Le conteur, la nuit et le panier – Patrick Chamoiseau

LITTERATURE CARAIBES(MARTINIQUE)

CYRILLE

envoyez les tibwa

Donnez les tanbouyé

Croisez-moi les huit

Décroisez-moi les huit Pantalon !

quatre premiers, en avant

La ritournelle tout de suite

Saluez les dames et envoyez pour la promenade

Allez !…

Cette la-ronde ouverte ici, que j’imagine couronnée de flambeaux, animée de tambours, dansante ainsi que le
veut le quadrille, est pour moi l’espace de transmission non d’une ordonnance ou d’une vérité, mais d’une
expérience encore en train d’aller, l’onde questionnante d’une pratique d’écriture.

Patrick Chamoiseau nous entraîne dans une la-ronde une veillées traditionnelle pour nous révéler le mystère de la création littéraire. Et ce mystère remonte au temps des conteurs, des tambours et des danseurs. C’est donc une lecture envoûtante à la recherche de la langue, de l’écriture et de la beauté. Lecture poétique, politique, philosophique. 

« Dans une colonie, il existe toujours une langue dominée et une langue dominante. Pour moi, la langue dominée (langue maternelle, langue matricielle), fut la langue créole. Elle est apparue dans la plantation esclavagiste, c’est-à-dire dans la surexploitation des écosystèmes naturels, la déshumanisation ontologique des captifs africains, le racisme institutionnel et les attentats permanents du colonialisme. La langue dominante, le français, me fut enseignée, assénée, à l’école. Par elle, je découvris la lecture, l’écriture, la littérature, l’idée du Vrai, celles du Beau, du Juste, un ordre du monde ciselé par les seules valeurs du colonisateur. La langue dominante n’était donc déjà plus une simple langue. C’était une arme. »

[…]
« Là aussi, le discours colonial faisait de la notion d’identité une arme de destruction massive. Cultures, langues, nations et civilisations des colonialistes occidentaux étaient devenues des absolus dressés contre la diversité du monde, considérée comme répugnante. Dans leurs luttes de libération, les colonisés allaient conserver cette survalorisation identitaire afin de produire un contre-discours tout aussi vertical. »

Recherche de l’émotion esthétique, de la beauté.

« Vivre aux Antilles revient à être plongé dans des calamités potentielles : cyclones, tremblements de terre,
éruptions volcaniques… »

[…]
« Moi, travaillé par mes cyclones et mes tremblements de terre, je trouvai précieuse cette notion de catastrophe. Je pris plaisir à ruminer ce moment qui introduit la création, durant lequel l’artiste vide la page, vide la toile, vide la pierre ou le marbre, vide son instrument, et se crée en lui-même les conditions d’une expression irremplaçable et singulière. »

[…]
« L’artiste est appelé, tel un élu, par les « surgissements-de-la-Beauté » qui persistent dans les longs sillons du Beau. Il est habité par leur magie persistante ; il passera toute sa vie à tenter d’en produire lui-même. L’artiste investi de cette sorte s’élance alors vers l’inconnu, je veux dire : vers les bouleversements inépuisables qu’offre l’acte de création. »

J’ai beaucoup aimé les « surgissement-de-la beauté »  et la « catastrophe existentielle ». 

J’ai aussi aimé le rôle du conteur et l’apprentissage du disciple. Le conteur à la base de la littérature écrite.

 

« Pour qu’une métamorphose se produise quand le vieux-nègre esclave se transformait en maître-de-la-Parole, il fallait un bouleversement qui vide la page : efface, dans son humanité remise en « devenir », la moindre survivance de l’esclave. Il fallait un « moment-catastrophe ».

[…]
L’état poétique est donc la condition sine qua non d’un moment-catastrophe. »

Dans la dernière partie, l’énigme du panier est plus ardue avec des références littéraires que je ne maîtrise pas . Chamoiseau se réfère aux traditions, aux conteurs mais c’est aussi un grand lecteur  qui peut invoquer Deleuze, Joyce, Faulkner et bien d’autres. Il fait une lecture très érudite de Césaire et de Glissant ainsi que d’autres auteurs que je ne connais pas. Il revient sur l’écriture de ses œuvres. j’ai retrouvé Texaco et cela m’a donné envie de lire d’autres livres . Quand il m’a un peu perdue avec l’érudition, je l’ai retrouvé avec joie quand il raconte les traces des Amérindiens:

Pour lui, être transformé en « panier » signifiait pour le conteur de jour se voir transformé en un simple contenu, une vacuité ambulante, un quelque chose d’insignifiant
.

le panier apparaît en finale dans bien des contes amérindiens.

Je me souviens de celui où une Amérindienne, fuyant son mari volage, s’embarque dans un grand panier, fabriqué par elle-même, décoré par elle-même, qui l’emporte sur un lac bourré de monstres. Grâce aux motifs de serpents et autres signes à sortilèges qui l’ornementent, les monstres du lac échouent à capturer la fugitive. Le panier semble vraiment la protéger.

je remercie laboucheàoreilles de m’avoir signalé ce livre, son avis ICI. Sa lecture est assez différente de la mienne. Elle s’est plus attachée à montrer l’acte d’écriture, le rôle de la main. Comme je rentre des Antilles j’ai été plus sensible au contexte géographique et culturel.

 

Retour à La Pointe des Châteaux et à la Porte d’Enfer

GUADELOUPE

Grosses vagues sur la Pointe des Châteaux

Où aller le dimanche pour éviter la foule ? Les belles plages des Raisins Clairs, Bois Jolan et Saint Anne seront à proscrire. Nous en avons fait l’expérience dimanche dernier : les Guadeloupéens viennent en famille nombreuses, 10, 12, voir plus, avec des grandes tables, marmites, hamacs et sono,  les parkings sont complets.

