Les Mille et unes vies de Théodore Roi de Corse – Jean-Claude Rogliano

LIRE POUR LA CORSE

Un roman historique parfait pour accompagner nos vacances en Corse!

« Sans nul doute, Théodore était l’aventurier qu’on qui  disait. Il n’en était pas moins roi. Élu par le peuple, il
l’était plus encore que par la soi-disant volonté divine. En instaurant la liberté de conscience, en donnant
naissance à une monarchie constitutionnelle, en établissant la séparation des pouvoirs, de tous les
souverains qui régnaient en Europe, aussi éphémère fût-il, il avait été le plus éclairé. »

La carrière du baron Théodore de Neuhoff commence à Versailles à la Cour de Louis XIV en 1710 comme page de la Princesse Palatine qui le charge d’écouter et de lui rapporter tous les ragots . Théodore a quinze ans, il est vif, doué d’une excellente mémoire et de l’usage de 5 langues  C’est ainsi que débute sa carrière d’espion. Comme la vie de cour est ennuyeuse pour un jeune homme, il traine à Paris dans les tripots mal famés et devient un joueur de cartes professionnel.  

En plus des intrigues des courtisans, il rencontre des diplomates, et même entend parler de la Corse, possession ligure. Les Génois y construisent des ponts, des tours contre les pirates, font plante châtaigniers, vigne et oliviers et ne récoltent que du ressentiment des natifs..

« -Il faut dire, finit-il par répondre que des amendes sont infligés  s’ils ne le font pas

-des amandes à la place des châtaignes! C’est toujours pour ces drôles une façon de récolter les fruits de leur mauvais vouloir! « 

Au lieu d’apprécier le calembour, Théodore analyse  les raisons de la mauvaise volonté des insulaires et saisit l’importance stratégique de l’île.

La finesse de sa répartie attire l’attention d’un homme qui lui fait une offre auprès du Premier ministre du roi Charles XII de Suède. De page, Théodore devient émissaire …De la cour de Suède à Madrid, ministres et souverains font appel à cet agent secret.

Homme de paille, diplomate ou espion, aussi énigmatique que parusse ses fonctions auprès des grands serviteurs des Etats de l’Europe, qui côtoyât suscitait dans son entourage un intérêt plus grand que la défiance qu’il inspirait. Il vivait toujours au dessus de ses moyens…

Dépensier, joueur, sans scrupule,  escroc, il voit la chance tourner, et se retrouve poursuivi pour dettes (ou pire).

La rencontre avec le père Giulianu sur la route de Rome, sera décisive. Des connaissances en alchimie lui font gagner la confiance du religieux qui cherche la formule pour la transmutation du plomb en or

Pour ce que nous savons de la lutte qu’il mène, il semblerait plutôt que l’étape finale de sa quête serait de
transmuer l’or… en plomb.

Transmuer l’or en plomb, répéta-t-il, et accessoirement… en poudre?

(pour les résistants corses en rébellion contre Gènes. Grâce à ses renseignements glanés autrefois dans la diplomatie Théodore gagne la confiance des Corses exilés à Livourne.

Cette tractation ne lui rapporta cependant pas autant que celle qui lui avait été proposée pour le compte de
Charles VI. Il s’agissait de recueillir les renseignements les plus nombreux et les plus précis possible sur
cette île de Corse dont il avait déjà entendu parler des troubles qui la secouaient. Ces informations auraient
été adressées à Vienne afin de donner au prince de Wurtemberg les éléments les plus objectifs lui
permettant de conclure le traité qu’il proposerait aux belligérants.

Coup de poker, dans la guerre contre Gènes, il propose d’unifier les différents chefs sous son autorité et se fait élire Roi de Corse après avoir marchandé de l’aide militaire chez les Turcs et les Anglais qui convoitent la position stratégique de l’île ainsi que ses richesses…

à la tête de ce petit peuple avide de liberté, de justice et de démocratie, le monarque de carnaval que
s’attendaient à voir régner les souverains des pays d’Europe se révélait être un vrai Roi.

Dans la guerre que mènent les Corses contre Gènes et les mercenaires, Théodore se comporte en véritable chef de guerre, il se fait apprécier des Corses, surtout des paysans qui l’honorent de leur hospitalité.

Les  armes et les munitions qu’il attendait de ses alliés anglais n’arrivent pas. La résistance corse faiblit et il ne reste plus pour le Roi éphémère que d’aller quémander du renfort. D’abord bien accueilli dans les salons londoniens il mourra dans la misère, toujours attaché à son royaume…

Si la personnalité de Théodore de Neuhoff, fait un héros attachant et passionnant, l’intérêt majeur du livre de Rogliano est le récit des guerres que les Corses ont mené contre l’oppression Génoise. Non seulement, ils étaient écrasés par l’impôt, humiliés mais surtout ils étaient privés de moyen de défense contre les razzias que les Turcs menaient dans les villages. Les Génois avaient construit des tours à feu pour prévenir les villageois des incursions barbaresques mais ils leur interdisaient de posséder des armes à feu. Les Génois opéraient des perquisitions dans les domiciles des villageois et la possession d’une arquebuse ou d’un fusil pouvait entraîner son propriétaire aux galères. Gènes, puissance essentiellement financière et non militaire avait recours aux mercenaires et louait des soldats pour se battre contre les Corses. La bataille contre les soldats Allemands à Calenzana contre lesquels des ruchers ont été lancés est restée dans les mémoires… D’autres anecdotes sont très instructives.

