Slumdog millionaire – A revoir?

MA SAISON INDIENNE

 

j’ai vu ce film à sa sortie en salles il y a maintenant quelques temps. Il m’avait bien plu et nous avions même emmené les 5èmes. Les élèves avaient bien accroché. Je me souviens du retour au collège à pied, une bonne demi-heure, et des élèves qui ne participaient jamais ou qui faisaient des bêtises, devenant de véritables critiques tant le film les avait interpelés.

Voici ce que j’avais écrit alors dans mon blog Voix-Nomades :

Je ne regarde jamais Qui veut gagner des Millions, je ne suis jamais allée en Inde.

Ce film m’a donné l’occasion de découvrir Bombay, moderne: tours de béton, centraux d’appels et studios de télévision… misérable : bidonsvilles, décharges d’ordures, mendiants….bruyante, colorée, violente.

Course-poursuite effrenée entre les enfants jouant au base-ball sur la piste d’avion et les policiers armés de bâtons, course-poursuite encore entre les enfants musulmans fuyant des hindouistes dans un pogrom où la mère perd la vie, course encore entre les héros et des malfaiteurs. Le film a du rythme.

Une belle histoire d’amour, des danses sont les canons immanquables de Bollywood mais n’alourdissent pas l’intrigue.

J’ai cherché le DVD à la médiathèque mais il n’était pas disponible ce jour-là. entre temps à la suite de la lecture du livre d’ Arundhati Roy : Le Dieu des Petits Riens, j’ai trouvé en surfant le texte suivant tiré du Courrier International :

Je n’aime pas Slumdog  Arundhati Roy

Depuis que Slumdog Millionaire a été récompensé par plusieurs oscars, tout le monde revendique une participation à ce triomphe, même le Parti du Congrès. La formation politique se targue d’avoir présidé à l’émergence de “l’Inde qui réussit”. Mais l’Inde qui réussit quoi ? Dans le cas de Slumdog Millionaire, la principale contribution de notre pays et de nos partis politiques est d’avoir fourni un environnement authentique et dramatique de pauvreté et de violence en toile de fond du film. Vous appelez ça une réussite ? Et faut-il s’en féliciter ? Avons-nous de quoi être fiers ? Franchement, c’est au-delà du ridicule. Le film n’accuse personne, ne demande de comptes à personne. C’est pour cela que tout le monde est content. Et c’est bien ce qui me dérange. Slumdog Millionaire ne contredit pas le mythe de “l’Inde qui brille” [slogan électoral du BJP, le parti nationaliste hindou, en 2004], bien au contraire. Il se contente de “glamouriser” l’Inde qui ne brille pas. Ce film ne présente pas le même panache, l’humour ou l’aspect politique dont le réalisateur [Danny Boyle] et l’auteur du livre original [Vikas Swarup] témoignent dans leurs autres œuvres. Il ne mérite certainement pas le déchaînement de passion qu’il suscite actuellement. Le scénario est simpliste et les dialogues plus que médiocres, ce qui m’a étonnée car j’avais beaucoup aimé The Full Monty (écrit par le même dialoguiste [Simon Beaufoy]). L’accumulation des stéréotypes, des clichés et de l’horreur font de ce film une version cinématographique d’Alice au pays des merveilles, sauf qu’ici il s’agirait plutôt de “Jamal au pays des horreurs”. Ce film a pour seul effet d’aseptiser la réalité. Les “méchants” qui kidnappent et mutilent les enfants avant de les vendre à des bordels me font penser à Glenn Close dans les 101 Dalmatiens. D’un point de vue politique, le film décontextualise la pauvreté en en faisant un simple accessoire dramatique. La pauvreté est dissociée des pauvres, c’est un paysage, au même titre que le désert, une chaîne de montagnes ou une plage exotique. La pauvreté est traitée comme une fatalité, non comme le fait des hommes.

