1.Sal, le jour de la finale de la coupe du Monde 2002

CARNET DU CAP VERT 

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vu du balcon des Alizées

7h – Pension des Alizés. Très simple et  moderne. Luxe : un frigo et un ventilateur,  bruyant mais efficace. Les volets blancs s’ouvrent sur un balcon sur une placette. En face, le centre culturel crépi d’orange et des maisons basses jaune pâle. Le village de Santa Maria semble endormi. Petit déjeuner sur la terrasse dominant  le quartier. Les acacias aux troncs torturés se balancent. Il fait tellement frais que je mets une chemise à manches longues.

Première exploration de Santa Maria

Trois rues parallèles à la plage, pavées de basalte, bordées de maisons basses. Deux clochers blancs et une éolienne géante au dessus des  toits en pente douce  le plus souvent de tôle ondulée gris orangé. Les plus belles maisons sont couvertes de tuiles romaines et arborent de petites tourelles carrées. Volets, gouttières et tour des fenêtres sont peints de couleurs vives contrastant avec les tons pastels des crépis bleus sur orange, vert sur jaune. Dans les courettes intérieures, poussent des papayers, quelques palmiers parfois des bougainvilliers.

Pension les Alizés
Pension les Alizés

Sur le trottoir, des femmes vendent des bananes et des mangues dans des seaux ou des bassines qu’elles portent sur la tête. Les petites épiceries proposent quelques conserves des haricots et des nouilles en vrac.
Il y a peu de circulation automobile, quelques taxis rôdent attendant le client.

Promenade à la plage. D’immenses complexes touristiques de bungalows, assez jolis d’ailleurs, à la sortie de la ville, ont aménagé sur la plage des lits et des parasols bien tentants. Nous prévoyons de nous y installer pour un bon moment.

Mais d’abord première baignade :

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la plage de sable fin est déserte

La mer est bleue turquoise, un beau rouleau d’écume blanche déferle sur le sable blanc. L’eau est très fraîche, les vagues me font peur, je reste en avant de la barre. Dominique s’est installée sur le sable sec. La mer monte, une vague plus puissante l’atteint et j’ai tout juste le temps de courir pour sauver sac et sandales de la noyade.
Je goûte au plaisir de fouler le sable les pieds nus. Je l’avais craint brûlant, il est tiède, merveilleuse sensation ! Nous marchons le vent de face. Je dois maintenir fermement mon chapeau de paille qui s’échappe, roule est happé par la vague. Je l’attrape de justesse avant le reflux. Le sable nous fouette les jambes si bien que nous renonçons au projet de location de chaises longues et de parasol.

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Près du ponton de bois, des barques sont alignées sur la plage. Nous trouvons l’ombre sous la coque d’une barque du nom de Banana, peinte en marron rouge, qui nous protège aussi du vent. Je retourne me tremper.

Finale de la Coupe du Monde de foot : le Brésil gagne

Si la ville est déserte et la plage abandonnée, c’est que, ce matin, se déroule la finale de la Coupe du Monde de football, Brésil – Allemagne. Dans les hôtels, les restaurants, les cafés tout le monde s’est rassemblé devant le poste de télévision. De temps en temps nous percevons des clameurs, un but ! Nous devinons que le Brésil a gagné : 2 :0. Des voitures klaxonnent joyeusement en sillonnant les rues pavoisées aux couleurs du Brésil, décorées de drapeaux et de ballons de baudruche, des enfants avec un djembé suivent la voiture en courant. Nombreux sont ceux qui revêtent le maillot de l’équipe brésilienne, ou qui sont habillés de jaune et de vert. Sont-ils des supporters fidèles ? Possèdent-ils des collections de maillots ? Cet épisode de liesse cadre bien avec le décor et nous sommes sincèrement heureuses de la victoire brésilienne. Que ce serait-il passé si le Portugal ou le Sénégal avaient été en finale ? Je me promets de poser cette question dès que nous en aurons l’occasion…Un de mes élèves cap-verdiens y avait déjà répondu « le Cap Vert, c’est cool, c’est un petit Brésil » 

