Contagions – Paolo Giordano

LE MOIS ITALIEN : Covid19

Avec quelques semaines d’avance sur la France, l’Italie a subi les assauts de l’épidémie. Dès la fin mars, Contagions de Paolo Giordano a été traduit et publié au Seuil. A la suite de la lecture de Erri de Luca : Le Samedi de la Terre, je vais chercher une réflexion posée, loin des infos tapageuses ou redondantes, des infox et autres annonces officielles qui saturent nos médias.

Romancier mais de formation scientifique (lauréat d’une thèse de physique) Paolo Giordano a écrit un  essai où logique, mathématique et philosophie, sont déclinées dans une langue claire.

Sur ma liseuse j’ai surligné de nombreux paragraphes :

« Je n’ai pas peur de tomber malade. De quoi alors ? De tout ce que la contagion risque de changer. De découvrir que
l’échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes. J’ai peur de la table rase, mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain, sans laisser de trace derrière elle »

 Contre le fatalisme

L’épidémie nous encourage donc à nous considérer comme les membres d’une collectivité. Elle nous oblige à
accomplir un effort d’imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés : voir que nous sommes
inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.

Il conclue ce chapitre « Contre le fatalisme »

l’effet cumulatif de nos actions singulières sur la collectivité est différent de la somme des effets singuliers. Si
nous sommes nombreux, chacun de nos comportements a des conséquences globales abstraites et difficiles à
concevoir. Dans la contagion, l’absence de solidarité est avant tout un manque d’imagination. 

Invitation à réfléchir…..

La contagion est donc une invitation à réfléchir. La quarantaine en offre l’occasion. Réfléchir à quoi ? Au fait que
nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un
fragile et superbe écosystème.

A Réfléchir aussi comment fonctionne la science :

« Dans la contagion, la science nous a déçus. Nous voulions des certitudes et nous avons trouvé des opinions.
Nous avons oublié que cela marche toujours ainsi, ou plutôt que cela ne marche qu’ainsi, que le doute est pour la science encore plus sacré que la vérité »

 

et à propos des fausses nouvelles :

« Les fausses nouvelles se répandent comme les épidémies. Le modèle qui permet d’en étudier la propagation est
le même. [….]De même que le COVID-19 se déplace en avion, de même les mensonges se diffusent très rapidement d’n smartphone à un autre. »

j’aurais pu tout recopier!

Je vous laisse le plaisir de découvrir le livre par vous-même. Il se télécharge gratuitement, ne boudez pas votre plaisir!

 

Vagabondages – Lajos Kassak – Séguier

de BUDAPEST à PARIS

J’aime les relations  de voyage, surtout de voyages à pied. Vagabondages raconte l’errance de Lajos Kassak entre Budapest et Paris en 1909 à 22 ans. J’ai pensé au Temps des Offrandes de Patrick Leigh Fermor qui est un de mes livres favori. Fermor, à 18 ans en 1933 a fait la route inverse, de Londres vers Budapest « comme un clochard« . 

Lajos Kassak est devenu par la suite un peintre réputé et un poète reconnu. J’ai téléchargé ce livre avec une grande attente (trop grande).

Lorsque Lajos Kassak quitte sa ville en compagnie de son ami Gödrös c’est un tout jeune homme, apprenti serrurier qui cherche l’aventure sans projet précis, son but Paris « A Vienne, nous chercherons de l’ouvrage […] nous apprendrons bien l’Allemand…«  . Partis sur le Danube en bateau ils débarquent à Presbourg (Bratislava)  sans faire la moindre observation sur le paysage ou les monuments. A Vienne, ils ne cherchent guère à s’embaucher ; dans les ateliers qu’ils visitent, ils demandent plutôt l’aumône. De Vienne, le seul lieu visité est l’asile de nuit. Puis ils partent à pied, mendiant chez les paysans. Ces jeunes feignants ne me plaisent pas trop. Leurs aventures, ampoules aux pieds, repas de lait aigre…ne me passionnent pas. Si au moins ils décrivaient les contrées traversées…Vagabonds vraiment trop paresseux pour moi. Arrivés à Passau

