Garni -temple hellénistique

CARNET ARMÉNIEN

 

le temples hellénistique de Garni

La maison d’Hasmik est à 1170m des quartiers s’étagent plus haut. La route serpente ensuite dans une campagne printanière verte, herbes rases des alpages – on parvient rapidement à 1400m – peupliers aux feuilles nouvelles bien épanouies, splendeur des vergers, pommiers et poiriers en pleine floraison.

Panorama sur le Mont Ararat et sur la ville de Yerevan. Un arc de triomphe a été justement érigé : arc de triomphe de Tcharentz – poète arménien, admirateur des futuristes, influencé par Maïakovski/il s’engagea d’abord dans la voie socialiste mais fut emprisonné et supprimé lors des grandes purges staliniennes de 1937. Deux lignes du poème Ma douce Arménie sont citées :

« Cours le monde tel Ararat tu ne verras plus blanche amie

J’aime toujours mon fier Massis, unique voie d’éternité »

Le GPS a parfois de fantaisies : il nous fait quitter la route principale pour une piste défoncée qui traverse un village de montagne, occasion de voir un berger poursuivre son troupeau à grand renfort de houlette. Où sont donc ses chiens ?

La rase campagne est très animée si on se donne le mal de regarder aux jumelles. Trois personnes, un grand sac à la main ramassent des herbes (pour les lapins ou comestibles ?). Les hirondelles sillonnent les airs, un petit rapace marron (faucon ?) chasse.

Garni est très bien indiqué. Devant le site, le gardien de parking (brassard rouge et badge épinglé) nous fait ranger. Le site est très bien entretenu, pelouses tondues, massifs de rosiers, même sonorisé mais tous les panneaux explicatifs ont été enlevés. Il vaut mieux prendre un guide.

le torrent a entaillé la coulée et fait un canyon

La citadelle est installée sur un éperon rocheux, site exceptionnel, forteresse imprenable. Les falaises sont entaillées à pic par un torrent qui fait une épingle à cheveu. En face les montagnes sauvages surmontent une coulée de prismes basaltiques.

Le petit temple gris périptère est très harmonieux avec ses 24 colonnes. Très décoré aussi. La feuille d’acanthe typique des constructions hellénistiques est accompagnée de grenades arméniennes mais aussi, selon le guide de feuilles de chênes et de lauriers (que je n’ai pas trouvées). On pense qu’il était dédié à Hêlios ou Mithra, divinités solaires. Il faut construit en 77 ap. JC par Tiridate dès son retour de Rome avec l’aide de Néron.

Du palais, il reste quelques fondations mais surtout un très joli établissement de bains – hypocaustes bien reconstitués -mais surtout une ravissante mosaïque colorée et de fines tesselles. (Malheureusement enfermée, j’ai eu la chance de suivre un groupe de touristes italiens).

acanthes, grenades feuilles de laurier et de chêne

L’église est circulaire de l’extérieur mais à plan cruciforme à l’intérieur. Ses fondations en tuf brun contrastant avec le gris du basalte  sont bien conservées.

Zvarnots

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les arcades de Zvarnots

 

Le site est bien visible de la route d’Etchmiadzine à Yerevan. Avec l’Ararat en toile de fond, sur une estrade de pierre, la colonnade arrondie de l’ancienne église fait une magnifique carte postale. Cette église merveilleuse était admirée de ses contemporains jusqu’à Byzance et même à Paris dans la Sainte Chapelle, elle est représentée. A côté de l’église, il y avait le complexe palatial du catholicos Nerses, une ancienne basilique et des bains romains.

les chapiteaux de Zvarnots

Ce site remonte à la plus haute antiquité : une stèle cunéiforme  rappelle que Rusa II, roi d’Ouartou (685-662 av JC) construisit villes et canaux :

« Au dieu Khaldi, à son Seigneur

Rusa, le fils d’Argichi écrivit

Cette inscription

Par le puissance de Khaldi

Rusa, le fils d’Agichi dit :

La vallée de Kuraline était

Une terre vierge

Rien n’y étaiat

Quand Khaldi ordonna

Et je fondais ce champ de vigne

Je fondai un cham de blé

Je fondai une nouvelle ville

Je construisis un canal de la rivière Ildurani

…………………………………………………………….