les rues s'animent
les rues s’animent

Maintenant que le match est fini, la plage s’anime. Les enfants arrivent. Un garçon d’une dizaine d’années, très noir, fait vrombir un cerf volant multicolore. Je me baigne en compagnie d’une fillette et de son frère qui jouent dans les vagues. Un jeune homme se roule dans le sable en chahutant avec son chien. Le sable blanc reste collé sur sa peau foncée lui faisant un étrange maquillage de folie. Une belle photo ? Dominique préfère éviter son regard pensant qu’il se donne en spectacle exprès.
Un Africain s’approche de nous et propose ses services : « je suis commerçant- massagiste».13h, l’ombre de la barque a complètement disparu et d’ailleurs nous avons faim.
Nous mangeons deux sandwiches au thon, attablées à l’ombre d’un acacia, devant le « glacier ». La serveuse parle très bien le français, avec seulement un soupçon d’accent portugais. Elle s’excuse. Dans le sandwich il n’y aura pas de tomates. A cause du match, les boutiques sont restées fermées (c’est faux).
Sieste à l’hôtel. Nous nous installons à l’ombre sur la terrasse sur des chaises longues.

Rencontre avec le « rasta », le campeur sculpteur de la plage

Nous nous renseignons sur les arrêts des aluguers auprès du « Rasta », personnage pittoresque de Santa Maria que nous avons remarqué ce matin. Sonorisant toute la rue, un gros radiocassette sur l’épaule, il tenait compagnie aux peintres qui badigeonnent le restaurant Piscador en face de notre balcon. Il parle parfaitement français. Sur la plage nous avons trouvé sa tente entourée de ses sculptures. Torse nu sur son jeans, il porte colliers et tatouages  et un sac à dos délavé. Dreadlocks courts mais décolorés, raybans. Il a belle allure.
Le look rasta est ici bien représenté sous diverses variantes ; surtout les couleurs vert jaune et noir en bonnets, pantalons. Mais la simplicité prédomine.
Ce soir tout le monde est dans la rue. La jeunesse s’est réunie sur le terrain de Handball où s’affrontent les juniors (beaux maillots et arbitrage sérieux). Les églises sont pleines, (l’horaire  de la messe a été repoussé à 18 h pour cause de foot). A la sortie de l’église, des fillettes habillées de blanc et un homme portant une guitare.
Bandes d’adolescentes en jeans et haut très court, même mode que chez nous. Elles pourraient être nos élèves.

Diner au cultural café

la placette
la placette

Nous dînons au Cultural Café sur la jolie placette. Le restaurant est un peu sophistiqué : à l’extérieur, les tables en contre-plaqué ont été découpées à la forme des îles de l’archipel. Elles sont éclairées par des lampes à pétrole. Un faux palmier décore la salle tandis qu’un ruban lumineux électrique clignote sur la façade. Le serveur est charmant. Il ne ménage pas ses efforts pour nous faire patienter, mais l’attente se prolonge. Il nous fait une blague, – « le gaz est fini » -, cela ne fait pas rire Dominique. Il demande alors si elle est fâchée ou si elle a faim. Il ne faut pas être pressé « ici ce n’est pas l’Europe ». Heureusement, la musique capverdienne est très agréable, plutôt jazz, un peu brésilienne. Enfin, les deux assiettes arrivent, très bien garnies. Du thon grillé pour moi, une omelette pour Dominique. Le thon  est délicieux, fine tranche passée à l’huile d’olive et grillée et le riz a un goût original.

 

 

 

 

 

Je vous emmène au Cap Vert!

CAP VERT 2002

Sal : salines de Pedra do Lume, mon chapeau de paille ne s'est pas encore envolé!
Sal : salines de Pedra do Lume, mon chapeau de paille ne s’est pas encore envolé!

Aucun voyage ne se profile à l’horizon 2017. Comme j’ai l’âme nomade je me console en feuilletant mes albums-photos et mes carnets déjà anciens.

Comment j’ai démarré un blog?

Le Carnet du Cap Vert est mon premier carnet sorti sur Voix Nomades il y a plus de dix ans. Ce carnet m’a forcée à faire un blog : 63 pages imprimées sans illustrations, c’était beaucoup trop long pour le faire partager avec mes proches, et quand j’ai essayé d’imprimer les images, c’était encore pire! 

Le format de Voix Nomades imposait une seule image par billet, j’avais privilégié les aquarelles. Les photos argentiques étaient collées dans l’album. Je les scanne aujourd’hui avec grand plaisir et reprends les textes en essayant de couper les longueurs inutiles., c’est un exercice plaisant que de revivre des aventures déjà oubliées et de reconstruire un carnet beaucoup plus illustré que naguère.

