Si le voyage est une si bonne école, c’est parce qu’il est une source d’émerveillement en même temps qu’une leçon de modestie. À quinze ans, j’avais vu Palerme, Tanger, Zagreb, Lisbonne, j’avais passé le canal de Corinthe par voie de terre et par voie de mer, j’avais navigué en gondole, pique-niqué sur les marches d’églises baroques, fait ma prière sur l’Acropole, joué avec un caméléon, couru sur le stade d’Olympie, caressé le sable du Sahara, soutenu la tour de Pise, dégusté des souvlakis et des loukoums à la rose, dormi dans une oasis, glissé mes pieds dans des babouches, assisté à la relève des Evzones, admiré un coucher de soleil au cap Sounion, gravi l’Etna et le Vésuve, plongé dans les rouleaux d’Essaouira, suivi des étoiles filantes dans le ciel d’Anatolie.
Merci pour cette parenthèse heureuse à bord de votre Combi Volkswagen! Merci pour le récit de vacances ensoleillées au bord de la mer en Corse, en Sicile, en Grèce ou en Turquie, dans les yeux émerveillés d’un enfant, paysages que nous avons sillonnés mais où je saisis toute occasion de revoir.
Le Draa : les enfants préfèrent jouer aux cartes plutôt que de regarder le sublime paysage de la Vallée du Draa
Une injonction paternelle : « Sois heureux ! » dans cette période bénie de l’enfance, dans l’insouciance des années 80 quand l’esprit hippie flotte encore (surtout en Californie), mai 68 est encore en mémoire. Cette injonction n’est pas gratuite, elle est sous-tendue par l’Histoire (l’auteur est historien) de son père orphelin de la Déportation, et Jablonkase définit lui-même comme un « enfant-Shoah ».En filigrane, on devine l’errance des Juifs
« Notre Terre promise, c’est la carriole qui nous y mènera. Fidèles au camping-car qui était lui-même une fidélité au judaïsme, mes parents n’ont jamais eu de résidence secondaire. »
Auprès de ses camarades de lycée, Ivan ne se vante pas de ses voyages et de ses vacances atypiques « vacances ridicules » écrit-il qui ne correspondait à rien de répertorié
« Cette manie ambulatoire était suspecte, elle inquiétait les conformistes de masse par son aspect excentrique ; elle paraissait grossière aux enfants de l’élite. nous bougions tout le temps, nous étions les SDF de l’été. Instables. Nomades nous avions des choses en commun avec les gens du voyage »
Sans doute je suis prétentieuse, mais il me semble que ce livre a été écrit pour moi, mes semblables :
« Quels que soient mes succès et mes échecs, je n’ai jamais oublié d’où je viens. Je viens du pays des sans-pays.
Je suis avec ceux qui traînent leur passé comme une caravane. Je suis du côté des marcheurs, des rêveurs, des colporteurs, des bringuebalants. Du côté du camping-car. »
Et ce n’est sans doute pas un hasard qui me ramène Rue Saint Maur, quartier raflé en 1942 et près des terrasses qui furent la cible des terroristes
On peut railler la « bobo-écolo attitude », mais, à l’heure où le populisme et le fanatisme sévissent de tous côtés, elle est le bastion de valeurs dont nous avons désespérément besoin : la culture, le progrès social, l’ouverture à autrui, une certaine idée du vivre-ensemble. Ce sont ces valeurs qui ont été visées lors des attentats de Paris, le 13 novembre 2015,
Au milieu de la rue Saint-Denis, presque au coin de la rue du Petit-Lion, existait naguère une de ces maisons précieuses qui donnent aux historiens la facilité de reconstruire par analogie l’ancien Paris. Les murs menaçants de cette bicoque semblaient avoir été bariolés d’hiéroglyphes. Quel autre nom le flâneur pouvait-il donner aux X et aux V que traçaient sur la façade les pièces de bois transversales ou diagonales dessinées dans le badigeon par de petites lézardes parallèles.
Désolée pour les amoureux des félins, il ne sera jamais question d’animal domestique. Le Chat-qui-pelote n’est pas un protagoniste de l’histoire, c’est l’enseigne de la boutique des drapiers les personnages :
Au milieu de cette large poutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableau représentant un chat qui pelotait. L’animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait un gentilhomme en habit brodé. Dessin, couleurs, accessoires, tout était traité de manière à faire croire que l’artiste avait voulu se moquer du marchand et des passants.