Nous étions déjà des durs, cyniques et sans vergogne »

 

 

« A l’intérieur de l’Allemagne, les ouvriers itinérants étaient secourus officiellement par l’Etat. C’était un retour au régime des corporation : les jeunes compagnons y étaient tenus de prendre la route et remis à eux-mêmes de voir, de vivre, d’amasser des expérience pour l’avenir. pour ces jeunes gens curieux de découvrir le monde, il y avait dans chaque commune des installations qui les prenaient en charge »

En Allemagne, les Wandervogel étaient un mouvement de jeunesse, précurseurs des hippies d’après Wikipédia. L’errance de nos jeunes vagabond est plus facile. Ils s’organisent.

A Stuttgart,  Lajos Kassak rencontre Emil Szittya  (qui deviendra ultérieurement un critique d’art et un écrivain reconnu) mais qui n’est encore qu’un schnorrer qui profite des œuvres caritatives des Communautés juives et d’un carnet d’adresses bien fourni, il fréquente aussi bien anarchistes, végétariens, homosexuels et vit en parasite sans aucun remords. Bon camarade, il fait profiter Kassak de ces aubaines. A partir de cette rencontre le livre prend une tournure plus intéressante, variée et vivante. Les aventures de ces larrons deviennent même très amusantes.

De passage à Bruxelles, ils rencontrent des révolutionnaires russes. A Bruxelles encore, Kassak visite des musées, des expositions. Devant l’oeuvre de Konstantin Meunieret de celle de Rodin,  il s’emballe:

j’étais entré dans le monde de l’art, et j’étais capable d’y vivre de façon si intense qu’il me restait à peine de temps et de goût pour les affaires du monde. 

C’est là qu’il ressent les effets de son vagabondage :

Au cours de mes vagabondages, qui n’étaient pas autre chose, en apparence qu’une tentative de propre-à-rien pour couper au travail, ma vision du monde s’était élargie, mes pensées et mes sentiments purifiés. 

Expulsés de Belgique après une réunion avec des révolutionnaires russes, indésirables en Allemagne, ils prennent le train pour Paris. Paris, 1909, on aurait pu imaginer les rencontres avec tous les artistes de Montparnasse. Déception! Kassak ne songe qu’à retourner à Budapest.

 

 

Le hussard sur le toit – Giono

ÉPIDÉMIE

Angelo partit à quatre heures du matin. Les bois de hêtres dont lui avait parlé le garçon d’écurie étaient très beaux. Ils étaient répandus par petits bosquets sur des pâturages très maigres couleur de renard, sur des terres à perte de vue , ondulées sous des lavandes et des pierrailles. Le petit chemin de terre fort doux au pas du cheval et qui montait sur ce flanc de la montagne en pente douce serpentait entre ces bosquets d’arbres dans lesquels la lumière oblique de l’extrême matin ouvrait de profondes avenues dorées et la perspectives d’immenses salles aux voûtes vertes soutenues par des multitudes de piliers blancs. Tout autour de ces hauts parages vermeils l’horizon dormait sous des brumes noires et pourpres….

Épidémie de choléra en Provence en 1830, lecture de circonstance dans la série inaugurée avec La Peste Ecarlate et l’Année du Lion.

Traversée de la Provence pendant un été torride et l’arrivée de l’ automne dans des paysages superbement décrits.

la chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps : il s’était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon

Roman historique : Angelo, le héros, colonel de hussards piémontais a tué en duel un espion qui dénonçait les carbonari aux autorités autrichiennes, il s’est réfugié en Provence et veut rejoindre son frère de lait Giuseppe, carbonaro, cordonnier à Manosque.

Roman d’aventure, Roman de cape et d’épée : les routes sont barricadées, ceux qui tentent de fuir l’épidémie sont enfermés en quarantaine. Angelo tente d’éviter les patrouilles en coupant par la colline, ou  livre bataille aux soldats, enfermé il s’évade. Réussira-t-il à rejoindre Giuseppe? Suspense garanti.

Roman d’amour  ou presque, quand il rencontre une belle inconnue qui fera la route avec lui. 