Peut-être aurons nous plus de chance avec les sites touristiques ? Nous retournons à la Pointe des Châteaux pour faire, en entier, le sentier côtier à partir de l’Anse à la Gourde. Dominique retrouve sa place ombragée à la Gourde. Je suis le chemin balisé souvent à couvert dans la forêt sèche avec de courtes échappées sur le bord de mer. Le sentier est bien tracé, balisé en jaune et le plus souvent facile. De courts passages rocheux sur un calcaire récifal érodé formant des lames coupantes me font préférer les chaussures fermées aux sandales. Je retrouve le pré avec les bœufs tranquilles derrière le parking de Man Michel et suis déjà à mi-parcours. La suite est à plat sur un chemin sableux dans une dune couverte de buissons vert vif. Après la pluie, les escargots sont de sortie, pensais-je. Je vois un puis deux puis trois, puis plein de coquillages coniques se promener. Ce ne sont pas des mollusques mais des bernard-l’hermite ! A main droite, un étang peu profond frangé de blanc qui n’est pas du sel mais de l’écume, c’est la Grande Saline, à main gauche, l’océan, tranquille comme un étang, l’anse ouverte est protégée par la barrière de corail qui arrête les vagues. J’arrive à la route bien encombrée de voitures sur des centaines de mètres. Un autocar bouche la boucle si bien que c’est la foire d’empoigne pour faire demi-tour, pire pour se garer. Dernière photo de la pointe et des rochers avec de belles vagues et nous partons à la recherche d’une plage tranquille pour se baigner. Sur le côté nord, vers l’Anse à la Gourde, les vagues sont trop fortes. Nous essayons donc le côté sud, à l’ombre de la forêt domaniale du littoral. J’y découvre un autre sentier balisé en jaune allant de la Pointe des Châteaux à Saint François.

Kahouanne, à l’arrière d’un restaurant chic se trouve une très jolie plage de sable blanc enchâssée dans une crique rocheuse. Jolie image, mais baignade risquée entre vagues et rochers. Plus loin, sur la route, il suffit de voir les voitures garées pour deviner qu’il y a une plage. L’Anse Kahouanne est une succession de petites plages avec des bassins d’eau tranquille. Dans la première, un jeune couple assis derrière un rocher, attend la vague qui les éclaboussera, jolie vision, je déparerais à côté d’eux. Bassin suivant : au bord de l’eau sur le sable on a installé des lits de plage, chaises et serviettes. Une femme est assise reposant sur une frite de mousse rose, son mari debout derrière elle. Il y aurait un peu de place, mais cela ne vaut pas le déshabillage/rhabillage acrobatique au bord de la route.

Anse Loquet : la plage de sable est plus grande, l’eau y est parfaitement calme et semble assez profonde pour nager. Une dizaine de Canadiens monopolisent l’endroit le plus agréable où l’eau est turquoise entre les petites buttes où poussent les posidonies et les rochers qui raclent les genoux. Les Canadiens sont assis dans de véritables fauteuils flottants : accoudoirs et dossiers gonflables, un filet pour le siège. Ils papotent, je les contourne et subis des conversations peu discrètes sur leurs affaires à Montréal ou à Trois-Rivières. Baignade délassante et rafraîchissante après ma promenade au soleil.

habitation Zevallos

Pique-nique loin de l’agitation touristique au parking de la Porte d’Enfer que l’on trouve facilement en quittant la route du Moule après l’Habitation Zevallos. Pour profiter des vagues il faut descendre un escalier de marches faciles et suivre le sentier. le spectacle est grandiose . Les vagues puissantes explosent contre l’îlet en un feu d’artifice éblouissant. L’eau mousseuse contourne le rocher, deux vagues vont à la rencontre l’une de l’autre, se heurtent, la surface de l’eau est blanche d’une mousse tourbillonnante. La gerbe d’écume dépasse l’îlot tantôt à droite, tantôt à gauche. La vague qui a gardé assez d’énergie va s’enfoncer ensuite dans une sorte de fjord, percuter le creux en un bruit sourd. De l’autre côté un rocher plat dégouline comme une fontaine. Je reste longtemps fascinée à filmer.

Porte d’Enfer

Du parking, un autre sentier côtier parcourt le rebord du plateau, passe âr un petit bois, monte sur un cap qui domine l’anse puis s’arrête brusquement sans que je puisse découvrir l’Anse Salabouelle – spot de surf.

 

Texaco – Patrick Chamoiseau

MARTINIQUE

.

Texaco a été lauréat du Prix Goncourt 1992 – gros roman de 432 pages qui vous engloutissent dans une lecture passionnante mais touffue, lente, parfois laborieuse (tiens, la narratrice s’appelle Marie-Sophie Laborieux, coïncidence?). Lecture compliquée par le mélange de français littéraire, de vocabulaire oral de la Martinique avec parfois des expressions créoles. Comme j’avais envie de tout comprendre dans ce voyage littéraire j’ai souvent arrêté la lecture pour chercher les mots que je ne comprenais pas. 

Lecture compliquée aussi par l’intervention de plusieurs narrateurs : Marie-Sophie Laborieux, dans ses cahiers transcrit les paroles de son père Esternome, qui, lui-même rappelle les souvenirs des générations précédentes. Intervient aussi un urbaniste rédigeant des rapports…

Texaco est un quartier, bidonville, favela, de Fort-de France installé sur le terrain de la Compagnie Pétrolière Texaco et fondée par Marie-Sophie Laborieux. 