Comme toujours chez Balzac, je me suis régalée des descriptions, surtout quand l’observateur est un peintre
qui, de son côté, contemplait le patriarche de la draperie, comme Humboldt dut examiner le premier gymnote électrique
Là, je souris. Parce que, si je ne suis pas fondue des chats, je suis fan de Humboldt dont j’ai lu deux biographies récemment.
Court roman, ou nouvelle, se déroulant pendant l’Empire dans le Paris encore moyenâgeux, dans la famille Guillaume, marchands de tissus
vieilles familles où se conservaient, comme de précieuses traditions, les mœurs, les costumes caractéristiques de leurs professions, et restées au milieu de la civilisation nouvelle comme ces débris antédiluviens retrouvés par Cuvier dans les carrières.
La description des rites familiaux est particulièrement savoureuse : comment les commis quittent la table avant le dessert, comment se règle le trajet chaque dimanche entre la boutique et l’église pour assister à la messe.
Dans le déroulement immuable des évènements, de génération le premier commis épouse la fille aînée du patron avant de lui succéder. La cadette ne se marie qu’après les noces de sa sœur. Peu de place pour le romanesque et l’imprévu!
Quoique…. La beauté d’Augustine, la plus jeune fille, a séduit Théodore de Sommervieux, un jeune peintre, talentueux, beau, riche, amoureux . Le gendre idéal!
Augustine est jolie, elle aime Théodore, elle est comblée. Jusqu’à ce que le mari se lasse de sa femme sans éducation, trop simple et trop naïve…. Le bonheur s’évanouit. Tandis que sa sœur Virginie qui a épousé sans amour le premier commis semble parfaitement heureuse dans sa boutique. Augustine désespérée quand elle découvre que son mari la trompe vient chercher consolation dans sa famille :
Augustine fut bientôt pénétrée d’attendrissement, en reconnaissant, pendant les deux tiers de cette journée, le bonheur égal, sans exaltation, il est vrai, mais aussi sans orages, que goûtait ce couple convenablement assorti. Ils avaient accepté la vie comme une entreprise commerciale où il s’agissait de faire, avant tout, honneur à ses affaires. La femme, n’ayant pas rencontré dans son mari un amour excessif, s’était appliquée à le faire naître. Insensiblement amené à estimer, à chérir Virginie, le temps que le bonheur mit à éclore, fut, pour Joseph Lebas ; et pour sa femme un gage de durée.
Moralité: mieux vaut ne pas se marier hors de son milieu social!
Et Balzac, encore, m’a régalée d’une histoire savoureuse.
C’est l’histoire d’une enquête menée par Ruth Zylberman, écrivaine et cinéaste.
……s’agirait juste de choisir. Un immeuble. Un seul. Un immeuble avec lequel je n’aurais aucun lien et dont, pourtant, je saurais tout. Je le filmerais, je l’écrirais aussi peut-être….
carte qui venait d’être éditée par l’historien Serge Klarsfeld et un géographe lyonnais : la carte des enfants déportés de Paris entre 1942 et 1944. Une carte de Paris comme je n’en avais jamais vu :
De retour chez moi, j’ai vérifié les noms associés à cette adresse sur la carte aux points rouges. Il y avait les noms de neuf enfants.
Neuf enfants déportés depuis un même immeuble, c’est beaucoup, mais ce nombre ne me surprend pas
vraiment : le 209 est grand, même si je ne sais pas encore combien de locataires y vivaient exactement. Surtout,
la rue Saint-Maur était au cœur du Yiddishland – Belleville,
Son enquête commence dans deux directions : histoire de la rue Saint-Maur et de l’immeuble, lui-même et recherche des enfants arrêtés, enfin des habitants du 209 jusqu’à aujourd’hui.
le chemin de Saint-Denis, pas encore devenu rue Saint-Maur, (qui) menait, au Moyen Âge, de l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés.