J’ai fait durer la lecture tant Giono écrit bien. J’ai goûté avec grand plaisir ses descriptions des paysages provençaux. Giono fait ressentir la chaleur, le soleil de craie, mais aussi les parfums des pinèdes. Les oiseaux et les papillons et même les abeilles adoptent des comportements inquiétants pendant l’épidémie……Il décrit aussi les affres de la maladie, pas très appétissante.

Si vous connaissez la campagne d’Aix en Provence à  Manosque, Gap et Théus vous goûterez encore plus le voyage.

Trouvé sur un blog intéressant

pour le détail de l’itinéraire cliquer ICI

Pourquoi ce titre de Hussard sur le Toit ? Angelo se réfugie sur les toits de Manosque, mais je vous laisse la surprise….

 

 

Créteil – Voyages minuscules dans un rayon d’1 km

TOURISTE DANS MA VILLE

Carte postale de Créteil

Confinement  mode d’emploi :

1ère démarche:  télécharger l’attestation dérogatoire qui permet de se dégourdir les jambes pendant une heure dans un périmètre défini d’1 km de rayon:

2ème  : télécharger sur le téléphone la zone autorisée.

3ème  : Régler le podomètre, en marche rapide je peux comptabiliser 7500 pas/8000.

Les quartiers :

Montaigut : tour Mansart

le Montaigut réparti sur un plan circulaire avec 3 grandes tours, l’ anneau du bld du Montaigut autour du jardin rond,

Cathédrale de Créteil

avec la Cathédrale, la première cathédrale du XXIème siècle(2015), dit-on, coque de bois que j’ai vue transporter et assembler font comme deux mains jointes ou comme la coque d’un navire.Elle est flanquée d’un haut campanile – très haut presque autant que la tour de 18 étages tout proche. Autant j’aime la coque de bois, autant la tour me parait agressive. 

cathédrale et campanile

 Je traverse le carrefour pour trouver le chantier de la future ligne 15 du métro qui ira de l‘Echat à Vitry en passant passant par le Vert de Maisons. Le tunnelier creuse sous nos pieds dans le plus grand secret, on ne voit que des silos peints en rouge pour le ciment ou les gravas je ne sais pas bien. Je longe les bâtiments de l’UPEC (Université Paris-Est Créteil) où l’on a rénové le restaurant universitaire surmonté d’un lanternon jaune. 

Le Quartier du Palais tient son nom du Palais de Justice

Palais de Justice de Créteil

Il y a également un petit centre commercial dans une galerie couverte où je ne m’aventure pas, il fait si beau et la balade d’une heure ne permet pas le shopping (d’ailleurs en dehors de la pharmacie tout est fermé)

 

  • choux

les choux : les plus originales des constructions d’architecture brutaliste . Construits de 1972 à 1975, L’architecte Gérard Grandval s’est peut être inspiré de la vocation ancienne du terrain : des champs de maraîchers qui cultivaient des choux pour la choucrouterie Benoist. Ces choux sont emblématiques de Créteil. Autrefois, dans le métro sur la ligne 8 (Balard – Créteil) des affiches les représentaient. Longtemps, je me suis demandée comment les appartements étaient conçus, j’y suis entrée il y a quelques mois au cabinet du kiné. Ils ont aussi inspiré les réalisateur de cinéma Nacache et Toledano pour le film Tellement Proches. 

De l’autre côté de la RN186 se trouve le Lac de Créteil interdit à la promenade et trop éloigné. La Mosquée se profile ainsi que le Lycée Léon Blum . Vivement le déconfinement pour qu’on ait le droit de prendre la passerelle qui enjambe la grande route:

L’Année du Lion – Deon Meyer

CORONAVIRUS

L'année du lion" de Deon Meyer... - Sixtrid Editions | Facebook

Quelque part en Afrique tropicale, un homme dort sous un manguier. Ses défenses immunitaires sont affaiblies car il est séropositif et n’est pas soigné. Il a .déjà un coronavirus dans le sang. [….]

