs
11 pinceautage: les retouches sont ajoutées à la main par les pinceauteuses qui fabriquent leur pinceau avec des mèches de leurs cheveux..
Ces termes techniques précis me ravissent.
L’appartement Oberkampf
On peut visiter l’appartement des Oberkampf utilisant bien sûr les tissus imprimés!
La Toile de Jouy fut utilisée au XXème siècle. Christian Dior en fit la promotion dans la décoration de son magasin de New York . La toile de Jouy symbolisant la France pour les Américains, donnant une touche exotique remarquable.
timorous Beasties : Toile des Alpes
Enfin, l’Exposition Toiles Tales de Timourous Beasties(Exposition temporaire du 9 février jusqu’au 19 mai 2024) donne un regard très contemporain dans l’impression de papiers peints ou de tissus, rideaux, tentures, objets dérivés. Timourous Beasties est un studio de design écossais fondé à Glasgow en 1990 par Paul Simmons et Alistair Mc Auley.
Timourous Beasties Toile de New York
la toile de New Yorkest subversive avec le mur vertical qui sépare (avec le symbole du Dollar le deux populations avec la poubelle des repus.
j’ai aussi aimé la Toiles de Londres, curieuse celle de Nike, motifs de golf, motifs fantastiques. De la Toile de Jouy bien loin des pastorales roses!
En plus de visite du Musée de la Toile de Jouy on peut visiter la Maison de Léon Blum. Un sentier de randonnée d’environ 2 km relie les deux musées dans la forêt (mais c’est très escarpé) . On peut aussi longer la Bièvres.
Et pour déjeuner, je vous recommande Le Robin des Bois juste en face de la Gare, service très sympathique, cuisine simple mais bien servie.
Albert Londres est peut être le plus célèbre des journalistes. Journaliste d’investigation, il entreprend des reportages au long court. Le Juif errant est arrivé est composé de 27 chapitres correspondant à un long voyage à travers l’Europe, de Londres jusqu’en Palestine. Courts chapitres très vivants, amusants, au plus proche du sujet traité. 95 ans, reste-t-il d’actualité?
« pour le tour des Juifs, et j’allais d’abord tirer mon chapeau à Whitechapel. Je verrais Prague, Mukacevo, Oradea Mare, Kichinev, Cernauti, Lemberg, Cracovie, Varsovie, Vilno, Lodz, l’Égypte et la Palestine, le passé et l’avenir, allant des Carpathes au mont des Oliviers, de la Vistule au lac de Tibériade, des rabbins sorciers au maire de Tel-Aviv
La première étape : Londres où arrivent les Juifs de l’Est, émigrants ou « rabbi se rendant à LOndres recueillir des haloukah(aumônes)
pourquoi commencer le reportage à Londres? Parce que, voici 11 ans l’Angleterre s’est engagée par la Déclaration Balfour :
: « Juifs, l’Angleterre, touchée par votre détresse,
soucieuse de ne pas laisser une autre grande nation s’établir sur l’un des côtés du canal de Suez, a décidé de vous envoyer en Palestine, en une terre qui, grâce à vous, lui reviendra. »
A Londres, le journaliste rencontre toutes sortes de Juifs, dans l’East End, les Juifs fuyant les persécutions d’Europe Orientale, des rabbins, des sionistes, des Juifs qui ont réussi, se sont enrichis, ont déménagé dans l’Ouest.. Londres remarque le portrait de Théodore Herzl en bonne place. Sont-ils sionistes?
Théodore Herzl, journaliste à Paris, écrivain à succès. quand éclata en 1894 l’Affaire Dreyfus
Le cri de « Mort aux Juifs ! » fut un éclair sur son âme. Il bloqua son train. « Moi aussi, se dit-il, je suis Juif. »
Il fit un livre « L’Etat Juif »puis partit en croisade, se précipita chez les banquiers juifs, puis lança l’appel d’un Congrès Universel mais fut dénoncé par les rabbins comme faux Messie. Il gagna Constantinople pour obtenir la cession de la Palestine par le sultan, puis il s’adressa à Guillaume II à Berlin, puis en Russie tandis que Chamberlain lui fit une proposition africaine.
Cependant :
» Était-ce bien le pays d’Abraham ? Je pose cette question parce qu’elle est de la
plus brillante actualité. Depuis la conférence de San-Remo, en 1920 (après Jésus-Christ), où le conseil suprême des alliés donna mandat à l’Angleterre de créer un « foyer national juif » en Palestine, les Arabes ne cessent de crier à l’imposture. Ils nient que la Palestine soit le berceau des Juifs. »
Londres n’oublie pas les Arabes.