Quinze ans ont passé, le tourisme s’est sûrement développé….certains endroits, intouchés sont peut être méconnaissables, j’espère que les îles que nous avons visitées ont gardé tout leur charme.

Nous avons visité 6 îles en 5 semaines : Sal où se trouve l’aéroport international, Santiago, la grande île, Fogo, île-volcan, Sao Vicente avec le port de Mindelo, et la maison de Cesaria Evora, Santo Antao, l’île montagneuse qu’on ne rejoint qu’en bateau, Sao Nicolau la petite.

En vol! Vol TAP par Lisbonne, et grâce à une grève du personnel au sol à Orly, en Première Classe pour ne pas rater la correspondance!Dans la pagaille, on nous a confié Daniel, un gamin, certainement à cause de nos têtes de profs!

Le Bâtard de Palerme – Luigi Natoli

LIRE POUR LA SICILE

 Palerme :Quattro Canti
Palerme :Quattro Canti

Jubilatoire! 

Un très gros roman de cape et d’épée se déroulant surtout à Palerme, mais aussi dans la campagne sicilienne, justement sur les lieux où nous avons passé les vacances de Pâques 2016!

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Palerme, en fête, regarde partir les Espagnols en 1698 et accueille le nouveau roi de Sicile, savoyard. La ville est parée de tribunes, d’arcs de triomphe, des tapisseries pendent du palais royal, le spectacle est solennel. On savait festoyer en ce temps-là!

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Juillet 1718, une armada espagnole est de retour. Le roi savoyard a déçu la noblesse sicilienne qui regrette le temps où les Espagnols « dont l’oeuvre en Sicile se résumait à une formule simple : « faire de l’argent, enrichir le clergé et la noblesse, pendre le plus de monde possible et ne se préoccuper de rien d’autre… » 

Blasco de Castiglione monté sur une sorte de rossinante arrive dépenaillé, provoque en duel le prince d’Iraci,  corrige les valets des grandes familles. Il vient à Palerme rechercher un religieux qui connaît le secret de ses origines….

Batailles, duels, fêtes,  secrets de famille. Mais aussi intrigues amoureuses, rapt d’une religieuse, scandales et sérénades tournant au charivari nocturne. Intervention d’une société secrète les Beati Paoli. On ne s’ennuie pas un instant dans ce très gros livre qui me fait penser aux Trois Mousquetaires que j’ai dévoré il y a bien longtemps.

J’ai adoré cette lecture et n’attendrai pas longtemps pour lire la suite : il reste encore deux gros volumes!

L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino

l-homme-qui-m-aimait-tout-bas-de-eric-fottorinoC’est un livre fort tendre, le livre d’un fils à son père qui vient de mourir. Un livre de souvenirs d’enfance. Une recherche d’explications. Le père, juste septuagénaire, s’est suicidé. Refusait-il le vieillissement, la retraite, ou la honte d’une faillite.

« C’était là, simplement, une certitude, une obligation qui s’était imposée à moi dès l’instant où j’avais appris la nouvelle. je pensais : mon père est parti. si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui »

C’est un livre d’hommes, de foot, de vélo mais jamais de cette virilité agressive et machiste qui m’insupporte. Seulement des hommes qui vivent avec joie les possibilités qu’un corps bien entretenu leur apporte, course ou natation, foot ou vélo. Bien entretenu puisque Michel, le père est kiné.

Fottorino est un « spécialiste » de l’amour filial : il révère ses deux père, son père adoptif qui l’a élevé et son père biologique qu’il n’a connu que sur le tard. J’avais lu Le marcheur de Fès, récit d’un voyage-pèlerinage avec ce dernier. J’étais alors au Maroc et j’avais beaucoup aimé ce livre, et téléchargé L’homme qui m’aimait tout  bas qui a attendu sagement dans ma liseuse. Natif de Nice, Fottorino raconte une Méditerranée qui est celle de ses racines, Michel, son père adoptif est originaire de Tunisie. Il raconte Gafsa, l’imagine nageant aux îles Kerkennah, les dattes de Tozeur, la sieste ou la choukchouka….

« Rarement effort d’intégration a été aussi constant dans le sens de la France vers l’Afrique du Nord » écrit-il en parlant de lui-même.

Une évocation sensible,  comme une balade de l’Afrique du nord au sud-ouest de la France, de Bordeaux à la Rochelle.

