Cesar doit mourir – film des frères Taviani

CHALLENGE SHAKESPEARE

Quel film!

Quel casting! Ces prisonniers de la prison de Rebbibia ont des gueules de Romains! Plus qu’à Shakespeare – dont je viens de télécharger le texte – je pense à la Rome antique. Cette Rome qui est finalement si proche après deux millénaires. Les acteurs s’étonnent de la proximité de l’intrigue, « comme chez moi » (à Naples, à Catane….). Ces hommes d’honneur pour qui un contrat se signe d’un regard, sont-il les conjurés des Ides de Mars ou les condamnés pour trafic de stupéfiant, ou association de malfaiteurs?

Brutus

Dans le making-of de la pièce, on assiste aux auditions. Les hommes ne doivent pas improviser je ne sais quelle scène, ils se présentent, en pleurant, en criant. On les découvre, cela suffit au metteur en scène pour trouver un César impérial, un devin génial, Cassius …Brutus qui a le rôle le plus complexe est un acteur professionnel, ancien taulard.

Ces hommes sont d’une sincérité troublante. Ils s’approprient le texte. Les répétitions filmées dans un  noir et blanc somptueux se déroulent dans les cellules, les couloirs, la cour de promenade. On hésite : s’agit-il de Shakespeare ou de la vie des acteurs?

Après le meurtre de César dans une cour, des clameurs, des cris « liberté!« ; sont ils fortuits ou prévus. Trois gardiens chargés de raccompagner les détenus laissent se dérouler le discours d’Antoine qu’ils prennent à la lettre(?).

 

 

Couleurs. Rouge et or de la représentation. La joie explose, d’avoir réussi quelque chose de grand, de beau, devant les familles, les spectateurs. Le retour en cellule en sera d’autant plus cruel pour celui qui est condamné à perpétuité.

 

La Pirogue film sénégalais de Moussa Toure- avec Souleymane Seye Ndiaye, Laïty Fall.

FESTIVAL SENEGALAIS

Entre 2005 et 2010, 30 000 Africains ont tenté leur chance sur des pirogues. 5000 ont péri en mer, c’est un film qui leur est dédié, dit le générique. Rien que pour cette raison il faudrait voir ce film.

mais ce n’est pas un documentaire, c’est du vrai cinéma avec des personnages forts, les héros, le capitaine, le passeur, mais aussi les personnages secondaires qui ne sont jamais des figurants et qui sont si différents. Sénégalais, Guinéens, Peuls, musulmans ou animistes, jeunes rêvant de musique, de football ou de bonnes fortunes, mais aussi un pêcheur infirme qui fait le voyage pour se procurer une prothèse, des hommes et des femmes si forts, si dynamiques, si vivants…

 

Une mise en scène soignée nous offre aussi du spectacle. Spectacle de lutteurs en introduction, tempête, et belles images des campagnes qui hantent les têtes des passagers, baobabs ou vaches peules aux cornes si gracieuses.

 

Ne pas spoiler! C’est un vrai beau film avec une histoire très prenante. Arriveront-ils? Réussiront-ils à accomplir leurs rêves. Il faut aller voir le film.

Reality film de Matteo Garrone

TOILES NOMADES

Survol de la baie de Naples, Vésuve, banlieues, cultures sous plastique… sur une route de jolis pavés anciens un carrosse tirés par deux chevaux blancs  arrive dans un château de contes de fées : total kitsch d’un « mariage de rêve »,  béni par une star de la télévision héliporté limousines, robes de lamé et matrones à la poitrine opulente, on se croirait dans un film de Fellini.

Changement de décor : un palazzo 17ème siècle en ruine, escalier magnifique, démaquillage, une vraie cour des miracles, ce serait plutôt Affreux, Sales et méchants. Nous sommes à Naples, misères et splendeurs!

Sordide trafic de vente et revente d’un robot ménager aussi imposant que ridicule. combinazioni! Inénarrable scène dans une église merveilleuse d’intimidation d’une vieille cliente récalcitrante. La poissonnerie de Luciano  est sur une place de marché haute en couleur, les praires crachent des jets d’eau de mer, Luciano vante sa marchandise.On s’y croirait! Bruits et odeurs!

Le marché a perdu son prestige, c’est dans un centre commercial que la famille de Luciano va se promener, c’est aussi là qu’a lieu le casting du Grande Fratello – émission populaire de téléréalité – loft et paillettes berlusconiennes. Luciano à force de bagout réussit à passer deux étapes de la sélection. Les mirages de la télévision tournent  la  tête de Luciano.  Tout le quartier soutient son héros télévisuel. L’un d’entre eux va devenir célèbre! Luciano vend sa poissonnerie.

Au dernier moment, quleque chose bascule, un autre sera appelé. « Never Give Up » est le mot d’ordre de la star de la télé qu’on a rencontré au mariage. Ce sera celui de Luciano. incapable de surmonter sa déception, il poursuit son rêve en s’abrutissant devant l’émission. Famille, amis tente de le ramener à la réalité. le mirage est trop puissant. La fin est étrange…la farce a cédé la place à la vacuité de l’idéal télévisuel, une séquence d’une émission télévisée a même des allures d’enfer .