Après ces préambules, le voyage continue à l’Est : Prague,
« Prague, sous la neige, est une si jolie dame ! J’y venais saluer le cimetière juif et la synagogue. Ils représentent, en Europe, les plus vieux témoins de la vie d’Israël. À l’entrée des pays de ghettos, ils sont les deux grandes bornes de la voie messianique d’Occident. Ce n’est pas un cimetière, mais une levée en masse de dalles funéraires, une bousculade de pierres et de tombeaux. On y voit les Juifs – je veux dire qu’on les devine – s’écrasant les pieds, s’étouffant, pour se faire, non plus une place au soleil, mais un trou sous terre. »
[…] « a le Christ du pont Charles-IV aussi. C’est le troisième témoin de l’ancienne vie juive de Prague. C’était en 1692. Un Juif qui traversait la Voltava cracha sur Jésus en croix. »
presque du tourisme?
pas vraiment parce que dans les Carpathes, il va rencontrer la misère noire, la peur des pogromes, la faim
« Abraham, sont-ce là tes enfants ? Et ce n’est que Mukacevo ! Que cachent les ravins et les crêtes des Carpathes ? Qui leur a indiqué le chemin de ce pays ? Quel ange de la nuit les a conduits ici ? La détresse ou la peur ? Les deux. Ils fuyaient de Moravie, de la Petite Pologne, de la Russie. Les uns dans l’ancien temps, les autres dans les nouveaux, chassés par la loi, la faim, le massacre. Quand on n’a pas de patrie et qu’un pays vous repousse, où va- t-on ? »
A partir de Prague, la lectrice du XXIème siècle va peiner avec la géographie, les frontières ont beaucoup dérivé depuis le Traité de Versailles. La Tchécoslovaquie, de Masaryk a donné des droits aux Juifs mais certaines communautés sont tellement pauvres et arriérées que seuls certains s’occidentalisent. La Pologne a institutionalisé l’antisémitisme.
Les trois millions et demi de Juifs paient quarante pour cent des impôts et pour un budget de plus de trois
milliards de zloty, un os de cent mille zloty seulement est jeté à Israël. Un Juif ne peut faire partie ni de
l’administration, ni de l’armée, ni de l’université. Comme le peuple est chassé des emplois, l’ouvrier de l’usine, l’intellectuel est éloigné des grades. Pourquoi cela ? Parce que le gouvernement polonais n’a plus de force dès qu’il s’agit de résoudre les questions juives, la haine héréditaire de la nation emportant tout. Les Juifs de Pologne sont revenus aux plus mauvaises heures de leur captivité. †
Les bolcheviks « protègent » leurs juifs après les pogromes effrayants de Petlioura en Ukraine.
Albert Londres visite partout, les taudis, les cours des rabbins miraculeux. Il se fait un ami colporteur qui l’introduira dans l’intimité des maisons où un journaliste ne serait pas admis. Dans le froid glacial leur périple est une véritable aventure. Les conditions dans lesquelles vivent les plus pauvres sont insoutenables. Seule solution : l’émigration . En Bucovine, (actuellement Ukraine) loin de toute mer, les agences de voyages maritimes prospèrent :
La misère a créé ici, ces Birou di Voïag. Les terres qui ne payent pas remplissent les bateaux.
Le clou, c’était que les Birou di Voïag ne chômaient pas. La foule, sous le froid, attendait à leurs portes comme les passionnés de Manon sur le trottoir de l’Opéra-Comique.
Et après toute cette misère, il rencontre un pionnier de Palestine, sioniste, décidé, revenu convaincre ses coreligionnaires
Qu’êtes-vous venu faire ici, monsieur Fisher ? — Je suis venu montrer ces choses aux jeunes. Israël a fait un miracle, un miracle qui se voit, qui se touche. Je suis une des voix du miracle. Il faudrait des Palestiniens dans tous les coins du monde où geignent les Juifs. Alter Fisher, le pionnier, n’était pas né en Bessarabie, mais en Ukraine. L’année 1919 il avait dix-huit ans.
cette époque j’étais un juif-volaille. Les poulets, les canards, on les laisse vivre autour des fermes. Puis, un beau jour, on les attrape, et, sans se cacher, on les saigne. Le sang répandu ne retombe sur personne. L’opération est légale. En Palestine on m’a d’abord appris à me tenir droit. Tiens-toi droit, Ben ! »
La solution? Pas pour les juifs orthodoxes. Avant de partir pour la Palestine, Londres fait un long détour par Varsovieoù il visitera « l’usine à rabbins » et la cour d’un rabbin miraculeux d’où il rapporte des récits pittoresques d’un monde qui va disparaître (mais Albert Londres ne le sait pas). Pittoresques, dépaysants, très noires descriptions mais les écrivains comme Isaac Bashevis Singer en donnent une vision plus humaine.
Le voyage de Londres continue en Palestine où il découvre la ville moderne Tel Aviv, l’enthousiasme des pionniers
On vit une magnifique chose : l’idéal prenant le pas sur l’intérêt. les Juifs, les Jeunes Juifs de Palestine faisaient au milieu des peuples, honneur à l’humanité.
Ils arrivaient le feu à l’âme. Dix mille, vingt mille, cinquante mille. Ils étaient la dernière illustration des grands mouvements d’idées à travers l’histoire….
Ce serait un conte de fées si le pays n’était pas peuplé d’Arabes réclamant aussi la construction d’un foyer
Admettons. Nous sommes sept cent mille ici, n’est-ce pas ? On peut dire, je crois, que nous formons un foyer national. Comme récompense, lord Balfour nous envoie les Juifs pour y former également un foyer national. Un foyer national dans un autre foyer national, c’est la guerre !
