Là où les chiens aboient par la queue – Estelle-Sarah Bulle

GUADELOUPE

Pour prolonger notre voyage en Guadeloupe, à la suite de lectures de Maryse Condé et de Simone Schwarz-Bart, écrivaines reconnues, classiques, j’ai cherché un roman plus récent. Un peu désarçonnée par le titre j’ai voulu tenter l’aventure. 

« Morne Galant somnolait, ramassé sur lui-même. Encore aujourd’hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant : « Cé la chyen ka japé pa ké. » Je te le traduis puisque ton père ne t’a jamais parlé créole : « C’est là où les chiens aboient par la queue. »

Dans ce roman choral, alternent les récits de la narratrice (l’auteure?), de ses tantes Antoine et Lucinde, de son père Petit-Frère. La saga familiale commence à Morne Galant, village perdu dans la Grande-Terre, chez des planteurs de canne : Hilaire, l’ancêtre qui vivra centenaire, est une personnalité respectée dans le village il règne sur les Ezechiel, cousins proches ou éloignés. Hilaire a épousée une Blanc-Matignon, Eulalie dont la famille n’acceptera pas cette mésalliance. Leurs trois enfants, Antoine, Lucinde et Petit-Frère quitteront à l’adolescence le village pour tenter leur chance à Pointe-à-Pitre, puis dans les années 1960 partiront pour la région parisienne. Quatre personnages, trois lieux, un demi-siècle. 

« Hilaire représentait une Guadeloupe rurale frappée de disparition. Aucun de ses enfants n’appartenait au
même monde que lui. Ils étaient de l’âge de la modernité, éloignés de la canne, plongés dans l’en-ville. »

Je ne suis pas entrée tout de suite dans l’histoire qui se présente un peu comme un puzzle. Histoire et géographie se mélangent au gré des confidence des personnages. Mélange, métissage des origines.

« Je me considérais comme une femme, ça oui, et comme une Guadeloupéenne, c’est-à-dire une sang-mélangé, comme eux tous, debout sur un confetti où tout le monde venait d’ailleurs et n’avait gardé qu’un peu de sang des Caraïbes, les tout premiers habitants. Ça m’éloignait définitivement de toute idée de grandeur et de pureté. Ma fierté, c’était le chemin que je menais dans la vie et que je ne devais qu’à moi-même. L’homme m’a empoignée par le cou, alors je lui ai craché en créole : « Tu sais pas regarder, ou quoi ? »

L’auteure est née à Créteil, me voici perplexe : j’ai choisi une lecture exotique et me voilà revenue chez moi, pas très dépaysée! Les allers et retours en Guadeloupe vont satisfaire mes envies d’évasion!

Un demi-siècle en Guadeloupe et quelques décennies en Métropole. Le roman raconte avec beaucoup de vivacité l’arrivée d’une certaine modernité à Pointe-à-Pitre, l’évolution du commerce, des relations sociales, la construction d’une ville de béton, l’émergence des luttes anticoloniales et indépendantistes – les journées de mai 1967 que j’ai découvertes à Pointe-à Pitre.

les CRS tirent sur les manifestants mai 1967

L’intégration des trois Guadeloupéens en région parisienne est une facette intéressante du roman. Déception et déclassement pour les deux soeurs qui avaient acquis une certaine notoriété, une place dans la société pour la couturière qui faisait les robes des notables blanches, une boutique prospère pour Antoine, ouverture pour le frère qui découvre une vie intellectuelle parmi les étudiants. Dans les années 60 le racisme existait, certes mais c’est seulement avec la montée du chômage qu’ils l’ont ressenti.

« En métropole, nous sommes devenus noirs vers 1980, à partir du moment où avoir du boulot n’est plus allé de soi. »

Revendication identitaire?

Les Antillais et les Noirs américains partageaient une même expérience minoritaire et une part d’histoire
commune, mais la France et les États-Unis ne modelaient pas du tout les individus de la même façon. Il y avait indéniablement moins de violence à subir en France mais en revanche, les Antillais n’avaient aucun modèle auquel s’identifier. Quel héros

[…]
Faute de mieux, ils se choisissaient des modèles outre-Atlantique : aux ambiguïtés de la France, ils préféraient le rutilant rêve américain, […]Pourtant, ils sentaient bien que l’illusion était grossière : les Antilles françaises, si proches géographiquement de
l’Amérique, en étaient fondamentalement différentes. L’Amérique de cinéma n’avait rien à voir avec
l’Amérique réelle. Et la France demeurait leur terre, où miroitait une réussite sociale inatteignable.

J’ai oublié mes réticences du début, je suis entrée dans ce roman qui ne m’a pas lâchée.

Sarah Bernhardt – Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 27 Aout 2023

Nadar : Sarah Bernhardt adossée à une colonne

C’est une rencontre avec une dame extraordinaire. Je la savais actrice à succès, star internationale, comédienne accomplie.