Dans le manguier se trouve une chauve-souris avec n autre type de coronavirus. La chauve-souris est malade. Elle a la diarrhée et crotte sur le visage du dormeur….

Un des parents de l’homme du manguier travaille dans un  aéroport de la grande ville[….]il tousse près d’une passagère juste avant qu’elle ne prenne un vol pour l’Angleterre.

En Angleterre se tient une rencontre sportive internationale….

(chapitre.4 p 25 )

l’Année du Lion est parue en Afrikaans (Koors) et en Anglais (Fever) en 2016.

Prémonitoire? 

L’auteur Deon Meyer s’est soigneusement documenté pour écrire cette dystopie. La bibliographie occupe 5 pages avec les liens pour la documentation sur Internet.

En général, je n’aime pas beaucoup les dystopies mais en ce temps d’épidémie, la réalité rejoint ces fictions et j’ai plus envie de les lire qu’avant. Cette lecture vient à la suite de celle de la Peste Écarlate  de Jack London (1912). Dans les deux ouvrages,  l’humanité est pratiquement rayée de la carte et les survivants errent en bandes violentes. La technologie et le savoir sont pratiquement perdus dans la Peste Écarlate, et les humains retournent à la Préhistoire, tandis que dans l’Année du Lion il reste assez d’ingénieurs, techniciens, lettrés pour faire tourner les machines abandonnées : avions, camions, tracteurs, ouvrages hydroélectriques et même communications radio….

L’électricité a tout changé Un interrupteur nous transporté du Moyen Âge à l’ère de la technologie moderne [….]et nous a insufflé un autre élément dont nous avions surtout besoin : de l’espoir….

Parfois, je me dis que Willem Storm voyait Amanzi comme une lutte entre l’Homme et le Virus, ou au moins entre l’Homme et les dévastions du Virus. Et l’hydroélectricité était une victoire importante  contre le Virus

La fondation de la  communauté idéale d’Amanzi était l’utopie humaniste de Willem Storm, le père du narrateur. Les hommes de bonne volonté s’associeraient pour former une communauté accueillante et démocratique. Après l’afflux de survivants de toutes parts une société diverse se recompose, avec le pasteur qui veut mettre Amanzi sous la garde de Dieu, Domingo qui ne croit qu’à la force et se construit une véritable armée. Agriculteurs et artisans, militaires et techniciens, la communauté se calque sur des modèles connus. 

Amanzi  n’est pas la seule entité peuplée, il y a aussi les colporteurs et les hordes de motards pilleurs ou pillards diversement motorisés. Une grosse partie du livre raconte en détail les opérations militaires contre ces bandes. C’est la part du livre qui m’a déplu. Violence et complaisance vis à vis de la violence, beaucoup de fusillades, d’entraînements militaires de soumission au chef. Seul bémol pour moi.

Le reste est passionnant et afin de ne pas spoiler je suis forcée de laisser de côté l’opposition des idées.   Willem  se réfère à Spinoza,et le pasteur à Dieu, et Domingo  méprise la démocratie. Manichéiste parfois, mais pas trop.

C’est aussi un roman d’apprentissage, Nico le narrateur a 13 ans au début du roman et 18 vers la fin.

C’est aussi un voyage dans les paysages grandioses de l’Afrique du Sud, on rencontre des lions, des springboks, des chacals…

J’ai dévoré ce livre jusqu’au dénouement final (et inattendu).

Cette nuit – Joachim Schnerf – ed Zulma

Cette nuit  différente de toutes les autres….

25

En léger différé, quelques jours après Pessah -étrange Pessah : commémoration  de l’Exode alors qu’on est confiné-  j’ai lu ce court et sympathique roman (158 pages) du petit format de Zulma. 

Avec retours en arrière, le récit du Seder et de ses préparatifs chez Salomon qui a perdu récemment sa femme Sarah. Sarah encore très présente autour de la table familiale – souvenirs d’autres repas familiaux. Une famille ordinaire. Salomon, veuf, a connu les camps et traîne ses blagues concentrationnaires.Les deux filles  -Denise et Michelle, les gendres Patrick a des faiblesses intestinales, Pinhas est séfarade expansif et folklorique, les deux petits enfants Tania et Samuel. En plus, Leyla, la correspondante allemande de Tania.