Un petit agneau fut sacrifié

Au dieu Khaldi

Un mouton à Khaldi

Un mouton au dieu Techeba

…………………………………………

 

Plus ancien encore, le culte de la fertilité  remontant au 3ème et au 2ème millénaire avec des pierres coniques en forme de phallus. J’ai cherché ces pierres malheureusement le musée est fermé(et sana doute pour longtemps puisqu’il y a des scellés sur la porte). Nous ne verrons donc pas la maquette de l’église ni les phallus.

Le site est très tranquille, seul un américain déambule tranquillement< ; je m’installe à l’ombre d’un abricotier dont je devine les fruits pour dessiner ; Dans le verger, l’eau s’écoule tranquillement dans des rigoles d’irrigation.

Il faisait très chaud pendant la journée mais la fraîcheur tombe vite. Nous nous reposons dans le jardin d’Hasmik qui est plutôt un verger où la vigne court sur une tonnelle et les cerisiers portent des fruits minuscules. Hasmik et ses enfants sont allés à une fête d’anniversaire (avec artistes et feux d’artifice) ; Nous avons la maison pour nous et nous nous installons dans la très belle chambre matrimoniale qu’ils nous ont laissée et qui a un très joli balcon avec vue sur l’Ararat.

Pour dîner, en plus des salades et des herbes, Hasmik a préparé des vermicelles qu’elle appelle « macaroni » et des raviolis à la viande cuits à la vapeur. Pour dessert des pêches au sirop de son jardin.

Etchmiadzine, dimanche matin

CARNET ARMÉNIEN

 

Sainte Gayané 7ème siècle

 

Dimanche 28 avril : Etchmiadzine

Le petit déjeuner est copieux : feuilletés  au fromage, yaourt, saucisses, gâteau au chocolat et pommes. Nous allons à l’hôtel Aviatrans où se trouve le bureau de Vacances Arménie pour prendre notre voiture, une Kia Rio noire, impeccable, qu’il va falloir soigner et laver avant de la rendre, le GPS est ventousé au pare-brise.

Juste après la Place de la République, je détache le GPS, erreur à ne pas commettre, je perds la bonne échelle. Nous sortons trop tôt après les usines Cognac et nous retrouvons dans les quartiers résidentiels de Yerevan. On s’égare dans un marché (tapis beiges et marron moches) puis dans les barres et les tours au parement de tuf rose, aussi des maisons basses précédées de tonnelles.

dimanche matin à Gayané

11heures, le GPS nous annonce que nous sommes arrivées. Bizarre, nous sommes dans une impasse aboutissant dans les champs. Campagne qui embaume le fumier. Jardins de lilas fleuris sous les neiges du Mont Ararat. Une cloche aigrelette tinte. L’église est derrière un grand mur de pierre ? Très jolie églises toute simple et vraiment très petite. L’assistance  arrive pour la messe. Toute une compagnie de soldats en tenue de camouflage et en casquette, des gens endimanchés mais aussi des femmes en pantalon. Celles qui portent des mantilles sont les choristes.  Quand  on arrive, les prêtres en chasuble brodée promènent un étendard, les gens achètent ou tendent des sachets (hosties ?). Le prêtre qui dirige l’office est en bleu, les autres en violet. L’un d’eux agite l’encensoir d’où sort un nuage impressionnant. Je filme pour enregistre les chants, il me semble que mon appareil-photo est détraqué, tout est flou. Toute l’assistance suit le cortège derrière la bannière. L’église est très petite 2x5bancs. Sommes-nous dans la cathédrale la plus importante d’Arménie ? La messe se poursuit, les prêtres tournent le dos aux fidèles. Les femmes s’installent sur les bancs. Grands renforts de signes de croix (sens catholique), certaines s’agenouillent, d’autres se penchent touchant le sol de la main (nous avons vu faire cela en Roumanie). Avant de quitter l’église je découvre une borne multi-langue avec les explications touristiques. Nous ne sommes pas du tout dans la cathédrale d’Etchmiadzine  mais dans la petite église Saint Gayané (630) martyre massacrée par Tiridate du temps de Dioclétien.

la cathédrale d’Etchmiadzine

Pour rejoindre la Cathédrale d’Etchmiadzine (malheureusement derrière un échafaudage) il suffit de suivre la foule qui chemine entre palissades et bâtiments. On arrive dans une véritable cité ecclésiastique avec de nombreuses constructions de pierres de plusieurs étages et de toutes les époques y compris contemporaine : les logements des ecclésiastiques, la bibliothèque, le séminaire et toutes sortes de dépendances. La messe est diffusée dans les environs : nous nous guidons au son d’une cloche aigrelette.

