Le retour en pirogue se fera à la perche. Le vent soulève maintenant des vagues qui passent par dessus bord. Il faut moins d’une heure pour revenir à l’hôtel à la tombée de la nuit à 18h15. La nuit tombe vite au Togo, nous avons changé de fuseau horaire. La surface du lac est métallique, du plomb avec des reflets dorés. Les silhouettes noires à contre-jour des piroguiers sur leurs embarcations se détachent épurées. Un peintre de Ganvié lors de notre première visite avait voulu nous vendre des tableaux que nous avions méprisés – trop clichés, pensais-je – ils traduisaient parfaitement le spectacle qui se déroule sous nos yeux.
les cases rondes de l'auberge du Lac
18h15, il reste peu de temps pour nous livrer à la bataille contre les moustiques : revêtir des vêtements imprégnés, se tartiner de répulsif (j’aime son odeur de coco), barricader la chambre aussi hermétiquement que possible, trouver une prise qui fonctionne pour le diffuseur électrique, allumer les spirales et les bougies à la citronnelle. La totale ! Cela aurait été si simple si nous avions eu une moustiquaire ! Un employé de l’hôtel arrive avec une bombe et nous dit de sortir 10 minutes.
L’ennemi n’a pas paru et j’ai pu rester tranquillement sur la terrasse avec ma bougie.
Diner dans la quasi obscurité. Le bar est délicieux et de belle taille, la sauce accompagnant le riz est composée de courgettes, carottes tomate et céleri, très douce. Pour dessert : un ananas. Notre voisin vient chercher des cigarettes au bar. C’est un Chinois qui parle français. Pour les Africains, les Chinois sont ils des Blancs ?
Lever du soleil sur Kpessi
Émerveillement du lever de soleil sur la lagune de Kpessi. Calme et harmonie, l’eau immobile prend des teintes opalines. Les gros nuages gris sont gonflés comme des montgolfières. Une dame et un homme balaient le sable sous les cocotiers. Je retourne à la case chercher l’appareil photo et mon carnet moleskine. C’est la première fois depuis notre arrivée que je ressens l’urgence de dessiner pour ne rien perdre de l’instant. Kamal est rentré voir sa famille à Lomé, il ne viendra nous chercher qu’à 9heures, j’ai donc le temps de croquer la balayeuse, ses épaules nues, son corsage glissant négligemment sur le bras, son foulard noué, les plis de son pagne coloré.
Le petit déjeuner est servi sous un kiosque rond : omelette aux herbes, pain chaud et confiture de mangue.
Nous n’avons pas entendu chanter les enfants que nous voulions enregistrer : l’école est vide.
Je me laisse tenter par une baignade dans la lagune. Cela commence mal : le fond est vaseux. Dans le doute, je préfère garder mes sandales. Les tongs sont aspirées par une succion du fond. Je n’arrive plus à les décoller.
Un peu plus loin 4 enfants pataugent. Peut être le fond est il plus propre ? Non ! Ils me défient : « savez vous nager ? »Nous jouons ensemble. Le plus petit prétend avoir quinze ans, je lui en donne huit. Je le traite de menteur et cours chercher crayons et stylos.
les enfants et les stylos
Pirogue sur la lagune
Je me harnache en conséquence : mon turban à la sénégalaise pour ne pas avoir de coup de soleil et mon voile turc pour protéger la nuque, le cou et les joues. Comme il fait frais sur l’eau, la superposition des étoffes n’est pas inconfortable.
Kamal nous accompagne. Tandis que la pirogue s’éloigne de Kpessi parviennent des tambours et des chants. Kamal nous explique que c’est la reprise à l’école. Les enfants se tiennent dans la cour et chantent l’hymne togolais. La demi-journée peut commencer et c’est ainsi tous les jours au Togo. L’école est juste derrière l’auberge et nous pourrons les enregistrer demain matin.
La traversée est un enchantement : nous naviguons « à la voile » : un drap vert est attaché à un mât tenu par deux ficelles. Le vent souffle et soulève de vraies vagues. Un épervier tente de pêcher et part bredouille ; les sternes sont plus habiles, elles ne se contentent pas de raser la surface elles plongent. La pirogue se rapproche de la rive opposée (4km).
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Togoville catholique
Des baobabs défeuillés se détachent au dessus d’une végétation dense et embrouillée. La rive nord n’est pas plate et sableuse comme celle du côté de l’océan. Une falaise rouge surplombe la lagune portant un village : Togoville : 8000habitants, autrefois la capitale du Togo.