Tandis que la caméra se promène volontiers dans les bidonvilles, les créatures qui les peuplent sont sélectionnées avec soin. Choisir [pour les rôles principaux] un homme et une femme portant les marques physiques de leur enfance dans les bidonvilles, les séquelles de la malnutrition, de la violence et des épreuves qu’ils ont pu traverser n’aurait pas donné une affiche suffisamment attrayante. Le réalisateur a donc choisi un top-modèle indien [Freida Pinto] et un jeune Britannique [Dev Patel, qui joue dans la série Skins]. La scène de torture dans le commissariat de police est une insulte à l’intelligence du spectateur. La confiance émanant de ce jeune “chien des bidonvilles”, si manifestement britannique, dépasse largement le policier, si typiquement in­dien, alors que c’est lui qui est censé avoir l’ascendant sur le jeune garçon. La couleur de peau que les deux acteurs ont en commun ne suffit pas à masquer des différences plus profondes. Le problème n’est pas qu’ils soient bons ou mauvais acteurs, c’est une question de ton. C’est comme si les jeunes Noirs des ghettos de Chicago parlaient avec un accent de Yale. Bon nombre de messages sont ainsi brouillés dans le film.

Il ne s’agit pas d’ergoter sur le réalisme de la production, de dire que le film n’aurait pas dû être tourné en anglais ou d’affirmer sottement que des étrangers ne pourront jamais comprendre les mystères de l’Inde. Je pense que beaucoup de réalisateurs indiens tombent dans le même piège. Slumdog Millionaire n’est que la version bon marché du grand rêve capitaliste dans lequel la politique est remplacée par un jeu télévisé : une loterie dans laquelle le rêve d’un seul devient réalité tandis que celui de millions d’autres leur est refusé. Ces derniers se raccrochent à une chimère : travaillez dur, soyez gentils et avec un peu de chance vous pourriez devenir millionnaires. Selon certains spécialistes, le succès du film repose sur le fait que, à l’heure où de plus en plus de riches Occidentaux sont menacés par la misère, les histoires de pauvres qui réussissent sont autant de messages d’espoir auxquels se raccrocher. Voilà une idée terrifiante. L’espoir devrait se fonder sur des choses plus solides.

Cet article me donne à réfléchir!


Swades, nous le peuple – film d’Agutosh Gowariker (DVD)

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Avant de partir à l’aventure il faut savoir que le temps de Bollywood n’est pas tout à fait le nôtre : plus de trois heures avec de nombreux passages chantés et dansés, les danses aux chorégraphies minutieuses s’étirant parfois hors du décor où se déroule l’action. Il faut s’y faire, les conventions de Bollywood exigent ces intermèdes, incongrus pour un regard occidental.

 

Le jeu théâtral du jeune premier, les minauderies de la jeune fille sont également convenus. Ils me rappellent un peu le cinéma égyptien dont j’ai pu suivre l’action sans comprendre l’arabe.

mohan

Tous ces préambules ne sont pas désagréables : ils augmentent l’impression d’exotisme et le dépaysement. Sortant de la lecture de la biographie de Gandhi, je vois enfin comment on revêt le dhoti! Les allusions au Ramayâna très claires pour les Indiens, sont un peu floue pour moi. heureusement sur la Toile je viens de trouver un article les expliquant : Ici. Et j’ai pu visionner à nouveau les scènes où Gita, l’héroïne appelle Ram et rencontre Ravanna. Les fresques khmères de la pagode d’argent de Phnom Penh me sont revenues en mémoire!

Au delà de la romance et du folklore Swades est aussi un film affirmant le droit des femmes : Gita, l’institutrice, refuse le mari qu’on lui a choisi parce qu’il ne la laissera pas travailler, elle refuse également de suivre Mohan qu’elle aime en Amérique pour rester à l’école du village.

Swades dénonce aussi le système des castes, l’utilisation du prétexte de la culture et de la tradition pour justifier l’immobilisme politique des notables. Mohan, le jeune ingénieur, brahmane va vers les intouchables.

C’est enfin un hommage au cinéma. La séquence que j’ai préférée est la séance de cinéma en plein  air. Tout y est ! la réunion de tout le village, l’impatience de chacun pour voir un classique du cinéma mais aussi cet écran de drap blanc qui sépare en deux le public, les castes supérieures voyant le film « à l’endroit » tandis que les intouchables doivent se contenter de « l’envers de l’écran », la panne d’électricité réunissant tout le monde quand l’ingénieur de la Nasa montre à tous les étoiles dans une séquence dansée et chantée.

 

 

 

 

 

 

The Lady – Besson

TOILES NOMADES

Même si la critique est un peu tiède, même si le film est un peu trop mélo, avec des méchants trop grimaçants…. ce film est à voir!