Du demi-monde à la scène :

destin de la fille de courtisane, élevée à la campagne, revenue à Paris adolescente pour exercer le métier de sa mère : on voit le Livre des Courtisanes, registre de la police qui fichait ces-dames.  Sarah avait des relations : le duc de Morny, (frère de Napoléon, excusez du peu!)la fit entrer au Conservatoire, puis à la Comédie Française en 1862. Elle y triomphe en 1872 avec Ruy Blas.

Sarah Bernhardt par Clairin

Mademoiselle Révolte à la Comédie Française

Elle gagna ce surnom en quittant la Comédie Française où son talent était, selon elle sous-exploité. Dans cette section de l’exposition, on voit le corset, le châle porté dans Hernani joué 116 fois, et de nombreux objets. 

Une artiste parmi les artistes

Autoportrait en marbre blanc

C’est, pour moi, la plus grande surprise. Sarah Bernhardt avait de nombreux talents. Elle vivait entourée d’artistes et était elle-même très douée pour la sculpture et la peinture. Son hôtel particulier, rue Fortuny, possédait deux ateliers de sculpture

Déjeuner dans la serre rue Fortuny peint par Louise Abbema

Louise Abbema, son amie, l’a peinte ainsi que le peintre Clairin. A l’occasion de l’Exposition de 1878, elle s’éleva avec le peintre Clairin en montgolfière ca qui inspira les caricaturistes : Robida, un Panorama de Paris très amusant, une autre « Sarah Bernhardt planant au dessus des hommes« . Les caricaturistes n’étaient pas tendres avec elle, elle fut leur cibles comme sculptrice et comme peintre si bien que Zola prit sa défense

 

Sarah Bernhardt : autoportrait en chimère

Goût du Bizarre

Son originalité s’est aussi affirmée par son goût pour le morbide. Pierre Loti a rapporté qu’elle aurait gardé dans sa chambre le squelette Lazare d’un jeune homme mort d’amour. Elle avait aussi un cercueil dans lequel elle aurait dormi. Comme dans la sculpture ci-dessus, elle a abusé du motif de la chauve-souris, coiffant des ailes de chauve-souris, l’utilisant dans ses décors…

Boulevard Montmartre – on peut reconnaître Sarah Bernhardt, Zola, Jules Ferry…

Grands Rôles

Une grande salle  présente tous les grands rôles avec les affiches de Mucha (1894)

Alexandre Dumas : La Dame aux Camelias (1880), Sardou : Théodora, la Tosca(1884), Fédora (1882), Cléopâtre, Jeanne d’Arc…Ces derniers étaient de véritables peplums

Sarah Bernhardt dans Phèdre

Elle a triomphé dans Phèdre de 1874 à 1914.

Sans oublier les travestissements pour Lorenzaccio, Hamlet, ou L’Aiglon de Rostand

Sarah Bernhardt : l’Aiglon

Une salle : La Divine (nommée ainsi par Cocteau) montre l’exploitation de l’image de la star dans la publicité, support pour les biscuits LU, de l’absinthe ou de la Poudre de Riz. 

Nous sommes restées plus de 2heures 30 dans l’exposition qui ne s’achève pas là.

La Femme engagée : la montre organisant un hôpital militaire pendant la Guerre de 1870-1871. Elle fut aussi active dans la défense de Dreyfus avec Zola. Pendant la Première Guerre mondiale elle fit une tournée aux Etats Unis en 1916 pour sensibiliser l’opinion américaine …

De la Scène à l’écran : dès le début du cinéma elle a interprété ses rôles pour l’écran. 

L’exposition se termine par la projection d’un film montrant ses funérailles presque aussi suivies que celles de Victor Hugo.

C’est une très grande exposition qui nous a réservé de belles surprises. J’ai aussi beaucoup apprécié les photographies de Nadar

Musée Bourdelle à Montparnasse

TOURISTE DANS MA VILLE

A l’ombre de la Tour Montparnasse

A 200  m du Métro Montparnasse (sortie 2), dans la tranquille rue Bourdelle, l’atelier dans lequel Antoine Bourdelle s’installa à 23 ans et travailla plus de 40 ans dans ce qui fut une cité d’artistes.

arcades du jardin sur rue

Même si je n’ai pas un goût immodéré pour les statues monumentales de Bourdelle – bronzes et plâtres – c’est une véritable découverte que ce musée à l’ombre de la Tour Montparnasse, autour de deux jardins. Dommage qu’il ait plu, par beau temps j’aurais beaucoup apprécié les bosquets et les arbres en fleur où se nichent des bronzes de tous formats. Je me promets d’y revenir cet été si la canicule s’abat sur Paris. A l’arrière de la grande salle des plâtres, un jardin intérieur est caché entre les ateliers de briques

jardin intérieur : Sappho

Une promenade secrète cache des petits bronzes

On est transporté dans le Montparnasse des artistes du début du XXème siècle. J’ai bien aimé le Beethoven dans le vent.