En 1840, l’emplacement du 209 n’était qu’un jardin. Avec les grands travaux du baron Haussmann on construisit un immeuble de rapport. Autour d’une cour, quatre bâtiments de six étages où s’installent des locataires modestes, des artisans avec leurs ateliers. Ce quartier ouvrier fut déjà en 1848 un « foyer d’agitation et un fief d’opposition au Second Empire« . Elle retrouve une photographie de la barricade de la rue Saint Maur le 25 juin 48, la tradition insurrectionnelle s’est transmise pendant la Commune de Paris. Au XXème siècle, l’immeuble se peuple de juifs polonais, tailleurs, coupeurs, tricoteurs, presseurs….Souvent communistes.
Comme tant de juifs exilés de sa génération, il avait laissé derrière lui la tradition et la religion de ses parents
pour adopter la nouvelle foi en un monde meilleur.
Mais tous ceux-là avaient quitté la Pologne parce que c’était un État fasciste. Et puis la France, c’était le paysdes droits de l’homme, de la Révolution… dans leur esprit… comme ça devrait être dans l’esprit de tous les Français. »
Après la guerre, les anciens occupants déportés retrouvent (ou non) le 209. Plus tard, d’autres locataires, portugais, algériens, marocains prennent le relais. l’immeuble se dégrade, victime de squatteurs avant d’être mis en vente par appartements et rénové par une nouvelle population plus aisée qui regroupe les logements, transforme les chambres en lofts et vastes appartements. Gentrification. L’écrivaine fait un véritable travail d’archéologue, retrouvant au niveau des parquets les vestiges des anciennes cloisons.
L’essentiel de la recherche de Ruth Zylberman s’oriente autour des rafles du Vel d’Hiv. Elle retrouve des témoins et reconstitue la population d’alors
reconstitutions
Avec des meubles d’une maison de poupées, elle stimule la mémoire des survivants, maintenant des vieillards, mais enfants à l’époque. Tous ne désirent pas se souvenir et ont effacé toute trace de leur enfance au 209 quand ils ont perdu leurs parents, trouvé une famille d’adoption, parfois loin aux Etats Unis, en Australie.
Cette quête me fait penser à celle de Mendelsohn dans les Disparus. Comme lui, elle le conduit en Israël, en Amérique, en Australie..
Elle fait rencontrer les anciens voisins après des décennies, rencontre très émouvante. Une communauté de voisins se dessine. Solidarités : au quotidien comme dans les circonstances exceptionnelles des arrestations. Une famille cache les voisins juifs alors que le fils combat sous l’uniforme de la Wehrmacht. La concierge a convenu d’un code indiquant l’arrivée de la police en balayant la cour d’une certaine façon. Des rumeurs et commérages…Des accents resurgissent. Enormément d’émotions!
Un polar réussi pour nous dépayser et nous faire voyager. Citybreak impossible? Partons pour Bucarest!
Tous les ingrédients pour le genre : de la baston, une enquête bien compliquée, des jeunes femmes sexy, du sexe, un chauffeur de taxi bien graveleux, un maître-chanteur….Pour la couleur locale : au centre-ville, un immeuble logeant des privilégiés de l’ancien régime (toujours en place 40 ans plus tard), des rues grises et défoncées dans des quartiers moins huppés.
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Arthur, gallo-dace, est venu de France liquider la succession de son oncle qu’il n’a jamais rencontré . A peine installé dans l’appartement dont il a hérité, il est défiguré à coup de poêle à frire par un agresseur invisible. Après une seconde effraction, Arthur décide d’enquêter sur la vie de son oncle. Une archiviste, un historien l’aideront à dépouiller les Archives de la Securitate : son oncle était un médecin proche des Ceausescu, gynécologue.
Ce joyeux mélange entre Retour vers le futur, Good Bye, Lenin ! et le Petit Nicolas m’a aussitôt fait regretter qu’un appareil aussi fantastique n’existe pas dans la réalité.
Il obtient le concours d’alliés un peu baroques : un grand-père amateur de Frédéric Dard et son petit-fils de 5 ou 6 ans aux déguisements fantaisistes particulièrement mal embouché mais très sagace, un Don Juan chargé de nombreuse et encombrante famille, une vieille voisine fouineuse et tenace et même une étoile du cinéma roumain.