Livre de l’absence, du deuil. Comment Salomon conduira-t -il le Seder sans Sarah?

Traditions, et interprétations familiales. Nous assistons à toutes les étapes de la cérémonie, interrompues par des incidents prévisibles ou  non.

Salomon inflige à tous ces blagues des camps, humour très grinçant que seuls les survivants peuvent utiliser sans équivoque. Ma préférée, la plus courte : Salomon et Sarah visitent à Drancy une exposition sur la Déportation, ils rencontrent un ancien déporté :

A mesure que j’approchais, son rire devenait de plus en plus insistant, des gloussements morbides que j’aurais reconnus parmi cent autres. Je me plaçais à côté de lui et m’esclaffai à mon tour. C’était contagieux, il s’adressa à moi sans me regarder : « Struthof? » – « Auschwitz… » – « Prétentieux! »

Il en raconte d’autres, bien pires! 

Humour ravageur quand il parodie le texte

Sept ça doit être le nombre de rouleaux de papier toilette que Patrick peut utiliser en une soirée. Avec sept pour essuyer ses angoisses judaïques, les Six histoires de Pinhas qui font sortir Michelle de ses gonds, et mes Cinq doigts que je ne contrôle plus. Je ne suis plus certain d’aller au bout de la soirée, des Quatre coupes et de leur Trois faces affolées, je ne suis pas sûr de protéger mes Deux petits-enfants de ces adultes incontrôlables, alors je n’ose imaginer ce qui se passera dans Une maison où ce petit monde restera dormir après les dîner. 

Et termine

Me rassurer en imaginant les voix douces de Tania et Samuel égrénant une autre mélodie cumulative : Had Gadia

Quand tout est fini, Salomon retrouve l’absence, le deuil.

Un livre drôle tout en mélancolie et en tendresse.

 

 

Le silence d’Isra – Etaf Rum

FEMMES

« …Là d’où je viens, le mutisme est la condition même de mon genre, aussi naturel, que les seins d’une femme, aussi impératif que la génération à venir qui couve dans son ventre… »

Là d’où je viens, nous gardons ces histoires pour nous-mêmes. Les raconter au monde extérieur serait une incongruité dangereuse. Le déshonneur le plus absolu. 

Si les femmes n’ont pas la parole, elles lisent, et parfois, écrivent!

C’est donc l’histoire des femmes d’une famille palestinienne de Brooklyn.

1990, Isra, à peine 18 ans est promise à un mariage arrangé, un avenir resplendissant en Amérique. Elle rêve d’un amour partagé, de poésie

Mama soupira. « Bientôt, tu apprendras qu’il n’y a pas de place pour l’amour dans la vie d’une femme. Tu n’as besoin que d’une chose : sabr, la patience »

 

2008, Broolyn. Deya, 17 ans, lycéenne, a déjà éconduit plusieurs prétendants et rêve d’étudier à l’université. Nasser est un jeune homme sympathique et Deya hésite.

Ces mariages arrangés, la soumission des femmes cloîtrées à la maison se transmettent de génération.

Deya avait pris conscience que la plupart des règles que Farida considérait comme importantes ne relevaient pas du tout de la religion, mais bel et bien des règles de propriété arabes

Farida, la belle-mère d‘Isra, la grand-mère de Deya a une très forte personnalité. C’est elle le pivot de la maisonnée qui donne des ordres aussi bien à ses fils qu’à ses belles-filles ou à ses quatre petites filles. Seule Sarah ose se rebeller. Nadine, la jolie, la chanceuse, qui a donné un garçon à son mari tire à peu près son épingle du jeu.

Isra se demanda ce qui avait pu rendre Farida si forte. Elle avait dû subir quelque chose de bien pire que des coups, songea-t-elle. La avait fait d’elle une véritable guerrière. 

Au début, ces femmes soumises, perpétuellement enceintes, qui lavent et plient le linge, frottent les sols, préparent à manger aux hommes qui rentrent tard et les battent, m’ont profondément agacée. Le roman démarre doucement. Il faut persévérer pour deviner que de lourds secrets se cachent.