 

 

 

Le titre Texaco qui fait du quartier un personnage à part entière, s’intègre dans une focale « architecturale » . Les repères chronologiques mis en avant par l’auteur sont  des modes de construction : « TEMPS DE CARBET ET D’AJOUPAS  « les Indiens Arawaks vivaient dans des huttes, après 1680, au « TEMPS DE PAILLE » les esclaves africains étaient dans des cases couvertes de paille autour des habitations des colons, « TEMPS BOIS-CAISSE » correspond à l’effondrement du système des habitations  tandis que les cases construites en débris de caisses s’élèvent autour des grandes usines à sucre. « TEMPS FIBROCIMENT » correspond à la construction de Texaco et précède le « TEMPS BETON ».

Chamoiseau a donc rythmé la saga par l’édification des cases. L’histoire commence au Temps de Paille  du temps de l’esclavage, de 1823 où le grand père – empoisonneur fut mis au cachot tandis que la grand-mère était blanchisseuse. Le  père, Esternome,  naquit dans l’habitation et passa son enfance dans la Grand-case. Ayant sauvé la vie du Béké, il gagna la liberté de savane. La première partie du livre raconte comment Esternome s’est affranchi, comment il a quitté la campagne, est « descendu vers l’En-ville » où il est devenu charpentier sous la conduite du maître charpentier Théodorus.

« Durant les semaines qui suivirent, la petite troupe marcha marcha marcha, répara quatre indigoteries, marcha marcha, mit d’aplomb deux caféières, marcha marcha, et un et-caetera de cases à marchandises, à bestioles ou à nègres. Théodorus devant, ses deux aides derrière, mon papa au milieu, ils affrontaient les mornes boueux, les ravines glissantes, escaladaient les éboulis de terre rouge et la bouleverse des arbres tombés. Mon Esternome qui n’avait jamais dépassé les zones de son habitation, découvrit le pays : une terre jamais plate, dressée en verdure vierge, enchantée d’oiseaux-chants et des siffles de bêtes-longues. »

Un des évènements les plus marquants de l’époque fut en 1848 : l’Abolition de l’Esclavage

« En fait, Sophie ma Marie, moi-même qui l’ai reçue, je sais que Liberté ne se donne pas, ne doit pas se donner. La liberté donnée ne libère pas ton âme »

Esternome tomba amoureux. mais je ne vais pas vous raconter tout le livre….Avec Ninon, il a essayé de se construire un paradis, un jardin au flanc d’un morne…

« Soufrière a pété, Soufrière a pété »

la catastrophe, la destruction de Saint Pierre le 8 mai 1902 l’exode vers Fort de France va marquer une nouvelle époque, Estenome a tout perdu, sa Ninon, son paradis sur le morne, et pourtant un nouveau départ: une nouvelle compagne lui donne une fille Sophie-Marie.

Nous allons suivre les aventures de la petite fille dans le Quartier des Misérables, la survie en vendant des fritures dans la rue. Orpheline, il ne lui restait plus qu’à faire la bonne avec plus ou moins de bonheur. Intelligente, elle a tiré profit de l’environnement, des musiciens de son premier maître, a appris à coudre chez la suivante, puis à lire et écrire. Son plus grand trésor fut quatre volumes qu’elle emporta :  Montaigne, Rabelais, Alice de Lewis Caroll et les Fables de La Fontaine. Lectrice, mais aussi scribe de l’histoire de son père et de ses ancêtres esclave. C’est elle qui a fondé Texaco, qui en est devenue l’écrivain public, l’animatrice jusqu’à aller trouver Césaire

« Mais Césaire, noir comme nous-mêmes nous ramena dans la politique. Il vint vers nous, comme Sévère, au
Quartier des Misérables, à Trenelle, à Rive-Droite, au Morne Abélard, à Sainte-Thérèse. Il n’avait pas peur
d’avancer dans la boue, et de le voir venir nous exaltait. »

Au  nom de l’hygiène, de la modernité, Texaco sera-t-il détruit pour caser ses habitants dans des Hachélèmes?

« L’urbaniste occidental voit dans Texaco une tumeur à l’ordre urbain. Incohérente. Insalubre. Une contestation
active. Une menace. On lui dénie toute valeur architecturale ou sociale. Le discours politique est là-dessus négateur. En clair, c’est un problème. Mais raser, c’est renvoyer le problème ailleurs, ou pire : ne pas l’envisager.
Non, il nous faut congédier l’Occident et réapprendre à lire : réapprendre à inventer la ville. L’urbaniste ici-là,
doit se penser créole avant même »

La Nuit des Pères – Gaëlle Josse

Incipit : 

 « Tu ne seras jamais aimée de personne.

Tu m’as dit ça, un jour, mon père.

Tu vas rater ta vie.

Tu m’as dit ça, aussi.

De toutes mes forces, j’ai voulu faire mentir ta malédiction »

Isabelle retourne au village natal, appelée par son frère pour voir son père atteint de la maladie d’Alzheimer, avant que ce dernier ne perde la mémoire et entre dans la nuit de l’oubli.

« quoi jouons-nous ici tous les trois ? Deux enfants plus tout jeunes réunis autour de leur père vieillissant, rien de plus normal, de plus banal. Mais, pour moi, ça ne l’est pas. J’ai été ta fille invisible, mon père, ta fille
transparente dont le sort t’importait peu, à qui tu ne savais que dire, peut-être simplement parce que j’étais une fille et que ce continent-là t’était étranger. Alors, je suis allée vers la vie, vers l’inconnu, j’ai cherché ailleurs les preuves de mon existence. »

Ce retour n’a rien de banal. Peut-on imaginer l’amour filial pour cette fille qui a été rejetée et qui a construit sa vie loin, très loin du foyer qui a fui la montagne où le père est guide de montagne pour la profondeur des océans, parfaite antithèse….