Beethoven dans le vent

Bourdelle fur le praticien de Rodin – très beau portrait de Rodin dans le jardin sur rue. 

Salle des plâtres statue équestre d’Alvear

Dans la Salle des Plâtres sont exposés les bas-reliefs du Théâtre des Champs Elysées : quatre carrés figurant La Danse, la Comédie, la Musique, l’Architecture et la Sculpture, et en face une frise : Les Muses accourent vers Apollon et La Méditation d’Apollon. Le fronton de l’Opéra de Marseille – La Naissance d’Aphrodite – est un stuc coloré de rouge témoignant d’une recherche de la polychromie. 

Une statue équestre énorme : Le Monument du Général Alvear (1783 -1852)héros de l’Indépendance de l’Argentine a été inaugurée en 1926 à Buenos Aires. Le cheval en bronze est aussi exposé dans le jardin sur rue.

J’ai été étonnée par la permanence des références à l’Antiquité grecque jusqu’à ce que j’apprenne qu’en 1912 Bourdelle a rencontré Cléopâtre Sevastos, une grecque qui va devenir sa femme. Mis c’est une hypothèse personnelle, peut-être seulement les thèmes antiques sont courants dans la statuaire.

3 têtes hurlantes

En plus de décorer des salles de concerts et des opéras, Bourdelle a eu pour commandes des Monuments patriotiques et des monuments aux morts, de la Guerre de 1970-1971 et de la Grande Guerre. Les têtes hurlantes (il y en a toute une série en bronze et en plâtre) témoignent de l’horreur de la Guerre plutôt que les poilus casqués qu’on a l’habitude d’honorer.

Des salles plus petites  : atelier de peinture et atelier de sculpture complètent l’ensemble. J’ai eu un coup de cœur pour l’armoire contenant de petites statues grecques en terracotta : tanagras?

Voir aussi la Maison de Bourdelle à Egreville ICI

Germaine Richier – Pompidou Beaubourg

Exposition temporaire jusqu’au 12 juin 2023

Germaine Richier – La Montagne(1955-1956)

Quelle découverte! Comment ai-je pu passer à côté d’une telle œuvre?

La rétrospective au Centre Pompidou nous fait découvrir un e sculptrice majeure, reconnue et son œuvre variée et originale. 

Loretto (1934)

Germaine Richier (1902-1959) a étudié à Montpellier chez Guigues, ancien élève de Rodin.  A Paris elle intègre l’atelier de Bourdelle, expose dès 1928

 

Ces oeuvres de jeunesse montrent une grande maîtrise de la sculpture et sont très harmonieuses

Escrimeuses, l’une est nue et visage découvert, l’autre est masquée

Elle va cultiver un style personnel, avec des personnages robustes à la surface rugueuse, loin des critères de la beauté classique comme Pomone ou l’Orage homme terrifiant et sa version féminine l’Ouragane

l’Orage
L’Ouragane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son homme qui marche n’est pas assuré comme l’homme qui marche de Rodin, ni longiligne comme celui de Giacometti il a les pieds englué dans la terre, ahuri il symbolise une humanité blessée, menaçante à la sortie de la guerre. 

Nature et Hybridation

Cigale

Fascinée par la nature et les insectes, elle va collectionner dans son atelier (présenté dans l’exposition) des carapaces d’insectes, des os, un squelette de chauve-souris, des coquillages, des outils…tout un bric à brac qu’on va retrouver dans ses sculptures hybrides. J’ai été bluffée par ces inventions, ces chimères.

le crapaud

Certains hybridations sont à la limite : le Crapaud n’a rien d’animal à part sa posture, tandis que la Cigale n‘a rien d’humain. Chimère cette Mante, la Sauterelle est anthropomorphe. l‘Araignée est aussi très humaine sauf les fils…

la Mante

Le Griffu et son ombre m’ont beaucoup plu, sculpture à fil comme l‘Araignée

j’ai aussi aimé le cheval à 6 têtes en bronze doré, l’Homme de la Nuit qui étend ses ailes de chauve-souris avec sa tête qui ressemble à celle d’un oiseau

HOmme de la Nuit

L’impressionnant Christ D’Assy semble avoir fusionné avec la croix, les veines du bois se devinent dans le bronze de ses bras. Il a fait scandale et a même été retiré par l’évêque d’Annecy. 

Plomb et verre bleu

La fin de l’exposition devient plus colorée, Germaine Richier explore d’autres techniques comme celle de graver des os de seiche avant de les métalliser, on devine la matière initiale sous la pellicule dorée. Elle utilise le plomb et y mêle du verre transparent, s’apparentant aux techniques du vitrail ; à la différence qu’il y a plus de plomb que de verre. Une croix est ainsi traversée de lumière. 

L’échelle avec Zao wou Ki
la Ville avec Vieira da Silva

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle ose la peinture, s’associe avec d’autres plasticiens qui mettent en scène les sculptures dans un cadre de tableau (ou l’inverse). L’exposition se termine avec un Jeu d’échec de taille XXL avec des pièces colorées. 