« Elle distinguait enfin clairement la longue chaîne de honte qui reliait chaque femme à la suivante, elle voyait précisément la place qu’elle occupait dans ce cycle atroce. Elle soupira. La vie était si cruelle. Mais on n’y pouvait pas grand-chose quand on était une femme »

Plus on avance dans la lecture, plus on devine les tragédies. Ce n’est pas seulement le roman de l’enfermement et de la résignation des femmes. Les femmes sont les servantes, les génitrices et les gardiennes de la tradition et de la culture. C’est aussi le roman de l’exil, du refus de l’intégration dans la vie américaine. C’est aussi la tragédie de la Palestine.

Qu’est-ce qui les avait poussé à quitter leur pays pour s’établir en Amérique[…]Sa fille les aurait-elle déshonoré s’ils l’avaient élevée au pays? Quelle importance s’ils étaient morts de faim? Quelle importance s’ils étaient morts d’une balle dans le dos à un check-point, ou asphyxiés de lacrymogènes sur le chemin de l’école ou de la mosquée?[…]Mieux fait de rester et de se battre pour leur terre, mieux fait de rester et de mourir. Toute douleur aurait été préférable à celle de la culpabilité et du remords…

Ce roman qui avait commencé doucement s’avère beaucoup plus riche, plus intense que je ne l’imaginait au début. 

Hasard des programmations : hier sur Arte le merveilleux film Wajdja, film saoudien sur l’enfermement des femmes et leur éducation. Film réalisé par une femme saoudienne qui a une pêche : à revoir!

 

Le samedi de la terre – Erri de Luca

« Pour la première fois de ma vie, j’assiste à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté
de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni
l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la
sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique
et impératif mot d’ordre »

Je me ferme aux bruits du monde, aux litanies de statistiques morbides, aux discours et aux injonctions anxiogènes qui se déversent sur nous.

Soudain un titre : Le samedi de la Terre d’Erri de Luca traverse la barrière que je me suis construite. Urgence! il me le faut!

Gallimard offre le téléchargement gratuit dans sa collection Tracts. Plus qu’un essai, ce court texte(12 pages) est un tract que j’ai envie de diffuser autour de moi.

Enfin! dans les écrits et paroles « sur le confinement » vient une réflexion qui me donne comme une bouffée d’oxygène.

 

Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments

Enfin! quelqu’un donne à lire une pensée cohérente, politique, poétique, belle, qui me traverse, me porte au lieu de me consterner.

Pourquoi ce titre?

le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation. La divinité a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et elle a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre.

Je savais l’auteur grand lecteur de la Bible en hébreu, il a choisi Samedi plutôt que Shabbat pour que sa parole soit universelle. 

En conclusion :

« Basta che ce sta ‘o sole, basta che ce sta ‘o mare… »

Il suffit qu’il y ait le soleil, il suffit qu’il y ait la mer.

Ce n’est pas une thérapie reconnue, mais c’est bon pour l’âme de se mettre au balcon et de se laisser baigner de lumière.

ERRI DE LUCA

Ne vous contentez pas de ces courts extraits!

LISEZ-LE !

 

 

 

 

 

 

Adieu le blog LeMonde.fr, Bonjour WordPress!

Siwa : mon ancienne banderole du blogLeMonde
Siwa : la banderole de mon ancien blog;

Le 8 juin 2010, j’écrivais »bonjour le Monde, Adieu Voix-Nomades, ! » me voici 9 ans plus tard avec le même sujet. Presque.

J’ai pleuré quand Voix-Nomades a fermé.  C’était une petite communauté, de la  chaleur humaine, de l’amitié. Beaucoup plus qu’une plateforme de blogs.

J’ai  abusé de la notoriété du Monde à l’étranger quand je parlais de mon blog.leMonde.  Le journal était connu. Y faire référence m’a valu un bon accueil dans certains hôtels. Et puis, il y a eu ce jour où le spectacle du Club Pobé sur le blog de Chantal Serrière  a fait la une du Monde.fr, et j’en ai été si fière. Il y a eu aussi, des bogues à répétitions,  et à la suite, de nombreux blogueurs (euses) ont quitté Le Monde pour d’autres plateformes.