 

Meurtre à Tombouctou- Moussa Konaté

POLAR AFRICAIN

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pour s’y retrouver , une petite chronologie.

Moussa Konaté est décédé en 2013.  Meurtre à Tombouctou, paru en avril 2014, est donc un livre posthume.

avril 2012, l’armée malienne perd le contrôle de Tombouctou qui sera reprise courant 2013

décembre 2014 : sortie du film d’Abderrhamane Sissoko : Timbuktu

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Meurtre à Tombouctou n’est donc pas un livre d’actualité, seulement un polar  se déroulant avant la prise de la ville par les islamistes. D’ailleurs, l’agent français conclut son rapport « pas de terroriste du tout« . Cependant, Moussa Konaté campe l’ intrigue dans le contexte de la ville, il situe l’enquête en tenant compte des traditions des Touaregs, nous raconte leur mode de vie, essaie de décrypter leur mode de pensée. Il démonte aussi les forces en présence, les pesanteurs et les interventions des notables et des imams qui entravent l’enquête, l’influence de la France qui envoie un « spécialiste du terrorisme ».

J’avais beaucoup aimé L’Empreinte du renard qui m’avait fait découvrir les Dogons et leurs traditions.J’ai été très intéressée par ce Meurtre à Tombouctou, que je vous laisse découvrir. (j’ai horreur de ces critiques qui racontent l’action par le menu)

 

 

 

Le regard de l’aveugle – Mamadou Samb

LIRE POUR L’AFRIQUE

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« la souffrance m’a tellement envahie et détruite qu’actuellement je pleure pour toutes les femmes mutilées, infibulées, qui toutes ont connu ou connaîtront une nuit pareille… »

Mamadou Samb dénonce l’excision et l’infibulation, il raconte l’itinéraire d’Oulimata, jeune bambara née au Mali dans un petit village au bord du fleuve.

De l’initiation des jeunes filles, je n’avais entendu parler qu’à mots couverts, le roman donne une version très crue et précise de ces mutilations génitales. L’initiation avait aussi pour but de faire prendre conscience à Oulimata de sa place dan la société dans une caste intérieure.

La seule chance d’Oulimata fut d’être envoyée par son père, Danfa à Bamako pour entrer à l’école française et d’être confiée à Saliou et Fanta qui l’adoptèrent comme leur propre fille. Fanta vient du même village qu’Oulimata, comme elle, elle fut excisée et refusa l’homme à qui elle était destinée, son sauveur fut Danfa, le père d’Oulimata qui permit sa fuite à Bamako. Triste histoire qui se répète à chaque génération. Comment vivre une sexualité normale après l’infibulation?

Une malédiction s’abat sur le village  : l’onchocercose ou cécité des rivières. Le village est abandonné quand Oulimata y retourne, ne retrouvant que son père, aveugle, et une amie d’enfance, 10Oumy qui conduit ses parents, eux aussi aveugles. La seule solution est la mendicité, à Bamako d’abord, puis à Dakar où la magie de la grande ville a attiré Oulimata. La grande ville est un piège pour la jeune fille.

« depuis mon enfance, j’avais toujours aimé lutter contre ceux qui voulaient faire de moi une soumise, une moins que rien; je rugissais comme une lionne, je mordais comme une tigresse à chaque fois que ‘avais les moyens de me défendre. j’avais toujours refusé de porter sur mon dos l’histoire de mes ancêtres. « 

Si l’histoire d’Oulimata est celle de la misère, de la prostitution, de la déchéance, de la prison  et du SIDA, Oulimata n’est pourtant pas une victime passive. Elle est pleine de vitalité, passionnée de lecture, instruite, elle danse si bien qu’une troupe de danseurs l’intègre. Elle connaît même une véritable histoire d’amour.

Mamadou Samb a su raconter cette histoire sans misérabilisme superflu, sans le manichéisme qui m’avait dérangée dans l‘Echarpe des Jumelles où il dénonçait aussi les injustices que la tradition fait aux femmes. On y croise des personnages de tous les milieux, avec leurs contradictions et leurs caractères.