!… De nous traiter en indigènes !… Voyons ! le monde ignore-t-il qu’il y a sept cent mille Arabes ici ?… Si vous voulez faire ce que vous avez fait en Amérique, ne vous gênez pas, tuez-nous comme vous avez tué les Indiens et installez-vous !… Nous accusons l’Angleterre ! Nous accusons la France !…
Albert Londres pointe ici les guerres à venir. D’ailleurs les émeutes sanglantes ne tardent pas. En été 1929, les massacres se déroulent et préludent à toute une série qui n’est toujours pas close.
Et le Juif Errant?
Plaçons donc la question juive où elle est : en Pologne, en Russie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie. Là, erre le Juif errant.
Une nouvelle Terre Promise, non plus la vieille, toute grise, de Moïse, mais une Terre Promise moderne, en couleur, couleur de l’Union Jack ! Le Juif errant est tombé en arrêt. Qu’il était beau,
C’est donc une lecture vivante, agréable, presque amusante qui, dès 1929 anticipe la suite de l’histoire.
C’est un gros et lourd coffret contenant une grosse BD, comme un dossier. Noir et Blanc, graphisme hachuré pour les cases de BD où sont dessinés les personnages. Dossier de Presse également. 308 pages qui ne se tournent pas si vite qu’on pourrait l’imaginer tant l’information est riche et dense.
Dans la Fronde Séverine rend compte du procès
L’auteur a imaginé le retentissement médiatique de l‘Affaire Dreyfus selon les médias 2.0, d’où le titre sous forme de mot-dièse. Chaque document est présenté comme sur l’écran d’un ordinateur, boutons, fenêtres, ascenseurs mais aussi parfois, likes, commentaires et icones de réseaux sociaux….Et comme l’illusion n’était pas complète, une appli Delcourt Soleil est permet d' »augmenter la réalité » du livre en scannant certaines pages et en accédant aux éditions de la Presse de l’époque. Présentation originale, peut-être anachronique, quoique. En tout cas très vivante. On ne s’ennuie pas en lisant tous ces articles. Et ma lecture fut très longue parce que j’ai utilisé le smartphone avec l’appli Delcourt, mais aussi Wikipédia et même Encyclopédia Universalis.
J’ai donc rencontré de nombreux personnages, les protagonistes de l’Affaire, Le Capitaine Alfred Dreyfus qui n’apparait qu’à la fin, son frère Mathieudont on reprend les souvenirs (l’Affaire telle que je l’ai vécue), ses soutiens de la première heure Bernard Lazare, Scheurer-Kestner, puis le camp Dreyfusard s’étoffe avec l’intervention de Zola, Clémenceau, Jean Jaurès le soutien de plusieurs journaux, Le Figaro et l’Aurore, La Fronde avec Séverine... je ne peux pas les citer tous. Et bien sûr la Ligue des Droits de l’Homme
Caran d’Ache …surtout ne parlez pas de l’Affaire Dreyfus…ils en ont parlé
Le camp des Antidreyfusards est très fourni, très organisé. L’auteur leur donne la parole pour qu’on puisse imaginer la violence de l’Antisémitisme, les coups tordus, la mauvaise foi, la puissance de l’Armée, relents de Boulangisme, coup d’état raté mais tenté par Déroulède qui veut convaincre un général de rentrer à l’Elysée (on pense à Trump) . Fake news, la Presse ne recule devant aucune allégation fallacieuse. Attentat contre Labori. Faux et usages de faux jusqu’au bout. Et la morgue des militaires. Sans oublier les caricatures de Caran d’Ache
Pas question ici de revenir sur les épisodes d’une affaire qui a couru sur 5 ans , du 1er Procès de 1894 au procès de Rennes en 1899, mais dont la conclusion devra attendre 1906 (douze ans!) pour la réhabilitation de Dreyfus, et la réintégration de Picquart.
Moi qui croyais les BD réductrices, je me suis bien trompée! C’est un ouvrage de fond. A lire, relire, faire lire et conserver
26 rue Pasteur – Médan – de Paris environ 30 km par l’autoroute A13
Les visites sont guidées, il convient de réserver les billets sur Internet sur le site de la Maison d’Emile-Zola – Musée Dreyfus
Zola acheta sa maison en 1878 grâce aux gains de l’Assommoir, puis agrandit la maison avec deux tours Nana et Germinal
Salon de Zola, côté billard avec le vitrail au paon
A la mort de Zola en 1902, Alexandrine Zola a vendu les meubles, les vitraux et a offert la maison à l’Assistance Publique. En 1999, Pierre Bergé avec l’Association de la Maison-Zola a restauré la maison à l’identique sur le souhait de François Mitterrand. De la petite maison initiale, l’écrivain a meublé un château à son goût, collectionnant de nombreux objets parfois hétéroclites. Le conférencier nous fait remarquer que ce républicain avait multiplié les fleurs de lys, cet agnostique, les madones…
Salon côté musique et jardin
L’évocation de la vie sociale, des Soirées de Médan (Maupassant, Huysmans, Céard, Hennique, Paul Alexis) se fera autour de la table de la salle à manger. Chez les Zola, on mange beaucoup, on invite à déjeuner.