Quand j’ai reçu fin  mars 2019, un mail du Monde m’annonçant la fermeture de mon blog je l’ai mal pris. Mon blog, c’est la mémoire de près de 20 ans de voyages et de lectures. Allais-je perdre la mémoire? J’ai commencé à tout sauvegarder et tout copier (plus de 6000 articles et tant de photos). Ce travail gigantesque  aurait pu engloutir des semaines à copier/coller. J’ai essayé d’autres blogs, fait des expériences, des présentation, des banderoles, des slogans.  J’ai ouvert trois blogs sur Blogspot que je maîtrise à peu près.

Enfin, début avril est arrivé le mode d’emploi de la migration sur WordPress : les blogs le Monde étaient déjà sur WordPress. J’ai imprimé les directives et conseils. En deux heures, tout mon blog avait migré. J’ai tout retrouvé! J’ai peut être perdu l’occasion de rafraîchir mes écrits, de revivre des souvenirs….mais j’ai retrouvé les commentaires au fil du blogs, certains d’amis disparus, si précieux. Tableau de bord analogue, mêmes widgets, même présentation.  Seule la banderole a changé, je n’ai pas retrouvé l’ancienne vue de Siwa au coucher du soleil que j’aurais bien gardée.

Depuis près de deux mois, je blogue avec bonheur sur WordPress. J’ai surtout apprécié les statistiques beaucoup plus détaillées que précédemment et le Lecteur qui met en relation avec d’autres blogs analogues. Sur le Monde je connaissais uniquement le nombres de visites par jour (de 400 à 600) sans savoir quel article, quelle photo avait retenu le visiteur. Avec WordPress le nombre de visites a beaucoup diminué mais je connais l’article lu et l’origine des lecteurs. J’en ai été très étonnée.

Comment aurais-je pu deviner que les articles les plus consultés seraient les  livres d’auteurs africains et les lecteurs venant du Sénégal, du Mali parfois de Guinée ou du Niger? Ils ne me laissent pas de commentaires; peut être sont-ils des écoliers qui n’ont pas terminé le livres et qui ont une fiche de lecture à rendre au lycée pour le lendemain et espèrent trouver le travail tout fait (j’ai fait cette expérience sur Babélio). Comment les best-sellers sont le Sentier de Gonone à Cala luna (Sardaigne) ou le marché de Marsaxlokk (Malte)? Une promenade dans Hué  remporte aussi du succès. Si j’avais sélectionné pour un nouveau blog mes carnets de voyages j’aurais peut être laissé tombé ces billets? Ne pas me gargariser avec les chiffres, sur Voix Nomades où je connaissais le mot-clé conduisant à mon blog, j’avais trouvé que « cacher un compteur à gaz » avait emmené un internaute sur mon article de Siwa : à l’hôtel les conditionneurs d’air étaient cachés dans des cages de palmier tout à fait esthétiques et pratiques!

Le Lecteur m’a mis en relation avec plusieurs blogs de voyages,de visites d’exposition et je suis ravie de ces nouveaux contacts.

Mais surtout! je n’ai pas perdu la mémoire! Je blogue pour noter, observer, exercer mon regard, analyser mes lectures. Mais je tiens les notes disponibles n’importe où et n’importe quand pour m’y référer. Combien de fois y suis-je revenue pour trouver un titre de livre, le nom d’un village qui m’échappaient totalement et ne voulaient pas revenir. En vieillissant, on oublie!

 

pause vacances!

BLOG EN PAUSE!

Demain nous serons dans l’avion pour San Jose, Costa Rica.

Nous espérons bien voir des paysages comme sur la photo!

Je n’emporte pas d’ordi, seulement 3 cahiers de brouillon,  96 pages et mon carnet moleskine, un crayon et une gomme…l’appareil photo, bien sûr, et la liseuse, chargée.

Le blog sera en pause, mais je vous enverrai des cartes postales sur Facebook