Dès que la pirogue accoste, un guide se présente. La visite démarre mal. La première attraction est un canot bleu abandonné à l’envers dans un pré, assez gros mais très ordinaire : le canot du Pape Jean Paul II. Nous arrivons ensuite au débarcadère du Pape peint en rouge. Le Saint Père est venu en saison pluvieuse, l’eau montait lus haut. La passerelle rouge se trouve un mètre au dessus du sol, incongrue. On remonte la rue très raide qui mène au sanctuaire marial. La Vierge est apparue ici. Une statue en ciment bleu et blanc très conventionnelle est placée sous un arceau de fleurs blanches. Je prends la photo comme celle du canot et de la passerelle pour faire plaisir à notre guide. L’église est allemande. A sa construction c’était un temple protestant. Pour la venue du Pape on a fait venir un peintre d’Italie ou d’Ouganda (je n’ai pas bien compris) pour la décorer à fresques et des vitraux ornent les fenêtres comme dans une église européenne. Des bancs en ciment ont été rajoutés pour la visite papale. Jusqu’ici, la visite ne nous passionne pas.
Togoville : les enfants contribuent au chantier en apportant le sable
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Togoville centre artisanal
Passage obligé au Centre Artisanal. Un groupe en ciment orne la placette : un jeune homme vêtu de jeans assis cavalièrement sur une chaise à l’envers, s’appuyant sur le dossier, les manches roulées au dessus du coude fait face à un vieil homme en costume traditionnel. La Modernité faisant face à la Tradition.
Je trouve ce que je cherche pour la pièce : un petit gong double et une gourde végétale emmaillotée dans un filet où sont enfilés des boutons de nacre. C’est un joli instrument de musique. Les boutons sonnent de manière plaisante. Je négocie à 6000F les deux, je donne 10€, il me rend 650f et fait un reçu pour 9€. Le compte est bon, la facture manuscrite aussi. L’artisan qui a fabriqué la gourde sort pour la photo. Il est content de sa vente et moi de mon achat.
Togoville animiste
Face à face, la tradition et la modernité
Après la visite catholique commence la visite aux fétiches qui sont bien vénérés ici à en croire la fraîcheur des offrandes répandues sur le fétiche mâle. Le fétiche femelle est une statue enfermée dans un enclos. Un peu plus loin un arbre est enrubanné. A sa base, une calebasse. Une petite chèvre est attachée.
Nous écoutons de plus en plus distraitement ; le guide préfère bavarder avec Kamal dans leur langue.
Nous sommes plus attentives à l’animation de la rue. Une file d’enfants se dirige vers un portail sculpté portant les symboles des fétiches puis remonte le village. Les filles portent des bassines les garçons des seaux. A quoi correspond cette joyeuse procession ? Un camion a livré du sable au village. Les ruelles ne permettent pas l’accès au chantier. On a donc fait appel aux enfants pour terminer la livraison. Le propriétaire donnera quelque chose à l’école.
Ici aussi, la campagne contre le VIH a laissé des tableaux peints et il y a une baraque en bois verte ornée du ruban rouge. D’autres panneaux rappellent des règles d’hygiène simples : les eaux souillées rendent malade !
Nous rendons la visite traditionnelle à la maison du roi. Dans la salle d’audience, les chaises sont alignées le long du mur de part et d’autres du trône royal sur une estrade sous la photo de l’ancien monarque de Togoville – celui-là même qui avait signé le traité de Protectorat avec les Allemands. Une femme en bigoudis nous apporte le Livre d’Or, le roi ne se déplacera pas. Nous n’avons ni le temps ni la patience d’attendre son fils qui viendrait peut être.
La route inter-états, très fréquentée, est bordée de terres cultivées et prospères. Cette richesse apparente au Togo s’arrêtera-t-elle dès que nous quitterons le grand axe de circulation ?
Un pont traverse la lagune : le train du phosphate exploité non loin de là.
Comme au Bénin, les routes bien entretenues, sont barrées de péage. Des jeunes filles y proposent des alocos que j’achète avec joie. Le petit sachet plastique bien fermé en contenant 6 vaut 125F ?
Plus loin, un épervier emporte un rongeur dans ses serres. Avait –il été percuté par une voiture ?