La cathédrale est beaucoup plus grande que Gayané. La cérémonie se déroule avec beaucoup plus d’apparat. La musique est magnifique. La foule se presse. Comme ils ne veulent pas tourner le dos à l’autel, ceux qui sortent vont à reculons et manque de se cogner dans ceux qui entrent. Je filme la haute coupole décorée de fresques. Les décorations m’étonnent par la sobriété des motifs très orientaux – des cyprès rythment les frises – pas un personnage – on se croirait dans un édifice turc.

Nous nous asseyons sur un banc de la cour plantée de grands arbres. Deux vieilles femmes se sont poussé pour nous faire de la place. Je sors mon cahier. Une vieille chante (faux). Je comprends assez vite qu’elle entend la messe dehors, qu’elle prie. Nous cessons toute conversation pour ne pas la déranger . Nous avons déjà assisté à une telle scène de gens assistant à la messe à l’extérieur en Bulgarie et en Roumanie où les églises sont exigües. Soudain le téléphone arménien sonne dans ma poche : Jacques situé de l’autre côté de la cour nous appelle. Le groupe de pèlerins qu’il accompagne est à l’intérieur de l’église, il peut donc nous donner des explications bienvenues.

Concernant la décoration intérieure, sous la domination persane, les décors ne devaient pas provoquer le pouvoir. Des fresques avec des représentations humaines auraient été détruites et auraient mis en péril l’église. Autour du tambour de la coupole, les médaillons des apôtres furent remplacés par les portraits des généraux persans et sur la clé de voûte on plaça la tête du Shah Abass (1587-1628). Quel soldat persan aurait osé mettre à bas l’effigie du Roi des Rois ? Cette ruse a donc préservé la cathédrale jusqu’à ce qu’elle passe sous contrôle russe. On a donc pu replacer les médaillons des apôtres, l’histoire ne dit pas de ce qu’il est advenu de la tête du Shah !

le khatchtkar l’Etchmiadzine avec une crucifixion

Jacques attire aussi notre attention sur les khatchkars, ces fameuses stèles portant des croix si finement décorées. L’un d’eux porte une scène de crucifixion ce qui est très rare en Arménie. On n’en connaît que trois exemplaire dans l’Arménie actuelle. Les khatchkars sont élevés en commémoration d’un évènement. Les trois crucifixions sont le signe d’une très grande souffrance. Après l’explication, je remarque que chaque croix porte une date.

Une église moderne très dépouillée en basalte gris est précédée d’un monument au Génocide de 1915.

Comme nous sommes à la campagne et qu’il fait un temps magnifique, nous regrettons de ne pas avoir emporté de pique-nique. Nous arrêtons la voiture devant un fast-food oriental avec pizzas et shwarma. A la descente de voiture, les patrons d’un restaurant se présentent. Pas facile de leur explique que nous cherchons des plats à emporter.  Je hasarde le mot « pique-nique ». la dame m’entraîne dans le jardin intérieur  très frais, très vert. Elle appelle sur son téléphone mobile quelqu’un qui parle anglais pour la commande. Affaire conclue !La dame m’entraine en parlant russe vers une table dans un coin derrière un muret sous une tonnelle, met la table.

Kebab et herbes
Kebab et herbes

« vodka ? – niet ?- pivo ? niet pivo ! » Je ne sais pas comment dire « vin blanc ». Elle revient avec une bouteille d’eau pétillante, de beaux verres à pied à bord doré et une bouteille de vin de grenade qui fait plutôt penser à du Porto. Sur la table il y a deux sortes de pains, du fromage (pas coupé), un grand plat de salade de tomates et concombres très parfumé à la coriandre, et un plat en  forme de poisson contenant toutes sortes d’herbes, coriandre, ciboulette, un genre de roquette et des feuilles violettes au parfum de menthe ainsi que d’autres indéfinissables et très gouteuses. Deux grandes brochettes arrivent, de la viande hachée (porc ?) très parfumées, torsadées présentées sur le pain arménien accompagnées d’un poivron rouge grillé, allongé que j’aurais dû goûter avec plus de prudence – véritable piment. Nous nous sommes bien régalées avec les brochettes, nous avons fait honneur à la salade et voici que la dame revient chargée d’un poulet découpé. Il y a erreur ! Nous renvoyons le poulet sans savoir si on nous le fera payer. L’addition s’élève à 4600 dram (9 €). On laisse 5000dram et la dame a l’air contente (malgré le poulet). Nous emportons l’addition pour nous la faire traduire quand nous rentrerons chez Hasmik.En prime, elle nous offre la boite de kleenex imprimée avec les photos du jardin et leur numéro de téléphone.

on vend des colombes sur le parvis de l’église, pour le plaisir de les libérer?