La nuit est la métaphore de la maladie, de la perte, de la mort qui approche. La nuit est également  l’image de la terreur nocturne du cri terrible qui a déchiré les nuits de son enfance. Opaque secret que le roman va lever.

Un roman sensible, pudique, qui se lit d’un souffle.

Anse Bertrand – musée archéologique du Moule

GUADELOUPE

la belle plage de sable de l’Anse Bertrand

La tranquille D120 traverse le pays de la canne. Le voyage est un enchantement. Les moulins dépassent les champs qui ondulent. Les Guadeloupéens n’aiment pas beaucoup ces moulins symbole de l’esclavage et du dur travail dans les sucreries. Au Parc de Damencourt du Moule, un poème les qualifie de « pustules ». Ils sont pourtant bien entretenus. Même s’ils ne sont plus utilisés aucun ne semble tomber en ruine.

L’Anse Bertrand est un gros bourg (3800 habitants). Une grande église en ciment domine la grande place. Le front de mer est bordé de restaurants sympathiques ; le port de pêche se trouve à l’écart, dans un canal creusé dans la mangrove. Il est minuscule, cinq ou six barques à moteur, deux tas de filets et un beau restaurant vert.

 

La Plage de la Chapelle se trouve à l’autre extrémité du village, derrière le cimetière où nous arrivons par erreur. Grandes tombes carrelées, les cimetières marins ont beaucoup d’allure. La longue plage de sable clair est bordée de cocotiers et de raisiniers. Elle est protégée par al barrière de corail qui amortit les grandes vagues. Son eau limpide passe de bleu turquoise à vert très foncé. Pour se baigner il faut choisir les bassins turquoise. Certains nageurs équipés de masque et tuba traquent les poissons dans le vert. Ne pas oublier les chaussons : les vagues charrient des pierres et des morceaux de corail coupants. Toute aussi plaisante que la baignade, la promenade pieds nus dans le sable blanc. Je passe la matinée en alternant promenade et nage.

Déjeuner au Ti-Madras qui a une terrasse surplombant la plage et qui joue avec les couleurs du madras : tables rouges, chaises jaunes ou vertes, toile cirée madras. Beaucoup de choix à la carte, même des langoustes grillées. Je commande du poisson et Dominique du boudin qui se révèle être fait de poisson. Le tout est servi avec du riz, des crudités et des accras. Assiette très bien garnie, prix raisonnable.

Nous retournons à la Pointe de la Grande Vigie traversant la forêt sèche très odorante. Arrêt à la Porte d’Enfer et au Trou Madame Coco.

Juste avant l’entrée du Moule nous visitons le Musée archéologique :

Le Musée Edgar Clerc rassemble les objets archéologiques amérindiens trouvés sur le site de Morel à la Plage de l’Autre Bord, parc archéologique juste en dessous de notre gîte et à l’Anse de la Gourde. Les objets les plus étonnants sont les adornos (ornements): éléments incisés apposés aux récipients en poterie et pouvant servir d’anses ; originaux aussi ces objets à trois pointes en pierre ou en coquillage.

Diverses époques ont livré des témoignages : de la Préhistoire au site de Morel, du VIème au XIVème  à l’Anse de la Gourde avec des sculptures des adornos mais aussi des objets usuels, platines pour cuire le manioc, fuseaux pour le coton, parures de coquillages…

Les musées préhistoriques sont parfois rébarbatifs mais celui-ci est très bien logé et agréable à visiter.

 

 

nos visiteurs de la Ti-case

GUADELOUPE

Les matinées, comme les soirées, sont très agréables sur le balcon de la Ti-Case, installée sur un banc à la table bleue. Le long du mur blanc, la bordure d’aloès, en pleine floraison, attire les oiseaux : un colibri qui vibre de fleur en fleur, un petit sucrier jaune et noir. J’ai énormément de plaisir à les surveiller : étrangement je ne vois ni abeille ni papillon.

Cherchez le sucrier

Les fourmis minuscules nous contraignent à enfermer tout au réfrigérateur, le sucre, le pain. Il y a fort peu de mouches et pas de moustiques. Seul insecte notable : une grosse blatte qui sort pendant le dîner, parcourt les poutres sous le toit en tôle à toute vitesse, arrivée à l’extrémité du tasseau, elle s’envole puis recommence. On nous avait prévenues contre les scolopendres, les seules bêtes venimeuses de Guadeloupe, secouer serviettes et chaussures mais elle ne se sont pas manifestées.

Notre visiteur du soir : un petit gecko qui s’installe dans l’abat-jour de papier japonais et qui chasse de minuscules proies attirées par l’ampoule.

Port Louis et Petit Canal

GUADELOUPE

Promenade dans la mangrove

Port Louis

La Plage du Souffleur à Port Louis, en limite de la mangrove est très agréable, ombragée sous de grands arbres colonisés par d’innombrables bromélias. Près du bourg de Port Louis, il y a un grand parking payant et des restaurants de plages divers. Plus loin, de l’autre côté du cimetière, la plage est beaucoup moins fréquentée. Nous déjeunons sous un carbet d’un très gros avocat et de thon fumé.