Enfin : la Constitution Corse  a suscité l’admiration des Philosophes de Lumières fut inspirée par les idées de progrès : 

que les notions de tolérance, de liberté, d’égalité, mettront à se frayer parmi les fanatismes, les peurs, les
absolutismes d’une civilisation fossilisée. En donnant droit de cité à ceux qui apporteraient leurs
différences, le pays qui n’exclurait
aucune manière de croire, de penser, de créer, d’être, ou de rêver, tendrait vers le bonheur d’une ère
nouvelle.

Parce que celui qu’ensemble nous bâtirions serait un royaume neuf, non seulement il serait le premier à
bénéficier de l’application de ces idées de progrès, mais nous en disperserions la semence aux quatre coins
de l’Europe.

ces Corses indisciplinés, teigneux, querelleurs, vindicatifs, jaloux, qui l’avaient élaborée dans le tumulte,
ne savaient pas qu’ils venaient de jeter les bases de la première Constitution démocratique d’Europe.

me demande quelle peut être cette grâce qui fait qu’un peuple comme le vôtre, démuni de tout et qui subit
une oppression aussi tyrannique, ait des idées si nouvelles!

Une leçon d’histoire et un roman de cape et d’épée passionnant!

 

 

Sartène et plage de Campo Moro

CARNET CORSE 2024

 

Sartène : escaliers arches petits ponts

Pratique : le parking du Casino est parfait à l’entrée de la ville

L’Office de Tourisme se trouve sur le Cours Sœur Amélie : on y trouve des plans et audioguide pour la visite de la ville individuelle.

 

En face de l’Office de Tourisme, une succession de « petits escaliers »(dixit l’hôtesse de l’Office) conduit au Musée. Ces escaliers sont raides, leurs marches bien hautes. On monte l’équivalent de 5 ou 6 étages avant de parvenir au Musée. Sartène est une ville bien pentue.

Le Musée archéologique est un bâtiment moderne construit face à la pente. A première vue, il paraît tout plat. Comme toutes les maisons de Sartène il est adossé à la montagne et les salles d’exposition se déploient sur plusieurs niveaux. Le panorama de la terrasse s’étend très loin.

Les collections sont présentées chronologiquement, les explications sont détaillées et très intéressantes.

Chronologie :

Néolithique ancien (5800 -4800 av.JC) –  les premiers paysans – l’économie est basée sur l’élevage avec introduction de nouvelles espèces : porcs, moutons, chèvres. On note le marronnage de certains animaux domestiques qui retournent à la vie sauvage, les porcs deviennent des sangliers, moutons, des mouflons. On a retrouvé des colliers de coquillages ainsi que des silex et des pointes d’obsidienne. La poterie est fine et décorée.

Néolithique moyen : (4800- 3800 av.JC) l’habitat fut construit en matériau périssable

Mais on a retrouvé une architecture en pierre monumentale : coffres mégalithiques, dolmens et menhirs. Des taffoni ont servi à inhumer les défunts.

Néolithique récent (3800-3000av.JC) l’obsidienne du Monte Arci démontre des contacts avec la Sardaigne. Un outillage de pierre taillée lié à cette obsidienne est présenté. Certaines flèches sont très finement taillées, c’étaient des objets de prestige. Domestication des céréales : faucilles avec lames d’obsidienne collée, meules pour la mouture des grains mais aussi des glands et le concassage de roches argileuses et préparation de minerai de cuivre.

Figurine néolithique

Des statuettes représentant la déesse-mère.

Dans un abri sous roche on a retrouvé de la vannerie, des paniers et des noyau d’oléacée montrant une arboriculture embryonnaire.

vannerie néolithique

Néolithique final : chalcolithique : travail du cuivre présent en Corse, pointes de flèches, fusaïoles des métier à tisser.

Age du Bronze (2000-1600av.JC) habitat perché et construction de tours en pierre sèche (analogues aux nuraghe de Sardaigne) abris funéraires dans les taffoni mobilier en céramique.

Age du fer (800-259 av JC) abris sous roche aménagés, matériel métallique, armes en bronze et fer, chainettes, pendentifs. Perles de verre et d’ambre de provenance lointaine.

Antiquité Romaine : tête d’Atis

Période médiévale

 

L’Exposition Aldila / Présente les rites funéraires et l’expression du sacré. Mais après avoir examiné en détail les collections permanentes cela fait un peu redite.

La Dame de Bonifacio( 6500av JC)est un des premiers témoignages de solidarité dans la Préhistoire : petite, menue, paralysée d’un bras présentant une pathologie dentaire, elle n’aurait pas pu survivre à tous ces handicaps sans la solidarité du groupe ou de la famille.

Statue-menhir armé

Les statues-menhirs sont impressionnants, très expressifs,

 

Vieille ville de Sartène

Eglise de Sartène

Je descends d’autres escaliers aux marches de granite. Les rampes métalliques sont bien utiles. Les ruelles sont enjambées par des arches et des petits ponts qui relient les premiers étages des maisons entre elles. J’arrive Place de la Libération avec l’Eglise Santa Maria (1766) et l’Hôtel de Ville. Le granite confère aux constructions de Sartène une grande simplicité et un aspect austère. En revanche, les terrasses, les marchands, les passants à l’ombre des ormes et des palmiers, donnent une impression d’une gaie animation.

Derrière l’Hôtel de Ville, le quartier Santa Anna est médiéval avec ses étroites ruelles encombrées par les tables des restaurants, les étals des marchands de souvenirs et la foule des badauds. Pour prendre des photos des rues pittoresque, il faut attendre son tour. Un « passage » est fléché : c’ »est une boutique. Une « échauguette » est signalée, suivant la flèche j’arrive dans le jardin d’un restaurant. L’échauguette se voit mieux de la route T40.