Nous poursuivons la route à la recherche de l’église de Sainte Hripsimé qui devrait se situer à l’entrée d’Etchmiadzine sur la route de Yerevan. Les mariages se succèdent dans la jolie petite église. Les gros 4×4 noirs aux vitres noires nous avaient fait penser à un enterrement ! Cette petite église du 7ème siècle a servi de modèle architectural aux églises arméniennes. Nous n’osons pas trop faire du tourisme au milieu de la bénédiction nuptiale.

Yerevan – Place de la République et Musée Historique National

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Place de la République

J’achète du shwarma et un pâté à la viande pour pique-niquer dans les jardins au bord d’un « lac ». La rue piétonnière qui relie l’Opéra à la grande place de la République, est bordée d’immeubles neufs et de boutiques de luxe aux enseignes américaines, russes ou européennes.

Au coin de la place de la République pause pour un café « oriental » qu’on appelle également café « arménien ». Ces variantes autour du café »turc » m’amusent « grec » en Grèce, j’ai même trouvé « byzantin » à Chypre,  qui a beaucoup faire rire Samer notre guide en Égypte. Je bois « à la grecque » c’est à dire très lentement en occupant trois chaises, Charles Aznavour en accompagnement  sonore.

Place de la République : tuf rose et jets d’eau

La place de la République est rafraîchie par des bassins et des fontaines. Les grands bâtiments officiels sont parfois surmontés d’une colonnade.  Les rues adjacentes passent sous des arches. L’ensemble est très théâtral et très réussi, peut être grâce au tuf beige rosé, chaleureux. Marbre blanc, basalte gris ou pire ciment, c’eût été glacial.

Musée Historique National

Visite en compagnie d’un groupe de pèlerins français. Amalia, la guide francophone, s’adapte à son public pour qui cette visite est la conclusion de leur voyage, je me sens un pue déphasée.

L’histoire de l’Arménie débute au Paléolithique. L’obsidienne était un matériau de choix et d’abondance : jolie collection de lames translucides, presque transparentes.

  8ème millénaire : figurines de la Déesse-Mère.

On a retrouvé la plus vieille chaussure au monde : 5700 ans en cuir de vache et de sanglier.

3ème millénaire : figurines de la Déesse-Mère représentant la fertilité. Parmi les petites idoles à la silhouette caractéristique, triangle à la taille fine et très larges hanches se trouve un couple enlacé. La pierre du foyer ronde creusée comme un trèfle ou en fer à cheval, portant parfois des têtes de bélier,  est un autre objet symbolique de la famille. Une énorme jarre en poterie est décorée de triangles et de spirales. Amalia nous montre des cigognes stylisées figurant le retour du printemps et des serpents sur une autre.

Des photos montrent des menhirs et des pétroglyphes. En verrons-nous sur place ?

Dans les vitrines se trouvent des bijoux en or, des coupes ciselées.

On a remonté deux chariots de bois ; des arceaux soutenaient une bâche. Datés de 4500ans ils furent conservés aux abords du Lac Sevan. Ce sont des chars funéraires retrouvés avec de nombreux objets présentés autour dans les vitrines.

Amalia déchiffre pour nous la signification des animaux gravés : les oiseaux médiateurs entre le ciel et la terre. Les chevaux étaient les accompagnateurs du soleil

Un saut dans le temps nous conduit à Erebouni, pour découvrir la civilisation du royaume d’Ourartou. Les originaux des fresques d’Erebouni sont abrités ici. On voit des petites maquettes en argile représentant un  temple et des personnages sacrifiant  un bélier un peu comme celles du Musée du Caire.

De l’époque hellénistique, on voit une merveilleuse Aphrodite – Anahit en marbre blanc et Artémis en bronze. Nous avons un avant-goût du temple de Garni. Les bornes miliaires sont gravées en araméen – langue de Jésus mais aussi lingua franca  pour les commerçants du Proche-Orient. A l’époque de Tigran II. Le fils de Tigran II fut capturé par Marc-Aurèle et décapité en Alexandrie. Les guerres arméniennes sont citées par les romains : Marc-Aurèle  et Septime Sévère ont battu monnaie  « Armenia conquista ».