 

 

 

 

Sucre noir – Miguel Bonnefoy

LITTERATURE CARAÏBE / VENEZUELA

Le roman commence par une histoire de Pirates des Caraïbes : le célèbre capitaine Henry Morgan s’est échoué vers 1670 avec un butin qui a excité la convoitise des chercheurs de trésor . 

Incipit : 

« Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt. C’était un trois-mâts de dix-huit canons, à voiles carrées, dont la poupe s’était enfoncée dans un manguier à plusieurs mètres de hauteur. À tribord, des fruits pendaient entre les cordages. À bâbord, d’épaisses broussailles recouvraient la coque. »

[…]

 » trois siècles plus tard, un village s’installa là où le bateau avait disparu »

Un couple et sa fille unique, Serena, cultivait la canne, la coupait et écrasait les tiges dans leur moulin quand arriva un jeune homme, Severo Brancamonte, chercheur d’or et de trésors avec une collection de cartes minières, de dessins d’orpailleurs, d’images d’anciennes expéditions….

« Dans le secret de sa quête, il célébrait la mémoire e tous ces hommes qui avaient marché en s’enfonçant dans le limon des fleuves, qui avaient pataugé dans les marais de l’arrière-pays et qui, le ventre creux, se blessaient la plante des pieds avec des têtes de diamants »

Serena et Severo finirent par abandonner la recherche du trésor pour développer la plantation, distiller le rhum…L’auteur raconte très joliment le travail de la canne, la distillation. De retour de Guadeloupe, je poursuis le voyage, un peu plus loin, au Venezuela sans être vraiment dépaysée. 

« C’était encore l’époque des cultures sur brûlis. On brûlait les champs pour chasser le serpent et se débarrasser des feuilles, ce qui donnait aux premières cuvées un goût de canne brûlée qui les rendaient uniques dans la région. »

J’ai beaucoup aimé ce court roman, très poétique, un peu dans la veine du baroque sud américain. Hors du temps, seuls quelques détails trahissent le XXème siècle : une radio qui transmet les messages des villageois, et plus tard la découverte du pétrole.

« L’ancienne économie basée sur le maïs, la cassave, le coton, le tabac, se vit bientôt remplacée par une industrie pétrolière. »

De peur de spoiler, je ne vous raconterai pas la suite de l’histoire. A vous de la découvrir. Elle en vaut la peine, vous ferez un beau voyage!

Le conteur, la nuit et le panier – Patrick Chamoiseau

LITTERATURE CARAIBES(MARTINIQUE)

CYRILLE

envoyez les tibwa

Donnez les tanbouyé

Croisez-moi les huit

Décroisez-moi les huit Pantalon !

quatre premiers, en avant

La ritournelle tout de suite

Saluez les dames et envoyez pour la promenade

Allez !…

Cette la-ronde ouverte ici, que j’imagine couronnée de flambeaux, animée de tambours, dansante ainsi que le
veut le quadrille, est pour moi l’espace de transmission non d’une ordonnance ou d’une vérité, mais d’une
expérience encore en train d’aller, l’onde questionnante d’une pratique d’écriture.

Patrick Chamoiseau nous entraîne dans une la-ronde une veillées traditionnelle pour nous révéler le mystère de la création littéraire. Et ce mystère remonte au temps des conteurs, des tambours et des danseurs. C’est donc une lecture envoûtante à la recherche de la langue, de l’écriture et de la beauté. Lecture poétique, politique, philosophique. 

« Dans une colonie, il existe toujours une langue dominée et une langue dominante. Pour moi, la langue dominée (langue maternelle, langue matricielle), fut la langue créole. Elle est apparue dans la plantation esclavagiste, c’est-à-dire dans la surexploitation des écosystèmes naturels, la déshumanisation ontologique des captifs africains, le racisme institutionnel et les attentats permanents du colonialisme. La langue dominante, le français, me fut enseignée, assénée, à l’école. Par elle, je découvris la lecture, l’écriture, la littérature, l’idée du Vrai, celles du Beau, du Juste, un ordre du monde ciselé par les seules valeurs du colonisateur. La langue dominante n’était donc déjà plus une simple langue. C’était une arme. »

[…]
« Là aussi, le discours colonial faisait de la notion d’identité une arme de destruction massive. Cultures, langues, nations et civilisations des colonialistes occidentaux étaient devenues des absolus dressés contre la diversité du monde, considérée comme répugnante. Dans leurs luttes de libération, les colonisés allaient conserver cette survalorisation identitaire afin de produire un contre-discours tout aussi vertical. »

Recherche de l’émotion esthétique, de la beauté.