Salle à manger
On remarque les assiettes dans le buffet : ce sont des « produits dérivés » à l’image des personnages de l’Assommoir, vendues dans les librairies. Alexandrine en parfaite hôtesse surveille la préparation du repas mais y participe. La cuisine communique avec la salle à manger, ce qui ne se faisait pas dans les maisons bourgeoises.
cuisine
la salle de bains était aussi très commode et fonctionnelle, très grande aussi. L’écrivain recevait ses invités quand il était dans son bain. En revanche, pour ne pas être dérangé, il a refusé qu’on lui pose le téléphone.
le bureau de Zola
Zola était un gros travailleur. Sa devise « pas un jour sans une ligne » est inscrite en latin sur la cheminée. Il passait 4 heures chaque matin à son bureau. Derrière la balustrade, sa bibliothèque. Le guide nous montre un fauteuil avec les symboles du Rêve qu’il a écrit dans la lumière colorée de vitraux anciens (provenant d’une chapelle bretonne) Il se trouvait donc dans l’ambiance. Je n’ai pas beaucoup apprécié cet opus. Les vitraux ont été vendus « à un Américain » sans autres précision, et perdus. Le plus amusant est qu’ils ont été retrouvés très récemment. Le magnat de presse Hearst les avait achetés, emporté aux Etats Unis, et n’avait même pas déballé les caisses. Ils ont été retrouvés sur un compte Instagram très récemment et seront peut-être copié pour retrouver le décor initial.
La lingerie
La lingerie permet d’animer le souvenir d’Alexandrine, Madame Zola, qui était lingère avant d’épouser Zola. Une personnalité intéressante. Un mariage égalitaire (pour l’époque) et d’évoquer la maîtresse de Zola, lingère aussi, qui lui donna deux enfants.
Dans la dernière salle une exposition est dédiée au #J’accuse…!de Dytar
Dytar BD #j’accuse!…
que je viens de réserver à la Médiathèque : BD traitant de l’Affaire Dreyfus avec les techniques actuelles .
La visite était passionnante, mais elle s’est terminé à 12h30, heure de fermeture de la Maison Zola. Je n’ai pas pu visiter le Musée Dreyfus. Il nous faudra revenir.
Médan château
Le village de Médan mérite une visite. Le château(1494) a vu la visite de Ronsard , celle de Cézanne et de Maeterlinckqui en a été propriétaire. Pour le visiter en groupe, il convient de prendre rendez-vous, les individuels sont accueillis certains jours précisés sur le site du château ICI
Il y a même un accueil spécial ‘randonneurs » avec possibilité de suivre le GR1 et de s’arrêter dans le parc.
Une exposition de photos en face de la Mairie présente des clichés pris par Emile Zola et par Alexandrine. Un panneau montre les photos du chemin de fer. 232 trains par jour passaient à travers la propriété de Zola. Avec ses amis ils s’amusaient à compter les trains, les wagons et la documentation pour la Bête Humaine a pour origine ces passages. Une autre série de photos est consacrées aux habitants célèbres de Médan en plus de Ronsard, Maeterlinck et Zola, Geneviève Tabouis, Bruno Crémer Suzy Solidor et d’autres que je ne connais pas du tout ont habité Médan.
Nous avons pique-niqué sur les bords de Seine, les deux restaurants Aux Ecrivains et la Crêperie sont fermés. Le sentier de halage m’a conduit enfin à la Guinguette de l’île du Roi qui aurait pu faire l’affaire. Une jolie promenade.
Excellente pioche de la Masse Critique qui tombe à pic puisque nous retournerons en Bretagne au mois de Juillet et que nous aurons sûrement l’occasion de visiter les lieux du roman.
Ce roman policier se déroule à Douarnenezen mars 1902 . L’auteur, Gérard Lefondeur,recourt au procédé littéraire bien connu : dans une vielle boîte à gâteaux, il retrouve les manuscrits de Carnets secrets d‘Anatole Le Braz . L’écrivain, historien, folkloriste, aurait assisté le commissaire Dantec à résoudre une affaire difficile.L
Les équipages de deux barques de pêcheurs ont été retrouvés morts dans une macabre mise en scène près du rivage… Cette découverte funèbre suggère un rituel qui justifie l’assistance de Le Braz, expert en culture bretonne. Le Braz est ami de Conan Doyle. Par l’intermédiaire de ce dernier il rencontre Bram Stoker, l’auteur irlandais de Dracula. Nous nageons en plein surnaturel, dans une ambiance celte! Le Sang de Douarnenez est un polar très littéraire où un marin pêcheur cite Shakespeare. Le Braz cite aussi Renan, grand homme de Tréguier alors que Le Braz est de Port Blanc.