Porto Séguro : Maison des esclaves
la maison des esclaves, l'entrée dees maîtres et le soupirail des esclaves
La Maison des Esclaves de Porto Seguro
Dans des ruelles blanches de sable, la maison Woods est bien cachée derrière une porte en fer. C’est une maison coloniale de style Afro-Brésilien avec un perron haut de quelques marches agrémenté de plantes vertes. Un beau manguier orne la cour. Seuls les soupiraux trahissent l’horrible fonction de cette demeure. C’est là qu’était le lieu de stockage des esclaves attendant le passage vers le Nouveau Monde. Les entrées des soupiraux étaient si basse qu’il fallait ramper. Dans le salon des négriers,rien ne laissait soupçonner la présence des esclaves. Le guide ouvre une trappe qui ressemble à celle d’un bateau et nous propose de descendre. J’hésite un peu : il n’y a pas d’échelle. Il faut se laisser couler en se retenant à la force des bras. Une fois en bas, impossible de se relever : on doit marcher à 4 pattes. La cave ressemble à la cale d’un navire, ainsi les hommes devaient s’habituer à l’exigüité et à l’enfermement.
Il faut imaginer cette maison clandestine cachée dans une épaisse forêt. Après le traité de Lagos ces maisons furent détruites mais celle-ci était bien cachée et discrète.
A Porto Seguro nous faisons quelques achats : des bouteilles d’eau Voltic (imitation de Volvic ?), des bananes, des oranges que nous mangerons à Kpessi dès que nous serons installées.
Juste après la frontière, une allée ombragée conduit à des bâtiments coloniaux bien usés par le temps et patinés à la terre rouge. C’est Aného (prononcer le H comme le CH dur allemand). Le Musée Ethnographique de la Région Maritime fait revivre les souvenirs de la colonisation allemande 1884-1914 installé justement dans un bâtiment de cette époque.
Le 5 juin 1884, le Protectorat allemand a été signé par le commandant Nachtigal et le roi de Togoville. Trois gouverneurs allemands se sont succédés .
Le Togo allemand était beaucoup plus vaste que le Togo actuel, partagé entre le Protectorat français et le protectorat britannique en Gold Coast (Ghana actuel) en 1914 et non pas à l’issue de la Première Guerre Mondiale comme je l’imaginais.
Autre surprise : l’attachement des togolais à la colonisation allemande. Certes, c’est une originalité par rapport aux voisins béninois ou ivoiriens que d’avoir d’abord été sous Protectorat allemand. On montre une curieuse photo de classe où les enfants africains sont affublés d’une belle casquette recouverte de velours rouge. Ce couvre-chef fut utilisé comme argument dans la scolarisation des garçons qui rentraient chez eux très fiers de la porter.
Les Allemands ont construit trois lignes de chemin de fer : la ligne du coprah à Aného, la voie du coton à Lomé et celle du cacao-café à Kpalimé.
En plus des fac-similés des traités, on montre des photos anciennes et dans les vitrines des instruments de musique : hochets, gongs pour annoncer des messages, tamtam parlant. Dans une autre vitrine on voit les attributs royaux : la sandale portant le crabe-symbole d’un souverain. Les sceptres servaient de convocation : le porteur du sceptre avait droit à tous les égards qu’on réserve au souverain ainsi que l’obéissance.
La route inter-états est bien entretenue. Même signalisation routière qu’en France, 50 en agglomération . Les jardins de maraîchers bordant la route, sont très soignés. Comme à Cotonou, on arrose avec la double pomme d’arrosoir fixée sur des tuyaux jaunes. L’arrosage est l’essentiel du travail.
Plus loin, on cultive le manioc. Sur le bord de la voie, on vend de grands cylindres de gari et de tapioca. Kamal insiste : le tapioca est très nourrissant et plein de vitamines. Cet amidon de maïs ne me plaisait pas du tout quand j’étais petite. Cela ressemblait à des œufs de grenouille dans le bouillon.
A l’approche de la frontière, les camions en stationnement sont de plus en plus nombreux. Certains viennent de très loin. Ils sont chargés de tuyaux, de grosses bobines de fil de fer et de chargements très hauts cachés par des bâches Certains sont décorés. Je lis « Heavenhelps » sur l’un « Body Body » sur le suivant. Kamal nous montre ceux qui sont nigérians, ceux qui vont jusqu’au Niger ou au Burkina Faso. Ils sont pris leur chargement à Lomé, peut être au Ghana. Jamais de tels monstres ne circuleraient en Europe. Sur la route de Pobè nous en avons vu un qui avait perdu l’équilibre et basculé dans le fossé en cherchant à éviter un autre en panne qui encombrait la voie. Les sacs de charbon étaient déversés sur le talus.