« Vivre aux Antilles revient à être plongé dans des calamités potentielles : cyclones, tremblements de terre,
éruptions volcaniques… »

[…]
« Moi, travaillé par mes cyclones et mes tremblements de terre, je trouvai précieuse cette notion de catastrophe. Je pris plaisir à ruminer ce moment qui introduit la création, durant lequel l’artiste vide la page, vide la toile, vide la pierre ou le marbre, vide son instrument, et se crée en lui-même les conditions d’une expression irremplaçable et singulière. »

[…]
« L’artiste est appelé, tel un élu, par les « surgissements-de-la-Beauté » qui persistent dans les longs sillons du Beau. Il est habité par leur magie persistante ; il passera toute sa vie à tenter d’en produire lui-même. L’artiste investi de cette sorte s’élance alors vers l’inconnu, je veux dire : vers les bouleversements inépuisables qu’offre l’acte de création. »

J’ai beaucoup aimé les « surgissement-de-la beauté »  et la « catastrophe existentielle ». 

J’ai aussi aimé le rôle du conteur et l’apprentissage du disciple. Le conteur à la base de la littérature écrite.

 

« Pour qu’une métamorphose se produise quand le vieux-nègre esclave se transformait en maître-de-la-Parole, il fallait un bouleversement qui vide la page : efface, dans son humanité remise en « devenir », la moindre survivance de l’esclave. Il fallait un « moment-catastrophe ».

[…]
L’état poétique est donc la condition sine qua non d’un moment-catastrophe. »

Dans la dernière partie, l’énigme du panier est plus ardue avec des références littéraires que je ne maîtrise pas . Chamoiseau se réfère aux traditions, aux conteurs mais c’est aussi un grand lecteur  qui peut invoquer Deleuze, Joyce, Faulkner et bien d’autres. Il fait une lecture très érudite de Césaire et de Glissant ainsi que d’autres auteurs que je ne connais pas. Il revient sur l’écriture de ses œuvres. j’ai retrouvé Texaco et cela m’a donné envie de lire d’autres livres . Quand il m’a un peu perdue avec l’érudition, je l’ai retrouvé avec joie quand il raconte les traces des Amérindiens:

Pour lui, être transformé en « panier » signifiait pour le conteur de jour se voir transformé en un simple contenu, une vacuité ambulante, un quelque chose d’insignifiant
.

le panier apparaît en finale dans bien des contes amérindiens.

Je me souviens de celui où une Amérindienne, fuyant son mari volage, s’embarque dans un grand panier, fabriqué par elle-même, décoré par elle-même, qui l’emporte sur un lac bourré de monstres. Grâce aux motifs de serpents et autres signes à sortilèges qui l’ornementent, les monstres du lac échouent à capturer la fugitive. Le panier semble vraiment la protéger.

je remercie laboucheàoreilles de m’avoir signalé ce livre, son avis ICI. Sa lecture est assez différente de la mienne. Elle s’est plus attachée à montrer l’acte d’écriture, le rôle de la main. Comme je rentre des Antilles j’ai été plus sensible au contexte géographique et culturel.

 

Texaco – Patrick Chamoiseau

MARTINIQUE

.

Texaco a été lauréat du Prix Goncourt 1992 – gros roman de 432 pages qui vous engloutissent dans une lecture passionnante mais touffue, lente, parfois laborieuse (tiens, la narratrice s’appelle Marie-Sophie Laborieux, coïncidence?). Lecture compliquée par le mélange de français littéraire, de vocabulaire oral de la Martinique avec parfois des expressions créoles. Comme j’avais envie de tout comprendre dans ce voyage littéraire j’ai souvent arrêté la lecture pour chercher les mots que je ne comprenais pas. 

Lecture compliquée aussi par l’intervention de plusieurs narrateurs : Marie-Sophie Laborieux, dans ses cahiers transcrit les paroles de son père Esternome, qui, lui-même rappelle les souvenirs des générations précédentes. Intervient aussi un urbaniste rédigeant des rapports…

Texaco est un quartier, bidonville, favela, de Fort-de France installé sur le terrain de la Compagnie Pétrolière Texaco et fondée par Marie-Sophie Laborieux. 

 

 

 

Le titre Texaco qui fait du quartier un personnage à part entière, s’intègre dans une focale « architecturale » . Les repères chronologiques mis en avant par l’auteur sont  des modes de construction : « TEMPS DE CARBET ET D’AJOUPAS  « les Indiens Arawaks vivaient dans des huttes, après 1680, au « TEMPS DE PAILLE » les esclaves africains étaient dans des cases couvertes de paille autour des habitations des colons, « TEMPS BOIS-CAISSE » correspond à l’effondrement du système des habitations  tandis que les cases construites en débris de caisses s’élèvent autour des grandes usines à sucre. « TEMPS FIBROCIMENT » correspond à la construction de Texaco et précède le « TEMPS BETON ».

Chamoiseau a donc rythmé la saga par l’édification des cases. L’histoire commence au Temps de Paille  du temps de l’esclavage, de 1823 où le grand père – empoisonneur fut mis au cachot tandis que la grand-mère était blanchisseuse. Le  père, Esternome,  naquit dans l’habitation et passa son enfance dans la Grand-case. Ayant sauvé la vie du Béké, il gagna la liberté de savane. La première partie du livre raconte comment Esternome s’est affranchi, comment il a quitté la campagne, est « descendu vers l’En-ville » où il est devenu charpentier sous la conduite du maître charpentier Théodorus.