Leçon d’histoire? Il manque peut être une analyse des forces politiques birmanes, mais qu’importe. Il est parfois suffisant qu’une figure se lève, symbolise la résistance, la force de la lutte non-violente (je viens de terminer la lecture de la biographie de Gandhi et Gandhi apparait en image subliminale ou presque) .Un film, même de plus de 2 heures ne peut rendre compte de 15 ans de luttes..

Très belle histoire d’amour. Bien que séparés, la Dame de Rangoon et son mari sont associés dans la lutte.

Performance d’une actrice Michelle Yeoh, qui est aussi à l’initiative de ce film.

Il était une fois en Anatolie

TOILES NOMADES

 

Un convoi s’immobilise dans la nuit. Les phares éclairent une fontaine. Des policiers, le procureur, un médecin, leurs chauffeurs et deux suspects cherchent un cadavre. Ce n’est pas là. Il y avait un arbre en boule, un champ labouré, seules indications que livre le meurtrier mutique et menotté.

Le convoi repart dans la nuit sur une route sinueuse. Deuxième fontaine, où est l’arbre en boule?  Le suspect ne sait plus: « j’avais bu »…

Le cinéaste prend son temps pour filmer la nuit. Images fantastiques. Une pomme dégringolée du pommier  roule se laisse porter au fil d’un ruisseau, interminablement. Belle image de la reinette  rouge dans le fond noir et or.

Fatigue, promiscuité dans les voitures. L’enquête n’avance pas mais les hommes se rapprochent. Aux paroles anodines, ragots, yaourts..succèdent les confidences.  Le policier qui a un enfant malade, sollicite une ordonnance au médecin. Le procureur raconte l’anecdote étrange de la femme qui avait prévu sa mort cinq mois à l’avance…

Fatigue, énervement du policier impuissant qui,  à bout, frappe le témoin. Le procureur décide une pause chez le maire du village le plus proche. Occasion de visiter un village perdu, de connaitre l’hospitalité traditionnelle.

Panne d’électricité : un mirage? La jeune fille du maire apporte une lampe et le thé. Cette vision est presque miraculeuse. Le meurtrier fond en larme, il croit voir vivant la victime. Il sort de son  mutisme. Procureur et médecin reviennent sur la mort étrange de la femme sublime.

Quand le jour se lève le mystère sera levé. Le film prendra un tour diurne et citadin. On découvrira une Turquie moderne avec ordinateur portable, mais hôpital démuni.

Est-ce ainsi que les hommes vivent?

Chacun recèle une part de mystère, le cinéaste se garde de juger. L’humour désarme les scènes trop crues.

Les neiges du Kilimandjaro – Guediguian


Depuis Marius et Jeannette, je suis fidèle à Guédiguian, Ariane Ascarides, Daroussin et leur bande que je considère comme de vieux amis, des cousins, de la famille presque. Ils sont tellement sincères que je n’arrive pas à avoir le regard distancié du spectateur d’une fiction, je les sens exister.  Je n’ai jamais mis les pieds à l’Estaque,  leur monde m’apparait si proche. De film en film, témoins du temps qui passe, témoin d’un monde qui met de plus en plus de côté les ouvriers et les braves gens… le regard de Guediguiian n’est pas naïf, ses films sont de plus en plus noirs et pourtant …

Les neiges du Kilimandjaro, s’inspirant des Pauvres Gens de Victor Hugo, donnent  de l’espoir dans l’humanité.

marie claire

Qu’un ouvrier licencié braque un  autre ouvrier licencié, le moleste. Cela semble incompréhensible à Marie-Claire

 « je cherche à comprendre »

mais comprendre n’est pas suffisant. Ceux-là ont toujours été dans l’action..

LES PAUVRES GENS DE VICTOR HUGO

Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J’ai cru que le bateau se couchait, et l’amarre
A cassé. Qu’as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ? »
Jeannie eut un frisson dans l’ombre et se troubla.
« Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l’ordinaire,
J’ai cousu. J’écoutais la mer comme un tonnerre,
J’avais peur. – Oui, l’hiver est dur, mais c’est égal. »
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : « A propos, notre voisine est morte.
C’est hier qu’elle a dû mourir, enfin, n’importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine ;
L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin. »

L’homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
« Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n’est pas ma faute, C’est l’affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C’est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche,
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ?
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

– Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà! »

Retour sur le 20ème siècle, encore un peu de nostalgie :

Les neiges du Kilimandjaro dans le challenge Romantique, c’est un peu osé?