De Tilène au Plateau – une enfance dakaroise – Nafissatou Diallo

LIRE POUR L’AFRIQUE

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J’aurais bien aimé la rencontrer à Dakar, cette Safi, forte personnalité, petite fille débordante d’énergie, qui par passion des mangues a volé l’argent du marabout de son école musulmane.  Ecolière parfois rebelle, qui imagine toutes sortes de farces. Bonne élève, elle a su réussir ses études tout en s’amusant, aller au bal, être coquette, rencontrer l’amour de sa vie malgré son milieu plutôt traditionaliste. Elle a écrit ce roman (c’est écrit sur la couverture, peut être plutot un témoignage) pour dire à sa Grand-mère et à son père comme elle les a aimés! 

 

Dakar, années 50, un quartier où il y a des manguiers et des grenadiers, encore des animaux dans les cours, une grande maison où la famille (au sens très élargie) cohabite, un peu plus tard, la famille déménage sur le Plateau, quartier plus occidentalisé….Dakar n’est pas encore ce mélange de verre et béton que j’ai vu mais déjà une grande ville….

Une lecture fraîche, simple, émouvante, sans aucune prétention qui m’a transportée dans l’espace et le temps. Un beau souvenir de Dakar!

lire une analyse détaillée ICI

 

Dakar – Almadies et Place du Souvenir

CARNET DE CASAMANCE

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Et si on déjeunait au bord de la mer ? Retour aux Almadies

Au Carrefour en face de l’hôtel on tourne vers la côte, passe devant l’Hôtel Sheraton et l’ambassade américaine(on dirait qu’ils ne forment qu’un seul bloc !). Au bord de l’eau plusieurs petits restaurants ont installé leurs tables toutes simples sous des auvents de tôle. Carte complète : plusieurs plats de poissons grillés ou cuisinés. Nous commandons des brochettes de lotte et alocos pour moi et des calamars  et riz pour Dominique. Comme il fait frais et qu’il y a des nuages on s’installe dehors au bord de l’eau sous un parasol bleu sur une table ronde avec des chaises de jardin en plastique blanc.

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Les calmars sont durs (gros morceaux grillés) mais la lotte excellente avec une sauce relevée (échalotes hachées, vinaigre, anchois écrasés, piment) mayonnaise et piment rouge auquel je ne touche pas. Les pirogues rentrent pleines de poissons.

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les dockers attendent avec un coussin sur la tête ; Les pêcheurs ont revêtu de beaux cirés jaunes, des bottes fantaisie. Ils ont l’air plus fortunés que ceux de Cap Skirring. Meilleure pêche, ou meilleurs prix aux abords de la grande ville ? casamanccarabane0004 - Copie - Copie - Copie

 

 

 

Seul inconvénient à ce repas : une marchande de souvenirs m’assiège avec des colliers et ne me lâche plus tant que je ‘en ai pas acheté un. Ils ne me plaisent pas du tout, je ne me prive pas de lui dire et cela ne la décourage pas

Aucun espoir que Mor me sorte de ce guêpier. Les guides (et pas seulement ceux du Sénégal) estiment que les touristes doivent acheter de nombreux souvenirs et nous en achetons fort peu. Mor donne l’exemple en donnant l’aumône aux mendiants et des bonbons aux enfants. Pour ces deux pratiques, je suis très mal à l’aise. La charité est une évidence pour un musulman. Mor doit être choqué que nous ne donnions jamais l’aumône. Mais combien donner ? Et à qui ? Ils sont si nombreux !

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Retour sur la corniche, Abou nous a recommandé de visiter le Musée Place du Souvenir.

« Située sur la Corniche Ouest plus précisément à l’Angle Rue Aimé Césaire, la Place du Souvenir Africain, un des plus grands projets culturels de la République du Sénégal, est le réceptacle de la mémoire des peuples noirs, de ses martyrs, des militants et symboles de la dignité africaine. Lieu de rendez vous du donner et du recevoir du peuple noir et de la diaspora, la place du souvenir africain est un cadre de convergences de communication et d’échanges culturels, scientifiques et intellectuels mais aussi de documentation sur les grandes figures historiques et des intellectuels du monde noir. « 

  Une vaste esplanade fait face à la mer avec des bassins se terminant pas une monumentale carte de l’Afrique. L’esplanade est encadrée par des bâtiments modernes un auditorium et deux « panthéons » qui abritent bibliothèque et salles d’exposition. Des panneaux célèbrent tous les héros africains ou de la diaspora. Certains très connus d’autres moins.