Passage de la frontière du Bénin/Togo
On passe la douane à pied. Il faut d’abord se rendre au poste de contrôle béninois. Le fonctionnaire, en uniforme bleu, bien en chair, le crâne rasé avec des épaulettes fait consciencieusement et lentement son travail.
– « l’adresse du passeport est elle encore valide ? »
– « Quel est votre hôtel à Cotonou ? » – « Votre profession ? », « encore en exercice ? » s’étonne-t-il ? Au Bénin, la retraite des fonctionnaires est à 55 ans.
– – « il faut maintenant plus de 40 ans de service » , je réponds, un peu vexée.
Ce n’est pas la première fois au Bénin qu’on me traite en vieille dame. Il recopie puis revient à la question de la retraite qui semble l’intéresser :
– « pourquoi la France a-t-elle reculé l’âge ? » – « pas assez d’enfants ! », je réponds.
Cette idée lui plait. Sans doute les africains remplaçant les enfants manquants, seront-ils mieux accueillis ?
Premier tampon.
– « numéro du véhicule ? » Juste derrière moi, Kamal a surgi comme par enchantement.
On remonte en voiture. La frontière se passe à pied par une porte étroite qui donne dans un couloir noir. Le policier Togolais cherche le visa et appose un autre tampon. Ce n’est pas le dernier. Il faut aller à l’Emigration où deux fonctionnaires officient à un comptoir. Même questionnaire que chez les Béninois.
– « numéro du véhicule ? encore une fois Kamal est arrivé sans qu’on s’en rende compte.
Un jeune passe dans tous les bureaux béninois et togolais ; il distribue des boîtes à gâteaux. Les premiers l’avaient reçue d’un air distrait. J’avais cru qu’on lui livrait son déjeuner. Son collègue l’avait ouverte. Elle était pleine de sachets argentés. Quelle utilité ?
Du côté Togolais, on n’est pas prude. On distribue les préservatifs à tous les passants (pas à nous, à cause de notre peau blanche ou de nos cheveux idem ?). Une femme se rebiffe:
– « mon mari ne met pas ça ! »
Le policier est rigolard : – « il n’est pas forcé ! »
Le nombre des camions explique peut-être cette initiative. Il est connu que l’épidémie se propage, entre autres, par les voies de communications, les routiers loin de leur domicile, fréquentant des prostituées. Et puis, ce passage obligé devant les autorités est un excellent prétexte.
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Campagne de Prévention VIH au Togo
Affiches
Au Togo, la campagne d’information par affiches est très active. Un panneau publicitaire sur deux est consacré à la prévention contre le VIH, en français mais aussi en anglais.
Bilingue : Le Sida ne connait pas les frontières.
Protège-toi !
Illustrée par une carte des pays traversés par la route inter-états : « Pour un corridor sans Sida »
Sympa : deux collégiens souriants, décor de rubans rouge, Ils ont écrit au feutre sur la paume de leur main : « C’est ma vie », une petite main jaune genre « touche pas à mon pote. Nous sommes trop jeunes pour le sexe.
L’abstinence c’est mon choix
Une publicité pour les condoms : Un ami dans la cité
Ciblé adultes : 3 couples d’origines sociales différentes, de l’homme d’affaire à l’ouvrier : Nous avons fait le test
Nous sommes sereins
Plus surprenant et martial : 6 militaires brandissent une pochette :
Les forces Armées s’engagent pour le combat du Millénaire
Contre le VIH
La chute rend sympathique le ton provocant et militariste du début.
Les autres affiches se répondent :
Deux basketteurs, un ballon, un panier On n’attrape pas le Sida en jouant ensemble
Deux femmes goûtant la cuisine dans un fait tout On n’attrape pas le Sida en mangeant avec une personne séropositive
Plus sobre : Les personnes séropositives sont aussi utiles à la société
Je ne sais pas qui a réalisé cette campagne tonitruante mais plus personne au Togo ne peut ignorer la maladie ni les moyens de se protéger
Après le pont sur le fleuve Mono, nous arrivons à Grand Popo .