Bomélias

Un sentier de découverte entre dans la mangrove, il commence par des planches dans les palétuviers. En cette saison de Carême (c’uest ainsi que se nomme la saison sèche en Guadeloupe) il n’y a que très peu d’eau. Le sentier bordé de grosses pierres serpente entre les arbustes ressemblant à des acacias et d’autres petits arbres porteurs de bromélias. Aucun repère dans cette forêt touffue, ni le soleil ni la ligne du rivage. Quand je retrouve le chemin de planches je ne me rends pas compte tout de suite que je ne suis pas revenue au départ, cette fois-ci il y a de l’eau. J’arrive sur une belle allée blanche au bord de la mer. Une jolie promenade.

Avant de quitter la Plage du Souffleur je la parcours les pieds dans l’eau sur le sable doré bordé de cocotiers. Une vague plus puissante que les autres me trempe jusqu’au short.

L’église de Port Louis

Port Louis est une petite ville avec sa belle église jaune et son clocher de bois. L’intérieur de la nef est lambrissé de bois précieux comme la coque d’un bateau, les bancs sont assortis. Suivant le rivage, nous parvenons au port de pêche mais la halle aux poissons, signalée par nos guides comme témoignage de l’architecture 1920, est en réfection. La Mairie est pimpante crépie de jaune pâle avec ses volets verts et une frise de briques. Des colonnes ressemblant à des sucreries soutiennent une loggia. A Port Louis aussi, le Street Art est à l’honneur. De petites affichettes présentent les graffeurs.

Petit Canal

la belle Mairie jaune de Petit Canal

Nous aurions mieux fait de ne pas traîner à Port Louis, le Musée de la Vie d’Antan ferme à notre arrivée. (Le vendredi à 14h45) A côté du Musée, la Mairie jaune d’or est originale avec son clocheton et son mur ajouré. Un escalier monumental jaune, lui aussi, conduit au monument aux Morts.

Les Marches des Esclaves

C’est un tout autre escalier qui nous a attirées à Petit-Canal : les Marches de l’Esclavage. 54 marches en pierre de taille conduisent à l’esplanade où étaient vendus les esclaves à leur descente de bateau. A chaque palier, une plaque rappelle les ethnies des arrivants : Yorubas, Peuls, Congos…Au sommet des marches : un petit monument portant une grosse colonne cannelée, étrange pain de sucre, un seul mot LIBERTE, 1848.

En bas des marches le Gwoka – gros tambour caraïbe, rappelle les origines africaines. Le canal creusé qui a servi de port aux navires négriers a donné son nom au bourg. Au XIXème siècle, un autre canal fut creusé pour les gabares sucrières.

Le figuier étrangleur va faire disparaître la prison

Dernière station de notre « Parcours de l’Esclavage » la prison de Petit Canal, ruinée, dévorée par un figuier maudit (figuier étrangleur). L’arbre englobe les murs à la manière de ceux d’Angkor. Revanche de la nature !

 

 

Beauport – usine sucrière

GUADELOUPE

Sucrerie de Beauport

Nous prenons tôt la route de Beauport – ancienne sucrerie – une des plus importante de Grande Terre qui a cessé son activité en 1990 et qui organise sur son site des visites guidées et des activités culturelles dont un voyage en petit train à travers les champs de canne jusqu’à Grand Canal (7 km). Nous attendions cette visite depuis longtemps. Malheureusement le train est en panne il faudra se contenter de la visite guidée (10h30) et de celle du musée.

Comme nous sommes arrivées en avance je visite les trois expositions temporaires du musée :

A la Une, ce soir : affiche la Une du journal FRANCE-ANTILLES depuis sa première édition en février 1965 jusqu’en 1990, fermeture définitive de l’Usine Beauport après 127 ans d’activité. 25 années d’histoire de la Guadeloupe :

  • Septembre 1966 : cyclone Inès 60% de la production sucrière ruinée, 100% des bananes
  • Mai 1967 : émeutes ,  déclin de l’activité sucrière la jeunesse quitte les campagnes , selon certains témoignages des centaines de victimes
  • Juillet 1968 : élections à Port Louis, guet apens organisé par les supporters du candidat élu, violences
  • Novembre 1970 Hommage au Général de Gaulle
  • Novembre 1970 : arrivée du Jumbo Boeing 747 suivie en 1971 du naufrage du paquebot Antilles
  • 1976 Eruption de la soufrière
  • 1978 première Route du rhum
  • Aout 1978 : enterrement de Gerty Archimède première femme députée de Guadeloupe
  • 1980 attentats du Groupe de Libération Armée
  • 1986 Kassav roi du Zouc
  • 1989 Le cyclone Hugo ravage la Guadeloupe.

Vivre et Travailler à Beauport 1863 – 1990

  • 1813 : achat de la propriété 96 ha 70 esclaves
  • 1863 création de la sucrerie

Au milieu du 19ème siècle le réseau ferré va remplacer le transport des cannes par cabrouet (charrette à bœufs) et transport par bateau Beauport est handicapé par rapport à son concurrent Darboussier adossé au port de Pointe à Pitre.

La culture de la canne se fait selon trois modalités :

1)les Habitations domaniales où les meilleures terres sont exploitées par des ouvriers « casés »

2) les parcelles en « colonage » de petites dimension baillées pour 3 récoltes avec obligation de livrer la récolte à l’usine

3) plantation libre

 

Travail à l’usine :  Pendant la campagne sucrière l’usine tourne à plein tandis que les machines sont mises à ‘l’arrêt ) l’inter-récolte.

Exposition Soufrière  La vieille dame dans tous ses états (1976)

Je n’ai pas le temps de visiter les expositions permanentes du musée quand on m’appelle pour la visite guidée qui commence devant le Moulin.

 

 L’animatrice reprend l’historique des Habitations depuis 1635.