C’est aussi un polar très bretonnant avec la légende de la ville d’Ys, les Sirènes qui causent les naufrages, les malédictions…
Polar sociologique, sur un arrière-plan de crise sardinière. Douarnenez est le pays des sardinières, les Penn-Sardin. En 1901, les bancs de sardines qui faisaient la richesse de la ville vont à manquer. Pour approvisionner les conserveries, il faut appâter avec des œufs de poisson venant de Norvège. Les pêcheurs deviennent tributaires des conserveurs qui leur vendent l’appât et fixent les prix. La grand grève des sardinières n’aura lieu qu’en 1905, après le dénouement de l’intrigue mais l’auteur dénonce les conditions de travail des ouvrières. Evoque aussi leurs chansons (à propos plusieurs podcasts de Radio-France, passionnants!).
Polar historique. Déjà, les Romains, travaillaient la sardine pour faire du garum. Un épisode des Guerres de Religion avec un nobliau rebelle.
Ce gros livre de se dévore d’un seul trait. Instructif, addictif. Très réussi!
« Nous n’avons plus de nourriture depuis longtemps, aucune. Nous avons abattu le bétail et la volaille l’automne passé déjà, et aussi attrapé tous les chiens et les chats, les souris et les lézards. Ce que nous mangeons ? Toutes sortes de saletés : de l’herbe trouvée sous la neige, des branches écrasées et bouillies. Des branches de pin, des pommes de pin, de la mousse. Des glands écrasés, bouillis dans sept eaux. Les plus fous mangent même des cailloux, font des soupes de sable. Ils ont essayé de moudre du bois, mais n’ont pas pu le manger. »
Kazan 1921 -1922, la famine sévit dans la région de la Volga. Les autorités soviétiques chargent Déievde former un convoi pour évacuer 500 enfants dans la région de Samarcande où ils trouveront de meilleures conditions
On y rassemblait, de tous les coins proches et lointains de la Tatarie rouge, des enfants que leurs parents ne voulaient pas ou ne pouvaient pas nourrir ;
Déïev va réunir et aménager des wagons disparates : un wagon de luxe, une église roulante…une équipe formée d’une commissaire intransigeante Blanche, d’un infirmier Zoug, géant à l’âge de la retraite, de six nurses, un jeune cuisinier et un mécanicien. Ils devront conduire les 500 enfants sur près de 3000 km (2200 km à vol d’oiseau) à travers la campagne, la steppe et les déserts. Il faudra ravitailler le convoi aussi bien en nourriture qu’en combustible pour la locomotive. Une épidémie de choléra se déclare. Lutter aussi contre la vermine, le froid. Affronter des bandits dans des régions pas encore pacifiées.
C’est donc une épopée que Gouzel Iakhina va nous faire vivre. le lecteur sera happée dans les épisodes dramatiques de la recherche de nourriture que Déïev mène, les armes à la main. Il n’hésite pas à user de violence et de chantage auprès des autorités rappelant à ceux qui gardent les entrepôts de grain leurs crimes de guerre. Et par la même occasion, faire part au lecteur de la barbarie de la guerre et ses massacres. Elle oppose la culpabilité de tous et le pardon possible, la rédemption dans le sauvetage de 500 enfants. Ces derniers, enfants des rues ne sont pas innocents pour autant, eux aussi ont volé pour survivre, certains sont drogués, certains ont tant souffert qu’ils en sont devenus fous, ou mutiques.
Deïev était un homme simple qui aimait les choses simples. Il aimait quand on disait la vérité. Quand le soleil se levait. Quand un enfant inconnu souriait d’un sourire rassasié et insouciant. Quand les femmes chantaient, et les hommes aussi. Il aimait les vieux et les enfants : il aimait les gens. Il aimait se sentir appartenir à quelque chose de grand : l’armée, le pays, toute l’humanité. Il aimait poser la main sur le flanc d’une locomotive et sentir battre le cœur mécanique contre sa peau.
Si le personnage principal est donc le commandant du convoi, tout l’art de l’auteure est de donner épaisseur aux autres personnages adultes et enfants, et même au train qu’elle appelle « la guirlande » ou à la chienne qui sera la nourrice du bébé abandonné par sa mère sur le marchepied du train. Elle nomme les enfants par leurs surnoms qui racontent un peu de leur vie antérieure, de leurs origines ou de leurs particularités physiques.
C’est un récit haletant comme un thriller. Le lecteur se demande à chaque épisode comment Déïev trouvera nourriture, bois ou eau. Dans le désert les rails vont même se perdre….Et que trouveront-ils à Samarcande?
EN SUIVANT LE PERIPHERIQUE AVEC LE VOYAGE METROPOLITAIN
Porte d’Ivry
J’arrive à la Porte d’Ivry par le tramway T3 sur son gazon vert qui court sur les boulevards des Maréchaux, apaisés. Le Périphérique, objet de notre exploration est invisible.
Des Fortifs au Périf
Denis est notre conférencier pour le début de la matinée, spécialiste Ivry-Vitry. L’histoire commence avec les fortifications de Thiers qui ont coupé à travers le tissu urbain d’Ivry et isolé Ivry de Paris. Une référence : Des Fortifs au Périf de A. Lortie et J-L Cohen. Cette ceinture démantelée a donné un espace non constructible La Zone où se sont installées des cabanes, roulotes ….
Les usines Panhard-Levassor bordaient les » maréchaux » avec leurs bâtiments de briques. Le Rendez-vous est devant l’Ecole Emile Levassor construite en angle en face du boulevard Massena, à la pointe des usines Panhard.