Mois de mars, consacré aux femmes : le Musée Henriette Bathily qui était à Gorée a emménagé Place du Souvenir. Henriette Bathily (1927-1984) fut responsable des programmes de radio Sénégal ; Sa mort le 4 avril 1984, le jour anniversaire de l’Indépendance du pays fut endeuillé dans tout le pays . En ce moment on peut y voir un Exposition :  Portraits de Combattantes de la Liberté  qui vient de Nantes du Mémorial de l’Abolition de l’esclavage (remerberslavery.un.org-memorial.nantes.fr) « Dix Femmes puissantes »

J’ai recopié dans mon cahier les noms de ces femmes puissantes

  • La Reine Anne Zingha (1582-1664) Angola qui a résisté à la colonisation portugaisezingha2

 

  • La Reine Nanny(1686-1733) à la Jamaïque, esclave marone tuée au combat
  • Dandara 17ème siècle Brésil dans une communauté marone mena la résistance anti-esclavagiste
  • Les amazones du Dahomey

 

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  • olympegouges3Olympe de Gouges morte sur l’échafaud en 1793 écrivit une pièce critiquant le Code Noir

 

 

 

  • Claire esclave maronne 18ème s en Guyane
  • Sanité Bélair (1781-1802) en Haïti morte décapitée
  • Anne Knight (1781-1862) Angleterre Women’s antislavery Society : petition signée par 350 000 femmes en 1833 boycott ; lien entre le sucre et l’esclavage. Campagne égalité des droits hommes/femmes
  • Sojourner Truth (1787-1883) esclave affranchie apprenant que son fils de 5ans lui fut enlevé fut la 1ère femme noire aux Etats Unis à gagner un  procès contre un homme blanc.
  • Josepha Diago 1800 Sierra Leone devient esclave à Matanzas Cuba a enseigné à ses enfants les rites d’initaition les dans et les traditions ; En 2013, ses descendants Cubains ont retrouvé leur famille au Sierra Leone. Récit Emma Christopher « They are we »
  • Harriet Tubman (1822-1923) connue comme Moïse dans le chemin de fer clandestin entre le sud esclavagiste et le nord anti-esclavagiste. Sa campagne a permis de libérer 750 esclaves.

Nous aurions encore plein de visites à faire à Dakar mais Mor hésite à se lancer dans les embouteillages de fin d’après midi.

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Nous rentrons à l’hôtel pour boire ensemble un dernier pot. Mor avait proposé de dormir dans la voiture pour nous accompagner à 4 heures du matin à l’aéroport mais Abou nous a assuré que le transfert était déjà règle avec l’hôtel  (10 minutes à peine). Nous lui avons dit de rentrer chez lui voir sa petite fille nouvelle née qu’il ne connait pas encore et nous sommes promis de garder le contact sur Facebook.

Nous terminons la soirée dans le jardin très agréable peuplé de sculptures originales et d’oiseaux bien vivants. Nous dînons à la table d’hôte, c’est très fin et bien trop abondant. Coucher tôt. Le réveil est fixé à 3h30 pour un vol à 6h50 !

 

 

Dakar – musée IFAN – Exposition Etoundi Essamba

CARNET DE CASAMANCE

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déesse Nimba

Le Musée IFAN – Théodore Monod – est situé Place Soweto dans l’ancien Palais du Gouverneur (1936) : belle bâtisse Art Déco (version sobre) jaune, à l’entrée surmontée d’une coupole dans un ardin de palmiers. Un peu plus loin, un pavillon jaune plus vif est rehaussé de blanc où se tiennent les expositions temporaires. Entrée 5000francs pour les étrangers (2000 pour les sénégalais). Selon le guide Evasion, le Musée est riche de milliers de pièces collectées dans toute l’Afrique occidentale, du Bénin au mali en passant par la Côte d’Ivoire. Seules quelques unes sont visibles selon une présentation un peu désuète mais pédagogique par thèmes. A notre arrivée Madame NDour,  une dame en tenue traditionnelle rose, se propose pour commenter la visite et la rendra passionnante.

 

 

Le premier thème abordé est la Fécondité introduite par un  masque sur une « robe »  de raphia la Déesse Nimba

Ses seins tombant témoignent de nombreux allaitements. Son nez recourbé évoque le bec du calao qui symbolise également le sexe masculin.