La visite de l’Arménie antique au 2ème étage (3ème pour les Arméniens) s’arrête là. Je décide de quitter le groupe afin de revisiter à mon aise toutes ces merveilles à peine entrevues. J’aime faire des révisions, m’attachant avec grand plaisir à certains objets qui m’ont parlé. A 17h15, les gardiennes éteignent les lumières « Allez-voir les tapis ! Cela ne ferme qu’à 18h » me conseillent-elles. . A l’étage intermédiaire se trouve la suite de  l’histoire, du Moyen Âge à la période soviétique. Ces collections n’ont pas été modernisées, les explications sont en Arménien et en Russe – les deux incompréhensibles et illisibles. Je passe donc au pas de course devant les costumes folkloriques et les photos anciennes poussées par les gardiennes qui éteignent l’électricité après mon passage.

17h45, il reste un petit quart d’heure pour poster nos cartes postales. En Arménie il n’y a pas de boites aux lettres et les timbres s’achètent exclusivement à la Poste. La Poste se trouve de l’autre côté de la place. La guichetière est revêche (comme partout dans le monde entier).

Nous appelons Jacques avec le téléphone arménien qu’il nous a prêté et qui nous rendra bien des services.  Un taxi  nous ramènera chez Hasmik dans les hauteurs de Yerevan et rentrera avec nous.

Hasmik est une jeune femme charmante, très chaleureuse, qelle parle bien Anglais mais elle est accaparée par ses quatre enfants, surtout la plus petite Mati tout juste assez grande pour marcher, monter les escaliers et faire des tas de bêtises avec un plaisir évident. Elle est craquante.

Yerevan : Matanadaran

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matenadaran

Par des rues agréables bordées de maisons de pierre nous allons à pied au Matenadaran.

Sur le tuf de couleur chaude on remarque la vigne qui pousse sur quelques balcons et se répand. Selon jacques, le tuf, abondant dans l’Arménie volcanique, existe sous diverses couleurs, rose, orange, jaune, gris ou beige. C’est une roche légère très isolante. Le climat continental voit des amplitudes  thermiques de plus de 60°, la fonction isolante est donc très importante. Les façades sont variées, agrémentées de colonnes, balcons, frises sculptures.

Une rampe monte au bâtiment gris de basalte. L’énorme statue de Mesrop Machtots, l’inventeur de l’écriture arménienne et de son disciple Koriun, à genoux beaucoup plus petit précède le Matenadaran. De chaque côté de l’entrée se tiennent dans des niches  les statues des érudits, philosophes, géographes, historiens moyenâgeux  témoignant de l’ancienneté et de la richesse de la culture arménienne. Le Matenadaran est le conservatoire des manuscrits et incunables de l’Arménie.

alphabet avec des oiseaux

La conférencière  est charmante, son français est irréprochable, sa culture immense. Elle commente avec une baguette, vitrine après vitrine. Kaplanian(p. 66-67) détaille leur contenu de chacune, je n’ai donc pas pris de notes systématiquement. La visite commence logiquement avec les lettres de l’alphabet arménien (36+3) disposées en 4 colonnes permettant ainsi de les utiliser comme des chiffres, 9 pour les unités, 9 pour les dizaines, 9 pour les centaines….Il existe 4 types d’’écriture, minuscules, majuscules, ornithomorphes…Sur un tableau les lettres-oiseaux,  sont très colorées. Après l’exposé, l’écriture arménienne reste mystérieuse et impénétrable. La comparaison avec les alphabets araméen, grec et géorgien n’arrangera rien. Parmi la collection des manuscrits du Matenadaran, il en existe même des pétrifiés. La guide nous montre un palimpseste 5ème/10ème siècle : le parchemin a été utilisé plusieurs fois. Elle nous explique ce qu’est un colophon : notes ne figurant pas sur le texte original, permettant des notes ultérieures. Le premier manuscrit-papier date de 987. Les ingrédients naturels des colorants des enluminures sont présentés dans de petits godets : lapis-lazuli pour le bleu, malachite pour le vert, cochenilles pour le rouge – l’insecte est beaucoup plus gros que ceux de mes plantes vertes – la cochenille est présentée sur une sorte de chiendent   qui ne pousse qu’en Arménie qu’elle infeste. Le liant était le jus d’ail qui servait également de conservateur en désinfectant la peau du parchemin.