Mais suis-je tant à plaindre ? Après tout, je profite de l’aide précieuse d’une sacrée escouade ! Un pote aux petits
oignons, une urgentiste aussi compétente qu’affriolante, son fripon de fils champion du monde du déguisement
et toujours flanqué de son sémillant grand-père philosophe, deux historiens caractériels aux connaissances titanesques, un commissaire mordu d’espionnage, un homo expert en confession sur l’oreiller et maintenant, l’une des actrices les plus renommées de Roumanie !
Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue ni les épisodes qu’on pourrait qualifier de baroques, de surréalistes et même parfois de grotesques. Je vous laisse découvrir et profiter de cette lecture distrayante.
Vous n’avez pas connu ces temps-là, jeune homme. Quand on recevait un ordre émanant de si haut, on s’y
soumettait sans rechigner. Aussi absurde qu’il fût ! Ne faites pas cette tête-là, mon garçon ! J’ai travaillé toute ma vie comme journaliste pour le journal Scânteia.
Par delà la rigolade, l’intérêt historique : la période Ceausescu et ses suites.
L’épilogue en 2017 et le mouvement #REZIST :
« Assisterait-on enfin au réveil d’une conscience civique en Roumanie bientôt trente ans après la chute de la dictature?
Rien n’est moins certain
Cet espoir me procure cependant une ivresse incroyable »
J’ai raté le film de Pietro Marcello, en salle à cause du confinement et il ne s’est libéré à la Médiathèque que récemment. J’étais très impatiente de visionner cette adaptation napolitaine du roman de Jack London qui m’avait beaucoup intéressée. C’est un peu dommage de le découvrir sur le petit écran, depuis la pandémie, on se contente de moins.
Il y a quelques années, deux blogs amis de Claudiaducia et Wens publiaient une rubrique « un livre, un film » que je lisais avec curiosité. Ils seraient plus qualifiés que moi pour cet article. J’ai parfois du mal avec les adaptations. Quand je viens de terminer un livre, je me suis fait une image mentale des héros ; découvrir les traits de tel ou tel acteur me perturbe. Le réalisateur peut accorder une moindre importance à des scènes qui me paraissaient capitales. Faire tenir une œuvre de 600 pages en 1h30 ou 2h de film nécessite d’opérer des coupures.
Un film fidèle qui colle exactement au livre risque de l’affadir. L’idée de dépayser l’action, de la situer à Naples m’a séduite. J’aime cette ville, ses rues populeuses cadrent bien avec l’esprit du livre. Luca Marinelli est un Martin Eden convaincant, aussi bien en marin mal dégrossi qu’en apprenti écrivain, vers la fin, décadent, il est moins séduisant mais bien dans l’esprit du personnage. Elena-Jessica Cressy m’a semblé plutôt falote, il lui manque l’éclat de la Ruth du roman. Les étapes de l’apprentissage de Martin suivent la progression du livre. En revanche, avec le dépaysement de l’action, j’aurais aimé plus de couleur locale dans les luttes politiques.
Si le déplacement géographique ne m’a pas gênée, au contraire, le déplacement temporel dans une modernité floue m’a perturbée. La famille de sa sœur et son beau-frère est installée devant la télévision, années 70? 80? Des images bleues ou sépia montrent un magnifique trois-mâts d’un autre siècle.
London, au tout début du 20ème siècle découvre la philosophie avec Darwin, Nietzsche et Spencer, dans le film il ne reste que l’illustre Spencer, peut-être Marx et Gramsci auraient été plus couleur locale?
Une soirée agréable mais pas le grand film que j’espérais!
J’ai dévoré ce livre, une fois commencé je ne l’ai plus laissé. Merci à Babélioet l’éditeur du TempsPrésent
« Et bien, votre fils Sioma…en deux mots c’est un Don Quichotte tragique… un héros antique, en quelque sorte » […]…mais inspiré par un vieux philosophe, un hassid, sans doute, qui lui apprit que « sans l’espérance, nous ne trouverons jamais l’inespéré » « .
Lecture passionnante : un demi-siècle de révolutions, 1904-1946 , d’Odessa à la Guerre Civile espagnole, aux camps du Vernet de Djelfa, en Palestine. Sioma, le père d’Alexandre Thabor, raconte sa vie à son fils après une longue séparation. Ce livre qui se lit comme un roman d’aventures, est le témoignage d’un combattant révolutionnaire. C’est aussi une merveilleuse histoire d’amour de deux enfants juifs d’Odessa 15 ans et 13 ans qui se sont aimés jusqu’à ce Tsipora ne soit réduite en cendres quelques jours avant la libération d’Auschwitz.