 

Le calao est symbole de maternité chez la femme et de fécondité pour la terre.casamancetéléphone 157 - Copie

Mme NDour nous montre aussi un groupe de deux statues féminines, l’une est épanouie, le visage souriant, les mains écartées sur son ventre fécond, la seconde a « l’air stressée », elle referme ses mains sur son ventre stérile. La fécondité est la grande affaire des femmes. Une vitrine contient des « poupées de fécondité » togolaise qui servent aussi de jouets aux petites filles. La conférencière revient sur les rites de fécondité et sur le Kagnalène. Selon elle, 80% des femmes prises en charge par ce rite mettent au monde des enfants en se libérant du stress.

On passe ensuite aux colliers de protection des bébés ou des mères portés à la ceinture, ou au cou, colliers de séduction, gros colliers pour « casser le cou » des bébés, colliers parfumés.

Le second thème est celui de l’Initiation

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Initiation des jeunes filles à la puberté pendant laquelle la jeune fille apprend à s’occuper de son mari et de sa maison. Les initiatrices sont masquées. Un curieux masque porte un haut de forme, symbole de dignité. J’avais entendu d’initiation, mais jamais de la bouche d’une femme. Les guides locaux nous parlaient surtout de l’interdit et du secret.

Une série de masques diolas  ornés des cornes du bétail illustre l’initiation des garçons. L’initiation est l’école de la vie sociale. Il existe aussi une seconde initiation « boukout » qui ne se déroule que tous els 20 ou 25ans, l’homme doit venir, toutes affaires cessantes profiter de cette occasion qui ne se représentera peut être plus. Trois masques de guinée Bissau résument les trois étapes : l’hippopotame, animal incontrôlable avant l’initiation le taureau  fougueux et brutal, au cours de l’initiation, enfin la vache calme et docile figure celui qui est initié.

Chez les Bassari, filles et garçons sont réunis dans des cases communes et doivent prouver qu’ils snt capables d’avoir des enfants. Le mariage à l’essai est concluant, ou non. Chez eux la jalousie n’est pas de mise.

Tissage de longues bandes sont consacrées aux grandes occasions : offerte aux mariages dans des corbeilles, on posera le bébé pour son baptème, et ce linge servira aussi de linceul.

Quelques objets sont un peu étranges comme cette chaise royale ornée du calao reposant sur 4 personnages, deux femmes devant deux hommes derrière : « le roi est soutenu par son peuple » dit la guide.

Une machine à repasser les beaux boubous de bazin amidonnés qui ressemblent à de la toile cirée et qui sont raides et brillants. Sur un cylindre, on pose le vêtement qui est battu avec des bâtons ressemblant à de petites massues.

Les portes de grenier racontent la vie  de leur propriétaire : un serpent désigne un vieillard…

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Le dernier thème concerne les rituels agricoles. Chez les Bambaras, au Mali, le cimier rend hommage à l’antilope qui a appris aux hommes à cultiver. Un masque, très beau cimier rassemble de nombreux symboles : les dents du crocodile rappellent la nécessité de l’eau, les courbes du caméléon figurent la patience, les cornes de l’antilope, la rapidité. On trouve aussi les tresses de la femme pour la fécondité, avec  le bec du calao.casamancetéléphone 163 - Copie

 

 

Certains masques ont des fonctions de contrôle social : si quelqu’un a fauté (vol, adultère) on l’humilie sous l’arbre à palabres. Souvent le coupable prend la fuite et préfère tout abandonner à la honte d’être désigné. D’autres masques doivent faire peur comme les Revenants.

Je remercie chaleureusement la guide pour cette visite.

 

A l’étage une exposition temporaire est consacrée à la Lutte Sénégalaise – sport national – aux lutteurs. Mor me rejoint et me sert de guide ; Il connait bien les lutteurs et tient à me raconter lui-même les champions et leurs gris-gris. Il y a des portraits et affiches. Ces hommes musclés (parfois gras) qui prennent des poses avantageuses ne m’attirent pas spécialement.