Définition d’une Habitation :   Domaine agricole familial avec une manufacture.

Pacte colonial : les colonies produisent, la Métropole achète. Evidemment l’esclavage permet de produire à très bon compte. Après l’abolition en 1848, le patron doit salarier ses employés la Guadeloupe subit la concurrence du sucre de betterave moins cher à produire, et celle des colonies espagnoles et portugaises restées esclavagistes.  1880-1890 : des crises sucrières font baisser le prix du sucre. Il faut donc réduire l’activité sucrière et de nombreuses distilleries vont remplacer les sucreries.

Moulin

Le Moulin est l’élément central de l’Habitation, les installations se construisent autour du moulin à vent équipé de pales de bois orientées selon les alizés. Ces moulins actionnent les gros cylindres venant broyer la canne.

Le Vesou est le jus de la canne passé au moulin. On laisse reposer le vesou qui se décante puis on le traite avec de la chaux ce qui donne du jus clair qui sera transformé en sucre/

A la construction de l’usine, le moulin perd son utilité, on le transforme en tour de guet pour surveiller les incendies. Il était d’usage de mettre le feu aux champs de canne pour faciliter la coupe.

En plus d’être une usine, Beauport était un village où des centaines de familles venaient s’installer pour parfois plus de six mois. Las cases étaient déplacées sur des camions comme des escargots. Une école, une crèche, une chapelle, un marché et un « lolo » (épicerie de première nécessité) n tout était mis à la disposition de la main d’œuvre pour que l’usine fonctionne 7 jours/7 et 24h/24 de janvier à juin.

La visite se poursuit par une promenade dans les installations gigantesques : le silo très vaste permettait le chargement et le déchargement de camions entiers de sucre destiné à l’exportation. Un autre bâtiment très vaste était destiné à stocker la bagasse (résidu de la canne une fois broyée) La bagasse servait de combustible pour produire de l’électricité nécessaire au fonctionnement des machines et des chaudières. Alors que la distillation peut se faire dans un seul bâtiment de taille moyenne on comprend que distiller le rhum était plus rentable pour les petits propriétaires.

Au cours de la dégustation l’animatrice explique les étapes de la fabrication du sucre. Je n’ai pas pris de notes, dans une main un gobelet avec du jus de canne, dans l’autre un petit bâton de canne fraîche. Le jus de canne est frais et délicieux. Il va être chauffé en plusieurs étapes pour être concentré en « jus de batterie » la « batterie » est le nom de la 5ème cuve. On nous le fait goûter : c’est très bon. Il ne faut pas le confondre avec la mélasse qui peut être fermentée et distillée pour donne le Rhum de mélasse, différent du rhum agricole. Pendant le Carnaval, on fait un curieux usage de la mélasse : on se badigeonne la peau en souvenir des esclaves marrons.

Dans des ballons de chimie, la guide nous présente les étapes de la cristallisation. Le sucre roux qui contient encore un peu de mélasse est d’après elle plus riche en sels minéraux (potassium et fer) tandis que le sucre blanc – raffiné – en est dépourvu ne contenant plus que du saccharose.

 

 

 

 

 

Saint François et Le Moule

GUADELOUPE 

Le pêcheur et les poissons sur le port de Saint François

Au lever du jour : par la fenêtre à l’Est, les palmes se courbent, se secouent, s’affolent. Je suis fascinée. Une pluie très fine s’insinue par les mailles de la moustiquaire autour du lit. Il pleut ! Bonne nouvelle, la terre est sèche, la végétation souffre. Même en Carême, la sécheresse prolongée est rare mais il n’a pas plu depuis notre arrivée. Mais voilà qu’il pleut beaucoup. Il faut fermer en urgence portes et fenêtre. Par un trou dans la tôle la pluie goutte dans la cuisine. Je sors la raclette, improvise avec les serviettes éponges.

Nous avions prévu de visiter la Sucrerie Gardel ce matin,  et lune  promenade sur le front de mer l’après midi. Je téléphone la sucrerie : depuis le Covid, il n’y a plus de visite . En remplacement, on improvise : Marché de Saint François (achats de souvenirs) et Musée des Beaux Arts.

Le Musée des Beaux Arts est à la marina (grands catamarans). Les collections, par ordre chronologiques présentent la Renaissance Italienne et flamande. Des peintres Guadeloupéens sont mis en lumière :

Guillaume Guillon-Lethière(1760-1832) son père était Procureur du Roi, sa mère, fille d’esclave. Son père Guillon l’emmène en métropole où il étudie le dessin à Rouen auprès de Descamps. Prix de Rome 1786, il se lie d’amitié avec Lucien Bonaparte. Professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Beau portrait de Lady Hamilton.

Evremond de Berard (1824- 1881) « peintre reporter » a sillonné la planète pour rapporter dessins et aquarelles vendus à des magazines.

Armand Budan (1827-1874) fut également photographe

Haïti : Eddy Myrthil

Dans les dernières salles des peintres contemporains j’ ai bien aimé le naïf Eddy Myrthil de l’école haïtienne et Véronique Strauss : habitation

Le Marché de Saint François est une rotonde en béton. Nous nous réjouissons d’y acheter le déjeuner puisque nous rentreront manger à la Ti-Case. Nous n’avons rien trouvé : il n’y a pas de produits alimentaires, c’est un marché touristique avec des épices, du rhum et punch sous toutes formes, des fruits exotiques : ananas, mangue, christophines et bien sûr tous les articles au motif de madras. Touristique vous dis-je !