« Durant les semaines qui suivirent, la petite troupe marcha marcha marcha, répara quatre indigoteries, marcha marcha, mit d’aplomb deux caféières, marcha marcha, et un et-caetera de cases à marchandises, à bestioles ou à nègres. Théodorus devant, ses deux aides derrière, mon papa au milieu, ils affrontaient les mornes boueux, les ravines glissantes, escaladaient les éboulis de terre rouge et la bouleverse des arbres tombés. Mon Esternome qui n’avait jamais dépassé les zones de son habitation, découvrit le pays : une terre jamais plate, dressée en verdure vierge, enchantée d’oiseaux-chants et des siffles de bêtes-longues. »

Un des évènements les plus marquants de l’époque fut en 1848 : l’Abolition de l’Esclavage

« En fait, Sophie ma Marie, moi-même qui l’ai reçue, je sais que Liberté ne se donne pas, ne doit pas se donner. La liberté donnée ne libère pas ton âme »

Esternome tomba amoureux. mais je ne vais pas vous raconter tout le livre….Avec Ninon, il a essayé de se construire un paradis, un jardin au flanc d’un morne…

« Soufrière a pété, Soufrière a pété »

la catastrophe, la destruction de Saint Pierre le 8 mai 1902 l’exode vers Fort de France va marquer une nouvelle époque, Estenome a tout perdu, sa Ninon, son paradis sur le morne, et pourtant un nouveau départ: une nouvelle compagne lui donne une fille Sophie-Marie.

Nous allons suivre les aventures de la petite fille dans le Quartier des Misérables, la survie en vendant des fritures dans la rue. Orpheline, il ne lui restait plus qu’à faire la bonne avec plus ou moins de bonheur. Intelligente, elle a tiré profit de l’environnement, des musiciens de son premier maître, a appris à coudre chez la suivante, puis à lire et écrire. Son plus grand trésor fut quatre volumes qu’elle emporta :  Montaigne, Rabelais, Alice de Lewis Caroll et les Fables de La Fontaine. Lectrice, mais aussi scribe de l’histoire de son père et de ses ancêtres esclave. C’est elle qui a fondé Texaco, qui en est devenue l’écrivain public, l’animatrice jusqu’à aller trouver Césaire

« Mais Césaire, noir comme nous-mêmes nous ramena dans la politique. Il vint vers nous, comme Sévère, au
Quartier des Misérables, à Trenelle, à Rive-Droite, au Morne Abélard, à Sainte-Thérèse. Il n’avait pas peur
d’avancer dans la boue, et de le voir venir nous exaltait. »

Au  nom de l’hygiène, de la modernité, Texaco sera-t-il détruit pour caser ses habitants dans des Hachélèmes?

« L’urbaniste occidental voit dans Texaco une tumeur à l’ordre urbain. Incohérente. Insalubre. Une contestation
active. Une menace. On lui dénie toute valeur architecturale ou sociale. Le discours politique est là-dessus négateur. En clair, c’est un problème. Mais raser, c’est renvoyer le problème ailleurs, ou pire : ne pas l’envisager.
Non, il nous faut congédier l’Occident et réapprendre à lire : réapprendre à inventer la ville. L’urbaniste ici-là,
doit se penser créole avant même »

La Nuit des Pères – Gaëlle Josse

Incipit : 

 « Tu ne seras jamais aimée de personne.

Tu m’as dit ça, un jour, mon père.

Tu vas rater ta vie.

Tu m’as dit ça, aussi.

De toutes mes forces, j’ai voulu faire mentir ta malédiction »

Isabelle retourne au village natal, appelée par son frère pour voir son père atteint de la maladie d’Alzheimer, avant que ce dernier ne perde la mémoire et entre dans la nuit de l’oubli.

« quoi jouons-nous ici tous les trois ? Deux enfants plus tout jeunes réunis autour de leur père vieillissant, rien de plus normal, de plus banal. Mais, pour moi, ça ne l’est pas. J’ai été ta fille invisible, mon père, ta fille
transparente dont le sort t’importait peu, à qui tu ne savais que dire, peut-être simplement parce que j’étais une fille et que ce continent-là t’était étranger. Alors, je suis allée vers la vie, vers l’inconnu, j’ai cherché ailleurs les preuves de mon existence. »

Ce retour n’a rien de banal. Peut-on imaginer l’amour filial pour cette fille qui a été rejetée et qui a construit sa vie loin, très loin du foyer qui a fui la montagne où le père est guide de montagne pour la profondeur des océans, parfaite antithèse….

La nuit est la métaphore de la maladie, de la perte, de la mort qui approche. La nuit est également  l’image de la terreur nocturne du cri terrible qui a déchiré les nuits de son enfance. Opaque secret que le roman va lever.