bataille entre les Perses et les arméniens

Impossible de décrire tous les manuscrits que la guide nous a montrés. La traduction arménienne de la Vie d’Alexandre d’Eusèbe de Césarée (264-340) est le seul exemplaire qui reste, l’original grec a été perdu. Une vitrine montre « le plus grand et le plus petit ». L’histoire du « plus grand » (700 peaux d’agneaux pour 660 pages et 28kg) racontée également par Kaplanian est émouvante et témoigne l’attachement des arméniens à cette culture écrite. Notre attention est surtout captée par les miniatures et enluminures. Surtout la miniature de l’Histoire d’Alexandre. Décidément Alexandre le Grand est une figure que je rencontre à chacun de nos voyages. La peinture de la guerre des Arméniens contre les Perses (1586), celle des instruments de musique 13ème 14ème, ou ce manuel de médecine avec le dessin des plantes médicinale.

histoire d’Alexandre le Grand

La Matenadaran ne renferme pas que des parchemins médiévaux ; Il y a également des livres imprimés. Le « livre du Vendredi », premier livre imprimé en arménien édité à Venise en 1512. Puis aux  Pays Bas au 16ème et au 18ème siècle (cela nous rappelle quelque chose) et même à Madras.

De magnifiques Corans ont des bordures de toute beauté. Ces cadres peints montraient l’impossibilité de rajout au texte sacré. Très beaux firmans d’une merveilleuse écriture persane…

Documents historiques : des brevets de Napoléon à des Arméniens, Murat et Pétrosov. Les édits des Tsars Alexandre II et Alexandre III reliés avec leurs cachets lourds métalliques sont des documents impressionnants (1mx1m).

Émouvantes lettres de l’écrivain Toumanian appelant à résister au génocide, celle de Frantz Werfel…

l’opéra

Après cette longue et dense visite, Jacques nous emmène à l’opéra. Dans ses jardins nous prenons l’apéro assis dans de confortables fauteuils d’un café. Jacques nous donne le nouveau programme après modifications, les plans google-maps. Halte sympathique. Nous apprenons à mieux nous connaître.

merci à jacques qui m’envoie d’Arménie une version très moderne de l’alphabet arménien!

Yerevan : parc – Mère Arménie – Cascade

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Cascade

Samedi 27 Avril – Yerevan

6h30 le jour filtre à travers les rideaux drapés  marron et or.

8h, sur le balcon de l’immense salon, nous regardons vers l’Ouest. Couvert de neige, magique, le Mont Ararat surgit, tel le Fujiama  des peintures japonaises. Je fais le tour du salon pour regarder au petit balcon. Là, surprise, un autre cône, plus petit mais plus raide, tout aussi neigeux. Illusion ?

Petit déjeuner : tisane d’herbes, œufs brouillés à la menthe, confiture de figues maison et de cerises du jardin, fromage ressemblant à de la  féta.

Par le beau soleil, nous décidons d’aller au parc tout proche, j’irai à pied au pied de la Cascade tandis que D rentrera à la maison d’Hasmik où Hakob( qu’Hasmik appelle Jacques) viendra la chercher. Nous traversons notre quartier très chic sur les hauteurs de la ville où les belles villas sont protégées par des grilles imposantes.

Mère Arménie

L’immense statue de Mère Arménie se voit de loin. Elle domine la ville de son socle monumental. Elle est entourée de blindés et même d’un avion de chasse sur une esplanade de pierre, plutôt funèbre. Un musée de la seconde guerre mondiale occupe le socle.  Si Mère Arménie, mère nourricière, est armée d’un sabre c’est que l’Arménie a subi tant d’invasions depuis l’antiquité. Elle regarde vers l’Ouest le Mont Ararat et la Turquie, signifiant qu’elle est prête à se défendre en prenant les armes. Autrefois, c’est Staline qui occupait son emplacement.

parc de la Victoire

Passé l’esplanade militaire,  je traverse un parc d’attraction vide à cette heure matinale, coloré, un peu désuet avec ses manèges multicolores, ses baraques de foire, ses petits kiosques, les auto-tamponneuses et une grande roue, un peu démodé…Je demande mon chemin « Cascades ? » tout le monde comprend. Un  souterrain permet de traverser une artère très large et très passante. J’arrive sur une autre esplanade de pierre portant un monument encore plus haut. En dessous c’est le chantier. Je passe devant la grande Maison d’Aznavour – un centre culturel.