Révolutionnaire depuis sa plus tendre enfance :
« C’est à six ans que mon père m’a ouvert les yeux sur le monde dans lequel nous vivions, nous les Juifs : un monde de pogroms, d’incendie, de pillage, de viols, de dévastations, de massacres perpétués par les Cent-Noirs »
….
C’est juste après l’assassinat de Stolypine, l’organisateur des Cent-Noirs un jour de Septembre 1911, que mon père a jugé bon de commencer mon éducation politique. […]Il m’a raconté le dimanche sanglant de 1905 à Saint Pétersbourg, les grandes grèves d’Odessa, la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine…
Révolutionnaire et juif, révolutionnaire parce que juif?
Son père tenait une école où l’on enseignait le Russe avec Gogol et Pouchkine, l’Hébreu avec la Torah, …et les prophètes : Amos, le premier révolutionnaire ouvrier, Isaïe très présent tout au cours du récit. Malgré les violences, les récits de guerre, les références aux textes juifs sont présentes.
Chagall : la Guerre
Sioma, adolescent à Odessa, vit dans une ambiance de violence extrême. Le récit d’un pogrom est insoutenable. Après la Révolution de 1917, Odessa est le théâtre d’affrontements entre l’armée Rouge, les armées blanches et les nationalistes ukrainiens. La communauté juive est, elle-même, partagées, certains juifs soutiennent l’Ukrainien Petlioura, pourtant antisémite. Sioma choisit les komsomols où il acquiert une éducation politique et militaire.
Chaghall : le salut
Ce n’est qu’après le pogrom de Jitomir (1919) que son ami Gedeon l’entraine à une réunion du Poalé-Zion sioniste. Il entend parler Kalvarisky , un proche de Martin Buber partisans d’une entente entre les Arabes et les Juifs en Palestine. L’idée de quitter Odessa pour Eretz Israel ne le tente d’abord pas du tout. Pendant de longues années, se succèdent affrontements et massacres. Ce n’est qu’en 1924, avec Gedeon et Tsipora qu’ils iront s’installer à Nahalal dans la ferme de leurs amis Olga et Youri.
Jamais, Sioma et Tsipora n’ont adhéré au slogan « Une terre sans peuple, un peuple sans terre » . Déjà, à Odessa, ils connaissaient la situation : deux peuples condamnés à vivre ensemble sinon , selon Martin Buber, il s’en suivrait une Guerre de Cent Ans.
« partisans de la création d’un Etat commun binational, nous étions certains que cet espoir serait comblé un jour ou l’autre. De ce point de vue, nous nous sentions pleinement révolutionnaires »
L’installation à Nahalal au printemps 1924 se fait dans l’enthousiasme jusqu’à ce qu’une famille palestinienne ne vienne cultiver les terres qu’on leur avait volées et qu’un membre du moshav ne tue le père.
« Sioma ressent sa vie en Eretz Israel entachée par ce crime. Il éprouve désormais l’obligation d’empêcher pareilles injustices »
Après avoir protesté, devenus indésirables, ils sont chassés du moshav et déménagent à Haïfa où ils militent pour l’entente avec les Arabes avec qui avait fondé avec Martin Buber, Brit Shalomqui lui fait connaître le maire de Haïfa et les grandes familles arabes. Sioma rencontre aussi Yitzhak Sadeh qui l’a accueilli au Bataillon du travail tandis que Tsipora travaille avec Sarite la sœur d’un communiste arabe Nadjati Sidki dans une école bilingue accueillant enfants juifs et arabes. Ils soutiennent les revendications et les grèves des travailleurs arabes
« Ils deviennent des traîtres, des vendus à la cause arabe »
Tandis que les émeutes, les violences intercommunautaires et antibritanniques s’intensifient. En 1936, à la suite d’une décision de la Histadrout de bannir les travailleurs arabes, la grève se transforme en lutte armée. Sioma est arrêté par les Anglais et emprisonné à Saint Jean d’Acre. Il est expulsé de Palestine et rejoint les Républicains espagnol dans leur lutte contre le fascisme.