En face, un bâtiment de brique occupé par les bureaux de la SNCF est une réhabilitation moderne des bâtiments Panhard.
Un stade, le siège de la fédération française de Tennis de table, des installations sportives isolent la ville du périphérique que nous ne voyons toujours pas.
« habiter une porte »
De l’autre côté du boulevard Massena, une ceinture de briques des logements sociaux (HBM)impriment une identité originale à ses habitants qui ne sont ni vraiment parisiens, ni banlieusards. Espace aménagé récemment ménageant des perspectives singulières place Yersin, avec la Tour Eiffel dans l’axe.
Souvenir des anciens chemins comme celui du Château des Rentiers que l’on retrouve de l’autre côté du périf dans le Petit Ivry. La place Jean Ferrat est bordée d’un côté d’une barre de logement impressionnante, on a dû déplacer l’ancien moulin qui a gardé ses ailes.
Petit Ivry pavillon
Des pavillons avec des jardins coexistent avec les constructions contemporaines.
Un hôtel, un parking, dominent la tranchée du périphérique. Le plaisir du Voyage Métropolitain est de prendre son temps à regarder ce que personne ne voit : le mur antibruit coloré bariolé, les petites maisons.
Nous descendons par des ruelles rappelant les traboules lyonnaises entre des jardins et des maisons tranquilles. Pour conforter les construction sur cette pente raide des vis en métal sont électrifiées pour empêcher la corrosion. Bizarre!
Juste en face de cette ruelle bucolique les deux cheminées de l’usine d’incinération d’Ivry et la grande tour du retraitement des ordures. Perspective assez dantesque.
Street Art
Domaine des graffeurs et du Street Art, la galerie Lavo//Matik et plus bas sous les escaliers nous découvrons un lieu qui leur est un peu réservé sous les bretelles d’une voie rapide reliant Paris à Ivry, autoroute fantôme où ne passe aucun véhicule qui coupe le passage vers la Seine.
Street At sous l’échangeur
il y a bien des chaises, transats et cabanes de bars éphémères, mais il est trop tôt, cela n’ouvre pas avant 11 heures. Nous nous trouvons à la base des Tours Duo de Jean Nouvel. Elles éclipsent un autre bâtiment « remarquable » primé celui de Perreault qu’il faut chercher pour le voir. De l’autre côté on peut voir le joli spectacle de la circulation automobile reflétée sur le mur oblique en une sorte de kaléidoscope. Effet optique étonnant qu’on ne remarque pas quand on roule sur le périf : soit on roule trop vite pour regarder en l’air, soit il y a un bouchon et alors le spectacle s’arrête!
les tours Nouvel
Le vent glacial rend la traversée de la Seine sur le Pont Nationalassez désagréable. Un gros point rouge sur le béton du périphérique signale le kilomètre zéro de ce dernier. Nous descendons et marchons le long du centre commercial Bercy 2, croisant au passage des Flex bus espagnols ou hongrois. Drôle d’endroit pour embarquer!
Une odeur alcoolisée nous signale qu’on marche le long des bâtiments de La Martiniquaise puis un passage discret nous conduit à une passerelle très haute et très longue qui enjambe les rails des trains de la gare de Bercy. Du haut de la passerelle nous découvrons les bouteilles….
De la passerelle de Bercy
Là où se trouvent les voies ferrées, il y avait autrefois un très beau château et un magnifique parc. Il n’en reste que deux jolis pavillons à Charenton
Nous nous dirigeons vers le Bois de Vincennes (qui appartient à la Ville de Paris) . Pour encore quelques jours, la Foire du Trôneoccupe la Pelouse de Reuilly. Pour entrer il faut se soumettre à la fouille, une file pour les femmes, une autre pour les hommes, on écarte les bras. Palpation et visite des sacs. C’est une plaisanterie parce que nous avons tous des couverts et opinels pour le pique-nique et qu’on nous laisse passer.
Foire du trône
A 11 heures, il n’y a encore personne, nous traversons sans voir les attractions en action. En revanche les odeurs de barbapapa et de frites nous titillent déjà. Pourquoi ai-je un pique-nique d’œufs durs dans mon sac?
Pique-nique tout à côté sur les bords du Lac Daumesnil. Nous repartons ensuite par la Porte Dorée . Arrêt devant la grande stèle de l’Exposition Coloniale : Monument à la Mission Marchand avec les noms des militaires coloniaux gravés sur une sorte de bouclier et un bas relief représentant des coloniaux aux attitudes avantageuses en compagnie de tirailleurs …L’existence de cette stèle pose problème. Elle est bien propre mais elle fait souvent l’objet de tags ou de jets de peinture. La discussion s’engage dans le groupe. Nous n’avons pas le temps de nous attarder à détailler la très belle façade du Musée de l’Immigration (autrefois musée des colonies) .
la Coulée verte et la Petite Ceinture
Nous entrons dans Paris par des rues tranquilles et des jardins. Nous accédons à la Petite Ceinturepar le square Charles Péguy. Les rails sont toujours en place. A la base du talus des jardins partagés élargissent le périmètre de verdure. Dans Paris, mais avec une impression de campagne. Malheureusement, la coulée verte est barrée au niveau d’un tunnel, c’est le RER A qui prend la suite des voies ferrées de l’autre côté du périphérique.