Poulet aux prunes – Marjane Satrapi

LE CHARME DE L’IMPARFAIT

Persépolis était une réussite : aussi bien esthétique que pour le contenu du témoignage. Poulet aux prunes n’a pas de prétention, il oscille entre animation, conte oriental et bluette et avec les gags, caricature. Acteurs sympathiques, chevronnés et pourtant qui jouent un peu faux, Jamel jamelise, Amalric riboule des yeux comme dans un mauvais film indien ou égyptien. en revanche, Golshifteh Farahani est sublime.

C’est l’instant précis où le dessin coïncide avec l’image réelle qui m’a séduite, moment de rêve et de poésie où le spectateur hésite entre le faux et le vrai. Le rôle de la fumée m’a aussi fait jubiler : attaque subtile contre le conformisme actuel qui interdit de fumer partout.

Le rythme est un  peu lent. !Certains personnages ne m’ont pas convaincue : le bossu et le professeur de musique. Qui a dit qu’il ne fallait voir que des films parfaits?

Imparfait aussi comme passé révolu, l’Iran des années 50 reconstitué, rêvé…a-til existé? Sans voile mais avec des musiciens, et des communistes, comme le frère qui a été emprisonné  .

Est-ce le hasard si la muse de Nasser Ali le violoniste s’appelle Iran?

Imparfait peut être mais tellement poétique!

 

la source des femmes – Radu Mihaileanu

TOILES NOMADES

 

N’en déplaise à Télérama et aux Inrockuptibles qui ont fait la fine bouche devant ce trop joli film avec des danses trop folkloriques (facile? commercial??)…. J’ai bien aimé cette adaptation de Lysistrata d’Aristophane au XXI-me siècle, ou ce conte oriental où la 1001 nuits entrent en concurrence avec les séries télé mexicaines….Que cette histoire se soit vraiment déroulée en Turquie au début de notre siècle me renforce dans mon opinion.Il n’y aura jamais assez de films féministes, même réalisé par des hommes, même grand public!

Évidemment, la question est : est-il distribué au Maroc où il a été tourné? Et en Tunisie après les élections? En Libye? En Égypte? Sur place est-il perçu comme allant dans le sens du Printemps arabe ou au contraire comme un relent du colonisateur? Affaire à suivre…

la source des femmes

Trop beau, trop folklorique le village marocain? J’ai été éblouie par ces villages lors de mes voyages au Maroc, beauté inoubliable. Ironique, le passage du groupe de touristes qui prennent pour argent comptant ce que le guide traduit du spectacle folklorique Ils se prennent pour de grands donateurs avec leurs cadeaux dérisoires aux autorités, tout juste si on ne a pas vu distribuer des bonbons aux enfants…

Passons à l’essentiel : les femmes et bien sûr les actrices.

Leila

 

 

 

 

Je ne connaissais pas Biyouna qui est extraordinaire, en revanche Hafsia Herzi nous est familière, en beurette de chez nous et Hiam Abbass presque à contre-emploi, elle qui pour moi est la figure de la dignité et de l’indépendance des femmes arabes joue la méchante belle-mère réac. les scènes de danses, de lessive et de hammam sont elles authentiques ou sont-elles idéalisées? je ne saurais le dire mais un des plus beaux souvenir de partage et d’échange dans la campagne marocaine je l’ai justement vécu au hammam avec ces dames berbères qui ne parlaient pas français et avec qui on a joué à se lancer de l’eau où j’ai mimé la voiture, l’avion, pour me faire comprendre..(hammam moins vieux, carrelé qui ressemblait plutôt aux douches de la piscine.)

biyouna vieux fusil

Et les hommes, moins caricaturaux qu’on ne l’imagine au début, l’instituteur, son père, le journaliste et même le vieil imam gagnent notre sympathie.