 

La suite de la journée sera balnéaire. A Propriano, il y a une série de plages. Nous évitons la ville pour prendre la petite route D121 vers l’aéroport Tavaria que l’on dépasse pour la plage de Portiglio qu’on entraperçoit derrière une résidence qui a dressé le long de la route une palissade de planches grises infranchissable. Seule une petite allée sableuse permet d’y accéder.

La D121 monte dans la colline nettement au-dessus de la plage dans le maquis touffu ou sous de hauts oliviers jusqu’à un village en hauteur puis au Belvédère sur le Golfe de Valinco.

La petite station balnéaire de Campo Moro s’aligne le long d’une merveilleuse plage de sable très blanc très fin. Eau cristalline, turquoise ou bleu lagon. Quelques touffes de posidonies font des taches plus foncées. A chaque extrémité de la plage : des restaurants ? A l’entrée du village, des tables sur des estrades sous des toits. A la sortie le Restaurant des Amis occupe une grande maison avec une terrasse à l’étage. Une petite digue abrite un   port de pêche. Seulement trois bateaux s’y balancent. Quelques bateaux de plaisances sont dispersés face à la plage.

C’est la première plage surveillée que nous voyons depuis notre arrivée. Il y a plus de surveillants que de baigneurs. Entre midi et une heure, j’ai tout juste rencontré un  couple de Hollandais debout près du bord. Le vent a failli faire envoler mon bob neuf mais il ne soulève même pas une ride à la surface de l’eau.

Pour rentrer, nous suivons les panneaux Sartène et passons par une toute petite route qui arrive à Grossa devant la Chapelle pisane (enfermée dans son enclos) puis Bilia. Des sites archéologiques sont signalés dans les environs. Nous les visiterons demain !

 

 

 

 

Filitosa site archéologique et baignade à Olmeto-plage

CARNET CORSE 2024

Statue menhir

La route de Sartène traverse des vignobles et des prés fauchés, paysage agricole qui m’étonne, contrastant avec le maquis si dense et si sauvage en formant une parenthèse. Elle s’enfonce ensuite dans la forêt épaisse : oliviers très hauts, chênes touffus. Puis s’élève en nombreux virages avant d’arriver à Sartène, ville adossée à la pente. Descente sur Propriano très urbanisée, entourée de zones commerciales et hypermarchés. La D157 longe le Golfe de Valinco avec de belles échappées sur la mer bordée de résidences discrètes, puis montée au site de Filitosa.

Filitosa

Torre et statues-menhirs

Entrée 9€. L’audioguide est à télécharger (QR code) un peu décevant.

Des lauriers roses formant une allée conduisent à une très haute statue-menhir (2.25 m +0.30 m sous terre). Sur la face antérieure le visage est à peine marqué mais on reconnait bien l’épée dans un fourreau. Sur l’autre face, la colonne vertébrale est l’axe coupé par des lignes sinueuses, baudrier ou vêtements flous ?

Un abri sous roche, à l’entrée d’un bois plus sauvage marque l’entrée du site, chaos granitique moussu.  Au pied de la « Torre »(Âge de Bronze ancien 1800 – 1100 av. JC), les archéologues ont mis au jour une zone d’habitations de formes variées. Leurs soubassements étaient des blocs granitiques tandis que les murs étaient faits de terre crue argileuse et la toiture légère.

La Torre (1300 av.JC) avait une fonction cultuelle. Des fragments de menhirs ont été réemployés : statues casquées et armées beaucoup plus anciennes. Une théorie suppose que les Shardanes – peuples de la mer cités par les Egyptiens – peut être des Sardes (homophonie) auraient brisé les statues.

Au bas de la Torre dans une petite vallée coule un petit ruisseau.

Le parcours fléché nous conduit à un éperon rocheux fortifié.

olivier remarquable de filitosa

Au passage, je remarque d’énormes chêne-liège. En majesté, face à la Tour, se dresse un arbre géant : l’Olivier remarquable de Filitosa âgé de 1200 ans. Du pied surgissent 5 ou6 troncs surmontés d’une frondaison impressionnante. 5 statues-menhirs disposées en arc de cercle semblent monter la garde.

Musée :

Prosper Mérimée découvrit le premier mégalithe en 1840. En 1946 Charles Antoine Cesari, les « hommes de pierre », il fut l’ »inventeur » du site.

Légendes : les dolmens « stazzone » étaient considérés traditionnellement comme maléfiques, tables de péché ou forge du diable.
Les statues-menhirs, interprétées comme « idoli di lli mori», statues armées de rapières et de poignards « paladini » bénéficiaient d’une considération bienveillante.

On les a utilisés en réemploi dans la construction des chapelles ou des églises sans volonté de destruction, plutôt de « christianisation »

Baignade à Olmeto-plage

Tour génoise

La petite route qui descend à la plage passe devant une tour génoise en excellent état, elle est habitée. C’est une belle plage de sable grossier, presque des graviers. La marche au bord de l’eau n’est pas facile, on s’enfonce et la plage est en dévers, je marche déséquilibrée. La plage est très longue presque déserte. Après le déjeuner j’essaie de me baigner sur cette plage ouverte balayée par le vent. Les vagues sont trop forte pour que je nage en faisant mes « longueurs » j’essaie de ne pas m’éloigner de peur d’avoir du mal à sortir.

 

 

Roccapina : Maison du site – déjeuner à La Tonnara – sentier côtier vers Bonifacio

CARNET CORSE 2024

vue du Belvédère de Roccapina : la Tour génoise et le lion de Roccapina

A Casa di Roccapina 

Ciel un peu nuageux sur la montagne, voilé sur la mer. Il fait bien frais.