Alexandre Tamanian devant la Cascade

Je trouve enfin la Cascade monumentale et découvre les escalators. J’hésite entre l’escalier mécanique ou les marches dans les jardins et les fontaines. L’escalier roulant n’est pas une simple facilité, c’est aussi un passage dans une galerie d’Art Contemporain, plutôt design que sculpture, souvent sur le thème du siège, canapé où poussent des fleurs géantes en tissu, chaises métalliques et fauteuils étranges mais aussi chaussures géantes… A chaque palier on découvre une fontaine. En bas la billetterie du Musée de la Fondation Cafesjian qui occupe les entrailles du monument de la Cascade. Des concerts de jazz s’y déroulent parfois.

le chat de Botero

Entre la Cascade et l’Opéra s’étend un jardin de statues fleuri. Je reconnais les staues de Botero mais aussi d’autres artistes, un catalan Jaume, une britannique Linn Chadwick . Jacques m’a donné rendez-vous à 10h15 près du chat de Botero.

Face à l’opéra, tournant le dos à la cascade, la grande statue de basalte d’Alexandre Tamanian, architecte de l’opéra et architecte-urbaniste, constructeur de sites et de jardins – le Haussmann arménien selon Jacques (mais au XXème siècle). II a voulu modeler le cœur de la ville et relier les quartiers hauts par ces fontaines. Chacun des 5 étages porte 15 fontaines en souvenir des 15 régions de l’Arménie. La diplomatie et le talent de Tamanian imposèrent aux soviétiques une architecture arménienne en pleine période stalinienne, créant un ensemble harmonieux avec l’utilisation du tuf local de différentes couleurs, l’inspiration des motifs arméniens et des ceintures de jardins. L’opéra en basalte gris foncé, inspiré des ruines de Zvarnots (et du Colisée) ne fut terminé que dans les années 60 après la mort de Tamanian.

Séisme, pérestroïka, indépendance et guerre du Karabagh ont ravagé l’économie arménienne et ce n’est que beaucoup plus tard, grâce à la volonté d’un mécène américain que le plan original de la Cascade fut réalisé et pas encore achevé de nos jours.

En vol vers Yerevan, en passant par Moscou

CARNET ARMÉNIEN

En vol : la Russie

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Vendredi 26 avril : vol Roissy-Moscou- Yerevan

 « Vous partez où ? »

 Le chauffeur  du taxi est iranien. Il a connu de nombreux arméniens à Téhéran qui vendaient de l’alcool et de saucisses de cochon, autrefois, avant les mollahs….Leçon d’histoire : l’Arménie fut province persane avant l’annexion par les Russes.

En Champagne, les nuages se densifient et se déchirent après le déjeuner au dessus d’un pays plat planté de nombreuses éoliennes, des autoroutes et des champs hivernaux. Allemagne ? Pologne ? Biélorussie ? Les rivières font des méandres et présentent de curieuses échancrures. Les forêts remplacent les cultures, des coupes en bandes pointillées dessinent un curieux alphabet morse à l’intention du ciel.

L’avion descend à l’approche de Moscou. C’est l’hiver : les champs sont gris, râpés, les rivières encore gelées. Débâcle : les petits cours d’eau sont libres tandis que sur les plus larges, la glace se fend. Les  lacs conservent  les traces des pneus qui ont roulé dans la neige.

près de Moscou, les bateaux sont encore pris dans les glaces

Transfert à Moscou : il faut rejoindre le terminal D. Au contrôle de police, nous sommes les seules passagères. La policière tamponne la carte d’embarquement  nous traversons ensuite les installations de sécurité, désertes ;  au bout du couloir, la porte est fermée : une souricière. La policière essaie de nous calmer : « vous avez encore une heure ! ». Finalement deux employés arrivent, scannent nos sacs à dos et ouvrent la porte. Nous traversons au pas de course le Terminal E puis le D, la porte d’embarquement est tout au fond.