Un film optimiste? Il faudra suivre sa carrière….

the Artist – Michel Hazanavicius

Il paraît que je suis snob au cinéma, sur le nom de Resnais ou d’Almodovar je cours, au risque d’être déçue, je traverse Paris pour voir un film palestinien, ou le film africain dont personne n’a entendu parler, tandis que Brice de Nice, Un Garçon et une fille, ou Eric et Ramzy seraient plutôt un repoussoir. Dujardin n’a jamais fait partie de ma galaxie privée où brillent  acteurs et actrices favoris!

Mais le Noir et Blanc , c’est tout de suite plus chic, et le muet encore plus classe!

J’aurais eu tort de suivre mes préjugés parce The Artist est un très beau moment de cinéma. Ou plutôt une collection de belles images, clins d’œil à un ciné-club, trouvailles.

Merveilleux jeu avec l’habit de cérémonie dans la vitrine et les manches de cet habit, trouvaille visuelle! Célébration du cinéma muet avec orchestre dans une salle digne d’un opéra. Jeux devant et derrière l’écran blanc, ombres et coulisses.Et pour finir : claquettes. Sans oublier le drôle de petit chien qui a un rôle de premier plan (bravo au dresseur!). Et bien sûr la craquante actrice bien parlante!

Une heure quarante sans une parole, Dujardin cabotin quand il le faut, défait, émouvant, bravo l’Artiste!

 

 

Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal

TOILES NOMADES

Contre la guerre : la farce!

Contre l’intolérance, l’humour!

Ces deux recettes font des comédies réjouissantes et efficaces  Et maintenant où on va? et le Cochon de Gaza entre rigolade et tendresse, tentent de jouer leur partition dans le gâchis du Moyen Orient.

Sylvain Estibal, journaliste français établi à Montevideo, écrivain, a tourné à Malte mais en VO, arabe et hébreu.

Jafaar,  pêcheur gazaoui, malchanceux, pour une fois, n’a pas trouvé dans son filet les tongs et les ordures habituelles, mais un beau cochon vietnamien noir, très sympathique. Que faire de cet animal doublement impur? Jafaar est tout d’abord terrifié. Les fonctionnaires internationaux, eux, mangent du porc, mais celui à qui s’adresse Jafaar est au bord de la crise de nerf. Dans la colonie juive, toute proche, on élève des cochons sur des planches pour qu’ils ne souillent pas la Terre Sacrée….peut être pourra-t-il faire du business?

Sasson Gabay, campe un Jafaar formidable. Israélien, d’origine irakienne, il a déjà joué en arabe, dans la Visite de la Fanfare .Le personnage est un homme simple, accablé par le sort.  Israël interdit la pêche au large,  les prises sont rares,  sa maison est occupée par des soldats israéliens qui campent sur son toit, un trou dans le mur est à peine masqué par une commode, l’épicier le poursuit pour dettes…

La farce devient de plus en plus énorme à mesure qu’on avance dans  l’histoire. Intolérance et bêtise sont renvoyées face à face : des islamistes tentent de faire de Jafaar un martyr, une improbable patrouille palestinienne et israélienne chasse l’animal impur…Communion de la femme de Jafaar et du soldat occupant devant une télé-novela brésilienne…

La fin est étrange, mais je ne vais pas la raconter.

Satin rouge film tunisien de Raja Amari avec Hiam Abbas

ARTE nous a donné l’occasion de découvrir ou de revoir ce film de 2002 avec grand plaisir.

  Hiam Abbas, joue le rôle de Lillia, veuve qui a une grande fille.  Couturière, elle découvre l’univers du Cabaret avec ses danseuses du ventre, découvre le plaisir de danser, la possibilité d’avoir une vie à elle, de braver la nuit interdite aux femmes seules et le regard soupçonneux des voisines.

J’ai découvert une facette que je n’imaginais pas de Hiam Abbas dont j’ai vu nombreux films, de Noces en Galilée , La Fiancée Syrienne, Les Citronniers, Free Zone, Amerrika.   Ses personnages tragiques ne correspondent pas à l’image d’une danseuse de cabaret, et pourtant elle sait danser et s’amuser! Toujours avec une dignité et une force impressionnante.

le film ne se résume pas à une performance d’actrice, c’est aussi, visuellement, un très beau film. La cinéaste, Raja Amari,  s’attarde sur de bien belles images, tissus aux couleurs chaudes chatoyantes dans le décor du cabaret et des tenues orientales des danseuses. Blanc et bleu des films tunisiens, des Secrets, film  que j’ai aussi aimé.