La maison cantonnière n’ouvrant qu’à 10 heures, je prends le sentier qui descend du parking et qui serpente dans le maquis. Très bien entretenu pour observer les rochers bizarres ; un éléphant très reconnaissable, sous l’éléphant une cavité abriait une bergerie. Arrivée an belvédère, gros amas rocheux qui émerge du maquis d’où la vue est très étendue : sur le Lion à l’ouest assis sur son éperon, en face sur le récif des Moines et à l’est sur le rocher de la Trinité. J’ai appris au musée que sous le belvédère, une grotte a été aménagée par des militaires français puis occupée par les Italiens. Je n’ai pas vu les casernements italiens ; 1000 hommes y furent stationnés.

L’éléphant

La Maison du site : A Casa di Roccapina ouvre à 10 h , le prix du billet est symbolique (2€) On équipe le visiteur d’un audioguide sous deux versions, la courte donne seulement les explications, la version longue présente aussi des musiques. Le musée est installé dans l’ancienne maison cantonnières où vivait le cantonnier et sa famille. A l’aide de photographies anciennes nous faisons la connaissance de Martin Cianfarani, de son épouse Rosine et de leurs trois enfants. Une femme qui vint passer ses vacances enfant raconte l’animation, les muletiers qui passaient, les habitants. Cette maison était aussi la Maison des Douanes : avec la proximité de la Sardaigne, les douaniers devaient surveiller pour empêcher trafics et contrebande. C’était aussi un relais de chevaux.  Il faut imaginer le dur travail du cantonnier qui devait reboucher les trous de la route empierrée. Rosine qualifiait son mari de « galérien ». Imaginer aussi les trois garçons que l’on voit en photos juchés sur un âne, monter chaque jour à l’école à Serraggia. On raconte qu’ils cueillaient des cyclamens pour les vendre aux touristes. On voit aussi des photographies des bergers et de la transhumance. Il y avait 4 bergeries, 2 en haut, 2 en bas, 4 familles, 120 chèvres, 50 brebis….Tout cela est très vivant, très concret.

A l’étage, une salle est consacrée à la géologie, des maquettes expliquent la formation des taffoni. Aux agents habituels de l’altération du granite : l’humidité, s’ajoutent le soleil, le sel et le vent. L’eau salée et le sel en cristallisant font éclater le granite.

Une autre salle raconte diverses histoires, celle du Lion de Roccapina, du temps des Sarrazins. Un Maure surnommé « le Lion » tomba amoureux d’une bergère corse. Dédaigné par la belle il fut pétrifié. Ce lion domine le paysage. Couché, il semble surveiller le large. C’est de la mer que survenaient les razzias barbaresques. Il est bien identifiable dans le paysage, mieux que le lion de Tafraout que je n’ai pas reconnu et qu’une policière aimable avait photographié sur son téléphone pour nous le montrer. Il faut croire que le granite en s’altérant donne naissance à des animaux lion, ou oie du Sidobre….En le dessinant, j’avais cru voir des oreilles dressées>. Sur les photos on voit que ce sont des ruines d’une tour qui couronnait sa tête, édifiée entre 1370 et 1380 par le Comte Arrigo della Rocca.

Le Naufrage du Tasmania le 17 avril 1887 eut lieu sur les récifs des Moines. Parti de Bombay, il apportait à l’Impératrice Victoria les présents du Maharadjah de Jodhpur pour son Jubilée. Les habitants de Roccapina sauvèrent les marins et reçurent une récompense en or. Pour éviter les naufrage on construisit le phare des moines en 1909.

Histoire de la cala de Roccapina qui abritait les navires marchands embarquant les pins laricio pour les traverses de chemin de fer. Le charbon transitait là et on exploitait aussi le corail.

La visite se termine devant un écran avec la projection du film Amour et Vendetta, la fille du lion, (1923) réalisé par René Norbert, tourné à Roccapina et restauré en 1992.

Oriu : maison de berger dans un bloc creux

On ouvre une porte…et la visite continue dehors sur un autre sentier Le Sentier de l’Oriu qui passe par le poulailler de Rosine Cianfarani construit contre un bloc de granite, avec un mur de pierres sèches de construction très soignée. Plus loin, un taffonu et quelques pierres formaient la niche de leur chien.

Oriu ; l’intérieur de la maison du berger

Encore plus loin, un Oriu a été reconstitué et meublé, cabane de berger avec tout le nécessaire : l’âtre, la table une chaise de paille, et dans un coin triangulaire, son lit bien peu confortable.

C’est une très belle visite.

Taffonu à la Tonnara

Nous retournons à La Tonnara malgré le temps nuageux et venteux.

Déjeuner au restaurant Le Goéland . La décoration originale utilise le bois flotté pour diverses compositions. Le menu est varié, choix de poissons ou tajine et grillades. Mais les prix sont assez élevés. Dominique prend des moules de l’étang de Diane, excellentes très charnues cuisinées avec beaucoup d’ail et de persil accompagnées de frites-maison très bonnes. Mes linguines aux palourdes sont aussi à l‘ail et persil.

Après ce très bon repas, malgré le ciel voilé je vais nager avec autant de bonheur que dimanche. Le vent est suffisant pour les kite-surfs qui exécutent un ballet gracieux mais les îles brisent les vagues et je nage à l’abri. Mauvaise surprise : quelques méduses excitent deux Italiens mais elles sont petites et pas vraiment gênantes. A deux reprises, je sens une brûlure, comme une piqûre de guêpe. Mais je trouve aucune trace quand je ressors de l’eau (quelques jours plus tard une petite plaque va me démanger le soir).