L’auberge de Grand Popo est très chic avec ses bâtiments à étage de style colonial. Sébastien a réservé pour nous à l’annexe, pudiquement appelé « chambres sur Jardin ». L’endroit est charmant : un carré d’herbe verte de très beaux tamaris des bignonias jaunes en fleur. La chambre est ventilée : les grandes pales tournent au dessus de la moustiquaire blanche installée de façon originale. Au lieu des quatre piquets disgracieux à chaque coin du lit on a construit un cadre renforcé de deux traverses soutenu par un piquet central. La mousseline est très fine presque invisible mais apporte une impression de sécurité absolue. Le mobilier est de bon goût : un plateau de rotin sert de store masquent l’ouverture en demi lune au dessus de la porte. La lampe de chevet en toile écrue est jolie, malheureusement il n’y a pas d’ampoule.
les pêcheurs de Grand Popo
Nous partons la découverte du village de pêcheurs bien différent des chaumières de Hiyo ou de Togbin sur la Route des Pêches. C’est un vrai village avec des maisons en dur, parfois écroulées, une belle maison coloniale jaune (habitée par des yovos), des boutiques…Sur la plages, des jeunes s’affairent à réparer des filets. Ils me proposent une promenade en pirogue sur le fleuve Mono.
Je termine la journée à la plage : baignade avec de l’eau jusqu’aux chevilles, puis à la piscine à peine plus profonde et beaucoup trop chaude pour rafraîchir.
Dîner au restaurant sur le bord de la plage. Le vent souffle très fort, la température est agréable. Il y a peut être 10°C d’écart avec notre jardin ? Musique cubaine de tout à fait de saison. Je commande un bar grillé (3800F) très petit et très sec avec un petit bol de riz renversé. Après dîner, je reste à écrire au frais jusqu’à ce que le sommeil me gagne.
Grand Popo et départ pour le Togo
6h50, comme chaque matin, ma promenade sur la plage.
Sur la voie, les enfants en uniforme, un cahier à la main, ou une ardoise pour les plus jeunes, vont à l’école. Je les suis jusqu’à un très grand groupe scolaire peint autrefois en rose, encore soigné. L’église qui m’a réveillée à six heures avec ses cloches, a un vieux clocher jaune ébréché. Elle est fermée.Il y a de belles maisons, l’une d’elle est au nom de Ma Ramotswe . Un terrain de jeu a été offert par des Finnois (Lappset).
Je rentre par la plage marchant dans l’écume mousseuse.
Le petit déjeuner – contrairement au dîner, cher et mesquin – est à la hauteur de l’établissement, la confiture de coco est fameuse.
Kamal a fixé le départ à 10heures ce qui nous profitons de de la plage.La baignade est très agréable : les rouleaux sont moins puissants et se brisent sans violence. C’est la première fois que l’eau au- dessus de la taille.
Un homme nous attire avec un curieux manège : il balance un curieux ustensile ressemblant à un minuscule panier à salade conique ou à un encensoir. Que fait –il ? – du thé à la menthe. C’est ainsi qu’il attise le charbon de bois dans le vent. Quand il y aura suffisamment de braises, il le rechargera petit à petit.
Ouidah midi, comme nous y sommes venues plusieurs fois? Sébastien ne fait pas de visite commentée. Il m’offre une noix de coco à côté de la Porte du NonRetour et nous montre la place de l’Eglise où se trouve aussi le Temple des Pythons, symbole, selon lui, du syncrétisme. Près du marché, sur une place, un artiste a sculpté le tronc d’un caïlcédrat : une énorme racine a été transformée en visage d’un vieil homme dont la mémoire a enregistré l’histoire du pays : la Marche des esclaves, la Jarre percée, les Jumeaux…tant de symboles ! Mais aussi des animaux : le lion, un serpent une pintade. Pour finir, il a gravé son numéro de GSM en vue de commandes éventuelles.
Buvette sur la route Cotonou Lomé
Buvette sur la route inter-états
Le petit car a rejoint la route Inter-états qui va à Lomé et ensuite à Abidjan. Les buvettes sont nombreuses. Nous nous arrêtons devant la plus belle : damier rouge et blanc (couleurs coca-cola selon Sébastien) on refuse de nous servir. Nous boirons un coca (lui) et moi un Fanta dans une autre buvette non loin de Grand Popo.