Nous continuons la promenade dans Saint Mandéavec un petit détour au Lac de Saint Mandé moins connu que le Lac Daumesnil.
Saint Louis de Vincennes
La promenade dans les rues cossues nous réserve une surprise : l‘Eglise Saint Louis de Vincennes des architectes Droz et Marrast qui remportèrent le concours en 1912, construction terminée en 1924
Le plan d’inspiration byzantine est centré en croix par des arcs de béton.
Eglise Saint Louis de Vincennes
Les murs extérieurs sont en meulière et en brique, le curieux campanile en brique. Le porche est abrité par un auvent semi-circulaire décoré
Porche . H Marret
A l’intérieur, les fresques sont l’œuvre de Maurice Denis et de Marret, les céramiques colorées de Maurice Dhomme.
De Vincennes nous arrivons à Montreuil, accueillis par la grosse barre rouge de la BNP, tout le quartier est BNP, sauf en rez de chaussée les concessionnaires automobile, Renault, Dacia mais aussi des modèles de luxe. Dimanche, ce quartier bancaire est particulièrement désert. Nous montons sur le toit d’une construction sportive et découvrons un curieux espace très graffité. Désert lui aussi. Des enfants jouent sur un terrain. De l’autre côté de la rue, un bloc symétrique : Bloc CGT face aux capitalistes !
Une statue syrienne en exil à Montreuil
Nous buttons alors sur une énorme tête d’homme sur un socle: celle du poète syrien aveugle Abu AlaAl Maari (973 – 1057) qui a dénoncé il y a plus de 1000 ans l’intégrisme religieux . Quand sas ville, Ma’arrat Al Numa’Man, s’est révoltée au printemps 2011, le régime syrien l’a bombardée. occupée par les djihadistes en 2013, la statue fut décapitée.
le sculpteur syrien Assem Al Basha l’a sculptée à nouveau en 2018 à Grenade.
« Elle est réfugiée à Montreuil jusqu’à ce qu’elle puisse retourner dans une Syrie libre de tout despotisme, extrémisme et occupation«
peut-on lire sur son socle.
Nous traversons les Puces de Montreuil,encore un souvenir de la Zone! A la Ville de Paris, le Bois de Vincennes, à sa banlieue, les rebuts des chiffonniers, les biffins, la récupération. Plus trop de « puces » et de vieilleries ou d’occasion, plutôt des fringues très bas de gamme.
Retraversée du périf : Paris nous accueille en fanfare, fête organisée dans un stade, foodtrucks, jeux de ballon, stage de Street Art (effluves des bombes de peinture, on ne verra pas les chefs d’œuvres) une toile cirée piste de danse?
56 rue Saint Blaise : un jardin partagé, étroite bande comprise entre les deux murs d’un immeuble. Deux allées, des bandes de terrain bien vertes où poussent une grande variété de végétaux. Peu ensoleillé, le jardin ne donnera peut-être pas beaucoup de récoltes mais des tomates s’en débrouillent. C’est probablement l’aspect convivial qu’il faut souligner, le plaisir qu’ont les membres de l’association de cultiver leur tout petit carré et de rencontrer les autres. Face à la rue, un bâtiment assez léger recouvert de panneaux solaires qui fournissent l’électricité nécessaire et même EDF leur reverse quelques subsides. Sans oublier une Amap qui distribue des paniers…..
L’idée de lecture commune Book Trip EN MER me plait bien et à la suite de Claudialucia
Le Douanier Rousseau : Bateau dans la tempête
J’ai téléchargé cette nouvelle de Jules Verne qui est inépuisable, et me déçoit rarement. Lecture facile, une aventure en mer, mais aussi historique et instructive. une des conséquences de la Guerre de Sécession est l’arrêt de l’exportation de coton par les Etats Confédérés
La plus importante matière de l’exportation américaine manquait sur la place de Glasgow. La famine du coton, pour employer l’énergique expression anglaise, devenait de jour en jour plus menaçante
Coïncidence amusante, je viens de terminer les mémoires de Davidoff – le Juif qui voulait sauver le Tsar, et cette demande en coton a été à l’origine de la fortune des ancêtres des Davidoff avec l’essor de la culture du coton en Ouzbékistan.
Un négociant écossais affrète donc un navire particulièrement rapide qui forcera le blocus de Charleston, livrant des armes aux Confédérés, sans se soucier des causes du conflit et de l‘abolition de l’esclavage. La moralité du commerce apparait en filigrane
« mais enfin il dut reconnaître, entre autres choses, que la question de l’esclavage était une question principale dans la guerre des États-Unis, qu’il fallait la trancher définitivement et en finir avec ces dernières horreurs des temps barbares.
[…]je ne vous répondrai que par un mot : je suis négociant, et, comme tel, je ne me préoccupe que des intérêts de ma maison. Je cherche le gain partout où il se présente.