La Tonnara : immortelles de corse et Griffes de sorcières

Le soleil est revenu, le vent a chassé les nuages. Je pars en exploration sur le sentier littoral en direction de Bonifacio. Bien tracé entre les blocs de granite et la végétation rase. Les immortelles de Corse sont fleuries. Au bord de l’eau, les griffes de sorcière sont en bouton. Peu de buissons, quelques lentisques ras. Lavande et euphorbes complètent cette flore. J’arrive sur la plage presque vide de Stagnolo. Ler sable très blanc est maculé par l’épaisse laisse de posidonies séchées. Des ganivelles l’entourent et un panneau prévient « Ne marchez pas sur les œufs ! » C’est un sanctuaire pour els oiseaux, un site de nidification des Gravelots. Pas d’oiseaux aujourd’hui. Quelques couples sont à poile. La plage est-elle naturiste ?

Roccapina – Pianottoli – La Tonnara – l’Ermitage de la Trinité

CARNET CORSE 2024

Roccapina : panorama

A la découverte des environs immédiats, à la recherche d’une belle plage pour se baigner…

Roccapina

Taffonu : abri sous roche

La petite route de Serraggia rejoint la T40 en corniche tout près de Roccapina. Le point de vue sur le chaos granitique est fantastique. Les rochers arrondis sont creusés en taffoni. Dans le  chaos granitique du Sidobre , les rochers avaient des formes bizarres ; le touriste croit reconnaître des animaux. A Roccapina ces formes fantastiques peuvent stimuler l’imagination mais quand ils sont creux, les rochers ont aussi servi d’abri sous roche pour les bergers. La maison cantonnière a été aménagée en musée, malheureusement fermé le dimanche et le le lundi. Un sentier d’interprétation descend à travers le maquis très dense mais sans indication de longueur ou de temps. Au parking deux cars déversent des touristes hollandais et le 3ème âge de Carpentras (selfies et commentaires navrant, au moins incompréhensibles pour le Néerlandais). Un essaim de motos sonorise les lieux. Les motards italiens contemplent la Sardaigne toute proche. La côte est très découpée. Nous nous arrêtons à chaque parking.

Roccapina : la Tour Génoise, le Lion de Roccapina, la plage

Pianottoli-Caldarello est le bourg le plus proche du gîte. Le Spar nous rendra service. Nous cherchons les plages en faisant un grand tour. On devine la mer mais pas les plages et on se retrouve revenues à notre point de départ. Echappatoire vers le port très tranquille dans une baie arrondie. Plaisanciers exclusivement, quelques gros voiliers, des catamarans. Un passage dans le grand parking mène à une mini plage à peine 1 m de sable orange, parfois moins le long du rivage. Aucun espoir de baignade : quelques dizaines de centimètres d’eau sur les rochers. Je me déchausse au plaisir de marcher dans l’eau. Une propriété privée interrompt ma promenade avec un grillage hostile.

Pianottoli- Caldarello port

La plage de la Tonnara.  de Ventilegne où se jette un petit fleuve malodorant et où s’ébattent les kitesurfeurs.

La plage de La Tonnara est à l’abri de petits îlets. Sur la plus grande île les goélands sont nombreux. Le sable est clair, l’eau cristalline, bleu lagon. Le restaurant  qui a installé sa terrasse nous fait bien envie. Nous reviendrons ! Le car de Carpentras y déjeune pendant que nous pique-niquons. Quand je vais me baigner ils se massent autour de la voiture bouchant la vue sur mer et surtout nous abrutissant de leurs inepties.

Ma baignade sera mémorable. Je parcours tranquillement le plan d’au abrité. Un vrai bonheur.

L’Ermitage de la Trinité

Situé sur un rocher portant une croix dominant le Capo di Feno en face de Bonifacio au-dessus d’une petite baie étroite comme un fjord. Le contraste entre le rocher granitique et les falaises calcaires est saisissant. Trois ermitages, une grande église du XIXème siècle san grand intérêt sauf les ex-votos, plaques de marbre qui tapissent la nef. Un petit ermitage se trouve dans une grotte. Sous de beaux arbres, des bancs entourent une grande table portant un très grand gâteau de nougatine. Mariage ou communion ? toute une famille est assise, les assiettes sur les genoux

La Passion de Maria Gentile – Maria Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

Village de Pigna

 

« Maria Gentile, c’est l’Antigone corse. « 

J’ai écouté le podcast de RadioFrance : l’Expérience : L’Antigone Corse CLIC juste avant notre départ pour la Corse. Antigone est une figure qui me passionne et je ne rate aucune occasion de l’évoquer. Ma préférée est celle de Sophocle. C’est aussi un épisode tragique de l’histoire corse. 

En 1768, la République de Gênes cédait la souveraineté de la Corse à la France. Voltaire écrivait : « Il restait
à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera
jamais dans aucun traité.

Après avoir écouté le podcast j’ai cherché la pièce de Marie Ferranti

« En 1768, la République de Gênes cède la Corse à la France. Un an plus tard, la bataille de Ponte Novu met
un terme aux espoirs des Corses de demeurer indépendants. Malgré la paix, des jeunes gens, dénoncés pour conspiration, sont condamnés à être roués vifs et pendus, et les autorités interdisent qu’on leur donne une sépulture sous peine de subir le même châtiment. En 1769, Maria Gentile n’a pas vingt ans. Elle est fiancée à Bernardu Leccia, qui figure parmi les condamnés. Au péril de sa vie, elle passe outre à cet
ordre inique et enterre u so caru (son amour). Cette nouvelle Antigone devient ainsi une grande figure de
l’histoire corse et une héroïne de légende. »

La Passion de Maria Gentile est une pièce en cinq tableaux . 