Il ne part pas seul, 25 militants antifascistes juifs et 2 arabes forment
« mon unité, mes Palestiniens »
Jose Garcia de Ortega
dans les brigades internationales. Il retrouve d’anciennes connaissances d’autrefois quand il était dans les komsomols et furent
« accueillis par André Marty, le héros de la mutinerie de la marine de guerre française dans la rade d’Odessa »
Le récit de la Guerre d’Espagne est détaillé sur 75 pages, de bravoures, de tueries, d’occasions ratées, de défaites sanglantes et aussi de coups tordus. Bataille de Madrid, de Saragosse, de Teruel pour finir par la Retraite, la Retirada. Impression de gâchis. Les ordres de Moscou sont contradictoires. Chaque clan livre bataille de son côté, quand ce n’est pas les uns contre les autres. Exécutions sommaires de déserteurs. Déserteurs ou opposants politiques? Les communistes semblent plus occupés à décimer les anarchistes et les trotskistes qu’à gagner la guerre civile. Exécutions aussi de militants communistes chevronnés, hauts gradés qui ont déplu à Moscou. Jeanne, une journaliste qui a publié un article sur la commune des femmes libres de Calanda (anarchistes), Lucia Cordoba, une chirurgienne dont le seul tort est d’avoir soigné un officier franquiste, périssent dans d’étranges accidents, enlèvement, guet-apens. Et pourtant, malgré tout cela, Sioma continue persuadé de la justesse de leur lutte anti-fasciste.
1939, Sioma est interné dans des conditions très dures au camp du Vernet d’où il s’évade pour retrouver Tsipora à Paris. Il est repris sous les yeux de son fils et de sa femme renvoyé au Vernet puis en Algérie à Djelfa jusqu’en 1942. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord les anciens des Brigades furent libérés et un émissaire soviétique vient chercher Sioma pour l’envoyer en Palestine.
Chagall : à la Russie, aux ânes et aux autres
Détour par Moscou, où chaque clan autour de Staline avance ses pions. Béria pense l’utiliser dans un comité juif, le CAJ, cherchant à lever des fonds d’aide à l’Armée Rouge. En contrepartie, l’URSS soutiendrait la création de l’Etat d’Israel. Protégé par sa mission soviétique, il peut retourner en Israël d’où il était banni. Occasion de retrouver Haïfa, sa mère et ses camarades de combat.
1946, la guerre est finie mais la libération des camps a changé la donne. Ben Gourion, la Haganah préparent les forces du futur Etat d’Israël. Où se trouve Sioma le jour de l’Indépendance? Ce n’est plus le sujet. A Paris il apprend la mort de Tsipora.
Témoignage sur la Révolution Russe à Odessa, sur la vie du Yichouv de 1924 à 1936, récit de la Guerre d’Espagne. C’est aussi un récit très poétique entrecoupé des versets d’Isaïe ou de Jérémie, de poèmes écrits par ces poètes yiddisch qui vont disparaître en 1952 lors de la purge de Staline.
Un récit, parfois touffu, où je me suis un peu perdue, mais passionnant.
En bonus : la préface d‘Edgar Morin. Une postface très intéressante : Ils rêvaient de binationalisme signée Dominique Vidal
….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »
Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.
Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.
Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?
A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!
L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.
Il y a aussi un une romance.
Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.
« Ces esprits forts, qui sont généralement des hommes faibles, ont un catéchisme à l’usage des femmes. Pour eux, toutes, depuis la reine de France jusqu’à la modiste, sont essentiellement libertines, coquines, assassines, voire même un peu friponnes, foncièrement menteuses, et incapables de penser à autre chose qu’à des bagatelles. Pour eux, les femmes sont des bayadères malfaisantes qu’il faut laisser danser, chanter et rire ; ils ne voient en elles rien de saint, ni de grand ; pour eux ce n’est pas la poésie des sens, mais la sensualité grossière. Ils ressemblent à des gourmands qui prendraient la cuisine pour la salle à manger. Dans cette jurisprudence, si la femme n’est pas constamment tyrannisée, elle réduit l’homme à la condition d’esclave. »
Je craignais le pire avec ce titre! La misogynie du 19ème siècle, la plume acérée de Balzac me laissaient penser que la pauvre Vieille Fille ne serait pas épargnée.