L’ uniforme des hôtesses d’Aéroflot est brodé avec la faucille et le marteau sur le col de la veste. Les pistes d’envol sont bordées de prés détrempés avec encore de gros tas de neige. Géométrie de grands champs rectangulaires parcourus par une rivière aux méandres paresseux. Je remarque un village en demi-cercle, 4 rayons délimitant 4 quartiers, les maisons construite selon des rues concentriques.  On survole une vallée sèche, où est passée la rivière qui a creusé son lit ? A une heure au sud de Moscou les champs sont verts. Nombreuses retenues d’eau puis un grand lac aux belles eaux bleues. Un épais édredon de nuages blancs cache le Caucase. Des sommets noirs très pointus dépassent. Ils portent des névés. Les très petits champs aux mille-raies, les nombreux villages sont très différents. Des ruisseaux ont creusé des canyons.

sommet de l ‘Aragats dépassant des nuages

L’arrivée sur Yerevan  est spectaculaire. Le soleil couchant a teint en rouge grenat les nuages. Au détour de l‘aile de l’avion nous découvrons les hautes silhouettes du Mont Ararat et de l’Aragats . L’avion fait des tours au dessus de  maisons dans des jardins très verts et touffus. Puis survole les bâtiments de ciment d’une industrie lourde soviétique (à l’abandon ?), des cheminées ressemblent à celles d’une centrale nucléaire ( ?), d’autres cheminées sont à moitié en ruine. Enfin, la ville, tours et barres…à nouveau la campagne.

Hakob nous attend à la sortie, une quinzaine de km  séparent l’aéroport de Yerevan. Le centre-ville est très éclairé, nous grimpons dans les hauteurs vers la maison d’Hasmik.

Merci! en Arménien comme en Français

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le Mont Ararat au printemps

« Merci  » est employé couramment en Arménie.

Cela ne m’avais pas étonnée, ayant connu cet usage de « merci » en Bulgarie.

Et cela me donne l’occasion de remercier Jacques de l’agence Vacances Arménia du merveilleux voyage qui vient de s’achever. Merci aussi à Evaneos qui nous a mis en contact.  Un sans-faute! un circuit à notre rythme, en liberté, des découvertes passionnantes, un suivi attentif, amical et jamais pesant. Des hébergements parfaits….

Mais surtout, l’impression de ne jamais être une touriste, mais une amie reçue en famille. Merci à Hasmik qui nous a accueillies une semaine, chez qui nous nous sommes senties si entourées à ses enfants qui étaient si joyeux, si naturels, et que nous avons eu peine à quitter. La maison d’Hasmik restera notre maison à Yerevan…

Merci à la famille de Jacques à Gümri, à Tatev, au club des francophones qui ont transformé cette étape en chaleureuses rencontres, inoubliables!

Merci à tous les inconnus qui nous ont aidées à trouver notre chemin, au chauffeur de taxi d’Ashtarak qui a pris le volant pour nous guider… aux paysannes sur la route….à tous ceux qui ont pris la peine de nous expliquer par gestes, à nous, les idiotes, qui ne parlions même pas Russe! Merci aux piqueniqueurs de Noravank qui nous ont invité à partager leur repas sur le bord d’un canyon!

Merci à l’hospitalité  de tous les Arméniens qui a enchanté ce voyage!

Se trouver en terre inconnue, dans une langue et une écriture indéchiffrable pour nous, et ne jamais être perdue!

La Fontaine d’Héghnar – Mkrtitch Armen

LIRE POUR L’ARMÉNIE

Quel joli prologue à notre prochain voyage en Arménie! Et en plus le roman se déroule à Gümri où nous nous proposons de rester deux jours, puisque cette ville est jumelée avec Créteil!

La Fontaine d’Héghnar est un très beau roman d’amour. Amours impossibles, d’une femme mariée avec un très jeune amant. Amours cachées de deux arméniens qui se déguisaient pour se rencontrer dans le quartier turc de Gümri au temps ou Arméniens,  Turcs et Grecs vivaient ensemble. Elle voilée, lui coiffé du fez.

C’est aussi le roman des fontaines, de l’eau des ruisseaux qui s’écoule, du printemps fleuri.

C’est aussi une sorte de conte, où Mrktitch, le fontainier, l’artisan qui avait assigné à sa vie la construction de quarante fontaines dans sa ville, s’est éteint, le travail accompli, ayant offert à ses concitoyen ses plus belles œuvres, sans compter la fontaine magique: la Fontaine d’Hégnar qui portait cet avertissement « L’épouse n’est source que pour son mari. Nul autre ne peut s’y abreuver » et qui se tarit dès qu’un autre que lui s’en approche. Miracle divin ou ultime artifice du fontainier?

Trouverons-nous à Gümri quelques unes des fontaines de maître Mkrtitch?