La pièce ne se déroule pas dans le palais de Créon, pas de Dieux antiques, mais à Oletta, un village du Nebbiu . Les hommes ont été faits prisonniers, ou exécutés, certains ont pris le maquis. Au village, il ne reste que des femmes, certaines apeurées, certaines raisonnables, Maria amoureuse.

« Parce que nous étions amants. On sera comme ces amants dont parlait le vieux curé. Ils étaient prisonniers
sur un nuage de l’enfer. Ils se désiraient toujours et ne pouvaient jamais se toucher… Et elle ne l’avait pas
maudit, celle-là, son amour. Mais, moi, de ma bouche amoureuse est sortie cette malédiction. L’enfer serait
trop doux pour une amante comme moi. »

Tragédie antique, luttes héroïques mais aussi histoire d’amour.

travers ce personnage, je voulais faire l’éloge de la désobéissance face à la barbarie et celui de la révolte,
érigée en vertu.

Maria Gentile, Antigone, celles qui disent non seront toujours me fascineront toujours.

L’Île-Rousse sous le vent – Concert à Pigna

CARNET CORSE 2024

Les vagues dans le pot de l’Île-Rousse

C’est la tempête : les lauriers roses se secouent furieusement. La mer est agitée. La voiture est chargée à 100 %, au moins, on ne gâchera pas la dernière journée à la borne ! Journée de révision à l’Île-Rousse. Dominique retrouve sa place au parking sous la tour génoise. Difficile d’ouvrir la portière et de marcher droit contre le vent. Les embruns mouillent. Même avec la parka, j’ai froid. Après la promenade au phare, en marchant en crabe dans les rafales je me fais copieusement arroser sur la digue qui relie l’Ile Pietra à l’Île-Rousse.

A quai, le Kalliste de la Méridionale embarque ses derniers passagers pour Toulon. Sur sa coque est peint un fil électrique t une prise dessinant un cœur autour de la planète. Kalliste serait-il un bateau électrique ? Wikipédia m’apprend que ce navire a été construit en 1992 en Finlande et qu’il est pourvu de quatre moteurs diésel. Quand j’arrive en ville, je vois le Kalliste s’éloigner sans avoir l’air gêné par les vagues.

L’Île-Rousse Place Paoli

Pour m’abriter du vent, je parcours les petites rues de l’Île-Rousse avec ses restaurants, ses boutiques plus ou moins élégantes. On vend des couteaux corses à des prix raisonnables. Sont-ils authentiquement corses ? Les prix en-dessous de 30 € m’en font douter. Il y a aussi des bracelets de corail assez bon marché pour éveiller les mêmes interrogations. Les cartes postales sont introuvables, la tradition est sérieusement mise à mal par les réseaux sociaux. Je n’en trouverai que de l’autre côté de la Place Paoli dans une belle librairie-papeterie. Ce n’est pas drôle de faire de lèche-vitrine sans rien acheter. J’ai besoin d’un bob mais  cause de l’inflation( ?) ils ont sérieusement augmenté. Des tout simples sont affichés 35 €. Pas question de mettre une telle fortune à l’eau puisque je compte me baigner avec. La vendeuse m’en trouve un très laid à 9€ avec une tête de maure, unitaille règlable avec un lacet à coulisse.

Sur la plage personne à l’eau à cause des vagues et de la fraîcheur.

Nous sommes retournées déjeuner au Via Mare où Dominique a repris le filet de Saint Pierre et moi, un ceviche de daurade.

De retour à Corbara, je tente de joindre l’hôtesse du prochain gîte qui m’a envoyé un Sms mais qui ne rappelle pas.  SFR m’informe qu’il n’y a pas d’abonné au numéro demandé. Hier, pourtant cela répondait. Je soupçonne une arnaque. Nous ne connaissons ni l’adresse du gîte, ni le nom de la propriétaire. Seul recours « Gérer la Réservation » avec le Service-Client de Booking.com. Presque 2 heures au téléphone pour obtenir une vraie personne et non pas une voix électronique qui me demande de taper 2, ou 3….Je demande des garanties, puis un relogement. L’opératrice de Booking est très compréhensive et efficace. Pendant qu’elle cherche un logement de remplacement les SMS défilent en haut de l’écran. L’hôtesse de Serraggia s’est « réveillée », elle envoie un nouveau numéro de téléphone de contact, des photos, le téléphone de son amie qui nous recevra demain. Il n’y aura pas de relogement mais notre confiance est ébranlée.

Je suis bien énervée. Une bonne marche me calmera.

le Couvent de Corbara

Ce soir, à 18h30, à l’auditorium de Pigna, il y a un concert de Polyphonies Corses. 3 km seulement séparent notre gîte de Pietralta à   Corbara de Pigna par la route. Il existe aussi un sentier pédestre mais je n’ai pas le temps de le chercher et j’ai peur de me perdre. Après la sortie du village, la route est bordée de tombes monumentales et de mausolées. Dans la lumière du soir, les marbres blancs prennent une teinte dorée ou rosée. Le grand Couvent de Corbara surplombe la route. Il accueille des fidèles pour des retraites. On voit bien les plages d’Algajola de Pigna.

Pigna vue de loin, de la route

Pigna est construite dans un creux, je ne la découvre qu’au dernier moment, adossée à une autre colline. C’est un tout petit village qui a banni les automobiles cantonnées au parking. Les ruelles sont pavées de cailloux arrondis. Des artisans travaillent dans les ateliers-boutiques. J’ entre chez la fabricante de boîtes à musique peintes à la main. L’église est fermée comme la chapelle au toit de lauzes. Le restaurant et les cafés sont ouverts. Le village semble exclusivement vivre du tourisme.

ruelle de Pigna

A Cumpagnia est en résidence à Pigna. Cinq musiciens entrent sur scène, deux jouant de la guitare, deux du violon, le cinquième plus âgé est en retrait assis, à ses pieds toutes sortes d’instruments à vent de sa fabrication, un en corne, d’autres en bois avec une drôle de forme. Il a aussi une très petite guitare, sorte de mandoline à la caisse coupée à plat. Le clarinettiste est aussi percussionniste. Les parties instrumentales du concert occuperont une grande place dans le spectacle.