Pendant un bon premier quart de cet opus, ce sont plutôt deux vieux garçons qui font les frais de portraits peu complaisants : le chevalier de Valois, aristocrate, très XVIIIème siècle, d’une noblesse surannée, mais charmeur et charmant, et du Bousquier, riche parvenu, fournisseur des Armées de la République qui a fait le mauvais choix au Directoire en ne pariant pas sur Bonaparte. Evincé pendant l’Empire, du Bousquier hésite entre la royauté et la République et cherche à se faire une place dans la bonne société d’Alençon à la Restauration.
Tous deux prétendent à la main de La Vieille Fille : la demoiselle Cormon.
Un troisième soupirant, dans l’ombre, Athanase Granson, jeune employé de mairie, lettré mais timide, est amoureux de La Vieille Fille.
La demoiselle Cormon n’est plus très jeune mais c’est un très bon parti. Elle possède une très belle maison en ville, une ferme à la campagne. La bonne société se bouscule à ses dîners en ville. Excellente table, bonne compagnie, son oncle prêtre, l’abbé de Sponde, vit avec elle, garant de moralité. Mais pourquoi donc, à la quarantaine ne s’est-elle pas mariée? D’un physique agréable, riche c’est une originale :
Depuis longtemps elle était soupçonnée d’être au fond, malgré les apparences, une fille originale . En province il n’est pas permis d’être original…
Et de plus, c’est une dévote :
La dévotion cause une ophthalmie morale. Par une grâce providentielle elle ôte aux âmes en route pour l’éternité la vue de beaucoup de petites choses terrestres quoique le voltairien monsieur de Valois prétendît qu’il est extrêmement difficile de décider si ce sont les personnes stupides qui deviennent dévotes, ou si la dévotion a pour effet de rendre stupides les filles d’esprit.
Dévote, elle ignore tout de la séduction, du sexe même s’il s’agit de la reproduction des chevaux. Célibat et virginité sont pour elles des valeurs catholiques qui lui font redouter le mariage. Et ce n’est pas l’Abbé de Sponde qui lui donnera de fructueux conseils! Elle reporte toute son énergie à la tenue de sa maison et au soin de sa jument Penelope :
Frappé de la propreté minutieuse qui distinguait cette cour et ses dépendances, un étranger aurait pu deviner la vieille fille. L’œil qui présidait là devait être un œil inoccupé, fureteur, conservateur moins par caractère que par besoin d’action.
Une vieille demoiselle, chargée d’employer sa journée toujours vide, pouvait seule faire arracher l’herbe entre les pavés, nettoyer les crêtes des murs, exiger un balayage continuel, ne jamais laisser les rideaux de cuir de la remise sans être fermés. Elle seule était capable d’introduire par désœuvrement une sorte de propreté hollandaise dans une petite province située entre le Perche, la Bretagne et la Normandie,
Cliché? Caricature de la Vieille Fille qui avait encore cours bien tard dans le XXème siècle. Pour donner du piquant, Balzac imagine qu’elle préside une certaine Société de Charité et de Maternité aidant les filles-mères.
Lequel de ces trois prétendants enlèvera la Vieille Fille? L’arrivée de Monsieur de Troisville va précipiter les évènements. Aristocrate, diplomate, bel homme, il séduit Mademoiselle Cormon qui se voit enfin bien mariée et se donne en spectacle à toute la ville d’Alençon
Je crois rêver, dit Josette en voyant sa maîtresse volant par les escaliers comme un éléphant auquel Dieu aurait donné des ailes.
dans ces sortes de circonstances, les vieilles filles deviennent comme Richard III, spirituelles, féroces, hardies, prometteuses, et, comme des clercs grisés, ne respectent plus rien
Pour éviter le déshonneur, La Demoiselle de Cormon acceptera le premier mariage qui se présentera. Et la condition de femme mariée ne sera peut être pas si enviable qu’elle ne l’imaginait.