Arrêt au Lac Ahémé
les enfants sur le lac Ahémé
Auparavant nous faisons un arrêt au lac Ahémé. Des enfants se baignent.ils dansent pendant que je prends la photo. Nous profitons du passage au marché de Comé pour photographier des enseignes de coiffeur et de couturière
9h : nos deux valises et le sac à dos sont le long de la voie ;
9h30 : toujours personne ! les Béninois ne sont guère ponctuels, mais quand même !
9h45 : Sébastien proteste: le voyage est prévu demain
J’insiste. La communication est coupée. Le réseau est vraiment exécrable. Je rappelle du fixe. Sébastien est formel et me demande de vérifier le programme. En Effet? c’est imprimé bien gros. Mercredi : repos à Helvetia, jeudi :voyage au Togo. J’essaie de rattraper mon erreur. Trop tard : « je suis sur la voie » annonce Sébastien de son portable.
Une heure plus tard, le petit car blanc que nous connaissons bien arrive. Départ pour Grand Popo où nous passerons la nuit.
les petits poissons argentés sur la voie
Sur la piste vers Ouidah, Sébastien nous montre des détails qui nous avaient échappés. Les piquets qui soutiennent les nattes de palmes tissées ont pris racine et donnent des feuillages. Je croyais que les pêcheurs entretenaient des jardins : non, ce sont simplement des piquets !
Deuxième erreur de ma part : dans le village où j’avais précédemment vu des tas d’huitres, j’avais remarqué des taches nacrées sur la piste et j’avais dit à Thierry :
– « tiens, ici c’est bien. Ils on rebouché les nids de poule avec les coquilles ! »
Et bien, non ! Ce ne sont pas des coquilles mais des poissons minuscules, peut être de deux centimètres de long, peut être trois, qu’on a mis à sécher sur la route. Ils seront réduits en poudre pour donner du goût (et des protéines) à la sauce ! (si les voitures ne les dispersent pas)
Belle après midi de farniente à la plage. Je n’ose pas affronter de près les vagues qui arrivent par trois rouleaux. Le premier vient se briser à la hauteur de mes cuisses. Quand l’eau se retire, je me sens aspirée et mes chevilles sont plantée profondément dans le sable. La seconde vague n’est pas très impressionnante. Quand Stéphanie et Laure se baignaient avec moi j’y plongeais la tête – très fière de mes exploits – ce n’est pas tant la force de la vague qui éclate que le reflux qu’il faut redouter. La troisième, vers le large, est magnifique. On la voit s’étirer, s’arrondir, verte et lisse, puis déferler. Une vraie vague de surfeurs !
Sur la plage, il n’y a pas de réseau pour téléphoner. Mais les textos passent. Marcelle m’en envoie toute une série, qui me font très plaisir.
En revanche je dois retourner dans les environs de la paillote pour organiser notre équipée à Ouidah. Willy ne comprend pas pourquoi nous avons besoin d’un chauffeur. Des taxis collectifs relient Cotonou à Ouidah pour 700F, il suffirait de prendre un zem pour Cotonou. Moronikê propose un meilleur plan ; Willy m’emmènera pour 2000F à moto. Finalement après de nombreux appels manqués, coupés, et textos, on décide d’y aller avec Thierry pour la matinée.
Pour dîner, les brochettes de bar sont excellentes.
Allumez les étoiles: une école de cinéma à Ouidah!
Joris à la caméra
L’école du quartier Brésilien où enseigne Willy est à l’entrée de la ville. C’est un groupe scolaire de six classes (mais 12 enseignants) réparties autour d’une vaste cour. L’ensemble est pimpant, fraîchement repeint, bien entretenu avec de la verdure. Willy nous accueille très gentiment et nous conduit dans la Salle des Maîtres où nous nous entretenons avec le Directeur. Au Bénin, les civilités sont indispensables. On n’entre pas directement en action sans avoir salué, le directeur, le chef du Village où même le Roi. Il serait considéré comme impoli de ne pas consacrer un minimum de temps aux autorités. Nous nous prêtons bien volontiers à ces rencontres de politesses. Les salutations africaines nous étonnent toujours. Nous venons du pays des gens froids, pressés et peu aimables.