Beaucoup plus intéressant : le poisson sur le port ! halle à poissons, petits étals des pêcheurs, restaurants de poisson. J’ai l’embarras du choix. Pendant que je baguenaude Dominique est allée trouver un jeune pêcheur qui nettoie ses poissons destinés à un restaurant. Il veut bien nous en vendre deux. Difficile de reconnaître ces poissons sans tête – coupée en mer- et débarrassés de leur peau . Ce sont des Bourses appelées ainsi justement parce que leur peau est aussi dure que le cuir dont on fait les bourses. J’avais vu ces poissons dans la halle mais je m’étais méfiée, sans peau ni tête cache-t-on quelque chose. Sur le bateau qui vient de rentrer au port, ils ne peuvent qu’être très frais. La réponse je la trouve sur Internet : il faut du doigté pour les dépiauter et mieux vaut laisser faire les professionnels.

Avec trois tomates et de l’ail achetés en route, on improvise : un filet d’huile je fais revenir les tomates à la poêle puis ajoute les poissons et des rondelles de citrons verts. Excellent !

Notre Ti-case est si jolie que c’est un plaisir de prendre notre temps. La pluie a cessé. Sous un ciel gris, je suis l

Côte : de la plage des Alizés jusqu’à l’école de surf à l’autre extrémité du Moule ; Au début je marche sur le bord de la plage et quand la laisse de mer et les sargasses sont trop importantes sur le sable sec.

Interruption au port, il faut marcher dans la rue. Je retrouve Dominique à l’espace Wizosky, une ruine élégante avec des arches de pierre. Ce n’est ni un fort ni un château, c’est un bâtiment commercial, une usine de jus de fruits, vendu à la mairie après le cyclone de 1928.

Le Moule : Place principale

Sur le chemin côtier, je remarque une jolie maison décorée avec des galets et des coquillages, des tesselles de mosaïque et des sculptures naïves. J’arrive à une longue corniche le long de la route. Les vagues font un fracas infernal. Le vent est très fort. C’est une balade tonique qui se termine au spot de surf. Les surfeurs sont là malgré la tempête, il y a même une compétition. Leurs démonstrations sont impressionnantes.

Au choix, au camion : une noix de coco à boire à même la coque sans paille,  ou une grande bouteille d’eau de coco. Je choisis la bouteille.

Du Moule à la Pointe de la Grande Vigie – route des Falaise – sucrerie de la Mahaudière

GUADELOUPE 

La route reliant Le Moule et la Pointe de la Grande Vigie (l’extrémité nord de Grande Terre) D120 est peu fréquentée par les voitures. Nous serions très tranquilles si elle n’était pas le parcours  des cyclistes. Nous avons même cru qu’une course s’y déroulait tant ils étaient nombreux et en pelotons ? Il faut être sportif et très motivé pour faire du vélo en Guadeloupe en l’absence presque générale de piste cyclable, sur des routes embouteillées de voitures avec un relief non négligeable. Tous les cyclistes que nous rencontrons sont en tenue de coureur. Pas de cyclotouristes, ni de randonneurs, très peu de gens utilisent le vélo pour se déplacer, sauf dans la campagne sur des chemins, aucune femme. Difficile de les doubler. Ils ne se poussent pas, il faut les suivre.

Champs de Canne à sucre

La Pointe de la Grande Vigie est un cap très étroit pointant vers le nord.

La route traverse une campagne très agréable. Nous roulons a travers les champs de canne et les villages tranquilles composées de belles maisons parfois très grandes. Le modèle initial était la case en bois simple parallélépipède rectangle qu’on voit parfois encore. Autour, une galerie couverte est soutenue par des piliers de bois ou de ciment. Ensuite, on prolonge, on ajoute des annexes en ciment ou en parpaings. Enfin on élève un étage, on construit un toit à quatre pentes qui s’ouvre par des chiens assis. Parfois les volumes sont plus compliqués s’articulent. Les tôles nature, rouges, vertes ou blanches couvrent le toit. Les plus belles maisons ont de jolies finitions avec des corniches ajourées en bois ou en métal. Les jardins sont soignés et fleuris.

Dans les champs, on peut observer diverses étapes de la culture de la canne. Ici, on charge les cannes sur une grosse remorque. Là, d’énormes moissonneuses coupent la canne. De gros bœufs beiges ou bruns paissent tranquillement.

La Pointe est plantée d’une forêt sèche : forêt xérophile qui supporter des précipitations comprises entre 900 et 1600 mm. Les plantes développent des stratégies d’adaptation à la sécheresse : petites feuilles comme Faux mimosa (Leucanea leucocephala), poils chez le Ti-baume ( Coleus amboinicus) ou Croton flavens, plantes médicinales, Gommier rouge (Bursera simaruba) dont la sève fournit de l’encens. Lantana ; et cannelle à puce serva,nt de répulsif quand on frotte ses feuilles sur les poils du bétail. . Cet écosystème devient très rare (27% du couvert forestier) et disparaît au rythme de 28 ha/an. Un parcours en planche très confortable permet d’accéder au point de vue sur la falaise impressionnante frangée de l’écume blanche sur une mer turquoise.

Un panneau décrit la géologie du site : « empilement de couches où les calcaires récifaux alternent avec les sables volcanique (5 Millions d’Années)

Trou à Madame Coco, un petit fjord

Les guirlandes oranges des sargasses menacent les côtes : on distingue au loin de grandes masses brunes. Le sentier s’insinue sur l’arête de la péninsule. Deux filles passent barrière pour faire des selfies. Trois pêcheurs me dépassent avec leurs seaux et cannes à pêche.