Un roman sensible, pudique, qui se lit d’un souffle.

Meudon de la terre au soleil avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ILE DE FRANCE

L’Observatoire de Meudon

Sous la pluie, mais dans la bonne humeur, nous nous sommes retrouvés à la Gare de Meudon (ligne N – 8 minutes de Montparnasse).  Nous avons remonté le coteau par des rues tranquilles et des  sentes aux noms pittoresques entre les murs débordant de lilas et de glycines et les jardins. Si près de Paris, un air de campagne, ou au moins de banlieue cossue. 

sculpture -habitacle bloc

Première étape : la Maison André-Bloc une grande villa bien cachée au creux d’un parc aux camélias roses et bruyères. La villa, habitée, ne se visite  pas. Jens a obtenu un rendez-vous exceptionnel pour que nous puissions voir les sculptures-habitacles construite par André Bloc (1951) . 

habitacle intérieur

la maisons aux briques blanchies émerge du sol , à l’intérieur on est saisi par la complexité des arches, des ouvertures, des recoins. Elle a servi de décor au film de William Klein, Qui a peur de Polly Magoo? on pourrait imaginer des concerts, des réunions dans cette maison-sculpture. 

tour

La seconde sculpture-habitacle est une tour de 25 mètres en briques rouges, ouverte à tous les vents. Elle est déstabilisante avec des escaliers très étroits, des couloirs étroits qui ne mènent nulle par. Par beau temps la vue doit être magnifique. Aujourd’hui c’est brouillard!

Maison Prouvé Meudon

Les maisons-Prouvé sont également des expériences architecturales mais diamétralement opposées. André Bloc imaginait un sculpture, une réalisation d’artiste, éventuellement habitable. Prouvé se confronte à la réalité de la reconstruction d’Après-Guerre . Il veut offrir une solution immédiate de maisons industrielles à une urgence. 

« je suis prêt à fabriquer des maisons usinées en grande série, comme Citroën

l’a fait en 1919 pour les automobiles…le temps de la brouette est passé! le fer, l’acier…c’est mon truc. Avec le fer on construit vite et solide »

les 14 maisons posées sur un soubassement de pierre, à coque ou à portique, métal et bois, ont drôlement bien tenu le coup. Construites entre 1951 et 1952, elles sont de vieilles dames de 70 ans, certaines ont fait un lifting, mais pas tant que cela. Une habitante très fière de vivre dans une maison d’architecte nous raconte son quotidien, il faut combattre l’humidité de la forêt toute proche, humidificateur et poêle à bois (ramassé dans la forêt) .

Le groupe s’engage dans le sous-bois bleu de jacinthes qui m’enchantent. Une belle montée et nous arrivons rapidement sur le coteau où était construit le château de Louvois puis du Dauphin, fils de Louis XVI. Il ne reste pas grand chose des  châteaux (il y en avait un vieux, brûlé à la Révolution, puis détruit sur les ordres de Bonaparte, et un neuf ruiné pendant la guerre de 1870). L’Observatoire construit à l’initiative de Jenssen en 1876 sert encore pour les observations sur le soleil. De nombreux astrophysiciens y travaillent. En dehors des Journées du Patrimoine ou de la Nuit des Etoiles, il n’est pas ouvert au public. La terrasse est plantée d’une belle perspective avec bassin et massifs fleuris.

Nous aurions volontiers pris un café à la Loggia café-restaurant admirablement bien situé sous la terrasse. Nous y sommes fraîchement accueillis. On piquenique donc dans le parc. D’ailleurs il ne pleut plus. 

Le Hangar Y, qui devait être une belle visite s’avère décevant : tout est grillagé : même le coup d’œil sur le hangar et sur le bassin octogonal de l’étang de Chalais nous est interdit. Le gardien du parking nous vide comme des malpropres. La halle qui abritait les ballons dirigeables a été très bien restaurée, il y a même une sorte de fantôme de dirigeables. Le site a été restauré par un entrepreneur privé d’évènementiel qui a fixé des prix élevés (3€ pour un tour du bassin,  10€ pour des activités ) comme nous avons peu de temps, nous renonçons. 

Meudon a été un centre aéronautique, le hangar construit en 1878 pour l’Exposition universelle, c’est aussi le lieu du premier voyage en dirigeable : au-dessus de la forêt de Meudon jusqu’à Villacoublay. 

Meudon a gardé la vocation scientifique avec un Centre de l’ONERA (Office National d’Etudes et de Recherches Aéronautiques ) CLIC

Ce centre enfermé dans de grands murs dans la forêt occupe une partie de la vallée et ne se visite pas.

Juste au dessus du Hangar Y , une petite grimpette nous emmène sur le bord de L‘Etang de Meudon  nous attendait un naturaliste amateur, spécialisé dans les odonates (libellules) membre de l’association  caritative Espaces (Insertion et travaux d’entretien de l’étangs) . Il nous a fait admirer un grèbe castagneux, un cormoran, un héron, poules d’eau, foulques et canards tout en racontant les améliorations de la biodiversité. 