Willy est un peu embarrassé pour commencer le tournage du scénario que je lui ai apporté. Aujourd’hui, les inspecteurs sont attendus. De plus, les vacances sont à la fin de la semaine. Il préfère prendre son temps et travailler à son rythme avec ses élèves. Pour nous faire plaisir, il soustrait quatre élèves de CE1, embarque un trépied et une caméra. Nous irons filmer les pirogues et les pêcheurs. Avant d’enlever les quatre petits, le Directeur nous fait toutes sortes de recommandations de prudence. Elles seront bien inutiles : Joris (7ans), Eliette (8ans) Sonia (10ans) et Yannick sont sages comme des images. La petite Joris a une coiffure rigolote avec des rajouts qui ressemblent à des ressorts. Elle est tellement timide qu’elle est muette.
les petits acteurs....
les enfants et les pêcheurs sur la plage de Ouidah
Les pêcheurs sont sur la plage située après la Porte du Retour. Ils tirent le long et lourd filet en s’accompagnant de musique. La corde est attachée à un cocotier. Pas question de filmer tout de suite. Willy et Thierry disent qu’il faut négocier, autrement ils peuvent être violents. Ils veulent de l’argent. Thierry sort 1000F cela ne suffit pas. Nous allons tenter notre chance avec le groupe suivant et un billet de 2000F qui semble convainquant. A peine avons-nous payé et installé la caméra sur le pied, qu’un homme âgé surgit, casquette et sourcils gris en bataille, mal rasé, un air de pirate. Il parle anglais avec Thierry. Ce sont des Ghanéens.
les pêcheurs ghanéens
J’interviens. Nous sommes tous des professeurs. Les enfants sont à l’école (ils en portent l’uniforme). Ce sont des enfants béninois. C’est leur film. Nous avons payé et ne sommes pas assez riches pour payer plus, ni l’instituteur béninois, ni nous. Le vieux parle de 50 000F et surtout de leur boulot dur, de « leur vie de merde ». 2000F ce ne sera plus rien quand ils auront partagé. Là, il a raison, (autant filmer gratuitement !)
Entre-temps, pendant les palabres, nous avons pris les photos qui nous convenaient. Willy déplace la caméra vers une pirogue abandonnée sur le sable et recouverte de feuilles de palmes. Il installe les petits au bout de la pirogue. Joris et Yannick sont très sages et restent immobiles. Les deux autres s’assoient à l’arrière. C’est un régal de les photographier. Ils sont si mignons quand Yannick passe son bras derrière le cou de Joris.
Eliette et Sonia s’assoient sur le sable sec. Elles jouent avec le sable doré qui file entre les doigts minces. Le contraste entre la peau chocolat et l’or du sable me plait. Je fais un mini film avec l’Olympus.
Mini-scénario pour petite cinéaste: Histoire de tongs
la leçon de cinéma de Willy
Il me vient une idée de mini-scénario à réaliser tout de suite. C’est une histoire vraie : l’histoire de mes tongs gris sur la plage d’Helvetia.
L’acteur est Yannick, le seul assez lourd pour laisser des empreintes sur le sable mouillé.
Yannick, sur la plage, ôte ses tongs et va se promener.
Gros plan sur les tongs.
L’enfant s’éloigne
Gros plan sur les pieds, puis sur ses empreintes.
On voit la piste des pieds qui s’éloignent.
Une vague arrive. L’enfant reprend la piste que ses pieds ont tracée et qui doit le conduire aux tongs.
Les tongs ont disparu, à la place on voit les empreintes de tongs qui partent dans une autre direction.
Une vague plus forte que les autres lave les empreintes. La vague se retire : fin de l’histoire.
Les pêcheurs sur la plage
barques sur le sable
Pendant qu’on filmait, je n’ai rien perdu du travail des Ghanéens. Ils ont enroulé une corde au tronc d’un cocotier. Une vingtaine de personnes, des jeunes hommes pour la plupart, mais aussi trois enfants, une femme, tirent en cadence. Un homme en T-shirt bleu chante. Il a une serviette sur l’épaule et donne un coup à l’un des enfants. Corrige-t-il son manque d’enthousiasme? Willy affirme que cela doit être une plaisanterie. Tous sont tendus sur la corde penchés vers l’arrière.
Pendant le retour, du taxi, nous en verrons d’autres. Certains s’accompagnent d’instruments de musique pour rythmer les efforts. Ensuite le filet est étendu sur la plage et roulé. Porter le filet est aussi un travail d’équipe. Le travail est il si dur que les Béninois le laisse aux Ghanéens ? Ce n’est pas si simple. Le patron est effectivement un Béninois, propriétaire du filet. Mais ce sont les Ghanéens qui ont mis au point cette technique et qui tirent les filets du Ghana au Nigeria en passant par le Bénin et le Togo.