Les chants sont chantés en solo, ou en polyphonie a Paghjella (chant à trois voix, parois la basse est doublée)

Les explications sont passionnantes. Le groupe fait revivre des chants anciens du XIXème ou du XXème, comme cette lettre d’amour d’un condamné au bagne pour une vengeance. Traditions rurales : chants de métiers, chant du muletier ou lamento du châtaigner ou de l’olivier. Jeux où participaient les villageois : la moitié du village jouait les envahisseurs sarrazins tandis que l’autre moitié jouait les défenseurs. La dernière razzia date de 1805 et le souvenir reste encore vif dans les villages. A Corbara la m^me femme fut enlevée à deux reprise pour finir femme du Sultan.

A côté de ces chants ruraux laïques ils interprètent aussi les chants sacrés des Franciscains que – bizarrement j’apprécie plus que les chants corses – Ils sont en latin que je comprends à peu près en tout cas mieux que le Corse. Pour chanter ces chants sacrés, 4 chanteurs se regroupent au fond de la scène dans la quasi-obscurité. C’est très impressionnant. J’ai du mal à applaudir à la fin ; Applaudir la Messe ?

Pour terminer le spectacle, ils ont choisi des chansons plus légères, plus entraînantes,  comme ce « chant d’accumulation » sur le principe de « alouette, gentille alouette »mais ici on mange le merle.

Fin du concert 20h15. Aurais-je le temps de rentrer au gîte avant la nuit. Je marche d’un bon pas sur la route. Le coucher de soleil au-dessus d’Algajola est parfait. Pas un nuage. J’aimerais m’arrêter pour le contempler.9 heures sonnent à A Nunziata. J’arrive à 9h05, il fait encore clair.

Corbara sentiers du Patrimoine

CORSE 2024

Le village de Corbara

Nous sommes si bien sur notre terrasse de Corbara que nous y retournons déjeuner.

L’après-midi sera consacrée à l’exploration du village et de ses sentiers.

La Boucle de Carbunghja (3.5km, 1h30, 170 m de dénivelée) propose de découvrir le patrimoine de Corbara. Le départ du sentier se trouve à quelques dizaines de mètres du gîte, bien signalé par un poteau portant une flèche jaune. Le chemin empierré et fleuri de chardons mauves descend sous les ombrages de petits chênes verts et conduit à une fontaine qui coule en permanence. Le bassin de pierre est empli d’une eau verte.

A Nunziata

Après la fontaine la pente est moins rude. Je suis le balisage jaune et bleu et arrive presque au niveau de la mer dans un lotissement de maisons neuves avec piscines : Carbunghja, pas palpitant ! Il faut alors remonter tout ce que j’ai descendu, au début sur le goudron, c’est rude. Etrangement, quand la route devient piste puis sentier, même avec une pente plus raide, c’est plus facile. Je gagne la petite chapelle blanche cubique Pierre et Paul dans un virage à l’entrée de Corbara. Le sentier s’élève droit vers le sommet du village, passe devant la grande maison blanche avec son pigeonnier, un palazzo, un sentier plat me conduit ensuite dans des ruelles entre les maisons accrochées à la pente. Enfin un escalier va à la Chapelle des Sept douleurs qui se dresse à contre-jour presque noire sur un ciel pommelé. Fermée. Le sentier de crête va aux ruines du Château Guido. Je croyais que l’imposante construction face à notre gîte que je dessine chaque matin, où Paoli, furieux de n’avoir pas pu prendre Algajola, avait décidé la fondation de l’Île Rousse était le Château Guido. Pads du tout. Les ruines sont au sommet d’une autre colline, au-dessus de l’impressionnante A Nunziata qui s’impose dans le paysage.

la Chapelle des Sept douleurs

L’ »épicerie-dépôt de pain » est sur le versant opposé, assez haut ; sur une ardoise sur le bord de la route on peut lire la liste des plats cuisinés aujourd’hui avec un numéro de téléphone. J’appelle : « Reste-t-il du pain ? -Oui, de la baguette, mais je n’ouvre qu’à 17 heures » Il est 16h40, je renonce à la baguette.

Excellente surprise : notre hôtesse nous offre le chargement de la FIAT. Elle nous a prises en pitié, coincées sur la terrasse. Ce n’est pas une punition, mais quand même. J’appréhendais la manœuvre, simplissime encore. La fiche correspond à n’importe quelle prise de la maison. Mais la durée de charge est impressionnante : 8h11 alors que le compteur affiche déjà 65 %. Charger la nuit nous convient très bien. Il faut une prise accessible dans le garage et un propriétaire consentant. Oserons-nous nous rebrancher une autre fois ?

Ce soir la visibilité est très bonne. On distingue les côtes niçoises à l’horizon.

Algajola

CARNET CORSE 2024

Algajola citadelle

Soleil et vent. La mer est agitée, les petites crêtes blanches soulignent le bleu outremer. Sur la route qui descend à l’Île Rousse, un panneau indicateur « Algajola » nous interpelle. Nous rejoignons la T30 en direction de Calvi. Nous dépassons une petite zone commerciale (comment peut on construire une horreur pareille en pleine campagne ?), on oblique vers la mer, passe la voie ferrée. Justement le petit train est en gare, tout neuf, tout pimpant.