Ce conte cruel, dans les scènes de la Vie de Province, démonte aussi les mécanismes des équilibres politiques dans la petite ville d’Alençon, aux confins de la Normandie, du Perche et de la Bretagne, entre Royalistes Ultras, Libéraux et Républicains. Le chevalier de Valois représente d’Ancien régime. Du Bousquier louvoie plus à gauche, il apportera le « progrès » et l’industrialisation dans cette province. Les transformations sont rapportées de 1816 où commence le roman jusqu’à l’installation de la Monarchie de Juillet.
J’ai pris grand plaisir à lire les descriptions de la maison de la Vieille Fille et j’ai souri aux mots d’esprits des convives des dîners :
« Au dessert, il était encore question de du Bousquier qui avait donné lieu à mille gentillesses que le vin rendit fulminantes. Chacun, entraîné par le Conservateur des hypothèques, répondait à un calembour par un autre. Ainsi du Bousquier était un père sévère , – un père manant ,- un père sifflé ,- un père vert ,- un père rond ,- un père foré , – un père dû , – un père sicaire . – Il n’était ni père , ni maire ; ni un révérend père : il jouait à pair ou non…. »
Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans.
« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »
Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule : à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :
l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé de lumière.
Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest:
il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.
Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe, le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie
« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »
En Roumanie à Sulina (=Europolis)
Sulina
« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »
imagine-t-il comme incipit de son futur livre.
A Galati et Braila il évoque Panaït Istratiet ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs »et son roman prémonitoireL’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local.
les chardons de la steppe
Géographie et histoire:
En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er(1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396. Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)….
La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés
Leur voyage est aussi fait de rencontres : Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets.
la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant
Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants
Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges.
Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodineou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie. mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999)
« délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »
L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.
Altedorfer
Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm: musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park!
Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht
Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen
un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants
Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :
Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…
Rentrée littéraire 2020. J’ai trouvé la référence sur le blog de Matatoune.
Un voyage livresque à Budapest m’a tenté et la réflexion sur l‘Architecturem’intéresse! Il y a tout juste un an, à la Cité de l’Architecture, j’ai visité l’ExpositionOtto Wagner
J’aime beaucoup le style Art Nouveau que j’ai appris à connaître à Paris avec Guimard puis à Vienne, le mouvementSécession, à Riga, et dans nombreuses villes hongroises.
Le héros du roman, Lajos Ligeti, jeune architecte viennois, arrive à Budapest lors de l’inauguration du métro par François Joseph. Il entre comme apprenti au cabinet d’architecte d’ Ödön Lechner, le célèbre bâtisseur de l’Institut de Géologie, de la Caisse d’Epargne de la Poste de Budapest, du Musée d’Art décoratif et de nombreux édifices Art Nouveau en Hongrie. Il rencontre tous ceux qui comptent dans le mouvement de la Sécession hongroise. Je me suis promenée avec grand plaisir dans le Budapest du Millenium. Le fonctionnement d’un cabinet d’architecte est raconté: dessin des plans, choix du matériel, début de l’architecture en béton, mais aussi intrigues pour obtenir les commandes…L’auteur décrit en détail les bâtiments construits ainsi que les maquettes de ceux qui ne seront pas retenus.
La seconde partie du roman intitulée Le Chevalier raconte les succès du cabinet de Ligeti et de son associé Barnabas Kocsis, conducteur de travaux. Quand les commandes de prestige viennent à manquer Ligeti dessine des pierres tombales ou des immeubles de rapport. Ce dernier est même décoré et fonde une famille.
La chute viendra d’un projet pharaonique, un complexe industriel près de Prague. Jalousies et intrigues, nationalisme des tchèques dans l’Empire Austro-Hongrois qui va se déchirer – la Cacanie – Ligeti est juif, cela n’arrange rien. J’ai moins aimé cette partie qui fait la part belle aux tractations avec moins d’éléments concrets décrits. On visite à Vienne les réalisations d’Otto Wagner. On croise Egon Schiele, furtivement Belà Bartok.
Il ne s’agit toutefois pas d’un traité d’architecture, mais bien d’une fiction. Ligeti emprunte beaucoup à son maître Ödön Lechner (qui lui, est bien réel). Il y a aussi une histoire d’amour, un destin tragique. Le style un peu trop recherché de Greveillac m’a parfois agacée : on ne pend pas ses vêtements à une patère, on les append.
Une lecture qui m’a donné envie de revenir à mes photos de Hongrie, et à mes carnets Mitteleuropa.