[…] Ainsi, quand vous vendez aux Chinois l’opium qui les abrutit, vous êtes aussi coupable qu’en ce moment où vous fournissez aux gens du Sud les moyens de continuer une guerre criminelle ! »
Bien sûr, il y a le plaisir de la navigation, une histoire d’amour qui se trame (cousue de fil blanc), presque une bataille navale…. de l’action, des surprises. Un bon, mais court Jules Verne!
la Partie de Cartes façon Street Art au Panier à Marseille
Avec Si on bouquinait et Nathalie
Il y a tout pile 50 ans, le 18 avril 1974, décédait Marcel Pagnol . Patrice de Si on bouquinait a eu l’idée de célébrer cet anniversaire par une lecture commune. Il a choisi Jean de Florette
Rejoint par Nathalie qui vient de terminer un livre sur la Peste de 1720 à Marseille et qui a lu Les Pestiférés
J’avais oublié la date de la lecture commune. C’est le matin-même, sur FranceMusique que j’ai reconnu la voix de Pagnol qu’il fallait deviner. Et que je me suis rendue compte que je serai en retard pour la Lecture Commune.
Le soir-même j’ai téléchargé Les Pestiférés qui est une longue nouvelle (67 pages, le chapitre 9 Du Temps des Amours) que j’ai lu dans la foulée, d’une traite et avec grand plaisir.
« Il y a tant de maladies qui nous viennent par les navires ! dit le capitaine. Je connais cent sortes de fièvres, et c’esttoujours la même chose : une grande chaleur de la peau, des plaques rouges, des plaques noires, du pus, des vomissements, et on n’y comprend rien… Quand il en meurt beaucoup, on dit que c’est la peste, et ceux qui restent meurent de peur. – Surtout à Marseille ! »
Une placette, à flanc de coteau, bordée de maisons bourgeoises et de quelques boutiques. Maître Pancrace, médecin très estimé va organiser la petite communauté composée de notables pour survivre à l’épidémie de Peste qui a ravagé Marseille en 1720. Le Capitaine, Marius Véran, armateur enrichi par la Traite Atlantique, Maître Passacaille, le notaire, Maître Combaroux drapier fort riche, mais aussi fort dévot. En plus des notables, les commerçants, Romuald, le boucher, Arsène, mercier-regrattier, Félicien le boulanger. Et bien sûr, des femmes, des enfants, des vieillards.
Pancrace, dès le début de l’épidémie, alerte ses voisins. il revient du port où 3 portefaix sont morts dans les infirmeries. Dès qu’il est sûr que c’est bien la peste, il rassemble les hommes, ses voisins, leur fait part de la nouvelle.
Les premières mesures sont plutôt simples : brûler tous les effets qui auraient pu être en contact avec la maladie, et se laver soigneusement au vinaigre. Il organise le confinement:
« Enfin, tous ceux qui auront été obligés de quitter notre placette pour aller à leurs affaires devront dès leur retour prendre un bain d’eau vinaigrée et se savonner du haut en bas, très consciencieusement. Ce sont des précautions peu obligeantes, mais qui suffiront à nous préserver, du moins pour le moment. »
Pour survivre, il faut aussi mettre en commun les provisions, fabriquer des lotions avec des herbes médicinales : rue, menthe, romarin et absinthe macérées dans le vinaigre donnent le Vinaigre des Quatre voleurs détruisant les insectes qui propagent la contagion.
« J’allais justement dire, s’écria Pancrace, que dans toutes les épidémies les ordres religieux cloîtrés n’ont même jamais entendu parler du fléau qui faisait rage autour de leurs couvents. Eh bien, mes amis, nous allons suivre leur exemple, qui est fort peu honorable pour des moines qui devraient tout sacrifier à la charité chrétienne, mais qui convient parfaitement à des citoyens chargés de famille. »
Toute la communauté va vivre cloitrée à l’image des religieux.
Seul le drapier dévot va désobéir pour suivre la messe comme chaque jour malgré les injonctions de Pancrace
« je vous déclare, dit le docteur, qu’il faut renoncer à la messe pour quelques temps. Le Bon Dieu qui nous voit saura bien que ce n’est pas par manque de zèle : il n’ignore pas, en effet, qu’une église, comme d’ailleurs tous les lieux de réunion, est un très dangereux foyer de contagion. »
Il reviendra avec la Peste mais n’entrera pas.
Désinfections, confinements, surveillance, utilisation d’eau non contaminée. Cela nous rappelle quelques souvenirs.
Quand la ville sera tellement ravagée que seul le feu peut lutter contre la contagion, il leur faudra fuir le quartier.
Mais je ne vous racontera pas comment, il faut bien ménager un peu de surprises!
Cette Peste de 1720 est très célèbre, au Château d’If une plaque rappelle que le capitaine du navire responsable de l’épidémie, y fut enfermé.
Et pour revenir à la Célébration des 50 ans de la mort de Pagnol, j’ai écouté sur l’appli Radio-France un excellent podcast où Fernandelraconte Pagnol cinéaste. LES NUITS DE FRANCE CULTURE : Marcel Pagnol raconté par Fernandel – dimanche 14 avril 2024 CLIC