La route longe les falaises. A chaque parking, un point de vue vertigineux : porte d’Enfer, Anse à la Tortue. Les vagues font un grondement infernal ; l’eau s’écoule en cascatelles. On découvre une sorte de petit fjord : le Trou à Madame Coco. Je découvre le sentier côtier que je m’apprête à emprunte : la Trace des Falaises. Elle court de la Porte d’Enfer à la Mahaudière, c’est une grosse randonnée. J’ai choisi le tronçon partant du Trou à Madame Coco jusqu’au Trou du Souffleur (notée 3 heures). AA 9h45 Dominique trouve une place de parking ombragée et je décide de rentrer avant midi.

Le sentier suit le petit fjord. Je marche sous des buissons légers dont les feuilles ressemblent à des acacias. La montée se fait sur des pierres très coupantes : le calcaire corallien qui s’érode en laissant des cavités arrondies et des arêtes acérées. Heureusement que je porte mes chaussures de randonnées fermées ; en sandales cela n’aurait pas été confortable. Je regrette aussi le bâton télescopique que j’ai du rendre à Mireille qui m’aurait aidée à me hisser plus vite ; Le plus souvent le sentier passe dans les buissons. Le rebord de la falaise est fragile, le piétinement provoquerait des éboulements. Il ne fait pas s’approcher du bord. Par moment il y a de très belles échappées. Dans les échancrures de la côte la mer s’engouffre à grand bruit, phénomène des souffleurs. Je marche d’un bon pas pour atteindre le Trou du Souffleur. A 10h40 je croise un couple qui en revient ; « Combien de temps encore ? » – « 25 minutes » . Aller et retour, cela fait près d’une heure. Je ne peux pas me permettre de laisser Dominique si longtemps cuire dans la voiture. Je renonce. Pourtant, de temps en temps, un grand bruit parvient jusqu’à moi. Come la route est très loin et qu’il n’y a pas de camion, c’est bien le bruit des vagues, le Souffleur !

Dominique a réservé une table au Restaurant Madame Coco qui a une dizaine de tables sur la plage et deux belles salles en terrasse. Poisson grillé : du Vivanneau, rouge comme un rouget, à la chair très ferme comme celle d’un maquereau en plus fin, un poisson très prisé. Poulet boucanné et en dessert un sorbet coco fait maison, dans le tonneau à double paroi. Le serveur qui l’apporte vient avec une bouteille de rhum que je décline. Les oiseaux font le spectacle : un noir, de la taille d’un merle, (merle de Guadeloupe : Quiscale ) se pose sur la corbeille à pain d’une table pas encore desservie ; il se gave à toute vitesse pas du tout craintif.

Retour par la même route – sans les cyclistes – jusqu’à la sucrerie de Mahaudière, l’usine et l’habitation ont disparu, il reste un moulin, une cheminée et un bâtiment en ruine avec des ferrailles cylindriques que je ne peux pas identifier.

Un panneau conte l’histoire de la Mahaudière :

L’Habitation date de 1732 – 1770 la grosse cotonnerie avec un grand nombre d’esclaves mais pas de bâtiment industriel, la propriété s’agrandit et se tourne vers le sucre. A la Révolution, elle est mise sous séquestre, 200 cultivateurs y travaillent.

1828 propriété de Jean-Baptiste Douilhard  Mahaudiere de 465 ha et 147 esclaves

1840 Affaire de l’esclave Lucile : JB D Mahaudière est jugé, accusé d’avoir séquestré son esclave Lucile accusée d’avoir empoisonné sa femme, 14 esclaves et 281 têtes de bétail. Jetée dans un cachot de 5 m2 et 1.20 m de haut pendant 22 mois. Le procureur du roi, étant esclavagiste, acquitta Mahaudière et Lucile fut vendue.

Pendant que je recopie le panneau, Dominique a fait la connaissance d’un melonnier : la culture du melon se développe sur Grande Terre. Il nous apprend que c’est aujourd’hui la Mi-Carême chômé en Guadeloupe, ce qui explique la présence des cyclistes et celle de monde à la base de loisir sous les arbres.

Tambours et chants

En face des ruines, sous des arbres magnifiques sous un carbet, des percussionnistes font de la musique tandis que des femmes chantent « Liberté Alléluia ! ». Une grande table est servie avec des marmites. Tous dansent. Pour enregistrer la musique, je filme. Pas longtemps ! Deux jeunes filles arrivent, très remontées : « vous avez demandé la permission pour filmer ? «  . J’arrête et m’excuse, c’est vrai, j’aurais dû. Comme elles sont très agressives je retourne à la voiture garée devant un panneau et je recopie le nom des arbres : Mahoganny petites feuilles. Ces arbres fournissaient le combustible de la chaudière de la sucrerie. Deux femmes plus âgées, endimanchées, robe rouge moulante, élégant chapeau de paille, robe jaune, chapeau vienne nous inviter à partager leur fête : « il y a un repas, il y a aussi à boire. Nous venons évangéliser, appelez votre mari et venez avec nous ! ». « nous sortons du restaurant, nous n’avons plus faim ! ».  Je pense à part moi, que je n’ai pas du tout envie d’être évangélisée, même si la musique est bonne.

La Chapelle Sainte Anne est une grande église en ciment assez quelconque. Non loin, l’anse Maurice est bien ombragée. Il y a un grand restaurant. Jolie plage de sable blanc. Les sargasses sont arrivées ici mais ce n’est pas le plus gênant : le platier rocheux arrive au ras du sable sec ce qui n’est pas très pratique pour se baigner.

Quand nous arrivons au Moule nous constatons que tous les magasins sont fermés ale jour de la Mi-Carême.