Parmi les mystères de Meudon : le gladiateur statue antique (ou non?) ornant un carrefour, citée par les visiteurs célèbres, acquis par Louvois. Etait-ce une copie du Gladiateur Borghèse ou une statue très différente, d’un gladiateur assis? Le mystère ne sera pas levé aujourd’hui puisqu’un mur coupe le chemin qui mènerait directement à la Terrasse. 

Autre mystère : les canalisations du réseau hydraulique destinée  aux jeux d’eau dans le bassin du château : rigoles et aqueduc . Une association l’ARHYME s’occupe à restaurer ce réseau qui est apparent au niveau de l’Etang de Meudon : un gros tuyau en fonte y arrivait. Récemment il aurait disparu. Mystère? non pas, il est exposé au Musée Historique de Meudon

orme au dessus de l’étang de Villebon

Au-dessus une digue retient les eaux de l’Etang de Villebon Notre guide naturaliste nous emmène voir un orme reconnaissable à ses fruits en formation. Victimes d’une maladie, la graphiose, les ormes autrefois communs ont presque disparu. Celui-ci est donc un spécimen rare!

meudon la forêt

L’Etang de Tronchet est asséché depuis longtemps, un parc a pris sa place. juste derrière, nous découvrons le grand ensemble de Meudon-la Forêt : un quartier réalisé par Pouillon entre 1959 et 1967. Tous ceux qui s’y connaissent en architecture et urbanisme (ils sont très nombreux parmi les marcheurs de Voyage Métropolitain)tous se passionnent pour ce quartier, admirent le rythme donné par les verticales en relief, les infimes variations  qui sont censée couper la monotonie de l’ensemble, la qualité de la pierre de taille, le soin apporté à la construction. Certes, après plus de soixante ans, Meudon-la-Forêt a belle allure. Belle ouvrage. Mais je m’ennuie dans cette promenade interminable qui aboutit à un bassin carré. Chacun a quelque chose à raconter sur Pouillon. Je note le nom du livre qu’il a écrit en prison : Les Pierres sauvages qui raconte la construction d’un monastère roman. 

Nouvelle traversée de la forêt pour découvrir un élément m  majeur du paysage : Le tapis vert qui se déroule face à la terrasse et au château, pelouse de 600 m de long de la perspective voulue par Louvois. Mais nous n’allons pas le descendre, nous parcourons la forêt pour découvrir L’anémomètre au centre d’un parcours. Montée, descente, droit sans aucun égard pour le relief , les chemins des chasses royales. Nous retournons à la base de la terrasse au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon installé dans une belle demeure XVII ème siècle avec un jardin de sculpture. Un monsieur de l’ ARhyme nous explique encore les restaurations sur le réseau hydrauliques. 

Fin de la sortie à la Loggia mais il me faut rentrer chez moi. 

Des Lendemains qui chantent – Alexia Stresi

PRINTEMPS DES ARTISTES

D’Alexia Stresi, j‘avais bien aimé Looping, l’histoire  extraordinaire, presque un conte, de la petite paysanne qui devient grande dame. Surtout la visite dans les arcanes de la politique italienne du fascisme à la Démocratie chrétienne.  Récemment, j’ai entendu Alexia Stresi   sur un podcast de Musique émoi qui m’a donné envie de lire son roman . Le challenge Le Printemps des Artistes m’a fait sortir les Lendemains qui chantent de ma PAL. 

Lecture agréable : la vie d’un ténor Elio Leone, enfant abandonné, doué d’une voix extraordinaire qui a eu la chance de trouver les bonnes personnes, le directeur d’un orphelinat, un curé mélomane, et une professeur de rôles éminente qui a accompagné ses débuts à l’Opéra. Débuts fulgurants, Elio Leone est le ténor du siècle! Entre Caruso et Pavarotti. mais survient la guerre, Leone est prisonnier en Allemagne, à la Libération les soviétiques envoient les Italiens en Sibérie. A son retour à Paris, Elio a tout perdu, sa femme, son enfant, la professeur de rôle a été fusillée et le ténor se tait….il aura de nombreuses aventures mais il vous faudra lire le livre pour les découvrir.

Quand j’ai relu ce que j’avais écrit pour Looping : « une histoire extraordinaire, presque un conte.... » j’ai été surprise, je pourrais reprendre en copié/collé la critique pour Des Lendemains qui chantent. Je n’ai pas été convaincue, trop d’invraisemblances dans cette histoire romanesque, pas assez d’épaisseur dans le personnage principal. En revanche, je me suis intéressée au professeur de rôle j’ignorais cette profession. 

J’ai   aimé toutes les allusions à l’œuvre de Verdi – bande sonore de cette lecture qui s’ouvre avec Rigoletto, fait chanter les pêcheurs d’une île napolitaine avec le chœur de Nabucco…