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L’exposition Intitulée : Force&Fierté 30 ans de photographie de la photographe Angèle Etoundi Essamba, en revanche m’a enthousiasmée ! Si je suis une fidèle de Photoquai je visite rarement des expositions de photos. Je m’intéresse généralement plus à l’aspect documentaire qu’à l’esthétique de l’œuvre elle-même. Ici, l’image contient une telle force que j’en ai été vraiment remuée. La série de photographie en noir et blanc est d’une grande puissance. Noire, l’artiste qui travaille parmi les blancs joue de symboles. Elle joue des rayures, des zébrures, des griffures blanches sur le corps, le visage ou le vêtement. En couleur,  elle donne un visage aux femmes invisibles de Ganvié la cité lacustre béninoise, aux travailleuses des mines…De très belles photos en couleurs célèbrent les matières africaines, la terre, le bois mais aussi l’eau. Etoundi Essamba a aussi donné sa chance à un collectif de jeunes photographes sénégalais qui profitent de sa notoriété pour présenter leurs œuvres.

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Dakar : arrivée Monument de la Renaissance Africaine

CARNET DE CASAMANCE

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Le dernier endroit où j’aurais pensé être dévorée par les moustiques est le bateau ! J’ai avalé chaque soir le comprimé de doxycycline sans être piquée des deux semaines. Pas d’insecte en mer, mais 5 anophèles cachés dans ma couchette à l’abri des rideaux rouges, l’anti-moustiquaire. Je serai quitte pour continuer le traitement encore un mois.

5h45, le bateau passe devant Gorée, Dakar brille de mille feux.

5h55 annonce au micro : arrivée au port de Dakar – 5 minutes avant l’heure prévue.

6h15, je cherche le 4×4 sur le parking, le trouve enfin à l’extrémité. Mor dort, nos valises sont là. Tout est rentré dans l’ordre. Soulagement.

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7h : nous logeons dans des chambres d’hôtes « Ambre d’Hôtes », à vrai dire, nous logeons dans une galerie d’art. Tableau et masques sont à vendre, les prix sont étiquetés. Notre chambre « toucouleur » a une belle moustiquaire, un baldaquin, les lampes de chevet sont montées sur des masques de perles. La lampe de bureau est un oiseau de bois brut. Télévision, climatisation, belle salle d’eau carrelée.

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Le petit déjeuner est servi à notre arrivée : pains au chocolat, jus d’orange et même yaourts, melon et pastèque. En revanche le soir j’ai eu envie de bissap et j’ai dû me contenter d’un coca « on ne sert pas de boisson locale ».

Nous traînons jusqu’à 9h30, un peu abruties du réveil matinal, du tangage du bateau et du stress. Il fait frais et beau ce matin sur Dakar.

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Détour au Monument de la Renaissance Africaine que nous avions snobé précédemment. La statue de 52m est perchée sur une « mamelle « colline volcanique pointue. L’autre « mamelle » porte un phare. A la base de la statue, un vaste parking, une salle pour des spectacles musicaux. Un grand escalier gravit la colline jusqu’à la statue : groupe de trois personnages un homme très viril, très musclé enlace une femme qui a plutôt l’air de s’accrocher à lui, un bébé, posé sur le biceps de son père, tend le bras vers l’avenir. Cette Renaissance a suscité de nombreuses controverses, son prix pharaonique, le fait que le chantier a été confié à des Nord Coréens, les 35% de propriété intellectuelle (donc des recettes) que Wade s’est attribué comme inspirateur du monument. Je n’ai aucun goût pour les statues staliniennes (ou maoïstes) mais cette Renaissance s’est imposée dans le paysage. A ses pieds Dakar s’étale à 360°, malheureusement l’air est humide et la vue est embrumée.

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La Corniche, une voie rapide longe le rivage. Dans un  creux au pied d’une falaise, une grosse mosquée est accompagnée de deux minarets originaux à section carrée surmontée de boules et de cupules. La façade blanche est découpée de curieuses ouvertures, triangles verts et liseré rouge. Au pied de la mosquée, les pêcheurs ont hissé leurs pirogues.

De l’autre côté de la route, bénéficiant de la meilleure exposition sur l’Atlantique, un grand terrain militaire. Toutes sortes de marchandises, lits, statues vanneries se vendent en bord de route. Mor nous arrête dans un marché artisanal. Je proteste : – « Plus tard, peut être, d’abord le musée ». Le Musée risque de fermer pour midi. le long de la corniche, de nombreux sportifs courent, font de la musculation sur les installations, des promeneurs sont assis sur des bancs face à l ‘océan.

Souterrains, voies rapides, labyrinthe de rues. Je n’essaie même pas de suivre sur le plan de la ville et de m’orienter. Je remarque une belle maison coloniale ici, un building de verre, là, de nombreuses banques, des ministères.