Le village ancien se blottit autour de l’église et de la citadelle. Les hôtels s’alignent le long du rivage, un 3* ; le reste des 2*. La citadelle et les environs sont des meublés touristiques. Bars et restaurants occupent des placettes ombragées, sympathiques pas du tout tape-à-l’œil. Leds prix les mêmes que partout.

Dominique gare la voiture à la plage, derrière des tamaris. Je longe la côte, passe sous des arcades, parviens à une promenade qui arrive au bastion de pierre.

Un peu d’histoire :

D’après le Guide Vert, la fondation de la ville est phocéenne, d’après un site corse, phénicienne.

Au XVIème siècle, Algajola fur la capitale administrative de la Balagne. Le château-forteresse fut érigé en 1531. Site de la guerre contre les Français (Henri II) . En 1559, reprise par les Génois. Résidence du gouverneur de Balagne

En 1620 le port était le second de l’île en importance.

En 1643, Algajola fut saccagée par les  Ottomans.

1764, la citadelle devint française

1767, passe aux mains des Corses.

Paoli fonda l’Île-Rousse, furieux de ne pas avoir pu entrer dans Algajola.

Nous n’avons pas vu le monolithe, colonne de porphyre qui devait servir de support à la statue de Napoléon.

Après la promenade dans cette petite ville, j’arpente la belle plage de sable coupée par un enrochement de granite qu’il est formellement interdit de grimper dessus. Il faut faire le tour d’une résidence hôtelière très bas de gamme (les chambres sont installées dans des sortes de baraquements). La belle plage de 1.5 km de long est déserte. Sable blanc assez grossier. Un restaurant de plage a installé ses tables sur le sable. Au bout de la plage, un très gros rocher de granite évoque la carapace d’une tortue.

Il ne sera pas dit que, malgré le vent frais je ne me serai pas baignée. Après avoir joué avec les vagues je me lance à nager et me retrouve, sans m’en rendre compte déportée près des blocs au bout de la petite plage.

Le Parc de Saleccia

CARNET CORSE 2024

Saleccia parc fleuri

Le parc de Saleccia ouvre à 9h30, il est très fréquenté? même hors saison. Pour me promener au calme, je ne suis pas l’itinéraire proposé et déambule au hasard.
Promenade instructive : les végétaux sont étiquetés avec de nombreux panneaux explicatifs. Je révise les fleurs jaunes du littoral au feuillage argenté : Cinéraires maritimes, Hélichryses d’Italie (Immortelles de Corse), Armoise annuelle (Artemisia). Les immortelles sont encore en bouton tandis que les Cinéraires nous réjouissent de leur jaune éclatant.

A retenir également : le nom des buissons : les Filaires en grosse boules, le l’Alaterne (Rhamnus).

Je recopie les panneaux présentant les arbres méditerranéens : oliviers et oléastres, amandiers, mûriers blancss, Lentisques, Laurier roses…je l’avais déjà fait à notre précédente visite en 2018 mais copier retient mieux mon attention. Ce jardin me fait penser à celui du Rayol de Gilles Clément en moins exotique. Le Parc de Saleccia est le résultat de 38 années de travail . l’incendie de 1974 a détruit 17 communes et réduit en cendres le domaine. Depuis lors huit incendies se sont déclarés en 30 ans. Le thème « après le feu » est présenté. Les plantes pionnières sont d’abord les Asphodèles – pyrophytes favorisées par le feu. Ensuite viennent els Cistes dont les graines résistantes à la chaleur germent après l’incendie. Le maquis Lentisques, Myrtes, Arbousiers., s’installera après. C’est la nature du sol qui distingue le maquis de la garrigue, maquis sur un sol siliceux, garrigue sur un sol calcaire.

La lutte contre l’incendie est une lutte sans fin. Une association « Sauvez Saleccia » surveille le démaquisage qui est la condition nécessaire pour que le feu ne se propage pas au sol. Noté au passage, la résistance au feu des mûriers blancs et le rôle incendiaire des hélichryses dont l’essence très volatile attise les brasiers.

Armoises

Je parviens à une rotonde charmante : comme les rayons d’une roue, partent des petits jardins de part et d’autre d’une allée de galets, séparant chaque jardin, une petite fontaine. L’eau ne s’écoule goutte à goutte d’un petit canal terminé par une tuile ronde. De ce rond-point part une allée de lauriers roses. Une allée des quatre fleurs réunit Euphorbes roses, helichryses, agapanthes (pas encore en fleurs) .
du jardin cultivé, je passe à un bois de chênes verts puis à une oliveraie. Noté aussi que les oliviers ne sont pas plantés mais greffés sur des oléastres.

hélichryses

Je découvre enfin une très grande pelouse verte figurant la Mer Méditerranée et sur ses bords les différentes flores. Une rive figure aussi la Californie(climat méditerranéen, les Canaries. Bien sûr une « île » représente la Corse.

 

Cette promenade enchantée a duré deux heures. J’aurais pu rester encore plus mais j’ai le projet de rentrer à l’Île Rousse par le sentier littoral qui relie en une heure de marche le Parc Saleccia à la Plage de l’Île Rousse. Pour le trouver il suffit de traverser la route T30. Le sentier est fléché en face du parking. Ce joli sentier côtier traverse malheureusement une zone urbanisée en fin de parcours.

Pique-nique sur le parking de l’Île Pietra.

Pendant que Dominique charge la FIAT500e à l’hôtel Escale-Port  je vais me baigner jusqu’à un rocher qui ressemble à un aileron de requin. La charge ne dépasse pas 73% à mon retour. Décourageant!