Lire également la critique de cinéma de la lune ICI

 

 

Despues de Lucia film de Michel Franco

             La bande annonce est explicite, presque trop : on sait exactement ce qu’on va voir.

Et on devine que ce sera pénible , très pénible.

Et pourtant, j’ai voulu voir ce film. Pas pour le Mexique. Et encore, la violence contenue, la drogue, le machisme, est-ce spécialement mexicain? Film sur le deuil. Film sur le harcèlement scolaire. Harcèlement moderne avec  téléphones portables, vidéo, réseaux sociaux.

Comment est-ce possible que les adultes n’aient rien vu? Le père, sonné par son deuil, je le conçois. Mais les enseignants, en classe, en voyage scolaire? Peut être des enfants sont maltraités, harcelés, sous mes yeux sans que je ne remarque rien.

Je n’ai pas envie de faire une analyse critique du film, seulement y voir un avertissement.

 

La Vierge, les Coptes et moi de Namir Abdel Messeh

TOILES NOMADES

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Le début cafouille un peu. Namir est un cinéaste débutant. Quand un soir de Noël sa mère croit voir la Vierge dans une « apparition », il « tient une idée de film » mais personne ne sait où il va en venir, ni son producteur qui est réticent, ni sa famille qui redoute qu’un film donne une mauvaise image d’eux, ni le spectateur…

Au Caire, il hésite, le film sera-t-il un documentaire sur la communauté copte? ou une enquête sur une « apparition » qui a eu lieu en 1968 pour laquelle il cherche des témoins. Il fait le rapprochement entre la défaite de 1967 et la « démission » de Nasser: une apparition de la Vierge vénérée par les Coptes mais aussi les Musulmans serait une diversion parfaite pour distraire l’opinion de la défaite militaire…. Mais la piste est courte et personne ne le conforte.

J’aime bien Le Caire filmé par Namir, le Caire des embouteillages géants, de la foule, des immeubles surélevés.

Toutes ses tentatives d’enquêtes ne mènent nulle part.

Dernière piste : un pélerinage marial dans le Said, à Assiout. Il y retrouve la famille de sa mère, ses cousins, sa grand-mère. là, le producteur se fâche : les retrouvailles familliales n’entrent pas dans le budget du film.

Dès que l’action se situe à la campagne, le film devient passionnnant! Les personnages sont drôles, authentiques, le cinéaste filme merveilleusement bien son village, les travaux des champs, les maisons des paysans.. et toute sa famille se prend au jeu. La mère de Samir est devenue producteur, elle mène son monde d’une main de maître. J’adore la séquence où elle parcourt le village sur une carriole à âne avec un mégaphone « soyez à l’heure! ».

lire aussi dans des blogs amis :

cette critique DE MATHIEU

et celle blog de JEA

 

Après la Bataille, film de Yousri Nasrallah

TOILES NOMADES

La Bataille, c’est celle qui opposa cavaliers et chameliers aux occupants de la Place Tahrir, le 2 février 2011.

J’étéis très curieuse de voir la nouvelle Egypte, la démocratie en train de se construire. Reem est une jeune femme moderne, laïque, journaliste branchée, enthousiaste. Elle rencontre par hasard Mahmoud, le cavalier qui se fit désarçonner au cours de la Bataille des Chameaux et qui depuis est la risée de son quartier au pied des Pyramides. Le film commence comme un roman d’amour. Je me suis bien demandée ce que Reem trouvait à ce cavalier naïf, ignorant, manipulé, marié et père de famille, si ce n’est la liberté d’un flirt dans cette nouvelle ère.

L’amourette ne dépasse pas le baiser.Reem fait la connaissance de Fatma, de ses fils et de tout le quartier ruiné par la désertion des touristes qui assuraient la subsistance de tous. L’amitiése noue  entre les deux femmes. Reem se sent aussi le devoir d’aller vers le peuple, d’expliquer la Révolution à ceux que Moubarak avait manipulés dans la Bataille des chameaux. Si Mahmoud ne sait comment retrouver sa dignité, Fatma est convaincue.  Elle part seule Place Tahrir.

La Révolution, comme l’ascension de la Grande Pyramide….

 

 

Avant la bataille : les Femmes de l’autobus 678

L’éternité et un jour (DVD) Théo Angelopoulos

 

 Dans la dernière scène du film Alexander, le poète, demande à sa femme : « qu’est-ce que demain? » – « l’éternité et un jour » lui répond elle.

Pendant une bonne partie du film, j’avais compris le titre autrement. Alexander sent que sa fin s’approche. Le lendemain il doit se rendre à l’hôpital. Le film raconte son dernier jour (avant l’éternité?). et pendant ce dernier jour le temps s’enfle démesurément : il doit donner son congé à sa bonne, quitter sa maison face à la mer, apporter des lettres anciennes à sa fille,  confier son chien…et se remémorer les souvenirs d’une vie qui a passé si vite. Au feu rouge, des enfants  lavent les pare-brises, la police les capture, il embarque  un petit albanais pour le protéger.

Le film prend une autre tournure, devient un  road movie. Sur les routes de montagnes enneigées ils rejoignent l’Albanie où l’enfant a sa grand mère. Sur la clôture, à la frontière,  des silhouettes semblent pendues. Alexander n’a pas le cœur de l’y abandonner. L’enfant et le vieil homme ont donc un jour pour se confier, partager leur passé, et l’avenir…un jour aussi pour retrouver Sélim, « enfant des feux rouges », à la morgue et lui improviser un adieu.

Quelques minutes encore, pour un voyage poétique en autobus.

Plus je découvre l’œuvre de Théo Angelopoulos, et la musique de Eleni Karaindrou, plus je suis fascinée, envoûtée, par ce cinéma contemplatif qui prend son temps et par les images magnifiques. Poème funèbre pour un homme à la fin de sa vie. En couleur reviennent les jours heureux, ou plutôt un jour, celui de la naissance de sa fille, jour que sa femme avait revendiqué comme « son jour », mélange en un plan-séquence du passé, du présent, du futur. Apparition du poète Solomos, qui avait perdu sa langue maternelle et « achetait des mots » aux paysans de Zante…Poème de l’exil aussi, de l’exil des enfants, de l’ailleurs du poète.

lire également ICI

Une seconde femme d’Umut Dag

TOILES NOMADES

Merci à JEA d’avoir attiré mon attention sur ce film distribué de façon furtive.

Le film s’ouvre sur un mariage traditionnel en Anatolie : les hommes dansent au son criard d’une trompette, du côté des femmes règne une atmosphère déconcertante. peur de l’inconnu de la jeune et jolie mariée, angoisse de la séparation et de l’exil, diverses tensions entre les belles-sœurs. Le mariage expédié tout le monde se retrouve à Vienne. Et là, rien ne se passe comme attendu. Le marié est jeune, beau, charmant, sauf qu’Aysé dormira avec le père, sexagénaire. Rien ne vient conforter nos idées reçues : la substitution ne vient pas d’un quelconque démon de midi du vieil homme,  elle a été manigancée par Fatma, la mère de famille….Et le film enchaînera surprise sur surprise. Ne pas raconter la suite!

C’est du cinéma! Le suspens est ménagé jusqu’au bout. Si les décors ne sont pas flamboyants : l’essentiel du film se déroule dans un appartement quelque peu surpeuplé, en revanche les visages cadrés très près sont très expressifs et beaux. Merveilleuse Aysé – la perle – impressionnante Fatma. Les autres femmes sous le foulard de soie turc possèdent, chacune, des personnalités marquantes. Très fortes femmes, volontaires, allant jusqu’à la violence, mais aussi chaleureuses. Bien qu’enfermées dans leur appartement, en foulard traditionnel, elles ne se posent jamais en victimes passives. A côté d’elles, les hommes sont passifs, arrangeants, plutôt falots.

C’est que leur force, elle la tiennent de la conviction que la famille doit être une véritable forteresse dont il faut soutenir l’honneur devant le « qu’en dira-t-ton ». Chacune, à sa façon, en turc ou en allemand, avec ou sans la « rapportée » soutient violemment son idée de la famille.

Trishna film de Winterbottom

SAISON INDIENNE


Winterbottom a réussi à faire un film bollywoodien avec danses et chansons, couleurs.

Adaptation de Tess de Thomas Hardy : Trishna, la jeune paysanne du Rajasthan est remarquée par Jay, fils de famille, qui possède des hôtels à Jaipur. Un séjour à Bombay permet de voir les studios de Bollywood et de fréquenter la jeunesse dorée. Jay, enfant gâté inconsistant, ne s’affirme qu’en humiliant Trisna….

On peut aussi  voir dans ce film, un dépliant touristique, de ce tourisme Heritage où les touristes sont accueillis dans les appartements des maharadjahs ou dans le zenana des maharanées comme des princes. Le nom de ces hôtels  figure au générique – réservation possible par Internet.

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Divertissement coloré et réussi mais sans grande invention. Les acteurs : Freida Pinto est ravissante et danse parfaitement. Riz Ahmed est aussi très crédible.

La petite Venise – film d’ Andrea Segre

TOILES  NOMADES

Ce n’est pas la Venise des Palais, ni celle des gondoles, des marbres…c’est celle des pêcheurs, des barques et des filets, du casone où l’on range les nasses et où l’on fait griller le poisson.

D’ailleurs, ce n’est pas Venise mais Chioggia qui a aussi ses ponts vénitiens, ses quais, sa lagune. On ne croise pas de masques de carnaval, mais des lanternes de papier qui flottent, en l’honneur du Poète chinois. On y croise des gens simples, des migrants chinois, des pêcheurs à la retraite qui viennent passer la soirée au bar, boire la grappa, le caffe corretto, ou le ballon de blanc ou de rouge. Sauf que la serveuse est chinoise. Et que de ces gens-là on se méfie…on parle, on médit. Pas Bepi, le poète qui rimaille en Italien, mais qui boit sa prune, en Yougoslave qu’il était.

Une histoire d’amour s’ébauche…simple, émouvante.